Lectures, analyses et réflexions de Raphaël

Vous trouverez ici des comptes rendus de lectures livresques concernant essentiellement l'histoire des Noirs d'Afrique et celle des Afrodescendants des Amériques et d'Europe. Les actualités de la diaspora africaine ne sont pas oubliées.

17 mai 2012

Vacherie Sarkozienne

              A lire sur Mes pages politiques

                        Vacherie sarkozienne  

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28 février 2012

Les Afro-Français et la tentation du vote Front National ; la position du MAF

     Les Afro-français et la tentation du vote FN

                                 La position du MAF* 

numérisation0007            Depuis le début de l'année 2012, exaspérés par le mutisme des candidats à la présidentielle sur les questions qui les touchent de près, les Afro-Africains semblent gagnés par une fièvre de sympathie pour le Front national (FN). Les témoignages qui fusaient çà et là ont fini par ébranler quelque peu les esprits au point de menacer l'efficacité d'un éventuel appel au vote unitaire que le MAF compte proposer à ses membres. 

            Visiblement, les Afro-Africains n'apprécient guère de voir leur sort assimilé à celui des immigrés de tous les horizons. En couvrant leurs préoccupations d'un mutisme coupable ou en les confondant avec d'autres, les hommes politiques ont laissé le champ libre aux vieux démons de la France qui surgissent à chaque échéance électorale de grande envergure. Partout, il n'est plus question que d'immigrés et de civilisation supérieure. Une façon très claire de clamer le péril de la maison France-gauloise-blanche. Les ennemis, ce sont tous les autres qui ne sont ni Blancs, ni gaulois ; donc les Afro-Français. Devant l'amplification de cette atmosphère malsaine, seule la voix de François Bayrou a tonné pour dire clairement qu'il y a des limites que l'on ne saurait franchir en cette terre de France sans conséquence grave. Les autres se sont contenté de murmurer du bout des lèvres quelques sons inaudibles. 

            D’autre part, la politique africaine de la France étant complètement exclue du débat des présidentielles – ce qui occulte par voie de conséquence les manquements dont la France s’est rendue coupable en Côte d’Ivoire et en Libye –, de nombreux Afro-français se souviennent que Marine Le Pen a été la seule responsable politique à dénoncer, dès les premières heures, l’acharnement des Européens sur Laurent Gbagbo et Mouammar Kadhafi. Le premier est en prison dans l'indifférence générale des autres partis politiques. Ils n'oublient pas que leurs parents, grands-parents et arrière-grands-parents sont victimes de la politique de leur pays. Ils n'oublient pas que leurs impôts entretiennent des armées qui tuent leur passé. 

            Voilà donc les motivations d'une sympathie assez singulière qui pourrait menacer la belle cohésion que tente d'instaurer le jeune Mouvement des Africains-Français pour peser dans le choix du futur président. Pour éviter la dispersion des voix de ses membres, le MAF a décidé
de décortiquer, semaine après semaine, le programme des différents candidats afin de ne retenir que celui qui défend le mieux ses intérêts. En réalité, il semble que cette longue consultation, qui a commencé le 11 février dernier par le programme du FN, a pour seul but de dissuader les Noirs de France à apporter leur vote à Marine Le Pen. Pour le MAF, il ne faut en aucun cas laisser croire que le Front National détient la solution des Noirs en France.

                           Le programme antichrétien du FN        

            Voter pour Marine Le Pen et son programme, clame le MAF, c’est accepter que les enfants des immigrés n’aient plus la nationalité française ; pour être Français, il faudra être de parents français. C’est ce que l’on appelle le droit du sang par opposition au droit du sol. A première vue, cela n'est pas une mesure dramatique. Mais ceci entraînant cela, le programme stipule qu'un enfant d’immigré n’aura plus le droit à la scolarisation en France. D’autre part, un malade immigré n’aura pas le droit de bénéficier des soins dans les mêmes conditions qu’un Français. Le FN estime même nécessaire de libérer les logements à loyer modérés (HLM) occupés par les immigrés pour loger les Blancs. Un programme que le MAF juge antichrétien dans un pays qui se dit attaché aux valeurs chrétiennes. 

            Si le MAF continue l’analyse des différents programmes des candidat avant d’arrêter de manière définitive le choix du candidat pour lequel les membres devront voter tous « d’une même voix » (comme le dit le mot de ralliement), tout porte à croire que François Hollande a les faveurs du Mouvement malgré ses prises de positions malheureuses à l’égard de Laurent Gbagbo. Il faut reconnaître que le parti socialiste français et l’Internationale Socialiste ont brillé par leur absence dans la défense du camarade Laurent Gbagbo, quand ils ne lui ont pas jeté la pierre. Il n'est pas dit non plus que le parti socialiste répondra aux attentes du MAF, ni qu'il fera plus de places aux minorités dans sa sphère politique. Mais le Mouvement laisse croire que l'aventure mérite d'être tentée avec François Hollande. De même que l'on a tout intérêt à choisir son adversaire quand on le peut, il est judicieux de choisir comme coéquipier celui qui a une inclination naturelle à nous écouter. 

                 Le MAF en congrès le 14 Avril 2012. Et après ?   

            Pour réussir son opération de positionnement dans le débat avec les partis politiques et le futur pouvoir de notre pays, Calixthe Beyala, le fer de lance du  MAF, mise sur un grand succès du premier congrès national du Mouvement qui aura lieu le 14 avril 2012, à 13 heures, au Palais des Congrès de Paris. De toute évidence, ce congrès est de la plus haute importance. Il témoignera publiquement de la capacité de mobilisation du Mouvement. Mais il sera surtout le premier signe de sa visibilité dans le paysage politique français.           

            La présidente du Mouvement qui se plaît à critiquer les marches de protestation ou de soutien, prend paradoxalement conscience qu'un congrès rassembleur est une façon à la fois de faire du bruit et montrer sa force. C'est aussi une façon de signifier aux autres que l'on existe et que l'on a des préoccupations à faire connaître ou à défendre. Elle sait, comme de nombreux membres du MAF, qu'il ne faut en aucun cas rater ce rendez-vous en se retrouvant en petit comité le 14 avril 2012. Une maigre assistance serait le signe d'un échec qui effacerait le Mouvement non seulement de l'esprit des candidats mais encore de la scène politique à laquelle il veut accéder. 

            Certes, le Mouvement a des faiblesses très criantes. D'abord, il y a une réelle absence de définition claire du MAF. Tantôt on parle de lobby qui ne saurait se permettre de faire descendre ses membres dans les rues pour crier son indignation à la manière d'un quelconque groupe de soutien ; tantôt le Mouvement est présenté comme un parti politique. Si tel est le cas, alors Calixthe Beyala doit savoir qu'appeler à manifester ou à apporter son soutien à des mouvements de protestation n'est pas incompatible avec les desseins d'un parti politique. Que doit être le MAF ? Un mouvement de salon (sans les moyens financiers d'un lobby) ou un mouvement populaire capable d'exprimer publiquement son humeur devant les événements qui portent atteinte à ses valeurs ? Il faudra choisir au plus vite !   

