Lectures, analyses et réflexions de Raphaël

Vous trouverez ici des comptes rendus de lectures livresques concernant essentiellement l'histoire des Noirs d'Afrique et celle des Afrodescendants des Amériques et d'Europe. Les actualités de la diaspora africaine ne sont pas oubliées.

04 décembre 2017

Le général Alexandre Dumas effacé de LA REVOLTE DU CAIRE, le célèbre tableau de Girodet

                            Le général Alexande Dumas 

                       effacé de LA REVOLTE DU CAIRE

                  le célèbre tableau de Girodet

166453 Girodet - Révolte du Caire

            L’été 1798, quand L’armée d’Orient dirigée par Napoléon - avec le général Alexandre Dumas qu'il avait nommé à la tête de la cavalerie - atteignit le Caire et mit en déroute les Mamelouks – ces anciens esclaves recrutés en Asie centrale qui dirigeaient depuis si longtemps l’Egypte – elle ne fut pas accueillie en libérateur. « Partout, au contraire, (elle) se heurta à la résistances des populations ».

            Malgré la politique de séduction mise en œuvre par les Français, quelques semaines plus tard, la révolte éclata. Du 21 au 23 octobre, « Le Caire fut mis à feu et à sang ». Les principaux groupes de rebelles s’étaient refugiés dans la mosquée Al-Azhar, dont ils avaient fait leur quartier général. C’est alors que le général Dumas « déboula à cheval dans la mosquée, dispersant les insurgés qui, croyant reconnaître dans le cavalier l’Ange exterminateur du Coran, s’égaillèrent en criant l’ange ! l’ange ! » (Récit d’Antoine-Vincent Arnault, 1766 – 1834 , repris par Tom Reiss dans Dumas, le comte noir, p. 291 éd. Flammarion, 2013).

            Selon Antoine-Vincent Arnault - qui a été le premier à rapporter ce récit dès le début du XIXe siècle - après cet exploit et une fois l’ordre rétabli, Dumas fut chaleureusement accueilli par Bonaparte. Le père des Trois mousquetaires, le fils du général, reprendra son récit dans ses mémoires avant Tom Reiss en 2012 (traduction française en 2013) :  

« Bonjour, Hercule ! lui dit-il ; c’est toi qui a terrassé l’hydre. Et lui tendit la main.

-Messieurs, continua-t-il en se retournant vers ceux qui l’entouraient, je ferai faire un tableau de la prise de la grande mosquée. Dumas, vous avez déjà posé pour la figure principale ».

            « Néanmoins, poursuit Tom Reiss, onze ans plus tard, lorsque Napoléon commanda au peintre Girodet sa fameuse Révolte du Caire qui dépeignait la mêlée épique à l’intérieur de la mosquée, la figure principale du général Dumas avait été effacée au profit d’un hussard blond aux yeux bleus s’élançant, sabre au clair, sur l’ennemi, dans une parodie de la bravoure héroïque de Dumas. Dans un autre tableau, le cavalier qui entre dans la mosquée n’est autre que Bonaparte lui-même ».

            Aujourd'hui, on évite de trop mettre en évidence cette deuxième version de La Révolte du Caire dont parle Tom Reiss ; sans doute parce que trop, c'est trop !

            L'été suivant la révolte du Caire, Bonaparte quitta discrètement la ville et s'embarqua de nuit pour la France avec quelques fidèles qu'il avait mis dans la confidence. Lorsqu'il reçut les instructions de Bonaparte par courrier, Kléber entra dans une violente colère et tonna : « Ce b...-là nous a laissé ici ses culottes pleines de... Nous allons retourner en Europe et la lui appliquer sur la figure !  » Malheureusement Kléber fut poignardé quelques mois plus tard dans une rue du Caire par un étudiant syrien (Dumas, le comte noir, p.291-292).

                        Napoléon, un usurpateur avant l'heure

            Déjà, en Italie - avant l'arrivée de l'armée d'Orient en Afrique - les prouesses d'Alexandre Dumas lors de la bataille de Mantoue furent minimisées dans le rapport officiel rédigé par l'aide de camp de Bonaparte pour que toute la gloire revienne à ce dernier. Selon Tom Reiss, "c'était Alexandre Dumas, à la tête de sa modeste force" qui a contraint les Autrichiens à hisser le drapeau blanc de la reddition sur leur principale place en Italie. Pourtant, A Paris, suite à ce rapport, «la bataille de Rivoli qui n'avait eu d'autre objectif que d'empêcher les renforts Autrichiens de sauver leur armée enfermée dans Mantoue», fut célébrée comme la plus grande victoire de la campagne d'Italie. Mantoue, la place forte prise par Dumas est oubliée, Rivoli, la voie qui y mène coupée par Bonaparte est fêtée ! 

