Lectures, analyses et réflexions de Raphaël

Vous trouverez ici des comptes rendus de lectures livresques concernant essentiellement l'histoire des Noirs d'Afrique et celle des Afrodescendants des Amériques et d'Europe. Les actualités de la diaspora africaine ne sont pas oubliées.

19 avril 2018

L'Histoire n'est pas une science (une réflexion de Raphaël ADJOBI)

                           L'Histoire n'est pas une science

Jean-Baptiste Belley

            L'histoire, contrairement à ce que certains tentent de nous faire croire, n'est pas une science mais un récit. Un récit dont le contenu peut varier d'un narrateur à l'autre. Même quand deux récits sont identiques, parce qu'ils ont le même contenu, l'éloquence ou le style du narrateur peut conduire le public à préférer l'un à l'autre. Mais dans ce cas, on ne parle que de différence de forme. Quand la différence se situe dans le contenu, alors la question de la vérité se pose. Pour trancher entre le vrai et le faux, il est nécessaire de recourir aux faits.

            En effet, au commencement du récit historique, il y a les faits. Ce sont eux qui structurent le discours. Tenir compte de tous les faits essentiels participe à l'établissement de la vérité. En d'autres termes, si deux personnes entreprennent la rédaction d'une même histoire, pour parvenir à la même vision des choses ou à des visions très voisines, elles doivent impérativement intégrer les mêmes faits à leur récit. Le non-respect de cette disposition primordiale condamne les deux rédacteurs à aboutir à des visions différentes, pouvant être très éloignées l'une de l'autre mais aussi très éloignées de la vérité. C'est d'ailleurs la première forme de falsification de l'histoire.

            La deuxième forme de falsification du récit historique - une forme très grossière - consiste à substituer certains faits ou certains personnages par d'autres. C'est ce qui arrive quand l'on s'oblige à attribuer à un peuple des faits très anciens pour le grandir dans la conscience commune.

            La dernière forme de falsification - celle-ci très répandue - réside dans l'interprétation. En effet, ce qui dispose de nombreux individus à falsifier les faits tient à la tendance naturelle de l'homme à interpréter tout ce qu'il voit. Nous interprétons ce que nous voyons avant même de le découvrir dans tous ses aspects. Nous anticipons pour ainsi dire la connaissance de l'autre. Nous forgeons des connaissances avant "La" connaissance. Cette inclination naturelle de l'homme à l'interprétation - le grand défaut des voyageurs et donc des récits de voyage - est la source des nombreuses erreurs qui deviennent des mensonges quand on n'a pas le courage de les corriger parce qu'ils sont passés dans les canaux officiels de l'enseignement.

            Afin de ne pas exposer son travail aux erreurs de l'interprétation, l'association La France noire s'est contentée de n'y souligner que les faits historiques qui structurent la traite négrière et l'esclavage des Noirs dans les Amériques ; des faits qui, d'une part, laissent apparaître des résistances à la chasse à l'homme en Afrique ; des faits qui, d'autre part, montrent des luttes pour échapper aux entreprises de déshumanisation que les Européens avaient mises en place dans le Nouveau Monde. Une fois que chacun aura pris connaissance de ces faits, il pourra librement former son propre jugement. Et l'objectif de notre association, La France noire, c'est d'apprendre aux jeunes générations à regarder, à découvrir tous les faits que ne montrent pas les manuels scolaires afin que leur opinion soit la plus proche possible de la vérité.

            Tenir compte, par exemple, de tous les faits qui structurent l'histoire de l'esclavage depuis la Révolution française nous conforte dans l'idée que son abolition en 1848 n'est pas le fait de quelques volontés blanches philanthropes mais avant tout la réalité de luttes constantes des populations noires avec des leaders cultivés et amoureux des libertés et des règles d'équité prônées par les institutions françaises. En d'autres termes, les faits montrent que l'absence de figures noires dans les manuels d'histoire est une injustice, un choix politique discriminant. Pour paraphraser John E. Wideman (Ecrire pour sauver une vie, Gallimard 2017) disons que comme toutes les vérités, nos héros se valent jusqu'à ce que le pouvoir en choisisse quelques uns pour servir ses exigences. 

