Lectures, analyses et réflexions de Raphaël

Vous trouverez ici des comptes rendus de lectures livresques concernant essentiellement l'histoire des Noirs d'Afrique et celle des Afrodescendants des Amériques et d'Europe. Les actualités de la diaspora africaine ne sont pas oubliées.

20 juillet 2021

Faut-il déboulonner certaines statues ? (Une réflexion du président de La France noire)

          Faut-il déboulonner certaines statues ?

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Les 3 Français contestés c

 

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19 juillet 2021

L'obéissance (Réflexion)

                                              L'obéissance 

Le chat et son maître

         L’écrivain et journaliste Christophe Henning rappelle dans un article, publié dans le journal Lacroix le 9 juillet 2021, l’origine latine du mot « obéissance », afin de mieux nous permettre de cerner son vrai sens qui est loin de l’idée de l’exécution aveugle d’un ordre que nous lui donnons aujourd’hui. Le mot vient du latin ob audire, signifiant « se mettre à l’écoute ». Il ne veut donc nullement dire « obtempérer, exécuter, se soumettre […] à un pouvoir qui est extérieur » tel l’ordre d’un commandant de bord d’un navire ou d’un avion quand il nous dit de mettre notre ceinture ou notre gilet de sauvetage. L’obéissance est avant tout une réponse à un appel intérieur, une réponse à une parole qui résonne en chaque être. L’obligation ne doit par conséquent peser que sur celui qui a adhéré à un appel, celui qui s’est engagé. Voilà pourquoi les religieux conçoivent leur vocation comme un choix libre.

          Même si nous savons qu’il y a des choix de vie qui « obligent », l’obéissance à une autorité supérieure est intimement liée à notre liberté, parce que « le supérieur n’a d’autorité que celle que l’on veut bien lui conférer […] C’est parce que je suis libre que je peux obéir », dit l’un des interlocuteurs du journaliste et écrivain. En d’autres termes, selon Christophe Henning, « l’obéissance n’est pas – ne doit pas être – au gré des caprices d’un supérieur, ce qui est constitutif de l’abus d’autorité et peut malheureusement se produire […] L’obéissance est un acte de libre adhésion. [...] Il ne devrait donc pas y avoir d’obéissance, sans d’abord, de dialogue ». 

          Dans l’acte d’obéissance, précise Christophe Henning, le piège à éviter c’est le désir de faire plaisir à son interlocuteur – encore s’il est le supérieur. Car « en fait, l’obéissance nécessite véritablement une parole libre, qui n’a pas pour but de plaire », comme le dit si bien le jésuite Thierry Lamboley. Et Daniel Marcelli de conclure : « Ainsi devient-on capable d’obéir pleinement quand nous avons la possibilité de dire non ».

          Nous sommes donc tout à fait d’accord pour dire avec le frère Jean Alexandre que l’obéissance est un chemin de croissance humaine et spirituelle qui demande du temps ; du temps qui passe par les contraintes des événements et les demandes ou exigences des autorités supérieures. Cela veut dire aussi que toute obéissance à une autorité supérieure sans la possibilité de dire non est une contrainte dictatoriale qui brise la liberté de l’individu. 

Un compte rendu de Raphaël ADJOBI

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10 juillet 2021

Un livre pour cet été (Raphaël ADJOBI)

Mon livre 5

Prix du livre : 10 euros

 

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15 juin 2021

Origine et évolution de la fête des mères (Raphaël ADJOBI)

         Origine et évolution de la fête des mères

La fête des mères

          Dans son magnifique ouvrage L’homme préhistorique est aussi une femme (Allary Éditions, 2020), Marylène Patou-Mathis montre comment à partir du XVIe siècle l’Europe a puisé dans les textes de l’Antiquité puis dans la Bible les éléments pour construire de manière solide et populaire l’image de la femme inférieure à l’homme ; construction ayant permis par la même occasion d’établir que depuis la préhistoire l’homme avait pour lui la force, le courage et l’intelligence à l’origine de toutes les inventions et la femme la faiblesse physique et intellectuelle, la maternité et les tâches domestiques. Puis, au-delà de ces stéréotypes défavorables à la femme, le XIXe siècle européen va s’appuyer sur la science pour proclamer de manière officielle que la procréation est son destin et sa finalité. « En elle-même, la femme n’a pas de raison d’être ; c’est un instrument de reproduction qu’il a plu à la nature de choisir de préférence à tout autre moyen », assure Pierre Joseph Proudhon en 1858 (De la justice dans la Révolution et dans l’Église, t.1). De ce fait, ce n’est que justice d’honorer les mères, de les célébrer.

