Lectures, analyses et réflexions de Raphaël

Vous trouverez ici des comptes rendus de lectures livresques concernant essentiellement l'histoire des Noirs d'Afrique et celle des Afrodescendants des Amériques et d'Europe. Les actualités de la diaspora africaine ne sont pas oubliées.

17 juin 2009

Téléphonie : comment combattre la mode des numéros masqués

                           Téléphonie : comment combattre

                                     la mode des numéros masqués

T_l_ph

            Depuis l’apparition des écrans sur les appareils téléphoniques, bon nombre d’usagers se sentent gênés dans leurs relations avec leurs différents correspondants. Aussi, outre le fait d’être inscrits sur la liste rouge de leur opérateur téléphonique (non publication de leur nom et de leur numéro dans l’annuaire), ils optent de masquer leur numéro quand ils émettent un appel. C’est à croire qu’ils conçoivent le progrès dans la communication comme une entrave à leur liberté. Mais à regarder le phénomène de près, ce sont ces « inconnus » qui deviennent gênants dans la sphère de la téléphonie.

            A l’origine, être sur liste rouge était une façon commode pour ceux exerçant un métier public à risque, tels les hommes de loi (avocats, magistrats…), d’éviter les menaces et les tentatives d’intimidation. Certains, pour échapper à un membre de leur famille ou à des  connaissances indésirables ont également choisi cette option. Peu  à peu, la pratique s’est généralisée comme si cela conférait de l’importance de dire : « je suis sur liste rouge ». Quels appels dérangeants ces derniers cherchent-ils à éviter ? Les démarcheurs de produits ? Les publicités par téléphone ? Soit. Mais alors pourquoi passent-ils des appels masqués ? Que l’on veuille trier ses correspondants en s’inscrivant sur une liste secrète, cela se comprend. Mais que l’on se permette d’appeler les autres en restant masqué me semble de la plus haute incivilité.   

            Qui oserait en effet ouvrir sa porte à un  individu qui se présenterait chez lui avec un masque sur le visage ? En tout cas pas moi. Et je suppose que vous non plus. Il est donc nécessaire de réfléchir à cette pratique avant de l’adopter. J’invite même le lecteur à la combattre en ne répondant pas aux « numéros masqués ». Je voudrais ici attirer l’attention des uns et des autres et susciter une réaction qui contribue à faire échec à la pratique immodérée des appels masqués qui n’est pas seulement le fait des centrales d’appels ou des sociétés chargées d’appâter les clients. Elle est aussi plus généralement le fait de simples particuliers qui deviennent ainsi des importuns. Ce serait même une façon idéale d’éviter les petits plaisantins et les prétendus camarades d’études dont l’expression traduit l’absence d’études et de la simple civilité.

            Du simple fait que l’on n’ouvre pas sa porte aux visiteurs portant un masque, il importe que chacun s’oblige à ne pas répondre aux appels dont les numéros sont  masqués. Si le correspondant masqué juge son appel important, il ne manquera pas de vous laisser un message. Sans un mot de sa part, il vous aura signifié que rien n’est urgent où d’une grande importance. Faites donc comme moi, ne répondez pas aux appels masqués. Soyez certains que si les non-réponses à ce type d’appels se multiplient, les personnes concernées réfléchiront par deux fois avant d’importuner les autres avec leur masque.

Raphaël ADJOBI

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13 mars 2009

Les Antillais et nous

                                      Les Antillais et nous         

Antillais_CRS            Le mouvement de grève guadeloupéen qui a ensuite gagné la Martinique et même – à l’autre bout du monde – l’île de la Réunion n’est rien d’autre que la révélation au grand jour des restes de l’esclavage et de la colonisation que la France entretient sans vergogne tout en les couvrant du manteau trompeur de « Départements d’Outre-mer ». Le monde découvre donc un autre visage de la France : un tiers-monde voulu et entretenu au sein de la République. C’est comme si, sous les ors d’une maison bourgeoise et la belle prestance des maîtres, on découvrait une domesticité noire croupissant dans l’indigence et vivant en marge des droits humains les plus élémentaires.

            Il ne faut donc pas s’étonner que de tous les coins du monde, des journalistes – même ceux  d’Al Jezira (pardon pour l’orthographe) – aient fait le déplacement aux Antilles pour voir l’orgueilleuse France enfin nue.

            Comme il fallait s’y attendre, des hommes politiques - avec la complicité des journalistes qui relaient inlassablement leurs discours – tentent de discréditer la rébellion antillaise en présentant son leader comme un « incitateur à la violence raciale » parce qu’il a crié à la face du monde qu’il ne laissera pas une poignée de békés rétablir l’esclavage. Des blancs poussent l’audace même jusqu’à porter plainte contre lui alors qu’un peu plus tôt un béké avait juré qu’il ne laisserait pas le sang noir souiller le sang blanc sans que cela suscite des remous. 

            A lire certains blogs, je constate que la rébellion antillaise nous intéresse tous. Aussi, je voudrais ici vous indiquer quelques articles que j’ai beaucoup appréciés et qui montrent la dimension prise par l’événement dans le cœur des Noirs. Je vous conseille tout d’abord le cri du cœur du blogeur Ben. Je vous propose ensuite le regard de l’Haïtien Roody Edmé, donc un voisin des antillais.

            Ci-dessous, je vous propose un bel article du journal le monde que m’a envoyé un ami depuis les Antilles. Il apprécie l’article mais y apporte une petite mise au point quant à l’interprétation que les métropolitains font ou pourraient faire des slogans des grévistes.

                                             

                              Bonne lecture !            

Raphaël ADJOBI   

             

Bonjour Masque,

La Guadeloupe est une terre lointaine pour ceux d'entre vous qui
vivent à l'étranger.

J'adresse, à tous ceux qui veulent un peu mieux comprendre  la situation de crise,
un article du Journal Le Monde qui rend bien compte de la situation,
ce qui n'a pas toujours été le cas dans la presse française.

Une petite réserve. Pour le créolophone
qui vit en Guadeloupe et a donc vécu la révolte de la Guadeloupe, la
traduction proposée en fin d'article du refrain régulièrement entendu
au cours des manifestations "La Gwadloup sé tan nou, la Gwadloup a
pa yo
" ("La Guadeloupe c'est à nous, la Guadeloupe c'est pas à vous") -
est une mauvaise traduction littérale donnant lieu à une mauvaise
interprétation.

"La Gwadloup sé tan nou, la Gwadloup a pa yo" veut dire : La Guadeloupe
nous appartient (ou est nôtre), la Guadeloupe n'est pas la leur.

En créole, "yo" veut dire "eux" ou "ils".

Dans le contexte de cette phrase et de la révolte de Janvier - Février 2009,
dirigée par un collectif d'associations et de syndicats de travailleurs qui s'est
donné le nom de LKP (Liyannaj Kont Pwofitasyon) - Union contre les abus
outranciers, "yo" désigne TOUS les profiteurs. Desquels bien entendu, on ne
peut exclure l'ethno classe des "békés" descendants d'esclavagistes, certains
affairistes "métropolitains" et tous ceux qui se comportent en Guadeloupe comme
dans un "Far West".

