Lectures, analyses et réflexions de Raphaël

Vous trouverez ici des comptes rendus de lectures livresques concernant essentiellement l'histoire des Noirs d'Afrique et celle des Afrodescendants des Amériques et d'Europe. Les actualités de la diaspora africaine ne sont pas oubliées.

20 juin 2017

Le noir nous va si bien, petit récit des Français noirs et le cinéma français blanc (Louis Guichard et Guillemette odicino)

                         Le noir nous va si bien

    Petit récit des Français noirs et le cinéma français blanc           

                      (par Louis Guichard et Guillemette Odicino)

Aïssa Maïga

Je vous propose ici un bel article de Télérama (n° 3514 du 20 au 26 mai 2017) sur les comédiens français noirs ou Africains-Français. Les auteurs attirent tout de suite l’attention sur le fait que « de Firmine Richard à Aïssa Maïga, d’Alex Descas à Omar Sy, les acteurs de couleurs connus sont rares. Les autres ? Cantonnés aux rôles de faire-valoir des Blancs… Mais les scénarios qu’on leur propose évoluent. » Alors la question qu’ils posent est la suivante : « Un cinéma post-racial va-t-il advenir ? » En tout cas, au regard d’un courrier, évoquant l’expérience anglaise, reçu par le journal à la suite de l’article, ce n’est pas demain la veille.

« Omar, si, mais les autres, non ! » Telle est la blague inusable qui circule parmi les acteurs noirs à propos du manque de travail, c’est-à-dire de rôles au cinéma. Omar Sy, 39 ans, personnalité préférée des Français… Depuis le triomphe historique, en 2011, d’Intouchables, d’Eric Toledano et Olivier Nakache (plus de dix-neuf millions de rentrées en France), tous les films montés sous sur son nom attirent les foules. Avant lui, aucun comédien noir n’avait connu chez nous un succès aussi massif et durable. Mais où sont les autres Français de couleur sur les écrans ? Omar Sy est-il devenu l’alibi d’une tenace fermeture à l’autre, d’un deni de diversité, ou son rayonnement signifie que les temps ont changé ?

Firmine Richard

            Sur ce sujet, Firmine Richard, née en Guadeloupe il y a soixante-neuf ans, s’emporte vite, tant son constat à elle est, avant tout, celui du surplace. Quand un directeur de casting l’a repérée, dans un restaurant parisien, elle avait travaillé à la poste puis à la RATP, mais jamais dans le spectacle. Engagé dans le rôle principal de Romuald et Juliette, de Coline Serreau (1989), avec Daniel Auteuil, elle s’est jetée, à 40 ans, dans cette nouvelle vie inespérée. Mais elle a souvent déchanté. Ce qui l’énerve : le nombre incalculable de rôles de femme de ménage qu’on lui a proposés depuis cette Juliette, durant presque trois décennies – y compris dans l’un des films dont elle est le plus fière, Huit femmes, de François Ozon (2001). « J’en ai refusé, des scénarios où j’avais une serpillère et deux répliques… »

            Dans le film d’Ozon, la domestique noire était, d’abord, un clin d’œil cinéphile aux mélos de Douglas Sirk. La majorité des petits rôles proposés aux Noirs par le cinéma français n’ont pas cette excuse. Alex Descas, 59 ans, a lui aussi débuté dans les années 1980. Enfant d’ouvriers d’origine antillaise, il a fait toute sa scolarité à Paris et son apprentissage de comédien au cours Florent, sans ressentir d’écart entre lui et les autres débutants. La réalité du monde du travail lui a ensuite sauté au visage : « Pour moi, il n’y avait tout simplement pas de rôle. Juste quelques figurations, ou ce qu’on appelle, dans le jargon du métier, des silhouettes : de dealer, de voyou… C’était très violent d’être confronté à ce rien. J’ai préféré prendre mes distances, retourner aux petits boulots, et je l’ai fait savoir à quelques directeurs de casting que je connaissais. En substance, leur réaction fut : voilà qu’il veut des rôles de Blanc ! Alors que je voulais des rôles tout simplement. »

              Un fantasme blanc : apprendre au Noir à faire le singe !