          Selon Marylène Patou-Mathis, « déjà dans la Grèce et la Rome antique, les mères des dieux et les matrones étaient célébrées au printemps, saison de la fertilité ». Si, dans l’Occident médiéval chrétien les fonctions de procréation et de gestion de la maison étaient aussi dévolues aux femmes, celles-ci pouvaient néanmoins exercer la médecine populaire ou être artisanes, ajoute-t-elle. « C’est à partir du XVe siècle que ces métiers vont leur être confisqués ». Et c’est à cette époque, en Angleterre, qu’apparaissent les premières célébrations de celles qui ont la charge quasi exclusive du travail domestique et de l’éducation des enfants qu’elles ont en grand nombre. Un dimanche par an leur était en effet consacré. Sur ce modèle, à partir du début du XXe siècle, plusieurs pays européens vont décréter « la journée des mères ». En France, contrairement à une idée commune qui fait du maréchal Pétain l’initiateur de cette journée de célébration, Marylène Patou-Mathis fait cette précision : « Les premières initiatives sont locales, elles reviennent à l’instituteur Prosper Roche, qui organisa, le 10 juin 1906, une cérémonie en l’honneur des mères de familles nombreuses à Artas, dans l’Isère, et à Lyon, ville qui, deux ans plus tard, consacra une journée aux mères ayant perdu un fils ou un mari à la guerre. » Il faudra attendre 1920 pour voir l’instauration, sur le plan national, de la fête des mères de familles nombreuses qui « sera élargie à toutes les mères en 1926 par le gouvernement républicain qui prônait une politique nataliste. »

          Si l’image du maréchal Pétain émerge dès que l’on se plonge dans l’histoire de cette célébration, c’est parce que sous son impulsion cette fête a pris « une dimension politique affirmée ». En effet, « face à la peur de l’étranger, la natalité est au centre des préoccupations des hiérarques du régime de Vichy. Les mères, inspiratrices de la civilisation chrétienne (Pétain, 1942), sont mises sur un piédestal (Pascal Riché, L’Obs, 31 mai 2015) ». Marylène Patou-Mathis ne manque pas de préciser que « cette thématique sera maintes fois reprise par les mouvements d’extrême droite et par les nationalistes, pour qui, faute d’une démographie satisfaisante, la civilisation occidentale est vouée à disparaître ». C’est le 24 mai 1950 que la fête des mères sera inscrite dans la loi. Il appartient à chacun, selon nous, de réfléchir au sens de cette loi : celui qui éprouve une obligation morale à célébrer sa mère a-t-il besoin d’une loi pour le faire ? Est-ce un délit de ne pas fêter sa mère ? Quel bénéfice les mères tirent-elles de cette reconnaissance officielle ? Peut-être pourrions-nous suggérer, en signe de reconnaissance, une journée de congé payé à toutes les mères ?

                      Regard sur une tradition de l’Afrique de l’Ouest

          Cette célébration de la mère est l’une des rares fêtes non religieuses que les Noirs de France semblent partager avec une certaine application. Et cela se comprend aisément : en Afrique noire, sauf peut-être chez quelques rares populations, la mère revêt une image presque sacrée. Là-bas, offenser une mère de famille peut entraîner un lynchage. Bref ! Ce qui nous importe ici est de nous appuyer sur une tradition africaine assez largement partagée pour éclairer cette inclination des Français noirs à célébrer la mère comme leurs compatriotes blancs. L’exemple vient du pays Akan constitué de différentes populations ayant un fond culturel commun et s’étendant de la moitié Est de la Côte d’Ivoire jusqu’au Togo. Les Akans fêtent « le dixième enfant ». Pratique qui rejoint la célébration des mères de familles nombreuses en Europe, mais avec une différence notable : si la tradition de ce groupe fait de la mère la figure centrale incontestable de la famille, cette fête célèbre surtout le groupe mère-enfants malgré la participation du père à la fête. En d’autres termes, cette fête présente de manière publique le couple et ses enfants, mais tout le monde a conscience que c’est la femme qui est principalement honorée. La présence obligatoire des enfants est la preuve que sa fécondité mérite reconnaissance comme en témoignent les cadeaux qui lui sont offerts ce jour-là. Dans cette région d’Afrique, cette cérémonie donne à tous la certitude que la femme est le centre de l’humanité et l’homme un être périphérique. Et de même qu’un jeune portant la main sur un vieil homme était un signe de malédiction, un homme qui portait la main sur une femme attirait des malheurs sur sa maison – à commencer par la perte de la considération publique.