Contrairement à ce que beaucoup ont tenté de faire croire, avoir conscience de
la persistance d'une fracture ethnique dans ces pays de la Caraïbe (entretenue par
certains groupes pour asseoir leur domination) et dénoncer cet état de fait, ne fait
pas de vous un raciste.

Salutations de Guadeloupe,

Voir l'article du monde en pièce jointe.

Les raisons du malaise en outre-mer

Le Monde.fr LEMONDE.FR | 27.02.09 | 19h34 • Mis à jour le 28.02.09 | 12h58

Les départements d'outre-mer (DOM) s'embrasent. Après la Guyane, qui protestait en novembre contre

le coût de l'essence, la Guadeloupe est bloquée depuis fin janvier par les grèves, tout comme la

Martinique, entrée dans la danse en février. Les DOM figurent parmi les territoires les plus pauvres de

l'Union européenne. Mais derrière les revendications économiques des manifestants apparaissent les

blessures d'un passé tumultueux. En théorie, les DOM sont des départements – presque – comme les

autres. Mais leur histoire douloureuse et les vestiges du colonialisme toujours présents dans leur société

sont mal connus en métropole.

[-] fermer "Un lourd héritage historique"

Le poids de l'esclavage

Les sociétés ultramarines restent profondément marquées par l'empreinte de l'esclavage, qui a permis

aux sociétés coloniales de prospérer sur la très lucrative culture de la canne à sucre. Au total, quatre

millions de personnes ont connu l'état de servitude dans les colonies françaises. L'esclavage a été aboli

deux fois : une première fois en 1794, avant d'être rétabli huit ans plus tard par Napoléon Bonaparte,

puis le 27 avril 1848, par la IIe République – définitivement cette fois-ci. Paris a toutefois fait le choix de

perpétuer les fondations du système esclavagiste, maintenant des relations commerciales "exclusives"

entre les colonies et la métropole et en décourageant l'autosuffisance alimentaire à travers le soutien à la

monoculture sucrière. Et pour pallier le besoin de main-d'œuvre au lendemain de l'abolition de

l'esclavage, la France a fait venir des travailleurs "contractuels" d'Inde ou d'Afrique, créant de nouvelles

formes de subordination.

Une émancipation inachevée

En 1946, les Antilles accèdent au rang de départements. Toutefois, l'"assimilation" politique engagée par

le biais de la départementalisation ne s'accompagna pas d'une véritable émancipation économique et

sociale. Ce qui fait dire à Aimé Césaire, en 1971, dans Le Monde, que "la départementalisation, [qui]

devait être l'égalité des droits, ne le fut pas. Le nouveau système est devenu encore plus colonialiste que

l'ancien. Peu à peu, il a sécrété ses privilégiés : ceux qui vivent de lui, les fonctionnaires, les grosses

sociétés, le 'lobby' antillais qui pèse sur le pouvoir". Dans la foulée de la publication des Damnés de la

terre, en 1961, par le psychiatre martiniquais Frantz Fanon, les revendications indépendantistes se font

vives dans les DOM. Celles-ci sont attisées par l'émancipation, en 1962, des Antilles britanniques

vives dans les DOM. Celles-ci sont attisées par l'émancipation, en 1962, des Antilles britanniques

voisines (Jamaïque et Trinité-et-Tobago). Le "mon Dieu, que vous êtes Français", lancé par Charles de

Gaulle à la foule martiniquaise, à Fort-de-France en 1964, n'y fait rien : les années 1960 et 1970 sont

marquées par l'instabilité sociale. En mai 1967, de violentes émeutes et leur répression policière

ensanglantent Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe, faisant officiellement sept morts (aujourd'hui, on parle de

87 de morts), tandis qu'en mars 1971, de violentes échauffourées éclatent à Basse-Terre, après trois mois

de grève générale. La métropole éteint les braises, mais ne résout pas les problèmes de fond.

Coût de la vie

Difficile d'évaluer précisément l'écart de prix entre les territoires d'outre-mer et la métropole. Les études

à ce sujet font cruellement défaut, l'Insee ne disposant d'aucune statistique sur ce point. Tout juste saiton

que l'inflation a été plus forte dans les DOM qu'en métropole, atteignant notamment 2,4 % en 2007

en Martinique, contre 1,5 %, en France métropolitaine. L'Etat tient compte en tout cas de la "vie chère"

dans les DOM, puisque les fonctionnaires qui y sont mutés disposent d'une prime augmentant leur

salaire de 40 %.

La fiscalité particulière de ces territoires rend certains produits, notamment ceux importés de métropole,

particulièrement onéreux. Les DOM ne font pas partie du territoire fiscal de la France et sont considérés

comme des territoires d'exportation par la métropole et l'UE. Les produits importés sont ainsi soumis à

une taxe d'"octroi de mer" fixée par les conseils généraux, en fonction de la catégorie de produit. Pour

les produits cosmétiques, par exemple, cette taxe représente 30 % du montant TTC. L'octroi de mer est

censé protéger les entreprises locales en surtaxant tout ce qui vient d'ailleurs, mais il fait grimper

vertigineusement les prix des produits d'importations, déjà soumis à des frais d'embarquement, de

débarquement et de fret maritime.

Une production peu diversifiée

Durant des siècles, Paris a découragé la diversification économique de ses colonies, ne favorisant que la

culture de la canne à sucre. Aujourd'hui encore, l'agriculture constitue l'essentiel de l'activité économique

des DOM, comme le relevait le sénateur Roland de Luart dans son rapport de 2003 sur le projet de loi de

programme pour l'outre-mer. "Les productions sont très spécialisées, notamment la banane, le rhum et

le sucre, et tournées vers l'exportation." Avec le tourisme, l'autre principale source de revenus dans les

Antilles, l'économie antillaise repose sur des activités fortement soumises aux aléas climatiques et très

dépendantes des relations avec la métropole.

Par ailleurs, l'économie des DOM repose largement sur le secteur public, qui y emploie un nombre

d'agents très important. La proportion de la fonction publique au sein de la population active est ainsi de

37 % en Martinique et 40 % en Guyane, contre 26,3 % en métropole, selon les chiffres de l'Insee.

Autres fragilités : l'étroitesse des marchés locaux et les difficultés de financement des entreprises, les

banques étant réticentes à financer des entreprises situées dans des territoires où le risque est perçu

comme plus important. Le point positif des économies ultramarines reste toutefois le dynamisme de sa

population, et ce malgré un niveau de formation inférieur à celui constaté en métropole. Les DOM

population, et ce malgré un niveau de formation inférieur à celui constaté en métropole. Les DOM

compensent cette faiblesse par une population plus jeune en moyenne qu'en métropole. Le taux de

création d'entreprise est ainsi relativement élevé – de 18,2 % par exemple à la Réunion, pour une

moyenne nationale de 11,1 %.

