Lectures, analyses et réflexions de Raphaël

Vous trouverez ici des comptes rendus de lectures livresques concernant essentiellement l'histoire des Noirs d'Afrique et celle des Afrodescendants des Amériques et d'Europe. Les actualités de la diaspora africaine ne sont pas oubliées.

01 août 2020

La ferme des animaux (George Orwell)

                                  La ferme des animaux

                                                (George Orwell)

Numérisation_20200801

          Quel plaisir de découvrir ce classique de la littérature ! A la suite de Comment nous vivons, comment nous pourrions vivre de William Morris, ce livre vient démentir – si besoin est – l’idée selon laquelle il y a des pensées et des comportements propres à des époques que l’on peut circonscrire, et que par conséquent nous ne devons pas juger les gens de notre passé récent avec nos yeux d’aujourd’hui. Assurément, d’un siècle à l’autre, l’esprit des dominants ne change guère. Et à toutes les époques, il y a eu des personnes qui se sont soulevées ou se sont exprimées contre la pensée dominante. Si aujourd’hui les contradicteurs des dominants du passé triomphent parmi nous, ce sont eux qui méritent notre admiration et leurs ennemis ou adversaires notre condamnation. Ce n’est que justice.

          Dans la démonstration de cette pensée, George Orwell (1903 - 1950) donne ici la preuve qu’il est un excellent conteur. Dès les premières pages, le lecteur ne peut qu’en être convaincu. Et quand l’auteur aborde le deuxième chapitre, il ne peut qu’être littéralement sous son charme. La ferme des animaux est le récit d’une révolution populaire réussie qui aboutit à l’établissement d’un pouvoir fait de débats publics pour arrêter les objectifs devant animer la vie des populations. Bien entendu, ici comme ailleurs, on appelle l’ancien régime une dictature et le nouveau une république démocratique. Très vite, la victoire du peuple des animaux passe par «La controverse de Valladolid» pour savoir qui est véritablement animal ou pas, et cela afin d’établir les principes de l’animalisme ou la «déclaration des droits de l’animal». Et pour cimenter cette union sacrée que cultiveront les générations suivantes, on crée l’hymne national révolutionnaire : «Bêtes d’Angleterre» ! Les institutions se mettent en place et tout semble aller pour le mieux dans la République des animaux où il est décrété que «un homme n’est à prendre en considération que changé en cadavre» ; exactement comme les Européens clamaient dans les Amériques que «un bon Indien est un Indien mort»

          Mais une telle société n’échappe pas aux tentations suprématistes. Bientôt, les animaux subissent, stupéfaits, le coup d’État de Napoléon qui abolit les débats publics et institue progressivement une classe de privilégiés – les cochons - s’appliquant à modifier la constitution pour élargir leur pouvoir. Puis les nouveaux dirigeants mettent en place la mécanisation du travail censée libérer les animaux et leur permettre de «paître à loisir ou se cultiver l’esprit par la lecture et la conversation». Mais, sans cesse, les corvées se multiplient, exigeant davantage de temps et la flexibilité de la main d’oeuvre. Désormais, il n’est plus question que de justifier l’élitisme, l’absolue nécessité de l’existence et de la pérennisation des «têtes pensantes de la ferme» jouissant du confort et de la quiétude pour travailler ; le confort étant considéré «conforme à la dignité du chef». Et pour maintenir à tout prix ce pouvoir, on voit se multiplier parmi les animaux les injustices et les crimes des anciens jours perpétrés par l’homme contre leur race. Pour détourner l’attention des populations animales et maintenir sur elles leur domination, les dirigeants fomentent des révolutions chez les autres. A la fin, «la bataille du moulin» semble révéler à tous qu’une politique basée sur la domination d’une élite qui procurerait le bonheur aux populations contre leurs volontés est illusoire.

