Lectures, analyses et réflexions de Raphaël

Vous trouverez ici des comptes rendus de lectures livresques concernant essentiellement l'histoire des Noirs d'Afrique et celle des Afrodescendants des Amériques et d'Europe. Les actualités de la diaspora africaine ne sont pas oubliées.

09 octobre 2017

Gauguin, Marie-Antoinette et le chevalier de Saint-George

Gauguin, Marie-Antoinette et le chevalier de Saint-George

Gauguin, le film

            En cette fin d’année 2017, le film d'Edourd Deluc censé retracer la vie de Gauguin retient l'attention pour une raison inattendue. Suite à la brillante intervention télévisée de l'historien Pascal Blanchard accusant le réalisateur de falsifier la réalité pour ce qui se rapporte à la sexualité de l’artiste en Polynésie, la France entière est plongée dans le doute quant à la manière dont les informations venant des anciennes colonies sont présentées en métropole. « Gauguin, Voyage de Tahiti » qualifié de film d’amour par les critiques pour faire rêver les Français n’a pas eu le courage de se confronter à la vérité historique en donnant à la compagne de l’artiste les traits de la fillette de 13 ans qui a partagé sa vie dans cette île du bout du monde. Le réalisateur a choisi pour Gauguin une compagne de 18 ans ou plus. Or, dans la conscience collective française, avoir des relations sexuelles avec une jeune fille de 13 ans n’a pas le même sens qu’avec une jeune de 18 ans. Par ce subterfuge du réalisateur, le crime de Gauguin est pardonné parce qu’il a été commis dans les colonies et aussi parce que sa réputation de grand artiste en fait une peccadille qui ne mérite pas d’être mentionnée dans un projet aussi grandiose qu’une œuvre cinématographique retraçant la partie la plus précieuse de sa vie.

Marie-Antoinette

            Les petits arrangements dans le cinéma français blanc qui ne dédaigne pas « le politiquement correct » n’échappent pas à tout le monde. Au moment de produire « Marie-Antoinette » en 2006, l’Américaine Sophia Coppola à tenu à ne pas se fier aux récits français qui ont tendance à faire de l’histoire une science figée avec des règles au point de rendre les personnages du passé aussi mécaniques que des automates. Non seulement elle s’est fiée à ses sentiments personnels pour humaniser le personnage de Marie-Antoinette avec des regards malicieux, des rires et des pleurs qui font tout le charme du film, mais encore elle n’a pas négligé certains faits que tous les films historiques français sur le XVIIIe siècle ont tenu à cacher.

Saint-Georges_Le_Chevalier_de

            En effet, un élément qui s’écarte totalement des productions cinématographiques françaises touchant cette époque, c’est la présence  de Noirs à Versailles dans le film de Sophia Coppola. Alors que le cinéma français nie l’existence d’une aristocratie noire à Paris au XVIIIe siècle, à deux reprises, le film de la réalisatrice américaine montre deux aristocrates noirs à Versailles, rendant anecdotique le page noir de Mme du Barry, la favorite de Louis XV. Oui, pour la première fois au cinéma, on montrait Marie-Antoinette à côté d’un Noir au clavecin. Et ce Noir n’était pas une invention de la réalisatrice américaine. Ce Noir était le Chevalier de Saint-George , ami et maître de musique de la jeune autrichienne devenue reine de France quand Louis-Auguste est devenu Louis XVI.

            Aux sentiments personnels des Français qui les poussent à retenir tel fait plutôt que tel autre pour construire leur récit historique, Sophia Coppola a préféré les siens qui donnent une vision du passé de la France non vicié par la préservation de son honneur qui semble être le souci majeur de nos institutions. De même, Pascal Blanchard n’a pas voulu que l’on propose à la jeunesse d’aujourd’hui, et à la postérité, l’histoire de la vie d’un artiste qui ne tient pas compte de la réalité des faits. Comme La Fontaine, ils semblent dire aux trompeurs : « Attendez-vous à la pareille ! »

Raphaël ADJOBI

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05 octobre 2017

Entretien avec Mouélé Kibaya (auteur du blog Le pangolin)

                       Entretien avec Mouélé Kibaya

                            (auteur du blog Le Pangolin)     

 Mouélé Kibaya fait partie des premiers blogueurs que j'ai appris à connaître grâce à la fois au contenu de ses productions et à ses commentaires sur mes articles. Mais c'est sur Facebook que j'ai découvert son talent d'architecte d'un genre particulier. Curieux, j'ai voulu savoir pourquoi il n'exerce pas son talent dans la voie la plus commune et la plus sûre. Notre entretien, que je vous livre ici, le montre convaincu de la nécessité pour l'Afrique de construire avec des matériaux écologiques comme par le passé pour des raisons simples et convaincantes.

photo blog               

1. Compte tenu de ta très longue absence sur ton blog, je formule ma première question partiellement au passé et partiellement au présent : derrière le blog Le Pangolin, qui était Mouélé Kibaya dans le quotidien ?  Qui est Mouélé kibaya aujourd'hui ?