            A l’époque, les clichés coloniaux persistent dans les scénarios, où le personnage éventuellement destiné à Alex Descas est fréquemment désigné comme « le Noir », sans nom ni prénom.« C’était pire que des caricatures : des Noirs fantasmés, introuvables dans la vraie vie. Lors d’un casting, un metteur en scène a voulu m’apprendre à marcher comme un Noir ! Un autre était déçu que je n’aie pas d’accent et me demandait de le prendre. J’ai toujours refusé ces films dont j’aurais pu avoir honte, pour moi, mais également pour mes semblables », raconte Descas.

Alex Descas

            La cinéaste Claire Denis donne, la première, un grand rôle à Alex Descas dans S’en fout la mort (1990). Elle qui a grandi en Afrique, auprès d’un père administrateur civil dans les colonies françaises, laisse libre cours à une fascination érotique mêlée d’empathie. Le partenaire d’Alex Descas est Isaac de Bankolé, que la réalisatrice a filmé dans Chocolat, en 1998, et qui a été le premier Noir récompensé par un césar (du meilleur espoir masculin). « Isaac, porté par le triomphe public de la comédie Black Mic-Mac (1986), de Thomas Gilou, concentrait alors la totalité des propositions, comme s’il n’y avait de la place que pour un seul Noir. Mais, en dehors de Claire Denis, Isaac ressentait le même effarement que moi devant la nature des rôles : par la suite, il a travaillé quasi exclusivement avec des cinéastes étrangers, et d’abord Jim Jarmusch. »

            A Cannes, cette année, Alex Descas présentera, avec Juliette Binoche, en ouverture de la Quinzaine des réalisateurs, Un beau soleil intérieur, signé à nouveau Claire Denis. Elle lui a donné ses plus beau rôles, comme celui du père taiseux et bienveillant de 35 Rhums (2008), inspiré des films d’Yasujiro Ozou. Et elle a sans doute influé sur le cours de sa carrière de comédien, souvent orientée vers l’art et essai (Charunas Bartas, Olivier Assayas, Raoul Peck, Parice Chéreau…). Mais aujourd’hui, malgré ce parcours cohérent, Alex Descas partage le constat de son aînée Firmine Richard : les choses n’ont guère évolué depuis une trentaine d’années. La fiction cinématographique reflète trop peu la réalité sociale du pays. « Même de grands metteurs en scène modernes que j’admire ne bougent pas dans ce domaine. Ils se cantonnent toujours au même monde bien blanc. » Quinquagénaire, il s’attriste du gâchis observé autour de lui, parmi sa génération : « Je connais des acteurs noirs dont j’ai envié l’éclat, le talent, la personnalité, mais qui n’ont rien pu en faire : aucun emploi. »

                          L'espoir viendra des réalisateurs Noirs

            A ses yeux, le seul porteur d’espérance s’appelle Lucien Jean-Baptiste : « lui-même comédien, il a compris qu’il ne fallait pas attendre des rôles qui ne viendraient jamais. Il a écrit ses propres films, connectés avec la société plurielle et mélangée d’aujourd’hui, et s’est durablement inscrit dans le paysage du cinéma français. Aux jeunes Noirs attirés par le métier, je conseille de suivre son exemple. » Lucien Jean-Baptiste, acteur-réalisateur de 53 ans, né en Martinique, vient d’obtenir un triomphe en salles avec Il a déjà tes yeux(un million quatre cent mille entrées) après celui de La première étoile, en 2009. Plein d’énergie et d’autodérision, attiré par le métier d’acteur dès l’enfance, il a longtemps réprimé ce désir, incompris par sa famille : la parole du conseiller d’orientation ayant force de loi, on le voulait mécanicien. Il a attendu la trentaine pour passer le concours de la classe libre du cours Florent, en un dernier sursaut, à tout hasard, avant de « retourner aux Antilles boire du punch jusqu’à la fin des temps ». Confronté à son tour au manque criant de rôles, il s’est alors improvisé auteur-réalisateur, cultivant l’art de ruser avec les décideurs du cinéma français : « Le film de mes débuts, La première étoile, je l’ai vendu comme une comédie sur les Noirs en vacances à la neige, alors qu’il s’agit de souvenirs familiaux, plutôt douloureux, sur mes parents peinant à joindre les deux bouts. »

Lucien Jean-Baptiste

            Il constate, lui, une lente amélioration du sort des acteurs noirs : « Il y a eu un avant et un après Omar Sy dans Intouchables, preuve qu’un Noir pouvait atteindre près de vingt millions d’entrées. Ce rôle exubérant, caricatural pour certains, était une étape. Exactement comme il y a eu, aux Etats-Unis, les facéties d’Eddy Murphy avant le sérieux de Denzel Washington. »

