Lectures, analyses et réflexions de Raphaël

Vous trouverez ici des comptes rendus de lectures livresques concernant essentiellement l'histoire des Noirs d'Afrique et celle des Afrodescendants des Amériques et d'Europe. Les actualités de la diaspora africaine ne sont pas oubliées.

28 décembre 2019

La Négresse de Biarritz ou Biarritz la Dégueulasse

                                     LA NEGRESSE

 Biarritz rend hommage à une prostituée noire

   pour service sexuel rendu aux soldats de Napoléon

La Négresse 2

            Alors qu'aucune ville de France n'honore le général Alexandre Dumas, le plus glorieux soldat français de la fin du XVIIIe siècle* - cela pour respecter une mesure prise par Napoléon en 1802 - le maire et le Conseil municipal de Biarritz, adeptes de l'empereur, ont décidé d'honorer une prostituée noire pour service sexuel rendu aux soldats de leur idole.

            Comment, en ce XXIe siècle, en pleine République, un maire et tous les membres du conseil municipal peuvent-ils s'accorder pour reconnaître en une prostituée une gloire nationale au point d'indiquer par la couleur de sa peau tout un quartier de la ville de Biarritz ? Oui, le quartier Harausta de cette ville du pays basque a été débaptisé en 1986 pour honorer, dit-on, une femme noire pour service sexuel rendu aux soldats de Napoléon. Ce quartier s'appelle désormais La Négresse.

                                     Biarritz la dégueulasse !

            Le quartier Harausta était au départ le nom d'une auberge. «L'auberge Harausta, dit  Monsieur le maire, était tenue par une femme très brune, sans doute d'origine mauresque, que les soldats de Napoléon 1er, de passage lors des combats de 1813, avaient surnommée La négresse». Selon Monsieur Michel Veunac, maire de Biarritz, «cette appellation est historique». Bien sûr Monsieur le maire, nègre, négresse, bamboula, font partie de l'histoire de la langue française et traduisent bien l'esprit de sa population à une époque donnée. Mais nous pensons sincèrement qu'accepter que toutes les appellations racistes ou discriminatoires de l'histoire soient dignes d'être honorées par sa  ville, c'est assurément faire preuve de beaucoup de bassesse dans ses jugements. D'autre part, le nom Harausta était aussi une appellation historique. Pourquoi l'avoir changée ? 

            Rappelons que le racisme de l'époque de Napoléon voudrait qu'une Noire ne soit pas appelée par son nom propre mais par la couleur de sa peau. C'est-à-dire qu'un Noir ou une Noire n'était pas une personne mais une chose, un objet, un meuble !  C'est donc cette chosification de la personne humaine que perpétue la mairie de Biarritz par le nom La Négresse ; sinon, elle aurait choisi le vrai nom de cette tenancière de bordel. De même, alors que 12% seulement des artères ou des équipements publics de la capitale célèbrent la mémoire d'une femme illustre, la discrimination ordinaire de notre passé fait que leur sexe est souvent escamoté ! Ainsi, on ne sait pas si la rue Rochechouart, à Paris, rend hommage à un homme ou à une femme. Il en est de même de l'impasse de La Tour-d'Auvergne et de la rue Vigée-Le-Brun. Oui, à une certaine époque, il fallait chosifier les Noirs en ne les appelant jamais par leur nom propre, et il fallait aussi cacher les femmes blanches célèbres sous le nom de famille de leur mari, de leur père ou de leur frère en omettant leur prénom forcément fémin.   

            Le Conseil de Paris vient de songer à la réparation de cette discrimination à l'égard des femmes en votant le changement progressif des plaques cet hiver 2019-2020 (Télérama du 4/12/2019). Enfin, le public saura clairement que ce sont des femmes, des êtres humains différents des hommes qui sont honorés. Enfin, ces femmes auront une identité claire, reconnaissable par tous. Et nous pensons que le conseil municipal de Biarritz devrait s'inspirer du bon sens de Paris plutôt que de s'enferrer dans le racisme en invoquant l'histoire pour continuer à appeler un être humain La Négresse. Rappelons à Monsieur Michel Veunac que «chaque génération a le droit de défaire le monde et le refaire selon ses rêves», que chaque génération a le droit de refuser de porter les sabots des aïeux et de dormir dans leurs draps laissés en héritage. Seule une volonté délibérée de perpétuer une image négative d'une frange de la population française peut justifier la passion d'une cité pour la performance sexuelle des hommes sur le corps d'une négresse. Dans ce cas, Biarritz mérite d'être appelée "Biarritz la dégueulasse" !    

Raphaël ADJOBI

 * Si vous trouvez une rue de France portant la mention "Général Alexandre Dumas", laissez-moi un message avec les précisions qui s'y rapportent. 

