Lectures, analyses et réflexions de Raphaël

Vous trouverez ici des comptes rendus de lectures livresques concernant essentiellement l'histoire des Noirs d'Afrique et celle des Afrodescendants des Amériques et d'Europe. Les actualités de la diaspora africaine ne sont pas oubliées.

12 décembre 2019

LaRose (un roman de Louise ERDRICH)

                                                LaRose

                       (un roman de Louise Erdrich)

LaRose

            Voici un livre qui plonge le lecteur dans l'Amérique profonde, celle que le voyageur étranger ne visite pas, celle qui aujourd'hui encore vit en tâtonnant entre deux mondes, l'Amérique des autochtones, des Indiens ! 

            Quelle image avons-nous des descendants des premiers occupants de ces immenses terres des Amériques ? Pour nous en donner une idée exacte, ce roman nous emmène au cœur d'une famille indienne des Etats-Unis, dans le Dakota du Nord. Il nous introduit au sein d'une famille qui, comme toutes les autres familles indiennes, est consciente d'avoir survécu à la terrible période où «les Blancs infestaient la terre comme des poux» et prônaient, avec Franck Baum, l'idée selon laquelle «un bon Indien était un Indien mort». Une famille dont les enfants, comme tous les enfants des autres familles indiennes, suivent dans des écoles et des universités qui leur sont réservées des programmes d'intégration forcée institués par les Blancs ; ceux-là mêmes qui n'ont jamais été capables de s'intégrer nulle part dans le monde. Et au cœur de cette famille, c'est toute une communauté, toute une société dont on découvre le fonctionnement hérité des ancêtres que les plus anciens tentent péniblement de transmettre aux plus jeunes.    

            Le récit débute avec un accident qui nous découvre justement une tradition de cette population autochtone des Amériques : lors d'une chasse au cerf, Landreaux tue Dusk, le fils de cinq ans de son ami et voisin Peter Ravich. Afin de respecter une ancienne coutume en matière de justice, LaRose, le plus jeune fils de Landreaux, passe sous le toit des parents endeuillés pour prendre la place du mort. A travers la nouvelle vie des deux familles - en lien avec leurs parents et leurs connaissances - c'est celle de l'Amérique indienne d'aujourd'hui que nous peint Louise Erdrich.

            LaRose est un roman dans lequel les personnages et les événements semblent prendre leur temps ; rien n'est fait ou n'arrive à la hâte. Ainsi le lecteur est constamment plongé dans une sorte de dimension spirituelle des êtres et des choses. En effet, derrière la vie quotidienne américaine rythmée par les smartphones, les automobiles, les hamburgers et les sodas, la tradition indienne est toujours présente dans les gestes, dans les mots qu'il convient de dire ou ne pas dire. On croit parfois être confronté à un monde qui, inéluctablement, va s'effondrer. Mais plus on avance dans la lecture du livre, plus ce monde se découvre à l'image de l'aïeule LaRose pour qui «mourir prenait tellement de temps que l'effort l'avait fortifiée». Le lecteur finit alors par se montrer philosophe et partager avec les personnages l'idée que si «le chagrin dévore le temps», il arrive aussi que «le temps dévore le chagrin».

Raphaël ADJOBI  

Titre : LaRose, 566 pages

Auteur : Louise Erdriche (Etats-Unis, 2016)

Editeur : Albin Miche, coll. Le livre de poche, 2018  

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07 décembre 2019

Mamadou Koulibaly enfin à la hauteur des attentes des Ivoiriens et des Africains !

Mamadou Koulibaly enfin à la hauteur des attentes

                des Ivoiriens et des Africains

Mamadou Koulibaly 3

            Depuis un ou deux ans, Monsieur Mamadou Koulibaly - président de LIDER, parti ivoirien - se distinguait des autres dirigeants de parti par ses comptes rendus réguliers de la situation politique de son pays tout en y ajoutant ses réflexions personnelles et ses projets de remplacement. Un travail sérieux qui retenait l'attention de nombreux Ivoiriens. Mais l'homme restait dans l'esprit de beaucoup le compagnon de route du président Laurent Gbagbo ayant quitté le navire au moment de la tempête. Il restait surtout dans l'esprit de ses amis de l'opposition le privilégié d'Alassane Ouattara. En effet, Mamadou Koulibaly était celui qui pouvait se permettre de critiquer le régime du «rattrapage ethnique» sans jamais subir les mauvais traitements infligés aux autres ; patronyme nordiste oblige. Oui, il est du nord de la Côte d'Ivoire ; et dans une république qui a juré de venger les nordistes du pays, l'attaquer serait se renier pour Dramane Ouattara. Mamadou Koulibaly prospérait donc depuis presque dix ans sous la bienveillance du préfet français Dramane Ouattara. Même ses multiples interventions contre le Franc CFA n'ont pas été suffisantes pour redorer considérablement son blason afin de faire de lui l'étendard idéal de la conquête de la dignité de la Côte d'ivoire bafouée par le pouvoir actuel. 