            Aïssa Maïga, 41 ans, premier rôle féminin d’Il a déjà tes yeux, actrice noire la plus connue de France après Firmine Richard, juge elle aussi que les grandes années de Canal+, qui a lancé Omar Sy, ont influé favorablement sur les représentations sociales et les pratiques : « Non seulement cette chaîne a rendu Omar immensément populaire, comme elle l’avait fait avec Jamel, mais elle a monté ou financé des films avec lui. La profession s’est aperçue que des comédies avec une tête d’affiche de couleur marchaient. Un cercle vertueux s’est mis en place. »

            La jeune femme, née au Sénégal, a débuté « en toute candeur », dans les années 2000, inconsciente de l’effet que sa couleur produirait lors des castings. Elle a tourné avec Claude Berri, Cédric Klapisch et Michel Gondry, mais n’a pas été épargné par les humiliations, qu’elle consignait dans un carnet, pour mieux les surmonter ; Elle a tenu bon, elle aussi, face à la persistance des stéréotypes : « Quand j’ai reçu le script d’Il a déjà tes yeux, j’ai sauté de joie : le portrait d’un couple de Noirs qui s’aiment, simplement ! Alors que, tant de fois, on m’a proposé des scénarios où mon mari me battait, où mon père voulait m’exciser, où mon frère était alcoolique… »

            Et maintenant ? D’abord, 2017 restera comme une année particulièrement encourageante : au premier semestre, en plus du grand succès public obtenu par le film de Lucien Jean-Baptiste avec Aïssa Maïga, il y a eu L’Ascension, histoire d’un jeune sans emploi qui gravit l’Everest pour prouver sa valeur à celle qu’il aime. Plus d’un million de spectateurs ont vu en salles cette comédie réalisée par un Blanc, Ludovic Bernard,  mais reposant entièrement sur les épaules d’un jeune acteur noir de 27 ans, Ahmed Sylla. Une telle conjonction au box-office suggère une attitude nouvelle du grand public, bien au-delà de l’accident heureux ou de l’exception.

            « La question de la présence des Noirs dans le cinéma est indissociable de leur place dans la société, rappelle Lucien Jean-Baptiste. Le problème, c’est que beaucoup d’entre eux sont issus de milieux défavorisés. Il faut mettre en place des programmes d’éducation dans les quartiers. Une heure de théâtre par semaine, à l’école, suffirait à faire naître des vocations de comédien. Changer les mentalités post-colonialistes est une affaire de société, au moins autant que de cinéma ».

            Pour tous, l’espoir porte sur l’effacement progressif du concept de « rôle de Noir(e) ». Alex Descas a récemment joué  sur scène dans Phèdre(s), face à Isabelle Huppert, sous la direction de Krzysztof Warlikowski. « Le théâtre de création distribue volontiers les rôles indépendamment de la couleur de peau, quitte à trahir joyeusement les textes. Pourquoi pas le cinéma ? » Lucien Jean-Baptiste songe à une version d’Othello où, à rebours de la convention, le rôle-titre serait tenu par un Blanc maquillé en noir, et celui de Iago, par un Noir fardé de blanc. Le directeur de casting Nicolas Ronchi, qui travaillait jadis pour Claire Denis et s’intéresse beaucoup à cette question, croit au volontarisme : « Pour n’importe quel rôle, je me sens le droit, et le devoir, de proposer à la production un comédien noir, quand bien même le scénario n’indique rien en ce sens. » Un pas, peut-être, vers la « société post-raciale » dont Aïssa Maïga a fait son idéal depuis que Barack Obama a lancé cette formule.

            A nouveau, les regards se tournent vers Omar Sy, qui disait dans Télérama, en janvier 2016 : « Ce que j’aime avant tout [quand je travaille aux Etats-Unis], c’est que là-bas je suis un Français, et pas un Noir. » Voilà qu’il s’apprête à importer ici cette sensation-là : on le verra, en octobre, tenir, dans une grosse production française (réalisée par Lorraine Lévy), le rôle si blanc du Dr Knock, d’après la pièce de Jules Romains. Une petite révolution. En tout cas « une étape décisive », selon Nicolas Ronchi : « Quand on est aussi connu et aimé, on joue qui on veut. Et ça ne peut que faire école. »

Louis Guichard et Guillemette Divino.