            D'autre part, le MAF n'existe que par le nombre de ses adhérents. Rien d'autre ! Dans la pratique, nous n'avons pas connaissance de l'existence d'un bureau national provisoire. Il n'existe pas de section ou de représentation du Mouvement à l'intérieur du pays, mis à part à Lille. Tous ceux qui ont plaidé pour la création de différentes sections dans les grandes villes afin de rapprocher le Mouvement et ses instructions de ses membres ont vu ce projet écarté par Calixthe Beyala. Aussi, il est impossible aux adhérents ne vivant pas à Paris ou à Lille de se connaître et de tenir des réunions loin des yeux de sa présidente. Il est à craindre que l'absence de contact entre les membres et le manque d'action n'éteignent les ardeurs des premières heures de la naissance du Mouvement. La tentation du vote FN ne s'expliquerait-elle pas aussi par ce manque d'activité et d'implication directe des membres du MAF au sein de leur Mouvement ? Cela demande réflexion. 

            Cette remarque nous mène à la dernière grande faiblesse du MAF : la communication ! Il existe bien un site du Mouvement. Mais il ne semble pas destiné à communiquer avec les adhérents : pas de compte rendu des réunions parisiennes ; les questions posées par ce biais restent sans réponse (je l'ai testé !) ; les membres qui n'assistent pas aux réunions parisiennes avec Calixthe Beyala demeurent dans l'ignorance totale de ce qui se dit et se fait au sommet du MAF. Les SMS laconiques ne peuvent en aucun cas constituer le seul moyen de communication. A qui la faute si l'adhérent qui ne connaît pas de section locale n'est pas informé des actions et des prises de position de son mouvement ?     

            Enfin, combien sommes-nous ? Combien d'adhérents le Mouvement compte-t-il dans les grandes villes ? Personne ne le sait. Ni sur le site du MAF ni par les SMS les adhérents ne sont tenus au courant de leur importance en chiffres ! Faut-il attendre que les journaux et les chaînes de télévision le leur apprennent ? 

            Beaucoup de choses restent à faire. Mieux, tout reste à faire pour que le MAF - qui a fait naître tant d'espoir - ait des chances de poursuivre cette aventure au-delà du congrès du mois d'avril 2012. Il ne faut donc pas désespérer malgré ses manquements et son excessive centralisation qui le prive d'une base dynamique. Le fer de la lance du chasseur a beau briller, si le manche n'est pas solidement tenu par le bras du chasseur, et si celui-ci n'a pas les pieds suffisamment agiles pour le porter, la proie ne vivra que des frayeurs inutiles. Le MAF doit donc veiller à construire ses bases afin d'exister non pas seulement par son porte-parole mais par l'ensemble de ses membres actifs. Quand ceux-ci seront dans la capacité de mener des actions partout en France où les valeurs qu'ils défendent seront menacées, alors l'aventure se poursuivra. Il ne faut pas que l'on puisse dire demain : un seul être quitte le MAF et le Mouvement est réduit à rien !

            Le temps viendra où, en famille (politique), il faudra trouver les idées pour structurer et dynamiser le Mouvement. Mais pour l'heure, il est urgent de réussir ce premier congrès. Chacun doit se sentir concerné et faire le déplacement afin d'assurer son succès. Une présence massive des Africains-Français pourrait ébranler certains esprits politiques et faire évoluer les choses dans le sens de nos convictions. Il faut y penser sérieusement !   

*MAF : Mouvement des Africains-Français

Raphaël ADJOBI

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30 octobre 2011

La liberté perdue des médias français

          La liberté perdue des médias français

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                Les pages politiques de Raphaël

Sarkozy à Cheval 0001

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24 septembre 2011

Les Africains-Français à la recherche d'une plateforme de combat pour l'avenir

         Les Africains-Français à la recherche

  d’une plateforme de combat pour l’avenir 

DSCF0689            Le 10 septembre 2011 s’est tenue à Paris, rue Gobaut, l’avant-dernière réunion du « Mouvement des Africains-Français ». Prévue à 15 h, elle n’a débuté qu’à 16 h. La ponctualité serait donc à surveiller afin d’encourager la participation de ceux venant des provinces. Une cinquantaine de personnes avaient fait le déplacement ; ce qui est réjouissant. 

            La réunion a débuté par une introduction de la maîtresse des lieux : Calixthe Beyala, qui a mis sa notoriété au service du mouvement comme fer de lance. Elle reviendra quelque temps plus tard pour un brillant et provoquant exposé sur l’attitude des Africains en général face à l’évolution du monde.                                                                        

            Mais pourquoi donc les Africains sont-ils des ardents partisans de l’inertie ? Pourquoi rien ne les réveille en masse et ne les met en mouvement ? Rien que la peur ne peut expliquer cette attitude, clame Calixthe Beyala. L’Africain vit avec la peur au ventre ! Il n’y a plus d’hommes en Afrique, lance-t-elle. Un homme doit veiller sur sa femme et ses enfants et leur procurer de quoi manger, de quoi se vêtir. C’est pourquoi le "petit Blanc" prend les armes pour aller en Afrique chercher ce qui manque aux siens. Et c'est la même raison qui fait dire à Barak Obama que «  le rôle d’un président, c’est de veiller à ce que son pays ne soit pas en manque des ressources qui lui sont nécessaires ».*    

            Pendant ce temps, que fait l’homme africain ? Vautré dans sa suffisance, il ne cesse de discourir sur les autres, le ton toujours sentencieux. Prompt à invoquer des prétextes fallacieux, à en inventer si nécessaire, pour ne pas se battre. A vrai dire, c’est la peur de prendre ses responsabilités qui le mine et l’empêche de jouer son rôle de protecteur et de pourvoyeur des besoins de sa famille. N’est-ce pas ainsi que  nous sommes également, nous, Africains-Français ? Trop de prétextes nous empêchent de nous engager dans la défense de la cause noire. 

            Et comme le fera remarquer un intervenant avec beaucoup de justesse, les Africains-Français sont dans une situation délicate : nous profitons des fruits de la chasse du "petit Blanc" qui va bombarder les pays africains et nous pleurons en même temps nos parents qui en meurent. Plutôt que de nous plonger dans une bêtifiante inertie, cet état de fait devrait nous révolter et nous mener à l’action. Malheureusement, des millions d’Africains-Français n’ont jamais été capables de paralyser momentanément un secteur quelconque de notre pays afin de montrer leur désaccord ou leur opposition aux crimes commis en Afrique au nom d’idéaux trompeurs qui cachent des actes de prédation. On oublie que c’est à ce prix qu’aux Etats-Unis d’Amérique et en Afrique du Sud les lignes du respect et de la considération ont été repoussées par les Noirs.                 

            Certes, dans l’immédiat, - avant décembre 2011 -  le MAF a le souci de faire en sorte que presque tous les Afro-Français en âge de voter s’inscrivent sur les listes électorales pour participer aux élections de 2012. Et il compte bien faire du chiffre des adhésions une arme de négociation avec les partis politiques pour défendre ses valeurs vis-à-vis de l’Afrique. Mais, à plus long terme, le mouvement envisage la mise en place d’une plateforme de propositions en vue de la valorisation de l’Afro-Français. Au regard de ce qui est dit plus haut, cet objectif s’impose comme une absolue nécessité. 