            Mais voilà que depuis le début de ce mois de décembre 2019, les propos de son porte-parole, Madame Nathalie Yamb, lors du sommet de Sotchi en Russie, en octobre dernier, sont venus ébranler la fragile cohabitation de Mamadou Koulibaly avec le pouvoir ivoirien. Nathalie Yamb - de nationalité suisse et camerounaise - vient d'être expulsée de Côte d'Ivoire pour trouble à l'ordre public français. Est-ce le bannissement de sa collaboratrice suite à ses propos très appréciés par l'ensemble des Africains qui a poussé Mamadou Koulibaly à franchir la ligne qui vaut à tout africain le courroux de la France - maître de l'Afrique francophone et de ses multiples valets-présidents ? Il semble de toute évidence que cette expulsion qui coïncide avec les récents propos du président français demandant depuis Londres - après le sommet de l'Otan - aux chefs d'Etats africains de faire en sorte « que les voix qui suscitent, portent et divulguent ce qu'il appelle le sentiment antifrançais dans les pays francophones se taisent» a été le déclencheur de son dernier discours d'une tonalité nouvelle sur la scène politique africaine.    

            En tout cas, l'homme est allé droit au but et se présente désormais non pas en candidat à la présidence de son pays mais comme l'adversaire officiellement déclaré des «relations incestueuses entre l'Etat français et nos autorités.» Des relations qui, selon lui, «étouffent la démocratie, des relations qui étouffent les droits de l'homme, des relations qui étouffent la possibilité que nous devons avoir de demander des comptes à nos dirigeants, des relations qui étouffent l'expression plurielle» en Afrique francophone !   

             Même si Les propos du Malien Salif Kéïta ont déjà quelque peu ébranlé la sphère politique franco-africaine ces derniers jours - compte tenu de sa notoriété internationale - ils étaient  ceux d'un artiste partisan d'une contrée de l'Afrique en proie à un mal local. La preuve en est l'usage de la langue bambara lors de son discours. Mamadou Koulibaly, quant à lui, a trouvé les mots justes, au moment opportun ! On peut dire qu'il a osé se hisser au diapason des aspirations profondes de ses compatriotes et des Africains en général. Pour la première fois, un homme politique africain - chef de parti et aspirant à la direction de son pays - ose publiquement et officiellement interpeller le président de la République française pour lui faire comprendre le sentiment de son pays et de l'Afrique francophone à l'égard de la politique africaine de la France. «Monsieur le président, dit-il, nous avons le sentiment que vous êtes complice avec nos chefs d'Etat pour nous brimer ! » Et pour rendre plus explicite sa pensée, il a rappelé les passés esclavagiste, colonial et néo-colonial des aïeux et des prédécesseurs de Monsieur Macron afin qu'il comprenne que les jeunes africains d'aujourd'hui ne veulent plus de cette vie quotidienne se résumant à l'histoire douloureuse de l'Afrique qui se poursuit dans le présent. Cette audace vaut bien un emprisonnement par Ouattara - bien sûr en suivant les recommandations de l'Elysée. Mais Ouattara n'osera pas ; et Macron non plus n'osera pas demander à son préfet ivoirien cet affront à la Côte d'ivoire et à l'Afrique ! Tout simplement parce que toute réplique radicale serait une déclaration de guerre officielle aux jeunes africains désireux de tourner la page des Houphouët-Boigny, Ali Bongo, Konan Bédié, Konan Bany... Laurent Gbagbo s'est avancé dans le combat avec franchise et beaucoup de courtoisie. Mais il parlait aux Ivoiriens et aux Africains. Ces derniers étaient d'ailleurs peu nombreux à l'avoir suivi et soutenu. Certains étaient même contents du sort qui lui a été infligé pour son audace. Aujourd'hui, l'Afrique est prête parce que partout elle parle le même langage : le langage de la liberté et de la dignité. Mamadou Koulibaly l'a bien compris et a osé le dire clairement au président français et non aux Africains ! Il ne dit pas aux Africains «levez-vous» ; il dit au président français «vous devez cesser la politique de prédation et de déstabilisation de l'Afrique avec la complicité de nos dirigeants !»