Photos : Jérôme Bonnet

Télérama 20 au 26 mai 2017

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12 juin 2017

Urbi et Orbi (Olivier Merle)

                                                      Urbi et Orbi

                                                        (Olivier Merle)  

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            La locution Urbi et Orbi évoque pour le commun des hommes les bénédictions solennelles que le pape donne depuis Rome à cette ville et au reste du monde. En reprenant cette formule, ce livre d’Olivier Merle veut nous montrer comment le centre de la chrétienté s’est détaché du pays du Christ puis a dérivé pour s’être enfin ancré là où nous savons. Une dérivation extraordinaire du message de Jésus menée par des hommes portés par une foi magnifique ; des hommes parmi lesquels la figure de Paul émerge comme le plus grand tribun des premières heures de l’histoire du christianisme.

            Pour ceux qui ont lu du même auteur Le fils de l’homme, se terminant par la lapidation d’Etienne – faisant de lui le premier martyr chrétien – et la fuite des disciples de Jésus hors de Jérusalem, Urbi et Orbi est clairement le récit des chrétiens hellénistes qui croient que le message du Christ n’est pas uniquement destiné aux juifs de Judée.

            Après la mort d’Etienne, le plus ardent défenseur de la Bonne nouvelle destinée à tous les Juifs, et même aux païens sous certaines conditions, est indiscutablement Philippe. Ce disciple de Jésus originaire de la très lointaine Hiérapolis près d’Ephèse est le contraire de Jacques qui prône l’attente patiente du retour de son frère monté au ciel après sa résurrection. Homme pieux, héritier de son frère à Jérusalem, Jacques est attaché à la loi de Moïse comme une moule à son rocher ; la propagation de l’Evangile  de Jésus est le cadet de ses soucis.

            Dans leur lent mouvement d’évangélisation des Juifs vivant hors de la Judée et de quelques païens souvent acceptés après beaucoup d’hésitation, Philippe et ses partisans auront un dangereux ennemi en la personne de Paul, un Juif romain originaire de Tarse qui, comme beaucoup, ne pouvait accepter qu'un crucifié puisse être le Messie d'Israël. Mais voilà que Jésus se révèle à ce persécuteur de la secte des nazôréens appelés « chrétiens ». Dès lors, celui qui n’a pas été le disciple de Jésus se reconnaît l’élu devant porter son message profondément universel. Aux Juifs qui s’accrochent à la Loi de Moïse comme l’alliance indéfectible conclue avec Dieu, il oppose la nouvelle alliance conclue entre Dieu et le monde par l’intermédiaire du sang et de la chair de Jésus. Pour lui, la Loi (de Moïse) n’est plus nécessaire pour être sauvé mais la Foi en Christ ! Paul déclare « l’union définitive et sans exclusive entre les païens et les juifs adorant le Christ ».

            A partir de ce moment, sous le regard du colon romain attentif au moindre trouble, une lutte d’influence acharnée se déclare entre ses partisans et ceux respectueux des recommandations de Jacques, le frère de Jésus. Dépassés, Philippe et Jean joueront difficilement les conciliateurs. C’est donc cette lutte entre l’Evangile universel – parce qu’ouvert aux païens – et l’évangile exclusivement juif ayant toujours la Loi de Moïse comme référence absolue que le livre nous peint ici. Et le résultat est éclatant, magnifique ! On y découvre le poids de la circoncision sur la propagation de la Bonne nouvelle et les conversions des païens. On apprécie le pragmatisme des apôtres hellénistes ainsi que le sectarisme des Juifs qui fait d’eux les plus grands ennemis de la foi chrétienne. Etat d’esprit qui les conduit à l’invention de la ségrégation dès le premier siècle de notre ère. Un livre éblouissant à l’image du personnage de Paul qui apparaît comme le cœur et la tête pensante du christianisme naissant.

Raphaël ADJOBI

Titre : Urbi et Orbi, 489 pages

Auteur : Olivier Merle

Editeur : Editions de Fallois, 2016.  

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01 juin 2017

Izaurinda (Anna Maria Celli)

                                                   Izaurinda

                                             (Anna Maria Celli)

Izaurinda de Anna Maria Celli

            Dans ce roman, la force et la violence de l'écriture d'Anna Maria Celli rappellent étrangement celles de Artemisia Gentileschi* en peinture. L'une et l'autre ont la douceur angélique dans le regard mais la main ferme et tranchante qui rend le crime admirable.

