Lectures, analyses et réflexions de Raphaël

Vous trouverez ici des comptes rendus de lectures livresques concernant essentiellement l'histoire des Noirs d'Afrique et celle des Afrodescendants des Amériques et d'Europe. Les actualités de la diaspora africaine ne sont pas oubliées.

09 mai 2021

Commémoration de l'abolition de l'esclavage 10 mai 2021 - Discours du président de "La France noire"

      Commémoration de l’abolition de l’esclavage

                               10 mai 2021

           Discours du président de "La France noire"

                                         - voir la vidéo - 

Raphaël ADJOBI

Chers amis et sympathisants de La France noire, 

          Comme en 2020, nous sommes dans l’impossibilité d’organiser notre cérémonie annuelle publique commémorant l’abolition de l’esclavage. Les mesures sanitaires dues au COVID-19 obligent. Si ce moment de partage est une fois encore impossible, le devoir de mémoire quant à lui demeure de rigueur. En effet, la loi du 21 mai 2001 reconnaissant la traite et l’esclavage des Noirs dans les Amériques et dans l’océan Indien comme crime contre l’humanité est l’unique occasion de rappeler à la mémoire de chaque citoyen que la présence de populations noires dans le paysage national est liée avant tout à ce fait de l’histoire de notre pays. Le 10 mai doit donc être pour nous tous un moment incontournable.

          C’est d’ailleurs ce que le premier ministre a tenu à redire par sa circulaire du 16 avril dernier aux préfets ; circulaire dans laquelle il souligne la nécessité de « rappeler la place que l’esclavage occupe dans notre histoire nationale » mais aussi la nécessité de « valoriser la part de la diversité française en rapport avec cette histoire ». Il donne par ailleurs aux préfets la mission de diffuser la circulaire à l’ensemble des maires de leur département « en les invitant à organiser une cérémonie similaire, ou tout autre initiative, notamment culturelle en rapport avec la mémoire de l’esclavage ». Nous nous réjouissons du contenu clair et précis de cette circulaire parce qu’il semble ne pas laisser de place aux mémoires sélectives et à l’interprétation. Il souligne « l’importance de cette page de notre histoire qui a vu se nouer un lien indissoluble entre la France et l’Afrique, l’Amérique, les Caraïbes et l’océan Indien ». En conséquence, il nous semble absolument nécessaire qu’il soit enseigné aux jeunes générations – les citoyens de demain – que la France n’est pas un pays exclusivement européen. Non ! La France est un pays éclaté sur plusieurs continents. Notre diversité nationale vient de là ! Un fait évident mais ignoré ou occulté dans les nombreux discours politiques ou intellectuels au point que de nombreux Français sont aujourd’hui encore convaincus que tout ce qui n’est pas blanc et catholique n’est pas français et doit montrer patte blanche en toute circonstance. C’est cela la discrimination raciale ou racisme. Le racisme n’est pas seulement la négation de l’humanité de l’autre sur le principe de la couleur de la peau ou son déclassement dans l’échelle de l’humanité pour pouvoir justifier son exploitation en toute bonne conscience. Le racisme consiste aussi à assigner à l’autre, toujours sur le principe de la couleur de la peau, une place définitive de laquelle il ne doit pas bouger. 

          Il appartient désormais à tous ceux concernés par cette circulaire – les préfets, les maires, les recteurs (et par ces derniers les chefs d’établissements et les enseignants) – de faire en sorte qu’elle ne reste pas lettre morte mais qu’elle produise de bons fruits à la place du racisme. L’avenir nous montrera les fruits de cette volonté politique qui n’a malheureusement pas fait l’objet d’un discours officiel oral pour lui donner plus de force. Retenons tous que des citoyens qui ne sont pas frustrés, qui sont reconnus dans leur différence sont des citoyens heureux de servir leur pays. 

   Chers amis de La France noire, d’Afrique-sur-Loireprofitons de ce XXe anniversaire de la loi dite Taubira reconnaissant l’esclavage des Noirs dans les Amériques et l’océan Indien comme crime contre l’humanité pour rappeler le combat de tous ceux qui, à l’avènement de la République dès 1789 ont lutté pour que ses valeurs soient effectives pour toutes les populations vivant sur les terres gouvernées par la France. 

          Hommage donc à Toussaint Louverture et à ses amis qui, en 1793, ont contraint le pouvoir esclavagiste de Saint-Domingue à prononcer la fin de l’esclavage sur cette île ; décision qui sera approuvée et élargie à toute la France en 1794 à Paris. C’était la première abolition de l’esclavage. Malheureusement, huit ans plus tard, cette belle affirmation de la République de l’égalité de tous les citoyens – Noirs et Blancs – mourra par la volonté de Napoléon Bonaparte qui voulait satisfaire le capital esclavagiste. En effet, en 1802, huit ans seulement après ce geste humaniste qui faisait de la France le premier pays européen à abolir l’esclavage, Napoléon Bonaparte va le rétablir pour satisfaire l’égoïsme de ceux qui n’ont jamais connu d’autre dieu que l’argent et l’économie. Heureusement, les amis de Toussaint Louverture – que le pouvoir napoléonien a laissé mourir de froid dans le fort de Joux dans le Doux – vont reprendre le combat et triompher de l’armée de Napoléon à la bataille de Vertières en novembre 1803. Une victoire qui va aboutir à l’indépendance de Saint-Domingue, rebaptisé Haïti en janvier 1804. Cette victoire mérite de retenir l’attention de tous. Pourquoi ? Parce que c’est celle de citoyens français noirs qu’une volonté politique malsaine, ennemie de la République, a tenté de réduire à nouveau en esclavage.

   Hommage à Louis Delgrès et à Solitude. Leur détermination pour le maintien des idéaux d’égalité énoncés par la première république mérite, en ce XXIe siècle, l’admiration de nous tous qui croyons encore aux valeurs républicaines d’égalité et de fraternité. Indigné, révulsé par la décision du pouvoir napoléonien de rétablir l’esclavage, Louis Delgrès, sachant qu’il allait payer de sa vie le prix de la liberté qu’il voulait maintenir pour les siens, a adressé un message à la postérité de tous les Français : Noirs et Blancs. Combien sommes-nous à connaître la proclamation de ce républicain contre les ennemis de la République de son époque ? Combien sommes-nous à connaître le nom de ce grand défenseur de la République qui s’est fait exploser avec plus de 300 de ses compagnons de la Guadeloupe pour que vive la République ? Combien sommes-nous à être convaincus qu’il ne suffit pas de savoir quand les valeurs de la République ont été proclamées, mais quels sont ceux qui ont versé leur sang pour les défendre chaque fois qu’elles étaient menacées afin qu’elles nous deviennent chères aujourd’hui ? 