            Quand il apprit dans le rapport du général Berthier que son rôle s'était borné à être «en observation», Dumas « prit aussitôt sa plume et adressa à Bonaparte une missive d'une telle insolence qu'elle sera plus tard citée en exemple dans tous les récits historiques à son sujet pour illustrer son légendaire caractère » :

                                                               18 janvier 1797

GENERAL

J'apprends que le jean-foutre chargé de vous faire un rapport sur la bataille du 27 m'a porté comme étant resté en observation pendant cette bataille.

            Je ne lui souhaite pas de pareilles observations, attendu qu'il ferait caca dans sa culotte.

            Salut et fraternité.              

GENERAL-DUMAS - 2

            Vingt-cinq membres du « 20e régiment de dragons, 1ere division du blocus de Mantoue » signèrent une lettre qu'ils adressèrent à Bonaparte dans laquelle ils soulignaient la bravoure et le grand sens de l'honneur de celui qui les avait dirigés dans les combats.

            «Quand Bonaparte envoya son rapport de janvier au Directoire - conclut Tom Reiss - il loua les mérites de tous les officiers qui avaient participé à la conclusion du siège de Mantoue. Pas une fois il ne cita le nom du général Dumas». Sans doute, cet homme était déjà trop célèbre en Europe, à son goût ; cet homme qui est entré dans les livres d'histoire étrangers depuis sa prise spectaculaire du Mont-Cénis ; cet homme que lui-même, Bonaparte, avait comparé à un valeureux général de l'empire romain ! Ce colosse de près de deux mètres que les Egyptiens croyaient être le chef de l'expédition - tant il les impressionnait - lui état insupportable depuis longtemps. Le premier jour de l'attaque des Mamelouks, «l'apparition de Dumas avait fait forte impression sur les Egyptiens. Que faisait ce géant noir en uniforme à la tête d'une armée de Blancs ? Leur saisissement n'avait pas échappé à Bonaparte qui, quelques jours plus tard, sut en tirer le meilleur parti». C'est en effet Dumas que Bonaparte chargea d'aller racheter les Français faits prisonniers :«Je tiens à ce que vous soyez le premier général qu'ils voient. Le premier à qui ils aient affaire» (J. Christopher Herold, cité par Tom Reiss dans Dumas, le comte noir, p. 263).

     Voici ce qu'écrivit dans ses mémoires René-Nicolas Desgrenettes, le médecin-chef de l'expédition en Egypte : «Les hommes de toutes les classes qui, parmi les musulmans, purent apercevoir le général Bonaparte, furent frappés de sa petite taille et de sa maigreur [...]. Celui de nos généraux dont l'extérieur les frappa fut celui du général en chef de la cavalerie, Dumas. Homme de couleur, et ressemblant par ses formes à un centaure, quand ils le virent franchir à cheval les tranchées pour aller racheter des prisonniers, ils croyaient tous qu'il était le chef de l'expédition» (Cité par Tom Reiss, p.263).

 Terminons en paraphrasant John Edgar Wideman (Ecrire pour sauver une vie, Le dossier Louis Till, p. 35) : les vérités et les mensonges se valent aux yeux du pouvoir et de ses historiens jusqu'à ce qu'ils choissisent ce qui peut servir leurs exigences, leur image à présenter à la postérité.    

Raphaël ADJOBI

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28 novembre 2017

Ecrire pour sauver une vie, Le dossier Louis Till (John Edgar Wideman)

                             Ecrire pour sauver une vie

                                            Le dossier Louis Till

                                            (John Edgar WIDEMAN)

Ecrire pour sauver une vie

            Qui est Louis Till ? Réponse : c’est un de ces nombreux soldats noirs-américains engagés sur les champs de bataille, en Europe, durant la seconde guerre mondiale et qui ont fini exécutés par leur propre hiérarchie parce qu’ils ont été accusés d’avoir violé une Blanche. L’écrivain français Louis Guilloux, qui avait servi d’interprète dans ces nombreux procès ayant abouti à la condamnation des Noirs, évoquait ce sujet dans son livre OK, Joe ! ; un témoin de ces procès au dénouement connu d’avance auquel l’Américaine Alice kaplan avait rendu hommage dans The interpreter.

            Pourquoi John Edgar Wideman revient-il sur la sentence qui a condamné à mort Louis Till si nous la savons inique au même tire que tous les autres ? Y a-t-il des éléments nouveaux qui appelleraient à la révision de son procès ? Non ! L’auteur revient sur le procès et la mort de Louis Till pour essayer de comprendre la logique implacable qui structure la pensée de l’Américain blanc dès lors qu’il y a dans son récit la présence ou la marque d’un Noir. C’est aussi pour extirper de son être la place prise par cet homme et son fils et se sauver lui-même en les oubliant. Car ce livre est aussi le récit de sa propre vie bercée par ces deux noms de l'histoire américaine.