Qui suis-je ?  Je suis originaire de Pointe-Noire au Congo. Dans le quotidien, je suis architecte dplg et enseignant en génie civil. Du fait de mon enfance entre un grand-père rebelle à la colonisation française  et un père travaillant dans une société française, amoureux de la langue française, je suis arrivé à l’écriture ; pas dans la fiction, pour l’instant. Je me définis en tant que penseur de notre société. J’ai publié en 1995 un premier essai intitulé  « La nouvelle utopie africaine » aux éditions Bajag-Meri.

 http://lepangolin.canalblog.com/albums/4_eme_de_couverture_la_nouvelle_utopie_africaine_/photos/14201660-premiere_de_couverture_la_nouvelle_utopie_africaine.html

D’autres écrits attendent d’être édités et je continue d’écrire. Le blog faisait partie de cette activité.

Aujourd’hui je suis un passeur de conscience et d’action. Évidemment, de part ma déformation intellectuelle et professionnelle, j’ai envie de partager tout ce que je trouve utile pour une prise de conscience des miens ; j’ai nommé les Africains.

2. Quelle(s) leçon(s) retires-tu de ton expérience de blogueur ? Pourquoi y avoir mis un terme ?

Non je n’y ai pas mis un terme. C’est le temps qui me manque, du fait des multiples occupations. A partir de 2009 je me suis embarqué dans un projet fou : celui de la terre, de l'argile pour laquelle il y a eu des guerres au Congo. La terre argileuse est l’avenir du monde. Or, il se trouve qu’il vient à manquer dans certains pays. En tant qu’architecte , avec l’université de Toulouse dans le cadre du programme n+2i des écoles d’ingénieurs et une entreprise de fabrication des machines, nous avons entrepris le travail de caractérisation des terres argileuses dans une partie du terroir du Niari au Congo pour aboutir à un objet : la brique BTC . Cela pour répondre aux défis de la construction écologique  accessible au plus grand nombre.

Après près de trois ans de recherche et de réflexion, on devrait créer une société tête de file d’une nouvelle filière. Je suis encore dans cette démarche.

Alors quelle expérience de blogueur ? Il faut dire que j’étais parmi les premiers à donner dans la réflexion tout comme le blog de Gangeous, Liss Kihindou et le tien. Ne pas  faire du journalisme, prendre son temps pour réfléchir sur l’Afrique et les Mondes. Et je me réjouis d’avoir influencé certains points de vue ou action. C’est pour cela que j’estime qu’il me faut passer à une autre dimension.

Pour cette raison j’ai déplacé l’espace d’action sur l’outil qui atteint plus de monde : facebook. Faire passer le maximum d’informations de façon brute pour que chacun prenne ce qu’il veut prendre, si ça peut aider à prendre conscience et à aller vers plus d’autonomie, tant mieux. Mais il sied de préciser que le blog demeure l’outil le plus efficace pour la réflexion car le lecteur fait la démarche de venir sur votre espace ; ce qui n’est pas le cas de facebook qui est excessivement intrusif. Bien sûr, les gens ont la possibilité de vous bloquer. Facebook  n’est pas propice à la réflexion. C’est un format de journal, donc pour former une opinion pas des convictions, à mon avis.

3. Les images que tu publies désormais sur Facebook témoignent de ta volonté d'apparaître comme un bâtisseur d'une Afrique écologique dans le domaine de l'habitat. Est-ce bien cela ou faut-il voir une autre volonté derrière ces images ?

En effet, sur facebook, c’est une volonté de passer le message écologique, car c’est la voie de non-soumission au capital qui a réduit depuis plus de 6 siècles maintenant l’Africain en esclavage. Ce que je publie c’est pour inciter les gens à devenir autonomes et riches. Riches dans tous les sens, c’est-à-dire point de vue cultuel, culturel, économique, sanitaire etc.…

4. Comment les gouvernants perçoivent-ils tes projets très différents des normes occidentales adoptées à travers le monde entier ?