          Hommage à Jean-Baptiste Belley, commandant de la gendarmerie de Saint-Domingue et député de cette île. Alors qu’il faisait partie de l’expédition Leclerc de février 1802 chargée de reprendre l’île des mains de Toussaint Louverture, lui et d’autres militaires noirs seront écartés de l’armée sur instruction de Napoléon. Celui-ci avait décidé secrètement qu’il n’y aura plus jamais en France d’officiers noirs à un grade supérieur à celui de capitaine ! Jean-Baptiste Belley est arrêté, envoyé en France, assigné à résidence à Belle-île-en-Mer (Morbihan) où il mourra en 1805 à l’hôpital militaire de l’île. 

          Hommage à tous ceux qui, galvanisés par la victoire de Saint-Domingue devenue Haïti, ont partout dans les Amériques multiplié les rébellions, les marronnages, les suicides, les infanticides, permettant aux partisans européens de l’abolition de cet esclavage d’avoir suffisamment de courage pour défendre leur droit à la liberté et d’aboutir en 1848 au résultat que nous connaissons aujourd’hui.

       Nous disons ici à tous ceux qui croient, avec beaucoup de naïveté, que c’est la raison qui fait évoluer le monde, que le raisonnement philosophique et ses lumières n’ont pas empêché la France d’être le seul pays européen à avoir aboli l’esclavage deux fois et la traite trois fois, là où il a suffi d’une fois aux autres nations européennes. En effet, tant que l’écoute de l’autre ne sera pas une pratique ordinaire parmi nous, tant que les idéaux à atteindre ne seront pas clairement rappelés et portés par une réelle volonté politique, on assistera au délitement des valeurs de la République, car ses ennemis sont toujours là, en action. La France sera vraiment plus fraternelle lorsque nous serons plus nombreux à nous fixer pour objectif d’apprendre à mieux connaître l’autre pour respecter sa différence.

° Voir la vidéo du discours

Raphaël ADJOBI

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12 décembre 2020

Le matamorisme dans la police française

          Le matamorisme dans la police française

              (Thomas Legrand / France Inter – nov. 2020)

Le mot matamore vient de l’espagnol « matamoros » : littéralement « tueur de Maures », ces soldats noirs des armées arabes qui ont occupé l’Espagne durant huit siècles. Aujourd’hui, il est difficile de trouver sur Internet une définition en accord avec les représentations du passé qui montrent les Maures avec une peau noire à l’image de celle de Saint-Maurice.

La police française vrai visage

          Les modèles politiques de Gérard Darmanin, ce sont Clémenceau et Sarkozy qui, pense-t-il, ont assis leur autorité et leur popularité au ministère de l’intérieur en incarnant l’ordre. Mais l’ancien maire de Tourcoing a cru que le rétablissement de la sécurité c’était de complaire à toutes les demandes sociales et sécuritaires de la police. C’est en réalité avoir le pouvoir sur les policiers et ne pas se laisser influencer ni par leurs détracteurs ni par leur laudateurs systématiques.

          Comme le disait Clémenceau, « la guerre est une chose trop grave pour la confier à des militaires ». Cette maxime peut s’appliquer à Gérard Darmanin sous la forme suivante : « l’élaboration de la politique du maintien de l’ordre est une chose trop grave pour la confier à la seule police ». La police - c’est inhérent à sa fonction – proposera toujours l’escalade plutôt que la désescalade : plus de moyens, plus d’armements, plus de latitude. Avec Gérard Darmanin, Emmanuel Macron voulait un vrai politique à l’Intérieur. Mais à vouloir se servir de Beauvau (Ministère de l’Intérieur) pour asseoir sa propre autorité, Gérard Darmanin a laissé la logique policière prendre le pas sur le politique. Il croyait faire preuve d’autorité ; il a fait preuve de soumission envers la police. Et voilà qu’il est obligé, grâce à des images, de s’inquiéter des dérives de ceux sur qui il ne pèse plus. 

         

Robocop 2

          C’est vrai que lorsqu’il est arrivé au ministère de l’Intérieur, déjà les forces de l’ordre étaient dans un état d’esprit de surpuissance. Le macronisme ne disposant pas de parti politique ayant pied dans la société ni de lien avec des syndicats de salariés en mesure d’encadrer la colère sociale, ce sont donc les policiers, et eux seuls, qui ont sauvé l’exécutif et le coeur névralgique du pouvoir menacé physiquement au plus fort de la crise des gilets jaunes. Ils se sentent dès lors créditeurs et assez libres de leurs mouvements. Le ministre répète en permanence que c’est le corps le plus contrôlé ; mais il l’est avant tout par ses pairs et les condamnations sont rares, les dérapages violents : par exemple l’affaire du commissariat de police du XIXe arrondissement, l’affaire Théo, les mutilations par flash-ball, la technique de « ninçage », les fins de manif jamais contrôlées, les gardes à vue humiliantes. Tout s’est dégradé en matière de violences policières depuis des années. Eux-mêmes subissent les conséquences de cette escalade. 

         

Robocop

          Arrivant à Matignon, Jean Castex avait expliqué qu’il fallait se garder de tout matamorisme. Il avait expérimenté cette pratique qu’il nomme par ce mot imagé auprès de Nicolas Sarkozy. Coups de menton après promesse de Karcher, durcissement des peines après robocopisation des policiers, les courbes de l’insécurité ne se sont pas inversées. Et ce fut la défaite politique au bout ! Le matamorisme, disait Castex, vous revient toujours dans la figure. Il l’avait bien vu ; il ne l’a pourtant pas évité.

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26 novembre 2020

La monarchie républicaine française et la démocratie allemande (Jean-Marc Four / Raphaël ADJOBI)

              La monarchie républicaine française

                     et la démocratie allemande

                              (Jean-Marc Four)

France - Allemagne 3

le 24 novembre 2020, alors que le président Emmanuel Macron s’apprêtait à s’adresser aux Français pour leur annoncer les mesures qu’il a prises en vue d’un « déconfinement » échelonné, en Allemagne, la Chancelière Angela Merkel s’apprêtait le lendemain à réunir les patrons des 16 régions du pays pour discuter de la gestion du même problème. C’était l’occasion choisie par France Inter pour redire encore une fois combien ce que nous appelons en France une démocratie a tout du fonctionnement d’une monarchie. Voci le billet de Jean-Marc Four montrant qu’au-delà des résultats sanitaires qui témoignent d’une meilleure gestion de la crise du COVID-19 en Allemagne, avec trois fois moins de morts qu’en France, c’est bien le fonctionnement de deux systèmes politiques totalement opposés qui structurent les deux pays. Il nous convie à reconnaître qu’en France, nous avons une monarchie, alors que l’Allemagne a une démocratie.