Raphaël ADJOBI

* Reprise interdite ; article L111-1 du Code de la Propriété Intellectuelle (CPI)

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07 avril 2018

Alassane Ouattara ou la parfaite incarnation de Monsieur Thôgo-gnini de Bernard Dadié

                                           Alassane Ouattara

          ou la parfaite incarnation de Monsieur Thôgo-gnini

                                              de Bernard Dadié

Ouattara et les rois ivoiriens

            Au début des années 70, Monsieur Thôgo-gnini, la pièce de théâtre de Bernard Dadié publiée en 1966 - qui fut présentée au festival d'Alger l'année suivante - connut quelque succès. A cette époque, dans le gros village de Bonoua, la petite troupe de collégiens et de lycéens qui - à l'imitation de leurs aînés - avait fait du recueil des pièces du "Cercle populaire ivoirien" leur bréviaire, avait découvert avec délectation le verbe frondeur de Bernard Dadié contre les nouveaux collaborateurs nègres des Européens. J'étais de ces jeunes là.

            Quand en 2011, je vis Alassane Ouattara du haut de son piédestal, droit comme un i, déployer son bras dans toute sa longueur - comme pour tenir des ennemis à distance - tendre sa main aux rois Akans qui, dans une profonde génuflexion la prenaient à tour de rôle dans un geste de soumission, j'ai tout de suite reconnu Monsieur Thôgo-gnini, le personnage de Bernard Dadié ! L'inculture et la fanfaronnade s'accomplissent toujours dans l'arrogance et le mépris !

            Dans la tradition Akan - et dans bien d'autres traditions ivoiriennes, et peut-être africaines - quelque soit son rang, on ne laisse jamais un vieil homme qui vous tend la main accomplir la totalité de sa génuflexion en signe de respect de votre titre. Cette politesse s'avère encore plus grande quand il s'agit de l'hommage d'une autorité à une autre. En interrompant le geste de soumission, celui qui reçoit les honneurs montre son humilité ; il montre qu'il se satisfait de l'intention de celui qu'il accueille. Quelle magnanimité dans cette tradition ivoirienne !

            Le jour de son intronisation - et cela s'est répété par la suite à chacune de ses rencontres avec les rois ivoiriens - notre homme a tenu à faire savoir à tous qu'il n'était pas Alassane Dramane Ouattara mais "Monsieur le président". Comme Thôgo-gnini, il fallait donner du "Monsieur le président" dans le ton et le geste qui ne peuvent traduire qu'une profonde et totale soumission bien évidente pour tous.        

            En effet, pour lui, "Monsieur le président" n'est pas un titre ; c'est un nom qui représente le prestige, la notoriété, l'accession à la civilisation. Les autres devaient le savoir très vite et fortement. Lui savait bien que ce nom chargé de notoriété, il ne le doit à personne, du moins à aucun Ivoirien. Comme Monsieur Thôgo-gnini "il s'est fait tout seul ! à la force du poignet ! - et des bombes de ses amis Blancs* - Un nom qui a l'infini mérite de lui donner la grisante sensation d'être au-dessus des siens dans la mesure où il le rapproche du Blanc" (Koffi Kwahulé, Fiche de lecture).

              La fragmentation de l'identité de Ouattara

            Il faut comprendre que sous le modèle de Monsieur Thôgo-gnini qui se voulait à la fois lion, panthère, léopard, Alassane Ouattara s'est présenté aux Ivoiriens sous une multitude d'identités : Ivoirien, demi-Ivoirien, Burkinabé, demi-Burkinabé, Français etc... Tantôt il est né à Dimbokro, tantôt à Kong, tantôt à Sindou. Comme le personnage de Bernard Dadié, il se perd dans ses contradictions et ne permet ainsi à personne de savoir sa vraie identité. Le premier sens du mot Thôgo-gnini est bien chercher un nom ou son nom. Ouattara a effectivement passé sa vie à se chercher un village, et finalement à se chercher un nom qui ne l'attache à aucun. Un nom transcendant, sans aucune attache ethnique comme les autres Ivoiriens, sans aucune attache religieuse, historique. Oui, sa vrai identité, sera désormais "Monsieur le président". Sans passé, il ne peut être regardé que comme le présent et l'avenir.

