Lectures, analyses et réflexions de Raphaël

Vous trouverez ici des comptes rendus de lectures livresques concernant essentiellement l'histoire des Noirs d'Afrique et celle des Afrodescendants des Amériques et d'Europe. Les actualités de la diaspora africaine ne sont pas oubliées.

31 janvier 2019

Le chemin parcouru par l'association La France noire (Raphaël ADJOBI)

 Le chemin parcouru par l'association La France noire  

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En une année scolaire et demie, c'est-à-dire entre septembre 2017 et la fin du mois de janvier 2019, l'association La France noire est intervenue devant plus de deux mille élèves - collégiens et lycées confondus. Depuis la rentrée scolaire 2018-2019, l'association a été sollicitée par 9 établissements, pour un travail interne ou pour participer à des journées ou semaines mises à part dans le cadre du parcours citoyen de l'élève. Nous ne pouvons que dire bravo et merci à tous les membres qui ont eu foi en ce beau projet : faire connaître la contribution des Noirs à l'Histoire de France aux jeunes générations. 

D'une façon générale, les Noirs refusent que l'on limite leur histoire avec la France à l'esclavage. Ils n'ont pas tort. Mais, de toute évidence, l'Education nationale fait ce qu'elle veut ! Et comme les Noirs ne font rien pour que les choses changent, l'Education nationale continue à enseigner l'histoire de l'esclavage outre-Atlantique comme on l'enseignait déjà au début du XXe siècle ; c'est-à-dire avec les idées et les images de propagande des esclavagistes. En un mot, les concepteurs des manuels scolaires sont restés imperméables aux nouvelles recherches qui leur permettraient de nuancer leur discours et leur regard sur ce pan de notre histoire commune.

Devant cette désagréable réalité imposée à tous, l'association La France noire a pris la ferme résolution d'apporter aux collégiens et aux lycéens les connaissances nouvelles que nous donnent les recherches actuelles pour leur permettre de dépasser un enseignement qui rappelle une autre époque. Quant à notre deuxième exposition intitulée "Les Noirs illustres et leur contribution à l'Histoire de France", elle montre aux jeunes : 1) les personnalités noires qui ont lutté pour les deux abolitions de l'esclavage en France ou qui ont marqué à leur manière le XVIIIe et le XIXe siècles, 2) les personnalités noires qui se sont illustrées lors des deux guerres mondiales, et plus largement le poids des colonies dans l'Histoire de la France. 

Critiquer, pester, s'indigner sans rien faire, c'est se montrer complice du crime. L'association La France noire  - constituée de Français noirs et blancs - est convaincue que si nous ne racontons pas notre histoire de façon juste aux jeunes générations, d'autres la raconteront à notre place mais selon leur vision des choses. Les jeunes sont très francs : "ce sont les Noirs qui devraient enseigner l'histoire de l'esclavage !" Voilà ce qu'ils disent, légitimant ainsi l'action de La France noire dans les établissements scolaires.

ARTICLE de l'Yonne Républicaine du 16 janvier 2019 (cliquez sur l'article) 

L'yonne Républicaine du 16 janvier 2019

ARICLE de l'Yonne Républicaine du 30 janvier 2019 (cliquez sur l'article)

La France noire à Avallon

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26 janvier 2019

Frère d'âme (David Diop)

                                                 Frère d'âme

                                        (un roman de David DIOP) 

Frère d'âme (David DIOP)

            Peu de gens parmi nous savent - y compris ceux qui ont entendu parler des "tirailleurs sénégalais" - que les Africains ont participé en tant que sujets français à la première guerre mondiale contre l'Allemagne avant même la seconde au cours de laquelle ils constitueront la très grande majorité de l'armée française aux côtés des alliés. Ce roman primé par les lycéens vient donc rappeler à tous un pan de l'histoire de la France qui n'était plus officiellement blanche depuis presqu'un siècle. Il peut donc être présenté comme un beau témoignage de l'enracinement du sang des Noirs dans la terre française ! 

