Lectures, analyses et réflexions de Raphaël

Vous trouverez ici des comptes rendus de lectures livresques concernant essentiellement l'histoire des Noirs d'Afrique et celle des Afrodescendants des Amériques et d'Europe. Les actualités de la diaspora africaine ne sont pas oubliées.

26 novembre 2020

La monarchie républicaine française et la démocratie allemande (Jean-Marc Four / Raphaël ADJOBI)

              La monarchie républicaine française

                     et la démocratie allemande

                              (Jean-Marc Four)

France - Allemagne 3

le 24 novembre 2020, alors que le président Emmanuel Macron s’apprêtait à s’adresser aux Français pour leur annoncer les mesures qu’il a prises en vue d’un « déconfinement » échelonné, en Allemagne, la Chancelière Angela Merkel s’apprêtait le lendemain à réunir les patrons des 16 régions du pays pour discuter de la gestion du même problème. C’était l’occasion choisie par France Inter pour redire encore une fois combien ce que nous appelons en France une démocratie a tout du fonctionnement d’une monarchie. Voci le billet de Jean-Marc Four montrant qu’au-delà des résultats sanitaires qui témoignent d’une meilleure gestion de la crise du COVID-19 en Allemagne, avec trois fois moins de morts qu’en France, c’est bien le fonctionnement de deux systèmes politiques totalement opposés qui structurent les deux pays. Il nous convie à reconnaître qu’en France, nous avons une monarchie, alors que l’Allemagne a une démocratie.

Le billet de Jean-Marc Four

          « En Allemagne, le compromis et la consultation sont prioritaires. C’est une conséquence directe du fédéralisme. Ce qui explique la réunion des chefs de toutes les régions autour de la Chancelière, comme celle-ci le fait toutes les deux ou trois semaines, pour trouver des compromis sur les restrictions pour le mois de décembre. Là-bas, le système politique est horizontal : le pouvoir et les responsabilités sont partagés entre l’État central et les régions. Bien sûr, de temps à autres, cela crée des cacophonies. Mais ce fonctionnement a le mérite d’imposer la recherche d’un terrain d’entente ; le consensus est une vertu cardinale. En France, presqu’à l’inverse, le compromis est systématiquement soupçonné d’être entaché de collaboration ou de compromission ; on préfère les querelles, donc pas de compromis. Conséquence : le système est vertical ; les décisions tombent d’en haut. Cela saute aux yeux dans la gestion du virus. Un risque de penchant autoritaire est évident.

          En Allemagne, la question des libertés est centrale. Le mot revient à vingt-cinq reprises dans la Loi fondamentale - l’équivalent de notre Constitution. Et depuis le début du confinement en mars, le débat est permanent et transparent sur l’équilibre à trouver entre restrictions sanitaires et préservation des libertés. Les juges en sont les garants. Le pouvoir judiciaire allemand a été saisi à plus de 250 reprises sur les limitations liées au confinement. Et parfois les juges ont mis fin aux restrictions - en autorisant par exemple les réouvertures des bars à Berlin. On y réfléchit à trois fois avant de limiter les droits sans doute parce que, avec les dictatures nazie et communiste, on a déjà payé pour voir. La France, elle, gère la crise dans un conseil de défense qui n’est guère transparent. Conseil de défense ! Tout est dit. C’est la métaphore guerrière, présente depuis la première intervention de Macron. Et c’est logique parce que la cinquième République s’est bâtie sur un logiciel militaire en pleine guerre d’Algérie. L’arsenal répressif est donc toujours prêt à ressortir avec l’assentiment d’une grande partie de la population. On le voit aussi avec la loi sur la sécurité globale.