            Izaurinda est l'épouse de Sem. Mais sa présence dans le récit est le plus souvent en filigrane, c'est-à-dire dans la conscience de Sem qui a quitté la désolation de son village de sable brûlant comme de nombreux hommes avant lui pour un horizon aux limites pesantes. Ce n'est pas un grand causeur Sem ; c'est un homme d'action, un homme qui agit en psalmodiant sa vie antérieure pour nous faire découvrir comment il a échoué à Paris, sur les bords de la Seine.

            Malheureusement l'exil ne fait pas de lui un homme libre parce qu'un pacte avec "le diable" est attaché à ses pas. Dans ce cas, la police devient l'ennemi à éviter à tout prix. Les deux femmes qu'il rencontre dans sa vie vagabonde sont deux êtres éloignés de l'image d'Izaurinda qui l'obsède. Deux femmes qui auraient pu le couver ; mais l'une porte en elle de manière trop forte la déchéance qu'il fuit et l'autre une étrange vacuité qui l'effraie.

            Ce roman se révèle être donc la fuite solitaire et taciturne d'un homme prêt à sauver sa vie bien que se sachant condamné par sa mission puis son crime. Une errance douloureuse qui tient le lecteur en haleine l'obligeant à se demander sans cesse combien de crimes le héros devra-t-il commettre pour être enfin délivré ou finir au cachot.

            Un roman à la structure simple mais au rythme complexe, brutal et poétique. 

* Artemisia Gentileschi est une peintre italienne dont l'œuvre est caractérisée par une forte accentuation dramatique ; d'elle, je retiens essentiellement son tableau "Judith décapitant Holopherne".

Raphaël ADJOBI

Titre : Izaurinda, 178 pages.

Auteur : Anna Maria Celli

Editeur : az'art atelier éditions, collection L'Orpailleur, 2017.

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27 mai 2017

Allocution du président de La France noire à la commémoration de l'abolition de l'esclavage 2017 à Joigny (89)

            Allocution du président de La France noire

                   à la commémoration de l'abolition de

                                  l'esclavage 2017 à Joigny

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Merci Mme La sous-préfète de nous faire l'honneur de votre visite qui nous fait vraiment plaisir.

            Madame la Conseillère départementale, merci de votre présence qui nous honore également, et surtout pour votre constant soutien à La France noire.

            Monsieur le maire, merci de tout cœur pour tout ce que vous faites au sein de notre ville pour favoriser la fraternité nationale dans le respect de la diversité de la population de notre pays. A travers vous, La France noire voudrait aussi dire sincèrement merci à tous les conseillers municipaux pour leur soutien aux actions culturelles des associations de notre ville, et en particulier pour leur précieux soutien à la nôtre. Personnellement, j'ai appris à ne jamais perdre de vue que les grands esprits ou les grands projets sont souvent voués à l'échec s'ils ne font pas de belles rencontres. Merci donc parce que votre bienveillance à tous, jointe à la bonne volonté des adhérents, a permis la réalisation de l'exposition que nous présentons aujourd'hui. Cette exposition est désormais à la disposition de tous les établissements scolaires.

            Mesdames et Messieurs les chefs d’établissements ou leurs représentants, chers collègues enseignants, merci d’avoir répondu nombreux à l’appel de La France noire.

            Mesdames et messieurs les présidents des organisations associatives ou leurs représentants, merci de nous faire l’amitié d’être parmi nous ce soir.

Mesdames et Messieurs, chers amis,

Je vais aborder deux points dans mon intervention :

1) La nécessaire connaissance de l'autre pour construire la fraternité nationale.

2) Pourquoi l'esclavage des noirs dans les Amériques n'est pas un esclavage comme les autres.

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                       La nécessaire connaissance de l'autre

            La France noire est née parce que les Noirs de France expriment des besoins : besoin de reconnaissance  de leur qualité de citoyen à part entière ; besoin de prise en compte de la contribution de leurs ancêtres à la défense et à la construction de la France. C’est réellement la non satisfaction totale de ces besoins qui fait encore peser sur eux le racisme né au XVIIIe siècle.

            Beaucoup de nos compatriotes blancs sont conscients du racisme souvent sournois que subissent les Noirs de France. Ils s’en indignent, parfois ouvertement, et prônent plus de tolérance chaque fois qu’ils en ont l’occasion. Mais comme le dit si bien le sociologue Michel Wieviorka, contre le racisme et l’intolérance, « il ne suffit pas d’avoir de bons sentiments, il faut avoir des connaissances ». Des actions éducatives sont absolument nécessaires pour que s’installent dans les esprits des connaissances durables grâce à la répétition des enseignements. Des connaissances durables qui vont à leur tour modifier les comportements et conduire à des habitudes satisfaisantes pour tous.