Raphaël ADJOBI

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16 mai 2021

Mémoires d'outre-haine (Kofi Yamgnane)

                    Mémoires d’outre-haine

                              (Kofi Yamgnane)

Mémoires d'outre-haine

          Tous les gouvernants des jeunes nations – comme celles d’Afrique – qui ont vieilli au pouvoir puis ont quitté ce monde sans avoir laissé trace des relations humiliantes entretenues avec les pouvoirs français ou européens de leur époque sont assurément indignes de leur peuple. Partir sans laisser aux siens des éléments susceptibles de les aider à cheminer plus sûrement dans ce monde est un crime ; un crime d’autant plus grand qu’ils ont été les interlocuteurs privilégiés des autorités européennes. C’est également ainsi que l’on pouvait juger le silence de Monsieur Kofi Yamgnane depuis qu’il n’est plus une autorité publique française en activité. Mais voilà qu’avec Mémoires d’outre-haine, il nous fait comprendre qu’il n’est pas de ces êtres qui cachent leurs meurtrissures aux siens, les laissant tâtonner et subir à leur tour ce qu’ils ont vécu. Sans exagération, ce livre-témoignage est un outil précieux pour tous les Français noirs et un extraordinaire miroir tendu aux Français blancs. Il est écrit comme s’il était le premier et le dernier de la vie de l’auteur : tout dire, afin que les choses soient claires une fois pour toutes, afin qu’il n’y ait rien à rajouter, rien à retrancher. Oui, « l’expérience aidant, on peut devenir un sage, avant de s’en aller… cette progression de l’être humain est un don, une sorte d’offrande, un cadeau de la vie » (p.41).

          Ce livre nous démontre combien nombreux parmi nos compatriotes blancs sont vraiment petits d’esprit et minables. On le lit en passant de l’indignation à l’écœurement pour finalement avoir de la pitié pour eux. Oui, il y a des légions de Français pitoyables à tous les niveaux de la société ! Je ne peux m’empêcher de le dire ; sincèrement. Et c’est aussi le sentiment de l’auteur : « Face à une telle bêtise humaine, j’ai toujours ressenti davantage de pitié que de colère pour ceux et celles que j’ai toujours considérés comme la lie de la société humaine ». En effet, voici qu’ « une élection municipale, comme il s’en déroule plus de 36 000 autres, le même jour, sur tout le territoire de la République, tous les six ans, a fait soudainement de Saint-Coulitz l’exutoire, le défouloir des fantasmes d’une certaine partie de la France » ! Et c’est vrai que ce livre se présente clairement comme – pour paraphraser l’éditeur – « le musée des horreurs » des lettres anonymes racistes, souvent au ton menaçant, reçues pendant ses mandats locaux et nationaux par l’auteur, arrivé en Bretagne en 1964 d’un pays africain qui quatre ans auparavant était une colonie française : le Togo. Pour que le lecteur prenne conscience de la dimension de la triste réalité, Kofi Yamgnagne a tenu à ce que certaines lettres soient photocopiées et présentées ici.