          La Presse allemande n’en revient pas. Pour elle, certaines mesures françaises sur le confinement, comme les autorisations de déplacement, relèvent d’un « Absurdistan autoritaire ». Cela nous oblige à regarder du côté du rôle du chef. Evidemment en Allemagne, la Chancelière rend des comptes devant le parlement, en toute transparence. Elle ne concentre pas tous les pouvoirs. En France tout est pyramidale ; c’est une monarchie républicaine : le chef de l’État doit décider de tout, tout le temps ! C’est la tradition bonapartiste revue et corrigée par le général de Gaulle avec l’instauration de l’élection du président au suffrage universel en 1962. Un principe du plébiscite dans les faits. Cela comporte d’ailleurs une part de risque, parce que le chef de l’État est seul en première ligne. On voit cela avec la gestion de la pandémie.

          […] Il s’agit ici de dresser un constat sur le fossé entre les deux sociétés. Là où les Français attendent un ordre venant d’en haut - « Restez confinés ! » - pour mieux obéir à cet ordre ou le contester, les Allemands, eux, décident collectivement - « Nous allons nous confiner ». C’est très différent. Il y a quelques jours, un journal allemand signait un article au vitriol sur la France. On y lit cette phrase : « En France, le sommet a toujours raison, même quand il se trompe ». Et il conclut : « Il est temps de faire une mise à jour démocratique ».

France Inter - 24 novembre 2020.

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14 novembre 2020

Meurtres à Atlanta ou l'indiscutable talent de James Baldwin (Raphaël ADJOBI)

                            Meurtres à Atlanta

         ou l’indiscutable talent de James Baldwin 

Meurtres à Atlanta - James Baldwin

          En 2020, parce que l’indignation et la colère qui ont suivi la mise à mort de l’Américain George Floyd par un policier ont invité les Etats européens à s’interroger sur leur passé colonial et esclavagiste ainsi que le racisme qui en découle, tous ceux qui avaient jugé La prochaine fois le feu de James Baldwin une œuvre dépassée ont dû reconnaître – je l’espère – qu’ils avaient eu tort. Pour ma part, adhérant à ses analyses, j’affirme ici que tant que l’attribution d’une couleur aux êtres humains scellera le destin des peuples, la menace d’une confrontation persistera toujours au sein même des communautés nationales. Les meurtrières et humiliantes frictions en sont la preuve. Dans Meurtres à Atlanta, James Baldwin revient de manière indirecte sur « le gouffre terrifiant qui le sépare de son frère à la peau plus foncée » que l’Européen a installé en ce monde ; « cet abîme (qui) menace à chaque moment d’engloutir toute possibilité de vie consciente ou morale ».

          En juin 1981, Wayne Williams, un garçon noir de vingt-trois ans est arrêté à Atlanta pour le meurtre de deux hommes qualifiés de « demeurés » - sans doute parce qu’ils étaient alcooliques. Mais voilà : depuis vingt-deux mois, on a dénombré vingt-huit cadavres d’enfants noirs dans cette ville. La loi de « série » est donc vite établie entre les différents meurtres. Pour attribuer la totalité des cadavres à la seule volonté prédatrice de Wayne Williams, les enquêteurs et les juges assurent qu’il a pris les deux adultes pour des enfants du fait qu’ils étaient des « demeurés ». « Comment un homme inculpé de deux homicides peut-il être jugé légalement pour trente meurtres ? » Cette logique implacable permettant la condamnation d’un homme sans preuve est l’occasion pour James Baldwin d’analyser chacune des étapes du procès afin de nous dévoiler l’esprit et l’âme profonde de l’Amérique et dans une large mesure celle des Européens. Il analyse les sentiments des mères et des pères noirs, les sentiments des enfants noirs, des administrateurs noirs d’Atlanta face aux discours, aux résultats des enquêtes, aux comportements des membres du jury, à ceux des juges et des avocats, tout en gardant à l’esprit que « la situation des Noirs dans ce pays constitue à elle seule une condamnation à l’encontre de l’histoire juridique et morale de l’Amérique ». 

