Lectures, analyses et réflexions de Raphaël

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14 mars 2017

La police française ouvertement raciste : une enseignante dénonce !

      La Police française ouvertement raciste :

                        une enseignante dénonce !

Elise Boscherel

La lecture du récit que je vous présente ici ne peut que vous conduire à cette réflexion : ou les valeurs que nous enseignons dans nos établissements ne sont pas les mêmes enseignées dans les écoles de police de la République, ou le niveau de recrutement des policiers est trop faible pour qu'ils soient capables de gérer la morale publique. Pourquoi pas les deux ? (Raphaël adjobi)

De retour d’un voyage scolaire, des lycéens ont subi contrôles et fouilles des bagages à la Gare du Nord, en présence d'Elise, leur prof. Quand cette dernière a voulu porter plainte pour ces contrôles abusifs, des policiers de St-Denis ont refusé.

C’était mercredi 1er mars à 20h à la Gare du Nord. On rentrait avec mes élèves d’un séjour de deux jours à Bruxelles où nous étions invités pour découvrir les institutions européennes. C’était l’occasion de faire prendre de la hauteur à mes élèves. Malheureusement à notre retour à Paris, la réalité française a été brutale.

Arrivés à Gare du Nord, on se prépare à descendre. Chacun récupère ses bagages. Un premier groupe commence à descendre. Mon collègue et moi étions avec le reste de la classe qui s’apprêtait à descendre.

À ma grande stupeur, en arrivant sur le quai de la gare, je vois un de mes élèves, Ilyas, en train de se faire contrôler par la police. J’accours à côté de mon élève pour montrer au policier qu’il est accompagné. Je lui explique que nous étions en sortie scolaire et que je suis sa professeure. Le policier me dit : « Je m’en fiche vous reculez ».

Je dis à mon collègue de rassembler le reste des élèves dans le hall de la gare.

                   Un contrôle au faciès, un racisme quotidien

Le contrôle se termine. Ilyas récupère ses papiers. Agacé il me dit : « Ils me contrôlent parce que je suis maghrébin c’est du racisme ». Je ne pouvais qu’abonder dans son sens tellement la situation était surréaliste.

Une dame qui marchait à côté de nous et qui avait assisté à la scène lui dit « vous savez, je suis blanche, je passe très souvent à Gare du Nord et je ne me suis jamais fait contrôlée. Oui tu as raison c’est du racisme ».

On se remet doucement de nos émotions. Je pensais retrouver le reste de mes élèves pour enfin rentrer chez nous tranquillement. Et là j’assiste à un nouveau contrôle sur deux de mes élèves. Je n’en crois pas mes yeux.

Comme si ce n’était pas assez, deux autres élèves se font contrôler

L’un, Zackaria a sa valise au sol ouverte. L’autre Mamadou a un échange tendu avec les policiers. Mes élèves m’ont expliqué que Mamadou a été saisi par le bras sans raison, sorti du groupe par un des policiers et a été directement tutoyé.

Je demande des explications aux policiers. L’un d’eux, particulièrement désagréable et menaçant, me dit qu’il fallait être avec mes élèves si je voulais éviter qu’ils se fassent contrôler. Cela aurait était le cas si un de mes élèves n’était pas, justement, en train de se faire contrôler quelques minutes plus tôt.

Je contiens ma colère. Étant enceinte, je crains pour mon bébé. Les policiers étant particulièrement tendus, je sentais que la situation pouvait déraper. Le policier se permet une dernière humiliation à l’encontre de Mamadou après avoir passé un coup de fil : « Vous voyez je fais bien mon travail, votre élève a un casier judiciaire ».

Une situation qui aurait pu mal tourner avec des policiers menaçants

De quel droit ce policier se permet-il de divulguer cette information devant le reste de la classe ? Je signale au policier qu’il n’avait pas à dire ça devant tout le monde. A ce moment le policier s’avance vers moi, ma classe sentant que la situation était en train de glisser s’avance devant moi pour me protéger. Immédiatement j’ai demandé aux élèves de prendre leurs affaires et nous sommes partis.

Le lendemain, j’ai voulu porter plainte contre les policiers au commissariat de Saint-Denis. Le fonctionnaire de police a refusé de prendre ma plainte : « On ne prend pas les plaintes contre les fonctionnaires de police ».