          Employé de la Direction départementale de l’Équipement (DDE) à Quimper, celui qui devient maire de Saint-Coulitz en 1989 – un groupement de hameaux de 254 habitants – va, en 1991, entrer dans le gouvernement sous François Mitterrand au poste de Secrétaire d’État à l’Intégration, héritant par la même occasion de la signature de la naturalisation des étrangers. Il sera aussi Conseiller général puis député du Finistère. Toutes ces expériences vont lui « enseigner comment repérer et reconnaître à coup sûr une personne raciste, un acte raciste, une attitude raciste, une parole raciste, un regard raciste » ; et c’est de cela, seulement de cela qu’il parle dans ce livre avec la conscience qu’il est issu d’un peuple colonisé et qu’il a en face de lui des gens pour qui les Blancs sont naturellement supérieurs aux Noirs et qu’ « il est dès lors impossible que ces nègres viennent les contaminer par le mariage et les diriger dans leurs communes », dans leurs entreprises, dans leurs syndicats. Un exemple : « Malgré cette légitimité octroyée par le peuple de Saint-Coulitz, si Mitterrand ne m’avait pas imposé au PS en me nommant au gouvernement, j’aurais été très vite écarté de toute responsabilité » (p. 147).

          Kofi Yamgnane est franc et lucide. Il sait que la catégorisation des êtres est propre à l’Europe depuis l’Antiquité qui différenciait le barbare, le métèque et le citoyen. Il sait que cette hiérarchisation des êtres, reprise par les croisades puis l’esclavage et les conquêtes coloniales, a ancré le Noir dans une certaine animalité, « dans un état primitif immuable », et établi la supériorité de la race blanche. « En quoi et par quel miracle la France du XXIe siècle aurait-elle changé ? », se demande-t-il. Mais, au-delà de cette implacable réalité, il y en a une autre qui semble la nourrir. Il sait que depuis que « des intellectuels et des hommes politiques de premier plan ont assumé de décomplexer leur racisme, flattant les instincts les plus bas et abreuvant l’espace public » de leurs discours haineux, l’ignorance des Français est apparue si profonde et leur culture raciste si grande qu’ils sont incapables de distinguer un propos ou une attitude raciste d’une conduite humaine. Aussi, il est convaincu qu’ « au cœur de ces réactions est l’ignorance. Ces lettres-là sont généralement truffées de fautes de français, de fautes de grammaire, de fautes d’accord, de fautes d’orthographe, etc. Elles ne montrent pas seulement la misère morale mais aussi la misère intellectuelle de ces compatriotes qui, pour la plupart, sont quasiment analphabètes ou tout au moins illettrés. En tout état de cause, mes correspondants anonymes n’ont guère, selon moi, dépassé le niveau du cours moyen de l’enseignement primaire et pour la plupart ont généralement oublié le peu qu’ils y avaient appris. Non seulement ils ne savent pas écrire le français, mais surtout ils n’ont rien assimilé des valeurs qui font la République française ».

          Les choses sont bien claires : l’ignorance fait le lit du racisme. Maintenant essayons l’instruction pour tous, intégrons parfaitement l’esclavage et la colonisation à notre récit national et attendons de voir leur effet. Oui, maintenant que nous avons tourné le dos à l’esprit de la France de 1794 et de 1848 en faisant de la fraternité un problème, il nous faut essayer cette solution pour sortir de l’impasse. Mais il faut également l’écoute et le respect de nos différences et de nos aspirations multiples qui s’imposent comme une évidence quand nos gouvernants ne sont pas capables de rappeler et de s’attacher fermement à nos idéaux d’égalité et de fraternité. En effet, dit l’auteur, « les racistes occupent désormais ouvertement l’espace public parce que la République n’applique pas ses propres lois, parce que la République est aux abonnés absents, parce que la République a abdiqué face aux ennemis de la république » ! Et ce livre montre par des exemples précis – à travers l’attitude de nos gouvernants et de leurs représentants – comment la France encourage ceux qui tournent le dos à ses valeurs républicaines par des discours qui n’ont pour unique but que d’exclure l’autre au lieu de l’inclure.