          Parmi la multitude de thèmes que la démarche adoptée par l’auteur lui permet d’aborder, nous retiendrons avant tout ce mal étrange appelé « la sorriness, une sorte de pitié de soi-même qui atteint particulièrement la communauté noire ». Une maladie transmise par les mères dont l’instinct – mû par le sentiment de fatalité qui les anime – est de protéger le mâle noir de la destruction suspendue en permanence sur sa tête dès sa naissance comme une épée de Damoclès. En effet, le système érigé par les Blancs semble n’avoir pour seul objectif que l’émasculation du Noir. Et les mères noires savent que « la virilité est le minimum en deçà duquel l’homme n’existe pas ». Elles considèrent donc le mâle noir comme un être fragile à protéger dans le système érigé pour le Blanc. Un passage du livre qui mérite d’être connu et sérieusement analysé. On y voit d’ailleurs un lien étroit avec ce que Olivia Gazalé appelle Le mythe de la virilité. Nous avions été également sensibles à l’édifiante comparaison que l’auteur établit entre la situation de la minorité noire américaine et celle des pays du tiers-monde dits émergents. Les uns et les autres n’existent que « comme source de capital pour les pays développés ». Selon James Baldwin, ils ne peuvent rien faire de l’argent que les Européens leur payent sinon acheter des marchandises européennes, participant ainsi à la création d’emplois en Europe. Quant aux Noirs qui comptent se sauver par la richesse, il leur demande de ne pas confondre richesse et aisance financière : « La richesse, dit-il, n’est pas le pouvoir d’acheter des marchandises mais le pouvoir de dicter les règles de ce marché magique – ou tout au moins de l’infléchir. [...] La richesse, c’est le pouvoir de faire sentir ses besoins aux autres et de les contraindre à les satisfaire ». Retenons aussi « l’intégration », cette invention européenne qui « a toujours été une voie à sens unique » puisque les Blancs n'ont jamais réussi à s'intégrer sur aucun continent étranger au leur. On peut croire avec James Baldwin qu’après avoir érigé leur droit coutumier en loi, c’est-à-dire en lui conférant le sceau de la légalité dans les pays où règne la diversité, l’invention de l’intégration permet aux Blancs d’avoir le droit de traiter les autres humains comme des bêtes de somme ou des chiens alors que ceux-ci ne demandent qu’à être reconnus et traités comme des humains par les institutions.

          Meurtres à Atlanta est indiscutablement un livre dont la richesse et la limpidité des idées séduisent. On ne peut que tomber en admiration devant l’analyse de certains pans de l’histoire européenne et de ses migrants, de la brève analyse de la déportation des Noirs dans les Amériques, du racisme et du sort des premiers Blancs anti-racistes aux Etats-Unis, de la religion, des valeurs des communautés… bref ! tous les éléments qui font que « un étranger à notre planète trouverait peut-être surprenant que les Noirs aient quand même réussi à survivre » dans ce pays. Mais ici, le ton de James Baldwin est calme et posé, comme constamment dominé par la sagesse. Et quand on lève le nez du livre, on a hâte de l’y remettre pour apprécier davantage certains passages.

Raphaël ADJOBI 

Titre : Meurtres à Atlanta, 181 pages.

Auteur : James Baldwin (1924 – 1984).

Editeur : Stock, 1985, 2020.

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10 novembre 2020

Ticken Dja Fakoly le françafricaniste chante "Mon pays va bien !" (Raphaël ADJOBI)

              Ticken Dja Fakoly le françafricaniste

                   chante « Mon pays va bien ! »

Mon pays va bien

          Quand la France leur déroule le tapis et leur ouvre les portes de ses stations de radio et de télévision, les artistes ivoiriens Alpha Blondy et Tichen Dja Fakoly donnent de la voix pour fustiger les élites de leur pays soupçonnés d’être contre ses intérêts. Quand celui qu’elle a installé au pouvoir commet des crimes, emprisonne, vole, et viole la constitution devant ses yeux, la France se tait, et ces deux artistes se taisent aussi. Tout le monde comprend alors que sous le manteau du panafricanisme peut prospérer le françafricanisme.