Le billet de Jean-Marc Four

          « En Allemagne, le compromis et la consultation sont prioritaires. C’est une conséquence directe du fédéralisme. Ce qui explique la réunion des chefs de toutes les régions autour de la Chancelière, comme celle-ci le fait toutes les deux ou trois semaines, pour trouver des compromis sur les restrictions pour le mois de décembre. Là-bas, le système politique est horizontal : le pouvoir et les responsabilités sont partagés entre l’État central et les régions. Bien sûr, de temps à autres, cela crée des cacophonies. Mais ce fonctionnement a le mérite d’imposer la recherche d’un terrain d’entente ; le consensus est une vertu cardinale. En France, presqu’à l’inverse, le compromis est systématiquement soupçonné d’être entaché de collaboration ou de compromission ; on préfère les querelles, donc pas de compromis. Conséquence : le système est vertical ; les décisions tombent d’en haut. Cela saute aux yeux dans la gestion du virus. Un risque de penchant autoritaire est évident.

          En Allemagne, la question des libertés est centrale. Le mot revient à vingt-cinq reprises dans la Loi fondamentale - l’équivalent de notre Constitution. Et depuis le début du confinement en mars, le débat est permanent et transparent sur l’équilibre à trouver entre restrictions sanitaires et préservation des libertés. Les juges en sont les garants. Le pouvoir judiciaire allemand a été saisi à plus de 250 reprises sur les limitations liées au confinement. Et parfois les juges ont mis fin aux restrictions - en autorisant par exemple les réouvertures des bars à Berlin. On y réfléchit à trois fois avant de limiter les droits sans doute parce que, avec les dictatures nazie et communiste, on a déjà payé pour voir. La France, elle, gère la crise dans un conseil de défense qui n’est guère transparent. Conseil de défense ! Tout est dit. C’est la métaphore guerrière, présente depuis la première intervention de Macron. Et c’est logique parce que la cinquième République s’est bâtie sur un logiciel militaire en pleine guerre d’Algérie. L’arsenal répressif est donc toujours prêt à ressortir avec l’assentiment d’une grande partie de la population. On le voit aussi avec la loi sur la sécurité globale.

          La Presse allemande n’en revient pas. Pour elle, certaines mesures françaises sur le confinement, comme les autorisations de déplacement, relèvent d’un « Absurdistan autoritaire ». Cela nous oblige à regarder du côté du rôle du chef. Evidemment en Allemagne, la Chancelière rend des comptes devant le parlement, en toute transparence. Elle ne concentre pas tous les pouvoirs. En France tout est pyramidale ; c’est une monarchie républicaine : le chef de l’État doit décider de tout, tout le temps ! C’est la tradition bonapartiste revue et corrigée par le général de Gaulle avec l’instauration de l’élection du président au suffrage universel en 1962. Un principe du plébiscite dans les faits. Cela comporte d’ailleurs une part de risque, parce que le chef de l’État est seul en première ligne. On voit cela avec la gestion de la pandémie.

          […] Il s’agit ici de dresser un constat sur le fossé entre les deux sociétés. Là où les Français attendent un ordre venant d’en haut - « Restez confinés ! » - pour mieux obéir à cet ordre ou le contester, les Allemands, eux, décident collectivement - « Nous allons nous confiner ». C’est très différent. Il y a quelques jours, un journal allemand signait un article au vitriol sur la France. On y lit cette phrase : « En France, le sommet a toujours raison, même quand il se trompe ». Et il conclut : « Il est temps de faire une mise à jour démocratique ».

France Inter - 24 novembre 2020.

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28 juin 2020

La France et la culture de la haine du Noir

          La France et la culture de la haine du Noir 

Caricature et Rhénanie

          Les quatre grands contributeurs aux théories racialistes qui ont inondé le monde sont bien connus de tous aujourd’hui ; il s’agit de l’Angleterre, des Etats-Unis, de l’Allemagne et de la France. Et la popularisation de l’infériorité du Noir par rapport au Blanc s’est faite à travers toute l’Europe et l’Amérique du Nord – du milieu du XIXe siècle au début du XXe siècle - grâce aux nombreuses expositions coloniales que le musée du Quai Branly a rappelées à notre mémoire par son exposition «L’invention du sauvage» en 2011 – 2012. Mais au-delà de ce travail collectif contre l’homme noir, la France s’est illustrée par une politique singulière qui a entretenu durablement la haine du Noir en Europe.

Caricature allemande LE NEGRE

          A la veille de la guerre de 1914-1918, la France disposait d’un empire colonial de près de 50 millions d’habitants. Devant l’indispensable puissance que réclamait la première guerre mondiale, elle a puisé dans les ressources humaines de ses colonies. Ce seront «les poilus des colonies» dont des générations de Français n’entendront jamais parler. A ces militaires, il convient d’ajouter une foule non négligeable de travailleurs coloniaux que la France a fait venir pour des tâches subalternes. Le général Mangin, qui a favorisé la création de cette armée d’Afrique dite «Force noire», prétend que «Les Noirs d’Afrique au système nerveux moins développé sont inaccessibles à l’anxiété par anticipation et n’éprouvent qu’une légère frayeur» (Armelle Mabon – Prisonniers de guerre «indigènes»). Aussi, l’ordre était de «ne pas ménager le sang noir pour conserver un peu de blanc» (général Nivel). Et pourtant, malgré les sacrifices consentis sur tous les fronts et particulièrement lors de l’offensive du «Chemin des dames» où l’on dira qu’ils ont servi de chair à canon, les Africains sont absents des livres d’histoire, des manuels scolaires et des réalisations cinématographiques. Selon l’historien Anthony Clayton, «dans les tranchées, les tirailleurs ont subi des pertes supérieures à celles des unités françaises» (id. Armelle Mabon) pour la simple raison que servant principalement dans l’infanterie, ils étaient plus exposés. 