            Pour aller vers cette fraternité qui est le troisième pilier de notre devise nationale, nous devons faire de la connaissance de l’autre et donc de son histoire un objectif essentiel. C’est pourquoi notre association a choisi comme devise « mieux connaître l’autre pour respecter sa différence ». Oui, mieux connaître l’autre est l’effort à accomplir par chacun de nous, le prix à payer par chacun de nous pour construire la fraternité nationale.

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            Qu'est-ce que cela veut dire concrètement sur le plan national ? La réponse est claire : intégrer la géographie et l’histoire des Français noirs à la géographie et à l’Histoire de France. C’est cet impératif que notre association a voulu symboliser par son logo. L’arc de cercle autour de la France métropolitaine ou hexagonale, représente l’ensemble des îles et terres françaises lointaines que nous ne voyons jamais et n’étudions jamais sur les bancs de l’école mais qui existent bel et bien. C’est dire que la France qui est absente des manuels scolaires existe physiquement et devrait permettre à tous les Français de se dire que nous avons la chance d’avoir un horizon large !                                  

            C’est vrai, l’autre, celui qui est différent de nous est toujours un peu bizarre. Il étonne, il suscite des interrogations, il choque même parfois. Pourtant, il faut accepter d’être étonné, d’être choqué. C’est une chose universellement et humainement normale ; aussi, le choc ou l’étonnement provoqué par l’autre ne doit pas nous pousser à le rejeter. Nous ne devons pas en faire un sentiment définitif modelant notre vie.

            Vous ne vous imaginerez jamais la réaction des Noirs, surtout des enfants, lorsqu’ils ont vu pour la première fois une personne blanche. Cela s’est toujours traduit par une véritable débandade des enfants : on court s’enfermer dans les maisons, se cacher dans les broussailles, on grimpe aux arbres, on crie à la mort en s’accrochant aux jambes de sa mère ou de son père. Et pourtant, ce sont ces mêmes enfants qui, après deux ou trois séjours du Blanc, courront à sa rencontre en ouvrant les bras lors d’une de ses prochaines visites.

            Pour connaître l’autre afin de respecter sa différence, il faut connaître son histoire. Et pour nous tous ici présents, connaître l’histoire des Noirs Français, c’est connaître l’Histoire de France avec toutes ses pages qui sont occultées, négligées ou tronquées qui parlent d’eux.

            Cela m'emmène à parler de l'esclavage et à vous dire

            pourquoi l'esclavage des Noirs dans les Amériques

                    n'est pas un esclavage comme les autres

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            Certes, la traite et l’esclavage des Noirs font partie des programmes pédagogiques. Cependant, leur enseignement - au regard des manuels scolaires - est très loin d’être satisfaisant et parfois même blessant parce qu’il apparaît clairement comme une déculpabilisation des bourreaux d’hier qu’étaient les négriers et les esclavagistes européens. Par ailleurs, les manuels scolaires ont tendance à mettre la traite et l'esclavage des noirs sur le même pied d'égalité que toutes les autres formes d'esclavage au point où le lecteur attentif peut se demander pourquoi c'est le seul esclavage qui fait l'objet d'un enseignement.

            La question est légitime et mérite des réponses claires. Les voici :

            Premièrement, cet esclavage est le seul connu de l’humanité qui n’a pas été pratiqué seulement par des individus véreux, mais par des Etats coalisés contre une seule catégorie de populations. Il ne s’agit donc pas du même esclavage que celui pratiqué dans de nombreuses sociétés traditionnelles. Il s'agit d’une entreprise industrielle de plusieurs royaumes qui se concurrençaient. Cette entreprise a d'ailleurs donné naissance à des traités dans les parlements des royaumes et entre les royaumes européens.

            Deuxièmement, cet esclavage est celui que chacun doit étudier parce que c’est le seul qui a changé durablement la conscience et la pensée européenne. Oui, cet esclavage a changé la conscience et la pensée européenne grâce à l’invention du racisme au XVIIIe siècle qui imprègne aujourd’hui encore les rapports humains sur la terre entière. Racisme popularisé à partir de la deuxième moitié du XIXe siècle par les expositions coloniales. De ce fait, c’est la seule pratique esclavagiste qui, plus d’un siècle et demi après son abolition, laisse des traces aussi violentes et durables dans de nombreux pays européens ainsi que dans leurs anciennes colonies des Amériques.