Les aides de la métropole

Les mesures fiscales mises en place par l'Etat, censées accélérer le développement de l'économie locale,

ont en réalité surtout contribué à enrichir quelques grosses fortunes locales, creusant les inégalités. La

vingtaine de dispositifs fiscaux – qui représentent un coût de 3,3 milliards d'euros au budget 2009 –

n'ont guère fait la preuve de leur efficacité, quand ils ne produisent pas d'effets pervers. Ainsi le coût de

la défiscalisation en matière de logement n'a cessé de croître (230 millions d'euros en 2008, soit + 27 %

en deux ans), avec pour effet pervers de mettre en panne la construction de logements sociaux au profit

du logement libre et de renchérir les prix des terrains.

Au total, l'effort global de l'Etat en faveur de l'outre-mer se monte à 16,7 milliards d'euros en 2009. Près

de 4 milliards de plus sont programmés pour la période 2007-2013 dans le cadre de la "politique de

cohésion" de l'Union européenne. Avec un produit intérieur brut (PIB) inférieur à 75 % de la moyenne

européenne (67,3 % pour la Guadeloupe), les départements d'outre-mer peuvent bénéficier de mesures

dérogatoires. Mais pour de nombreux élus locaux, le maintien sous perfusion des économies

ultramarines est loin de répondre à l'urgence sociale de ces territoires.

Une situation sociale explosive

On comptait 22,7 % de chômeurs en Guadeloupe en 2007, 21,2 % en Martinique, 24,2 % à la Réunion,

contre 8,5 % pour l'ensemble de la France selon les données de l'Insee. Mais surtout, le chômage de

longue durée y est très prégnant. Ainsi, plus de la moitié des sans-emploi guadeloupéens le sont depuis

plus de trois ans. La proportion de RMistes est elle aussi alarmante (19,4 % par exemple en Guyane,

contre 3,4 % en métropole). Dans son rapport sur l'outre-mer, le sénateur Du Luart note ainsi que les

forts taux de chômage en outre-mer s'expliquent par le décalage entre une croissance économique plus

importante qu'en métropole et une évolution démographique encore plus forte – en un siècle, la

population ultramarine est passée de moins de 600 000 personnes à plus de 2,4 millions aujourd'hui.

Au-delà de ces statistiques, le mouvement de protestation qui secoue les Antilles signale surtout le rasle-

bol de la population face à une structure sociale héritée du colonialisme, basée sur la "pwofitasyon",

dans laquelle la richesse est concentrée entre les mains de quelques grandes familles de "békés". Pour

Christiane Taubira, députée divers-gauche de Guyane, la situation dans les DOM "frôle l'apartheid

social".

[-] fermer "La question du statut politique"

Depuis le début des manifestations en Guadeloupe, le collectif LKP évite d'évoquer la question du statut

de l'île et son maintien dans la République. Pourtant, malgré la révision constitutionnelle de 2003 – qui

avait notamment entériné la suppression des TOM (territoires d'outre-mer) au profit de "collectivités

territoriales" fixant elles-mêmes leurs règles de gouvernement –, la question du lien avec l'Etat reste

posée. Les quatre DOM – Martinique, Guyane, Guadeloupe et Réunion – sont gérés par un conseil

général et un conseil régional, dont les compétences sont identiques à celles des structures de la

métropole. Mais en raison de la faiblesse de leurs ressources propres, notamment fiscales, ces

collectivités présentent une dépendance accrue à l'égard de l'Etat.

En décembre 2003, la Guadeloupe a rejeté par référendum à près de 73 % la création d'une collectivité

unique se substituant à la région et au département. A l'époque, ce vote avait été interprété comme un

attachement au statut de DOM et à la France, et donc comme la fin de la tentation indépendantiste. La

Martinique avait elle aussi rejeté cette possibilité à une courte majorité (50,48 %). Depuis cette date, le

débat sur l'évolution du statut et la responsabilité locale a été enterré. Or, plusieurs analystes relèvent

que dans la crise actuelle, l'un des points-clés est le problème de la domiciliation de la décision politique.

Ainsi, le mouvement LKP exprime une quête identitaire qui ne peut se réduire aux revendications

sociales. Le slogan "La Gwadloup sé tan nou, la Gwadloup a pa ta yo" ("La Guadeloupe, c'est à nous ;

la Guadeloupe, c'est pas à vous"), qui rythme les cortèges depuis le début du conflit, marque cette

émergence identitaire. En annonçant, le 19 février, la convocation d'"Etats généraux de l'outre-mer",

Nicolas Sarkozy semble avoir entendu ce besoin de réétudier le lien entre la République et ses DOM.

Reste à savoir quelles propositions sortiront concrètement de ces Etats généraux.

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16 février 2009

Les Noirs Antillais contre les héritiers du "Club Massiac"

                            Les Noirs Antillais 

           Contre les héritiers du « club Massiac »

            La grève générale contre la vie chère en Guadeloupe à laquelle s’est jointe la Martinique (bientôt la Réunion et la Guyane) entre dans sa cinquième semaine. Le tiers monde de la France existe et veut montrer qu’il subit plus qu’une simple crise économique. Il vit une injustice faite d’inégalités sociales qui devraient troubler la conscience des gouvernants français et de la France en générale qu’un abus de langage appelle le pays des droits de l’homme alors qu’elle n’est que le pays de la Déclaration des droits de l’homme. Ce qui n’est absolument pas la même chose.

            Au cœur de cette tourmente qui secoue les Antilles, il y a la communauté Béké, ces descendants de planteurs Blancs qui ont laissé la politique aux Noirs pour contrôler l’économie de l’île. Les Békés, qui se caractérisent aussi par le refus du mariage avec les Noirs, détiennent 90% des terres cultivables et ont le quasi monopole de l’économie, notamment de l’agroalimentaire et la grande distribution ; faisant ainsi la pluie et le beau temps. Pour permettre à la communauté blanche de suivre le rythme infernal qu’ils imposent aux Antilles, l’état alloue depuis fort longtemps une « prime de vie chère » aux fonctionnaires originaires de la métropoles appelés les « métros ». Ceux-ci constituent le tiers de la population active. On comprend alors que la grande majorité de la population des îles constituée essentiellement de Noirs ne puisse pas suivre la cadence de cette vie.

Gr_ve_Antilles

Le conflit à la lumière de l’histoire         

            Mais revenons à ces békés qui sont la source du mal Antillais. A vrai dire, ils ne sont nullement issus de l’aristocratie française comme la presse métropolitaine voudrait nous le faire croire. En tout cas, ce n’est point ce que dit l’histoire. Aux 17è et au 18ès, ce sont des aventuriers, dont beaucoup de pêcheurs et paysans Bretons, qui se sont jetés dans l’exploitation des îles avec l’aide des négriers. Les femmes de mauvaise vie étaient enlevées des zones portuaires de Nantes et de Bordeaux pour grossir leurs rangs. La méprise qui a fait d’eux des aristocrates vient des débats houleux qui eurent lieu au 18è siècle.