Caricature allemande OK

          Après la victoire des alliés, non contente de partager les colonies allemandes d’Afrique avec l’Angleterre, la France va pousser l’humiliation de l’ennemi plus loin en occupant la Rhénanie dès décembre 1918. Et devinez quelles troupes seront chargées de cette tâche ! Les troupes coloniales, et particulièrement celles d’Afrique noire ! «Un fait qui va marquer durablement les esprits tant civils que militaires, des deux côtés du Rhin. Les Allemands n’ont pas accepté cette présence sur leur sol et ont pris ce prétexte pour présenter la France auprès des instances internationales comme une ennemie de la civilisation». Une virulente campagne de presse, illustrée de caricatures explicites, est lancée par l’Allemagne et reprise dans toute l’Europe jusqu’aux Etats-Unis «contre l’inhumanité des troupes d’occupation et plus particulièrement contre la brutalité des soldats coloniaux qui terrorisent les femmes rhénanes désarmées devant la bestialité sexuelle de ces bêtes en uniforme, ces indicibles monstres, des animaux humains, des hyènes noires, des hommes singes du continent noir» (Jean-Yves Le Naour – La honte noire. L’Allemagne et les troupes coloniales françaises ; cité par Armelle Mabon). Toute l’Europe est scandalisée : des Noirs sont venus tuer des Blancs et occupent désormais l’Allemagne ! Cet événement et cette campagne, à laquelle la France participe gaiement, feront émerger «la honte noire» - die «schwarze schande» - aux graves répercussions bien après la fin de l’occupation. Selon les historiens, Hitler s’en est inspiré pour écrire Mein Kampf et sa théorie nazie.

Caricatures françaises OK

          En tout cas, en 1940, les soldats de l’empire colonial étaient encore là pour la seconde grande guerre. Malheureusement, suite à la victoire rapide de l’Allemagne, la vengeance de celle-ci sera terrible ! Les Allemands vont montrer à l’Europe entière et à la France ce qu’il en coûte d’envoyer des Noirs tuer des Blancs ! Dans la Somme (80) et un peu partout, ils procèdent à des massacres de bataillons noirs. Un millier d’entre eux seront exécutés entre le 24 mai 1940 à Aubigny, en Bourgogne, et le 22 juin 1940 autour de Lyon (Armelle Mabon – Prisonniers de guerre «Indigènes»). Les autorités françaises refuseront d’honorer ces prisonniers massacrés – souvent classés disparus - parce que, selon elles, ils ne sont pas morts au combat. Leur mort ne compte pas ! Pourtant, comme ceux enfin honorés à Reims en 2018 par un monument, ils ont quitté leur père et leur mère, et parfois femme et enfants, pour venir défendre à des milliers de kilomètres ce qu’ils appelaient alors «la mère patrie». Résultat : ils n’ont récolté que la haine ou le mépris des Européens à l’encontre de leurs descendants.

Raphaël ADJOBI

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Posté par St_Ralph à 18:54 - Actualités françaises - Commentaires [2] - Permalien [#]

12 juin 2020

Les policiers français obtiennent le droit de continuer à étrangler des Noirs et des Arabes

Les policiers français obtiennent le droit de continuer à étrangler

                                         des Noirs et des Arabes

 

La police française 3

         Les policiers se disant avoir été insultés par leur ministre – journal télévisé du 11/06 – et réclamant le rétablissement de la clef d’étranglement lors des interpellations viennent d’obtenir gain de cause, selon la radio France Inter (12/06). En d’autres termes, ils pourront comme par le passé continuer à étranger des Noirs et des Arabes en toute impunité.

          Tous ceux qui ont été quelque peu curieux ont pu voir avec quel plaisir un policier français blanc a imité son collègue américain sans soulever d’indignation dans la classe politique française. Il a fallu une manifestation de grande envergure, mais surtout il a fallu une solidarité manifeste à George Floyd en Allemagne et en Angleterre pour que les autorités françaises annoncent des mesures contre les pratiques violentes de notre police. Un ou deux jours plus tard, il a suffi que cette police dise se sentir insultée pour que nous revenions à la case «départ». Ce que nous avons cru avoir gagné a été déjà perdu !

          Nous sommes tous devant une réalité. Dans notre pays, des agents de l’État chargés non pas de notre santé ou de l’éducation de nos enfants mais de notre sécurité obtiennent d’un ministre – donc d’un seul homme – le droit d’étrangler des citoyens parce qu’ils jugent que cela leur convient très bien ! Oui, les policiers disent : «si nous ne pouvons pas étrangler quelqu’un que nous interpellons, notre métier n’est plus intéressant ; nous n’y trouvons aucune dignité. Etrangler est pour nous une nécessité vitale»

          Les policiers ont oublié qu’ils ne sont pas des mercenaires ou une garde prétorienne, c’est-à-dire un groupe d’individus armés à la solde d’un homme. Il convient de leur rappeler qu’ils sont au service des individus de peu d’importance que leurs épouses et leurs enfants côtoient quotidiennement au sein de ce qui s’appelle la société française. Le ministère de l’Intérieur n’est pas la société française mais une institution alimentée financièrement par les citoyens qu’ils veulent avoir le droit d’étrangler impunément.

          Par ailleurs nos chers policiers refusent d’être suspendus pour racisme si la preuve n’est pas faite. Faisons remarquer à ces policiers que jamais ils n’ont reconnu que leurs propos enregistrés et leurs gestes filmés étaient des preuves suffisantes de leur racisme. Combien de policiers français blancs ont-ils reconnus avoir été racistes ? Il n’appartient à aucun individu de reconnaître qu’il est raciste, misogyne, sexiste, homophobe pour être condamné. C’est au regard des témoignages – en l’absence de preuves matérielles – que la loi s’applique.

 

La police française 6

          Il convient de rappeler de temps à autre à cette catégorie de compatriotes qu’ils sont à notre service pour notre sécurité et non pas pour appliquer des méthodes ignobles contre nous. Les citoyens ont le droit d’exiger de n’importe quel corps de métier que des pratiques qui leur sont préjudiciables soient interdites. Aucun corps de métier ne doit exiger d’une institution de la république des méthodes brutales que les citoyens ne veulent pas voir. Chaque policier doit se poser cette question, chaque matin, au moment de quitter sa demeure : «au service de qui suis-je ?»

