Lectures, analyses et réflexions de Raphaël

Vous trouverez ici des comptes rendus de lectures livresques concernant essentiellement l'histoire des Noirs d'Afrique et celle des Afrodescendants des Amériques et d'Europe. Les actualités de la diaspora africaine ne sont pas oubliées.

03 avril 2010

Discours sur le colonialisme (Aimé Césaire)

                 Discours sur le colonialisme

                                     (Aimé Césaire)                                      

J'avoue n'avoir jamais tenu ce livre entre les mains quand j'étais élève ou étudiant. C'est un certain complexe mais aussi un devoir que je me suis imposé qui m'ont conduit à sa lecture. J’attends vos avis sur le livre. J'attends, surtout, de ceux qui l'ont étudié sur les bancs du lycée ou de l'université qu’ils me fassent connaître ici le souvenir de leur lecture de l'oeuvre et les analyses qu'ils ont retenues de leurs enseignants.

 

Discours_sur_le_colonialisme

            A la manière de Jean-Jacques Rousseau réfutant l'idée selon laquelle les sciences et les arts ont contribué à rendre l'homme meilleur dans son Discours sur les sciences et les arts, puis dénonçant les fondements de l'inégalité dans les sociétés humaines dans De l'inégalité parmi les hommes, dans le Discours sur le colonialisme, Aimé Césaire se fait le critique violent de l'impérialisme européen et de la mise en place d'un colonialisme destructeur.

 

            Ce que Césaire trouve de plus détestable, ce sont les pensées qui accompagnent cette entreprise. Ce qu'il dénonce par dessus tout, c'est cette suffisance de la pensée européenne telle qu'elle est exprimée par ceux qui veulent asseoir sa suprématie sur les contrées dites exotiques dans les domaines de la civilisation et de la culture. Ce qui surprend tout d'abord, c'est le caractère moderne des propos de l’auteur. Ceux dont il dénonçait les pensées mystificatrices et racistes ont aujourd'hui des continuateurs auxquels l'on peut rappeler le contenu de ce discours. Ce qui surprend ensuite, c'est le ton : un véritable cri contre l'injustice ; cri qui apparaît d'autant plus violent que les faits et les propos racistes dénoncés sont insupportables.

 

            Césaire fait donc défiler les penseurs européens propagateurs des théories basées sur la supériorité de la race blanche comme devant le trône de la raison humaine et prononce pour chacun un jugement sans appel, clair et rationnel. Il ne manque pas non plus d'énumérer la cohorte de personnes qui, nourries par ces théories, ont piétiné l'Afrique et l'ont marquée de leurs mauvais exemples.

 

            La dernière partie de ce discours faisant la critique de la notion de « nation » et évoquant implicitement l'idée d'immigration à travers l'histoire, ne peut que laisser dans l'esprit du lecteur l'image de la fourmilière dans laquelle vient marcher le promeneur qui se fait ensuite envahir tout le corps par les fourmis. Le promeneur inconscient oublie toujours que les fourmilières, telles qu'on les voit dans les champs, sont des organisations structurées qui ont un commerce réglementé à l'intérieur mais aussi avec l'extérieur. En mettant le pied sur elles et en détruisant leur organisation, il engendre un mouvement d'éparpillement qu'il est fort difficile - pour ne pas dire impossible - d'endiguer.

 

Raphaël ADJOBI         

 

Titre : Discours sur le colonialisme (74 pages)

           (suivi de Discours sur la Négritude)

Auteur : Aimé Césaire

Editeur : Présence africaine (1955 et) 2004.

Posté par St_Ralph à 14:04 - Littérature (Essais, romans) - Commentaires [13] - Permalien [#]

Commentaires

    Merci Raphaël de nous avoir invités à cette halte césairienne. Le Discours sur le colonialisme, qui est l'objet de ton analyse, m'a toujours subjugué, ébloui. D'abord par son ton (si vif), ensuite par les thématiques (racisme, impérialisme, appel à un humanisme débout...)qu'il égrène si justement. Dans cette prose, écrite à une époque abreuvée par tant d'agitations politiques et culturelles, Aimé Césaire offre à notre négritude une apologie belle et rédemptrice, un vade mecum qui illumine et continuera d'illuminer notre conscience. Lisons Césaire. C'est un maître éternel.

    Posté par Guillaume Camara, 03 avril 2010 à 16:06
  • J'apprécie...

    Cher Guillaume,

    Content de savoir que c'est "ébloui" que tu as découvert les prises de position d'Aimé Césaire dans ce Discours. Moi qui ai été ébloui par les deux Discours de jean-jacques Rousseau que je cite dans mon texte, je me dis que les Universités francophones devraient davantage profiter des textes des écrivains et penseurs noirs de la première moitié du 20è siècle. Car apparemment - en tenant compte du silence que rencontre mon appel - , bien que souvent cité, ce texte de Césaire ne semble pas si étudié qu'on pourrait le croire.

    Posté par St-Ralph, 09 avril 2010 à 11:48
  • Il y a des livres qu'on n'a pas fini de lire ou encore qu'on ne ferme jamais. "Le Discours ..." de Césaire en est. Peu importe la circonstance, à chaque nouvelle immersion, j'ai l'assurance de prendre plaisir. Ebloui. C'est bien ça l'impression. Ebloui. Lors de la dernière plongée, comme en première lecture.

