Lectures, analyses et réflexions de Raphaël

Vous trouverez ici des comptes rendus de lectures livresques concernant essentiellement l'histoire des Noirs d'Afrique et celle des Afrodescendants des Amériques et d'Europe. Les actualités de la diaspora africaine ne sont pas oubliées.

03 juin 2008

Les Codes Noirs

Codes_noirs     Les Codes Noirs

            Celui qui désire comprendre l’esprit qui animait les autorités françaises à l’époque de la traite négrière sera heureux d’avoir ce petit livre en sa possession. Outre les deux Codes Noirs, il contient également différents Arrêtés, Décrets, Proclamations et Protocoles français et internationaux touchant les esclaves du XVII è au XX è siècle.

    

            A la lecture des deux Codes Noirs, je n’ai pas cessé de me demander pourquoi les dirigeants africains ont laissé leur peuple dans l’ignorance de faits historiques aussi importants. Je suis certain que la connaissance de telles règles esclavagistes nous auraient aidés à une meilleure compréhension du message des chantres de la négritude.

            Par ailleurs, en lisant le texte de Christiane Taubira en introduction de ces deux Codes Noirs, je me suis posé cette question : combien d’hommes politiques français connaissent réellement la vraie histoire de France au-delà des notions classiques sur Jeanne d’Arc, Napoléon, Charles De Gaulle, la vie des rois et des reines, et les histoires de résistants durant les deux grandes guerres ? Sincèrement, je crois que peu de Français s’aventurent hors des sentiers battus. Le racisme qui persiste dans ce pays malgré les bonnes intentions des textes et des discours officiels confirme cette méconnaissance d’un pan entier de l’histoire de France.

Deux Codes Noirs, un même esprit

Le premier Code Noir date de mars 1685 et a été signé par Louis XIV. Trente-huit ans plus tard – décembre 1723 - Louis XV signe le deuxième Code Noir.

            Aujourd’hui, bon nombre d’historiens et de commentateurs publics voudraient nous faire croire que les deux Codes visaient essentiellement à améliorer la vie des esclaves violentés par leurs maîtres. Quiconque professe cela est un menteur ; et c’est ce que Christiane Taubira a démontré dans son introduction.     

            Il apparaît en effet dans les deux Codes que l’esprit du royaume de France était de réglementer le joug de l’esclave ; en d’autres termes déterminer de façon claire le champ d’action de l’esclave dans lequel le maître doit le maintenir. Celui-ci a peu de devoirs. Au regard des codes, le maître « criminel, barbare et inhumain » (art. 26 du 1er Code, art. 17 du 2è Code) est celui qui ne fournit pas le nombre de vêtements fixé par la loi à ses esclaves. C’est tout ! On croit rêver ! Et il doit veiller à ce que son esclave ne nuise pas à son voisin. Si le dimanche le maître ne doit pas faire travailler son esclave dans les champs, il ne doit pas non plus l’autoriser à vaquer à des occupations champêtres ou artisanales pour son propre compte. C’est à peine croyable !

            Cela montre tout simplement que toute initiative personnelle est interdite à l’esclave par les deux codes : il ne doit pas fabriquer ou produire pour son compte. Il ne peut ni vendre, ni acheter, ni aller librement d’une cité à l’autre, il ne peut se marier sans le consentement de son maître. Il ne doit pas avoir de bien propre : la quantité des produits de consommation dont il dispose est rigoureusement contrôlée par le maître. Il n’a pas le droit de disposer d’une journée libre pour vaquer à des occupations personnelles. La parole d’un esclave est nulle devant les tribunaux ; ils ne sont donc pas autorisés à témoigner. En clair, ils sont les objets de leurs maîtres et ne doivent donc jamais décider ou entreprendre librement. Les deux Codes déclarent « les esclaves être meubles et comme tels entrer dans la communauté, (…) se partager également entre cohéritiers » (Art. 44 du 1er Code, art. 39 du 2è Code).

Pourquoi un deuxième Code Noir 38 ans après ? 

Trente-huit ans après le premier Code, celui du 18è siècle insiste sur deux éléments qui semblent montrer une certaine évolution de la société. Cependant, il convient de rappeler que les deux Codes n’avaient pas la même destination géographique. Le Code de mars 1685 se rapporte aux esclaves des îles  de l’Amérique et celui de décembre 1723 concerne les esclaves des Îles de France et de Bourbon (Île Maurice et la Réunion). Il ne faut donc pas parler d’évolution de la société mais de situation légèrement différente.