            Toutefois, retenons que le nom malinké Thôgo-gnini reprit dans les autres langues ivoiriennes a pris le sens de délateur ; c'est-à-dire qui ne prononce le nom de l'autre que pour ternir sa réputation et renforcer par la même occasion la sienne. Durant plus de dix ans, il a consacré son énergie à salir Laurent Gbagbo ; et une fois que ses amis Français ont défait ce dernier, il a pris soin de le faire déférer devant la Cour pénale internationale en l'accusant de crime contre l'humanité. Un Thôgo-gnini cherche toujours sa gloire dans la chute de l'autre parce qu'il n'a pas d'identité ou de valeur propre à montrer. Les nombreux voyages en France, les serrements de mains blanches, les invitations de ministres et de députés français aux nombreux galas et autres fêtes que son épouse organise à Abidjan ou à Paris vont tous dans le même sens : installer le nouveau nom et la nouvelle notoriété de "Monsieur le président" dans la conscience collective.

            Quand il estime que c'est chose faite, comme Monsieur Thôgo-gnini, Dramane Ouattara impose le mal sans se retourner. Plein de certitudes, il n'hésite jamais. Il fait construire des prisons d'un type nouveau à Abidjan pour enfermer ses nombreux ennemis imaginaires. Il ne se pose jamais de question. Il parle et agit en son nom et tout lui obéit : on assassine, on matraque, on se suicide. Le pouvoir se confond à sa personne, l'espace ivoirien tout entier se confond à sa propre histoire.

                    Un nouvel homme dans le regard du Blanc    

            Mais Alassane Ouattara prend également grand soin à montrer aux Ivoiriens que la puissance tient aussi à l'argent qui va bien sûr de pair avec l'amour de la compagnie des Blancs. Comme Monsieur Thôgo-gnini, il tient à avoir le monopole du café, du cacao, de l'huile de palme... les produits qui alimentent l'économie française en même temps qu'ils appauvrissent aujourd'hui les Ivoiriens. Il autorise même ses amis Blancs à s'accaparer des quartiers pauvres d'Abidjan pour leurs rêves de cités urbaines futuristes, et les terres des planteurs pour des cultures nouvelles dont a besoin l'Europe ou pour enfouir les déchets toxiques français. Vous l'aurez compris : le couronnement de Dramane Ouattara est avant tout pour le peuple ivoirien une tragique confiscation du pouvoir et des biens locaux.

            Quand les autres chefs d'Etat africains francophones parlent d'une nécessaire autonomie monétaire , il est le seul à clamer que "le Franc Cfa est notre monnaie", que "nous sommes autonomes" ! Il est le seul à nier l'histoire de cette monnaie, le seul à nier qu'elle est la propriété et donc l'instrument de la France pour contrôler les économies africaines et par voie de conséquence les politiques de développement des Africains francophones. Comme Monsieur Thôgo-gnini, "Monsieur le président" est le seul à s'affubler d'une valeur étrangère par souci d'être blanc. Un esclave de maison qui connaît le confort aux côtés de son maître envisage rarement d'autres voies d'épanouissement.  

            Paradoxalement, plus Dramane Ouattara se rapproche des Français et leur permet d'avoir la mainmise sur la Côte d'Ivoire, plus il se sent en sécurité. Il a si bien intériorisé le regard de l'homme blanc que sa couleur de peau semble lui peser lourdement. Cette peau qui lui rappelle constamment cette Afrique qu'il méprise, cette Côte d'Ivoire qui ne lui sert plus à rien, cette peau est devenue une source d'insécurité. Alors non seulement il est plus souvent en France qu'en Côte d'Ivoire, mais quand il y est il invite régulièrement ministres et députés français à le rejoindre pour qu'il n'ait pas le sentiment d'avoir quitté la France.

            Ce que Dramane Ouattara ne voit pas, c'est que ce nom, "Monsieur le président" arraché avec violence et qui fait sa notoriété, est devenu aliénant puisqu'il n'est reconnu par personne d'autre que lui ; pour les Ivoiriens, il demeure celui qui cherche son nom, ou encore le délateur ou traitre ! Par ailleurs, en s'achetant pour ainsi dire une place parmi les Blancs - n'existant donc  qu'aux yeux des Blancs parce qu'ils sont les seuls à le reconnaître - Dramane Ouattara se présente à nous comme un fruit qu'on attend qu'il soit mûr pour le cueillir. Exactement comme Monsieur Thôgo-gnini à la fin de la pièce de Bernard Dadié.

