Lectures, analyses et réflexions de Raphaël

Vous trouverez ici des comptes rendus de lectures livresques concernant essentiellement l'histoire des Noirs d'Afrique et celle des Afrodescendants des Amériques et d'Europe. Les actualités de la diaspora africaine ne sont pas oubliées.

19 septembre 2021

Moi, Tituba sorcière... (Maryse Condé)

                    Moi, Tituba sorcière…

                        (Un roman de Maryse Condé)

Tituba

          Voici un beau roman, écrit dans une langue agréable qui réjouira de nombreux lecteurs ; du moins ceux aimant toucher la réalité de l’histoire à travers la fiction qui s’en empare pour aller plus loin afin de donner des visages et de l’étoffe aux personnages oubliés. Les procès de sorcières, l’Europe en a perdu le compte. A toutes les époques, comme le montrait Olivia Gazalé dans Le mythe de la virilité, la femme européenne a été la proie facile des hommes. Et quand le christianisme s’en est mêlé, on a touché le paroxysme de leur folie. C’est dans cet univers des dénonciations de tout ce qui est quelque peu différent ou singulier, dans cet univers de chasse générale aux sorcières qu’une jeune esclave née d’une captive africaine va sombrer pour ne plus en sortir.

          Née d’une mère violée par les « marins blancs » – eux-mêmes esclaves des négriers comme le démontra l’anglais Thomas Clarkson à la fin du XVIIIe siècle – et chassée par son propriétaire lorsque celui-ci se rendra compte qu’elle est enceinte, Tituba grandira dans la clandestinité à la Barbade. Avant de mourir, sa mère, paria dans cette îles des Amériques esclavagistes et jouissant par conséquent d’une singulière autonomie, lui a transmis l’art des soins par les plantes que les mauvaises langues ont popularisé sous le vocable « fétichisme » pour le rendre condamnable. Et pour son malheur, bientôt l’amour arrache la jeune adolescente à son indépendance pour la lancer dans des pérégrinations avec John Indien, un esclave qui a décidé de « jouer à la perfection son rôle de nègre » pour mener auprès de ses différents maîtres et maîtresses un train de vie qui le distingue des autres esclaves domestiques.

          Moi, Tituba sorcière... est d’abord un excellent récit de la condition des esclaves noirs de maison. Les viols, la jalousie, la haine, le mépris sont le lot constant des jeunes Africaines. Et comme elles sont chargées de l’éducation des enfants, elles finissent par reconnaître qu’elles élèvent des vipères qui, le moment venu, leur arracheront le nez, ou des corbeaux qui leur crèveront les yeux. Le livre est aussi un beau réquisitoire contre les procès en sorcellerie qui frappent les femmes comme la peste. Car, même si « la déveine, c’est la sœur jumelle du nègre », les multiples procès déchirent les familles blanches et contraignent les femmes de toute condition sociale à vivre dans la peur de leurs maris. En effet, comme le dit si bien l’épouse d’un pasteur, les procès en sorcellerie, on ne peut « comparer cela qu’à une maladie que l’on croit d’abord bénigne parce qu’elle affecte des parties du corps (social) sans importance… puis qui graduellement s’attaque à des membres et à des organes vitaux ». Tituba quant à elle apprendra à ses dépens que « Blancs ou Noirs, la vie sert trop les hommes ».

Raphaël ADJOBI

Titre : Moi, Tituba sorcière… 278 pages.

Auteur : Maryse Condé.

Éditeur : Mercure de France, 1986, collection Folio, 1998, 2020.

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08 septembre 2021

Montesquieu et l'esclavage (Une analyse de Raphaël ADJOBI)

                 Montesquieu et l’esclavage

                                             (Raphaël ADJOBI)

