Lectures, analyses et réflexions de Raphaël

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18 août 2018

Cent ans de solitude (Gabriel Garcia Marquez)

                                            Cent ans de solitude

                                           (Gabriel Garcia Marquez)

Cent ans de solitude

            Si comme moi vous avez souvent entendu parler de ce roman sans jamais l'avoir ouvert pour vous y plonger, alors n'hésitez pas à sauter le pas. Gabriel Garcia Marquez nous livre ici un magnifique récit aux contours labyrinthiques et tout en spirale qui donne au lecteur le net sentiment de vivre un éternel recommencement des événements. En effet, suivre la famille Buendia, de génération en génération, vous donne l'impression que "le temps ne passait pas mais tournait en rond sur lui-même".

            Au temps de la conquête de l'intérieur des terres américaines par les vagues d'émigrants européens fuyant la misère de leur continent à la recherche d'une vie meilleure, la famille Buendia fonda Macondo, un village d'une vingtaine de maisons en terre glaise et en roseaux dans une contrée que personne ne pouvait situer sur une carte du pays. Mais voilà que bientôt, dans ce "village qui s'enlisait irrémédiablement dans les fondrières de l'oubli", tous les ans, au mois de mars, un groupe de gitans, avec à sa tête un gros bonhomme à la barbe broussailleuse du nom de Melquiades, venait y planter sa tente dans un tintamarre assourdissant pour faire découvrir à la population les nouvelles inventions à la mode dans les villes. Ainsi, chaque fois, José Arcadio Buendia découvrait une invention nouvelle qu'il passait l'année entière à expérimenter pour en saisir le secret. Et quand Melquiades mourut, le doyen de la famille Buendia se retrouva avec un mystérieux manuscrit qu'il passera sa vie entière à déchiffrer, et après lui chaque mâle de son clan.

            Ce qui séduit dans ce récit, c'est le ton avec lequel Gabriel Garcia Marquez dresse le portrait et décrit la vie des membres de la famille Buendia qui, de génération en génération, gravitent autour du mâle qui reprend en main la recherche du secret du manuscrit. A la suite des gitans, périodiquement, de nouveaux arrivants plongeaient Macondo dans une frénésie d'habitudes nouvelles qui s'éteignaient quelques années plus tard comme un feu de camp après le départ de joyeux fêtards. Alors, les Buendia comptaient dans leurs rangs les victimes de l'amour causées par le cataclysme. Le lecteur découvre très vite que dans ce clan familial, où les uns et les autres étaient obsédés par la solide solitude dans laquelle ils se trouvaient, chaque caractère semblait se forger ou se révéler par rapport à l'amour. Si "les femmes dans cette famille avaient des entrailles de pierraille" - et le cœur aussi - les hommes agissaient comme on prend "un billet éternel pour un train qui n'arriverait jamais à destination". Ainsi, alors que deux amoureux mourront pour Remedios-la-Belle après de vains soupirs, le colonel Buendia engendrera dans de multiples contrées dix-sept fils après trente-deux guerres livrées en vingt ans. Quant à Ursula, la centenaire trisaïeule, elle semblait jouer des tours à la mort parce qu'elle se fit la promesse d'exorciser le sort qu'elle croyait s'acharner irrémédiablement sur sa famille.

            Cent ans de Solitude est assurément un récit étourdissant aux portraits surprenants et étonnamment homogènes dans le groupe des hommes comme dans celui des femmes ; ce qui donne au lecteur l'impression d'une irrémédiable fatalité planant sur les personnages. Impression qui se confirme à la fin du roman dans la vie amoureuse des deux derniers descendants de la famille Buendia. Un roman très dense dans sa structure mais passionnant qui mérite amplement la réputation mondiale qui lui est faite.

Raphaël ADJOBI

Titre : Cent ans de solitude, 461 pages

Auteur : Gabriel Garcia Marquez

Editeur : Editions du Seuil, 1968.

Posté par St_Ralph à 06:06 - Littérature : romans - Commentaires [4] - Permalien [#]

Commentaires

    Magnifique billet sur le chef d’œuvre de Gabriel Garcia Marquez, cher Raphaël ! Oui, un "récit étourdissant", aux "contours labyrinthiques et tout en spirale". Le lecteur a intérêt à bien rester concentré et à ne pas se perdre dans ce labyrinthe vertigineux et passionnant tout à la fois ! Moi aussi je ne l'ai découvert que tard, après en avoir beaucoup entendu parler. Il y a tant de classiques qu'il me reste à lire...

    Posté par Liss, 23 août 2018 à 11:39
  • Ah, je vois que tu l'as lu ! Au mois de juillet, avec la chaleur et le moral qui n'était pas au beau fixe, j'ai eu beaucoup de mal à terminer ce roman. Heureusement qu'il était passionnant... qu'il donnait toujours envie de savoir si le vécu des personnages se répéterait avec la génération suivante. J'éprouve parfois un certain complexe à la seule idée qu'il y a des classiques que je n'ai pas lus. Mais je me console en disant que personne ne peut tout lire. Alors, pour les classiques, je vais à mon rythme...

    Posté par St-Ralph, 23 août 2018 à 18:26
  • Tiens, tu m'as donné l'envie de relire mon billet ! J'y retrouve un peu ce que tu en dis : le fait d'être entraîné dans ce roman comme dans une spirale ! Je ne me souvenais plus qu'il avait suscité plusieurs commentaires. Voici le lien :
    http://lissdanslavalleedeslivres.blogspot.com/2008/07/cent-ans-de-solitude-de-g-g-marquez.html

    Posté par Liss, 24 août 2018 à 10:40
  • Merci pour le lien, Liss. C'est souvent très agréable de se relire et de constater qu'on a eu les mots justes pour exprimer notre sentiment.

    Posté par St-Ralph, 24 août 2018 à 16:10

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