Pour l’heure, les gouvernants africains n’ont rien compris aux enjeux mondiaux. Mais il faut vite préciser qu'il existe une différence de vision entre l’espace français et les autres pays d’Afrique. Un pays comme le Rwanda, en dépit de ce que l’on peut dire, est en avance sur plusieurs points en matière d’écologie et des enjeux de survie pour nous Africains. Cela commence par une démarche écologique, lire le grand livre de la nature.

On doit revenir à la vérité écologique qui habitait nos ancêtres. Ils ne consommaient que ce que la nature pouvait renouveler. Le drame de l’espace francophone c’est que les gouvernants et les élites souffrent d’une pathologie grave due à la philosophie coloniale française dite de l’assimilation mutée en intégration. Cette philosophie nie l’humanité aux Africains. C’est ce qui explique les dictatures féroces dans ces territoires.

Comme mes projets sont très différents des normes, il me faut assumer la marginalité avec tout ce qui va avec. Et puis il ne faut pas oublier que depuis le début des génocides, l’occident traque tout ce qui peut faire tomber leur paradigme. Il y a des lobbys du capital qui veillent. Le capital est bâti sur le sang des Africains. Il s’agit d’un combat d’enculturation pour une prise de conscience sinon on va disparaître non pas par des guerres mais par la technologie et la science.

Pour conclure, dans mon cas, les gouvernants du Congo m’ignorent, tant mieux car cela me permet de rester en vie. 

5. Comment les populations de ton pays - et peut-être aussi des autres pays africains - réagissent-elles à tes réalisations ?

Les populations réagissent de différentes façons. Tout dépend du niveau de connaissance et des pratiques culturelles. C’est surtout l’ignorance qui domine. Il nous faut un travail d’enculturation. Atteindre le subconscient. En ce qui concerne la terre, construire en terre est synonyme de pauvreté dans la conscience collective. Et donc l’acceptabilité devrait passer par les leaders d’opinion et les pratiques des gouvernants. Par expérience, c’est par faute de connaissances et de déficit identitaire que ce genre de projet ne devient pas la norme.

Au Congo, dans la ville de Loubomo ainsi que sa région, on a l’habitude de construire en terre. c’est au niveau du coût de la construction que la différence se fait. Il faut un effet de masse.Dans d’autres pays, cela dépend du niveau d’assimilation à la culture française ou belge.Les pays anglophones ont un bon accueil ainsi que le Rwanda.

Les Anglophones sont pragmatiques ; mais il faut se méfier des apparences car ce sont des enjeux économiques colossaux. Comme en France le lobby du ciment veille, en Afrique nous avons Dangoté avec ces cimenteries partout.

6. Les réseaux sociaux ont-ils contribué à dynamiser le secteur qui est le tien aujourd'hui ? En d'autres termes, y a-t-il une prise de conscience autour d'un habitat mieux adapté à l'Afrique grâce aux nouvelles techniques de communication ?

Pas encore, car c’est un problème d’enjeux économiques et culturels. L’habitat avant d’être un enjeu sociétal et culturel est un enjeu économique. Je m’explique : construire en terre avec une conception adaptée au climat africain a un impact énorme sur l’économie et le modèle social. Prenons le cas de notre brique, que les ouvriers appellent affectueusement "la brique climatisée". On n'a pas besoin de climatiseur quand il fait chaud ou froid ; la température est constante. Tout le monde sait les dangers de la climatisation : au niveau sanitaire c’est un nid de virulentes bactéries en milieu tropical humide ; au niveau du portefeuille elle est énergitivore, 2500 w à 5900 w pour le faire tourner. L'option de climatiser une maison oblige à calfeutrer les pièces, créant ainsi de l'humidité. Donc on cultive des micro champignons aux murs de la maison ce qui engendre la pollution de l’air vicié non renouvelé. Par ce choix la demande d’électricité explose.

Donc faire prendre conscience autour d’un habitat mieux adapté à l’Afrique est un enjeu  de survie. Selon moi, Facebook peut permettre d’inscrire dans le subconscient la nécessité d’une nouvelle conscience autour d’un habitat adapté à l’Afrique car il s’agit d’atteindre un grand nombre de personnes. 

7. Que penses-tu de la place qu'occupent actuellement les réseaux sociaux en Afrique ? Précisément, que penses-tu des blogueurs africains ?