Raphaël ADJOBI

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05 juin 2020

La France et ses policiers : l'imitation des Etats-Unis

        La France et ses policiers : l’imitation des Etats-Unis

 

Le mimémétisme

          Selon les personnalités de la haute sphère de l’État jusqu’à l’illettré des villes et des confins de la France hexagonale, il n’y a pas de violences policières en France. Quiconque affirme le contraire donne la preuve qu’il n’aime pas la France ; et s’il s’avère que l’individu est Noir ou Arabe, il doit être déchu de sa nationalité parce qu’indigne d’être Français. Grâce au socialiste François Hollande, cette disposition existe et s’applique à tous ceux qui sont susceptibles de l’être selon des critères que l’on devine relatifs à la couleur de la peau ou à une origine indésirable. Donc une loi à géométrie variable.

          Pour marquer leur attachement à la police et à la gendarmerie française, des maires – des élus des populations et donc de la République – ont organisé des cagnottes pour soutenir leurs actions violentes que dénonçaient les Gilets jaunes éborgnés ou aux membres déchiquetés. Apparemment – au regard des analyses des journalistes des chaînes de télévisions et de radios – ces élus représenteraient la majorité des Français.

          Lorsqu’à la fin de mai 2020, cette catégorie de la population française vit le film de la mise à mort de l’Américain George Floyd – qui dura plus de huit minutes - elle se mit à enquêter pour savoir si l’homme n’avait pas une insuffisance respiratoire due à une quelconque maladie ou malformation cardiaque. Cette démarche était nécessaire parce que le bourreau était un Blanc et qu’il fallait l’innocenter ! C’est exactement ce que ces mêmes personnes disent des femmes violées : n’auraient-elles pas porté quelque vêtement trop attirant, une jupe trop courte qui aurait facilité le passage à l’acte, quelque faiblesse congénitale qui ne les aurait pas permis de résister assez vaillamment à l’agresseur ? Cela nous renvoie aussi à un passé pas trop lointain où l’on analysait les membres de l’Américain Carl Lewis pour savoir si ses performances n’étaient pas dues à quelques spécificités de sa «race noire». Avec les nègres, on ne sait jamais ! Il en a été ainsi de la patineuse noire Surya Bonaly, inégalable dans l’art de faire des sauts et des acrobaties sur la glace. Les Blancs déclarèrent son agilité et ses prouesses hors des normes du patinage classique et donc indignes d’être élevées au rang de l’art du patinage. Philippe Candelero survint, l’imita et fut adulé ! L’honneur des Blancs est sauf !

          A partir de toutes ces observations, il est clair qu’un policier français qui tente d’étranger un Noir à la manière de son collègue blanc américain ne mérite pas d’être dénoncé par de grands titres de journaux. Aucun homme politique ne profite de la similitude du geste pour rappeler toute la police à l’ordre républicain, au respect de la vie de l’autre. Un appel clair à ne pas suivre l’exemple américain était attendu. Eh bien, cet appel n’est jamais venu ! Et cela parce qu’ en France, nous ne sommes pas racistes ! Nos policiers sont intègres. C’est chose connue, irréfutable ! Tous ceux qui prétendent que la police française est largement infiltrée par les néo-nazis - comme la police américaine est essentiellement partisane du Ku klux klan et autres suprématistes blancs – sont vus comme des ennemis de la République. Aujourd’hui, quand tu ne penses pas comme ton voisin qui pense comme le président de la république et ses ministres, tu es un ennemi de la France. Vive cette France-là ! L’autre France, allez vous faire voir ailleurs.

          En France comme aux Etats-Unis, chaque matin, avant d’embrasser sa femme et ses enfants, et avant de quitter leur domicile, de nombreux policiers blancs se placent face à la glace de leur salle de bain et font une prière que l’on devine aisément avoir un lien avec le plaisir de se faire un nègre. 

          Des Français qui vont mettre un genoux à terre devant l’ambassade des Etats-Unis, c’est de la poutre aux yeux ! Balayons devant notre porte ! La France imite les Etats-Unis. Si nous ne sommes pas capables de lutter contre le racisme chez nous, ne montrons pas ce pays du doigt. Commençons par avoir le courage d’être honnêtes. Il est nécessaire que le Président de la République ou le Premier ministre dise clairement et publiquement aux forces de l’ordre ce que la nation attend d’elles : la protection de tous en toute intelligence et non l’application inintelligente des ordres et des méthodes apprises à l’école ; car appliquer les ordres sans conscience est un crime contre la République ! L’enseignant que je suis n’adapte pas sa science à la couleur de la peau ou à l’origine de son élève. Cette règle doit être celle de la République !

Raphaël ADJOBI

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08 mai 2020

Commémoration de l'abolition de l'esclavage 2020 (Raphaël ADJOBI)

172e anniversaire de l’abolition de l’esclavage

                           10 mai 2020

Commémoration 2020 Raph 001

Cher(e)s adhérentes et adhérents de la France noire

Chers ami(e)s,

          Le respect des mesures sanitaires prises par notre pays explique cette année l’absence d’appel à se retrouver fraternellement dans un même lieu pour commémorer le 172e anniversaire de l’abolition de l’esclavage. Cependant, conscients de l’importance du devoir de ne pas oublier les moments terribles de notre histoire, les membres du bureau de La France noire voudraient honorer avec vous – par le biais de cette vidéo – la mémoire de tous les captifs africains qui, déportés dans les Amériques, sont morts en participant en tant qu’esclaves au développement et au rayonnement du royaume de France puis de la République, et surtout la mémoire de tous ceux qui sont morts dans la quête de la liberté, et donc pour l’abolition de l’esclavage.

          Mais n’oublions jamais que nous honorons également la mémoire de tous les Africains morts durant les siècles de la traite parce que la France – comme les autres puissances d’alors - voulait absolument satisfaire sa volonté et son besoin de s’enrichir en développant ses colonies américaines. Il s’agit de la mémoire de tous les Africains qui sont morts sur les lieux de capture, celle de ceux morts en captivité dans les comptoirs européens du golfe de Guinée, la mémoire de tous ceux qui se sont suicidés pour échapper à la déportation, qui sont morts sur les navires par maltraitance ou par manque de soin, la mémoire de tous ceux qui, à partir de 1807, ont été jetés collectivement à la mer par les négriers qui ne voulaient pas voir leur navire arraisonné et confisqué par l’Angleterre ; l’Angleterre qui avait commencé à faire la police sur l’Atlantique. Oui, à partir du début du XIXe siècle, par groupe de 200 à 500 personnes, des milliers d’Africains ont été engloutis vivants dans l’océan pour le prix d’un navire négrier qu’il fallait sauver !