Montesquieu

          Les philosophes du XVIIIe siècle ont été nombreux à aborder le sujet de l’esclavage, mais rares sont ceux qui, comme Condorcet, ont clairement demandé son abolition par la France qui le pratiquait. Très souvent, pour éviter les foudres royales, ils se sont contentés de traiter le sujet sur un plan général. Malgré cela, Montesquieu qui passait aux yeux de certains de ses contemporains pour celui qui raconte sur les peuples étrangers des « anecdotes douteuses et historiettes fausses ou frivoles, dont quelques unes vont jusqu’au ridicule » (Destutt de Tracy) est considéré parmi nous comme l’un des premiers antiesclavagistes français. Laissant de côté le chapitre V du Livre XV de la Troisième partie de De l’esprit des lois propagé au XVIIIe siècle par les esclavagistes pour se donner bonne conscience, et présenté depuis le début du XXe siècle comme une défense des Noirs esclavagisés, nous voudrions ici, pour la première fois, montrer ce que Montesquieu pense et dit précisément de l’esclavage. Il consacre en effet de nombreux chapitres de son livre au « droit de l’esclavage », c’est-à-dire le droit de posséder des individus dits esclaves. Déjà, parler de droit dans ce domaine suppose que l’esclavage peut être justifié. Nous sommes de l’avis de Jean-Jacques Rousseau qui assure clairement que « ces mots esclave et droit, sont contradictoires ; ils s’excluent mutuellement » (Du contrat social, Première partie, ch. IV). Pas pour Montesquieu qui va le justifier, n’en déplaise à ceux qui l’ont élevé au rang d’antiesclavagiste.

Montesquieu et l'Esprit des lois

          Les premiers chapitres du Livre XV de la Troisième partie de De l’esprit des lois laissent pourtant augurer un esprit antiesclavagiste franc. Après des généralités sur l’institution de l’esclavage et sa pratique chez les Romains, il finit le chapitre II en ces termes : « L’esclavage est d’ailleurs aussi opposé au droit civil qu’au droit naturel ». On se dit alors que les chapitres qui suivent démontreront cette affirmation puisque l’on ne peut être esclave que « par la loi du maître ». D’ailleurs, comme pour montrer ses bonnes dispositions à pourfendre les esclavagistes, il donne l’exemple de ceux qui s’appuient sur leur religion pour réduire les autres en esclavage : « … la religion donne à ceux qui la professent un droit de réduire en servitude ceux qui ne la professent pas, pour travailler plus aisément à sa propagation. Ce fut cette manière de penser qui encouragea les destructeurs de l’Amérique dans leurs crimes. C’est sur cette idée qu’ils fondèrent le droit de rendre tant de peuples esclaves ; car ces brigands, qui voulaient absolument être brigands et chrétiens, étaient très dévots » (Ch. IV). Pour la première fois dans le Livre XV, la critique est précise et cinglante à l’égard d’une catégorie de la population européenne. Malheureusement, ce sera la dernière !

          Aux chapitres VII, VIII et IX, Montesquieu exprime clairement sa pensée, sans juger les autres. Il admet qu’il y a un « esclavage cruel que l’on voit parmi les hommes ». Mais il pense qu’ « il y a des pays où la chaleur énerve le corps, et affaiblit si fort le courage, que les hommes ne sont portés à un devoir pénible que par la crainte du châtiment : l’esclavage y choque donc moins la raison ». A chacun de réfléchir pour savoir les pays auxquels notre penseur renvoyait ses contemporains. Dans quelles parties du monde se situent-ils ? Et il ajoute : « Aristote veut prouver qu’il y a des esclaves par nature […]. Je crois que s’il y en a de tels, ce sont ceux dont je viens de parler ». On ne peut être plus clair pour dire que dans les pays chauds il y a des gens qui naissent naturellement esclaves ou encore que pratiquer l’esclavage sous un climat chaud « choque moins la raison ». Et il conclut satisfait : « Il faut donc borner la servitude naturelle à de certains pays particuliers de la terre » ! C’est précis et net ! Montesquieu est-il un antiesclavagiste ? Non ! Pour lui, dans les pays chauds où « les hommes (sont) paresseux, on les met dans l’esclavage » ; la servitude y est naturelle, selon lui. Rousseau et Condorcet, eux, diront qu’il n’y a pas de servitude naturelle.

          A vrai dire, la pensée de Montesquieu est ici claire sur l’esclavage des populations des pays chauds – pour ne pas dire des Noirs dans les Amériques – parce qu’il tenait à donner son avis sur un débat qui divisait les penseurs au XVIIIe siècle. Certains suggéraient d’arrêter la déportation et la mise en esclavage des Africains et proposaient de confier le travail des terres du Nouveau monde à des populations françaises. « On entend dire, tous les jours, qu’il serait bon que, parmi nous, il y eût des esclaves », fait-il remarquer au début du ch. IX. Lui se demande quels sont ceux qui vont « tirer au sort, pour savoir qui devrait former la partie de la nation (française) qui serait libre, et celle qui serait esclave » ? Voilà donc le débat franco-français au XVIIIe siècle qui a obligé Montesquieu à désigner de façon précise les populations de la terre dont la mise en esclavage « choque moins la raison » parce que « paresseuses » et que l’on ne peut rien en tirer sans le fouet. Formuler une condamnation de principe de l’esclavage pour mieux approuver ce fait de la société de son époque, c’est être absolument déraisonnable. Assurément, Mirabeau ne se trompait pas quand il disait de Montesquieu que ce « coryphée des aristocrates » n’aurait jamais employé son « esprit » que « pour justifier ce qui est ».