            S'il ne voit pas ce qu'il représente aux yeux des Ivoiriens, on peut croire que Dramane Ouattara sait qu'il n'est pas aimé d'eux. Le nom - "Monsieur le président" - qu'il a arraché à force de longues luttes et qu'il a misé dans le pacte avec l'Occident l'a irrémédiablement éloigné des Ivoiriens. La prise de conscience de ce sentiment est sans doute pour beaucoup dans sa farouche recherche de la proximité des Blancs. Il doit sûrement, comme Monsieur Thôgo-gnini, pour se donner un peu de contenance ou d'assurance, se répéter souvent : "Moi, Dramane ouattara, je ne suis peut-être pas aimé, mais je suis craint, respecté [pas sûr]. Eh oui, je puis impunément faire ce qui me plaît. Demain, vous serez nombreux à être condamnés à vivre pour payer des dettes. C'est moi Dramane Ouattara qui vous le dis."

            Et c'est vrai, l'ami des Blancs, le collaborateur des anciens colonisateurs ou néo-colons fait ce qu'il veut : il signe des contrats très avantageux pour eux, il leur concède des pans entiers de l'économie et des travaux publics condamnant ainsi les générations futures à être dépendantes des Français durant des décennies et des décennies. En effet, non seulement les futures générations ne pourront pas entretenir tout ce qui se construit - et qui tombera donc en ruine - mais encore elles ne pourront même pas disposer de terres pour se nourrir ou se loger parce que les étrangers se les accapareront en paiement des dettes contractées par Ouattara. Oui, "demain, vous serez nombreux à être condamnés à vivre pour payer des dettes". C'est Dramane Ouattara qui vous le dit !

* L'expression n'est pas de Koffi kwahulé mais de moi.

Raphaël ADJOBI        

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22 mars 2018

LA FRANCE NOIRE, une association loi 1901 à découvrir

                              LA FRANCE NOIRE 

                         une association à découvrir 

Découvrez nos activités sur notre blog en cliquant sur ce lien : lafrancenoire.com

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08 mars 2018

Les oubliés des livres d'histoire (La France noire vue par l'Yonne Républicaine)

                    "Les oubliés des livres d'histoire"

                       une exposition de La France noire

Le titre de l'article de l'Yonne Républicaine (89) du mercredi 7 mars ne convient pas tout à fait à son contenu. Ce n'était pas une exposition sur les Noirs de France mais sur l'esclavage qui fait partie de l'Histoire de France. Cependant, ne jetons pas la pierre à la journaliste qui s'est montrée très intéressée et a très bien retenu les idées qui l'ont frappée parce qu'elles étaient des découvertes. L'exposition sur les Noirs de France sera présentée officiellement le jour de la commémoration de l'abolition de l'esclavage à Joigny (89). Elle sera alors à la disposition des établissements scolaires.

Précision importante : l'intervention des Anglais sur les mers a surtout eu pour effet l'abolition de la traite. Ils se disaient que si les colonies n'étaient plus alimentées, l'esclavage s'éteindrait.

 

Cliquez sur l'article pour l'agrandir.

Yonne Républicaine 7 mars 2018

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27 février 2018

L'exposition pédagogique itinérante de La France noire

 L'exposition pédagogique itinérante de la France noire 

                                    (agenda 2017 - 2018)

Créée en mai 2015 pour promouvoir la contribution des Noirs à l'histoire de France, l'association LA FRANCE NOIRE dispose aujourd'hui d'une exposition pédagogique itinérante sur "les résistances africaines à la traite et les luttes des esclaves pour leur liberté dans les Amériques". De nombreux collèges et lycées des départements de l'Yonne, de la Côte d'Or, de l'Aube, du Loiret, de la Seine et Marne ont été informés de l'existence de cette exposition et peuvent l'emprunter tout en bénéficiant de la visite d'un intervenant.

Liss Kihindou

Liss Kihindou, professeure de lettres et écrivaine, a reçu l'exposition dans son établissement (Saint-Grégoire à Pithiviers - 45) et a trouvé les mots justes pour vous parler de la portée pédagogique de ce travail que l'association offre aux enseignants. Extrait de son article publié sur son blog Valets des livres.

Capture Liss Kihindou

Voici l'agenda de nos visites depuis septembre 2017. Il y a encore des dates à retenir, d'ici juin 2018. Les inscriptions restent ouvertes.