          Ce moment de partage d’une mémoire commune est aussi l’occasion de ne pas oublier notre jeunesse et l’enseignement qu’elle reçoit sur ce chapitre. Il est important de veiller à la justesse de l’héritage de l’histoire de la traite et de l’esclavage dans les manuels scolaires. Il convient de se montrer vigilant quant aux nombreuses questions et analyses insidieuses tendant à favoriser les interprétations fantaisistes – pour ne pas dire fallacieuses ; des interprétations qui n’ont pour seul but que de dégager les Européens de la responsabilité de la traite et en même temps de vider la commémoration de l’abolition de l’esclavage de son sens fondamental qui est le crime contre l’humanité. Nous ne devons jamais perdre de vue que l’histoire de France nous enseigne que quand une puissance étrangère s’implante sur une terre qui n’est pas la sienne pour procéder à la déportation des populations sur une autre terre étrangère afin que s’accomplisse son projet final personnel, cette puissance est la principale responsable du crime ; même si, dans son entreprise, elle a bénéficié d’une collaboration locale. En d’autres termes, ce sont les Européens qui portaient le projet initial - le développement de l’Amérique - avec une finalité claire – l’enrichissement de leur royaume - qui sont indubitablement les principaux responsables de l’entreprise dont les conséquences sont qualifiées de crime contre l’humanité, et non leurs «collabos» africains. Et c’est ce qui doit être retenu, parce que c’est ce que notre pays a reconnu par la loi dite Taubira de 2001 !

          Notre association, La France noire, saisit aussi l’occasion pour rendre hommage à tous les Français blancs de bonne volonté qui, hier comme aujourd’hui, dans la tradition humaniste de leurs aïeux, tels Olympe de Gouges et l’abbé Grégoire, ont toujours marché aux côtés de leurs frères Noirs pour mener le combat de la reconnaissance de leur dignité humaine ainsi que celui de la reconnaissance de l’héritage africain de la France. C’est ensemble, cher(e)s ami(e)s, que nous construirons la fraternité républicaine, le troisième pilier de notre devise nationale.

Le discours en vidéo : www.lafrancenoire.com

Raphaël ADJOBI

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19 avril 2020

Pourquoi la France de demain sera comme celle d'avant le confinement (Raphaël ADJOBI)

    Pourquoi la France de demain sera comme celle d’avant

                                   le confinement

Demain ne changera pas

          «Rien ne sera comme avant», entend-on dire çà et là ; ou encore, «il y aura un avant et un après le covid-19». A ceux à qui il est arrivé – durant cette période de confinement - de formuler à haute voix l’une ou l’autre de ces deux expressions ou même de les avoir pensées, nous disons ceci : ne confondons pas le travail d’introspection ou de réflexion relatif à notre vie, qui dépend de chacun de nous, et nos rêves d’une société meilleure qui dépendent de ceux qui nous gouvernent. Dans les deux cas, afin que ce qui est désiré ou souhaité ait de fortes chances de se réaliser, il faut commencer par changer notre manière d’agir. En d’autres termes, il faut absolument - individuellement ou collectivement - mettre en œuvre des actions différentes ou intensifier celles que nous menions déjà et que nous estimons convenir à notre objectif.

          Pour ce qui est précisément de l’attente d’une société meilleure, nous sommes certains qu’il n’y aura pas, en France, un «avant» et un «après» le coronavirus. Tout a été préparé pour que tout le monde rentre dans les rangs et que la vie reprenne comme avant. D’ailleurs, à écouter les différentes familles, c’est le retour à la normalité qui domine. Le reste relève du rêve dont peu de personnes sont prêtes à prendre la responsabilité de sa réalisation.

            Tout sera dans la manière dont fonctionnera le pouvoir 

          A la mi-mars, c’est de manière tout à fait verticale que la parole du président de la république nous a contraints au confinement. Et c’est encore de la même manière verticale que le lundi 12 avril cette parole nous a annoncé la progressive reprise de nos activités à partir du lundi 11 mai. Nous savons que dans les traditions mythologiques et chrétienne de l’Europe, c’est à l’homme - par opposition à la femme - qu’appartient le verbe, le logos, le commandement, «le goût vertical de la transcendance, de l’universel» (Olivia Gazalé – Le mythe de la virilité, éd. Robert Laffont, 2017). Malheureusement, les pouvoirs politiques européens sont calqués sur cette verticalité que la France nous inflige de manière singulière – grâce à la Ve République - à longueur de décennies malgré nos protestations : le sommet commande, la base obéit. Ainsi, il n’y a jamais eu de débat entre les représentants des populations et les gouvernants avant l’annonce du confinement et celle de sa sortie progressive.

          A la suite du président de la République, le ministre de l’Education nationale a annoncé au public les mesures ou les dispositions qui seront mises en place pour l’organisation du travail des enseignants et des élèves : petits groupes (?), masques (?) … Disons tout de suite que pour ce qui concerne la réalité des acteurs du terrain – les professeurs – le ministre n’a aucune maîtrise de leurs compétences et de leur inventivité dans les circonstances aussi exceptionnelles que l’entrée et la sortie progressive d’un confinement. A l’annonce du confinement, ce fut la débrouille pour les enseignants, les élèves et les parents. Le ministre avait affirmé avec assurance que les enseignements se feraient à distance via les ordinateurs, sans s’être assuré que toutes les familles de France disposaient de cet outil et le maîtrisaient ni même qu’elles n’avaient pas toutes la capacité de suivre le travail de leur progéniture. Quant au chiffre du nombre d’élèves qui ont pu suivre régulièrement et totalement, partiellement ou pas du tout l’enseignement de leurs professeurs, les données du ministre n’ont absolument rien à voir avec la réalité. C’est même une honte de l’entendre parler de ce qu’il n’a jamais maîtrisé. L’insondable inégalité de traitement que notre système éducatif inflige aux populations est désormais claire et incontestable ! Il est certain que la sortie progressive du confinement se fera aussi dans la débrouille, mais sûrement de façon encore plus douloureuse parce qu’elle étale déjà de manière très éclatante le manque de concertation entre la base et le sommet de la pyramide du pouvoir vertical. Les modalités de cette reprise qui arrivent à compte-goûte sur les ondes par la voix des différents intervenants dont les enseignants ignorent totalement les compétences et les pouvoirs administratifs ne cessent d’alimenter leurs questionnements. Dans tous les cas, les professeurs sont les vrais maîtres de notre enseignement. Les autres ne sont que des administratifs prétentieux.