         Alors qu’en cette fin de l’année 2020 la Côte d’Ivoire est couverte de barricades pour protester contre l’illégitimité du gouvernement en place et contraindre Alassane Ouattara à céder le pouvoir, la France cherchait un porte-parole ivoirien pour chanter haut et fort que ce pays va bien. Apparemment, son choix a été vite fait. Bientôt, nous dit-on, nous entendrons sur les radios et les télévisons françaises le nouveau tube de Doumbia Moussa Fakoly, allias Ticken Dja Fakoly, intitulé « Mon pays va bien !  ». Ainsi, tous les nombreux Français qui savent que tout ce que nos médias disent sur l’Afrique est vrai comprendront que les barricades et les tueries des miliciens de Ouattara sont des mensonges colportés par les ennemis de la France.

          Cependant, les fans ivoiriens de la star françafricaine Ticken Dja Fakoly se posent de sérieuses questions sur son silence et sur l’annonce du titre étrange de son nouvel album se situant à l’opposé des précédents. Selon un Internaute, certains le soupçonnent d’avoir changé de drogue pour en arriver là. Pourquoi - se demande l’Internaute paraissant partager cet avis - Ticken Dja ne continue-t-il pas à consommer la même drogue qui, par le passé, lui donnait tant de « courage à dire la vérité aux régimes impopulaires, barbares et voleurs » dont la dénonciation était applaudie aussi bien en France qu’en Afrique ? Il ajoute que pour son plaisir et celui de tous les fans de l’artiste, il est prêt à lui payer cette drogue pour l’entendre dénoncer, au son de sa musique, les crimes, les vols, le manque de parole, l’irrespect des lois d’Alassane Ouattara. Cet Internaute au grand coeur envisage même une grande marche pour crier à Doumbia Moussa fakoly, dit Ticken Dja : « Ton pays va mal ! »

Raphaël ADJOBI

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07 novembre 2020

Des barricades pour aider à l'installation d'un gouvernement de transition en Côte d'Ivoire (Raphaël ADJOBI)

               Des barricades pour aider à l’installation

    d’un gouvernement de transition en Côte d’Ivoire 

Conseil national de transition

          Grâce à la désobéissance civile, les populations ivoiriennes ont réussi à rendre non-crédible le résultat des élections présidentielles du 31 octobre 2020. L’illégitimité de celui qui est déclaré élu est attestée sur le plan national et international. Cependant, depuis l’annonce de la mise en place du Conseil national de transition (CNT) avec à sa tête l’ancien président Henri Konan Bédié – doyen des hommes politiques – la fièvre de la désobéissance civile est retombée comme si le peuple avait vaincu le dictateur Alassane Ouattara. Et pourtant, il suffit de regarder la Côte d’Ivoire pour constater que derrière ce calme apparent plein d’espoir en l'avenir du CNT, c’est l’ancien gouvernement qui garde la main sur les institutions et les affaires du pays. Ce qui lui permet de continuer à emprisonner impunément ses adversaires d'hier comme s’il n’y a rien de nouveau sous le ciel de la Côte d’Ivoire.

          Force est donc de constater qu’il ne suffit pas de créer un Conseil de transition pour gagner la guerre contre un dictateur. Il faut des stratégies fortes pour faire basculer les institutions de son côté. Qu’avaient prévu les membres du CNT dans le cas où le pouvoir illégitime se maintiendrait ? Apparemment rien. Quelques membres emprisonnés ou assignés à résidence ont suffi pour réduire ce nouvel organe politique à l’inaction. Nous voilà revenus à notre point de départ. Henri Konan Bédié et ses amis croyaient-ils peut-être que pour leurs beaux yeux les présidents des institutions et les commandants des armées viendraient à leurs pieds faire allégeance ? Une chose est certaine : si le calme semblable à une lassitude maladive dans laquelle semble désormais se complaire les Ivoiriens persiste, si ceux-ci n’ont pour seul objectif que la reprise immédiate de leurs activités, alors chacun peut être certain qu’il est condamné à supporter la dictature actuelle jusqu’à la mort d’Alassane Ouattara ! Oui, si une stratégie efficace n’est pas mise en place pour étouffer son pouvoir, il n’aura aucune raison de le céder.