          La Ferme des animaux est un très beau texte, plein d’histoires politiques de l’Histoire de l’humanité. C’est, selon nous, un tort de le proposer aux collégiens. Du moins, aux moins de 15 ans. Et même à cet âge, les références politiques seront loin d’être évidentes. Toutefois, ce livre est absolument un bon outil pour initier les jeunes au fonctionnement de la société et les dangers qui la menacent en permanence. 

Raphaël ADJOBI

Titre : La ferme des animaux, 146 pages

Auteur : George Orwell (1903 - 1950)

Editeur : Gallimard, 1984 (traduction française en 1981).

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27 juillet 2020

Le chevalier de Saint-George (Claude Ribbe)

 

           Le chevalier de Saint-George

                                 (Claude Ribbe) 

Le chevalier de Saint-George

          Comment écrire un récit vivant et agréable tout en gardant une extrême proximité avec les archives ? En d’autres termes, comment faire émerger des archives une figure de l’Histoire, la rendre autonome et passionnante sans que jamais le lecteur ne perde de vue le lieu d’où il a été tiré ? C’est la prouesse réussie par Claude Ribbe avec Le chevalier de Saint-Georges qui relate la vie fabuleuse de cet aristocrate noir aux multiples talents qu’a connu le XVIIIe siècle.

          Avant la fin du siècle des Lumières, la noblesse était avant tout «une position sociale avantageuse convoitée par toute la bourgeoisie, sans distinction de couleur». Aussi les origines africaines et serviles de Saint-George, d’Alexandre Dumas (le père du romancier du même nom) et de bien d’autres métis ne choquaient personne dans la société française. On comprend donc que le jeune Saint-George, né esclave en Guadeloupe d’un père blanc reçoive à Paris une éducation aristocratique faite de cours d’escrime, d’équitation, de musique ainsi que d’autres matières théoriques. Mais si la renommée de ce jeune métis retient encore l’attention en ce XXIe siècle, c’est parce qu’il a été unanimement reconnu de son vivant comme le plus talentueux dans tous les arts qu’il a embrassés. Le futur président des Etats-Unis, John Adams, notera dans son journal – après un passage à Paris – que «c’est l’homme le plus accompli d’Europe pour l’équitation, la course, le tir, l’escrime, la danse et la musique». Ses talents d’escrimeur et de musicien lui permettront d’ailleurs de côtoyer des princes d’Europe et de devenir l’ami de la reine Marie-Antoinette. Sur cette dernière relation, Claude Ribbe livre des détails historiques très éclairants quant à l’évolution des sentiments de Louis XVI et de sa cour sur les Noirs.

         Mais le récit de la vie exceptionnelle et trépidante du «dieu des armes» et de ce génie de la musique qui devient, à 23 ans, premier violon et chef d’orchestre du Concert des amateurs, va être aussi mêlé à la politique au moment de la Révolution française. L’aristocrate Saint-George, l’ami des princes et de Marie-Antoinette, fut-il un fervent républicain ? C’est ce que l’auteur essaie de nous démontrer dans les dernières pages du livre après une analyse de la société française où le durcissement des mesures contre les Noirs devenait de plus en plus visible parce qu’ouvertement assumé. Et le lecteur comprend que dans toute société où la couleur de la peau est une infamie, il n’est pas nécessaire d’affubler les personnes racisées d’un autre signe distinctif pour les humilier et les rejeter.

Raphaël ADJOBI

Titre : Le chevalier de Saint-George, 207 pages

Auteur : Claude ribbe

Editeur : Perrin, 2004

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Posté par St_Ralph à 23:26 - Littérature : essais - Commentaires [2] - Permalien [#]

23 juillet 2020

¿ Cuántas lágrimas antes de vivir libres ? Combien de larmes leur faudra-t-il verser pour vivre libres ?

¿ Cuántas lágrimas antes de vivir libres ?

Combien de larmes leur faudra-t-il verser pour vivre libres ? 