Biarritz la dégueulasse

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05 juin 2019

Bordeaux l'ingrate ne cache plus son passé négrier (Raphaël ADJOBI)

   Bordeaux l'ingrate ne cache plus son passé négrier

Bordeaux statue

            Pendant plus d'un siècle et demi après l'abolition définitive de l'esclavage en 1848, la ville de Bordeaux est restée drapée dans son orgueilleuse suffisance qui lui faisait regarder son passé négrier comme une simple tractation commerciale. Depuis la naissance de la Ve République, les deux premiers maires de la ville - Jacques Chaban Delmas (40 ans de mandat) et Alain Jupé (près de 22 ans de mandat) - sont restés les dignes héritiers d'une France où la tradition voudrait que les enfants portent les sabots et les habits de leurs aïeux et s'obligent à faire usage, à table, de l'argenterie qu'ils leur ont laissée. Même quand la République déclara la traite et l'esclavage des Noirs un crime contre l'humanité, la ville ne se sentit pas concernée. L'altération de son jugement était confirmée par le déni constant de ses crimes par ses élus. Heureusement, nous voyons arriver une nouvelle génération de Français capables de regarder la vérité de l'histoire en face - si désagréable soit-elle.

            En effet, «l'histoire est un juge impitoyable. Elle expose au grand jour nos erreurs les plus tragiques, nos imprudences et nos secrets les plus intimes ; elle jouit de son recul sur les événements avec l'arrogance d'un détective qui détiendrait la clef du mystère depuis le début» (David Grann, La note américaine). Avec l'histoire, le déni ne tient pas indéfiniment ; il finit par perdre de sa superbe et s'écrouler ! 

            Depuis le début des années 2000, l'association "Mémoires et Partages" et son président Karfa Dialo désespéraient de voir un signe officiel évoquant la mémoire de toutes les victimes africaines qui ont fait la fortune de Bordeaux durant des siècles. Ce fut finalement Haïti qui ouvrit les yeux aux élus de la capitale girondine en leur forçant adroitement la main. A l'occasion du bicentenaire de sa fondation, la république de Haïti fit don d'un buste de Toussaint Louverture à la ville. Les élus trouvèrent-ils ce cadeau encombrant ? En tout cas, ils prirent soin de tenir le buste du célèbre révolutionnaire et abolitionniste loin de la rive gauche, loin du cœur historique de Bordeaux ; en 2005, ils l'installèrent dans un parc de la rive droite où les rares personnes qui viennent y faire leur jogging l'ignoraient superbement. Pour accroître l'indifférence du public, jusqu'à la fin de l'année 2018, aucune signalétique ne précisait ni l'identité ni l'œuvre accomplie par cette figure isolée dans ce coin de la cité.

            Enfin, officiellement, depuis le 10 mai 2019, une statue représentant une esclave noire affranchie trône de manière très visible sur une place publique de Bordeaux ! Et pour que la symbolique soit totale, elle a été érigée en face de la Bourse maritime. Même si la décision d'installer ce monument en mémoire des victimes de l'esclavage a été prise sous le mandat de l'ancienne municipalité, nous nous réjouissons que ce soit un maire représentant la nouvelle génération de français qui ait eu l'honneur de l'inaugurer. Nous espérons que le nouveau maire, Monsieur Nicolas Florian, sera plus prompt à installer une signalétique explicative afin de répondre aux interrogations déjà très nombreuses des Bordelais et des touristes ou visiteurs.

Bordeaux touriste 5

            A propos justement de l'importance des signalétiques explicatives, il convient d'évoquer ici une cérémonie émouvante qui a eu lieu le 28 mai 2019 dans une rue de la capitale girondine. Suite à la visite du "Bordeaux-nègre" organisée par le président de l'association "Mémoires et Partages", les élèves du collège Goya ont été sensibles à l'indignation de leur guide quant au fait que certaines rues de leur ville portent les noms d'anciens négriers sans que cette précision soit portée à la connaissance du public. Dans le secret et avec l'accord du principal de l'établissement, les élèves et leur enseignante ont réalisé - avec l'aide d'une artiste - une plaque explicative qui a été déposée à l'angle des rues des négriers Broca et Gradis. L'inauguration symbolique de cette plaque en présence du président de "Mémoires et Partages" fut absolument un moment historique : pour la première fois, la jeunesse française manifestait publiquement sa volonté de ne pas demeurer dans un récit national qu'elle ne comprend pas.

