Lectures, analyses et réflexions de Raphaël

Vous trouverez ici des comptes rendus de lectures livresques concernant essentiellement l'histoire des Noirs d'Afrique et celle des Afrodescendants des Amériques et d'Europe. Les actualités de la diaspora africaine ne sont pas oubliées.

13 janvier 2019

Des cameras de vidéosurveillance racistes (Raphaël ADJOBI)

           Des cameras de vidéosurveillance racistes

Vidéosurveillance 0

            Non, vous ne rêvez pas ! Prenez le temps de découvrir la face non cachée mais méconnue d'une technologie supposée très belle et fiable. Nous savons tous que c'est au nom de la sécurité des citoyens que la vidéosurveillance a inondé notre espace public. La France en compte soixante mille. Londres en comptabilise cinq cent mille, et la Chine six cent trente millions - de plus en plus spécialisées dans la reconnaissance faciale. Et ici comme ailleurs, les autorités assurent que cela s'est fait avec l'assentiment des populations. Elles ont sans doute raison, parce que «qui ne dit rien consent».

            Selon Olivier Tesquet (Télérama 3600 du 9/01/2019), fin 2017, Amazon a lancé Rekognition, sa technologie de reconnaissance des visages à destination des autorités. Curieuse, une association américaine de défense des droits civiques a testé l'appareil sur des parlementaires américains. Bel exercice pour s'assurer de la fiabilité de cet outil révolutionnaire destiné à assurer la sécurité de tous. Résultat : «vingt-huit des parlementaires, notamment celles et ceux à la peau noire, ont été confondus avec des criminels» ! Suite à cette expérience qui prouve que des données racistes équipent le logiciel de surveillance, les salariés d'Amazon ont demandé à leur entreprise de cesser la commercialisation de Rekognition auprès des forces de l'ordre.

Reconnaissance faciale 4

            Il convient donc de retenir ceci : on peut construire des logiciels racistes sur la base de données racistes à la demande des autorités nationales ou selon la volonté raciste de leur concepteur comme semble être le cas de Rekognition. Quant à ceux qui veulent passer outre cet aspect scandaleux de l'usage de cette technologie parce qu'ils voient en elle l'assurance de leur tranquillité, qu'ils sachent - toujours selon Olivier Tesquet - que la police londonienne a testé un de ces logiciels en 2017 pendant le carnaval de Notting Hill. Taux d'erreurs : 98% ! Raciste ou pas, les cameras de vidéosurveillance à reconnaissance faciale sont très loin d'être fiables.

            Maintenant, c'est à vous de réfléchir ; c'est à vous de confier votre identité et donc votre sécurité à de dangereux systèmes de surveillance de la police ou d'exiger que l'on fasse ce qui est juste. C'est à vous de voir si des hommes et des femmes - surtout noir(e)s - doivent être condamnés sur la base de l'aveugle confiances des nos Etats, majoritairement blancs, en leur science également aveugle.

Raphaël ADJOBI

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08 janvier 2019

Nos ancêtres ne sont pas gaulois, Contre-histoire de France (François Durpaire)

                  Nos ancêtres ne sont pas gaulois

                                           (François Durpaire)    

Nos ancêtres ne sont pas gaulois

           Chaque fois que quelqu'un tend à la France le miroir de son histoire avec les Noirs et les Arabes, on est certain de voir la France blanche faire la grimace, se braquer ; tant elle est habituée au même récit national sans cesse répété malgré les progrès des recherches. Mais ce n'est pas pour autant qu'il faut renoncer à lui apprendre à se voir de bon biais, comme dirait Montaigne. Et c'est justement l'entreprise dans laquelle s'est lancé François Durpaire avec ce livre.

            L'auteur commence son œuvre par ce constat simple mais indéniable qui nous rappelle un entêtant discours  : «s'il existe un mal français en histoire, c'est celui qui consiste à faire comme si notre passé était la continuité d'une même population depuis la nuit des temps». Et dans cette nuit des temps, quels sont les ancêtres auxquels le Français blanc s'identifie ? Bien évidemment les gaulois - qui d'ailleurs n'ont jamais constitué un seul noyau de population. Un passé illusoire donc. Un passé illusoire pourtant devenu le credo des gouvernants et des prétendus intellectuels qui occupent constamment le devant de la scène, sapant ainsi tous les efforts que certains accomplissent pour une meilleure cohésion sociale. Etat de chose qui pousse bon nombre d'enfants se sentant exclus à se forger une identité imaginaire à la place  de la nationalité française qu'on leur conteste, mettant à mal à leur tour cette même cohésion sociale. 

            Alors François Durpaire rappelle à tous qu'il est urgent que la France se décide à «passer de l'énonciation de ses principes - liberté, égalité, fraternité - à leur réalisation pratique». En quoi faisant ? Eh bien en allant dans le sens de ce qui peut nous rassembler. Et  «pour nous rassembler, notre histoire doit nous ressembler», assure-t-il. Cela suppose la révision du contenu des manuels scolaires. Le passé esclavagiste de la France, son passé colonial, les diverses vagues d'immigration qui ont marqué sa vie et constitué sa vitalité, tous ces éléments ne doivent pas être négligés pour que nous partagions le même récit. Oui, conclut l'auteur, «pour être partagée, [notre histoire] doit inclure l'ensemble de nos héritages».

            En tout cas, le Français descendant d'un Hongrois, d'un Allemand juif, d'un Africain kabyle ou d'un Africain noir qui clame que ses ancêtres sont gaulois n'est pas crédible. Il est même ridicule, pour ne pas dire risible. Alors, «pour rompre avec une généalogie mythologique où nos ancêtres seraient tous gaulois», François Durpaire revisite, avec cet essai, le passé de la France nourri par son aspiration à l'universel, et fait apparaître clairement que l'histoire d'un pays est le fait des relations humaines à travers le temps. L'histoire est donc «la vie du passé dans le présent». Et aujourd'hui où l'Education nationale veut que les collèges et les lycées prennent en compte le parcours citoyen de l'élève, nous pensons que les enseignants auraient tout intérêt à s'inspirer des propositions de l'auteur. 

Raphaël ADJOBI

Titre : Nos ancêtres ne sont pas gaulois, 305 pages

Auteur : François Durpaire

Editeur : Albin Michel, 2018.

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