Raphaël ADJOBI

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29 août 2021

Le meilleur des mondes (Aldous Huxley)

                   Le meilleur des mondes

                               (Aldous Huxley)

Le meilleur des mondes

          Voici un livre qui, dans les années 1970 et 1980, a bercé le parcours scolaire et universitaire de bon nombre d’étudiants. Publié au début du XXe siècle (1932) et aussitôt traduit en français, Le meilleur des mondes, alors classé parmi les utopies comme pour servir de canal d’évasion aux lecteurs, a peu à peu fini par se révéler un projet familier que les gouvernants de ce début du XXIe siècle tentent de concrétiser. Un projet de société dans laquelle le bonheur est loi ; un bonheur facile pour celui qui est conditionné pour l’accepter sans poser de question, mais trop exigeant pour celui qui veut comprendre avant de l’accepter. Un projet de construction de castes grâce à des pédagogies différenciées permettant l’établissement d’un Etat mondial parfaitement hiérarchisé depuis les premiers de cordée jusqu’aux derniers de corvée « sur le modèle de l’iceberg ; huit neuvièmes au-dessous de la ligne de flottaison, un neuvième au-dessus ». Indubitablement, près d’un siècle plus tard, la fiction d’hier a le visage du "Nouvel ordre mondial" que les puissants de ce monde tentent d’imposer grâce à des rouages contestables et contestés. Et le lecteur comprend, comme Alphonse de Lamartine, que « les utopies ne sont souvent que des vérités prématurées ».

          Sans doute, de nombreux lecteurs d’aujourd’hui rapprocheront le conditionnement scientifique des populations du livre d’Aldous Huxley de la situation sanitaire mondiale actuelle avec la politique vaccinale préconisée par les gouvernants. En effet, dans le roman, « la civilisation, c’est la stérilisation » (p.158), et en 2021 la civilisation, c’est la vaccination ! Quant à nous, nous disons qu’avant même ce que beaucoup voient comme un projet de conditionnement par la science – semblable à celui du livre – les gouvernements sont parvenus au même résultat par la propagande répétée grâce au monopole des moyens d’information qu’ils détiennent. Et justement, la modernité du livre réside essentiellement dans la subsistance dans une société mondialisée d’éléments pas assez ou mal conditionnés qui font l’objet de préoccupations considérables de la part des gouvernants et des bien conditionnés. Par exemple, dans Le meilleur des mondes d’Aldous Huxley comme dans la société française de ce XXIe siècle, pour les gouvernants et les bien conditionnés, « dès que l’individu ressent autrement, la communauté est sur un sol glissant », menacée. Si vous refusez de « n’être pas simplement une cellule du corps social [...], si vous n’êtes pas asservi par le conditionnement (national), […] si vous éprouvez le désir d’être libre de quelque manière », alors vous êtes bizarre, ou mieux, un complotiste. Dans Le meilleur des mondes comme dans

Didier Raoult 3

la France de ce XXIe siècle, « pas d’effort excessif de l’esprit » : toutes les recherches scientifiques en marge de la science approuvée par les politiques sont suspectes de détruire la stabilité du système social. Oui, dans le livre comme dans la vie, « ce n’est pas seulement l’art qui est incompatible avec le bonheur ; il y a aussi la science. […] Toute découverte de la science pure est subversive en puissance ; toute science doit parfois être traitée comme un ennemi possible. Oui, même la science (doit être) soigneusement enchaînée et muselée » (p.278). Ainsi, dans le roman, « on envoie dans une île […] tous les gens qui, pour une raison ou une autre, ont trop individuellement pris conscience de leur moi pour pouvoir s’adapter à la vie en commun, […] tous ceux, en un mot, qui sont quelqu’un ». 

          Pour le lecteur d’aujourd’hui, Le meilleur des mondes présente le triomphe ou le règne du monde globalement civilisé parce que parfaitement conditionné et hiérarchisé, avec à sa marge une petite parcelle d’un monde sauvage servant de lieu de villégiature à ceux qui ont besoin d’une leçon ; c’est-à-dire qui ont besoin de savoir ce qu’ils seraient « s’ils n’étaient pas asservis par leur conditionnement ». Le séjour chez les sauvages n’a donc pour seul but que de permettre aux mal conditionnés d’apprécier la civilisation conditionnée.