            Figurez-vous qu’en 1955 – dix ans après l’exécution de son père en Europe – « Emmet Till, âgé de quatorze ans […], prit un train à Chicago pour aller voir de la famille dans le Mississipi. Quelques semaines plus tard, un autre train rapportait sa dépouille. Emmet Louis Till avait été assassiné parce qu’il était noir et avait prétendument sifflé une femme blanche ».

            Plus d’un demi-siècle s’est écoulé depuis cet événement, mais le visage d’Emmet Till continuait de hanter l’auteur parce qu’il avait alors, comme la victime, quatorze ans.  Mais plus que cela, c’est le lien logique que le juge et le « jury d’une blancheur immaculée » ont établi entre le crime de viol qui a condamné le père en 1945 et le prétendu sifflet qui a abouti au lynchage du fils qui n’arrête pas d’ébranler John Edgar Wideman. Tel père, tel fils, avaient donc conclu les Blancs. Jugement logique et imparable !

            Pour John Edgar Wideman, le jugement de Louis Till – comme le sort infligé à son fils – est comme « n’importe quel bon roman à l’ancienne. Il se déploie peut-être d’un bout à l’autre du monde connu, mais au moment de la scène finale, l’intrigue est résolue, les comptes réglés, l’ordre rétabli, les personnages ont ce qu’ils méritent ». Ce qui veut dire que l’histoire est racontée par quelqu’un qui a tout dirigé de la seule façon possible afin qu’elle se termine « comme elle est censée se finir dès le premier mot de la première page ».

            John Edgar Wideman arrive donc à cette conclusion que « le crime de Till est un crime d’existence […]. Que Louis Till enfreigne ou pas la loi, la justice considère son existence comme un problème. Louis Till est une mauvaise graine qui, tôt ou tard, éclatera et en sèmera d’autres. Till nécessite une action préventive ». C’est pourquoi, selon lui, l’armée a entrepris plutôt une mission qu’une enquête. Pour les Blancs, la peau noire est intimement liée au viol. Elle est le moteur « prévisible de la concupiscence et de la violence bien connues qui bouillonnent […] dans le sang noir des soldats de couleur[…] Tous les individus noirs de sexe masculin étant coupables de vouloir violer les femmes blanches, aucun soldat noir pendu par les agents ne pouvait être innocent ». Parce que la peau noire et le viol constituent "une rébellion de pulsions ataviques incontrôlables", on comprend pourquoi « d’un bout à l’autre des Etats-Unis, les tribunaux continuent encore et toujours à relaxer des assassins comme si les vies noires auxquelles ils ont mis fin ne comptaient pas ».

Raphaël ADJOBI

Titre : Ecrire pour sauver une vie, le dossier Louis Till, 224 pages

Auteur : John Edgar Wideman

Editeur : Gallimard, 2016, traduction de Catherine Richard-Mas.

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18 novembre 2017

De la traite et de l'esclavage des Noirs en Libye au XXIe siècle

   De la traite et de l'esclavage des Noirs en Libye

                                     au XXIe siècle

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            Le lundi 13 novembre 2017, j’ai eu l’honneur d’être l’invité de la section départementale d’un célèbre club service international pour donner une conférence sur « Les résistances africaines à la traite et les luttes des esclaves pour leur liberté dans les Amériques ».

            J’avais commencé mon exposé par une définition de l’Histoire qui passe parmi nous pour une science alors qu’elle est un récit dont le contenu s’éloigne de la vérité dès lors que le narrateur néglige ou travestit certains faits devant le structurer. Puis j'ai insisté sur l'immensité de l'Afrique qui est comparable aux Etats-Unis, l'Europe et la Chine mis ensemble. Par conséquent, avais-je dit, il convient de ne jamais la considérer comme homogène, physiquement et humainement. Ensuite, j’avais pris soin de délimiter les zones du continent africain qui connaissaient la pratique de l’esclavage comme l’Europe – le servage n’étant rien d’autre qu’un mot issu du latin désignant l’esclavage – avant de souligner que la zone forestière l'ignorait totalement. Pour preuve, j’avais fait remarquer à l’assistance que la fin de la traite négrière atlantique au milieu du XIXe siècle a coïncidé avec la fin de la traite et de l’esclavage dans cette partie de l’Afrique. Cela est un fait historique indéniable. A la fin du XIXe siècle, les déportations et les assassinats des chefs africains opposés à la colonisation européenne - avec son lot de travaux forcés - constituent des preuves supplémentaires de la non-pratique de cette forme d’asservissement de l'homme par l'homme dans la zone forestière africaine. 