Collège GOYA 1

            Les lieux de mémoire sont absolument nécessaires pour donner des repères historiques de notre passé aux générations présentes et futures. Quant aux rues et aux œuvres d'art, sans les débaptiser, des signalétiques s'avèrent absolument nécessaires pour bien montrer l'esprit de ceux qui nous ont précédés, l'esprit propre à certaines époques. Laissons l'histoire faire son travail : exposer au grand jour les erreurs les plus tragiques, les imprudences et les secrets intimes de tous nos aïeux. Ainsi instruits de notre passé, nous pourrons regarder l'avenir d'un cœur plus serein et plus fraternel.

Raphaël ADJOBI

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21 mai 2019

L'Yonne Républicaine et la hiérarchisation de l'information ou l'éclatant mépris d'un journal bourguignon...

                      L'Yonne Républicaine (89)

            et la hiérarchisation de l'information

              ou l'éclatant mépris d'un journal bourguignon

                pour les héritages africains de la France

            Dans son édition du lundi 13 mai 2019, le quotidien bourguignon qui couvre le département de l'Yonne (89) a consacré sa page 12 aux événements des derniers jours de la semaine précédente. Cette page de L'Yonne Républicaine présente donc les événements qui ont marqué la ville de Joigny les 10 et 11 mai. Un simple regard sur cette page consacrée à cette cité permet d'apprécier le résultat du travail de réflexion de la rédaction de ce journal afin de parvenir à une hiérarchisation de l'importance des deux événements retenus.

            Personne ne peut croire qu'à la direction des journaux, la hiérarchisation des articles - et donc des événements - se fait par tirage au sort, par hasard. Tout le monde sait que ce travail de hiérarchisation nécessite de la réflexion. Des personnes les plus cultivées aux personnes les moins instruites, tout le monde sait ce que veut dire hiérarchiser les informations, établir un ordre de grandeur ou d'importance. Pour rendre encore plus perceptible l'importance ou non de l'information aux yeux de leurs lecteurs, les journaux jouent souvent sur la grosseur ou la petitesse des caractères et des images illustratives. En effet, en réduisant les éléments d'un texte, on souligne leur peu d'importance ; en les grossissant pour accrocher davantage le regard du lecteur, on souligne leur importance. En un mot, on envoie un message qui se veut clair au lecteur.

            Nous invitons donc le lecteur à regarder avec attention que c'est exactement le travail qui a été accompli par la rédaction de L'Yonne républicaine à la page 12 consacrée à Joigny dans son édition du lundi 13 mai 2019. 

L'Yonne Républicaine du 13 mai 2019

            La commémoration de l'abolition de l'esclavage du vendredi 10 mai 2019 est une cérémonie nationale que la ville de Joigny et l'association La France noire (titulaire de l'agrément académique) avaient conjointement organisée dans les salons de l'hôtel de ville. A cette occasion, le maire, Monsieur Bernard Moraine, avait réuni autour de lui les autres élus du Jovinien : Madame Michelle CROUZET, députée, Monsieur Nicolas SORET, conseiller départemental et Président de la communauté de communes du jovinien, et Madame Françoise Roure, conseillère départementale. A tous ces élus de la localité se sont joints les adjoints du maire et des membres du conseil municipal, deux chefs d'établissements de Joigny et des enseignants. Le directeur du Crédit Mutuel de la ville a également fait le déplacement avec deux de ses conseillers. De toute évidence, cet effort d'une ville de dix mille habitants n'a pas suffi, au yeux du journal L'Yonne Républicaine, pour placer cet événement sur le même pied d'égalité que la fondation d'un collectif animalier à Joigny ! Quel mépris pour nos élus ! Et pour que la cérémonie nationale consacrée au devoir de mémoire ne fasse pas de l'ombre à la fondation du collectif animalier, le journal a dû prendre soin de grossir le titre, les caractères de l'article et l'image illustrative de l'information consacrée aux animaux.

            Tout écrit, y compris son organisation et sa présentation, véhicule un message. Quel message cette page de l'Yonne républicaine veut-elle envoyer aux lecteurs ? Pour notre part, nous voyons ici, outre le mépris de nos élus, celui, très éclatant, de bon nombre de nos compatriotes blancs pour la mémoire des ancêtres des Français noirs ; l'héritage africain de la France (esclavage et colonisation) ne mérite apparemment pas la même considération que les malheureux chiens de la ville de Joigny.   

            Etait-il nécessaire de publier les deux articles le même jour ? Sûrement non ! Par contre, pour ce journal, il était sans doute absolument nécessaire de procéder à une hiérarchisation des deux sujets présentés ce jour-là afin d'envoyer un message fort aux habitants de Joigny. Libre donc à chaque lecteur de l'interpréter en attendant les explications savantes de L'Yonne républicaine.