Les réseaux sociaux ont tout accéléré. Je dis toujours, avant Internet, une génération mettait 25 à 30 ans à mourir, avec Internet cela a été réduit à 15 ans ; et avec les réseaux sociaux, on peut avancer le chiffre de 5 ans. Le Kenya vient de donner le top. On oublie vite que le processus de la fin des dictatures en Afrique a débuté il y a à peine 27 ans. Mais ces dix dernières années le processus s’accélère et échappe aux usurpateurs.

L’Afrique est en train de refaire son unité spatiale. Tout ce qui se passe chez le voisin est instantanément relayé à la seconde près dans toute l’Afrique et le monde.

Les blogueurs africains ont été des pionniers. Maintenant, il faut qu’ils évoluent dans de grands espaces et surtout qu'ils s’imposent sur la toile. La mission n’est pas achevée, mais ne fait que commencer car il faut investir le terrain.

Je te remercie Raphaël 

Entretine réalisé par Raphaël ADJOBI

 

 

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21 septembre 2017

Black boy (Richard Wright)

                                                Black boy

                                              (Richard Wright)

Richard Wright

            Black boy est-il un roman ? De même qu’il est impropre de dire que Les confessions de Jean-Jacques Rousseau est un roman, de même l’on peut dire que cette œuvre célèbre de Richard Wright n’en n’est pas un. Il conviendrait d’ajouter un qualificatif au mot roman pour mieux la définir. Black boy est en effet un récit autobiographique d’une profondeur difficilement égalable compte tenu des multiples analyses et réflexions sur la nature de l’homme, du Blanc et du Noir et de la complexité des relations qu’ils entretiennent dans un Sud américain construit dans la violence et la suprématie blanche et qui n’offre à la postérité que « son héritage de crimes et de sang » et son fardeau d’angoisse pour les opprimés.

            En lisant ce livre, toute personne noire ou « racisée » ne peut s’empêcher de se poser cette question : qu’est-ce que ça fait aux Blancs de ce XXIe siècle de voir vivre à leurs côtés des Noirs sur lesquels leurs ancêtres avaient le droit de vie et de mort ? Il semblerait que certains propos qui parfois leur échappent comme des escarbilles d’un feu mal éteint ne seraient que la preuve de la nature profondément méchante de l’homme blanc que les règles des sociétés modernes ont du mal à transformer. Et celui qui, comme Richard Wright, vit dans une société où cette nature blanche s’exprime sans frein ne peut que constamment se demander « ce qui rend les Blancs si méchants ». Du début à la fin de cette œuvre, il cherche à sonder la profondeur du cœur et de l’esprit de l’homme blanc pour savoir "où se donne le branle" de sa méchanceté, en d'autres termes où réside l'impulsion initiale semblable à une bile qui empoisonne l'esprit du Blanc.

            Le Blanc serait-il fait pour vivre méchant ? Dans ce Sud américain, quand un Noir meurt, on dit simplement qu’il « avait été pris par la mort Blanche, ce fléau dont la menace était suspendue au-dessus de la tête de chaque mâle noir ». C’est encore ce que se disent de nombreuses familles noires dans les Etats-Unis de ce XXIe siècle où des Blancs s’engagent dans la police pour pouvoir perpétuer légalement et donc impunément une tradition de verseur du sang des Noirs.

            Et ce fléau a, peu à peu et imperceptiblement modelé le comportement des Noirs au point de lui avoir donné une réalité tangible que chaque lecteur découvrira dans les personnages de Shorty capable de recevoir volontairement des coups de pied pour de l’argent, et de Harrison qui, pour le même but, accepte de se battre à la demande des Blancs contre un autre Noir qui ne lui a rien fait. L’un et l’autre symbolisent tous les Noirs qui ont intégré le racisme comme un jeu de rôle traditionnel ; un jeu de rôle dont les règles sont tracées par des Blancs qui vous font comprendre clairement que vous vivez dans une culture blanche et non dans une civilisation à dimension humaine, que vous vivez dans « un pays où les aspirations des Noirs sont circonscrites, délimitées ».

            Mais Black boy n'est pas que cela ; c'est un livre aux facettes multiples : réflexions sur le pouvoir de la lecture, sur l’éducation religieuse, sur la relation entre le pouvoir et la religion, sur le pouvoir de la faim sur les corps et l’esprit, sur certaines inclinations attachées à l’homme noir comme le vol et le mensonge qui méritent d’être connues de tous… Aussi, aux enseignants des lycées et des universités, je demande d’oublier Les Confessions de Jean-Jacques Rousseau au moment de choisir pour la jeunesse l’étude d’un ouvrage autobiographique. Ne pas préférer Black boy, c’est accepter de vivre dans un monde où l’autorité de l’Etat et la tradition sont tout et l’intelligence et la perception des faits ne seraient rien.