Raphaël ADJOBI           * Merci à Jacques VALLOTTON pour la caricature.

Titre : Le meilleur des mondes, 319 pages.

Auteur : Aldous Huxley

Éditeur : Plon (traduction en 1932 par Jules Castier), collection Pocket 1977.

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20 août 2021

Le clan de l'ours des cavernes (Jean M. Auel / Les enfants de la Terre)

                         Le clan de l'ours des cavernes

                                            (Jean M. Auel)

Le clan de l'ours

          Le clan de l’ours des cavernes est le premier volume de la saga préhistorique imaginée par l’Américaine Jean M. Auel sous le titre Les enfants de la terre. Publiée dans les années 1980 et traduite en français à partir de 1991, cette fiction préhistorique a connu un immense succès des deux côté de l’Atlantique. Que reste-t-il du charme de ce récit quarante ans après, quand on le passe au tamis de l’état actuel des connaissances sur la préhistoire ? 

          Au milieu du XIXe siècle, selon Marylène Patou-Mathis (L’homme préhistorique est aussi une femme – Allary, 2020), « dès la reconnaissance de l’existence d’humains préhistoriques, leurs comportements sont rapprochés de ceux des grands singes, gorilles et chimpanzés, puis de ceux des races inférieures, perçus comme primitifs. Sans avoir fait une analyse précise de leurs usages, les premiers préhistoriens donnent aux objets taillés par les préhistoriques des noms à connotation guerrière : massue, casse-tête, coup-de-poing, poignard… […] Ainsi, dans la plupart des romans, les conflits sont-ils omniprésents, en particulier entre races différentes dont les types sont souvent empruntés aux récits des explorateurs ». En effet, jusqu’au milieu du XXe siècle, les préhistoriens ont fait de la violence un élément essentiel de « la nature humaine » et même le synonyme de la puissance et de l’intelligence nécessaires pour vivre dans un monde hostile. Et souvent, c’est la femme qui est au centre de ces conflits. Selon Marylène Patou-Mathis, les « docufictions » ou documentaires censés être fidèles à la réalité, car s’appuyant sur des données archéologiques, se conforment à la vision de notre société actuelle pour enraciner en nous l’idée que les femmes n’ont joué aucun rôle dans l’évolution technique et culturelle de l’humanité. Et c’est en quelque sorte le contre-pied de cette conception de l’évolution de l’histoire humaine que la saga de Jean M. Auel a voulu prendre en faisant de son personnage principal une jeune femme et non un homme avec les attributs virils qui lui auraient permis de dominer la nature et ses ennemis. Malheureusement, les lieux communs trop nombreux dans ce premier tome le rendent peu original et même contestable.

          Dans Le clan de l’ours des cavernes, Jean M. Auel adhère totalement aux idées des premiers préhistoriens que réfute Marylène Patou-Mathis. Ici, toute la vie du clan est synonyme de virilité et de domination masculine. En toute circonstance, pour adresser la parole à un homme, la femme doit se prosterner à ses pieds et attendre le geste lui indiquant qu’il consent à l’écouter. Chose absolument ahurissante, le jeune Broud, appelé à être le chef du clan après son père, a tout pouvoir sur une jeune fille de 8 ans. Sous les yeux de tous les membres de la communauté, ce futur chef peut frapper et violer la jeune fille quand il veut et où il veut. Le lecteur ne peut s’empêcher de se demander de quelle communauté humaine l’auteur tire-t-elle son inspiration. Les sites archéologiques visités par l’auteur permettent-ils cette lecture ? Dispensent-ils la romancière d’un regard sur les peuples d’aujourd’hui ? Dans le clan, avant ses huit ou neuf ans, la jeune Ayla n’a aucun échange avec les autres enfants. Le cloisonnement des familles est total : elles circulent sans se regarder. Il faut attendre d’être entre femmes ou entre hommes pour parler librement à une personne qui n’est pas de votre famille ! Selon ce livre, les préhistoriques, les sauvages ou les primitifs ont une humanité embryonnaire.