                   La Ve République : une caricature de la démocratie

Reprise de la normalité 3

          A vrai dire, ce qu’il faut à la France pour sortir de ce mensonge entre le sommet qui croit avoir la maîtrise de toute chose et la base qui court dans tous les sens en interprétant l’écho de la parole verticale qui lui parvient, c’est un rapprochement pour un vrai partage des connaissances et une analyse précise de la réalité du terrain. Avant de donner une parole publique, le ministre doit avoir travaillé avec les enseignants afin d’avoir une idée de ce qui est envisageable. Malheureusement, avant l’annonce du confinement et de la progressive reprise, le ministre de l’Education nationale n’a visiblement pas eu l’idée de travailler avec les enseignants pour proposer des modalités de travail à peu près convenables.

          Cela revient à dire que tant que nos autorités n’auront pas compris qu’elles doivent changer leur méthode de nous diriger, notre société demeurera dans les difficultés qui nous font souffrir et nous poussent à gémir et à descendre dans les rues. Elles n’ont toujours pas compris que nous en avons assez de les voir se comporter comme des bergers et nous traiter comme des moutons dont les mouvements doivent suivre ceux de leur houlette ; des moutons évidemment jugés incapables de penser et d’agir par eux-mêmes. Il faudra sûrement que – dans notre très grande majorité – nous montrions enfin à nos autorités que nous n’avons pas besoin de bergers savants et que nos savoirs sont suffisants pour nous permettre de nous conduire de manière collégiale. Si nous voulons que notre société change, nous devons cesser de moutonner et le faire clairement savoir. Aujourd’hui, le fonctionnement de la Ve république apparaît clairement comme une caricature de la démocratie parce qu’elle repose sur les mouvements de lèvres d’un seul homme : le président de la république ou chacun de ses ministres.

Raphaël ADJOBI

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29 mars 2020

Le débat autour de la chloroquine : entre scandale sanitaire et crime contre l'humanité (Raphaël ADJOBI)

                         Le débat autour de la chloroquine :

         entre scandale sanitaire et crime contre l’humanité

 

La chloroquine ou Nivaquine

          En ce mois de mars 2020, la très forte insistance sur la dangerosité de la chloroquine (nivaquine) et le refus de sa prescription dans le traitement du coronavirus – ayant des symptômes proches du paludisme - avaient été accueillis, par ceux qui la prennent ou l’ont prise depuis leur enfance ou encore à un moment de leur vie, comme une véritable bombe. Ainsi donc, se disaient-ils, les médecins nous prescrivaient du poison ! Pour eux, c’était en clair un crime organisé que le corps médical français venait enfin d’avouer. Ils étaient par conséquent prêts – et nous avec eux - à crier au crime contre l’humanité. Mais le changement de position du gouvernement se pliant enfin aux recommandations du Docteur Didier Raoult - après deux semaines d’opposition puis d’hésitations qui ont précédé l’acceptation de l’usage de la Chloroquine dans le traitement du coronavirus en France – oblige tout le monde à formuler d’autres interrogations. Mais avant cela, il importe de faire l’historique de l’objet incriminé et des débats qui ont accompagné son rejet.

                                    Petite histoire de la chloroquine ou nivaquine

         En Afrique et dans les Amériques – où les Européens découvriront ses bienfaits – les populations autochtones connaissent depuis très longtemps l’usage de l’écorce de l’arbre qui guérit de la fièvre paludique (le chinchona – le quinquina). C’est de cet arbre que les Européens vont isoler, au XIXe siècle, l’antipaludique dénommé la quinine. Puis une série de substituts seront créés au début du XXe siècle (plasmoquine, rhodoquine, résochine, sintochine…). En 1949, la chloroquine - substitut synthétique de la quinine – est mise sur le marché français sous le nom de nivaquine et sur le marché américain sous le nom de aralen. 

                     Pourquoi tant de médecins français contre la chloroquine?

La Nivaquine

          Cela fait donc soixante-dix ans que la chloroquine – ou la nivaquine – est entrée dans les prescriptions médicales contre le paludisme pour les populations africaines. Les soldats européens opérant sous les tropiques et les voyageurs qui y séjournent connaissent le même traitement depuis cette époque. Et pourtant, la toxicité aiguë de cet antipaludique – dénoncée aujourd’hui à grands cris - était connue et citée dans des études médicales dès 1940. «ses effets nocifs, multi-organigues si ce n’est systémiques, ainsi que ceux de ses dérivés […] ont été peu à peu précisés, dans les années 1950» (Wikipédia). Et évidemment les effets secondaires indésirables n’étaient pas ignorés non plus : «les effets toxiques [de la chloroquine ou de la nivaquine] incluent des réactions neuromusculaires, auditives, gastro-intestinales, cérébrales, cutanées, oculaires, sanguines et cardiovasculaires». Eh bien, les uns et les autres pouvons être d’accord que cela fait tout de même beaucoup ! Et pour enfoncer le clou, voilà que de nombreux médecins français, dont le docteur Bruno Canard (directeur de recherche au CNRS, université d’Aix-Marseille), nous disent en ce mois de mars 2020 que l’efficacité de la chloroquine n’est prouvée qu’en laboratoire mais que «sur des modèles animaux, ou sur des malades, le traitement n’a pas montré d’efficacité phénoménale» (entretien accordé au journal Le Point, publié sur son site). Inefficace et dangereux ! Voilà donc clairement énoncés les éléments d’un crime contre l’humanité ! Mais force est de constater que cela fait soixante-dix ans que des femmes, des hommes et des enfants suivent ce régime médical en Afrique et ailleurs dans le monde et éprouvent son efficacité phénoménale malgré sa toxicité. De même que le doliprane, souvent déconseillé à cause de sa toxicité - et donc de sa dangerosité – demeure efficace dans le traitement de certaines maladies, la chloroquine a fait son chemin sans scandaliser personne jusqu’en mars 2020.