            En effet, c’est la seule pratique esclavagiste qui a été théorisée scientifiquement, philosophiquement, religieusement et dont la France a eu la belle idée de codifier les brutalités qui le rythmaient avant tous les autres.                               

                        Que disent les théories européennes qui ont

                              durablement décidé du sort du Noir ?

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            D’une part, elles affirment que c’est Dieu qui a condamné l’homme noir à être l’esclave des autres peuples ; bien évidemment des Blancs. C’est la théorie de la faute de Cham, ce fils de Noé qui aurait vu son père nu, alors qu’il était ivre, et qui n’aurait pas recouvert sa nudité. La noirceur de sa peau serait donc le signe de sa malédiction !

            D’autre part, ces théories affirment que le Noir ne fait pas partie de l’humanité. Elles affirment qu’au départ, le Noir était un Blanc qui, peu à peu, avait dégénéré, était sorti de l’humanité et s'était rapproché de l’animalité, plus précisément du singe. Ces théories disent que l'animal est une machine perfectionnée, un automate. Elles assurent donc que le Noir est moins qu'un sous-homme. Pire : c’est un objet du même niveau qu’une chaise, un buffet, un meuble, comme le dit clairement le Code noir.

            Nous comprenons donc tous que l'esclavage des Noirs dans les Amériques se justifiait par une conception très réfléchie de la nature même du Noir et de la place que l’Europe lui réservait dans l’Histoire des êtres de la terre!            

            Voilà, mesdames et messieurs, pourquoi en regardant l’histoire particulière de la traite et de l’esclavage des Noirs dans les Amériques, la France a eu raison de décréter la traite et l'esclavage en général un crime contre l’humanité ; voilà pourquoi elle a eu raison de décréter une journée nationale pour saluer les luttes des esclaves pour leur liberté et les luttes des Blancs qui ont sincèrement voulu la fin du traitement inhumain qui leur était infligé.

            En métropole, notre pays a choisi le 1O mai pour marquer la fin d’une triste histoire, pour nous mettre périodiquement en garde contre l’intolérance. Et cette mise en garde nous concerne tous.

            Je vous remercie !

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24 mai 2017

La victoire du nègre (Daniel Picouly)

                               La victoire du nègre

                                                (Daniel Picouly)

La victoire du nègre 0001

            Voici l’histoire la plus retentissante après l’invention du racisme proclamant la suprématie blanche dans tous les domaines, surtout physique et intellectuel. Peu après l’abolition de l’esclavage, la boxe, ce sport qualifié de « noble art », était « l’un des seuls endroits où Blancs et Noirs pouvaient s’affronter sur un pied d’égalité » ; égalité bien sûre inconcevable dans la conscience des Blancs et donc impossible à établir. Or, un jour, un noir est venu balayer toutes les théories pseudo-scientifiques, socle des convictions racistes sur lesquelles devaient prospérer la suprématie blanche durant des siècles et des siècles. Voici donc l’histoire que nos parents et grands-parents ne nous ont jamais racontée et que nous n’entretenons pas pour la postérité.

            On nous parle sans cesse de Jesse Owen parce que l’Occident a besoin d’exemple éclatant pour humilier Adolf Hitler et l’Allemagne nazie. Car Hitler, ce n’est pas l’Occident ; c’est non seulement l’incarnation du racisme absolu, mais encore l’ennemi politique de l’Occident. L’Amérique par contre, si elle est une autre incarnation du racisme absolu, elle est une alliée politique. Cela change tout ! Aussi, un nègre qui humilie l’Allemagne nazie propagatrice de la suprématie aryenne peut être sans cesse loué , tandis qu’un nègre qui humilie l’Amérique, chantre de la suprématie blanche et de la ségrégation raciale, mérite de ne pas être mis en valeur mais doit au contraire demeurer dans l’ombre.

Par Oliver W

            Vous connaissez l’Allemagne nazie humiliée par Jesse Owen ; voici l’Amérique raciste et ségrégationniste humiliée par Jack Johnson ! La victoire du nègre montre comment l’Amérique blanche et Jack Johnson ont vécu, chacun de son côté, l’événement.