Suivez bien ! En 1788, sur le modèle des mouvements abolitionnistes anglais, fut crée la « Société des amis des Noirs ». De plus en plus influente grâce à ses élus à l’assemblée, elle était bien décidé à soulever la question de l’esclavage lors des états généraux qui devaient aboutir à l’abolition des privilèges et à la Déclaration des droits de l’homme. Confrontés à cette menace, non seulement les planteurs obtinrent leur représentation à l’Assemblée nationale pour contrer les abolitionnistes, mais ils fondèrent aussi une société adverse, dite « Club Massiac », qui s’engagea dans la protection des intérêts coloniaux et l’orchestration d’une campagne de désinformation et de dénigrement contre les « Amis des Noirs ». Dans son livre Race et Esclavage dans la France de l’Ancien Régime, Pierre H. Boulle dit que les deux groupes « s’engagèrent corps à corps dans une lutte pour savoir si la Déclaration des droits de l’homme s’appliquait aux colonies. […] Ce débat fut l’une des bases de la division créée au sein de l’assemblée entre l’aile radicale et l’aile libérale, cette dernière de plus en plus définie comme représentant les « aristocrates », en particulier après l’admission des planteurs en tant que représentants des colonies. »

Il apparaît donc clairement que le terme « aristocrates » - entre des guillemets dans le texte - lancé à la face des représentants des planteurs et leurs soutiens était plutôt une injure qu’une désignation de l’aristocratie française de sang. Les Békés n’ont donc rien à voir avec les nobles de la métropole. Si les privilèges furent abolis dans la nuit du 4 août 1789 et la Déclaration des droits de l’homme adoptée en octobre de la même année, ils est à souligner que les colons blancs et leurs soutiens réussirent à faire exclure les colonies, donc les Antilles, de la Constitution et obtinrent pour elles un statut d’associées à la métropole. C’est pourquoi, lorsque l’esclavage fut abolie en 1794, cette abolition ne concernait en réalité que la métropole puisque le trafic des esclave n’a été interdit en France qu’en1818. Quand, arrivé au pouvoir en 1799, Napoléon rétablit l’esclavage, il ne faisait en réalité qu’officialiser une pratique ordinaire mais illégale constitutionnellement. L’abolition effective de l’esclavage dans les Antilles n’interviendra que beaucoup plus tard en 1848 (loi Schoelcher) sous la pression répétée des abolitionnistes Anglais.

            Cette grève contre la vie chère a donc indubitablement des accents de remise en cause des acquis du Club Massiac qui a réussi à faire des Antilles une France à part (« statut d’associé ») vivant sous une politique paternaliste faite d’inégalités sociales avec la bénédiction du pouvoir métropolitain. C’est donc ENFIN la rébellion des anciens esclaves depuis le 18è siècle.

Raphaël ADJOBI

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02 septembre 2008

La France de Sarkozy et ses immigrés

                         La France

de Sarkozy et ses immigrés

Immigr_s_manif            Le 20 juin dernier ont été publiés les chiffres officiels d’un an de la politique du gouvernement Sarkozy en matière d’expulsion des sans-papiers. Le gouvernement s’est réjoui d’avoir procédé à 14 660 reconduites à la frontière, soit une augmentation de 80 %. Mais, selon le gouvernement, l’objectif à atteindre reste le chiffre de 25 000 reconduites à la frontière tous les ans. Malheureusement, il convient de noter que derrière ces chiffres et cette auto-satisfaction se peignent des drames humains face à une police que le « gouvernement envoie à la pêche aux sans-papiers » (1).          

            Chaque jour, des hommes et des femmes disposant d’un contrat se rendant à leur travail se retrouvent dans des commissariats de police parce qu’ils sont entrés illégalement en France même s’ils y sont depuis dix ou quinze ans.

Les immigrés traqués

            En avril 2008, à Joinville-le-pont, un malien de 29 ans s’est jeté dans

la Marne

pour échapper à la police. Il est mort d’un arrêt cardiaque suite à son séjour dans l’eau froide.

            Quelques jours auparavant, à Paris, une Chinoise s’est jetée de la fenêtre de son appartement situé dans un immeuble pour échapper à la police venue procéder à un contrôle d’identité. Elle a été grièvement blessée.

            Le 27 juin 2008 à Paris, un élève noir qui participait à une sortie scolaire et qui est arrivé en avance à la gare de train est contrôlé, arrêté et gardé à vue pendant cinq heures par les gendarmes. Le lendemain, le sénateur Jean-Claude Peronnet a interpellé le gouvernement et lui a demandé des explications. En vain. Il affirme – et nous pensons avec lui - que ce jeune homme a été arrêté parce qu’il était noir.

            Enfin, nous nous souvenons tous de l’Ivoirien qui, rentrant dans son pays après un séjour en France, a été renvoyé d’Italie en France pour être interné dans un centre de rétention. Il en a été sorti grâce à un sms qu’il a adressé à un ami au Canada et qui a fait par la suite beaucoup de bruit..

            Toutes ces personnes sont les victimes du quota institué par le gouvernement Sarkozy qui, pour aiguiser le zèle des forces de l’ordre, pratique une politique d’intéressement consistant à permettre aux policiers accompagnateurs des expulsés d’obtenir des bonus sur leur carte de fidélité Air France pour s’offrir des voyages gratuits ou en classe-affaire.

La France

de Sarkozy est définitivement synonyme de climat de peur ! C’est ce que confirme Hervé Jaffré du syndicat UNSA-Police : « La pression pour faire du chiffre produit une police qui fait plus peur qu’elle ne rassure. »

            Dans une telle atmosphère, les lois de

la République

ne protègent plus les noirs et les basanés. En 2007, le service juridique du Mrap a saisi 50 fois le procureur de

la République

sur des faits de violence policière estimés à caractères racistes par les plaignants. Résultat : 50 classement sans suite ! « Et si on s’adresse directement à la police, c’est simple, explique un conseiller du Mrap : la plainte est soit refusée, soit elle se retourne contre la victime, qu’on poursuit pour outrage ou rébellion. » (2)    

La France

fer de lance du combat anti-Noir en Europe

Immigr__et_la_retention            Le 18 juin 2008 à Strasbourg, l’Europe a étudié la directive « Retour » visant à une harmonisation des règles destinées à endiguer l’immigration clandestine. Cette loi a arrêté une durée de rétention de 18 mois des immigrés en situation irrégulière et une interdiction du territoire européen d’une durée de 5 ans après expulsion.

            Alors que les chefs d’états africains sont restés muets devant le sort qui est infligé à leurs ressortissants, le lendemain du vote de cette mesure, le Président vénézuélien Hugo Chavez a menacé de ne plus fournir de pétrole aux pays européens qui l’appliqueraient. Ce ne sont pas toujours les nôtres qui nous défendent le mieux.

            Pour ma part, devant cette « directive de la honte » (disent les opposants), je soupçonne l’Europe d’avoir une arrière pensée. On portant la durée de rétention de 12 à 18 mois, elle veut se constituer se constituer une main d’œuvre corvéable à merci en cas de besoin. Arrêter les immigrés illégaux certes, mais ne pas les renvoyer trop tôt parce que l’on peut avoir besoin d’eux dans des secteurs précis comme les entreprises qui fabriquent des produits hautement toxiques.