          Monsieur Mamadou Koulibali, président de Lider, a tort de dire qu’il ne lui appartient pas de donner de mot d’ordre aux Ivoiriens. Il a tort de ne pas suivre l’exemple de Laurent Gbagbo en 2000 et celui de Charles Blé Goudé en 2004. Il semble avoir vite oublié que c’est le mot d’ordre de désobéissance civile lancé par Henri Konan Bédié qui a contribué à rendre illégitime le résultat des élections du 31 octobre dernier. On ne fait pas une révolution avec des leçons de morale. On peut ne pas crier des mots d’ordre sur tous les toits, mais on peut et on doit faire parvenir des mots d’ordre à ceux qui agissent sur le terrain. Tout combat suppose des stratégies. Tout leader politique doit être conscient qu’il y a des moments où les populations ont besoin de savoir qui elles doivent suivre et dans quelle direction elles doivent aller. Et aujourd’hui, le moment est favorable pour cela. C’est d’ailleurs ce que Guillaume Soro a bien compris et a tenté de faire malgré les statuts de traître et de bourreau attachés à sa personne depuis plus d'une décennie. Si malgré cette mauvaise réputation beaucoup de ses compatriotes ont écouté son appel, c’est parce qu’il s’est toujours vanté de posséder une armée qui lui obéirait au doigt et à l’oeil. Malheureusement pour lui, Alassane Ouattara n’est pas novice dans l’art de la traîtrise et sait parfaitement comment se comporter avec les traîtres. Aux dires du commandant Abdoulaye Fofana, Ouattara a pris soin de corrompre tous les hauts responsables de l’armée ; une armée qui avait d’ailleurs reconnu, avant la crise post-électorale de 2010, qu’elle était financée par le chef du RDR. Ouattara a donc pour ainsi dire miné le terrain sur lequel comptait Guillaume Soro pour rebondir.

          A vrai dire, Guillaume Soro est un fanfaron. Il n’a jamais eu d’armée en Côte d’Ivoire. Si aux yeux des Ivoiriens il est coupable de crimes de guerre au même titre que les rebelles d’hier, c’est parce qu’il fut leur porte-parole auprès de l’opinion publique nationale et internationale. D’autre part, il était le paravent officiel d’Alassanou Ouattara qui ne voulait pas à l’époque apparaître comme le commanditaire et le bénéficiaire de la rébellion. Ainsi, à force de jouer le porte-parole et le paravent, Guillaume Soro, alors chargé de serrer les mains des Blancs et insulter Laurent Gbagbo sur les chaînes de radio et de télévision, a fini par se convaincre qu’il est le chef de l’armée qui a aidé Ouattara à parvenir au pouvoir avec le précieux concours des Français. En réalité, il n’en était que le bonimenteur ! Si Guillaume Soro avait une armée, celle-ci ne serait pas restée sans quelques remous lorsqu’il a été débarqué du perchoir de l’Assemblée nationale et surtout lorsqu’il a été contraint à l’exil d’une manière peu élégante. Retenons que Guillaume Soro s’agite pour que demain, si l’armée bascule du côté du Conseil de transition, il puisse s’en attribuer la gloire, à la manière de la mouche du coche de Jean de La Fontaine. D’ailleurs, les médias français qui donnent beaucoup d’importance à son récent appel aux Ivoiriens, allant même jusqu’à le comparer à celui de Charles de Gaulle le 18 juin 1940, doivent nous inciter à la méfiance. La France aimerait sûrement garder son cheval de Troie pour la sécurité de ses affaires. Prenons donc soin de ne pas participer à l’exagération de la portée des boniments de Guillaume Soro sur les événements en cours en Côte d’Ivoire. Sachons tout simplement que tous les éléments de l’armée ne sont pas fidèles à Ouattara, tous ne sont pas des ressortissants des pays voisins. Nous pouvons donc aider ces éléments-là à agir en nous aidant nous-mêmes.