            En effet, comme le disait si bien Calixthe Beyala, qu’attendons-nous pour favoriser par des actes concrets la naissance d’une élite Afro-Française capable de défendre nos intérêts et jouer un rôle prépondérant dans le paysage politique de notre pays ? Comment les Noirs peuvent-ils accéder au pouvoir en France s’ils ne constituent pas une force visible qui mérite respect et considération ? Il convient de travailler de concert pour que cet objectif soit un jour  atteint. Déjà, le mouvement songe à la création d’une cellule enseignante pour se pencher sur la question de la formation des Afro-descendants dans notre système éducatif. On constate par ailleurs qu’il n’y a que les Africains qui n’ont pas une « Maison de la culture » en France ! Comment les valeurs que nous véhiculons et que nous défendons peuvent-elles être prises en compte ou respectées si personne ne les voit, si personne ne les connaît ? Là aussi, tout doit être mis en œuvre pour qu’une maison de la culture africaine voie rapidement le jour. 

            Enfin, dans le domaine de l’éducation publique – même si cela ne peut être un élément à inscrire au nombre des objectifs à atteindre – on peut retenir la pertinente intervention de notre ami nantais qui nous conseille de mener un combat contre l’exclusion liée à l’insidieuse question souvent posée aux Noirs par les Blancs : « De quel pays es-tu ? » Puisque la question n’est jamais posée aux Français blancs d’origine hongroise, polonaise, italienne, espagnole, … il serait juste que les Afro-Français refusent leur exclusion de la France en disant qu’ils sont originaires de la Côte d’Ivoire, du Congo, du Cameroun, du Mali… Être Africain-Français c’est déjà beaucoup et cela doit être la seule réponse à délivrer désormais. Sur ce chapitre, ceux qui ont l'habitude de lire mes commentaires ça et là savent que c’est un combat que je mène depuis de nombreuses années.   

           DSCF0688 En moins de trois mois d’existence, le MAF apparaît comme le seul mouvement à totaliser en un temps record le plus grand nombre d’adhérents. Mais pour que sa présence sur l’échiquier politique de notre pays soit remarquée de façon durable, il lui faut asseoir une plateforme de projets suffisamment étoffés et réalisables (donc réalistes) qui offre à ses adhérents des raisons d’être fiers pour poursuivre le combat et se défendre contre les questions de leurs détracteurs. Cette plateforme pourra aussi s’avérer un outil précieux pour convaincre ceux qui hésitent encore à rejoindre notre mouvement. 

*Propos attribué à Barak Obama lu dans le courrier d’un  ami Internaute. 

Raphaël ADJOBI

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25 juin 2011

Les faiblesses des médias français révélées par l'affaire Dominique Strauss-Kahn

               Les faiblesses des médias  français révélées

                      par l'affaire Dominique Strauss-Kahn

 

DSK aux USA 03Je vous donne à lire ici un excellent article d'Emmanuelle ANIZON, publié dans la revue Télérama du 25 mai 2011, dans lequel elle montre une presse française pleine de tabous et des secrets, incapable de mener des enquêtes hors des canaux officiels ; une presse française qui reprend les mêmes credo que les politiques quand il s'agit des moeurs sexuelles. Quand les médias se joignent presqu'unanimement aux hommes politiques pour juger qu'abuser d'une femme étrangère dans un hôtel où l'on est de passage relève de la vie privée, on se dit que quelque chose ne tourne pas rond dans l'esprit des journalistes français. Comment peut-on confondre adultère et viol ou tentative de viol ? Chez tous, la raison s’efface devant la longue amitié, la haute stature sociale et politique d’un français. Par ailleurs, l'article nous découvre le passé de Dominique Strauss-Kahn ; un passé fait de rumeurs persistantes puis de vérités non dénoncées ou étouffées. Un passé où cet homme apparaît comme un prédateur qui, en France, inspirait une véritable peur dans les milieux journalistiques féminins. Un article long, très long, mais riche, très riche ! Vous n'aurez pas besoin de lire un autre texte sur le sujet après avoir lu celui-ci parce qu'il est la somme et l'analyse de tout ce qui a été écrit. Dans les crochets sont placées mes brèves réflexions personnelles.   

 

        L'affaire DSK fera-t-elle évoluer les médias ?

La presse française savait que l'ex-président du FMI avait un "problème". Elle n'a pas enquêté. Doit-elle se remettre en cause ? Les rédactions s'interrogent.

                 Un article d'Emmanuelle ANIZON

 

            Quand il a été accusé par la femme de chambre, on a entendu « C'est un complot », « Ce n'est pas son style », ou encore « C'est un troussement de domestique » (Jean-François Khan) et puis, « Il n'y a pas mort d'homme » (Jack Lang). Quand il a été exhibé, non rasé, abattu, menotté dans le dos, au regard avide des médias, on a aussi entendu « Le pauvre », « Trop dur », « Aucun respect de la présomption d'innocence », « justice de barbares ». Robert Badinter, Elisabeth Guigou... [On n'a jamais lu ou entendu de tels propos quand Simone et Laurent Gbagbo ont été exhibés et livrés aux molestations des partisans de son adversaire]. Quand il a été incarcéré dans une prison sordide, il y a eu : « Mais il n'y a pas de cellule VIP ? Pas de traitement particulier ? » Quand enfin les médias américains ont attaqué leurs confrères français sur le thème : « Mais vous saviez qu'il avait un comportement sexuel étrange ? Vous n'avez pas enquêté ? », ils se sont entendu répondre : « Ce n'est pas notre job. »

            On pourrait encore, cruellement, égrener les exemples. Le choc DSK, dimanche 15 mai 2011, a d'abord été un choc de cultures : deux justices, deux mondes journalistiques et, à travers eux, deux visions de la société. D’un côté – on caricature un peu -, une Amérique puritaine, légaliste et égalitariste permettant à une parfaite incarnation du prolétariat mondial – une femme de ménage noire immigrée – d’attaquer en justice un des hommes les plus puissants de la planète. De l’autre – on caricature toujours -, une France latine, jouisseuse et machiste, respectueuses des puissants, avec ses réflexes de castes, ses connivences de classes, ses rapports incestueux entre journalistes et politiques… Le choc a fait mal. Immédiatement, la « bande grégaire et endogame des mâles blancs bourgeois » français, comme nous le souffle joliment le professeur de civilisation américaine à l’université de Nanterre François Cusset, est monté sur ses ergots pour défendre un des siens. BHL, l’autre star à initiales, a donné le ton en écrivant dès le lundi matin, sur son site, puis sur celui du Point, une « Défense de Dominique Strauss-Kahn », cet « ami de vingt-cinq ans ». Où l’on peut lire, entre autres : « J’en veux au juge américain qui, en le livrant à la foule des chasseurs d’images qui attendaient devant le commissariat de Harlem, a fait semblant de penser qu’il était un justiciable comme un autre » [C’est à peine croyable qu’un intellectuel français demande à ce que tout le monde ne soit pas traité de la même façon devant la justice !] , « à cette presse tabloïde new-yorkaise, honte de la profession », « à tous ceux qui accueillent avec complaisance le témoignage de cette autre femme, française celle-là, qui prétend avoir été victime d’une tentative de viol du même genre », etc. Certes, il n’a pas dit qu’il en voulait à la femme de chambre. Face à ce brillant réquisitoire, les médias américains ont répliqué violemment, comme cet éditorialiste de la National Review : « Je suis fier de vivre dans un pays dans lequel une femme de chambre peut faire débarquer un dirigeant international d’un avion en partance pour Paris. Si ce genre de chose est impossible en France, eh bien, honte à la France et à Lévy. » Le New York Time, en une, a même brocardé le "code of silence" des médias français, hérité des secrets d’alcôve de la royauté, s’étonnant par exemple « qu’il n’y ait eu aucune investigation journalistique quand M. Sarkozy a nommé Frédéric Mitterrand ministre de la Culture, alors qu’il avait écrit des mémoires décrivant en détail comment il avait payé pour coucher avec de "garçons" en Thaïlande ».