          Que faire ? Quelle décision prendre ? Heureusement, voilà que la Chine se présente en arbitre. C’est tout à fait consciente de l’efficacité reconnue de la chloroquine depuis près de soixante-dix ans que ce pays a opté, sans hésiter, pour son usage à grande échelle dans son combat contre le coronavirus ayant quelques symptômes communs avec le paludisme. Résultat : elle a effectivement jugulé la pandémie et propose aujourd’hui son expérience aux contrées atteintes par ce virus foudroyant. Tout à coup, l’expérience chinoise contredit le docteur Bruno Canard et tous les autres médecins sceptiques dressés contre le docteur Didier Raoult qui avait tout de suite mis son « serment d’Hippocrate» en avant et avait continué à administrer le médicament. Toute honte bue, tous les sceptiques reconnaissent finalement l’efficacité du médicament et n’ont plus comme argument que ses effets secondaires, c’est-à-dire sa dangerosité : «Les données chinoises publiées le 19 février par le département de pharmacologie de l’université de Qingdao sont parcellaires : la chloroquine permet de lutter contre la pneumonie provoquée par le coronavirus, mais les données ne disent rien sur la toxicité ou d’éventuels effets secondaires» (Docteur Bruno Canard sur le site du journal «Le Point»).

                                                            A qui profite le crime ?

          Quels menteurs tous ces médecins français ! Pour qui nous prennent-ils ? Comme nous l’avons vu plus haut, les données sur «la toxicité ou d’éventuelles effets secondaires» de la chloroquine, le monde médical les connaissait depuis le milieu du XXe siècle. Mais laissons-là notre colère. Maintenant que ces messieurs qui attendent l’avènement du remède efficace dans une quinzaine de jours se sont alignés sur la position du docteur Didier Raoult et de ceux qui prennent la nivaquine depuis soixante-dix ans, posons-nous cette question : qui est chargé de trouver le remède miracle que nous devions attendre en redoutant constamment la mort ? A qui profiteraient les morts durant ces quinze jours d’attente ? Ultime question : ces dames et ces messieurs sont-ils sûrs que dans quinze jours ils nous annonceront le remède miracle ? De toutes les façons, ils ont réussi à forcer le gouvernement à limiter le champ d’application de la chloroquine à tel point que le virus ne sera pas jugulé dans quinze jours. Ils auront donc le temps d’entrer en scène avec leur remède miracle assez rapidement ; sinon, ils ne pourront qu’être hués. Et nous ne manquerons pas de crier en choeur : «ressuscitez nos morts !»

Raphaël ADJOBI

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28 décembre 2019

La Négresse de Biarritz ou Biarritz la Dégueulasse

                                     LA NEGRESSE

 Biarritz rend hommage à une prostituée noire

   pour service sexuel rendu aux soldats de Napoléon

La Négresse 2

            Alors qu'aucune ville de France n'honore le général Alexandre Dumas, le plus glorieux soldat français de la fin du XVIIIe siècle* - cela pour respecter une mesure prise par Napoléon en 1802 - le maire et le Conseil municipal de Biarritz, adeptes de l'empereur, ont décidé d'honorer une prostituée noire pour service sexuel rendu aux soldats de leur idole.

            Comment, en ce XXIe siècle, en pleine République, un maire et tous les membres du conseil municipal peuvent-ils s'accorder pour reconnaître en une prostituée une gloire nationale au point d'indiquer par la couleur de sa peau tout un quartier de la ville de Biarritz ? Oui, le quartier Harausta de cette ville du pays basque a été débaptisé en 1986 pour honorer, dit-on, une femme noire pour service sexuel rendu aux soldats de Napoléon. Ce quartier s'appelle désormais La Négresse.

                                     Biarritz la dégueulasse !

            Le quartier Harausta était au départ le nom d'une auberge. «L'auberge Harausta, dit  Monsieur le maire, était tenue par une femme très brune, sans doute d'origine mauresque, que les soldats de Napoléon 1er, de passage lors des combats de 1813, avaient surnommée La négresse». Selon Monsieur Michel Veunac, maire de Biarritz, «cette appellation est historique». Bien sûr Monsieur le maire, nègre, négresse, bamboula, font partie de l'histoire de la langue française et traduisent bien l'esprit de sa population à une époque donnée. Mais nous pensons sincèrement qu'accepter que toutes les appellations racistes ou discriminatoires de l'histoire soient dignes d'être honorées par sa  ville, c'est assurément faire preuve de beaucoup de bassesse dans ses jugements. D'autre part, le nom Harausta était aussi une appellation historique. Pourquoi l'avoir changée ? 

            Rappelons que le racisme de l'époque de Napoléon voudrait qu'une Noire ne soit pas appelée par son nom propre mais par la couleur de sa peau. C'est-à-dire qu'un Noir ou une Noire n'était pas une personne mais une chose, un objet, un meuble !  C'est donc cette chosification de la personne humaine que perpétue la mairie de Biarritz par le nom La Négresse ; sinon, elle aurait choisi le vrai nom de cette tenancière de bordel. De même, alors que 12% seulement des artères ou des équipements publics de la capitale célèbrent la mémoire d'une femme illustre, la discrimination ordinaire de notre passé fait que leur sexe est souvent escamoté ! Ainsi, on ne sait pas si la rue Rochechouart, à Paris, rend hommage à un homme ou à une femme. Il en est de même de l'impasse de La Tour-d'Auvergne et de la rue Vigée-Le-Brun. Oui, à une certaine époque, il fallait chosifier les Noirs en ne les appelant jamais par leur nom propre, et il fallait aussi cacher les femmes blanches célèbres sous le nom de famille de leur mari, de leur père ou de leur frère en omettant leur prénom forcément fémin.   

            Le Conseil de Paris vient de songer à la réparation de cette discrimination à l'égard des femmes en votant le changement progressif des plaques cet hiver 2019-2020 (Télérama du 4/12/2019). Enfin, le public saura clairement que ce sont des femmes, des êtres humains différents des hommes qui sont honorés. Enfin, ces femmes auront une identité claire, reconnaissable par tous. Et nous pensons que le conseil municipal de Biarritz devrait s'inspirer du bon sens de Paris plutôt que de s'enferrer dans le racisme en invoquant l'histoire pour continuer à appeler un être humain La Négresse. Rappelons à Monsieur Michel Veunac que «chaque génération a le droit de défaire le monde et le refaire selon ses rêves», que chaque génération a le droit de refuser de porter les sabots des aïeux et de dormir dans leurs draps laissés en héritage. Seule une volonté délibérée de perpétuer une image négative d'une frange de la population française peut justifier la passion d'une cité pour la performance sexuelle des hommes sur le corps d'une négresse. Dans ce cas, Biarritz mérite d'être appelée "Biarritz la dégueulasse" !    

Raphaël ADJOBI

 * Si vous trouvez une rue de France portant la mention "Général Alexandre Dumas", laissez-moi un message avec les précisions qui s'y rapportent. 

Biarritz la dégueulasse

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