Lectures, analyses et réflexions de Raphaël

Vous trouverez ici des comptes rendus de lectures livresques concernant essentiellement l'histoire des Noirs d'Afrique et celle des Afrodescendants des Amériques et d'Europe. Les actualités de la diaspora africaine ne sont pas oubliées.

29 avril 2017

Jardin des colonies (Thomas B. Reverdy et Sylvain Venayre)

                Jardin des colonies

                (Thomas B. Reverdy & Sylvain Venayre)

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            Jardin des colonies est un roman tout à fait original. Qui aurait imaginé qu’une conversation entre deux personnes visitant un jardin pouvait constituer un roman passionnant ? Eh bien, c’est la prouesse que Thomas Reverdy et Sylvain Venayre réalisent avec Jardin des colonies. Mais reconnaissons tout de suite que c’est le lieu de la promenade et sujet de cette conversation qui intrigue, interroge et passionne.

            Nous savons tous qu’évoquer le passé colonial de la France suscite immédiatement les envolées lyriques des politiciens de droite qui se croient obligés de penser à la place des populations et par conséquent leur indiquent souvent comment elles doivent lire et comprendre notre Histoire. Certains parmi eux clament haut et fort les bienfaits de la colonisation et d'autres considèrent celle-ci comme un partage de culture. C’est dire que les uns et les autres veulent nous laisser croire qu’ils rêvent de voir la France colonisée par un autre peuple afin de jouir des trésors cachés de l’impérialisme subi. Comme je l'ai écrit ailleurs, ils semblent de toute évidence regretter l’échec de la tentative de colonisation de la France par l’Allemagne nazie.

            Malgré cette apologie du colonialisme français par des politiques qui semblent ne pas voir passer le temps et évoluer les pensées, nous découvrons avec ce roman que dans les faits la France est profondément honteuse de son passé colonial.

            Oui, la France ne sait pas quoi faire de tous les vestiges qui témoignent de façon trop insolente de l'affirmation de sa supériorité sur d’autres peuples, sur d’autres cultures ; sentiment qui l’avait conduite non seulement au pillage de ses colonies mais encore à asseoir des théories que l’on a du mal à croire aujourd’hui sorties de l’esprit de personnes douées de raison. La honte qu’éprouve la France par rapport à ce passé se voit dans l’abandon des monuments de cette époque coloniale dans le jardin de Nogent. Ce « jardin colonial » administré par Jean Thadée au début du XXe siècle et qui célébrait la gloire de l’empire français présente aujourd’hui quelque chose de honteux pour notre conscience républicaine et de profondément blessant pour la laborieuse construction de notre fraternité nationale*. Aussi, de même que « La chasse au nègre » - la sculpture de Félix Martin évoquant la brutalité des esclavagistes européens dans les colonies - avait été débaptisée pour devenir « Un noir attaqué par un molosse », de même le « Jardin des colonies » est devenu aujourd’hui le « Jardin d’agronomie tropicale ». La France semble dire : Cachez-moi ce passé que je ne saurais voir !

            Les vestiges du passé colonial de la France devenus indubitablement encombrants sont donc la trame de ce roman très instructif. Un récit agréable plein de belles réflexions sur la puissance et la gloire coloniales, la représentation de l’autre dans l’Histoire, les jugements de valeur hâtivement prononcés… Un roman qui donne envie de découvrir le « Jardin des colonies » à Nogent dans l’importante parcelle du bois de Vincennes qui lui est concédée. Un vrai livre d'histoire.

* Je paraphrase ici la formule qui justifiait aux yeux de l'état le changement du nom de la sculpture de Félix Martin.

Raphaël ADJOBI

Auteur : Thomas B. Reverdy& Sylvain Venayre

Titre : Jardin des colonies,206 pages

Editeur : Flammarion, 2017.    