    Le deuxième acte de la désobéissance civile maintenant !

          Pour triompher de la dictature ouattariste, quel moyen reste-t-il finalement aux Ivoiriens ? Des barricades ! Oui, de vraies barricades, solides comme durant les révolutions européennes des siècles passés, pour étouffer Abidjan et la pousser à la révolte populaire ! Je l’ai dit et le redis ici : dans une démocratie, les manifestations publiques visent avant tout à attirer l’attention des autorités de l’État sur une situation sociale ou politique qui exige une réponse satisfaisante. Malheureusement, on n’obtient rien en agissant ainsi avec une dictature ; à moins que plusieurs milliers de personnes envahissent la capitale et la paralysent durant plusieurs semaines pour obliger le dictateur à céder le pouvoir. Un tel cas de figure n’est pas envisageable avec l’esprit actuel des Ivoiriens dominés par la peur et l’égoïsme de ceux qui ne se sentent plus assez jeunes pour descendre dans les rues. Il reste donc aux Ivoiriens à dresser des barricades à l’entrée et à la sortie de chaque ville, de chaque village, de chaque quartier pour entraver le mouvement des populations. Ainsi, tous les fonctionnaires auront des raisons de ne pas aller travailler, tous les fournisseurs auront des raisons de ne pas alimenter les marchés, les magasins et le port d’Abidjan. Une organisation qui étouffera économiquement le marché national et arrêtera les exportations vers l'Europe. Et quand les Français n’auront plus les matières premières qui font tourner leurs usines et permettent aux ouvriers de garder leur emploi, eh bien, la France - hier grand ami d’Alassane Ouattara mais aujourd’hui silencieuse - sera bien obligée de lui dire : la France n’a pas d’ami ; elle n’a que des intérêts ! Et Monsieur Ouattara sait bien ce qu’il en coûte d’entraver les intérêts de la France.

          Il faut donc que chaque ville, chaque village et les quartiers ou agglomérations d’Abidjan érigent des barricades solides en signe de protestation pour un changement radical de régime en Côte d’Ivoire. Pour réussir, cette action doit commencer partout en même temps ! Il n’est pas question de retomber dans les huit années de négociations du régime de Laurent Gbagbo avec les rebelles de Ouattara. On ne négocie pas avec un régime de traîtres et d’égoïstes sans foi ni loi. Il faut prendre le risque de sauver l’avenir de nos enfants, de notre famille plutôt que de le laisser entre les mains d’un dictateur sans parole et sans scrupule qui vit désormais dans la peur d’être jugé et condamné par les Ivoiriens. N’acceptons pas que cet homme fasse de la côte d’ivoire et de chacun de nous ce qu’il veut. C’est désormais la nouvelle forme que doit prendre la désobéissance civile jusqu’à ce que la France qui a placé Ouattara à la tête de la Côte d’Ivoire comprenne qu’il est usé à force de mal servir sa préfecture.

          Je voudrais pour terminer adresser cette pensée de Henry David Thoreau (1817 – 1862) – auteur de La désobéissance civileà tous les présidents des institutions ivoiriennes et surtout aux commandants des armées de côte d’Ivoire : puisque la machine du gouvernement « est d’une nature telle qu’elle vous oblige à vous faire l’agent d’une injustice à l’égard d’autrui, il faut enfreindre la loi et faire de votre vie une contre-friction pour gripper la machine ».