° Texte écrit quelques jours avant l'assassinat de george Floyd. Emporté par cet événement, je l'ai oublié. Je viens de le découvrir cette nuit (23/07/2020). Texte écrit en mai 2020. Profondément touché par le ton de mon discours, je n'y ai rien changé. Je ne l'avais pas publié parce que je l'estimais inachevé. Aujourd'hui, je suis incapable de lui donner une suite. Je le laisse donc tel quel ; avec ses imperfections.

Amérique latine

          Depuis que les «Blancs ont infesté la terre comme des poux», aucun peuple parmi lequel ils se sont établis durablement ne connaît la paix. En nouvelle Calédonie, en Austalie, en Afrique du sud, de l’Amérique du nord à l’Amérique du sud, au Groeland, partout on ne lit que larmes et désolation.

          Les Noirs d’Australie ont pratiquement disparu et laissé la place à des Blancs qui se sont déclarés les autochtones des lieux. Partout dans les Amériques, il n’y a qu’un seul mot d’ordre : les populations d’avant l’arrivée des Européens doivent disparaître afin que l’homme blanc soit reconnu comme l’autochtone. Au Brésil et en Argentine, parce que des Noirs ont rejoint les populations faussement baptisées Indiens dans les forêts afin d’échapper à l’esclavage, il faut aujourd’hui leur contester le titre de propriétaires de ces terres immenses qui peuvent rapporter beaucoup d’argent aux Blancs. Alors, on met le feux aux forêts afin de les contraindre à fuir vers des contrées marécageuses où leur vie est synonyme de la mort. Face à la pandémie du coronavirus, ceux des villes sont sommés de ne jamais quitter leur maison insalubres pour aller travailler ou faire leurs courses dans les quartiers riches habités par les Blancs. Privés de soin et de nourriture, ils meurent à domicile.

          Si devant ce grand malheur que représente la cupidité et le mépris criminel de l’homme blanc les Noirs pleurent et meurent comme les moustiques de l’Amazonie, les larmes des «Indiens» interpellent encore plus profondément la conscience humaine et fait prendre conscience de l’ampleur de la suprématie blanche étendue sur la terre entière. En effet, le Noir a été forcé de partager sa vie avec les autres sur la terre des Amériques. Mais voir les larmes du maître des lieux réduit à l’animalité, voir l’autochtone des Amériques verser des larmes de douleur laisse croire aux Noirs que leur lendemain ne sera que souffrance avec l’homme blanc comme compagnon de route. 

          Combien de larmes ceux que l’homme blanc a appelé «Indiens» par ignorance doivent-ils verser pour enfin être libres sur leurs propres terres ? Les Blancs ne tordent le bras qu’à ceux qui font du mal aux Blancs ou les empêchent de s’enrichir ; les Blancs ne tordent jamais le bras à d’autres Blancs qui tuent des peuples qui ne sont pas des Blancs. Sur cette terre, depuis deux siècles environ, nous vivons sous le règne de l’union sacrée des Blancs contre les Noirs et les autochtones des Amériques.

         Cette situation n’est peut-être pas étonnante parce que les populations des Amériques se disent des «Noirs». Oui, c’est ainsi qu’ils se qualifient. Avec ceux de l’Afrique, ils ont des similitudes troublantes. Il n’y a qu’en Afrique et dans les Amériques que l’on trouve des peuples qui portent le plateau labial. Les constructions pyramidale de Koush (Nubie), d’Egypte et de l’Amérique central nous interpellent également. Les immenses têtes négroïdes de l’Amérique central sont la preuve que les Noirs ont longtemps partagé l’espace américain avec les populations que nous reconnaissons comme les premiers habitants des lieux ; même si tous les êtres humaines sortent du berceau africain.