 

            On s’est invectivé, on a discuté. Les Latins sont venus se défendre dans les médias anglo-saxons, et vice versa. Au fil des jours, le débat a évolué. Dans les rédactions et les cafés, on s’est interrogé : Qu’avait-on su qu’on aurait dû dire ? Faut-il enquêter sur la vie privée ? [Mais forcer une étrangère à avoir avec vous une relation sexuelle alors que vous êtes de passage dans un hôtel relève-t-il encore de la vie privée ? Je dis NON !] Et si oui, où mettre le curseur ? Où finit la drague, où commence le harcèlement ? A partir de quand un comportement privé a-t-il un impact sur la sphère publique ? Est-ce qu’un comportement sexuel « hors norme » a une conséquence sur la capacité à gouverner, comme le pensent les Américains ? Que révèle cette affaire DSK de nos manquements démocratiques ?

 

  « Les filles ne portent pas plainte car on vit dans un pays

     Horriblement macho où les puissants sont protégés »

                     Sylvie pierre-Brossolette, Le Point.

 

Nafissatou Diallo 0004            Sur DSK, tout le monde a dit « on savait ». Mais on savait quoi ? Dans les rédactions, on savait par exemple que le politique multipliait auprès des consoeurs les remarques lourdes, textos insistants, gestes appuyés, rendez-vous pièges… à tel point que certaines journalistes n’allaient plus interviewer DSK seules. Et que l’une d’entre elles aurait parlé de tentative de viol sans porter plainte. Aurait-il fallu alors enquêter ? Ce n’est pas dans la tradition française [Quel aveu terrifiant sur l’esprit français !], comme l’a vérifié Lucie (nous l’appellerons ainsi), jeune et jolie journaliste dans un quotidien du Val-d’Oise. En 2003, DSK lui donne rendez-vous pour une interview au bar d’un hôtel luxueux du 8è arrondissement de Paris, le Royal Monceau. Elle est intimidée, face à l’ancien ministre de l’Economie. Mais sur place, pas moyen de poser une question : DSK, devant son Perrier (dans lequel il rince sa lentille), ne lui parle que de sa beauté. Les chambres ne sont pas loin, juste au-dessus. Elle refuse de comprendre. Voyant qu’il ne se passera rien, il se lève et s’en va, coupant court à l’entretien. « Il ne s’est rien passé de grave, raconte-t-elle. Mais la grossièreté, le sentiment d’impunité tranquille… on se sent désarmée. » Lucie a raconté à sa rédaction. En a même ri. Parce que, dans le pays de la gaudriole, il faut en rire. Il y a tellement d’histoires de cul entre politiques et journalistes. Lucie n’a jamais rien écrit sur le sujet. Parce que ça ne se fait pas, que tout ça n’est pas grave. « Ce n’était pas un crime », comme on a si souvent entendu dire ces derniers jours. [C’est la même réalité concernant les propos racistes des hommes politiques] il lui est juste resté ce petit malaise qui explique qu’aujourd’hui encore ces journalistes, pour certaines connues et écrivant en ce moment sur l’affaire, ne veulent pas qu’on les cite, gênées. « Je comprends qu’une fille ne porte pas plainte, même pour quelque chose de grave, remarque Lucie, qui travaille aujourd’hui dans un quotidien national. La société ne nous protégerait pas, nous pointerait du doigt, notre carrière sera barrée. » [C’est le même raisonnement que font les Noirs de France] Sylvie Pierre-Brossolette, directrice adjointe de la rédaction du Point, le journal qui publiait lundi la tribune enthousiasmante de BHL, résumait jeudi sur France Inter la situation : « Les filles ne portent pas plainte parce qu’on vit dans un pays horriblement macho, où la police a plutôt tendance à étouffer les affaires, les puissants sont protégés. » [Les Noirs ne peuvent que se réjouir de lire que ce qu’ils dénoncent depuis toujours soit reconnu comme une réalité par les femmes] Sans plainte, on ne peut pas écrire. Trop risqué. « On a cherché, pourtant, affirme un ex-journaliste de Libé, mais on n’a jamais trouvé de vraies preuves ».

 

            Pendant toutes ces années, les médias se sont donc contentés d'un adjectif, "séducteur", et ont tourné autour du pot. A l'image de cet échange, paru dans L'Express en 2006 : à Dominique Strauss-kahn, l'hebdomadaire demande : "vous avez la réputation d'être un séducteur [mot très flatteur pour les hommes], craignez-vous le pouvoir de la rumeur dans la vie publique ?" Il répond : "Ce n'est pas une arme que j'utiliserai." A Anne Sinclair, le journaliste souffle un "souffrez-vous de la réputation de séducteur de votre mari ?" Elle rétorque : "Non, j'en suis plutôt fière ! [Voilà une femme qui confond séduire - synonyme de courir après les femmes pour les faire tomber en faute - et plaire qui veut dire susciter à la fois l'admiration et l'envie] C'est important de séduire pour un homme politique [Elle confond "séduire un public" et "séduire une femme"]. Tant que je le séduis et qu'il me séduit, cela me suffit. Je sais bien que, dans une campagne, les attaques ne se situent pas toutes à des niveaux stratosphériques, mais je suis un peu blindée sur le pouvoir de la rumeur". Elle a couru la rumeur. A la radio, Laurent Gerra finissait invariablement ses imitations de Dominique Strauss-Kahn par "I want to fuck" ; Stéphane Guillon appelait toutes les femmes de la station à se planquer à l'arrivée du patron du FMI. Le public riait (Note de l'auteur : Stéphane Guillon a fini par être viré). En 2006, le livre Sexus politicus brise le tabou, raconte dans un chapitre consacré à DSK sa vie de partouzeur, ses indélicatesses avec les journalistes et l'histoire de Tristane Banon, la jeune journaliste-romancière qui affirme avoir subi une tentative de viol en 2002, lors d'une interview de DSK. Le livre est un best-seller, vendu à deux cent mille lecteurs, traduit dans plusieurs langues... Bizarrement, rien ne bouge. Lorsque Dominique Strauss-Kahn est nommé à la présidence du FMI, en 2007, le journaliste de Libération Jean Quatremer, spécialistes des institutions internationales, écrit dans son blog : "Le seul vrai problème de Strauss-Kahn est son rapport aux femmes. Trop pressant, il frôle souvent le harcèlement. Un travers connu des médias, mais dont personne ne parle (on est en France). Or, le FMI est une institution internationale où les moeurs sont anglo-saxonnes. Un geste déplacé, une allusion trop précise, et c'est la curée médiatique." Le, blog fera à peine quelques vaguelettes. Lorsqu’en 2008 un journal américain révèle que Dominique Strauss-Kahn est soupçonné d’avoir abusé de sa position pour obtenir, au sein du FMI, les faveurs d’une subordonnée – ce que l’institution interdit -, le scandale éclate. Anne Sinclair monte au créneau pour défendre son mari, le FMI étouffe ce qui est présenté finalement comme un banal adultère. Et tout le monde (Français et Américains d’ailleurs) se fiche bien de ce que ladite subordonnée écrira, dans une lettre adressée au board du FMI : « M. Dominique Strauss-Kahn a un vrai problème, qui le rend inapte à diriger une institution où les femmes travaillent sous ses ordres. » Là encore, l’affaire se tasse. Et quand la candidature de DSK à la présidence de la République française se précise, la presse de gauche, ravie de son brillant champion, soutient sa campagne… et retient son souffle.