Raphaël ADJOBI

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03 novembre 2020

Un Conseil de transition en Côte d'Ivoire : l'occasion pour Henri Konan Bédié de sauver son honneur (Raphaël ADJOBI)

      Henri Konan Bédié : enfin l’occasion de sauver

            son honneur avant de tirer sa révérence

Henri Konan Bédié

          Le 2 novembre 2020, devant la vacance du pouvoir résultant de la parodie d’élections organisées par Alassane Ouattara à laquelle il a participé en toute illégalité – selon ses propres discours et ceux des magistrats qui l’ont accompagné durant ses mandats – un conseil de transition est né en Côte d’Ivoire. En effet, aucun pays sur cette terre ne peut se permettre de saluer la victoire de Monsieur Alassane Ouattara au regard de la désobéissance civile des populations comme preuve du rejet définitif de sa personne et de son pouvoir. Désormais, la parole de cet homme ne vaut plus rien sur la scène nationale et internationale.

          Monsieur Henri Konan Bédié est donc devenu en ce début du mois de novembre 2020, la figure de proue d’une nouvelle équipe pour une nouvelle ère attendue depuis le coup d’État Français d’avril 2011 ; coup d’État ayant installé Alassane Ouattara à la tête de ce pays d’Afrique occidentale. Si la figure d’Henri Konan Bédié demeure encore une référence en Côte d’Ivoire, il est indéniable que cela tient à son âge qui, sur la terre africaine, confère de la considération si on sait la mériter. Et si les partis de l’opposition l’ont choisi pour incarner la nouvelle voie à suivre, c’est effectivement parce que qu’il ne s’est pas comporté durant ces dernières années comme un vieil homme sénile mais plutôt comme celui qui regardait et écoutait afin de pouvoir agir le moment venu.

          Et pourtant, cet homme a contribué aux malheurs de la Côte d’ivoire de la plus belle des façons. Arrivé en deuxième position lors des élections présidentielles de 2010, Henri Konan Bédié a cédé sa place à Allassane Ouattara à la demande de la France afin que celui-ci puise affronter Laurent Gbagbo et avoir l’occasion de lui contester la victoire finale. Ce qui s’est effectivement produit. Pire, il a signé un pacte oral avec celui qu’il a contribué à faire roi dans le but d’occuper le fauteuil présidentiel l’un après l’autre. Trahi par Alassane Ouattara, il est passé aux aveux publics avant de se murer dans le silence en vieil homme humilié. C’est donc l’homme que toute la Côte d’Ivoire maudissait. Houphouët-Boigny a fini sa vie en vieil homme sénile à qui il a fallu arracher le multipartisme, un vieil homme qui a été ruiné par sa maîtresse blanche qui l’a fait cocu avec le premier ministre que la France lui a imposé. Nous nous attendions à ce que Henri Konan Bédié finisse sa vie aussi risible que son aîné Félix Houphouët-Boigny. Pour ma part, dès mars 2012, je m’étais promis d’aller pisser sur sa tombe avec des milliers d’Ivoiriens, à la queue leu leu.