Raphaël ADJOBI      

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12 novembre 2018

Nouvelle-Calédonie : les Kanaks n'ont pas peur de l'indépendance !

                                     Nouvelle-Calédonie :

       Les Kanaks n'ont pas peur de l'indépendance

Nouvelle-Calédonie 3

           Dans la consultation populaire de novembre 2018 en Nouvelle-Calédonie, l'affirmation claire et nette des Kanaks - populations autochtones - pour l'indépendance de leur territoire est très réjouissant pour le genre humain. En effet, il est courant de voir les défavorisés choisir de demeurer sous le joug de leur maître par peur de devenir encore plus pauvres s'ils le quittaient. Parce que les Kanaks n'ont pas peur de la pauvreté, parce qu'ils refusent de passer leur vie à demander une égalité de traitement et de considération qui ne viendra jamais, ils ont choisi l'indépendance ; pendant que les descendants de la coalition  des colons - Caldoches - et des métropolitains privilégiés ont évidemment choisi que rien ne change en Nouvelle-Calédonie.

            En effet, le résultat de ce référendum est  tout à fait logique. Presque toutes les populations venues d'Europe et occupant le versant occidental de l'île ont choisi que se maintienne le système politique et économique qui leur est tout à fait favorable : ainsi ils demeurent les propriétaires des terres et des commerces, et les Kanaks les prolétaires ; ils continueront à percevoir des salaires doublés ou triplés pour cause d'éloignement de la mère patrie et pourront continuer à narguer ceux qui ont tort d'être des autochtones ; les gendarmes et les militaires seront toujours très majoritairement blancs et toujours plus nombreux pour répondre aux révoltes qui pourraient naître du manque d'infrastructure éducative ouvrant sur un avenir meilleur. N'oublions pas que la France a le système éducatif le plus inégalitaire d'Europe. A système éducatif inégalitaire, citoyens inégaux ! C'est logique.

Nouvelle-Calédonie 4

            Représentant 40% de la population totale de l'île, les Kanaks ont voté à 43,60% pour l'indépendance. Ils se savaient largement minoritaires devant une population blanche qui gonfle sans cesse pour répondre au déséquilibre programmé par Paris depuis des décennies. Mais ils ont accepté ce référendum pour pouvoir affirmer leur attachement à l'indépendance. Par leur vote massif pour la liberté - vote qui dépasse leur représentation sur l'archipel - ils montrent que la fracture est bien réelle entre eux et ceux qui ont la chance d'avoir des oncles de Paris pour les aider à prospérer. Honte donc à tous ceux qui reprennent en chœur le credo de la méritocratie du président de la République avec la pleine assurance d'avoir une mère patrie prête à leur venir en aide contre ceux qui constituent pour eux un éternel danger.

            Ce référendum aurait dû être proposé aux seuls Kanaks. C'est à eux que la France aurait dû poser la question de savoir s'ils veulent être indépendants ou pas, c'est-à-dire Français ou pas. Cette question était tout à fait superflue pour les Blancs venus de France. Eux se savent Français et n'ont donc pas à se prononcer sur leur appartenance à la France. La question du référendum qui aurait dû être proposée aux Blancs vivant en Nouvelle-Calédonie aurait dû être celle-ci : "dans le cas ou les Kanaks, autochtones de l'île, choisiraient leur indépendance, seriez-vous d'accord pour rester avec eux, oui ou non ?" A défaut de deux consultations pour deux populations d'horizons diamétralement opposés, chacune a choisi son camp ou son point d'ancrage conformément à la formulation de la question du référendum. L'une la France, l'autre le Kanaki ou Nouvelle-Calédonie.         

            Bien logiquement, le président de la République a félicité la majorité blanche pour avoir choisi de rester dans le giron de la France. Qu'il sache cependant que ses félicitations ne nous feront jamais croire que cette majorité sortie des urnes est républicaine ! Non ! Elle est plutôt la confirmation d'une fracture réelle qui se vit quotidiennement. En effet, si les Kanaks tiennent à recouvrer leur liberté dans la pauvreté, c'est tout simplement parce qu'ils ont compris depuis l'arrivée des premiers bagnards que ceux-ci étaient pour Paris les instruments de la colonisation de leur île(1). Et c'est vrai : le colon est toujours favorisé par rapport au colonisé. C'est un principe immuable ! Et ce n'est que quand le nombre des colonisés devient insignifiant que les colons demandent leur indépendance à la métropole. En d'autres termes, la Nouvelle Calédonie sera indépendante quand il n'y aura presque plus de Kanaks sur cette île.