Cette situation est dure à gérer en tant que professeure. On fait face à la colère des élèves et leur sentiment d’humiliation.

Ces contrôles sont sans nul doute liés à leur apparence physique : Ilyas est d’origine marocaine, Mamadou d’origine malienne et Zakaria d’origine comorienne. Ce sont de jeunes garçons qui vivent à Épinay-sur-Seine en Seine-Saint-Denis.

Ils représentent donc à eux seuls ce que l’on nomme communément « les jeunes de cité ». Quelles autres raisons pouvaient justifier ces vérifications ?

La réalité que vivent certains de mes élèves est bien différente de la mienne qui suis une professeure blanche, jamais contrôlée, jamais jugée, jamais discriminée en raison de la couleur de ma peau.

Ce n’est pas la première fois que je dois gérer ce genre de situation

Ce n’est pas la première fois qu’en tant qu’enseignante, je dois faire face à un contrôle d’identité ou à des comportements mal intentionnés de la part d’adultes dans les gares, dans le métro, dans le train, dans les musées.

Il y a deux ans, ça m’est arrivé avec une autre classe. Un élève nous attendait à Gare du Nord encore une fois. Quand on est arrivé il était en train de se faire contrôler par la police. En fait, il n’avait rien fait du tout. Il nous attendait simplement devant le portique.

Ils étaient 4 policiers à le contrôler. Ils ont continué de le contrôler et à le fouiller même lorsque nous sommes arrivés et que je leur ai expliqué que nous étions en sortie. Une fois le contrôle terminé, mon élève m’a dit que ça faisait la cinquième fois en deux jours qu’il était contrôlé.

Les valeurs de la République n’ont plus aucun sens pour ces jeunes

« Liberté, égalité, fraternité » leur apprend-on. Pas pour eux. Ces élèves que j’apprécie tant, ces « jeunes à casquette » que je vois encore comme des enfants, sont trop souvent maltraités, humiliés, malmenés par notre République.

Alors vous imaginez bien que les cours d’Education civique sonnent creux au regard de ces expériences. Sans nier la réalité de leur quotidien et du racisme dont ils sont victimes, je m’efforce de leur rappeler qu’ils vivent dans un Etat de droit et qu’ils peuvent être protégés.

Il est donc temps de dénoncer ces discriminations à chaque fois que nous y sommes confrontés. Ces contrôles ne doivent pas devenir une banalité.

C’est la raison pour laquelle j’appelle tous les personnels d’éducation à porter plainte, à chaque fois que nos élèves sont discriminés dans le cadre de sorties scolaires, auprès d’un commissariat étranger à l’affaire ou du procureur de la République, de l’IGPN et, en tout état de cause, auprès du Défenseur des Droits.

Je demande également à ce que soit organisée chaque année, dans les établissements scolaires, une journée de lutte contre le racisme et à ce que des associations de lutte contre les contrôles au faciès interviennent dans les classes. Nos élèves doivent pouvoir porter plainte, ils doivent pouvoir se défendre.

La violence n’est pas que policière. C’est la violence d’une société toute entière qui porte un regard beaucoup trop accusateur sur eux. Cette jeunesse ne demande pourtant qu’à être respectée et considérée.

Parce que l’école est leur dernière protection, je vous propose de relayer cet appel !

Elise Boscherel (Photo)

Professeure au lycée professionnel Louis Michel d'Epinay-sur-Seine (93)

Propos recueillis par Aladine Zaïane (Streetvox)

Posté par St_Ralph à 10:23 - Enseignement - Commentaires [5] - Permalien [#]

Commentaires

    Je tiens à féliciter cette enseignante , qui honore sa profession de par sa démarche. D'entendre que bcp d'enseignants votent pour le fn , me désespère. Mais cette professeure relève bien le défi . Je demande à ces jeunes encore plus d'efforts dans leurs études . C'est ce qui va leur permettre de savoir parler , de garder leur sang froid et d'agir. Car le droit est plus fort quand on sait quoi faire. C'est une prise de conscience indispensable face à l'hypocrisie de cette société. À commencer par les hommes politiques. Qui ne se servent que de leurs voix pour se faire élire. Et une fois leur but atteint, les ignorent jusqu'à la fois suivante. Que ce soit ici comme au USA ou partout dans le monde , les minorités ne servent qu'à faire l'appoint dans les élections. Il faut mieux s'organiser pour constituer une véritable force. Ce n'est que par l'organisation qu'ils pourront être pris au sérieux. Et dérouter tous ceux qui pensent que les minorités n'ont que la violence pour s'exprimer. C'est peut être plus facile à dire qu'à faire . Mais c'est la clé pour "imposer"l'égalité.