            Si le deuxième Code reprend les termes du premier et en garde l’esprit, on constate l’insistance sur l’interdiction des mariages entre « les sujets blancs de l’un et l’autre sexe (…) avec des noirs » ainsi que le concubinage. D’autre part – toujours dans le deuxième code – il est interdit aux esclaves de travailler dans la fonction publique.

            Le simple faite que ces éléments soient mentionnés dans ce dernier Code laisse croire que des esclaves avaient atteint un certain degré d’instruction pour prétendre (aux yeux de quelques individus) accéder à certaines fonctions publiques. On peut aussi croire que des relations particulières entre noirs et blancs avaient tendance à s’afficher ouvertement. Le Code était donc là pour permettre aux détracteurs de ces liaisons d’avoir les moyens de punir ceux qui oseraient élever par leurs liaisons des esclaves au rang d’êtres humains.

Raphaël ADJOBI                  

Titre : Codes Noirs

           De l’esclavage aux abolitions

Introduction : Christiane Taubira

Edition : Dalloz 2006 (150 pages ; petit format / 2 €)

Posté par St_Ralph à 16:00 - Littérature (Essais, romans) - Commentaires [3] - Permalien [#]

Commentaires

    Interessant

    C'est vrai que si ce code avait été enseigné aux Noirs, ils auraient eu une autre vision de l'esclavage et du blanc en général qui est- toujours admiré et idéalisé chez nous! Le peuple noir aurait pu mieux se faire respecter!
    Il n'est pas encore tard pour le faire!
    Raison pour laquelle je vais zapper cet article.

    Posté par aÏda, 03 juin 2008 à 20:25
  • Il me semble que la nature du code noir n'est même pas à débattre puisqu'il s'agit du document qui formalise le fait que l'homme noir était considéré comme un bien meuble. Donc si certains s'amusent à faire croire que ce code a été rédigé pour améliorer le sort de l'esclave, le débat se retrouve fausser dès le départ. Dans la mesure où l'homme noir n'était pas considéré comme un humain à part entière, le code noir ne peut se prévaloir d'améliorer le sort de l'esclave.
    Le procès de Valladolid et les chrétiens décidèrent que l'homme noir n'avait pas d'âme, comme les animaux (et encore ça reste à prouver) mais y'a til jamais eu un "code-chien" ou un "code-chat"? Quel mépris!!!
    Dans le même temps , ces négresses que l'on assimilait à des bêtes étaient très "appréciées" par leur bon chrétien de maître...Je crois que ce genre de pratique sexuelle entre l'homme et l'animal s'appelle zoophilie, ou bien?

    Sur la question des connaissances historiques des dirigeants français, je crois au contraire qu'ils connaissent très bien l'histoire de France, mais pour l'image usurpée de la France pays des droits de l'homme (blanc) ils ont recours à la censure. Ainsi entre un Napoléon, grand raciste devant l'éternel et un Toussaint Louverture qui a mis la grande armée du premier en déroute et a participé à la diffusion des idées universalistes de la révolution française, y'a même pas photo sur le choix des hommes.

    Posté par Djé, 04 juin 2008 à 10:12
  • Ignorance et mauvaise foi ?

    Tu n'as peut-être pas totalement tort, Djé, quand tu dis que les Français connaissent très bien leur histoire mais qu'ils ont simplement recours à la censure. Je crois pour ma part que seulement quelques uns connaissent la vérité et s'appliquent à la cacher au grand public depuis des décennies. Et parce qu'il y a cette " censure " dont tu parles, avec le temps, ceux qui demeurent dans l'ignorance deviennent de plus en plus nombreux. En un mot, les gouvernants savent la vérité, mais le grand nombre des Français non.
    Depuis moins d'une dizaine d'années, la publication des écrits sur l'esclavage sont de plus en plus nombreux. Je place donc mon espoir dans la curiosité des français mais espère surtout que l'éducation nationale daignera un jour faire un peu de place à ce pan de l'histoire dans les programmes scolaires.
    Quant au rôle l'Eglise dans cette affaire, il est indéniable. Et Christiane Taubira le montre très bien dans son introduction.
    J'ai vu le film " La Controverse de Valladolid ". Il est magnifique.

    Aïda,
    Je crois aussi que la connaissance de la vérité aurait joué sur ma formation et mon comportement social. A 14 ans, la lecture de Pleure Ô pays bien aimé d'Alan Paton a bouleversé ma vie eta changé ma vision de l'homme blanc. J'ignorait alors ce que c'était que le racisme. Ce livre et les revues sur la vie de Cassius Clay m'ont ouvert les yeux. La connaissance des Codes Noirs m'aurait aidé à mieux former mon juger.

    Posté par St-Ralph, 05 juin 2008 à 11:47

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