                                Les foyers de l'esclavagisme africain

            Dès le lendemain de ma prestation, mon attention a été attirée par la vente aux enchères de migrants d’Afrique noire par des populations libyennes, blanches et arabes. C’est alors que m’est revenue avec violence ma réponse au doyen du public de la veille. Répondant à sa question sur l’esclavagisme que l’on dit exister aujourd’hui encore en Afrique, j’avais, à nouveau, clairement délimité les zones géographiques africaines où cette pratique était très ancienne et persiste encore : une zone qui part du Sahel jusqu'au nord du continent. J’avais alors avancé le cas de la Mauritanie où l'esclavagisme est courant en ce XXIe siècle et celui du Soudan où la traite a été constatée jusqu'au milieu du XXe siècle. J’avais alors parlé de l’expérience de Joseph Kessel et de son reportage pour le journal Le Matin en 1930. Le journaliste avait participé, au sud du Soudan, à la capture d'une bergère noire et témoignait des techniques mises en œuvre par les trafiquants pour se procurer la marchandise humaine qu'ils destinaient aux pays arabes d'Afrique du nord et du Moyen-Orient. Oui, l'esclavagisme est une pratique ancienne depuis le Sahel jusqu'au nord de l'Afrique où persiste encore en ce XXIe siècle ce que Malek Chebel appelle "l'esclavage de traîne" (1). 

 

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                       Ce qui se passe aujourd’hui en Libye n’est donc en vérité qu’une suite logique de l’histoire de l’Afrique : la persistance, dans sa zone islamisée, de la pratique de l’esclavage depuis le Moyen Âge ! N'oublions pas que Soundjata Kéïta l'avait aboli dans son empire au XIIIe siècle. Mais rien ne nous dit qu'il était parvenu à contrôler et maîtriser cette abolition. Tous ceux qui se vantent d’acheter et de vendre des Noirs sont issus de cette zone qui part du Sahel jusqu'au nord de l'Afrique. C'est dans cette zone sahélienne et nordique que l'on retrouve les confréries appelées "chasseurs traditionnels" qui ne sont rien d'autre que des chasseurs de gibier humain, des intermédiaires entre l'Afrique des forêts et le monde arabe.

                           Des chefs d'Etat africains sans réel pouvoir !

            Mais, après ce constat, la vraie question qui mérite d’être posée est celle-ci : que font les dirigeants africains dont les populations sont victimes de cette nouvelle traite et de ce nouvel esclavage ? C’est bien de montrer d'un doigt accusateur les Européens et les Arabes des siècles passés. C'est bien d'accuser les ancêtres de l'Afrique des forêts de ne pas avoir su lutter efficacement, pendant des siècles, contre les prédateurs européens et arabes. Maintenant qu’ils sont spectateurs de la répétition du même crime, que font-ils ?

            Retenons tous ceci : le mutisme des gouvernants africains devant le drame de leurs citoyens en exode massif vers des contrées lointaines - exode qui les expose à l’esclavagisme arabe connu depuis plusieurs siècles - témoigne de la vacuité de leur pouvoir. Certes, poussé par un journaliste, le président de l'union africaine a parlé. Mais que vaut la parole d'un président nègre ? Quel pouvoir a la parole d'un nègre ? « Tous les Noirs du monde actuel sont privés de pouvoir. Le pouvoir c'est tout simplement le contrôle de sa propre vie », le contrôle de la vie des siens pour un gouvernant !  « Si vous n'avez pas le contrôle (de votre vie et celle des vôtres), vous ne pouvez prendre vos responsabilités » (2). Oui, un président noir n’a aucun pouvoir devant ses pairs européens ou arabes. Un président noir est vide de toute substance valorisante pour les siens et pour la diaspora africaine.

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            Inutile de regarder du côté de la prétendue communauté internationale à la solde de l’Occident ; une communauté internationale qui n’est rien d’autre qu’un miroir aux alouettes pour les Africains. Elle est très douée pour les discours et pour détrôner un chef d’Etat nègre. Pour apporter une solution à une souffrance humaine, ses actions se limitent à des rassemblements chiffrés à des millions d’euros pour rédiger un discours final. En effet, on ne s’imagine jamais ce que cela coûte de réunir ces messieurs, de les loger durant des jours et des jours, les nourrir matin, midi et soir, leur assurer les voyages en avion pour les rassembler, les frais de carburant et les indemnités diverses pour produire un texte d’une page et un compte rendu de quelques dizaines de pages pour la postérité ! Assurément, les pauvres sont ingrats : ils ne savent pas apprécier le coût de tout ce que les puissants de ce monde font pour eux ! Assurément, les nègres sont des ingrats ! Il n’y a tout de même pas perte de gisements de pétrole dans cette affaire de vente de migrants noirs en Libye !