Raphaël ADJOBI    

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17 juillet 2020

Le nouveau visage des Etats-Unis après la mort de George Floyd

            Le nouveau visage des Etats-Unis

                   après la mort de George Floyd

Theodore Roosvelt sera déboulonné

          Après la mise à mort filmée de George Floyd à Minneapolis, aucun pays européen ne s’attendait à son retentissement mondial et aux nombreuses manifestations anti-racistes qu’elle a provoquées. Et surtout, personne ne s’attendait à ce qu’elle interrogeât aussi profondément les Européens et leurs passés esclavagiste et colonial dont les conséquences perdurent dans nos sociétés modernes. Quand les premières vagues de manifestations atteignirent l’Europe, comme d’habitude, les médias français et quelques hommes politiques entonnèrent les éternels cantiques : c’étaient une «bavure policière» et des «manifestations communautaristes» ! Mais voilà qu’à partir du début du mois de juin nous parvient le bruit des statues que l’on fait chuter de leur piédestal.

          Après un moment de cacophonie, le débat a été sérieusement engagé aux Etats-unis, en Angleterre, en Belgique et a donné des résultats suite à une définition très claire de l’espace public : l’espace public reste un lieu soumis au changement ; ilappartient à tous et n’est nullement un lieu de culture ou de l’enseignement de l’histoire ! Et en un mois, les Etats-Unis et la Belgique semblent avoir rattrapé leur retard sur le Canada – champion du débat-citoyen sur ce qu’il convient de faire des statues et autres monuments commémoratifs jugés offensants pour les peuples autochtones.

          Aux Etats-Unis, si à Richmond (Virginie), la statue de l’ancien président Jefferson Davis a été déboulonnée, si dans cette même ville la statue de Christophe Colomb a fini dans un lac, si celle le représentant à Boston a été décapitée, et une autre à Baltimore (Maryland) a été déboulonnée, dans de nombreux cas, ce sont les autorités elles-mêmes qui, sous la pression populaire, ont retiré les effigies des hommes honorés avant que les manifestants s’en chargent. Il en est ainsi de la statue de Christophe Colomb à San Francisco et de celle de l’ancien président Théodore Roosevelt à Central Park (New York). Même la monumentale statue de cet ancien président trônant à cheval - «flanqué d’un Amérindien et d’un Africain» à pied - depuis 1940 à l’entrée du Muséum d’histoire naturelle de New-York «va être déboulonnée» (New York Times) et placée à l’intérieur du bâtiment. L’université de Princeton quant à elle a décidé de retirer le nom de l’ancien président Woodrow Wilson de deux de ses bâtiments et d’une résidence d’étudiants ; «Les administrateurs ont conclu que la pensée et les politiques racistes de Woodrow Wilson faisaient de lui un homonyme inapproprié pour une école ou un collège dont les universitaires, les étudiants et les anciens doivent s’opposer fermement au racisme sous toutes ses formes» (Christopher Eisgruber – président de l’université). Phrase à méditer sous d’autres cieux ! Les bases militaires portant les noms de sudistes racistes ont été débaptisées. Des marques alimentaires du pays ont décidé de retirer les logos jugés racistes de leurs produits (exemple «Uncle Ben’s»). Pour forcer Facebook à étoffer les règles de sa responsabilité et à lutter contre la haine en ligne, des annonceurs (Coca Cola, Unilever…) ont décidé de rompre avec ce gérant de réseaux sociaux...

George Floyd Ranger 2

          Rappelons que le combat des anti-racistes américains contre les statues à la gloire des esclavagistes blancs a une longue histoire animée par diverses associations de Noirs et de Blancs. Ici comme au Canada, selon l’historien Alan Kraut de l’American University, la mort de George Floyd a servi de «catalyseur» à un mouvement de «réévaluation» du passé déjà engagé. L’un des moments les plus marquants de ce combat a été celui qui a opposé les partisans et les adversaires de la statue du général sudiste Lee à Charlottesville en Virginie. Suite aux affrontements entre ces deux groupes, le gouverneur de la Virginie déclara en août 2017 : «Les monuments aux confédérés sont devenus des points chauds de haine, de division et de violence. J’encourage les autorités des villes de Virginie et l’Assemblée générale (de l’État) disposant des pouvoirs nécessaires à démanteler ces monuments et à les transférer dans un musée ou dans un endroit plus approprié». Ce sont là encore des paroles à méditer sous d’autres cieux où l’on parle de cohésion sociale sans aucun geste symbolique. Après avoir tergiversé un moment, la ville fera retirer définitivement la statue en février 2018. 