    Posté par segou, 09 avril 2010 à 21:38
  • Je l'aurais été également !

    Oui cher Segou,
    J'aurais également été ébloui comme toi et comme Guillaume, si j'avais lu ce livre sur les bancs du lycée ou de l'université. Ce livre ne peut laisser indifférent.

    Posté par St-Ralph, 10 avril 2010 à 13:47
  • Un bel hommage

    J'ai évidemment posté un bout du discours pour donner envie à ceux qui ne l'ont pas déjà savouré .
    Quelle éloquence , je n'en reviens toujours pas,
    Un livre qu'on aime à ré-ouvrir. et à garder précieusement.

    Posté par kinzy, 22 avril 2010 à 04:36
  • Un saut dans le passé

    St-Ralph,

    Il serait beau que je relise ces discours, l'impact ne sera pas le même quelques dix ans après, mais je suis curieuse de savoir ce qui me frappera le plus aujourd'hui, après tout ce que j'ai appris depuis. La maison d'éditions Présence Africaine semble reprendre du poil et de la bête. Je n'ai pas encore commandé chez eux à distance, je vais voir... En revanche, l'Harmattan a un service impeccable, j'ai pu commandé le recueil de nouvelles de Liss, je serais curieuse de savoir ce que tu en penses.

    Je te souhaite un bon week-end du 1 mai.

    Caro

    Posté par Caroline.K, 01 mai 2010 à 19:52
  • Parlons de Liss, Caro !

    Je me souviens que tu as évoqué une fois, en passant, les productions littéraires de Liss. Je serai heureux que tu me les fasses connaître.

    J'espère que tu as passé un très bon week end du 1er mai ! A bientôt.

    Posté par St-Ralph, 04 mai 2010 à 19:52
  • Damas, stupéfiant!

    En cette année du centenaire de la naissance de L G Damas à Cayenne (1912-197, je m'adresse à votre site pour sortir le troisième cofondateur de l'oubli.

    Stupéfiant Damas qui voit ses premiers poèmes (Pigments 1937) traduits en baoulé et défendus par les autorités coloniales françaises tant ils sont subversifs en Côté d'Ivoire (et ailleurs). Car ils alimentent la rébellion, ils dissuadent les "tirailleurs séngalais" d'aller se battre avec les Français contre les "Boches", plutôt que d'envahir leur propre Sénégal, conquis et exploités par les colons français. Et c'est Damas encore qui pendant son mandat en tant que délégué des DOM TOM de 1948-1951 établit un rapport sur les incidents (ou massacres coloniaux) en Afrique et plus particulièrement en Côté d'Ivoire en 1949: ce rapport de plus de mille pages, "Rapport Damas" ne sera jamais "entendu" et trop déçu par le différend qui l'oppose à Gaston Monnerville, le politicien guyanais, Damas s'exil du corps tant diplomatique que politique....

    sur le site WWW.E-Karbe.com
    un texte de ma part que je vous offre pour votre site. Avec la permission de E-karbe

    Posté par GYSSELS KATHLEEN, 20 mars 2012 à 13:32
  • Votre passage me fait plaisir. Merci aussi de m'autoriser la reprise de votre texte sur Léon G. Damas. Je prendrai le temps de lire vos productions sur cet illustre poète et penseur.

    Posté par St-Ralph, 21 mars 2012 à 18:00
  • Ça vaut la peine

    Monsieur Raphael,
    Je viens juste d'un long voyage, d'abord à moto puis à bord d'une voiture. fatigué , j'ai senti le désir de lire quelque chose sur le discours sur le colonialisme. Paf, je suis tombé, comme guidé par l'esprit, sur votre commentaitaire. Sans vous flatter, il vaut encore la peine que les intellectuels africains s'en inspirent. MUTAYIYA SAPASA /Ecrivain

    Posté par Mutayiya Sapasa, 18 octobre 2015 à 22:38
  • Merci pour le compliment, cher Mutayiya.

    Posté par St-Ralph, 19 octobre 2015 à 17:32
  • L'excellent heritage

    Monsieur Raph,
    Je vous assure que non seulement les étudiants de la faculté des lettres de l'Université Agostinho Neto à qui j'expliquais Le discours sur le colonialisme ´´etaient satisfaits, mais aussi le groupe d'enfants, élèves du secondaire étaient plus qu'interessés par vos commentaires.
    Sachez que vos écrits constituent aussi un bon heritage pour quiconque veut approfondir les idées de ce livre d'Aimée Cesaire.

    Il est temps que nous laissions à l'humanité et surtout aux générations montantes le flambeau allumé, éclairant ainsi leurs parcours.

    Mutayiya Sapasa / Ecrivain

    Posté par MUTAYIYA SAPASA, 30 octobre 2015 à 16:09
  • Merci, cher ami Mutayiya, pour ces mots qui me font vraiment plaisir. Je suis très heureux de savoir que mes analyses participent à votre travail de passeur du Savoir auprès de la jeunesse africaine. Je partage totalement vos derniers mots.

    Posté par St-Ralph, 30 octobre 2015 à 18:34

Poster un commentaire