 

            Dimanche, la violence de la claque a surpris tout le monde. L’affaire délie les langues. Dans les médias, on évoque déjà d’autres histoires, d’autres témoignages mettant en cause l’ex-patron du FMI… Mais ensuite ? Juste avant la présidentielle, l’affaire DSK va-t-elle ouvrir une nouvelle ère pour les médias français ? Chacun va-t-il aller débusquer sous ses tapis les petites histoires jusque là tues de mœurs, de tromperies et cure de « désintox » ? [Il ne faudra tout de même pas confondre adultère et agression sexuelle ou tout autre forme de pratique sexuelle qui conduit généralement le commun des français devant les tribunaux] Verra-t-on d’autres Bill Clinton, Gary Hart ou Eliot Spitzer fauchés en pleine ascension politique ? Les rédactions s’interrogent. Libération a même publié une page sur ces questionnements et ces déchirements internes. Conclusion : « Au vu de la vigueur des échanges depuis trois jours, on peut dire qu’il existe à Libé autant de points de vue que de journalistes, ou presque. » Ambiguïté, tortillements… Globalement, les journalistes français refusent de tomber dans la pudibonderie et l’hypocrisie à l’américaine, craignent les dérives et s’accrochent à l’article 9 du Code civil : « Chacun a droit au respect de sa vie privée. » Nicolas Demorand écrit que Libération « continuera à respecter la vie privée des politiques [En d’autres termes, si ce qui est arrivé aux Etats-Unis se produisait en France, on ne devrait pas en faire cas]. C’est un principe démocratique hypocrite aux yeux de certains, mais fondamental. Imparfait mais nécessaire [Pour les hommes ou pour les femmes ?]. Mettre ce principe au rancart conduirait à favoriser à court, très court terme, la victoire du « buzz » et du « trash » au nom de l’information de qualité ». Le Canard enchaîné explique que « L’information s’arrête à la chambre à coucher »… Edwy Plenel de Médiapart dit la même chose à la télé. Philippe Martinat, du Parisien, aussi : « Si la vie privée n’influe pas sur la vie publique, on n’a pas à en parler. » Jean Lesueur, directeur de la rédaction de France 24, n’est pas du tout d’accord : « Quand Pompidou part rencontrer Brejnev, alors que tout le monde sait qu’il est malade et très diminué par sa maladie ? Quand les médias racontent que François Mitterrand voit Kadhafi alors qu’il passe des vacances en Libye, avec sa fille Mazarine ? » Et va plus loin : « Et quand un dirigeant a des comportements qu’il n’assume pas et qui pourraient servir à du chantage ? »

 

            En 2007, Béatrice Vallaeys, directrice adjointe de la rédaction de Libération, avait commandé un portrait de « DSK, président du FMI » à sa correspondante aux Etats-Unis, en lui disant : « Vas-y avec le photographe, pas seule. » A l’époque, rien n’avait transparu de cette conversation dans l’article. Aujourd’hui ? « Je lui dirais d’y aller, mais de raconter l’attitude de DSK dans son papier. Enfin… je crois. »

 

Emmanuelle ANIZON

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18 juin 2011

Appel du 18 juin : Critique de l'esprit français et hommage aux soldats africains

             Appel du 18 juin : Critique de l'esprit français

                          et hommage aux soldats africains 

 

A la fin du mois d'octobre 2006, j'avais écrit un article dans lequel je critiquais le qualificatif "cartésien" souvent accolé à l'esprit français. J'avais alors trouvé dans le film "Indigènes", sorti la même année, et les remous politiques qu'il provoqua, les arguments suffisants pour fustiger ce que je considérais comme un abus de langage. C'était l'esprit français que j'attaquais. En ce jour de commémoration de l'appel du 18 juin, mes pensées vont vers tous les Africains qui ont été convoyés sur les différents fronts européens au nom de la liberté de la France et des français. Payés en monnaie de singe, les promesses faites sous l'ère Chirac ne furent concrétisées que récemment, au moment où ces combattants pour la liberté de la France ne sont guère que quelques rares individus à rester encore en vie.  

de Gaulle à Brazza 2 

           « Indigènes », la France n’est pas cartésienne

 

                Dans l’esprit de nombreux intellectuels et hommes politiques français, la France est drapée dans le magnifique manteau de la pensée de Descartes. On se plaît à affirmer avec beaucoup d’orgueil que l’esprit français est rationnel, cartésien.

                Et c’est la même fierté qui enfle le cœur du français lorsqu’il affirme à haute et intelligible voix qu’il vit dans un pays de liberté, d’égalité et de fraternité, oubliant totalement que ces trois notions ne sont point une réalité concrète mais plutôt un idéal à atteindre. Oui, c’est se tromper par excès d’orgueil que d’affirmer avec les hommes politiques et les journalistes prétentieux que règnent en terre de France la liberté, l’égalité devant la loi et la fraternité entre les citoyens. Au moment du choix de cette devise, ce n'était point l’idée qui animait ses initiateurs. Cela, personne ne peut en douter. Plus humblement, les pères de cette devise fixaient au peuple français un idéal vers lequel ils voudraient qu’il tende en toute circonstance ; un idéal qui se voulait le moteur des actions.

Il est donc temps que nous quittions cet air prétentieux qui nous porte sans cesse à affirmer ce qui n’est point. Il faut se garder d’être ridicule à force de s’envoyer des fleurs ou de se tresser des lauriers. Être français ne signifie point que l’on est meilleur ou pire que les autres ; et surtout il ne faut point croire qu’être français signifie que l’on est rationnel dan sa manière de concevoir l’égalité ou la justice sociale. Être français ne signifie en aucune façon que l’on est cartésien du simple fait que Descartes est français.

                Il me suffit, pour illustrer ma pensée, de rappeler ici les conséquences  de la sortie du film « Indigènes ». Quel homme politique, quel journaliste français, quel citoyen français ignorait – avant la sortie de ce film – que les Africains ont été nombreux à venir se battre pendant la deuxième guerre mondiale pour la libération de la France ? Quel homme politique, quel journaliste, quel citoyen français ignorait – avant la sortie de ce film – que ces Africains, une fois la guerre terminée se sont retrouvés avec des soldes dérisoires alors que les anciens combattants français étaient gracieusement récompensés ? Quel homme politique, quel journaliste n’a jamais entendu le cri de détresse des anciens combattants africains demandant justice par le versement d’une solde égale à celle des anciens combattants français.