          Le plus extraordinaire dans ce roman, c’est l’éclatante apologie du suprématisme blanc. Il n’est pas clairement dit que l’héroïne Ayla est blanche – l’anachronisme aurait été trop évident – mais il est dit qu’elle est blonde ! N’est-ce pas là de l’anachronisme ? Ayla est donc blonde et physiquement différente. Le lecteur comprend qu’elle est blanche – même si cette différence physique est considérée comme de la laideur par le clan qui l’a adoptée. Oui, Ayla est une fille adoptive issue du clan des « Autres ». Et c’est de cette différence qu’elle tient toute son intelligence : elle comprend plus vite les subtilités du langage et les connaissances qui lui sont proposées ; elle manie plus habilement les outils que même les jeunes hommes plus âgés qu’elle ont du mal à maîtriser. Elle supplante même son maître qui enseigne l’usage de la fronde. Toutes les nouvelles découvertes du clan sont ses œuvres !... Bref ! Dès la préhistoire, les humains blancs ont tout inventé ; exactement comme dans les récits européens d’aujourd’hui. 

          Si Jean M. Auel a voulu, à travers ce récit, montrer que les femmes ont joué un rôle dans l’évolution technique et culturelle de l’humanité, elle n’évite pas de sombrer dans le suprématisme blanc de son époque. Marylène Patou-Mathis dirait que comme les préhistoriens blancs de ces années-là, il était inconcevable pour la romancière américaine d’imaginer qu’un artiste préhistorique ou son modèle puisse être une femme noire. En clair, en voulant lutter contre le sexisme, Jean M. Auel se fait l’apôtre de la suprématie blanche.

Raphaël ADJOBI

Titre : Le clan de l’ours des cavernes, 537 pages.

Auteur : Jean M. Auel

Editions : Presses de la cité, 1991, Collection Pocket.

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20 juillet 2021

Faut-il déboulonner certaines statues ? (Une réflexion du président de La France noire)

          Faut-il déboulonner certaines statues ?

             Lire la réflexion sur le blog de La France noire

Les 3 Français contestés c

 

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19 juillet 2021

L'obéissance (Analyse et réflexion)

                                              L'obéissance

                                           (Analyse et réflexion) 

Le chat et son maître

         L’écrivain et journaliste Christophe Henning rappelle dans un article, publié dans le journal Lacroix le 9 juillet 2021, l’origine latine du mot « obéissance », afin de mieux nous permettre de cerner son vrai sens qui est loin de l’idée de l’exécution aveugle d’un ordre que nous lui donnons aujourd’hui. Le mot vient du latin ob audire, signifiant « se mettre à l’écoute ». Il ne veut donc nullement dire « obtempérer, exécuter, se soumettre […] à un pouvoir qui est extérieur » tel l’ordre d’un commandant de bord d’un navire ou d’un avion quand il nous dit de mettre notre ceinture ou notre gilet de sauvetage. L’obéissance est avant tout une réponse à un appel intérieur, une réponse à une parole qui résonne en chaque être. L’obligation ne doit par conséquent peser que sur celui qui a adhéré à un appel, celui qui s’est engagé. Voilà pourquoi les religieux conçoivent leur vocation comme un choix libre.

          Même si nous savons qu’il y a des choix de vie qui « obligent », l’obéissance à une autorité supérieure est intimement liée à notre liberté, parce que « le supérieur n’a d’autorité que celle que l’on veut bien lui conférer […] C’est parce que je suis libre que je peux obéir », dit l’un des interlocuteurs du journaliste et écrivain. En d’autres termes, selon Christophe Henning, « l’obéissance n’est pas – ne doit pas être – au gré des caprices d’un supérieur, ce qui est constitutif de l’abus d’autorité et peut malheureusement se produire […] L’obéissance est un acte de libre adhésion. [...] Il ne devrait donc pas y avoir d’obéissance, sans d’abord, de dialogue ». 

          Dans l’acte d’obéissance, précise Christophe Henning, le piège à éviter c’est le désir de faire plaisir à son interlocuteur – encore s’il est le supérieur. Car « en fait, l’obéissance nécessite véritablement une parole libre, qui n’a pas pour but de plaire », comme le dit si bien le jésuite Thierry Lamboley. Et Daniel Marcelli de conclure : « Ainsi devient-on capable d’obéir pleinement quand nous avons la possibilité de dire non ».

          Nous sommes donc tout à fait d’accord pour dire avec le frère Jean Alexandre que l’obéissance est un chemin de croissance humaine et spirituelle qui demande du temps ; du temps qui passe par les contraintes des événements et les demandes ou exigences des autorités supérieures. Cela veut dire aussi que toute obéissance à une autorité supérieure sans la possibilité de dire non est une contrainte dictatoriale qui brise la liberté de l’individu. 

Un compte rendu de Raphaël ADJOBI

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