1- C'est en 1864 qu'une colonie pénitentiaire de 250 premiers bagnards est installée sur l'île (François Durpaire - Nos ancêtres ne sont pas Gaulois, Albin Michel, p. 149)

Raphaël ADJOBI           

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24 octobre 2018

Nicolas Hulot et la morale du chasseur : déconstruire le récit du chasseur

      Nicolas Hulot à l'épreuve de la morale du chasseur :

                           déconstruire le récit du chasseur

(Ecrit au moment de la démission du ministre de l'environnement, j'avais finalement préféré ne pas publier ce billet, l'ayant jugé trop loin des connaissances et préoccupations du public français. Maintenant que les passions ont perdu leur vigueur, on peut le lire avec une attention particulière.) 

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            Le chasseur a un argumentaire qui soutient une morale simple : tuer les animaux, c'est faire du bien à la nature, c'est participer à la survie de l'écosystème ! Aussi, depuis des siècles, le discours du chasseur n'a jamais varié, quelque soit la nature du gibier qui doit tomber dans ses rets ou sous ses balles. En effet, les arguments que les chasseurs de gibier humain ont avancé hier pour justifier leur action prédatrice sur le continent africain du XVIe au XIXe siècle sont ceux qu'ils avancent aujourd'hui auprès de leurs gouvernants pour perpétuer une pratique qui traduit l'égoïsme et la volonté de puissance de l'homme européen sur les animaux. Oui, parce que le sauvage est le miroir de l'homme occidental (Marylène Pathou-Mathis), l'on peut dire avec Jean de La Fontaine que celui-ci est de ces gens-là qui sur les animaux et les humains réduits en sauvages se fait un chimérique empire.

            D'abord, le chasseur commence toujours par souligner chez l'animal qui est dans sa visée la singularité de son caractère qui le rend, selon lui, incompatible avec le milieu naturel de notre planète qu'il croit mieux connaître que quiconque : prolifération anarchique de cette espèce qui menace notre écosystème, une férocité ou une violence qui rend toute cohabitation impossible ou précaire, une vie sociale qui ne répond pas à sa morale chrétienne ou autre. Jamais le chasseur ne mentionne la motivation première de son entreprise : l'appât du gain et la démonstration de sa puissance ; une volonté de puissance qui lui procure une indéfinissable et nécessaire jouissance.

            Ensuite, le chasseur ne manque jamais de mettre en valeur le sentiment qu'il a de sa propre humanité qu'il prend soin d'opposer à la barbarie des êtres lointains dits sauvages ou à l'absence de sentiment et de raison chez les animaux. Ces deux catégories d'êtres n'ont-ils pas en partage la stupidité qui les distingue de lui, homme doué de raison et de sentiments nobles ? En effet, lui ne tue jamais de manière barbare mais intelligente. En période de reproduction, il prend soin, assure-t-il, de ne tuer que les mâles. D'autre part, son souci est d'épargner les femelles qui portent encore en leur sein leurs petits. Enfin, dans sa suprême humanité, il abat ou capture la femelle et épargne ses petits quand il les juge assez grands pour subvenir à leurs besoins et plus tard régénérer leur espèce.

            Du XVIe au XIXe siècle, les négriers et les esclavagistes européens, ardents chasseurs de gibier humain qui déportèrent des millions de captifs Africains vers les Amériques ont tenu le même discours à l'encontre des populations autochtones du Nouveau monde, puis contre les Africains. Tout en peignant une Afrique vouée à une barbarie innommable, ils ont d'abord prélevé sur ce continent les mâles les plus robustes, puis avec eux les jeunes femmes sans enfants témoignant ainsi, disaient-ils, du grand sens de l'humanité et de l'ordre naturel des choses qui les habitaient. Enfin, l'appétit venant en mangeant, ils ont enlevé femmes et enfants, toujours par souci d'humanité qui ne veut pas que l'on sépare une mère de sa progéniture. Cette déportation devint si grande qu'au XVIIIe siècle, la majorité des captifs noirs envoyés dans le Nouveau monde était des adolescents. Mais dans le discours des négriers qui nous sont parvenus demeure l'idée selon laquelle ils ont, par cette action, sauvé de millions de Noirs d'une vie affreuse entre les mains de chefs africains sanguinaires. C'est clairement l'idée exprimée par William Snelgrave dans son livre Journal d'un négrier au XVIIIe siècle. Priver les femelles et les enfants de leur compagnon et père, séparer définitivement mères et enfants n'a jamais été perçu par le chasseur comme un acte criminel. Réfléchissant toujours à la place du sauvage et de l'animal qu'il loge au même étage ou à des niveaux très voisins dans l'échelle des êtres, il ne voit que le bien dans les actions qu'il mène à leur encontre.