Une politique anti-noire qui date du 18 è siècle

Au 18 è siècle, afin d’empêcher les Noirs de quitter les plantations des Antilles et suivre leurs maîtres et aussi pour « protéger le sang blanc » des mariages mixtes, il leur fut purement et simplement interdit de résider en France. En août 1777, fut proclamé cette loi et l’on créa un « dépôts de Noirs » dans chaque port pour recevoir ceux qui y arrivaient jusqu’à ce qu’on puisse les renvoyer (3). Les centres de Rétention ne datent donc pas d’aujourd’hui. La différence c’est qu’en 2008, il en existe dans tous les pays européens. Ce sont donc des milliers de bras inutiles à l’Europe et à l’Afrique qui croupissent dans ces espèces de prisons pour étrangers. Un Africain retenu dans un centre en Allemagne depuis 1993 semble battre tous les records ! (France Inter du 1/09/2006).

Immigr_s_manif_2           Ce qui me réjouit le cœur, c’est de voir que les travailleurs immigrés ont compris que leur sort en Europe dépendra des résultats de leurs propres luttes. Les récentes manifestations qui tranchent avec l’habituelle passivité des Noirs en France ouvrent une nouvelle ère. Les Français non Blancs invisibles dans les services administratifs, économiques et politiques du pays doivent se dirent aussi que ce n’est pas une poignée de compatriotes blancs « négrophiles » qui doit les défendre pour les rendre visibles mais eux-mêmes.                   

(1) Dominique Voynet, députée Vert ; Radio France Inter, 5 juin 2008. (2) Nouvel Observateur n°2276 du 19 au 25 juin 2008, p.88-89 ; article de Alsa Vigoureux (Le tabou de la bavure). (3) Pierre H. Boulle ; Race et esclavage dans

la France

de l’Ancien Régime, p.78, édit. Perrin.      

Raphaël ADJOBI

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18 juin 2008

Les Sarkozygirls

           Les Sarkozygirls

            Que penser des trois ministres françaises issues des minorités que Nicolas Sarkozy a placées au devant de la scène politique nationale comme une esquisse de sa politique de discrimination positive qui n’aura jamais lieu ?

            Soyons francs ! Nombreux étaient les Français, surtout les Afrodescendants, qui avaient peur que cette expérience se solde prématurément par un échec retentissant ou tout simplement par une présence invisible. A notre grande surprise, ce sont ces femmes qui font l’actualité. Exit Alliot Marie devenue transparente. Depuis un an, des femmes au gouvernement, on ne parle que de Rachida Dati, de Rama Yade et de Fadela Amara dans une moindre mesure.

Rachida_Dati_ARachida Dati : Que n’a-t-on pas dit sur cette dame et que ne continue-ton pas de raconter sur elle ! Très vite, la Garde des sceaux et ministre de la justice a suscité la rébellion des magistrats. Ce n’était pas la politique du gouvernement que l’on critiquait mais bien la personne que l’on trouvait cassante, peu conciliante. Elevée au rang de favorite du Président, elle était invitée partout ; et les journalistes se plaisaient à la photographier, à épier ses moindres gestes, à interpréter ses moindres paroles. Après le divorce du Président et la disparition de Cécilia Sarkozy des projecteurs des journalistes, l’opinion publique a fait d’elle l’amie intime du Président, voir son amante et parfois même la future épouse du Président.

            Après le remariage du Sarkozy avec Carla Bruni, Rachida Dati est tombée en disgrâce auprès des médias. Désormais on ne voit en elle qu’une dépensière, la « cigale » du gouvernement selon une revue people. Le président lui-même a fini par croire à un lynchage injustifié et a volé à son secours lors d’un conseil des ministres.

Ramayade_soucieuse

Rama Yade : C’est la rebelle de l’équipe Sarkozy, se plaît-on à le souligner. Souvenons-nous de sa sortie retentissante quelques jours avant la visite officielle du Président libyen Kadaffi. Elle a estimé que la France n’était pas un paillasson sur lequel les dictateurs pouvaient venir essuyer leurs pieds. Les journalistes en ont alors fait la conscience de la France. Cela ne l’a pourtant pas empêchée de les traiter de charognards prêts à faire de la vie du président de la République une pitance facile. Souvent invitée en province où on se bouscule pour la voir, Rama Yade est devenue en un an une image de la vie publique française alors qu’elle n’est qu’une Secrétaire d’Etat.

Fadela_Amara

Fadela Amara : Son opposition à son ministre de tutelle Christine Boutin qui semblait ne pas apprécier son plan banlieue a fait d’elle une rebelle. Madame Boutin voulant absolument jouer à la patronne qui supervise le travail de sa Secrétaire d’Etat a tout de suite été dépassée. D’autre part, il faut avoir du courage comme Fadela Amara pour affirmer ne pas voter pour Nicolas sarkozy en 2012.   

            Il apparaît finalement que si les minorités sont absentes de la scène politique française, ce n’est point parce que l’on a peur qu’elles ne soient pas à la hauteur mais tout simplement par discrimination raciale. D’autre part, si ces populations sont absentes de ces postes de responsabilité, c’est parce qu’elles souffrent elles-mêmes du complexe de l’étranger qui ne doit pas se mêler des affaires des autochtones. Il est donc temps de vaincre ce sentiment et oser entreprendre des conquêtes politiques en militant nombreux dans les structures qui y mènent ou en créer.    

Raphaël ADJOBI

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21 mai 2008

Le bilan de Sarkozy

         

                                      Le bilan de Sarkozy

Sarkozy_au_pupitre_1            Quelle année ! Quel début de présidence ! Il fallait avoir du souffle pour suivre les aventures de celui que les policiers appelaient Speedy Gonzalez quand il était au ministère de l’intérieur. Devenu Président, il a encore accéléré le rythme. Il a beaucoup parlé, abordé donc de sujets touchant la vie des Français. Mais…

            Pour faire le bilan de la première année de la présidence de Nicolas Sarkozy, je prends ma vie de citoyen français et celle de mes amis et connaissances et cherche à savoir ce qui a changé dans notre quotidien. Est-ce que les objectifs du président Sarkozy se réalisent et changent favorablement notre vie ?

1. « Il faut travailler plus pour gagner plus », disait-il. Est-ce que ceux qui travaillent plus gagnent plus depuis un an ? Sur les feuilles de paie des français, en ce mois de mai 2008 où se font les déclarations de l’impôt sur le revenu, ceux qui ont fait des heures supplémentaires en 2007 constatent effectivement que ces heures accomplies sont exonérées d’impôt. Bravo donc Sarkozy ! Mais, le problème, c’est que tous ceux qui aimeraient faire des heures supplémentaires ne peuvent pas en faire. Car la réalité c’est que c’est le patron qui décide selon ses besoins. Il ne suffit pas que l’employé veuille en faire. Il est donc normal que certains crient à l’injustice.          

            2. La discrimination positive ! Quel beau rêve national ! Une volonté électorale qui, si elle avait été appliquée dans les administrations, aurait réhabilité les noirs et autre basanés dans le paysage social français. Rien à espérer à l’horizon de ce côté-là.