            Inutile de regarder du côté des médias français non plus. C'est la Corée que nous ne sommes pas capables de situer sur une carte qui les intéresse. Eux non plus d'ailleurs, mais en parler leur donne l'air d'être plus intelligents que nous. C'est pourtant la France qui a bombardé la Libye ! Mais une fois que les gouvernants français regardent ailleurs, nos journalistes déménagent pour ne pas rater l'actualité du président. C'est donc une journaliste américaine qui est venue leur montrer que la maison démocratique que la France dit construire en Libye grâce à ses amis au pouvoir brûle ! Pauvre France ! Pauvre Afrique ! Pauvre Afrique, l'obligée d'une pauvre France ! Les deux font la paire !

            Aux Français et aux Africains qui ne cessent de répéter qu'il faut tourner la page chaque fois que l'on évoque l'esclavagisme, je redis encore ceci : les peuples qui tournent les pages sombres de leur passé sans les lire, sans les enseigner, condamnent les générations futures à revivre les mêmes affreux événements.

(1) Malek Chebel : L'esclavage en Terre d'Islam, Fayard 2007.

(2) Nikki Giovanni, cité par Léonora Miano in "Marianne et le garçon noir", note p. 30).

Raphaël ADJOBI

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08 novembre 2017

Marianne et le garçon noir (Léonora Miano)

                        Marianne et le garçon noir

                                           (Léonora Miano)          

Léonora Miano

            Avec Marianne et le garçon noir, Léonora Miano emprunte le chemin de la littérature noire-américaine faite de récits douloureux du corps des Noirs livré en pâture aux policiers blancs ou aux discours méprisants ; ces récits qui suscitent la passion des lecteurs français qui devraient par conséquent savoir qu'ici comme là-bas le Noir se heurte au même plafond de verre et aspire à la même liberté et à la même fraternité. Les neufs intervenants auxquels elle donne la parole, nous disent unanimement – en des termes différents – que La France sera résolument engagée dans la voie de la construction de la fraternité nationale « le jour où les descendants des inventeurs de la race consentiront à questionner leur héritage en la matière, et les raisons qui justifièrent, de la part de leurs aînés, cette fracturation du genre humain ». Et ils ajoutent : « Il ne suffit pas de clamer l’inanité de la notion de race. Il est nécessaire de savoir à quels besoins répondait son élaboration et, surtout, de quels fardeaux elle leste le legs culturel et politique auquel on ne souhaite pas renoncer » (Léonora Miano, p. 20).

            En effet, la France ne peut dire vouloir construire une fraternité nationale avec sa population noire tout en chérissant son passé colonial et en maintenant les règles anciennes qui établissent encore son empire sur certaines contrées de l’Afrique. Car le traitement que la France réserve à l’Afrique influe lourdement sur sa politique sociale et humaine à l’égard de sa population noire. C’est ce même regard de mépris plein du sentiment de suprématie blanche qu’elle porte sur l’Afrique qui anime ses relations avec ses citoyens noirs. D'autre part, l’ensemble des rédacteurs de ce livre semblent dire aux Africains – et j’espèrent que ceux-ci en prendront rapidement conscience – qu’aussi longtemps qu’ils ne seront pas capables de transformer leur regard sur eux-mêmes et leurs relations avec les autres régions du monde, le sort des Afro-descendants de France et d’ailleurs sera le mépris de leurs gouvernants et d’une grande partie de leurs concitoyens blancs. Oui, qu’ils sachent que l’image catastrophique véhiculée par l’Afrique collera toujours à la peau des Afro-Européens, où qu’ils se trouvent (Wilfried N’Sondé, p. 201-202). Car ici, « la première chose qu’on voit de toi, c’est ton enveloppe, ton corps. Et on projette des tas de choses dessus » (Yann Gaël, p. 227).    

            Chacun des intervenants qui prennent la parole après Léonora Miano livre le récit d’une ou plusieurs expériences – personnelles ou non – accompagnées de profondes réflexions sur l’état de la société française où les Noirs se demandent chaque jour comment vivre dans « cette France du XXIe siècle qui a conservé les codes du XVIIIe » (Amzat Boukari-Yabara, p. 103). Et ce sont assurément les multiples réflexions qui font de cette œuvre un très bel essai. Même les derniers textes qui se drapent d’un manteau poétique gardent ce ton de vérité lancée à la France blanche et à ses gouvernants. Chers compatriotes blancs, cessez de nous répéter « masquez cet esprit critique qu’on vous a inculqué […] cachez ce corps qu’on vous envie que tant d’autres travaillent à imiter eh bien cachez-le vous cachez-vous pour le confort de tant d’autres diluez-vous donc dissolvez-vous […] on est ici né nais-y ici mais si renais-y plus blanc plus écarlate que l’on te pardonne de n’être pas comme nous […] ». Surtout ne me dites plus « pensez donc comme moi que je puisse avoir raison de vous » (Yann Gaël, p. 103).