         Selon un sondage de l’institut Pew, publié à la mi-juin, sept Américains sur dix, toutes origines et couleurs confondues, ont participé au débat sur la question raciale depuis la mort de George Floyd. Il faut se réjouir de voir les institutions de l’État qui sont indubitablement les plus représentatives des populations de la nation et donc des usagers des espaces publics du pays – conseils d’établissements scolaires, de municipalités, de départements et de régions – prendre l’initiative d’étudier les noms et les images des personnalités de leur histoire qui méritent leur hommage. C’est effectivement l’une des meilleures façons pour les institutions politiques de montrer à chaque citoyen la voie à suivre pour combattre le racisme. Il reste maintenant aux institutions judiciaires à ne plus se montrer complaisantes à l’égard des crimes racistes de la police.

Raphaël ADJOBI

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28 juin 2020

La France et la culture de la haine du Noir

          La France et la culture de la haine du Noir 

Caricature et Rhénanie

          Les quatre grands contributeurs aux théories racialistes qui ont inondé le monde sont bien connus de tous aujourd’hui ; il s’agit de l’Angleterre, des Etats-Unis, de l’Allemagne et de la France. Et la popularisation de l’infériorité du Noir par rapport au Blanc s’est faite à travers toute l’Europe et l’Amérique du Nord – du milieu du XIXe siècle au début du XXe siècle - grâce aux nombreuses expositions coloniales que le musée du Quai Branly a rappelées à notre mémoire par son exposition «L’invention du sauvage» en 2011 – 2012. Mais au-delà de ce travail collectif contre l’homme noir, la France s’est illustrée par une politique singulière qui a entretenu durablement la haine du Noir en Europe.

Caricature allemande LE NEGRE

          A la veille de la guerre de 1914-1918, la France disposait d’un empire colonial de près de 50 millions d’habitants. Devant l’indispensable puissance que réclamait la première guerre mondiale, elle a puisé dans les ressources humaines de ses colonies. Ce seront «les poilus des colonies» dont des générations de Français n’entendront jamais parler. A ces militaires, il convient d’ajouter une foule non négligeable de travailleurs coloniaux que la France a fait venir pour des tâches subalternes. Le général Mangin, qui a favorisé la création de cette armée d’Afrique dite «Force noire», prétend que «Les Noirs d’Afrique au système nerveux moins développé sont inaccessibles à l’anxiété par anticipation et n’éprouvent qu’une légère frayeur» (Armelle Mabon – Prisonniers de guerre «indigènes»). Aussi, l’ordre était de «ne pas ménager le sang noir pour conserver un peu de blanc» (général Nivel). Et pourtant, malgré les sacrifices consentis sur tous les fronts et particulièrement lors de l’offensive du «Chemin des dames» où l’on dira qu’ils ont servi de chair à canon, les Africains sont absents des livres d’histoire, des manuels scolaires et des réalisations cinématographiques. Selon l’historien Anthony Clayton, «dans les tranchées, les tirailleurs ont subi des pertes supérieures à celles des unités françaises» (id. Armelle Mabon) pour la simple raison que servant principalement dans l’infanterie, ils étaient plus exposés. 