            3. L’immigration choisie. Slogan électoral qui a rallié à Sarkozy les partisans du Front National. Pour le moment, le gouvernement n’est qu’à la phase « expulsions » des sans-papiers que l’on devrait plutôt appeler « les papiers illégaux ». A vrai dire, l’immigration choisie s’effectue depuis toujours : médecins africains et européens de l’Est dans les hôpitaux, ouvriers africains dans les usines et les services de sécurité, dans les tâches subalternes de l’hôtellerie, et employées africaines dans l’aide à domicile. Cependant, nombreux sont ceux qui travaillent avec des faux papiers. Il ne reste donc au gouvernement que la politique de l’expulsion avec pour objectif 25 000 reconduites à la frontière par an. Une politique de la terreur sur laquelle nous reviendrons dans un prochain article.

            4. Le travail des seniors. Les seniors de plus de 55 ne sont plus, sous Sarkozy, dispensés de la recherche d’un emploi. Il propose de pénaliser tous ceux qui refuseront plus de deux propositions d’emploi « valables » ; qu’ils soient seniors ou pas. Le gouvernement affirme que la mesure vise à remettre les chômeurs au travail. En réalité, elle vise à faire des économies sur le dos de ces derniers. Car la réalité des faits est la suivante : les mesures Borlo qui visaient à pénaliser les employeurs qui font des économies en licenciant les seniors – trop chers selon eux – ont été vaines. Incapable de sanctionner les employeurs, l’Etat a décidé de sanctionner les chômeurs. C’est une solution facile et qui remet de l’argent dans les caisses.   

            5. La loi sur le divorce enterrée ! Dans les projets de Sarkozy, il est une mesure qui aurait Simplifiée la vie de beaucoup de français. Il était question de confier les divorces à l’amiable aux maires. Les citoyens n’auraient recours aux avocats que dans les cas de désaccord et donc de conflit. Au moment où l’on montre du doigt les lenteurs des tribunaux engorgés, on se serait attendu à ce que cette loi fût unanimement bien accueillie. C’était sans compter avec les avocats qui voyaient là un manque à gagner non négligeable. Et Sarkozy n’aime pas déplaire aux riches. Il abandonne donc cette loi et avec elle les usagers français. Dans ces conditions, on comprend très bien que les chauffeurs de taxi refusent que l’on touche à leur privilège même si tout le monde est persuadé que leur rareté empoisonne la vie des grandes villes. Ce protectionnisme catégoriel a d’ailleurs fait perdre à Paris le statut de ville de congrès et de grandes conférences internationales.

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            6. Les réformes de l’enseignement et des institutions. Pas facile de dégraisser le mammouth ! L’enseignement professionnel sera désormais sanctionné par le Bac au bout de trois ans au lieu de quatre. Là encore on soupçonne l’état de privilégier la réduction des heures et donc du personnel enseignant. Quant à la réforme des Institutions, nous attendons de voir les quinze points qui vont changer.

            Avouons que les résultats sont bien maigres. Beaucoup de bruit pour rien donc.

Raphaël ADJOBI          

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01 avril 2008

Le racisme, le football et les Ch'tis

          Le racisme, le football et les Ch’tis

 

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            Le remous provoqué dans les milieux du football et de la politique en France suite à la banderole injurieuse déployée par les supporters parisiens lors de la finale de la coupe de la ligue le samedi 29 mars demande une sérieuse réflexion. Je dis bien que c’est le remous qui demande réflexion et non l’événement lui-même.

 

            Pour une fois en effet, après les insultes discriminantes dans un stade, on parle de prélèvement d’empreintes et d’analyse d’ADN. Cette fois, il est question de faire parler les caméras de surveillance. Une personnalité du Nord Pas-de-Calais dit qu’elle va porter plainte. De son côté, la ligue de football professionnel va porter plainte pour « incitation à la haine et à la violence. » Enfin, le chef de l’Etat lui-même y est allé de sa condamnation présidentielle et s’engage à recevoir les dirigeants de Lens ainsi que le député-maire Guy Delcourt.

 

            Au regard des mesures disciplinaires qui sanctionnent ordinairement les débordements racistes sur les stades, cette soudaine volonté de poursuivre les auteurs de la fameuse banderole apparaît à mes yeux tout à fait exceptionnelle pour ne pas dire injuste. Cette fois, on voudrait sanctionner des racistes et non point ou pas seulement le club dont ils sont les supporters. 

 

            Cette révolte générale provoquée par ce qui était jusqu’au 29 mars considéré comme une imbécillité d’un groupuscule insignifiant et sans intérêt est la preuve que le racisme à l’égard des footballeurs noirs était devenu, aux yeux de la France, une pratique ordinaire. Une pratique ordinaire qui ne mérite jamais d’autres sanctions que celles relevant purement du monde du football lui-même. On se contente de quelques peines à l’encontre des clubs – pas trop lourdes pour que le spectacle continue sans perdre une once de son intérêt – et on laisse les individus renouveler en d’autres circonstances leur forfait. Des preuves ? En voici :

 

            1. Souvenons-nous de ce joueur noir, furieux, gesticulant au milieu de ses coéquipiers cherchant à quitter l’aire de jeu parce qu’il subissait sans cesse les injures et les quolibets des spectateurs. C’est une vielle image. Mais ce jour-là, la coupe semblait déjà pleine. Cependant, nombreux étaient ceux qui jugèrent la réaction du joueur noir comme excessive, épidermique.

 

            2. On peut également rappeler la banderole raciste et néonazie visant le joueur libérien Georges Weah au moment de son départ pour l’AC Milan. Il ne fallait pas prêter attention à quelques imbéciles excités, disait-on.                     

 

            3. Plus proche de nous, en septembre 2007, le joueur Burkinabé de Libourne-Saint-Seurin (Gironde), Boubakar Kébé, a été insulté par les supporters bastiais lors d’un match de ligue 2 en Gironde. Sanction : le club corse a perdu un point au classement.

 

            4. Février 2008, lors du match retour en Corse, des banderoles à caractère raciste et homophobe sont apparus sur le stade. Sanction : un match à huis clos pour le club corse. Le 20 mars 2008, la ligue de football professionnel elle-même fait appel à cette décision estimant que la peine est insuffisante pour ce flagrant délit de récidive.

 

            5. Le 16 février 2008, les supporters du club de Metz profèrent des insultes racistes à l’adresse du joueur de Valenciennes, Abdeslam Ouaddou. Sanction : le FC Metz est condamné à jouer un match à huis clos.