Agenda 2017 - 2018

                  Voir le blog de l'association : lafrancenoire.com

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 (En haut, photo prise par Liss à Pithiviers - 45 / En bas, photo prise par Raphaël à Amilly - 45)

Amilly

                           Une équipe pédagogique fière du travail accompli

Pithiviers avec Liss

Raphaël ADJOBI

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26 février 2018

La croissance de la population africaine : atout ou handicap ? (Une analyse de Raphaël ADJOBI)

           La croissance de la population africaine :

                            atout ou handicap ?

 

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Soyons francs ! Partons du constat des faits pour analyser les discours alarmistes sur les dangers que la croissance galopante de la population de l'Afrique ferait courir au reste du monde et à elle-même. Depuis une dizaine d'années, c'est en France que l'explosion démographique annoncée du continent noir suscite le plus d'inquiétudes. Et comme souvent ce qui est affirmé par les autorités de l'Etat passe pour la vérité, il convient ici de mettre le nez et les yeux des Français sur ce qui EST pour que chacun tire sa propre conclusion. Il serait sage en effet de ne pas laisser accaparer son esprit par la peur que tentent de susciter les puissants ; car cela nous rendrait peu attentifs aux entreprises malsaines qu'ils pourraient mettre en place comme solutions soi-disant salutaires pour ce continent.

                                       Données de l'années 2016

     CONTINENTS

     SUPERFICIES

     POPULATIONS

         DENSITES

 

            ASIE

 

 

44,58 millions / km2

 

     4,58 milliards

 

99 habitants au km2

 

     AMERIQUES

 

 

42,55 millions / km2

 

     1,002 milliard

 

23 habitants au km2

 

        AFRIQUE

 

 

30,37 millions / km2

 

     1,216 milliard

 

40 habitants au km2

 

        EUROPE

 

 

10,18 millions / km2

 

   743,1 millions

 

32,66 hab. au km2

 

       OCEANIE

 

 

  8, 526 millions / km2

 

     38,277 millions

 

   4 hab. au km2

 

                                                     Le constat        

            Nous savons tous que le continent asiatique est une fois et demie plus grand que l'Afrique. On s'attendrait donc qu'il soit une fois et demie plus peuplé ; en réalité, il est trois fois plus peuplé que l'Afrique. Pourtant, sa démographie toujours galopante ne semble inquiéter personne. Quant à l'Europe, elle est trois fois moins grande que l'Afrique mais une fois et demie plus peuplée. Au regard de sa densité, c'est-à-dire de l'occupation du sol, les Européens sont plus à l'étroit sur leur continent que les Asiatiques et les Africains sur les leurs.

            Il convient donc de retenir que l'Afrique est un continent qui dispose d'immenses espaces non encore habités, non encore cultivés ou exploités. Des terres qui attisent d'ailleurs la convoitise des Européens, des Chinois et des Japonais qui redoutent d'être à l'étroit dans leurs contrées ou de manquer de ressources vitales pour leurs populations. D'autre part, selon les nombreuses statistiques et estimations, l'Afrique est le continent dont le sous-sol regorge le plus de matériaux précieux nécessaires aux industries actuelles pour satisfaire les demandes mondiales.

            Devant ce constat très avantageux pour le continent noir, on ne peut s'empêcher de se demander pourquoi la France s'alarme tant pour l'avenir de l'Afrique. Pourquoi la croissance démographique de ce continent, qui semble tout à fait à la mesure de ses richesses et de ses potentialités, inquiète-t-elle la France ?

            De toute évidence, la réponse à cette question se trouve dans les multiples gesticulations des politiques, des économistes et des prétendus experts qui affirment en chœur que "l'Afrique est l'avenir de la France" (Le Monde, 5/01/2017 ; www.lemonde.fr). Si, les Européens eux-mêmes voient leur avenir en Afrique, cela confirme ce que nous disions plus haut ; à savoir que l'Afrique a les potentialités pour être son propre avenir, pour gérer l'avenir de ses populations. Les terres habitables, cultivables, et autres ressources, abondent sur ce continent.