            Toute la beauté de ce roman se trouve dans son titre étrange qui est une belle allusion à l'expression "frère d'armes". En 1914, en première ligne dans les tranchées, Alfa Ndiaye découvre, en même temps que des milliers de paysans africains, le carnage que constituaient les guerres entre Européens ; surtout le froid qui vous pénètre jusqu'aux os, et les vêtements qui n'ont pas le temps de sécher avant la prochaine attaque. Depuis que les balles allemandes ont fauché son "plus que frère" Mademba Diop, le jeune Alfa Ndiaye se sent étrangement seul dans cet univers où l'abri est un trou humide et l'horizon un champ hérissé de mitrailleuses prêtes à cracher le feu. Alors, dans sa profonde tristesse, à chacune des sorties sur le champ de bataille, il va s'appliquer à rapporter la preuve qu'il venge son "plus que frère" sous le regard admirateur de ses compagnons noirs et blancs.

            Mais, peu à peu, l'accumulation des preuves de sa détermination intrigue ses camarades ainsi que son supérieur et finit par les plonger dans une grande méfiance. Alfa Ndiaye prend alors conscience de son total isolement aussi bien physique que mental. Or, à la guerre, un soldat isolé est un soldat en danger pour lui-même et pour les autres. Alfa Ndiaye le sait ; il sait aussi qu'il est un bon soldat qui doit désormais s'appliquer non seulement à éviter les pièges de ses ennemis mais aussi ceux de ses supérieurs.

            David Diop a réussi ici un roman très agréable en nous plongeant dans la conscience d'un soldat de l'armée coloniale française de plus en plus isolé sur le front de guerre. Forcément cette conscience nous permet de comprendre les sentiments que peuvent éprouver ces Africains éloignés des leurs sans la certitude de les revoir ou de connaître un enterrement conforme à leurs traditions. 

Raphaël ADJOBI 

Titre : Frère d'âme, 175 pages

Auteur : David DIOP

Editeur : Editions du Seuil, 2018

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20 janvier 2019

La libération de Laurent Gbagbo signifie la condamnation d'Alassane Ouattara

           La libération de Laurent Gbagbo

    signifie la condamnation d'Alassane Ouattara

Laurent Gbagbo 2019

            Le conflit postélectoral qui avait opposé Laurent  Gbagbo à Alassane Ouattara et s'était terminé par l'arrestation du premier le 11 avril 2011 a connu son dénouement juridique tant attendu le 15 janvier 2019. L'illustre prisonnier de La Haye a été acquitté par la Cour Pénale Internationale (CPI) chargée de se prononcer sur sa culpabilité dans les crimes commis entre novembre 2010 et avril 2011. En d'autres termes, de manière définitive, Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé ne sont pas reconnus coupables des faits qui leur étaient  reprochés. Aussi, le tribunal a accompagné cette décision de leur remise immédiate en liberté.   

            L'accusation qui pesait sur Laurent Gbagbo était logique dans la conception européenne de la justice faisant suite aux conflits militaires. En effet - pour les Européens - celui qui perd la guerre a toujours tort, et est généralement accusé de crimes contre l'humanité. C'est sur ce postulat infamant que le détenu a passé sept ans et demi de sa vie dans les geôles de la Cour pénale internationale dans l'attente des preuves de sa culpabilité que devait apporter la procureure. Il est clair que ce seul postulat qui ne permet pas au doute de profiter à l'accusé confère au procès un caractère purement politique. Ainsi, en 2013, devant les preuves de la procureure jugées très insuffisantes, la liberté provisoire a été refusée à l'accusé parce que, selon la Cour, sa popularité aurait embrasé la Côte d'Ivoire. Et à la place de l'universel principe disant que «mieux vaut prendre le risque d'innocenter un coupable que de condamner un innocent», le tribunal international a choisi de priver de liberté un innocent.      

            Entre juin 2013 et janvier 2019, les recherches des preuves n'ont rien donné de nouveau. Presque tous les témoins présentés par la procureure ont fait allégeance à Laurent Gbagbo, plongeant chaque fois la Cour dans l'embarras et parfois même dans l'exaspération. D'autre part, chaque audience importante était l'occasion de voir accourir une foule d'admirateurs solidaires du combat de Laurent Ggbagbo pour le respect des institutions africaines que les Européens ont tendance à fouler allègrement aux pieds. Etat de chose qui participait indubitablement à l'impopularité du tribunal international. Enfin, la vacuité des discours de la procureure Bensouda a fini par convaincre la CPI qu'elle ne pouvait pas plus longtemps être réduite à ce rôle : une institution qui éloigne un homme de son pays pour protéger un président installé par la France. 