            En nous plongeant d’une part dans les actualités américaines et d’autre part dans la conscience du héros noir, Daniel Picouly nous permet de visiter les lois racistes américaines dans leurs caractères les plus perfides. Saviez-vous par exemple que jusqu’en 1960, un Blanc qui tuait un Noir ne commettait pas un crime condamnable ? Saviez-vous qu’un Noir qui passait d’un état à un autre accompagné d’une Blanche allait en prison parce qu’il pratiquait de manière évidente la traite des Blanches ? Voici, à travers un héros noir, l’Amérique d’hier qui nous fait comprendre celle d’aujourd’hui.

Raphaël ADJOBI

Titre : La victoire du nègre, 168 pages.

Auteur : Daniel Picouly

Editeur : Flammarion, 2017 ; collection Incipit.

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18 mai 2017

Plus jamais esclaves ! (Aline Helg)

                          Plus jamais esclaves !

                         De l’insoumission à la révolte,

                       le grand récit d’une émancipation 1492 – 1838

                                            (par Aline Helg)

Plus jamais esclave 0001

            Voici le livre que tous ceux qui disent s’intéresser à l’esclavage des Noirs dans les Amériques et à son abolition doivent absolument lire. Un impératif intellectuel incontournable ! C’est le premier livre qui montre les différentes pratiques esclavagistes dans le Nouveau Monde et les différentes techniques utilisées par les esclaves, du XVIe au XIXe siècle, pour obtenir leur liberté.

            Dans Plus jamais esclaves ! Aline Helg montre qu’il y a des différences dans le traitement des esclaves dans chaque colonie ; et cela selon le royaume européen dont elle dépend. Ces différences de traitement expliquent par exemple pourquoi il y a plus d’infanticides et plus de révoltes dans les colonies françaises, anglaises ou néerlandaises que dans les colonies espagnoles ou portugaises. D’autre part, l'auteur montre que le marronnage ou la fuite est le moyen privilégié par les esclaves pour recouvrer leur liberté et non pas la révolte comme certains colons le faisaient croire à leur royaume ; car contre des soldats européens bien armés et entraînés, les esclaves disposant au mieux de machettes et de bâtons savaient qu’ils n’avaient aucune chance lors des rares insurrections qui se terminaient toujours par des massacres et des mises à mort théâtrales et atroces. Même si les rebellions se sont multipliées à la fin du XVIIIe et surtout au début du XIXe siècle, Aline Helg note que « un peu partout, l’approche de l’abolition suscita une recrudescence de fuites, montrant que beaucoup d’esclaves voulaient gagner leur liberté avec leurs pieds plutôt que de la recevoir passivement des mains d’un maître auquel ils ne faisaient pas confiance ».

            Outre le marronnage ou la fuite, l’engagement militaire et l’achat de leur liberté constituaient pour les esclaves des moyens légaux par lesquels ils sortaient de la servitude que leur imposaient les Blancs. Les exemples abondent dans ces deux domaines. C’est ainsi que l’on découvre que le Mexique et le Chili ont été conquis par des soldats Noirs en échange de leur liberté.

            Ce livre fait surtout apparaître de manière éclatante pourquoi l’esclavage des Noirs dans les Amériques a été d’une brutalité inimaginable et sûrement jamais égalée. « Partout minoritaires, [les Blancs] vivaient dans l’angoisse [que] les Indiens pouvaient surgir à tout moment de l’arrière-pays, tandis que les Africains […] dont ils connaissaient la soif de la liberté, les entouraient jusque dans l’intimité de leurs foyers […] Dans ce contexte inquiétant, ils transformèrent souvent les manifestations discrètes de mécontentement d’esclaves en conspirations qu’ils assimilèrent ensuite à des révoltes et réprimèrent cruellement. » Et quand une décision venant de l’Europe n’était pas du goût des colons esclavagistes, ils « initiaient eux-mêmes des rumeurs de complots » pour ensuite se livrer à des condamnations atroces ; toujours les mêmes : les prétendus conspirateurs ou rebelles étaient brûlés vifs, décapités, pendus ou flagellés, avec femmes et enfants. Les propriétaires d’esclaves sacrifiés pour ces faux complots étaient ensuite indemnisés.

Riche en exemples, très détaillé et profond en analyses, ce livre devient vite un bréviaire.

Raphaël ADJOBI

Titre : Plus jamais esclave ! 413 pages.

Auteur : Aline Helg

Editeur : Editions La Découverte, 2016

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