            Monsieur Mamadou Koulibaly vient donc d'entrer dans l'histoire de l'Afrique. La grande différence avec ses prédécesseurs, c'est d'avoir choisi de s'adresser directement au président de la République française pour lui demander de cesser d'être celui qui confère aux chefs africains leur légitimité faisant d'eux des adversaires de leurs propres populations. Il a osé dire au président français qu'il n'y a pas en Afrique un sentiment antifrançais mais «un ras-le-bol, une révolte, un refus de la mainmise de l'Etat français sur nos autorités et par ricochet sur nos peuples». Il a eu l'audace de dire au président français «LET MY PEOPLE GO !» C'était simple ; mais il fallait y penser et le dire.                     

Raphaël ADJOBI

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02 décembre 2019

Nathalie Yamb, expulsée de la Côte d'Ivoire pour trouble à l'ordre public français !

          Nathalie Yamb, expulsée de la Côte d'Ivoire

           pour trouble à l'ordre public français !

Nathalie Yamb

           Madame Nathalie Yamb - jouissant de la double nationalité Suisse et camerounaise aux dires de certain - est sommée par la justice ivoirienne de quitter la Côte d'ivoire pour trouble à l'ordre public français ; et cela, suite à son intervention très remarquée contre la France lors du sommet Russie-Afrique à Sotchi les 23 et 24 octobre 2019. De toute évidence, sous un régime qui a horreur de toute forme d'opposition, les adversaires de son indéfectible ami la France ne peuvent qu'être considérés comme les adversaires de la Côte d'ivoire et donc dignes d'une expulsion.  

            Que Madame Nathalie Yamb - conseillère de monsieur Mamadou Coulibaly, fondateur et président du parti politique ivoirien LIDER - s'estime très heureuse de ne pas être Ivoirienne. La sanction aurait été d'une autre mesure ! Madame Yamb est une africaine et par conséquent elle a le droit de s'attaquer à n'importe quelle puissance étrangère qu'elle juge prédatrice de ce continent et de la vie quotidienne des siens. Ce qui surprend donc, c'est la décision prise par un pays africain de bannir de son territoire une africaine qui se bat pour sa souveraineté contre la France. Il est à retenir que la Côte d'Ivoire d'Alassane Ouattara vient de déclarer de manière officielle la lutte pour la disparition du Franc cfa, celle pour le démantèlement des bases militaires françaises en Afrique comme des "activités incompatibles avec son intérêt national" ! C'est en clair ce qui a été notifié à Madame nathalie Yamb pour justifier son expulsion de la terre ivoirienne. Edifiant ! 

            Aux dires de Madame Nathalie Yamb, le seul représentant d'un pays étranger à s'être pratiquement jeté sur elle pour proférer des reproches dès la fin de son intervention fut un officiel français. En d'autres termes, cet accrochage fut la première réprobation officielle qui a suivi un discours fort apprécié par les africains sur place et sur les réseaux sociaux. Et cette réprobation émanait de la France. C'est donc à la France que profite la sanction ivoirienne qui frappe Madame Nathalie Yamb. Force est de constater que ce sont des rabatteurs africains - des dozos ivoiriens, chasseurs du gibier humain - qui, poursuivant une longue tradition de collaborateurs des négriers blancs, se chargent de convoyer la marchandise nègre au pied de l'homme blanc.

            Quelle image très désagréable de l'Afrique ! Nous sommes curieux de savoir ce que ces autorités ivoiriennes - issues des dozos, chasseurs traditionnels du gibier humain - se disent chaque matin devant leur miroir au moment de se préparer à aller servir la France au lieu de l'Afrique, au lieu de leurs parents, de leurs enfants qui vont vivre sur cette terre d'Afrique qu'elles s'appliquent à livrer mains et pieds liés à la France ! Que se disent-ils ces Ivoiriens, ces Africains serviles au moment de trahir les leurs pour bénéficier en retour des caresses de l'occident ? Quelles images se déroulent-elles dans leur tête ? De la fierté ? Une absolue négation de leur couleur de peau et de leur terre natale ? 

            Peut-être qu'il y a des nègres qui ne pensent pas. Peut-être qu'il y a des Noirs qui ignorent par nature le sens de la dignité humaine qui vous oblige à défendre ce qui appartient au groupe auquel vous appartenez. Mourir dans son lit sans jamais avoir proféré une parole contre le sort fait aux siens, à sa terre, c'est quitter ce mode comme un objet jeté au rebut. Quelle mort abominable ! Que Dieu vous en préserve !

Raphaël ADJOBI            *Article légèrement modifiée suite à la publication de l'identité ivoirienne de Mme Yamb.

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