Lectures, analyses et réflexions de Raphaël

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09 juillet 2017

Guerre et sexe ou la guerre des hommes et le sexe de la femme (Raphaël ADJOBI)

                                     Guerre et sexe

              La guerre des hommes et le sexe de la femme

Le sexe de la femme

            Dans le film-documentaire "Des voix au-delà de la censure" de Mor Loushy et Daniel Sivan (2015) retraçant la victoire en six jours d’Israël sur l’Egypte en 1967, on entend un jeune soldat israélien crier : « la première femme que je rencontre, je couche avec elle, même si elle a 90 ans ! » Le sexe de la femme comme moteur d’action du soldat – hautement et clairement exprimé par ce jeune homme – n’est pas propre à un peuple ni à une époque. Ce n’est pas non plus un simple écart de langage d’un soldat surexcité. Si la femme n’est pas souvent le sujet des guerres qui ont toujours secoué le monde, elle a cependant toujours été dans le cœur et l’esprit de l’homme au moment de brandir l’épée ou de sortir le fusil contre l’ennemi.

            Toutes les guerres menées dans les contrées lointaines par les empereurs, les rois et les chefs de gouvernement, toutes les croisades qu’ils ont organisées contre leurs ennemis avaient trois objectifs : affirmer la supériorité de leur force pour justifier par la même occasion leur droit ; piller les biens de l’autre tout en détruisant ou en flétrissant les marques de sa gloire ; enfin, jouir impunément du corps des femmes. Avant de se rapporter aux relations sexuelles entre le soldat et sa compagne à son retour de la guerre, au XIXe siècle, l’expression « le repos du guerrier » était depuis fort longtemps une réalité sur le lieu même de la victoire sur l’ennemi.

            Le meilleur exemple de cette pratique que nous fournit l’antiquité se trouve dans L’Iliade d’Homère. Dans ce récit, Briséis est la récompense offerte à Achille par l’armée grecque après une victoire sur l’ennemi. Cette captive dont il tombe amoureux va lui être ensuite retirée et attribuée à Agamemnon pour respecter la parole de l’oracle. S’estimant spolié, Achille refuse de combattre aux côtés des Grecs commandés par Agamemnon.

            Hier comme aujourd’hui, il est facile d’imaginer que les hommes qui partent loin de chez eux pour plusieurs mois, voire des années, éprouvent le besoin de s’unir aux femmes qu’ils rencontrent. D’autre part, s’agissant le plus souvent de femmes et de filles des vaincus, le droit de les posséder s’impose automatiquement dans l’esprit des vainqueurs investis du pouvoir de vie ou de mort. Une volonté de puissance qui fait du sexe de la femme  un élément du butin.

            Pourquoi les royaumes des siècles passés parvenaient-ils aisément à lever d’immenses armées pour des combats lointains ? Pourquoi les jeunes gens s’engageaient-ils gaiement dans les armées napoléoniennes pour des expéditions lointaines ? Echapper à la misère ainsi que jouir du respect dû à l’uniforme étaient certes des arguments séducteurs et enthousiasmants. Mais l’aventure et ses récompenses en nature insoupçonnées étaient des moteurs d’actions qu’on apprend très vite. Ainsi, jusqu’au XIXe siècle, les armées européennes étaient constituées de mercenaires étrangers attirés par l’appât du gain. Même si, aujourd’hui, dans les nations modernes, c’est le devoir national qui s’impose aux recrus, les effets des guerres - et qui les motivent aussi - sont les mêmes que ceux des siècles passés : pillage des biens, destruction des signes du pouvoirs de l’ennemi et accouplement avec les femmes.

            Inutile de s’attarder sur les pillages qui sont choses connues de tous. Les multiples musées de France et d’Europe très riches en objets d'art africains, asiatiques et amérindiens sont l’œuvre des invasions coloniales ou des voyageurs cupides. Le musée du Quai Branly à Paris peut être considéré comme la reconnaissance officielle de cette pratique. Signalons que durant la guerre des Américains et des Anglais contre l’Irak, appelée guerre du golfe, les musées de ce pays ont été littéralement vidés par les Américains. Quelques années plus tard, c’est dans la discrétion que les objets volés ont été en grande partie restitués pour satisfaire la demande insistante de l’Irak de recouvrer son patrimoine artistique (Beaux Arts magazine, octobre 2013).

                                 Après les pillages, le sexe !  

            Laissons les pillages de côté et intéressons-nous plutôt au soldat et au sexe de la femme. Quand les occasions de défaire l’ennemi et d’abuser de ses femmes et de ses filles se font rares, les armées étrangères organisent de véritables curées ! Un couple de soldats français nous en a d’ailleurs fait un récit glaçant sur Internet. De jeunes filles recrutées dans le pays, ou dirigées vers les camps des soldats par des rabatteurs, sont livrées à la sexualité débridées des hommes. Tous les soldats ayant servi durant de longues périodes dans les contrées lointaines qui nieraient cela seraient des menteurs.

            Récemment, l’armée française a été accusée d’avoir profité de la détresse de jeunes africaines entassées dans des camps de refugiés. J’ai été surpris par l’indignation des imbéciles de tous bords : ceux qui jugeaient la chose impossible et ceux qui disaient être sincèrement horrifiés par un tel comportement. Quand on fabrique des armes pour aller faire la guerre loin de ses propres frontières qu’on oublie de protéger, on se met dans les meilleures dispositions pour être coupables de tous les maux ! En tout cas, chacun doit retenir que c’est une pratique ordinaire des armées étrangères de s’offrir le corps des filles et des femmes des vaincus ou considérées comme telles parce que placées sous leur protection. Les Français ne peuvent à la fois accepter que leurs soldats, dans la force de l’âge, demeurent des mois, voire des années, dans les pays africains et s’indigner quand ils couchent avec les jeunes femmes des pays qu’ils dominent de leur présence armée ! Porter l’uniforme militaire et posséder une arme sont les signes évidents d’un pouvoir absolu sur le corps de l’autre quand on est en terre étrangère. Le coup de feu et le coup de sexe sont deux pouvoirs que le soldat exerce alternativement selon les circonstances.

            Tout le monde devrait retenir que partout où il y a eu une concentration d’hommes, on a encouragé l’établissement de maisons de prostitution. A l’époque de l’esclavage - même si les colons pouvaient allègrement abuser des femmes noires - des prostituées européennes ont été envoyées dans les Amériques par les royaumes colonisateurs. Jeune homme, j’ai même vu dans le sud de la Côte d’Ivoire un village de travailleurs étrangers dans une plantation d’ananas disposant de maisons d’habitation de prostituées. Cette mesure était vivement conseillée aux grands planteurs d’ananas pour éviter les agressions sexuelles et les liaisons amoureuses avec les autochtones. C’est le même esprit qui prévaut en Europe où l’Onu n’envoie jamais de casques bleus africains. On se souvient aussi de la précipitation avec laquelle, au lendemain de la deuxième guerre mondiale, la France renvoya les soldats africains chez eux, et avec quelle rigueur certains furent parqués dans un camp dans le sud. Si nos soldats aiment les missions de longue durée en Afrique, c'est parce que le repos du guerrier leur est assuré sur cette terre.

Raphaël ADJOBI

Posté par St_Ralph à 10:35 - Réflexions - Commentaires [4] - Permalien [#]