    Posté par Atto, 15 mars 2017 à 11:03
  • Merci Atto ! Nous pouvons être fiers de cette enseignantes qui ne s'est pas cintentée de constater et de s'indigner dans son coin. Elle veut éveiller la conscience de ses collègues et les conduire à l'action. Elle comprend le bien-fondé de l'existence des associations comme la nôtre.
    Et tu as raison de dire que les enfants doivent aller loin dans les études pour pouvoir mieux se défendre demain.

    Posté par St-Ralph, 16 mars 2017 à 11:30
  • C'est un témoignage édifiant, je pense que la démarche de cette enseignante mérite tous les encouragements, elle montre ainsi à ses élèves qu'elle est avec eux, qu'ils peuvent compter sur elle. On sent qu'elle est entièrement impliquée dans son travail et je ne doute pas de la relation qu'elle a avec ses élèves, une relation de confiance. Malheureusement, c'est au niveau des institutions, de l'Etat, que la confiance s'effrite...

    Posté par Liss, 12 avril 2017 à 19:12
  • Excellente remarque Liss ! C'est visiblement une collègue à l'écoute de ses élèves. On peut croire qu'il ne peut avoir qu'une relation de confiance entre eux et elle. Beaucoup d'institutions françaises sont défaillantes dans leur fonction de prévention ou d'éducation mais aucune ne veut le reconnaître afin de revoir sa manière de faire.

    Posté par St-Ralph, 13 avril 2017 à 01:07
  • Merci pour cette grande tranche de rire bobo-gauchiste à souhait... Et les nombreuses erreurs que comporte ce "témoignage"...

    Le policier dit, selon vous: « Vous voyez je fais bien mon travail, votre élève a un casier judiciaire ». Sauf que seul les services de la Justice (Procureur de la République / Juridictions diverses) peuvent avoir accès au casier judiciaire. La Police et la Gendarmerie n'ont pas accès à ces informations. C'est ballot!

    Et un autre point, dans les gares qui ont des destinations directes à l'international, comme la gare du Nord (lignes en provenance de la Belgique par exemple). Depuis le début de l'état d'urgence, les préfets de zone délivrent des réquisitions permettant des contrôles d'identités, conformément à l'article 78-2-2 du code de procédure pénale.

    La seule erreur de la Police dans cette histoire est de ne pas avoir pris votre plainte. Les services de Police et de Gendarmerie ont l'obligation de prendre les toutes les plaintes. La plainte aurait été transmise directement au magistrat, qui aurait classé sans suite cette plainte pour absence d'infraction. Car pour déposer une plainte, il faut être victime d'une infraction pénale, ce qui n'est pas le cas dans cette situation (et même s'il y avait une infraction pénale, pour des mineurs ce sont les représentants légaux des élèves qui doivent déposer plainte). Mais je pense, à titre personnel, que les Policiers et les magistrats ont autre chose à foutre que de prendre une énième plainte inutile.

    Mais vous pouvez déposer plainte dans n'importe quel commissariat ou brigade de Gendarmerie de France, je vous le conseille. Qu'ils rigolent un peu aussi. N'oubliez pas de joindre les numéro de matricule que les Policiers arborent depuis quelques temps!

    Avant de monter sur vos grands chevaux, il serait bon d'ouvrir un code pénal et un code de procédure pénale...

    Vous auriez pu transformer ce simple contrôle et cours d'éducation civique en expliquant à vos élèves que la Police n'est pas un ennemi et qu'il faut se soumettre au contrôle avec courtoisie. Merci d'avoir sauvé vos gentils élèves des méchants Policiers, c'est une grande leçon de République Française! Bravo...

    Posté par Greg, 16 novembre 2017 à 00:44

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