Raphaël ADJOBI    (Cliquez sur ma photo pour me contacter)

Titre : Marianne et le garçon noir, 267 pages ;

Auteur : Ouvrage collectif sous la direction de Léonora Miano

Editeur : Pauvert, 2017.

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09 octobre 2017

Gauguin, Marie-Antoinette et le chevalier de Saint-George

Gauguin, Marie-Antoinette et le chevalier de Saint-George

Gauguin, le film

            En cette fin d’année 2017, le film d'Edourd Deluc censé retracer la vie de Gauguin retient l'attention pour une raison inattendue. Suite à la brillante intervention télévisée de l'historien Pascal Blanchard accusant le réalisateur de falsifier la réalité pour ce qui se rapporte à la sexualité de l’artiste en Polynésie, la France entière est plongée dans le doute quant à la manière dont les informations venant des anciennes colonies sont présentées en métropole. « Gauguin, Voyage de Tahiti » qualifié de film d’amour par les critiques pour faire rêver les Français n’a pas eu le courage de se confronter à la vérité historique en donnant à la compagne de l’artiste les traits de la fillette de 13 ans qui a partagé sa vie dans cette île du bout du monde. Le réalisateur a choisi pour Gauguin une compagne de 18 ans ou plus. Or, dans la conscience collective française, avoir des relations sexuelles avec une jeune fille de 13 ans n’a pas le même sens qu’avec une jeune de 18 ans. Par ce subterfuge du réalisateur, le crime de Gauguin est pardonné parce qu’il a été commis dans les colonies et aussi parce que sa réputation de grand artiste en fait une peccadille qui ne mérite pas d’être mentionnée dans un projet aussi grandiose qu’une œuvre cinématographique retraçant la partie la plus précieuse de sa vie.

Marie-Antoinette

            Les petits arrangements dans le cinéma français blanc qui ne dédaigne pas « le politiquement correct » n’échappent pas à tout le monde. Au moment de produire « Marie-Antoinette » en 2006, l’Américaine Sophia Coppola à tenu à ne pas se fier aux récits français qui ont tendance à faire de l’histoire une science figée avec des règles au point de rendre les personnages du passé aussi mécaniques que des automates. Non seulement elle s’est fiée à ses sentiments personnels pour humaniser le personnage de Marie-Antoinette avec des regards malicieux, des rires et des pleurs qui font tout le charme du film, mais encore elle n’a pas négligé certains faits que tous les films historiques français sur le XVIIIe siècle ont tenu à cacher.

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            En effet, un élément qui s’écarte totalement des productions cinématographiques françaises touchant cette époque, c’est la présence  de Noirs à Versailles dans le film de Sophia Coppola. Alors que le cinéma français nie l’existence d’une aristocratie noire à Paris au XVIIIe siècle, à deux reprises, le film de la réalisatrice américaine montre deux aristocrates noirs à Versailles, rendant anecdotique le page noir de Mme du Barry, la favorite de Louis XV. Oui, pour la première fois au cinéma, on montrait Marie-Antoinette à côté d’un Noir au clavecin. Et ce Noir n’était pas une invention de la réalisatrice américaine. Ce Noir était le Chevalier de Saint-George , ami et maître de musique de la jeune autrichienne devenue reine de France quand Louis-Auguste est devenu Louis XVI.

            Aux sentiments personnels des Français qui les poussent à retenir tel fait plutôt que tel autre pour construire leur récit historique, Sophia Coppola a préféré les siens qui donnent une vision du passé de la France non vicié par la préservation de son honneur qui semble être le souci majeur de nos institutions. De même, Pascal Blanchard n’a pas voulu que l’on propose à la jeunesse d’aujourd’hui, et à la postérité, l’histoire de la vie d’un artiste qui ne tient pas compte de la réalité des faits. Comme La Fontaine, ils semblent dire aux trompeurs : « Attendez-vous à la pareille ! »

Raphaël ADJOBI

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05 octobre 2017

Entretien avec Mouélé Kibaya (auteur du blog Le pangolin)

                       Entretien avec Mouélé Kibaya

                            (auteur du blog Le Pangolin)     

 Mouélé Kibaya fait partie des premiers blogueurs que j'ai appris à connaître grâce à la fois au contenu de ses productions et à ses commentaires sur mes articles. Mais c'est sur Facebook que j'ai découvert son talent d'architecte d'un genre particulier. Curieux, j'ai voulu savoir pourquoi il n'exerce pas son talent dans la voie la plus commune et la plus sûre. Notre entretien, que je vous livre ici, le montre convaincu de la nécessité pour l'Afrique de construire avec des matériaux écologiques comme par le passé pour des raisons simples et convaincantes.

photo blog               

1. Compte tenu de ta très longue absence sur ton blog, je formule ma première question partiellement au passé et partiellement au présent : derrière le blog Le Pangolin, qui était Mouélé Kibaya dans le quotidien ?  Qui est Mouélé kibaya aujourd'hui ?