°J'avais promis à Liss Kihindou de commencer par "Un enfant du pays" du même auteur. Promesse non tenue parce que j'avais "Black boy" sous la main.

Raphaël ADJOBI

Titre : Black boy, 445 pages.

Auteur : Richard Wright

Editeur : Gallimard, collection Folio, 1985.

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15 septembre 2017

2018 : 170e anniversaire de l'abolition de l'esclavage !

       2018 : 170e anniversaire de l'abolition de l'esclavage !

170e anniversaire 1

Profitez de l'occasion pour une révision de l'histoire de l'esclavage des noirs dans les amériques avec La France noire.

En 2018, nous commémorerons le 170e anniversaire de l'abolition de l'esclavage en France ! L'événement sera marqué comme d'habitude par des discours officiels et des réjouissances particulières. Mais pour les jeunes générations, où en sera-t-on au niveau de la connaissance des faits de l'histoire et des attentes des descendants des victimes ? Lisez l'article présentant le projet de la France noire : https://lafrancenoire.com/blog/

 

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06 septembre 2017

L'ivresse du sergenent dida (Olivier Roger)

                           L’ivresse du sergent Dida

                                                   (Olivier Rogez)

L'ivresse du sergent Dida

                Voici un agréable roman au ton résolument politique ! Ici, il n’est point question de soldat traquant l’ennemi sur un champ de bataille, s’attaquant aux femmes et aux enfants dans les villes et les villages envahis, mais de l’ambition politique qui pousse au pouvoir et des difficultés que l’on éprouve à le conserver.

            Dans un pays africain où, comme partout ailleurs sur ce continent, la France tente par des barouds d’honneur d’entretenir sa belle image en déclin rendant toute ambition nationale vaine, les soldats au pouvoir végètent dans une atmosphère de corruption leur conférant un semblant de pouvoir sur les plus faibles. Comme partout ailleurs dans le monde où il n’y a pas de vie politique véritable, quand le chef tout puissant vient à disparaître, s’expriment souvent des ambitions insoupçonnées. Et dans une telle circonstance, il n’est pas étonnant que la France cherche à faire en sorte que rien ne change dans ses affaires avec ce pays en misant sur des hommes qui lui conviennent.

            Mais voilà que le jeune sergent Dida, jusque là destiné à des tâches subalternes, décide de saisir l’occasion pour prendre le pouvoir avec l’aide d’un riche homme d’affaires dont le rêve se résume à « être en haut, et regarder les autres en bas qui t’envient à crever ».

            Bien entendu, la France, l’Onu et la communauté internationale se mettent en branle devant un sergent Dida ahuri de voir son petit pays poussiéreux considéré comme la prunelle de leurs yeux. Et c’est à partir de ce moment que l’auteur délivre les plus belles pages du livre et cela jusqu’à son terme ! Le récit et le discours politique deviennent alors éclatants de justesse, magnifiques ! Après Les Montagnes bleues de Philippe Vidal, c’est assurément le deuxième roman français montrant une vision politique claire pour les opprimés.

            Pour les puissances occidentales et le FMI, tant que le capitaine Dida ne touche pas à leurs intérêts, tant qu’il ne change rien à ce qu’ils ont contribué à mettre en place et qui fait partie de leurs certitudes, il peut garder le pouvoir. Malheureusement, nous savons qu’aucun pouvoir adossé à une armée non républicaine – non formée dans les écoles et selon les valeurs de la République – ne peut prétendre être républicain. Par conséquent, bientôt, le pouvoir vacille et les puissances étrangères se frottent les mains avec l’espoir de voir le pays dirigé par quelqu’un qu’ils connaissent et à qui ils auront remis les rênes. Les certitudes toujours !

            Mais contre toute attente, le capitaine Dida prône une révolution et se met à parler de dignité ! Voilà que contrairement aux autres Africains qui accèdent au  pouvoir par la magie du verbe mais ne savent quel chemin prendre pour sortir leur pays de son état lamentable pour accéder au rêve, Dida veut transformer son rêve en réalité. Voilà donc que « l’engrais organique issu de la putréfaction du régime faisait fleurir l’espoir d’un avenir meilleur, ou du moins décent ». Après tout, l’Australie n’a-t-elle pas été construite par des bagnards issus d’une société anglaise dont ils étaient la lie purulente ? Et « l’Amérique n’avait-elle pas été construite par des mafieux devenus de respectables hommes d’affaires ? » Avec la révolution, Dida devient populaire. Mais pour les soldats, c’étaient eux qui comptaient ; pas le peuple. Et comme en Afrique il suffit de brandir le chiffon rouge de l’ethnicisme ou du tribalisme pour que le monde entier vous donne raison, tous ceux qui voulaient sa place commencèrent à chercher dans leur passé un mot, une phrase, un geste, un regard qui serait subitement le signe de leur rejet et de celui de leur ethnie.