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24 avril 2017

Le parti socialiste, les Noirs Français et Jean-Luc Mélenchon

              Le parti socialiste, les Noirs Français
                             et Jean-Luc Mélenchon

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Le rêve de beaucoup que portait Jean-Luc Mélenchon s'est brisé. Nous avons une fois encore le changement dans la continuité. Ma seule satisfaction, c'est d'avoir vu la mort du parti socialiste avant les socialistes eux-mêmes. J'ai publié l'article ci-dessous le samedi 22 avril, c'est-à-dire la veille du premier tour des élections présidentielles 2017. Mais cet article faisait écho à un autre écrit en 2013 dans lequel je disais : "ou les socialistes se réveillent ou ils disparaissent".
                   
          Le parti socialiste est mort depuis longtemps mais ses dirigeants l’ignorent. La maison socialiste a d’abord été désertée par ceux qui faisaient sa force, c’est-à-dire ses partisans et ses sympathisants qui sont ses électeurs ; puis le temps a fait le reste, comme il convient à toute maison abandonnée : sa ruine était devenue visible et inéluctable.

          La seule question qui mérite d’être posée est donc celle-ci : pourquoi cette belle maison a-t-elle été désertée ? Cette question permet d’aller à l’essentiel qui se résume à ce constat : le parti socialiste n’a plus d’idéal ! Il n’a plus cet élément galvaniseur permettant à tous les partisans et sympathisants d’un mouvement politique de regarder dans la même direction, cet idéal vers lequel on tend ses forces et ses désirs en toute circonstance. Et un parti politique sans idéal est comme un navire sans boussole et sans cap à viser.

           A vrai dire, le parti socialiste a renoncé à son idéal en vendant son âme au capital, aux financiers ! Comme tous les présidents, un président issue des rangs socialistes n’est plus qu’un démarcheur à la solde des entreprises françaises. La horde de financiers que François Hollande traîne dans son sillage lors de chacun de ses déplacements à l’étranger en est la preuve flagrante. Sur le plan national comme sur le plan international, plus rien ne distingue un président socialiste d’un président de la droite financière ou aristocratique.

           En 2013, je faisais déjà remarquer que les socialistes ne portaient plus aucun espoir, qu'ils vivaient une véritable crise morale parce qu'ils s’étaient éloignés de leurs valeurs premières (1) : la construction d’une humanité plus juste, la défense du faible contre le puissant, du pauvre contre le riche ! Non contents de fouler au pied l’idéal social et humain qui caractérise le socialisme, les élus de cette belle maison déjà en décrépitude se sont permis un acte de traîtrise hier inimaginable : c’est en chœur et dans l’enthousiasme qu’ils ont livré leur camarade ivoirien Laurent Gbagbo à la droite chiraquienne et sarkozyenne pour être immolé sur l’autel de leurs amis financiers. Les Noirs Français n'oublieront jamais cette énième humiliation infligée à l'Afrique. D'ailleurs, ce pas franchi, plus rien n'aura de la valeur aux yeux des socialistes.

           Jamais dans l’histoire de la France les partisans d’un président en exercice n’ont montré autant d’indifférence à son égard. Oui, depuis que ceux que l’on a appelés « les frondeurs » - parce qu’ils tentaient de le raisonner – l’ont quitté, François Hollande est apparu comme vidé de sa substance ; il est devenu un homme fade, insipide, sans intérêt. Alors il a sombré dans l’incohérence croyant susciter un nouvel intérêt : Manuel Valls dont le projet de gouvernement n‘avait obtenu que 5% d’adhésion aux primaires du parti socialiste fut appelé pour appliquer son programme. Être ridicule ou risible n’a plus d’importance pour un socialiste ! De toutes les façons, à pied, à vélo ou en scooter, François Hollande ne rencontre que des quolibets. Alors essayer un programme qui n’a recueilli que 5% d’adhésion des membres de son parti...