Caricature allemande OK

          Après la victoire des alliés, non contente de partager les colonies allemandes d’Afrique avec l’Angleterre, la France va pousser l’humiliation de l’ennemi plus loin en occupant la Rhénanie dès décembre 1918. Et devinez quelles troupes seront chargées de cette tâche ! Les troupes coloniales, et particulièrement celles d’Afrique noire ! «Un fait qui va marquer durablement les esprits tant civils que militaires, des deux côtés du Rhin. Les Allemands n’ont pas accepté cette présence sur leur sol et ont pris ce prétexte pour présenter la France auprès des instances internationales comme une ennemie de la civilisation». Une virulente campagne de presse, illustrée de caricatures explicites, est lancée par l’Allemagne et reprise dans toute l’Europe jusqu’aux Etats-Unis «contre l’inhumanité des troupes d’occupation et plus particulièrement contre la brutalité des soldats coloniaux qui terrorisent les femmes rhénanes désarmées devant la bestialité sexuelle de ces bêtes en uniforme, ces indicibles monstres, des animaux humains, des hyènes noires, des hommes singes du continent noir» (Jean-Yves Le Naour – La honte noire. L’Allemagne et les troupes coloniales françaises ; cité par Armelle Mabon). Toute l’Europe est scandalisée : des Noirs sont venus tuer des Blancs et occupent désormais l’Allemagne ! Cet événement et cette campagne, à laquelle la France participe gaiement, feront émerger «la honte noire» - die «schwarze schande» - aux graves répercussions bien après la fin de l’occupation. Selon les historiens, Hitler s’en est inspiré pour écrire Mein Kampf et sa théorie nazie.

Caricatures françaises OK

          En tout cas, en 1940, les soldats de l’empire colonial étaient encore là pour la seconde grande guerre. Malheureusement, suite à la victoire rapide de l’Allemagne, la vengeance de celle-ci sera terrible ! Les Allemands vont montrer à l’Europe entière et à la France ce qu’il en coûte d’envoyer des Noirs tuer des Blancs ! Dans la Somme (80) et un peu partout, ils procèdent à des massacres de bataillons noirs. Un millier d’entre eux seront exécutés entre le 24 mai 1940 à Aubigny, en Bourgogne, et le 22 juin 1940 autour de Lyon (Armelle Mabon – Prisonniers de guerre «Indigènes»). Les autorités françaises refuseront d’honorer ces prisonniers massacrés – souvent classés disparus - parce que, selon elles, ils ne sont pas morts au combat. Leur mort ne compte pas ! Pourtant, comme ceux enfin honorés à Reims en 2018 par un monument, ils ont quitté leur père et leur mère, et parfois femme et enfants, pour venir défendre à des milliers de kilomètres ce qu’ils appelaient alors «la mère patrie». Résultat : ils n’ont récolté que la haine ou le mépris des Européens à l’encontre de leurs descendants.

Raphaël ADJOBI

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15 juin 2020

Les Européens rattrapés par leur passé esclavagiste et colonial (Jean-Marc Ayrault les invite à la réflexion et à l'action)

        Les Européens rattrapés par leur passé 

                           esclavagiste et colonial

           (Jean-Marc Ayrault les invite à la réflexion et à l’action) 

 

Jean-Marc Ayrault et le racisme

          Si vous demandez aux autorités françaises ce qu’elles font contre le racisme, elles vous répondront invariablement qu’elles ont mis en place une institution appelée DILCRAH (Délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT) avec un «plan national de lutte contre le racisme» depuis 2015. Elles préciseront même que pour 2018 – 2020, ce plan «mobilise l’ensemble des ministères pour mener quatre combats : lutter contre la haine sur Internet ; éduquer contre les préjugés et les stéréotypes ; mieux accompagner les victimes et investir de nouveaux champs de mobilisation».

          Il est tout à fait sidérant de constater que cette lutte fait l’impasse sur les savoirs qui permettraient la connaissance de ce que l’on veut combattre. Comment peut-on en effet lutter contre le racisme si l’on ne sait pas pourquoi il y a des Noirs et des Arabes en France ? Comment peut-on lutter contre le racisme si l’on ignore comment celui-ci est apparu dans notre société ? Par ailleurs, en mettant la lutte contre le racisme anti-Noirs sur le même pied d’égalité que celles contre l’antisémitisme et l’homophobie, les autorités montrent clairement leur volonté de nier une réalité socio-politique à laquelle elles ne veulent pas apporter des solutions particulières. En effet, la vie quotidienne des Français noirs et leurs aspirations n’ont absolument rien à voir avec les autres luttes auxquelles elles sont associées. Au-delà de son idéal de fraternité nationale qu’elle clame dans sa devise - «Mieux connaître l’autre pour respecter sa différence» - l’existence de notre association, La France noire, poursuit des objectifs qui touchent deux histoires de France permettant de nous interroger sur le présent et surtout sur les outils de notre enseignement aussi bien dans les manuels scolaires que dans l’espace public.

