Lectures, analyses et réflexions de Raphaël

Vous trouverez ici des comptes rendus de lectures livresques concernant essentiellement l'histoire des Noirs d'Afrique et celle des Afrodescendants des Amériques et d'Europe. Les actualités de la diaspora africaine ne sont pas oubliées.

01 juillet 2018

Quilombos, communautés d'esclaves insoumis au Brésil (Flavio dos Santos Gomes)

                                           QUILOMBOS

               Communautés d'esclaves insoumis au Brésil

                              (Flavio dos Santos Gomes)

Quilombos 0007

            L'actualité sociale au Brésil en ce début du XXIe siècle est marquée par la revendication des populations noires du droit de propriété sur les terres que leurs ancêtres fuyant l'esclavage ont occupées durant des siècles ou des décennies avant 1888. Des terres disséminées sur tout le territoire, souvent éloignées des agglomérations ou des plantations gérées par les colons européens. On oublie en effet de souligner dans les manuels scolaires que la fuite des esclaves pour constituer des communautés libres était de très loin la première forme de lutte contre l'esclavage dans les Amériques. Flavio dos Santos Gomes vient donc nous le rappeler tout en nous montrant les différents visages de ces communautés d'esclaves insoumis appelées "quilombos" au Brésil.

            Depuis sa capture sur le sol africain, l'idée qui ne quitte aucun captif arrivant sur la terre du Nouveau Monde était la fuite vers la liberté. S'il est évident que sur les îles la sécurité des fugitifs dépendait souvent de la taille très variable du territoire, sur l'immense continent américain, très nombreux sont les captifs africains qui seront libres dès leur arrivée et transmettront à des générations de jeunes gens leurs savoir-faire de guerriers défenseurs des libertés. Contrairement aux idées reçues qui font des esclaves fugitifs - appelés "marrons" en France et "quilombolas" au Brésil - des êtres craintifs vivant de la chasse et de la cueillette dans des réduits inaccessibles, ce sont de vraies communautés villageoises avec leurs vergers, leurs champs d'ignames, de manioc, de riz, preuves de l'industrie des Africains que nous dévoile ici Flavio dos Santos Gomes. Il montre que ces communautés parvenaient même à échanger ou à vendre leurs productions dans les villes où les commerçants ne manquaient pas de se plaindre de cette concurrence clandestine. Non seulement les occupants des "quilombos" ou villages marrons ne se contentaient pas de vivre en autarcie ou de se défendre, mais ils étaient aussi capables de semer la terreur dans les plantations des colons où ils incitaient les autres esclaves à la fuite ou à la rébellion. Sans cesse soumis à la menace des Européens, la force d'un "quilombo" devait donc résider dans la volonté de s'imposer aux plantations des colons à travers les esclaves ou les maîtres auxquels ils exigeaient le paiement d'une taxe en provisions, armes ou argent.

            Par ailleurs, alors que les manuels scolaires nous font croire que les esclaves indigènes - faussement appelés "Indiens" - ont été remplacés par des Africains de manière systématique, ce livre montre que du XVIe au XVIIIe siècle l'esclavage dans les Amériques englobait indistinctement ces deux types de main-d'œuvre. Esclaves ou "libres", les "Indiens" étaient soumis au travail obligatoire dans les plantations.

            En s'attachant à la taille et à la puissance d'une foule de "quilombos" du Brésil, du Suriname, de la Guyane Française et de la Guyane hollandaise, à leur organisation économique et à leurs systèmes de défense parfois sophistiqués, l'auteur nous dévoile une Amérique esclavagiste où la figure de l'Africain apparaît intimement attachée à la liberté tandis que l'Européen s'appliquait à l'empêcher d'exploiter son génie créateur. On remarque aussi que dans leur lutte, les fugitifs et les esclaves des plantations se sont toujours montrés très conciliants avec les Européens ; les uns ne se rebellant que devant la maltraitance et les autres devant le poids des menaces des chasseurs d'esclaves à la solde de l'administration coloniale ou des grands planteurs.

            Ce livre de Flavio dos Santos Gomes est à découvrir comme une cartographie des foyers de résistance des Africains contre l'esclavage auquel les destinaient les colons européens dans le Nouveau Monde.   

Raphaël ADJOBI

Titre : Quilombos, communautés d'esclaves insoumis au Brésil.

 Auteur : Flavio dos Santos Gomes.

Editeur : l'Echappée, 2018.

Posté par St_Ralph à 20:05 - Histoire - Commentaires [2] - Permalien [#]

Commentaires

    Un livre qui éclaire sur les résistances africaines à l'esclavage, qui montre la force et l'intelligence de ces communautés de "marrons" ou "quilombos", alors que l'idée communément répandue est celle de Noirs soumis, heureux de leur condition et à qui on fait une faveur en les soumettant à l'esclavage. Ces titres devraient parvenir sur la table des concepteurs des manuels scolaires.

    Posté par Liss, 03 juillet 2018 à 20:47
  • Tu as raison, Liss. Les concepteurs des manuels scolaires doivent absolument mettre leurs connaissances à jour. Il y a désormais suffisamment de recherches et de publications sérieuses qui remettent en question les récits de propagande qui ont constitué leurs sources essentielles.

    Posté par St-Ralph, 03 juillet 2018 à 23:55

Poster un commentaire