           A l’approche des élections présidentielles de 2017, les socialistes avaient cru avoir mis un peu d’ordre dans la maison en recourant à la nouvelle tradition de la pseudo démocratie française avec l’organisation des primaires qui ont vu triompher Benoît Hamon. A l’issue de cette épreuve, on s’attendait à les voir tous en rang serrés derrière leur porte-étendard ; même si le cœur n’y était pas vraiment. La discipline, c’est rassurant ; on le sait.
          Malheureusement, comme plus rien n’a de la valeur dans la maison socialiste, tout le monde a déserté les rangs, laissant Benoît Hamon agiter tout seul piteusement une bannière devenue un épouvantail. Et qui a été le premier à quitter les rangs ? Monsieur 5%, bien sûr ! Il a précipitamment rejoint Emmanuel Macron qui ne s’était pas suffisamment estimé socialiste pour concourir avec ceux que l’on croyait les siens. Maintenant que tous les déserteurs ont trouvé un refuge, ils crient sur tous les toits que Benoît Hamon fait mal le boulot, qu’il n’est pas suffisamment percutant, qu’il est inaudible. Ils sont comme ça les socialistes : ils vous plantent un couteau dans le dos puis vous accusent d’être moribond.

           Puisque plus rien ne distingue un gouvernement de gauche socialiste d’un gouvernement de droite capitaliste, il faut absolument changer le système qui a permis de fondre tous les hommes politiques dans un moule affairiste peu respectueux de la parole donnée, de la condition sociale ainsi que de l'humanité de l’autre. Il faut changer de république !

           Oui, Jean-Luc Mélenchon a raison sur toute la ligne. Cela fait des années que tout le monde s’accorde à dire qu’il n’est pas normal qu’un président ait le droit de disposer librement de notre armée hors de nos frontières sans que nos élus aient leur mot à dire. Nous ne sommes en guerre avec aucun pays africain et pourtant nous entretenons des milliers de soldats dans chacun d'eux tout en négligeant nos propres frontières. Cela fait des décennies que tout le monde dénonce la perpétuation d'une élite dans la haute sphère de l’État grâce à un système qui permet aux pauvres de croire que les riches sont leurs bienfaiteurs et qu'ils doivent les entretenir pour pouvoir continuer à vivre. Puisque les socialistes sont arrivés à aimer ce « coup d’État permanent » mis en place par la droite au point où ils n’ont jamais jugé utile de modifier aucun de ses rouages, ils se sont définitivement disqualifiés aux yeux de tous ceux qui sont soucieux d'une société plus juste et plus respectueuse de l'autre. Noirs de France, refusons le fonctionnement de la cinquième République et déclarons avec Jean-Luc Mélenchon que nous sommes « La France insoumise ! »

           Il ne faut jamais renoncer à ses rêves ! Parce que Jean-Luc Mélenchon est le seul candidat à ne pas considérer les Noirs Français comme une génération spontanée sortie de nulle part, parce qu'il est respectueux de la contribution de leurs ancêtres à l'Histoire de France, prenons le pouvoir avec lui ! Et si demain nos efforts pour atteindre nos rêves s’avèrent vains, nous aurons le mérite aux yeux de tous d’avoir essayé. Poursuivons donc avec Jean-Luc Mélenchon le rêve d’une société française plus juste et d’une relation avec le reste du monde plus humaine, moins arrogante. Vite, la sixième République !

(1) La crise morale des socialistes français et le camarade Laurent Gbagbo.

Raphaël ADJOBI

En savoir plus sur http://leblogpolitiquederaphael.ivoire-blog.com/archive/2017/04/22/le-parti-socialiste-les-noirs-francais-et-jean-luc-melanchon-471175.html#kJV5dIsuRAAYLbe2.99

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15 avril 2017

La France noire appelle à la commémoration de l'abolition de l'esclavage 2017 à Joigny !

        La France noire appelle à la commémoration

             de l'abolition de l'esclavage 2017 à Joigny

 

Prospectus 2017 0003

La France noire a le plaisir de vous appeler à la deuxième cérémonie de commémoration de l'abolition de l'esclavage qui aura lieu le 10 mai 2017 sous le patronage de Monsieur Bernard Moraine, maire de Joigny. La manifestation sera animée par la chorale Croq'Notes de Brion.