Qui suis-je ?  Je suis originaire de Pointe-Noire au Congo. Dans le quotidien, je suis architecte dplg et enseignant en génie civil. Du fait de mon enfance entre un grand-père rebelle à la colonisation française  et un père travaillant dans une société française, amoureux de la langue française, je suis arrivé à l’écriture ; pas dans la fiction, pour l’instant. Je me définis en tant que penseur de notre société. J’ai publié en 1995 un premier essai intitulé  « La nouvelle utopie africaine » aux éditions Bajag-Meri.

 http://lepangolin.canalblog.com/albums/4_eme_de_couverture_la_nouvelle_utopie_africaine_/photos/14201660-premiere_de_couverture_la_nouvelle_utopie_africaine.html

D’autres écrits attendent d’être édités et je continue d’écrire. Le blog faisait partie de cette activité.

Aujourd’hui je suis un passeur de conscience et d’action. Évidemment, de part ma déformation intellectuelle et professionnelle, j’ai envie de partager tout ce que je trouve utile pour une prise de conscience des miens ; j’ai nommé les Africains.

2. Quelle(s) leçon(s) retires-tu de ton expérience de blogueur ? Pourquoi y avoir mis un terme ?

Non je n’y ai pas mis un terme. C’est le temps qui me manque, du fait des multiples occupations. A partir de 2009 je me suis embarqué dans un projet fou : celui de la terre, de l'argile pour laquelle il y a eu des guerres au Congo. La terre argileuse est l’avenir du monde. Or, il se trouve qu’il vient à manquer dans certains pays. En tant qu’architecte , avec l’université de Toulouse dans le cadre du programme n+2i des écoles d’ingénieurs et une entreprise de fabrication des machines, nous avons entrepris le travail de caractérisation des terres argileuses dans une partie du terroir du Niari au Congo pour aboutir à un objet : la brique BTC . Cela pour répondre aux défis de la construction écologique  accessible au plus grand nombre.

Après près de trois ans de recherche et de réflexion, on devrait créer une société tête de file d’une nouvelle filière. Je suis encore dans cette démarche.

Alors quelle expérience de blogueur ? Il faut dire que j’étais parmi les premiers à donner dans la réflexion tout comme le blog de Gangeous, Liss Kihindou et le tien. Ne pas  faire du journalisme, prendre son temps pour réfléchir sur l’Afrique et les Mondes. Et je me réjouis d’avoir influencé certains points de vue ou action. C’est pour cela que j’estime qu’il me faut passer à une autre dimension.

Pour cette raison j’ai déplacé l’espace d’action sur l’outil qui atteint plus de monde : facebook. Faire passer le maximum d’informations de façon brute pour que chacun prenne ce qu’il veut prendre, si ça peut aider à prendre conscience et à aller vers plus d’autonomie, tant mieux. Mais il sied de préciser que le blog demeure l’outil le plus efficace pour la réflexion car le lecteur fait la démarche de venir sur votre espace ; ce qui n’est pas le cas de facebook qui est excessivement intrusif. Bien sûr, les gens ont la possibilité de vous bloquer. Facebook  n’est pas propice à la réflexion. C’est un format de journal, donc pour former une opinion pas des convictions, à mon avis.

3. Les images que tu publies désormais sur Facebook témoignent de ta volonté d'apparaître comme un bâtisseur d'une Afrique écologique dans le domaine de l'habitat. Est-ce bien cela ou faut-il voir une autre volonté derrière ces images ?

En effet, sur facebook, c’est une volonté de passer le message écologique, car c’est la voie de non-soumission au capital qui a réduit depuis plus de 6 siècles maintenant l’Africain en esclavage. Ce que je publie c’est pour inciter les gens à devenir autonomes et riches. Riches dans tous les sens, c’est-à-dire point de vue cultuel, culturel, économique, sanitaire etc.…

4. Comment les gouvernants perçoivent-ils tes projets très différents des normes occidentales adoptées à travers le monde entier ?

Pour l’heure, les gouvernants africains n’ont rien compris aux enjeux mondiaux. Mais il faut vite préciser qu'il existe une différence de vision entre l’espace français et les autres pays d’Afrique. Un pays comme le Rwanda, en dépit de ce que l’on peut dire, est en avance sur plusieurs points en matière d’écologie et des enjeux de survie pour nous Africains. Cela commence par une démarche écologique, lire le grand livre de la nature.

On doit revenir à la vérité écologique qui habitait nos ancêtres. Ils ne consommaient que ce que la nature pouvait renouveler. Le drame de l’espace francophone c’est que les gouvernants et les élites souffrent d’une pathologie grave due à la philosophie coloniale française dite de l’assimilation mutée en intégration. Cette philosophie nie l’humanité aux Africains. C’est ce qui explique les dictatures féroces dans ces territoires.

