Lectures, analyses et réflexions de Raphaël

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10 octobre 2010

Côte d'Ivoire : les fossoyeurs de la République

Côte d'Ivoire : les fossoyeurs de la République

CIMG0330            La critique est permise à tous, et concernant la Côte d'Ivoire, il y a aujourd'hui matière à s'égayer. Mais la persistance d'une race de fossoyeurs qui rappelle étrangement les négriers africains collaborateurs de la traite atlantique européenne  ou la traite arabo musulmane fait peur et exaspère à la fois. L'Afrique a eu ses collaborateurs de négriers, puis ses collaborateurs de colons, ses collaborateurs de néo-colons, et enfin elle produit ses propres ambassadeurs-négriers qui depuis l'étranger travaillent contre elle. C'est de cette nouvelle race qui n'est nullement commandée par une main étrangère dont il est question ici.

            C'est avec stupéfaction et colère que j'ai lu sur le site de « Connection Ivoirienne » la lettre d'un certain Henri Tohou adressée le 23 juillet 2010, depuis Londres, au Premier Ministre anglais suite à l'arrestation en Côte d'Ivoire de trois journalistes. La lettre mentionne que le « sit-in organisé par les journalistes (...) devant le palais de justice a été dispersé avec une extrême violence. Certains journalistes qui ont couru se réfugier dans la cathédrale qui est juste à côté ont été pourchassés et  battus par les policiers dans l'enceinte de la cathédrale. » L'auteur de cette lettre estime donc que « les médias ivoiriens ont besoin de l'aide des pays occidentaux pour obtenir la libération des journalistes emprisonnés et protéger la liberté de la presse en Côte d'Ivoire ». Selon lui, « la situation préoccupante des droits de l'homme et de la liberté d'expression en Côte d'Ivoire » doit retenir l'attention du Premier ministre anglais.

            Les Ivoiriens ont-ils vraiment besoin des occidentaux pour protéger leur liberté d'expression ? Cette liberté d'expression que connaissent les journalistes ivoiriens est-elle l'oeuvre des occidentaux pour qu'ils s'en portent garants ? Assurément, certaines personnes ont besoin de réfléchir un peu avant de mener des croisades sous les ors des palais européens en vue de libérer les Africains. Qu'ils sachent que ceux qui se battent sur le terrain connaissent mieux que quiconque le prix de leur liberté. Il n'appartient pas à un Ivoirien vivant à l'étranger de courir au palais du prince des lieux pour lui demander de venir faire le pompier. Des manifestants pourchassés et battus, l'Occident les compte par milliers chaque année. Quel Africain se soucie alors de ces pauvres Européens privés de liberté d'expression, comme ce fut récemment le cas en Grèce lors des manifestations contre la crise dans ce pays ?

            Cette lettre n'est donc pour moi qu'une imbécillité de plus à mettre sur le même pied que le comportement de ceux qui voyagent avec des coupures de journaux où l'on voit des corps criblés de balles et qu'ils présentent aux pays étrangers comme ceux de leurs parents afin de bénéficier de l'asile. Oui, c'est toujours pour des intérêts égoïstes que des Ivoiriens flétrissent l'image de leur pays pour tromper les Européens et aujourd'hui les Latino-Américains. Ils apprennent par coeur des récits à dormir debout afin d'attirer sur eux les faveurs des pays où ils se rendent. Je me souviens avec horreur, comme si c'était hier, des propos qu'un Ivoirien originaire du nord du pays m'avait tenus lors d'une rencontre à Dijon. Il jurait par ses grands dieux qu'il ne mettait pas les pieds en Côte d'Ivoire parce que l'origine de son nom ferait de lui une victime facile des populations du sud et du régime de Gbagbo (qui est pourtant également le régime de ses frères du Nord). Il est clair qu'un tel homme ne peut être qu'un mauvais ambassadeur auprès des Français qu'il côtoie quotidiennement. Il est à leurs yeux une pauvre victime des querelles ethniques qui décimeraient la Côte d'ivoire comme la peste. Mais pour moi, cet homme n'est qu'un égoïste qui se drape du malheur de l'Afrique pour légitimer sa vie en France.

            Ce n'est point cette forme d'attaque faite de dénigrements menée par ses fils dont a besoin l'Afrique pour avancer. Ce ne sont point les leçons de morale importées des palais occidentaux dont elle a besoin. Elle a besoin de la manifestation de la volonté de chacun sur le terrain, de la lutte de chacun sur le terrain. Et dans ce domaine, les Ivoiriens vivant dans le pays pourraient donner des leçons aux fossoyeurs de la République vivant à l'étranger puisque ce sont eux qui ont bravé les armes de l'armée française au prix de leur sang quand il fallait sauver l'honneur du pays. Et récemment, ce sont ses journalistes qui ont fait front à l'abus d'autorité d'un homme pour faire reculer l'injustice.

            Critiquer pour permettre aux Ivoiriens de voir d'autres aspects des choses qu'ils peuvent ne pas voir ou ignorer, c'est ce que l'on appelle une critique positive. Critiquer pour être bien vu de l'étranger et jouir de ses faveurs, c'est purement de l'égoïsme doublé d'un talent de fossoyeur de son pays.

Raphaël ADJOBI

Posté par St_Ralph à 16:31 - Actualités ivoiro-françaises - Commentaires [11] - Permalien [#]