 

            Certains, comme Jean-Pierre Papin, jugent ces sanctions suffisamment sévères et ne demandent pas autre chose pour le PSG. C’est en clair une façon de classer le « PEDOPHILES, CHÔMEURS, CONSANGUINS : BIENVENUE CHEZ LES CH’TIS » au rang du racisme ordinaire qui sévit dans les stades de France. Et un auditeur de France Inter d’ajouter : « ce phénomène existe depuis des années et des années. On peut trouver ce qui vient de se passer révoltant à la seule condition que l’on condamne toutes les banderoles qui fleurissent sur les stades de France et que l’on poursuive leurs auteurs. » (France Inter, le 31/03/2008 à 19 h 30)

 

            Je crois avec cet auditeur de radio France Inter que si l’on ne veut pas - pour la première fois - se limiter à une sanction purement sportive pour ce dernier événement, il faudra prendre la ferme résolution de traquer et condamner à l’avenir les imbéciles qui n’aiment pas tout ce qui est noir et tout ce qui a un accent différent du leur. Car il faut que chaque Français arrive à se convaincre une fois pour toute que le racisme existe et prospère en France. Il serait bon que chaque citoyen se pose régulièrement cette question pour ne jamais oublier la réalité de la vie en France : « Quand ce n’est pas dans les stades que ces imbéciles s’expriment, où le font-ils ordinairement ? »

 

Raphaël ADJOBI

 

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06 mars 2008

Les banlieues et leurs élus

 

                        Les banlieues et leurs élus

« Sarcelles est à 1h 45 minutes de Paris par le RER alors que le trajet se fait en 15 minutes en voitures ; c’est démotivant, non ? » lance le jeune homme, simplement. En effet, on oublie bien aisément que tous ceux que l’on assimile à des paresseux et que l’on qualifie de « glandeurs » sont au départ les innocentes victimes de projets nés des esprits dits supérieurs de la nation. On oublie aisément qu’on a crée dans les années 60 des « banlieues sans usine, sans fumée, sans bureau », des cités justement appelées dortoirs et dépourvues de tout et qui exigeaient que pour tout l’on prenne la direction de Paris. La création d’un espace de vie spécifique a donc indiscutablement généré un comportement spécifique adapté à ce milieu.

            Mais aujourd’hui, afin de mieux isoler les habitants de ces contrées périphériques de la capitale française, lesBanlieues_France prétendus penseurs et concepteurs de la République ont créé un lexique propre à stigmatiser leurs populations. On ne les désigne que par « population issue de l’immigration » ou de « jeunes mal intégrés ». Dès lors, ces populations apparaissent aux yeux du reste de la France comme des étrangers. Ainsi, les agriculteurs et autres corps de métiers qui mettent le feu aux bâtiments publics ou les plastiquent tout simplement n’écoeurent personne ; les voitures qui brûlent dans les banlieues si. Tout cela ne choque point les intellectuels français qui ne rêvent aujourd’hui que de plateaux de télévision ou de réceptions chez les fortunes de la nation. 

            

            Mais voici venue l’heure d’élections nouvelles et nous voyons apparaître ça et là des faces blafardes et non point basanées dans ces lieux que l’on dit impropres aux progrès. Une fois encore l’on vient leur chanter que l’on sait ce qu’il leur faut pour leur arracher leur suffrage. Bientôt ces rejetés auront leurs chefs qu’ils auront démocratiquement choisis mais qui leur auront été imposés d’une certaine façon puisqu’ils auront été désignés par des appareils politiques aristocratiques. Même si je me réjouis de la désignation d’Aminata Konaté comme candidate UMP à Montreuil face à Dominique Voynet (Gauche dissidente) et au candidat désigné de la Gauche, je mesure le chemin qui reste à parcourir par les minorités pour entrer dans les cœurs de leurs compatriotes blancs comme leurs égaux.

      

            Aussi, je ferme les yeux et je rêve à ce jour où ces Français de deuxième catégorie se décideront à se gouverner eux-mêmes sans compter sur les appareils politiques qui les ignorent et dans lesquels ils sont d’ailleurs absents.

 

Photo : Drancy (région parisienne). Je vous laisse apprécier la subtile séparation entre zone pavillonnaire et zone à loyers modérés. 

 

Cet état de chose m’a inspiré cette réflexion il y a quelques années

Il nous plaît de blâmer ces hommes politiques qui jamais n’ont connu la pauvreté ni la misère mais qui s’érigent en défenseurs du pauvre et du miséreux en repassant, la nuit venue, les grandes théories salvatrices du genre humain apprises dans les grandes écoles qui font la fierté de la République. Drapés dans leur suffisance et certitudes, ils nous promettent le bonheur et clament à qui veut les entendre que leur intelligence attestée par leurs diplômes enluminés les en approche. 

            Et pourtant chaque jour, nous constatons que leur manque d’humanité les éloigne de nous et nous rend leur voix étrangère. Heureusement, pour cette classe d’hommes, à l’heure du choix de ceux qui doivent nous gouverner, leur enluminure nous éblouit et nous arrache notre suffrage. Ne me demandez pas par quel miracle ou imbécillité nous les choisissons pour les blâmer plus tard.

 

Raphaël ADJOBI                

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29 juin 2007

Les victoires de Sarkozy

Les_femmes_de_Sarko          Les victoires de Sarkozy

            Les feux d’artifice et les bravos ont enfin laissé la place à la vie ordinaire. Nous voilà enfin sortis d’une longue période d’agitation qui nous a coûté beaucoup d’encre et de salive. Les présidentielles, les législatives, la formation du gouvernement puis son remaniement, tout est bel et bien fini. Cette fois, nous n’aurons même pas à garder le souvenir des pleurs des vaincus comme si pour ces derniers la défaite était prévue. Et dans le silence retrouvé, les socialistes se disent dans le secret de leur cœur que leur défaite a évité à la France le spectacle des querelles du couple présidentiel à l’Elysée. Ouf ! l’honneur est sauf. Et Ségolène Royale doit être soulagée d’avoir échoué si près du but pour ne pas avoir la lourde tâche d’appliquer un programme auquel elle n’a jamais cru. Elle peut donc dire merci à Sarkozy.

            Tout va donc pour le mieux dans le meilleur des mondes. Mais il suffit de jeter un regard en arrière pour voir l’état du champ de bataille et par la même occasion l’état de la France au terme des joutes politiques. Inutile de s’attarder sur la maison socialiste en ruine malgré quelques meubles précieux sauvés in extremis du sunami bleu avec en prime le scalp d’Alain Juppé qui n’avait déjà pas beaucoup de cheveux. 

            A côté des ruines de la maison socialistes, on peut faire deux constats qui constituent les véritables victoires de Sarkozy : les cendres du Front National et la présence d’éléments des minorités au sein du gouvernement.

Le Pen domestiqué

            Depuis près de trois décennies, les partis traditionnels négligeaient l’importance du Front National et de son idéologie sur la scène nationale. Même à droite, souvent on acceptait de cohabiter avec le Front National tout en refusant de s’afficher avec ses partisans. Profiter des voix du FN mais ne pas adhérer à sa politique. Ce qui est souvent ressenti comme du mépris par les amis de Jean-Marie Le Pen. Et pendant des décennies, le Front National ne cesse de marteler qu’il y a trop d’immigrés en France. Il fut même une époque où il faisait coïncider le nombre des chômeurs avec le nombre d’immigrés travaillant sur le territoire français au point de faire croire au petit peuple que le plein emploi et le bonheur social passent par une expulsion pure et simple des étrangers concernés. Et aux yeux de beaucoup de Français blancs, tous les Maghrébins et tous les Noirs étaient ces immigrés qui mangent le pain des Français. Petit à petit, le temps aidant, le Front National et son leader se sont installés dans le paysage politique comme un élément du folklore national, une spécificité française de la même façon que l’on parle du Parti Communiste aujourd’hui.