            Les analyses du rêve de Dida et des certitudes européennes représentées par l’ambassadrice de France permettent à l’auteur de rédiger des pages politiques magnifiques que chacun gagnerait à découvrir pour comprendre les relations entre pouvoir dominant et pouvoir dominé. De toute évidence, comme nous, Olivier Rogez a de l’admiration pour ceux dont « l’audace et le courage insensés (…) résident dans la volonté farouche de remettre en cause l’état des choses » françafricaines.

Raphaël ADJOBI

Titre : L’ivresse du sergent dida, 312 pages.

Auteur : Olivier Roger

Editeur : édit. Le passage, 2017

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24 août 2017

Le ventre des femmes (Françoise Vergès)

                                  Le ventre des femmes

                                 capitalisme, racialisation, féminisme

                                                     (Françoise Vergès)

 

Le ventre des femme

            Le ventre des femmes de Françoise Vergès est clairement un cri d’indignation face à la cécité et au mutisme dont le Mouvement Féministe Français (MLF) a fait montre au moment où l’Etat infligeait injustices et souffrances aux femmes d’outre-mer. En effet, dans ce livre, l’auteur « cherche à introduire des voix dissonantes dans le récit du féminisme » français que l’on a tendance à trop vite encenser.

            Au milieu du XXe siècle, lors de la départementalisation des anciennes colonies, l’Etat s’est trouvé face à une situation qu’elle considérait comme un problème épineux : entre ces terres lointaines et l'hexagone, l’inégalité héritée du régime esclavagiste puis colonial était extrêmement profonde ! Selon nos gouvernants, leur classement en départements aurait coûté trop cher. Il fallait donc remettre à plus tard sinon à jamais leur développement ; surtout si ce développement pouvait aiguiser l’esprit de liberté ou d’indépendance que clamaient certaines voix. Ils décidèrent alors de s’occuper financièrement de la misère de l’hexagone tout en négligeant sans vergogne celle des outre-mer.

            En attendant de penser peut-être un jour à nos territoires lointains aux besoins apparemment effrayants, nos gouvernants fourmillent d’idées pour donner l’impression que l’on s’occupe d‘eux. Et c’est l’île de la Réunion qui va leur servir de laboratoire. On pense un temps à déplacer les populations les plus pauvres vers l’Afrique et plus particulièrement vers Madagascar. Finalement, l’on choisit une solution plus radicale : une politique antinataliste limitant durablement la population non blanche de l’île. On procède alors à l'échelle industrielle à des avortements forcés et à la ligature  des trompes des femmes. Et tout cela se déroule dans le mutisme total des féministes françaises lettrées et cultivées qui découvraient ces traitements racistes et inhumains dans les journaux  alors même qu’en métropole elles luttaient pour obtenir le droit à l’avortement, le droit de disposer de leur corps, le droit de gérer leur ventre. Le ventre des négresses était indigne de leur combat.

            Le crime du féminisme français que dénonce ici Françoise Vergès se résume donc au fait que les femmes blanches de l’hexagone ont totalement adhéré à la politique de l’Etat qui a découpé la France en deux espaces : un « là-bas » et un « ici » ! En outre-mer, on pouvait violer les « droits de l’homme » et en France hexagonale ces droits étaient protégés. Mais ce que l’auteur s’applique à faire découvrir au lecteur, ce sont les raisons qui expliquent cette attitude des femmes blanches françaises qui n’ont jamais pris en considération le racisme et le colonialisme dont d’autres françaises étaient les victimes. Le Mouvement féministe français a volontairement fermé les yeux sur le fait qu’une femme française « colonialisée » et « racisée » a des problèmes spécifiques. Le MLF n'a pas voulu voir que l'Etat français avait une politique différente à l'égard de la femme selon la couleur et la géographie.

Raphaël ADJOBI

Tire : Le ventre des femmes, capitalisme, racialisation, féminisme, 229 pages.

Auteur : Françoise Vergès

Editeur : Albin Michel, 2017

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