                Face à leurs cris, face à leur douleur, face à leur misère, le prétendu esprit rationnel français est toujours resté aveugle et sourd. C’était à croire que si la raison n’a point de cœur, elle n’avait point d’yeux ni d’oreille non plus.

                Puis sortit le film « Indigènes ». Lors de sa première projection, l’épouse du président de la République aurait été émue aux larmes et aurait dit à son illustre mari : « Jacques, il faut faire quelque chose ». Sitôt dit, sitôt fait. Les élus du peuple proclamèrent en grande pompe l’avènement de l’égalité des soldes entre tous les anciens combattants de la dernière guerre qui ont défendu la France sous sa bannière. Voilà enfin les anciens combattants africains Libres et Egaux avec les anciens combattants français.

                Il me plaît de souligner ici combien il est regrettable que la raison soit incapable de reconnaître l’injustice là où le cœur la sent profondément. Il a suffi qu’une reine émue demande à son prince de satisfaire un de ses désirs pour que l'on songe à accorder l'égalité devant la loi à de milliers d’anciens combattants qui en étaient privés. 

                Sincèrement, il me semble que l’effet produit par la sortie de ce film peut être vu tout simplement comme la volonté de satisfaire le caprice d’une princesse que comme la juste et rationnelle réparation d’une injustice longtemps consciemment ignorée.

 

Raphaël ADJOBI

 

(Jeudi 26 octobre 2006 ; première publication : décembre 2006)

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18 juin 2010

Félix Eboué, le deuxième homme de l'appel du 18 juin 1940

Félix Eboué, le deuxième homme de l’appel du 18 juin 1940

       ou le héros Noir chassé de l’histoire de la résistance française 

F_lix_Ebou__et_de_Gaulle            Rares sont les Français de ce XXI è siècle qui connaissent le nom de Félix Eboué. Parmi les élèves, étudiants et même les enseignants, rares sont ceux qui, dans un manuel scolaire ont eu l'occasion de découvrir son image ou lire des textes parlant de son rôle dans l’histoire de la France. Pourtant, sans cet homme, il est certain que la place du Général de Gaule et celle de la France résistante auraient connu tout un autre visage dans l’Histoire de la deuxième guerre mondiale. 

Pour comprendre cela, il convient de restituer quelques faits. Quand la France a été défaite en un mois par l’armée allemande (10 mai 1940, elle envahit la France par les pays voisins du nord et entre dans Paris le 14 juin), dès le 16 juin, on discute au sein du gouvernement sur la continuation ou non de la guerre en constituant un front en Afrique du Nord. Mis en minorité, Paul Reynaud, chef du gouvernement et partisan de la continuation, démissionne. Le même jour, le maréchal Pétain, favorable à l’armistice, est nommé à sa place et le lendemain, le 17 juin, annonce officiellement aux Français l‘arrêt des combats et demande l’armistice à l’ennemi.

            Le Général Charles de Gaulle qui était secrétaire d’état à la défense dans le gouvernement de Paul Reynaud, s’était envolé pour Londres dès le lendemain de la démission de ce dernier. Partisan de la poursuite de la guerre comme l’ancien chef du gouvernement, le 18 juin, c’est-à-dire au lendemain du discours du maréchal Pétain demandant l’armistice, il lance à la radio londonienne un appel aux Français pour la poursuite du combat, pour le refus de la défaite.

            On parle alors de la France Libre. Ce terme qui va plus tard couvrir une multitude de Français de la France métropolitaine comme un manteau de gloire n’avait pas en fait le sens qu’on lui donne aujourd’hui. Il ne désignait pas les rares Français qui avaient réussi à fuir vers l'Angleterre, ni ceux qui vivaient dans la zone non occupée par les Allemands appelée « Zone libre.» « Tous les Français libres » dont parle de Gaulle dans un discours prononcé le 22 juin, sont tous ceux qui dans leur esprit et dans leur cœur aimeraient continuer le combat pour la libération de la France. Dans la réalité, cette France libre n’existait pas territorialement ni militairement. La France Libre n’était qu’une idée, une notion abstraite, un slogan de ralliement. 

     Félix Eboué concrétise la « France Libre » de Gaulle

            C’est exactement le 26 août 1940 que la « France Libre » va enfin avoir un sens concret ! Et cela grâce à un homme : Félix Eboué ! C’est cette étape importante de l’histoire de la seconde guerre mondiale que tout le monde doit retenir, parce qu'elle a fait du général de Gaulle, aux yeux des Anglais et des Américains, un chef militaire pour la reconquête de la France. Oui, c'est elle qui lui a conféré toute sa légitimité.

            Devant les nombreux appels au ralliement lancés depuis Londres, les gouverneurs des colonies sont obligés de choisir entre le pouvoir de Pétain et la rébellion incarnée par de Gaulle. Ayant constaté que l'armistice signé respectait la souveraineté de la France sur ses colonies et ses protectorats, les gouverneurs des colonies et les généraux restent fidèles à Pétain et à Vichy. Aussi, le contact pris avec le Résident général du Maroc Charles Noguès par de Gaulle échoue. Quand Félix Eboué avertit son supérieur Boisson à Dakar de son choix, celui-ci le menace de représailles pour son indiscipline. Une fois sa décision officialisée le 26 août 1940, il est relevé de ses fonctions et sera frappé plus tard d’une condamnation à mort par le gouvernement de Vichy. Au Gabon, le Gouverneur Masson se rallie à de Gaulle puis à Pétain et finit par se suicider comme pour fuir ses responsabilités.  

La_France_Libre             Aiguillonnés par le ralliement du Tchad avec Félix Eboué, le Congo-Brazzaville, l’Oubangui-Chari (actuelle Centrafrique) et le Cameroun, arraché par les armes aux partisans de Vichy par le général Leclerc, suivent. Grâce à Félix Eboué en liaison avec les représentants de Charles de Gaulle envoyés en Afrique (René Pleven, Leclerc), la France Libre a désormais un territoire et une armée de nègres aux pieds nus qui donnent de la consistance au maigre effectif de soldats blancs de l’Afrique Equatoriale. De Gaulle, exilé en Angleterre, peut alors, en septembre 1940, poser les pieds à Brazzaville sur un sol où il n'est pas étranger, un sol qui appartient à l'empire français. Il peut enfin participer militairement à la reconquête de la mère patrie. Sa légitimité peut désormais convaincre Roosevelt qui hésitait à lui donner sa confiance. Séduit par le patriotisme de Félix Eboué, le 12 novembre 1940, Le général de Gaulle le nomme gouverneur général de l'Afrique équatoriale française et membre du Conseil de défense de l'empire. Brazzaville devient la capitale de tous les territoires de la France Libre.  

de_Gaulle___Brazza_2            Il convient donc une fois pour toute, que tous les Français retiennent et enseignent que c'est en Afrique, avec Félix Eboué, que s'est joué l'histoire de Charles de Gaulle et celle de la participation des Français (majoritairement noirs au départ) à la libération de la mère patrie. C’est en Afrique que la France libre est passée de l’abstrait au concret.  A juste titre, le 13 juillet 1942, elle change de nom et devient la France combattante. Et c'est Eboué qui fera construire des routes pour permettre en janvier 1943 à la colonne Leclerc de remonter rapidement vers le Tibesti puis vers la France !