            Mais voilà que cette même cour internationale reporte la libération des prisonniers, donnant l'impression de prendre tout à coup conscience qu'en rendant à Laurent Gbagbo sa liberté, c'est-à-dire en reconnaissant qu'il n'est pas coupable des crimes avérés - parce que chiffrés - c'est affirmer en même temps que c'est Alassane Ouattara le coupable. En effet, quand deux personnes se renvoient la responsabilité d'un crime et que l'un est innocenté, l'autre est alors forcément coupable. Charles Blé Goudé, ancien ministre et co-accusé de Laurent Gbagbo, avait clairement lancé à la cour qu'il ne lui demandait pas de les libérer mais de dire la vérité. Car il savait très bien qu'au regard de la vérité, lui et son codétenu seraient libres. Et puisqu'ils sont finalement déclarés libres au regard de la vérité, Alassane Ouattara devient coupable ! On peut donc dire que si ce dernier reste libre de tout mouvement, ce serait une preuve supplémentaire du caractère politique de ce procès. En d'autres termes, en toute logique, si l'un sort de prison, l'autre doit obligatoirement y entrer.

            Par ailleurs, en suivant cette logique de la vérité, Laurent Gbagbo a tout droit de réclamer réparation à la France qui a bombardé sa résidence pour l'en extraire. La destruction de cet édifice, le traumatisme des occupants durant l'attaque, La précieuse bibliothèque partie en fumée, tous ces préjudices humains et matériels doivent être évalués et présentés à l'ancien président français pour être réparés.

            La CPI a-t-elle le pouvoir de contraindre Nicolas Sarkozy, ancien président français, à comparaître pour répondre de ces forfaits ? C'est à cette institution internationale d'apporter la réponse à cette question. Le fait qu'elle prend son temps pour exécuter sa décision du 15 janvier 2019 - la libération immédiate des détenus - nous laisse croire qu'elle ne sera pas capable de convoquer Dramane Ouattara et Nicolas Sarkozy à la barre à La Haye, confirmant par la même occasion son iniquité, sa vacuité, son inutilité, et donnant la preuve qu'elle n'est qu'un instrument de captivité des Africains opposés à la prédation de leur continent par les Européens.

            Que la CPI prenne son temps pour exécuter sa propre décision, pour dire à la terre entière ce que veut dire pour elle une "libération immédiate". Le monde entier a compris que le temps de la CPI n'est pas le temps de la justice de l'humanité ni celui de Dieu. Le temps de la CPI est un temps politique soumis à l'intérêt de quelques nations privilégiées ou protégées par les puissances de ce monde.                 

Raphaël ADJOBI                

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13 janvier 2019

Des cameras de vidéosurveillance racistes (Raphaël ADJOBI)

           Des cameras de vidéosurveillance racistes

Vidéosurveillance 0

            Non, vous ne rêvez pas ! Prenez le temps de découvrir la face non cachée mais méconnue d'une technologie supposée très belle et fiable. Nous savons tous que c'est au nom de la sécurité des citoyens que la vidéosurveillance a inondé notre espace public. La France en compte soixante mille. Londres en comptabilise cinq cent mille, et la Chine six cent trente millions - de plus en plus spécialisées dans la reconnaissance faciale. Et ici comme ailleurs, les autorités assurent que cela s'est fait avec l'assentiment des populations. Elles ont sans doute raison, parce que «qui ne dit rien consent».

            Selon Olivier Tesquet (Télérama 3600 du 9/01/2019), fin 2017, Amazon a lancé Rekognition, sa technologie de reconnaissance des visages à destination des autorités. Curieuse, une association américaine de défense des droits civiques a testé l'appareil sur des parlementaires américains. Bel exercice pour s'assurer de la fiabilité de cet outil révolutionnaire destiné à assurer la sécurité de tous. Résultat : «vingt-huit des parlementaires, notamment celles et ceux à la peau noire, ont été confondus avec des criminels» ! Suite à cette expérience qui prouve que des données racistes équipent le logiciel de surveillance, les salariés d'Amazon ont demandé à leur entreprise de cesser la commercialisation de Rekognition auprès des forces de l'ordre.