Comme mes projets sont très différents des normes, il me faut assumer la marginalité avec tout ce qui va avec. Et puis il ne faut pas oublier que depuis le début des génocides, l’occident traque tout ce qui peut faire tomber leur paradigme. Il y a des lobbys du capital qui veillent. Le capital est bâti sur le sang des Africains. Il s’agit d’un combat d’enculturation pour une prise de conscience sinon on va disparaître non pas par des guerres mais par la technologie et la science.

Pour conclure, dans mon cas, les gouvernants du Congo m’ignorent, tant mieux car cela me permet de rester en vie. 

5. Comment les populations de ton pays - et peut-être aussi des autres pays africains - réagissent-elles à tes réalisations ?

Les populations réagissent de différentes façons. Tout dépend du niveau de connaissance et des pratiques culturelles. C’est surtout l’ignorance qui domine. Il nous faut un travail d’enculturation. Atteindre le subconscient. En ce qui concerne la terre, construire en terre est synonyme de pauvreté dans la conscience collective. Et donc l’acceptabilité devrait passer par les leaders d’opinion et les pratiques des gouvernants. Par expérience, c’est par faute de connaissances et de déficit identitaire que ce genre de projet ne devient pas la norme.

Au Congo, dans la ville de Loubomo ainsi que sa région, on a l’habitude de construire en terre. c’est au niveau du coût de la construction que la différence se fait. Il faut un effet de masse.Dans d’autres pays, cela dépend du niveau d’assimilation à la culture française ou belge.Les pays anglophones ont un bon accueil ainsi que le Rwanda.

Les Anglophones sont pragmatiques ; mais il faut se méfier des apparences car ce sont des enjeux économiques colossaux. Comme en France le lobby du ciment veille, en Afrique nous avons Dangoté avec ces cimenteries partout.

6. Les réseaux sociaux ont-ils contribué à dynamiser le secteur qui est le tien aujourd'hui ? En d'autres termes, y a-t-il une prise de conscience autour d'un habitat mieux adapté à l'Afrique grâce aux nouvelles techniques de communication ?

Pas encore, car c’est un problème d’enjeux économiques et culturels. L’habitat avant d’être un enjeu sociétal et culturel est un enjeu économique. Je m’explique : construire en terre avec une conception adaptée au climat africain a un impact énorme sur l’économie et le modèle social. Prenons le cas de notre brique, que les ouvriers appellent affectueusement "la brique climatisée". On n'a pas besoin de climatiseur quand il fait chaud ou froid ; la température est constante. Tout le monde sait les dangers de la climatisation : au niveau sanitaire c’est un nid de virulentes bactéries en milieu tropical humide ; au niveau du portefeuille elle est énergitivore, 2500 w à 5900 w pour le faire tourner. L'option de climatiser une maison oblige à calfeutrer les pièces, créant ainsi de l'humidité. Donc on cultive des micro champignons aux murs de la maison ce qui engendre la pollution de l’air vicié non renouvelé. Par ce choix la demande d’électricité explose.

Donc faire prendre conscience autour d’un habitat mieux adapté à l’Afrique est un enjeu  de survie. Selon moi, Facebook peut permettre d’inscrire dans le subconscient la nécessité d’une nouvelle conscience autour d’un habitat adapté à l’Afrique car il s’agit d’atteindre un grand nombre de personnes. 

7. Que penses-tu de la place qu'occupent actuellement les réseaux sociaux en Afrique ? Précisément, que penses-tu des blogueurs africains ?

Les réseaux sociaux ont tout accéléré. Je dis toujours, avant Internet, une génération mettait 25 à 30 ans à mourir, avec Internet cela a été réduit à 15 ans ; et avec les réseaux sociaux, on peut avancer le chiffre de 5 ans. Le Kenya vient de donner le top. On oublie vite que le processus de la fin des dictatures en Afrique a débuté il y a à peine 27 ans. Mais ces dix dernières années le processus s’accélère et échappe aux usurpateurs.

L’Afrique est en train de refaire son unité spatiale. Tout ce qui se passe chez le voisin est instantanément relayé à la seconde près dans toute l’Afrique et le monde.

Les blogueurs africains ont été des pionniers. Maintenant, il faut qu’ils évoluent dans de grands espaces et surtout qu'ils s’imposent sur la toile. La mission n’est pas achevée, mais ne fait que commencer car il faut investir le terrain.

Je te remercie Raphaël 

Entretine réalisé par Raphaël ADJOBI

 

 

Posté par St_Ralph à 12:51 - Portraits, entretiens - Commentaires [2] - Permalien [#]