            De Gaulle n’oubliera jamais tout ce que fit cet homme. Dès novembre 1940, il crée l'ordre de la libération, avec rang unique de compagnons, en vue de célébrer ceux qui auront oeuvré à chasser l'ennemi nazi. Eboué fait partie de la première promotion, signée le 29 janvier 1941, avec quatre autres compagnons. Ce qui en dit long sur la reconnaissance de son rôle crucial dans l'organisation de la libération de la France. « Félix Eboué, grand Français Africain, est mort à force de servir. Mais voici qu’il est entré dans le génie même de la France », proclama-t-il à sa mort survenue le 17 mai 1944.

            Aujourd’hui, on ne cite plus Félix Eboué dans les commémorations officielles de la résistance. Dans les manuels scolaires, on ne le cite plus. En France, excepté sans doute la Guyane sa terre natale, on n'écrit plus sur l’homme. Les deux derniers livres sur lui datent des années 1950. Le dernier travail universitaire est d'un anglais (Brian Weinstein, Oxford University, 1972). C'est Benoît Hopquin qui, récemment, lui a rendu un vibrant hommage en retraçant sa vie et ses combats dans son livre Ces Noirs qui ont fait la France.  Peu de Français savent que Félix Eboué est le premier résistant à dormir au panthéon depuis 1949 en reconnaissance de ce qu’il a fait pour la France ? Heureusement que ceux qui l’ont côtoyé ont reconnu sa valeur. Aujourd’hui, pas un seul homme politique n'aurait l'idée de lui proposer le panthéon. Tous des ingrats et parfois même ignorants de l'histoire de la France ! Aussi je dis aux Noirs de France, mêlez-vous de votre histoire, de l’histoire de vos grands-pères et de vos ancêtres. Mêlez-vous de l’écriture de l’histoire de la France et ressuscitez la mémoire des vôtres qui en sont injustement écartés.

°Photo n°1 : Félix Eboué, gouverneur du Tchad accueillant le général de Gaulle à l’aéroport de Brazzaville en septembre 1940.

°Photo n°3 : Arrivée du général de Gaulle à Douala le 8 octobre 1940 ; à sa droite, le général Leclerc, commissaire général du Cameroun.   

Raphaël ADJOBI                   Faites un don ou ahérez à l'association La France noire

 

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18 janvier 2010

Le voile intégral et la ceinture de chasteté

      Le voile intégral et la ceinture de chasteté

 

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            La multiplication du voile intégral dans le paysage social français semble suffisamment conséquente pour susciter  des questions sur l’avenir les valeurs de la France. Quand son usage se limitait  aux premières générations d’immigrés faites de femmes aux foyers et illettrées, peu nombreuses d’ailleurs, cela n’inquiétait pas les autres Français qui les voyaient comme des étrangères aux mœurs étranges. Depuis que – par on ne sait quel phénomène de mode – des lycéennes, des étudiantes, des employés de bureau  découvrent les délices du voile intégral, de nombreuses voix s’élèvent ça et là pour dénoncer son intrusion dans tous les lieux protégés par les lois de la République.

 

            Ce n’est donc pas le voile qui fait peur, mais son insinuation dans les lieux publics, les écoles, les administrations, les commerces, les lieux de loisirs entraînant par voie de conséquence la modification des règles de la vie sociale. Car, ne l’oublions pas, le voile est un signe religieux qui véhicule des croyances et des pratiques exigeant elles-mêmes des règles sociales appropriées et souvent sectaires.

            

            Plus nombreux sont sans doute ceux qui voient dans cette floraison du voile la main des islamistes étrangers ; ceux qui ont les moyens de financer des immenses mosquées pour les plus pauvres de la terre parce qu’ils voient dans ce signe tapageur le drapeau qu’ils plantent en terre conquise. Le voile des femmes serait donc la marque de l’appropriation d’un espace nouveau.

 

Sous le voile, le sexe

 

 

            Dans cette agitation devant le voile qui, peu à peu, recouvre la France, il me semble que l'on a oublié de parler de l'essentiel : la femme ! Or, celle qui porte le manteau du voile devrait être remise au centre des débats. Car dans la vie quotidienne c'est finalement elle qui inquiète et subit la désapprobation de ses concitoyens. L'homme, l'époux, est oublié. Interrogez-le. Il vous jurera par Allah que c'est sa femme qui a pris la liberté de se couvrir. Lui n'a pas eu son mot à dire. Interrogez la femme. Elle confirmera les propos de son mari et ajoutera que non seulement sa foi l'exige mais aussi qu'ainsi elle est respectée. Hors du voile, point de respect donc.

 

            Je retiens pour ma part qu'instrument ou non des islamistes ou des époux, la femme est l'otage des hommes. Placée entre le marteau planant sur sa tête et l'enclume (islamistes et époux d'une part, et les lois républicaines de l'autre), elle est contrainte de faire l'apologie de l'instrument de son asservissement à l'homme. De même que hier la ceinture de chasteté garantissait à l'homme l'exclusivité du précieux sexe féminin, aujourd'hui, c'est sous le couvert de la religion et de la foi que l'homme musulman français a trouvé dans le voile intégral la préservation de ce qu'il considère comme un bien privé qui ne saurait porter l'étiquette Liberté.

 

            Voilà qu'en France, des femmes venues d'ailleurs ou dont les parents sont venus d’ailleurs en clamant fuir la prison pour le pays des libertés, descendent dans les rues pour réclamer une prison dorée sous le voile ! Non contentes de cela, elles font de leur lugubre manteau le fer de lance d'un combat qui vise la révision des lois républicaines pour s'adapter  à leur pratique religieuse. Mais savent-elles qu’ici Dieu est mort ? Savent-elles qu’ici les lois de la République priment sur la chose religieuse reléguée au cercle privé ? Savent-elles qu’ici l’église et l’état sont séparés et qu’il appartient à ce dernier de prescrire les lois à suivre ? Qu’elles commencent par apprendre les règles du pays avant d’entreprendre de les changer ; car « quand on va au pays des crapauds et que l’on voit ses habitants accroupis, plutôt que de demander une chaise, on fait comme eux ». C’est sûrement cette sagesse qui les sauvera du joug des Islamistes et de leurs époux.

 

            Il est certain qu’avant d’être une question de foi, le voile est avant tout intimement lié au sexe. Quel homme n’aimerait-il pas, consciemment ou inconsciemment, voir sa femme évoluer librement dans n’importe quelle société avec la ferme conviction qu’elle porte un signe visible qui oblige tout autre homme à la considérer comme inaccessible. Comme la ceinture de chasteté, le voile est une marque répulsive pour les autres hommes mais que seul peut ôter l’époux pour s’offrir ce qu’il cache : le corps et le sexe !  Le voile n’est donc, avant tout, que l’expression du rêve masculin de la possession exclusive du sexe féminin enfoui en chacun de nous.

 

Raphaël ADJOBI

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15 octobre 2009

La taxe carbone et nous

                                 La taxe carbone et nous

            Nous y sommes ! Nous l’avons cherché, nous allons l’avoir ! A force de vivre de manière irraisonnée, il nous faudra payer un tribut. Il se présentera sous la forme d’une taxe – une contribution, disent certains (c’est plus doux !) - pour lutter contre le changement climatique qui nécessite, selon les experts, « un changement organisationnel et comportemental de nos sociétés ». Il faut entendre par là un changement de comportement de l’humanité tout entière.