            Comme d'une façon générale les victimes ne laissent pas de trace écrite, aux yeux de la postérité, le récit du chasseur ne respire que sa grande humanité et son héroïsme. Ce qui fait dire aux Africains que "tant que les lions n'auront pas leurs propres historiens, les histoires de chasse glorifieront toujours le chasseur". Aussi, l'on peut dire à tous ceux qui, par malheur, tourneront les pages de l'histoire humaine écrites par les négriers sans les avoir lues et déconstruites, qu'ils laisseront dans l'esprit des futures générations la version des choses selon les chasseurs. Car sur les faits, ceux qui laissent des traces écrites ont toujours raison aux yeux de la postérité.

Raphaël ADJOBI               

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20 mai 2018

Joigny : commémoration du 170e anniversaire de l'abolition de l'esclavage (L'Yonne Républicaine)

      Joigny : commémoration du 170e anniversaire

                      de l'abolition de l'esclavage

Commémoration de l'abolition de l'esclavage 2018

 

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15 septembre 2017

2018 : 170e anniversaire de l'abolition de l'esclavage !

       2018 : 170e anniversaire de l'abolition de l'esclavage !

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Profitez de l'occasion pour une révision de l'histoire de l'esclavage des Noirs dans les Amériques avec La France noire.

En 2018, nous commémorerons le 170e anniversaire de l'abolition de l'esclavage en France ! L'événement sera marqué comme d'habitude par des discours officiels et des réjouissances particulières. Mais pour les jeunes générations, où en sera-t-on au niveau de la connaissance des faits de l'histoire et des attentes des descendants des victimes ? Lisez l'article présentant le projet de la France noire :  https://lafrancenoire.com/2017/09/14/2018-170e-anniversaire-de-labolition-de-lesclavage/#respond

Suivre nos activité sur notre blog : https://lafrancenoire.com/blog/

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30 mars 2017

Guyane : le courroux de Kourou, sous le regard d'Ariane !

  Guyane : le courroux de Kourou, sous le regard d’Ariane !

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            Quelle honte pour la France ! Il faut vraiment ne pas avoir le sens de la dignité pour s’exposer effrontément dans la merde des nègres avec des bijoux en or ! Il faut avoir le colonialisme vissé au cœur pour braver ainsi le jugement de la terre entière en brandissant haut le sceptre de l’excellence alors qu’on a les pieds dans la fange.

            Kourou ! Même les Français métropolitains réputés pour leur ignorance en géographie associent ce nom à la Guyane. Bien sûr, certains croient que ce département français est une île africaine ; mais une chose est certaine : ils savent que cette cité, ce village ou ce hameau nègre abrite la base de lancement de la fusée Ariane qui fait notre fierté nationale.

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            Kourou, orgueil de la France ! Kourou, la prunelle des yeux de notre Ariane que nous confondons  inconsciemment ou consciemment – parce que cela fait du bien – avec notre chère et tendre Marianne. Après tout, au son, il n’y a que la lettre « M » qui les distingue ; la faute sûrement à un nègre du coin qui avait du mal à prononcer le nom de notre déesse républicaine.

            En effet, nous nous imaginions tous Kourou comme  le bled le plus magnifique de France ; le plus beau hameau, le plus beau village, la plus belle ville…. Qu’importe, un cadre de vie qui bénéficie des largesses de la reine Ariane, comme cela sied à tous les pauvres qui vivent à l’ombre des reines et des rois.

            Quelle ne fut pas notre stupéfaction à la vue des rues défoncées, inondées, les maisons aux tôles froissées… ! Que dis-je, la misère au pied de notre gloire républicaine, de notre instrument de conquête spatiale ! Mon Dieu ! Trois fois, j’ai dit « mon Dieu ! ». Trois fois, j’ai dit « non ! » Trois fois, j’ai dit « incroyable ! »

            Bien sûr, les habitants de Kourou ne sont pas des ingénieurs employés à la station spatiale. Bien sûr, cette population n’est pas blanche ; elle est nègre ou presque et descendante d’esclaves, et par conséquent digne du mépris habituel des dirigeants et décideurs de la République. Mais quand on est roi ou reine – ou que l’on croit en avoir les attributs – on prend soin d’habiller correctement ses domestiques nègres ou presque, ne serait-ce que pour faire bonne figure devant ses visiteurs et invités. Par cette attention singulière, on signifie à ceux-ci qu’on est suffisamment à l’aise pour prendre soin de sa valetaille au point de lui faire préférer notre domination plutôt que celle de n’importe qui d’autre.

            Eh bien, NON ! La France n’a même pas le sens de cet orgueil-là ! Quelle honte pour Ariane, pour Marianne, pour chacun de nous ! Kourou ou la Guyane, c'est toujours l'image du "Blanc-France"  en territoire conquis ! Nous comprenons donc que ces Noirs ou presque Noirs "lassés de manger leur âme en salade et de subir crachats, insultes, méprisations, ricanenements, claironnent qu'en terre créole, seule la folie est raisonnable, oui." (Raphaël Confiant, in Case à Chine).    