Raphaël ADJOBI

Titre : Mémoires d’outre-haine, 253 pages

Auteur : Kofi Yamgnane

Editeur : Locus Solus, 2021

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09 mai 2021

Commémoration de l'abolition de l'esclavage 10 mai 2021 - Discours du président de "La France noire"

      Commémoration de l’abolition de l’esclavage

                               10 mai 2021

           Discours du président de "La France noire"

                                         - voir la vidéo - 

Raphaël ADJOBI

Chers amis et sympathisants de La France noire, 

          Comme en 2020, nous sommes dans l’impossibilité d’organiser notre cérémonie annuelle publique commémorant l’abolition de l’esclavage. Les mesures sanitaires dues au COVID-19 obligent. Si ce moment de partage est une fois encore impossible, le devoir de mémoire quant à lui demeure de rigueur. En effet, la loi du 21 mai 2001 reconnaissant la traite et l’esclavage des Noirs dans les Amériques et dans l’océan Indien comme crime contre l’humanité est l’unique occasion de rappeler à la mémoire de chaque citoyen que la présence de populations noires dans le paysage national est liée avant tout à ce fait de l’histoire de notre pays. Le 10 mai doit donc être pour nous tous un moment incontournable.

          C’est d’ailleurs ce que le premier ministre a tenu à redire par sa circulaire du 16 avril dernier aux préfets ; circulaire dans laquelle il souligne la nécessité de « rappeler la place que l’esclavage occupe dans notre histoire nationale » mais aussi la nécessité de « valoriser la part de la diversité française en rapport avec cette histoire ». Il donne par ailleurs aux préfets la mission de diffuser la circulaire à l’ensemble des maires de leur département « en les invitant à organiser une cérémonie similaire, ou tout autre initiative, notamment culturelle en rapport avec la mémoire de l’esclavage ». Nous nous réjouissons du contenu clair et précis de cette circulaire parce qu’il semble ne pas laisser de place aux mémoires sélectives et à l’interprétation. Il souligne « l’importance de cette page de notre histoire qui a vu se nouer un lien indissoluble entre la France et l’Afrique, l’Amérique, les Caraïbes et l’océan Indien ». En conséquence, il nous semble absolument nécessaire qu’il soit enseigné aux jeunes générations – les citoyens de demain – que la France n’est pas un pays exclusivement européen. Non ! La France est un pays éclaté sur plusieurs continents. Notre diversité nationale vient de là ! Un fait évident mais ignoré ou occulté dans les nombreux discours politiques ou intellectuels au point que de nombreux Français sont aujourd’hui encore convaincus que tout ce qui n’est pas blanc et catholique n’est pas français et doit montrer patte blanche en toute circonstance. C’est cela la discrimination raciale ou racisme. Le racisme n’est pas seulement la négation de l’humanité de l’autre sur le principe de la couleur de la peau ou son déclassement dans l’échelle de l’humanité pour pouvoir justifier son exploitation en toute bonne conscience. Le racisme consiste aussi à assigner à l’autre, toujours sur le principe de la couleur de la peau, une place définitive de laquelle il ne doit pas bouger. 

          Il appartient désormais à tous ceux concernés par cette circulaire – les préfets, les maires, les recteurs (et par ces derniers les chefs d’établissements et les enseignants) – de faire en sorte qu’elle ne reste pas lettre morte mais qu’elle produise de bons fruits à la place du racisme. L’avenir nous montrera les fruits de cette volonté politique qui n’a malheureusement pas fait l’objet d’un discours officiel oral pour lui donner plus de force. Retenons tous que des citoyens qui ne sont pas frustrés, qui sont reconnus dans leur différence sont des citoyens heureux de servir leur pays. 

   Chers amis de La France noire, d’Afrique-sur-Loireprofitons de ce XXe anniversaire de la loi dite Taubira reconnaissant l’esclavage des Noirs dans les Amériques et l’océan Indien comme crime contre l’humanité pour rappeler le combat de tous ceux qui, à l’avènement de la République dès 1789 ont lutté pour que ses valeurs soient effectives pour toutes les populations vivant sur les terres gouvernées par la France. 