          Mais voilà qu’en ce mois de novembre 2020 une occasion extraordinaire se présente à lui pour sauver son honneur et par la même occasion celui de son pays ! Ni Houphouët-Boigny, ni Robert Guéi, ni Alassane Ouattara n’ont saisi l’occasion qui leur était offerte de vivre en supervisant de leur renommée et autorité les institutions de la Côte d’ivoire pour une évolution pacifique et harmonieuse. L’orgueil et la cupidité ont souillé à jamais leur nom ! Aujourd’hui, Henri Konan Bédié a cette chance extraordinaire de se montrer plus grand que ses trois devanciers. S’il réussit cette transition de la côte d’ivoire vers une réconciliation nationale et le strict respect des institutions, alors il entrera dans l’histoire de son pays par la grande porte. Durant le restant de ses jours, sans être le gouvernant, il sera considéré par les Ivoiriens comme celui par qui la paix est revenue dans le pays. Nous espérons vivement qu’il saura s'appuyer sur son autorité d’aîné pour rassembler les Ivoiriens, que la sagesse que nous reconnaissons aux anciens installés sur la terre de leurs ancêtres sera son propre guide pour apaiser le coeur de ses compatriotes. Nous espérons - si l'armée lui tend la main - qu’il saura tirer profit de l’unanimité dont il jouit aujourd’hui pour jouer le rôle du guide discret qui, dans l’ombre, inspire les gouvernants. Plus clairement, nous attendons de lui qu’il veille à la bonne organisation des élections ainsi que la mise en place des moyens d’une réconciliation vraie des Ivoiriens après le retour de tous les exilés. Nous attendons de lui qu’il ne fasse pas du pouvoir présidentiel un objectif personnel mais plutôt qu’il incarne pour tous celui qui indique la voie. Nous nous attendons à ce qu’il se comporte comme Moïse : qu’il ne s’aventure pas sur la Terre promise ! Mais, comme un artiste, qu’il prenne ses distances pour enfin admirer sa dernière œuvre qui mène à la paix nationale. Des élections présidentielles supervisées par une autorité ou des autorités nationales respectées seraient une grande première en Afrique francophone.

Raphaël ADJOBI

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31 octobre 2020

Une jeune Malienne interroge les dirigeants maliens et africains

                  Une jeune Malienne interroge

               les dirigeants maliens et africains

          « Pour qu’il y ait corruption, il faut un corrupteur et un corrompu. Qui sont les corrupteurs aujourd’hui ? Qui sont les corrompus d’aujourd’hui ? Les corrompus d’aujourd’hui sont les personnes censées empêcher la corruption ; ce sont les personnes censées nous protéger ; ce sont les personnes censées appliquer les lois, les sanctions. 

Malienne discourant

          Je travaille dans une entreprise qui répond à des appels d’offre ; mais nous constatons que des personnes payées par nos impôts pour signer les documents demandent qu’on leur verse de l’argent - avant d’aller plus loin. L’argent que les entreprises leur versent et qui doit aller dans les caisses de l’État pour servir à construire les écoles, à soigner les malades, qu’en font-elles ? Cet argent, les entreprises le donne en fait à une personne lambda payée par l’État qui s’enrichit au lieu d’enrichir l’État.

          Maintenant parlons de nos dirigeants, de nos ministres, du président de la République. Quand arrivent les élections, savez-vous comment elles sont financées dans nos pays ? Les entreprises sont rackettées ! "Vous ne voulez pas payer ? demandent-ils. Eh bien, nous verrons bien au prochain appel d’offre comment les choses vont se passer…." Bien sûr que nous avons tous un rôle à jouer. Bien sûr que je peux dire à la douanière de l’aéroport qui me demande 10.000 francs CFA pour les trois tissus neufs qui sont dans mon sac que c’est de la corruption. Bien sûr que je peux dire au policier qui me rackette que je ne veux pas donner ce qu’il me demande parce que c’est de la corruption. Mais qu’est-ce que je dis à toutes ces personnes qui nous dirigent, qui sont censées nous protéger mais qui sont les premières à nous bafouer, à hypothéquer notre avenir parce qu’elles ne veulent pas arrêter de s’enrichir ? Et les entreprises ne peuvent pas non plus arrêter de payer les corrompus parce qu’elles ne veulent pas arrêter de survivre parce qu’il leur faut aussi continuer à payer des salariés. Et qui sont ces salariés ? Ce sont tous ces jeunes à qui nous sommes en train de dire "Croyez au Mali ! Croyez en l’Afrique ! Croyez en l’avenir, n’allez pas sur les routes de l’émigration". Mais que leur offre-t-on en option ? Quelles solutions offre-t-on à leurs problèmes ? »

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