          La France noire peut donc s’estimer heureuse des propos de Monsieur Jean-Marc Ayrault à l’adresse de nos autorités les invitant à ouvrir les yeux sur les exigences de la France plurielle - qui n’est pas un fait du hasard mais un fait des histoires de la France. Profitant de la vague de déboulonnage des statues aux Etats-Unis, en Angleterre, en Belgique, au Canada, en Australie et dans les Antilles françaises, dans une tribune au journal Le Monde, le président de la Fondation pour la mémoire de l’esclavage appelle à la réflexion et au débat sur les marques qui honorent notre passé dans l’espace public.

         Voici le début du texte de M. Jean-Marc Ayrault :

«Sans se pencher sur le présent, il est impossible de comprendre le passé». Jamais ces mots des premières pages de L’Etrange défaite(Franc-Tireur, 1945, réédité chez Folio histoire), de Marc Bloch, n’ont semblé si actuels, quand de nouveau, comme au temps des révolutions, le monde résonne du bruit des statues qu’on abat, quand des siècles d’injustice reviennent tout à coup dans l’actualité, quand chaque pays est invité à revisiter son passé à l’aune des questions du présent.

Les foules qui se mobilisent depuis le meurtre de George Floyd ne demandent pas seulement la fin du racisme, des violences et des discriminations à l’encontre des personnes noires ou issues d’autres minorités. Elles demandent aussi que leurs raisons profondes soient éradiquées.

Les discriminations ne sont jamais seulement le fait de personnes isolées. Elles sont le produit de préjugés qui n’ont pas été combattus, de pratiques qui n’ont pas été corrigées, de questions auxquelles aucune réponse n’a été donnée. Elles sont le fruit de l’histoire de chaque pays. Ne pas le voir, c’est s’aveugler sur les causes du mouvement actuel. Ne pas le dire, c’est s’empêcher de traiter le problème à la racine.

C’est pourquoi, pour répondre à cet appel, il faut d’abord de la justice et du respect, mais il faut aussi du sens et des symboles. Car pour vivre ensemble dans une société de diversité, il faut avoir un récit commun qui nous rassemble, qui nous aide à dépasser les blessures du passé et qui nous inspire pour panser les fractures du présent.

Ce récit, c’est en France celui de l’esclavage qui a nourri le racisme anti-Noirs et du combat pour l’abolition qui a uni militants de métropole et révoltés des colonies ; c’est l’histoire du colonialisme de Lyautey (1854-1834) et de l’anticolonialisme d’Aimé Césaire (1913-2008) ; c’est l’histoire de cette diversité qui est le visage de la France et qu’il faut expliquer.

          Monsieur Jean-Marc Ayrault reconnaît qu’il était ignorant de l’histoire de l’homme dont son lycée portait le nom : Colbert ! Il reconnaît qu’il ignorait pourquoi une salle de l’Assemblée nationale honorait cet homme. Il tire avec nous cette conclusion (RTL – 14 juin 2020) : quand on apprend à l’âge adulte que celui qui vous était présenté comme un modèle alors qu’il professait – au XVIIe siècle – que l’homme noir n’est pas un être humain mais «un meuble» exempt de sentiments et de pensées nobles, vous avez des raisons de vous poser des questions. Le vrai problème, c’est quand on n’est pas capable de s’en poser ! Oui, pour comprendre certains mouvements du présent, il convient d’interroger le passé.

Raphaël ADJOBI

Posté par St_Ralph à 09:16 - Actualités Monde - Commentaires [0] - Permalien [#]