Reconnaissance faciale 4

            Il convient donc de retenir ceci : on peut construire des logiciels racistes sur la base de données racistes à la demande des autorités nationales ou selon la volonté raciste de leur concepteur comme semble être le cas de Rekognition. Quant à ceux qui veulent passer outre cet aspect scandaleux de l'usage de cette technologie parce qu'ils voient en elle l'assurance de leur tranquillité, qu'ils sachent - toujours selon Olivier Tesquet - que la police londonienne a testé un de ces logiciels en 2017 pendant le carnaval de Notting Hill. Taux d'erreurs : 98% ! Raciste ou pas, les cameras de vidéosurveillance à reconnaissance faciale sont très loin d'être fiables.

            Maintenant, c'est à vous de réfléchir ; c'est à vous de confier votre identité et donc votre sécurité à de dangereux systèmes de surveillance de la police ou d'exiger que l'on fasse ce qui est juste. C'est à vous de voir si des hommes et des femmes - surtout noir(e)s - doivent être condamnés sur la base de l'aveugle confiances des nos Etats, majoritairement blancs, en leur science également aveugle.

Raphaël ADJOBI

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08 janvier 2019

Nos ancêtres ne sont pas gaulois, Contre-histoire de France (François Durpaire)

                  Nos ancêtres ne sont pas gaulois

                                           (François Durpaire)    

Nos ancêtres ne sont pas gaulois

           Chaque fois que quelqu'un tend à la France le miroir de son histoire avec les Noirs et les Arabes, on est certain de voir la France blanche faire la grimace, se braquer ; tant elle est habituée au même récit national sans cesse répété malgré les progrès des recherches. Mais ce n'est pas pour autant qu'il faut renoncer à lui apprendre à se voir de bon biais, comme dirait Montaigne. Et c'est justement l'entreprise dans laquelle s'est lancé François Durpaire avec ce livre.

            L'auteur commence son œuvre par ce constat simple mais indéniable qui nous rappelle un entêtant discours  : «s'il existe un mal français en histoire, c'est celui qui consiste à faire comme si notre passé était la continuité d'une même population depuis la nuit des temps». Et dans cette nuit des temps, quels sont les ancêtres auxquels le Français blanc s'identifie ? Bien évidemment les gaulois - qui d'ailleurs n'ont jamais constitué un seul noyau de population. Un passé illusoire donc. Un passé illusoire pourtant devenu le credo des gouvernants et des prétendus intellectuels qui occupent constamment le devant de la scène, sapant ainsi tous les efforts que certains accomplissent pour une meilleure cohésion sociale. Etat de chose qui pousse bon nombre d'enfants se sentant exclus à se forger une identité imaginaire à la place  de la nationalité française qu'on leur conteste, mettant à mal à leur tour cette même cohésion sociale. 

            Alors François Durpaire rappelle à tous qu'il est urgent que la France se décide à «passer de l'énonciation de ses principes - liberté, égalité, fraternité - à leur réalisation pratique». En quoi faisant ? Eh bien en allant dans le sens de ce qui peut nous rassembler. Et  «pour nous rassembler, notre histoire doit nous ressembler», assure-t-il. Cela suppose la révision du contenu des manuels scolaires. Le passé esclavagiste de la France, son passé colonial, les diverses vagues d'immigration qui ont marqué sa vie et constitué sa vitalité, tous ces éléments ne doivent pas être négligés pour que nous partagions le même récit. Oui, conclut l'auteur, «pour être partagée, [notre histoire] doit inclure l'ensemble de nos héritages».

            En tout cas, le Français descendant d'un Hongrois, d'un Allemand juif, d'un Africain kabyle ou d'un Africain noir qui clame que ses ancêtres sont gaulois n'est pas crédible. Il est même ridicule, pour ne pas dire risible. Alors, «pour rompre avec une généalogie mythologique où nos ancêtres seraient tous gaulois», François Durpaire revisite, avec cet essai, le passé de la France nourri par son aspiration à l'universel, et fait apparaître clairement que l'histoire d'un pays est le fait des relations humaines à travers le temps. L'histoire est donc «la vie du passé dans le présent». Et aujourd'hui où l'Education nationale veut que les collèges et les lycées prennent en compte le parcours citoyen de l'élève, nous pensons que les enseignants auraient tout intérêt à s'inspirer des propositions de l'auteur. 

Raphaël ADJOBI           

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Titre : Nos ancêtres ne sont pas gaulois, 305 pages

Auteur : François Durpaire

Editeur : Albin Michel, 2018.

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