            Il faut donc croire que les alarmes des gouvernants français et européens s'expliqueraient par le fait que si les populations africaines se multipliaient, celles-ci auraient davantage besoin de leurs terres et de leurs ressources minières. Ce qui veut dire qu'il ne resterait alors pas grand chose pour nourrir les pays occidentaux et alimenter leur développement industriel et économique ! En effet, si l'Afrique se met à nourrir ses propres enfants du lait de ses mamelles, de quel lait se nourriraient les Français et autres Européens qui en attendent beaucoup. La France a donc des raisons tout à fait égoïstes de s'inquiéter de l'augmentation de la population africaine durant les décennies à venir. Certains nient ce sentiment qui est tout à fait réel et prétendent par contre que leur inquiétude est due au fait que l'Afrique ne semble pas avoir les capacités de relever le défi économique et sanitaire que lui impose cette croissance démographique.

              Ce qui manque au développement de l'Afrique

            C'est vrai, compte tenu de la situation catastrophique actuelle des Etats francophones, la France peut, avec raison, se demander comment ils réussiront à nourrir leurs populations qui doubleront ou tripleront dans deux ou trois décennies. Nourrir sa population, l'instruire, la soigner le mieux possible en améliorant considérablement son système sanitaire, sont en effet les défis que l'Afrique doit relever. Mais, globalement, les atouts sont énormes ; et il suffit de passer en revue les facteurs indispensables au développement socio-économique de toute grande puissance pour comprendre que - si nous excluons toute entreprise extérieure délibérément malveillante - les défis de l'Afrique ne sont pas insurmontables.

1. La Paix :  Indiscutablement, le premier facteur indispensable au développement d'un pays demeure la paix. C'est la guerre qui, accaparant les énergies et les esprits, ruine les espoirs. Si en ce début du XXIe siècle, l'Europe a atteint un niveau de développement considérable, c'est parce qu'elle a bénéficié de plus de soixante-dix ans de paix. La paix est source de développement et donc de richesse ; elle suppose l'absence de l'ombre portée d'une puissance étrangère sur les orientations économiques, politiques et sociales d'un peuple. Or, à cause de l'omniprésence de la France dans tous les secteurs de ses activités, l'Afrique francophone ne jouit pas d'une totale indépendance dans la formulation et la mise en place de ses projets de développement.

            En dehors des multiples conflits qu'elle a orchestrés sur ce continent, la seule présence de l'armée française dans ses anciennes colonies en ce XXIe siècle témoigne de la guerre permanente qu'elle fait planer sur leur destin. Durant des siècles, les colons européens ont exigé et obtenu de leurs royaumes respectifs des soldats pour les protéger afin de pouvoir piller en toute sécurité les terres étrangères en exploitant la force physique des populations locales par l'esclavage ou le travail forcé. Depuis les années 1960, tout en cédant la gestion des affaires aux élites africaines, la France maintient le principe de la protection de ses intérêts par la présence de son armée ; celle-ci agissant comme une menace contre toute volonté de s'écarter des directives qu'elle impose à distance en parfait marionnettiste. Si elle ne parle plus de colonies africaines, la France continue à y "favoriser la culture des denrées destinées à sa consommation ; à exiger de ces anciennes colonies qu'elles ne vendent leurs récoltes qu'à elle ; enfin - exigence suprême - à leur interdire de transformer les denrées récoltées en produit manufacturé ou fini" afin justement que ses anciennes colonies demeurent des débouchés constamment ouverts aux produits de son propre sol et de ses propres industries. Comme le disait si bien Just-Jean-Etienne Roy dans Histoire des colonies françaises publiée en 1860, c'est exactement par ces mesures générales que l'on fait des terres étrangères des colonies.

            La guerre psychologique par la présence de l'armée qui fait craindre constamment la guerre physique nous fait clairement comprendre pourquoi l'Afrique francophone est incapable de faire de véritables choix quant aux voies de développement qui s'offrent à elle. La marge de progression des pays anglophones vers le développement corrobore la responsabilité de la France quant au retard que connaissent les pays francophones.

2. L'Education : Nous considérons l'éducation comme le deuxième facteur essentiel du développement de toute nation, parce qu'elle est à l'origine de toutes les inventions et la mise en place des structures techniques génératrices d'initiatives individuelles et collectives. Pour parler des alarmes relatives à la démographie du continent noir, nous pouvons affirmer que seule l'éducation réglera durablement de manière consciente et responsable les taux de natalité. Aux méthodes radicales auxquelles songe sûrement la France - parce qu'elle les a expérimentées à l'île de la Réunion et aux Antilles, tout à fait de manière criminelle - il faut préférer celle qui conduit à la connaissance et à la maîtrise de son corps pour réguler les naissances. C'est dire qu'il faut rendre les femmes et les hommes plus conscients de leur destin social. Aujourd'hui, en Afrique comme en Europe, toutes les femmes élevées à un certain niveau d'instruction choisissent d'avoir peu d'enfants.