Taxe_carbone_1            La taxe carbone a été mise en place dans les années 1990 en Suède, en Finlande, et au Danemark. Elle devrait entrer en vigueur en France dès le 1er janvier 2010. Les autres pays de l’Union européenne suivront car celle-ci a besoin d’ « un outil pour réduire les émissions de gaz à effet de serre » et des « ressources appropriées pour financer une politique climatique mondiale » (site maxisciences) ; c’est encourager les investissements dans les énergies renouvelables ou peu productrices de gaz à effet de serre. Mais tout cela restera certainement de belles paroles dans bon nombre de pays européens, notamment

la France.

            Je ne veux point ici remettre en question le bien fondé de la nécessité d’un changement de comportement des particuliers et des entreprises industrielles et commerciales. Chacun, au regard de l’état des sociétés développées et des comportements individuels, sent le besoin de se tourner vers des énergies propres ou moins polluantes. Je voudrais tout simplement et franchement dire ici que le gouvernement s’y prend très mal pour nous faire accepter cette « contribution » qu’il juge nécessaire pour nous « inciter à modifier nos comportements les plus énergivores, responsables du réchauffement climatique ».

            L’histoire de l’humanité nous enseigne des comportements qui semblent imposés par la nature et que la morale a fini, sous tous les cieux, par codifier en nous. Elle nous enseigne que les hommes travaillant la terre pour en tirer leur subsistance ont vite compris que la nature exigeait d’eux du repos pour pouvoir produire à nouveau et les satisfaire. Par contre, notre époque en a décidé autrement. Forçant la nature à produire nuit et jour et par toutes les saisons la nourriture qu’elle n’offrait qu’à un moment précis de l’année, les hommes ont fini par croire la dominer impunément. Les engrais qu’il enfouissait dans le sol à coups de pelleteuse ont fini par polluer les nappes phréatiques ; Les canalisations issues des usines et conduites dans les cours d’eau les ont rendus imbuvables, nécessitant une technologie industrielle pour les rendre potables.

            L’avènement de l’industrie avec la transformation massive de produits uniformes destinés la consommation d’un grand nombre de personnes pour un bénéfice financier toujours plus grand, a fini par couvrir la terre entière de cheminée polluantes ; la concentration humaine dans des villes de plus en plus grandes avec des moyens de transports plus rapides, plus nombreux et polluants ont contribué à rendre l’air que nous respirons et celui qui , à ce qu’il paraît, protège la terre, impropre à la vie humaine.

Heures_sup            Malheureusement, au moment où le besoin de changer de comportement s’impose, on nous incite à travailler plus pour gagner plus, c’est à dire à faire tourner davantage les usines, à faire fonctionner davantage toutes les machines grandes consommatrices d’énergie. Non content de cela, on voudrait même empêcher à la nature d’avoir le temps de reprendre son souffle. Aussi, on nous demande même de travailler le dimanche. On refuse à la nature un jour de repos pour se renouveler, un jour de repos pour que le gaz rejeté dans l’air toute la semaine ait le temps de se dissiper avant la reprise de nos activités. On prétend que rouler moins vite nous évite les pics de pollutions. Foutaises que cela !

            Devant ce qui apparaît comme un paradoxe, certains soupçonnent l’état français de faire de la taxe carbone un moyen de  faire des  recettes fiscales pour combler ses dettes. Si donc demain, vous ne voyez pas se multiplier les pistes cyclables et les tramways, si vous voyez autant de camions sur les routes, si vous voyez que le travail du dimanche se généralise, obligeant plus de déplacements et maintenant des machines en tous genres en action, si les villes sont de plus en plus illuminées et plus longtemps, tant qu’il vous faudra continuer à laisser couler des litres d’eau froide avant d’avoir de l’eau chaude, sachez que votre « contribution » n’aura effectivement servi qu’à combler les dettes de l’état. Pour changer de comportement, il appartient à celui-ci de proposer des alternatives à nos habitudes actuelles. En attendant la mort par suffocation ou par détérioration de notre environnement, le rythme de la vie que nous nous imposons, lorsqu’il ne nous pousse pas au suicide, génère en nous tant de stress que nous passons le plus clair de notre temps à avaler des anti-dépresseurs qui ruinent notre santé. Mourir ou devenir fou par le travail en attendant la fin du monde semble la seule alternative qu’on nous propose pour l’instant.

Raphaël ADJOBI

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29 juin 2009

Histoires de têtes noires coupées

                            Histoires de têtes noires coupées                        

 

 

T_te_de_n_greMon récent billet sur le livre de François-Xavier verschave (De la Françafrique à la Mafiafrique) était accompagné d’un détail agrandi de la photo de couverture que je reproduis ici. J’avais en effet été beaucoup intrigué par cette image : une tête de Noir trônant sur un pieu planté au milieu d’un groupe de quatre colons.

            En fouillant dans mes souvenirs, je ne suis pas parvenu à retrouver des images ou des récits africains de «blancs coupeurs de tête ». Et pourtant je voyais sur cette photo de couverture la même scène de barbarie que celles abondamment publiées sur le net montrant  les familles américaines blanches rôtissant des noirs et prenant fièrement la pause devant  l’objectif du photographe pour la postérité. La barbarie des Français en Algérie, j’en ai entendu parler. Mais la luxuriante végétation derrière les quatre colons était la preuve que la scène ne s’est pas passée en Afrique du Nord.

            Où donc les français blancs ont pu aussi fièrement se livrer à une telle barbarie qu’on ne prête qu’aux Blancs d’Amérique ? C’est en lisant le livre de Benoît Hopquin (Ces Noirs qui ont fait la France) que la vérité m’a éclaté au visage. Un petit passage du livre parle des chasseurs d’esclaves des îles françaises qui avaient leur marque de fabrique les distinguant des rancheadores des îles espagnoles. Aux Antilles françaises, les chasseurs d’esclaves, « des Blancs mais aussi des Noirs, se faisaient rémunérer chaque main gauche coupée à un fuyard. Ils laissaient les corps à pourrir, sans sépulture […]. Ils ramenaient les preuves sanguinolentes dans un sac afin de recevoir paiement de leur sale besogne. Les trophées macabres étaient ensuite plantés sur les pieux, en place publique, pour l’exemple. » (p.96) Je lève les yeux, écoeuré  mais satisfait d’avoir l’explication de la photo qui m’avait tant intrigué quelques semaines auparavant.      

            Cependant la photo dont il est question me semblait trop récente au regard des tenues des colons. Je reprends donc le Livre de François –Xavier Verschave et j’entreprends de lire tous les éléments du paratexte et je découvre la mention suivante : « Couverture : répression d’une révolte en Côte d’Ivoire au début du XXè siècle. » (cla. Roger-Viollet). Ainsi donc les coupeurs de têtes noires n’étaient pas seulement des esclavagistes ! Ils étaient aussi de fiers colons d’une époque récente issus d’une société dite civilisée qui s’était donné pour mission de civiliser l’Afrique, coûte que coûte, même par décapitation.

 

Raphaël ADJOBI

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