Raphaël ADJOBI

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12 février 2017

Trop noire pour le RITZ (par Raphaël ADJOBI)

                Trop noire pour le RITZ

                                        (par Raphaël ADJOBI)

            En juin 2016, le  RITZ Paris, cet Hôtel-restaurant de grand luxe, a ouvert à nouveau ses portes après plusieurs années de fermeture pour travaux. Au moment de la reprise des services, des formations qualifiantes ont été proposées aux employés avec à la clef une cérémonie de remise de diplôme. On comptait alors 46 récipiendaires dont 33 valets et femmes de chambre et 13 gouvernants et gouvernantes.

            Sur la photo des heureux élus, une chose attire immédiatement l'attention : dans cette France où il y a une foule innombrable de femmes de chambre à la peau basanée dans les Hôtels - au point de laisser croire qu'elles sont naturellement destinées à ce métier - on ne compte aucun représentant de cette catégorie de personnes. En clair, même dans les tâches subalternes, quand on monte dans les lieux de luxe on préfère présenter des têtes blanches plutôt que noires.

Raphaël ADJOBI     

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04 août 2016

Le travail du dimanche, une conquête esclavagiste du capitalisme

                                    Le travail du dimanche

            Une conquête esclavagiste du capitalisme

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            S'il est vrai que "La nuit c'est fait pour baiser (et) pas pour travailler", comme le crie un collectif de femmes, il est également vrai que le dimanche est fait pour se reposer et non pour travailler.

            Le travail du dimanche que les patrons veulent banaliser en France mérite l’attention de tous. Il ne faut absolument pas se fier à leurs bons sentiments quand ils affirment que cela se fera toujours sur la base du volontariat. Car la caissière volontaire pour travailler entraîne forcément dans son sillage des vendeurs et autres employés qui ne le sont pas et vice versa.

            Dans ce projet, les patrons ont le ferme soutien d’une frange importante de la population soucieuse d’arrondir ses fins de mois. Galvanisée par le slogan « travailler plus pour gagner plus », elle ne se rend pas compte qu’elle lâche la proie pour l’ombre, le jour de repos pour l’argent qui lui donnera l’illusion d’être plus riche qu’avant. De toute évidence, si les gens sont volontaires pour travailler le dimanche, c'est parce que cette journée est davantage payée. Mais il est certain que quand les employeurs considéreront qu'un jour de repos en vaut un autre, la majoration du dimanche disparaîtra.

            En effet, pourquoi celui qui travaille le dimanche et se repose le lundi devrait-il gagner plus que son collègue qui travaille le lundi et se repose le dimanche ? A partir du moment où tous les jours de la semaine perdent leur caractère sacré, quel droit a-t-on de revendiquer la prédominance d'un jour sur un autre ?        

            Notons aussi que les conséquences néfastes de cette conquête que vise le capitalisme ou de cette quête de certains de nos compatriotes sont immédiatement reconnaissables et devraient faire réfléchir chaque citoyen : absence de vie de famille, mauvaise éducation des enfants condamnés à des heures de solitude devant le réfrigérateur garni et le téléviseur dernier cri payé à crédit que l'on tente de rembourser par l'argent du travail du dimanche. Demain, ces parents qui ont équipé leurs enfants de tous les appareils électroniques à grand frais croyant faire leur éducation, iront partout crier aux enseignants qu'ils sont dyslexiques et méritent une attention particulière. Quant à nous, nous savons qu'il s'agit de cette attention particulière qu'ils ont été incapables de leur accorder.

            N’allons pas plus loin dans cette analyse des conséquences de l'absence des parents auprès de leurs enfants et revenons au sens même de cette conquête du dimanche que le capitalisme tente de gagner par des arguments fallacieux. Le dimanche est reconnu dans notre société comme le jour de repos, le jour devant nous délasser des peines de la semaine. Un jour réparateur des fatigues enregistrées par notre organisme et qui offre en même temps à toute la famille l'occasion de se retrouver pour partager les joies et les peines et panser éventuellement les plaies des âmes. Si, depuis des siècles, les sociétés modernes n’ont pas eu du mal à légiférer sur la nécessité du repos hebdomadaire, c’est parce que, humainement et moralement, les hommes en sentaient les bienfaits et éprouvaient le besoin de le perpétuer pour le bon équilibre de tous. Mais le plus important à retenir c'est que les hommes étaient d’accord pour juger que le fruit des jours travaillés était toujours suffisant pour faire vivre chacun convenablement.