            Non seulement les Africains sont conscients de la nécessité de structurer leurs enseignements pour en tirer de grands avantages, mais les circonstances les y contraindront si cette idée venait à être négligée. Car plus les Africains seront nombreux, plus les besoins croîtront et plus les solutions se multiplieront grâce au génie humain. La prochaine surpopulation anarchique de l'Afrique que claironne les Européens n'est, à vrai dire, qu'un fantasme qui cache mal leur peur d'être supplantés dans bien des domaines qui font leur puissance aujourd'hui.

3. Un grand marché grâce à une forte densité de population : C'est le grand facteur de développement de l'Afrique que l'Europe redoute le plus. A vrai dire, d'un point de vue purement colonialiste ou mercantile, la France voit dans l'augmentation de la population africaine un immense marché pour les produits des ses industries ; ce qui permet à certains de clamer avec délectation que "l'Afrique est l'avenir de la France". Mais il est certain que cette grande densité de population fera de l'Afrique une grande concurrente de l'Europe, anéantissant par la même occasion les espoirs de la France de maintenir sa domination sur les pays francophones. En d'autres termes, c'est par le grand nombre de leurs populations que les pays francophones vaincront la France condamnée à être insignifiante, même si elle persiste à maintenir son armée en terre africaine. Même surarmée, elle ne sera qu'une épingle dans une botte de foin.

            Chacun de nous a pu constater que plus les pays sont grands et peuplés, plus ils sont économiquement puissants ; sauf s'ils sont favorisés par un privilège naturel extraordinaire (pétrole, diamant) ou s'ils jouissent de la protection des grandes puissances qui en font leur paradis. Ainsi, le Nigéria avec ses 923.768 km2 et ses 190 millions d'habitants fait la course en tête des Etats africains susceptibles de devenir des puissances économiques mondiales. Dans trente ans, trois pays africains seront classés parmi les dix pays les plus peuplés de notre planète : le Nigéria (3e ou 4e rang en concurrence avec les Etats-Unis), le Congo (9e) et l'Ethiopie (10e). Déjà dans ces pays, le foisonnement d'initiatives individuelles et collectives, en marge des programmes gouvernementaux, laisse voir des réalisations scientifiques, techniques et technologiques étonnantes.

                                                     Conclusion

            Il apparaît clairement que rien dans ce qui se passe aujourd'hui sur le continent africain ne justifie les alarmes quant à la croissance de sa population. Les trois facteurs de développement que nous venons d'analyser  sont générateurs d'émulations et d'expression des génies créateurs. Depuis que les Africains ont le réel sentiment qu'ils sont dans l'impasse, les projets locaux se multiplient dans tous les domaines. Mais il leur faudra avant tout s'approprier leurs terres pour en tirer tout le profit que la nature est prête à leur offrir.    

            Il est en effet évident que l'impression de chaos que donne l'Afrique aujourd'hui - compte tenu de la fuite massive de ses filles et de ses fils vers l'Europe - est due en grande partie à l'accaparement des terres par les produits d'exportation, des outils de production ainsi que du marché de la consommation par les entreprises étrangères. Mais l'émergence d'une force souterraine très forte alimentée par de nombreux retours des membres des diasporas africaines mieux formés - notamment les anglophones - constitue le signe annonciateur le plus évident de l'éveil de l'Afrique. Plus ce mouvement s'accéléra, plus le développement de l'Afrique sera rapide et de qualité. N'oublions jamais : la Renaissance française au XVIe siècle a été favorisée par la formation en Italie de nombreux jeunes Français qui ont découvert là-bas la fontaine de connaissances exhumées de l'Antiquité grecque et romaine. Il faudra toutefois veiller à ne pas céder aux mesures médicales que l'Europe pourrait proposer en guise de solution aux maux imaginaires ou inventées pour limiter directement ou indirectement la croissance démographique de l'Afrique.

Raphaël ADJOBI 

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