          Hommage donc à Toussaint Louverture et à ses amis qui, en 1793, ont contraint le pouvoir esclavagiste de Saint-Domingue à prononcer la fin de l’esclavage sur cette île ; décision qui sera approuvée et élargie à toute la France en 1794 à Paris. C’était la première abolition de l’esclavage. Malheureusement, huit ans plus tard, cette belle affirmation de la République de l’égalité de tous les citoyens – Noirs et Blancs – mourra par la volonté de Napoléon Bonaparte qui voulait satisfaire le capital esclavagiste. En effet, en 1802, huit ans seulement après ce geste humaniste qui faisait de la France le premier pays européen à abolir l’esclavage, Napoléon Bonaparte va le rétablir pour satisfaire l’égoïsme de ceux qui n’ont jamais connu d’autre dieu que l’argent et l’économie. Heureusement, les amis de Toussaint Louverture – que le pouvoir napoléonien a laissé mourir de froid dans le fort de Joux dans le Doux – vont reprendre le combat et triompher de l’armée de Napoléon à la bataille de Vertières en novembre 1803. Une victoire qui va aboutir à l’indépendance de Saint-Domingue, rebaptisé Haïti en janvier 1804. Cette victoire mérite de retenir l’attention de tous. Pourquoi ? Parce que c’est celle de citoyens français noirs qu’une volonté politique malsaine, ennemie de la République, a tenté de réduire à nouveau en esclavage.

   Hommage à Louis Delgrès et à Solitude. Leur détermination pour le maintien des idéaux d’égalité énoncés par la première république mérite, en ce XXIe siècle, l’admiration de nous tous qui croyons encore aux valeurs républicaines d’égalité et de fraternité. Indigné, révulsé par la décision du pouvoir napoléonien de rétablir l’esclavage, Louis Delgrès, sachant qu’il allait payer de sa vie le prix de la liberté qu’il voulait maintenir pour les siens, a adressé un message à la postérité de tous les Français : Noirs et Blancs. Combien sommes-nous à connaître la proclamation de ce républicain contre les ennemis de la République de son époque ? Combien sommes-nous à connaître le nom de ce grand défenseur de la République qui s’est fait exploser avec plus de 300 de ses compagnons de la Guadeloupe pour que vive la République ? Combien sommes-nous à être convaincus qu’il ne suffit pas de savoir quand les valeurs de la République ont été proclamées, mais quels sont ceux qui ont versé leur sang pour les défendre chaque fois qu’elles étaient menacées afin qu’elles nous deviennent chères aujourd’hui ? 

          Hommage à Jean-Baptiste Belley, commandant de la gendarmerie de Saint-Domingue et député de cette île. Alors qu’il faisait partie de l’expédition Leclerc de février 1802 chargée de reprendre l’île des mains de Toussaint Louverture, lui et d’autres militaires noirs seront écartés de l’armée sur instruction de Napoléon. Celui-ci avait décidé secrètement qu’il n’y aura plus jamais en France d’officiers noirs à un grade supérieur à celui de capitaine ! Jean-Baptiste Belley est arrêté, envoyé en France, assigné à résidence à Belle-île-en-Mer (Morbihan) où il mourra en 1805 à l’hôpital militaire de l’île. 

          Hommage à tous ceux qui, galvanisés par la victoire de Saint-Domingue devenue Haïti, ont partout dans les Amériques multiplié les rébellions, les marronnages, les suicides, les infanticides, permettant aux partisans européens de l’abolition de cet esclavage d’avoir suffisamment de courage pour défendre leur droit à la liberté et d’aboutir en 1848 au résultat que nous connaissons aujourd’hui.

       Nous disons ici à tous ceux qui croient, avec beaucoup de naïveté, que c’est la raison qui fait évoluer le monde, que le raisonnement philosophique et ses lumières n’ont pas empêché la France d’être le seul pays européen à avoir aboli l’esclavage deux fois et la traite trois fois, là où il a suffi d’une fois aux autres nations européennes. En effet, tant que l’écoute de l’autre ne sera pas une pratique ordinaire parmi nous, tant que les idéaux à atteindre ne seront pas clairement rappelés et portés par une réelle volonté politique, on assistera au délitement des valeurs de la République, car ses ennemis sont toujours là, en action. La France sera vraiment plus fraternelle lorsque nous serons plus nombreux à nous fixer pour objectif d’apprendre à mieux connaître l’autre pour respecter sa différence.

° Voir la vidéo du discours

Raphaël ADJOBI

Posté par St_Ralph à 20:23 - Actualités françaises - Commentaires [2] - Permalien [#]