            Il convient donc de dire qu'il appartient à l’Etat de garantir à chaque travailleur une rémunération suffisante lui permettant de vivre convenablement sans avoir à vendre son jour de repos pour compenser un quelconque manque. En d’autres termes, c’est une honte pour l’Etat français de proposer aux citoyens de travailler le dimanche afin de compléter un salaire devenu insuffisant et ne permettant plus une vie décente.

            Force est de constater que ce manquement à la logique du repos hebdomadaire est né avec l’appétit des sociétés capitalistes. L’histoire de l’esclavage des Noirs dans le Nouveau Monde nous en donne la preuve depuis le XVIIe siècle.

                        L’origine du dimanche travaillé et payé

            Le régime esclavagiste français qui soumettait les Noirs des colonies à l’exploitation exclusive des produits d’exportation vers la métropole leur laissait le dimanche comme jour de repos. Reposer les muscles pendant une journée, c’était préserver le rendement des plantations. A cette fin, l’alimentation des esclaves dépendait totalement du bon vouloir des maîtres. Malheureusement, alors que ceux-ci affirmaient « fournir abondamment à leur subsistance et à celle de leurs familles », on assistait à la malnutrition et à la sous-nutrition de la main d'œuvre servile noire. Les films qui peignent les esclaves à la carrure herculéenne sont loin de la réalité, du piètre état sanitaire de ces hommes, de ces femmes et de ces enfants.

            D'ailleurs, si leur avarice les poussant à réduire l’alimentation des esclaves accroissait leurs profits, les maîtres se rendaient compte aussi que les carences occasionnées dans les organismes contribuaient à la baisse de la production sur les plantations. Quoi faire ? Peu à peu, ils réservent aux esclaves des lopins de terre où ceux-ci peuvent se livrer à des cultures vivrières. Ils finissent même par leur concéder une journée pour cette tâche afin de mieux lutter contre la faim et la malnutrition qui menace le capital. On parle alors du « jardin nègre » et du « samedi nègre ».

            L’édit royal de 1723 dénonce cette pratique et maintient l’obligation des maîtres de nourrir et vêtir leurs esclaves. Mais, impuissante devant ce qui devient une habitude, la législation finit par légaliser « le jardin nègre » et le samedi qui lui est consacré en 1786, déchargeant ainsi presqu’officiellement les maîtres de leur obligation de nourrir ceux qu'ils soumettent au travail forcé.

            Dès lors, les  esclaves usent de tous les moyens pour compenser les rations alimentaires insuffisantes. Si certains « négligent leur travail (forcé) quotidien au profit du maître et réservent leur force pour l’entretien de leur jardin » au risque de grands châtiments (Libres et sans fers, p. 141), très nombreux sont ceux qui consacrent une bonne partie de leurs nuits et de leurs journées de repos – les dimanches ou jours de fêtes religieuses – à cette tâche devenue incontournable.

            Bientôt, le temps que les esclaves consacrent à leur jardin va attirer la convoitise des maîtres toujours désireux de faire des profits. Théoriquement, la législation en vigueur dans les colonies ne leur permettait pas de faire travailler leurs esclaves les « dimanches et jours de fêtes ». Dans la réalité, les esclaves de maison ou domestiques n'ont jamais bénéficié de jours ou de nuits complètes de repos. C’est donc principalement les activités dominicales des « esclaves de pioche » ou « esclaves de houe » (ceux des champs) que vont convoiter les maîtres. Peu à peu, ils vont les employer le dimanche moyennant une petite rémunération. Ainsi, le temps passant, le dimanche consacré au repos et à cultiver éventuellement son jardin pour compenser la nourriture insuffisante va revenir au maître qui va pouvoir désormais disposer de ses esclaves comme il le veut.

            Voilà comment dans les colonies les maîtres ont volé aux esclaves leur temps de repos pour faire des profits. Au regard de l’Histoire, il appartient aujourd’hui à chacun de réfléchir à la disparition du temps du délassement du corps et de l’esprit au profit des mirages du capital qui n’ont rien à voir avec le bonheur de l’individu et de la famille. Dans une société qui se vante d’être très riche et très puissante comme la France, chacun doit exiger d’être suffisamment bien payé pour ne pas être obligé de travailler le dimanche pour améliorer le quotidien au détriment de ses obligations conjugales et familiales. Le travail du dimanche, comme celui de nuit, doit demeurer exceptionnel. La journée de repos doit être obligatoire pour tous les salariés et cela pour une question de santé physique et mentale. C’est à l’Etat de protéger le citoyen contre la rapacité du capitalisme qui ne voit que le profit.

Raphaël ADJOBI

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