L'exposition sur la traite et l'esclavage des Noirs dans les Amériques sera présentée au public ce jour-là et sera visible dans le hall de la mairie jusqu'au 16 mai. Elle sera ensuite à la disposition des lycées et collèges. Les enseignants et les responsables des centres de documentation et d'information (CDI) intéressés peuvent dès maintenant prendre contact avec La France noire.

Notre exposition, à caractère pédagogique, a la particularité de mettre l'accent sur les résistances africaines à la traite ainsi que les procédés par lesquels les esclaves obtenaient leur liberté avant les abolitions officielles.

  Le président

Raphaël ADJOBI

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06 avril 2017

L'Africain du Groenland (Tété-Miche Kpomassie)

                                L’Africain du Groenland

                                    (Tété-Michel Kpomassie)

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            La lecture de ce livre élargit grandement notre horizon à la fois physique et humain ; il nous permet de mieux connaître notre propre dimension dans ce monde. Oui, en ce XXIe siècle, il est encore possible d’éprouver ce sentiment grâce à la qualité de ce récit de voyage que nous propose Tété-Michel Pkomassie. Un récit dont l'esprit se situe très loin de celui qui a permis aux Européens voyageurs des siècles passés de conclure à la supériorité de leur civilisation sur les peuples lointains.

            Rarement une aventure humaine s’est avérée immédiatement formatrice de la conscience particulière et universelle. Tété-Michel nous confirme très rapidement, par exemple, que sur toutes les îles du monde – ou les terres les plus isolées – les grandes puissances occidentales versent des allocations aux autochtones valides pour qu’ils acceptent que leurs territoires soient à elles. Dénaturer les autochtones en les rendant inutiles à eux-mêmes dans leur cadre naturel est l’un des premiers enseignements que nous retenons de ce livre. « Jusque dans l’Arctique, tu n’es qu’un vain mot, ô égalité ! » s’écrie-t-il.

            Outre ce constat, ce livre a deux intérêts essentiels qui méritent que chacun le lise avec une grande attention. C’est avant tout le premier travail ethnographique accompli par un Africain hors de son continent, et surtout dans une zone du monde où sûrement aucun autre Noir n’a rêvé de vivre. Ajoutons à cela que le regard de l'Africain s’attache ici à des choses que l'Européen aurait sûrement négligées.

            En effet, ce livre n’est pas le récit d’une expérience humaine dans une contrée que tout le monde imagine hostile ; en d’autres termes, ce n’est pas le récit d’un exploit mais celui de la découverte de la vie humaine adaptée à un univers particulier où tout est glace et icebergs ! Tété-Michel Kpomassie nous plonge dans la vie quotidienne et les traditions des Inuit du Groenland et établit des relations – non pas des comparaisons – avec les coutumes africaines de son Togo natal. Avec ce livre, le dépaysement commence à la porte de chacune des maisons des Inuit !

            L’autre intérêt du livre réside dans le chemin parcouru par le narrateur depuis que, à seize ans, il a pris la décision de gagner le Groenland et a commencé à mettre en œuvre les moyens de réaliser ce projet. Contrairement à toute attente, ce n’est pas la grande volonté du jeune homme et les efforts qu’il déploie qui séduisent mais les rencontres humaines faites hors d’Afrique, précisément en France ! Le lecteur africain en particulier découvrira une qualité humaine qui fait grandement défaut au continent noir en ces temps modernes : l’altruisme s’exprimant sous la forme de la philanthropie.

            On est tenté de souhaiter « bon voyage et bonne découverte ! » à tous ceux qui, un jour, tiendront ce livre entre les mains. Avec L’Africain du Groenland, le monde des Esquimaux ne rime pas avec des traîneaux tirés par des chiens beaux et courageux, image de la littérature classique européenne. C’est une vie palpitante, drôle, surprenante et parfois amusante qui nous est racontée ici. On retient aussi que pour accomplir une grande œuvre, il faut presque toujours une belle rencontre !

Raphaël ADJOBI

Titre : L’Africain du Groenland, 434 pages (Préface de Jean Malaurie)

Auteur : Tété-Michel Kpomassie

Editeur : Arthaud (poche), mars 2015/ 1ère édition : Flammarion, 1981.

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