            Puis il y eut le tremblement de terre de 2005. Le Front National parvint au deuxième tour, contre toute attente. Un sursaut national hypocrite se produisit alors et lui barra la route. Tout le monde souffla avec soulagement. Mais à l’approche des élections de 2007, le spectre du Front National commença à hanter les esprits. A gauche, on se répétait : «  plus jamais ça ! Votons utile. » Le vote utile, c’était tout ce que la gauche proposait aux Français. Car le programme était si flou que personne aujourd’hui n’est capable d’en citer un seul projet concret.

            Nicolas Sarkozy, lui, a compris que la France est diverse et a donc des besoins divers. Les soucis des minorités vivant dans les quartiers surpeuplés, ceux des partisans du FN, et ceux des riches qui croient fermement que l’Etat français les détrousse sans cesse ne sont pas les mêmes. Il va donc s’adresser à chaque groupe et lui proposer de s’occuper de ses soucis. Au nom de quoi, en effet, doit-on négliger les soucis des 15 à 18 % des Français qui estiment que l’on doit stopper l’immigration sauvage ? Pourquoi doit-on continuer à fermer les yeux devant ses bateaux qui échouent quotidiennement sur les plages de l’Europe avec leur cargaison de malheureux en guenilles ? Lui, Nicolas Sarkozy, affirme que c’est une situation détestable auquel il faut trouver une solution. Dès lors, ce sont les partisans du FN qui vont voter utile afin que leurs idées aient des chances d’être appliquées. Le résultat, nous le connaissons : en quittant la bannière FN pour voter utile, les partisans de Jean-Marie Le Pen ont réduit ce parti en un groupuscule d’illuminés sans intérêt. Et pour parachever sa victoire sur un parti que lui seul a été capable de mater, Nicolas Sarkozy va se montrer en vainqueur magnanime. Il ne va pas humilier celui qu’il a réduit à presque rien. Il va, dans un geste très républicain, le recevoir à l’Elysée au même titre que les autres leaders des partis du pays. Hier, cette rencontre aurait fait couler beaucoup d’encre et de salive. Aujourd’hui elle est passée presque inaperçue comme si tout le monde lui était reconnaissant d’avoir réussi là où tous les partis ont échoué.

Les minorités Valorisées

            La deuxième victoire de Sarkozy s’était clairement dessinée  lors des campagnes pour les élections présidentielles. Pour la première fois en France, un candidat à l’élection présidentielle a un projet clair et net pour les minorités : la discrimination positive pour les rendre plus visibles dans les structures sociales, économiques et politiques du pays. Avant lui, les hommes politiques refusaient la notion de « minorité » importée, selon eux, des pays anglo-saxons et qu’ils substituaient volontairement par le mot « communautarisme » pour faire peur. D’autre part, Nicolas Sarkozy est le premier homme politique français à avoir confié une partie de sa campagne aux minorités du pays. En métropole comme aux Antilles, on ne voyait pas que des blancs défendre ses idées. Après sa victoire, trois femmes issues des minorités entrent au gouvernement, non pas pour s’occuper des problèmes des minorités, mais pour servir la République selon leurs compétences. Et à ceux qui pensent que ces nominations sont de la poudre aux yeux, il convient de répondre que c’est déjà beaucoup que d’habituer les Français à voir la diversité nationale dans les rangs de nos dirigeants.

            Ainsi donc, en quelques mois, Nicolas Sarkozy a réalisé là ce que la gauche laissait espérer depuis des décennies aux minorités sans jamais oser l’accomplir. Quelle gifle ! Le parti Socialiste qui dit se battre pour les égalités, ce parti qui attire les voix des minorités en criant partout prendre leur défense ne leur a jamais rien proposé. Ce parti n’a jamais compris que la France n’est point monobloc et monochrome. La France n’est plus blanche depuis des siècles et il faudra l’accepter une fois pour toutes en faisant tomber les verrous institutionnels hérités de l’histoire (napoléonienne pour la plupart) qui rendent ses minorités invisibles. Et comme 25 à 30 % des adhérents de ce parti sont des militants de « la diversité », il se doit de relever le défi que vient de lui lancer le nouveau président. Sinon, les minorités françaises voteront de plus en plus à droite. Comme disent les Ivoiriens, « qui est fou ? »

Raphaël ADJOBI

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22 mai 2007

France : que faire du passé qui empoisonne le présent ?

               France : que faire du passé

                         qui empoisonne le présent ?

 

 

Analyse inspirée d’une interview accordée par Toni Morrison a France inter le 10 novembre 2006 à 8 h 45. Elle fait aussi écho à la demande de repentance formulée par le CRAN. Demande reprise et défendue par le journaliste ivoirien Théophile Kouamouo dans un article publié sur Agoravox.

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            On peut noter que depuis environ trois ou quatre ans, face au peu de place qui leur est faite dans la société française, les Français d’origine antillaise et africaine donnent de la voix pour exprimer un certain nombre de revendications. Débats, colloques, blogs, textes de rappeurs, films, sont les canaux par lesquels ils expriment de plus en plus leur malaise et leur colère. La dimension prise par la commémoration de l’abolition de l’esclavage le 10 mai 2007 du fait de la présence de deux présidents de la République ne doit pas nous faire oublier l’ampleur des frustrations que connaît cette minorité française. Ces français ont fini par croire que si la communauté blanche refuse de leur faire de la place, c’est parce qu’elle vit dans l’ignorance de leur histoire commune : l’esclavage puis la colonisation. Il serait par conséquent bon, estiment-ils, que celle-ci soit reconnue et occupe autant de place que les autres événements qui ont marqué et façonné la France, et aussi qu’ils soient mieux représentés dans les paysages administratif et politique.

A contre courant de ce mouvement, contre toute attente, ce sont des députés du peuple français et des hommes politiques qui se sont levés, le 25 février 2005, pour réclamer qu’il soit introduit dans l’enseignement du pays la reconnaissance des bienfaits de la colonisation.

            Cette demande officielle des élus de la République ne doit nullement être interprétée comme une provocation. Elle est tout simplement à la fois la conséquence de l’ignorance de leur propre histoire et aussi une volonté délibérée de nier certaines vérités de l’histoire afin de perpétuer l’intolérance à l’égard des afro français. Disons-le net : A force de parler à la place des minorités, et souvent même sans les regarder, la classe politique française a fini par agrandir le fossé qui la sépare de ceux dont elle voudrait faire le bonheur. Ce que l’on attend de la communauté blanche française désormais, c’est qu’elle se taise enfin et qu’elle se mette un instant à l’écoute des autres communautés. Qu’elle cesse de leur inventer des maux auxquelles elle invente ensuite des solutions ! Ces solutions sont toujours mauvaises parce que les maux sont imaginaires.

            Mais arrivons à la question essentielle : Faut-il qu’un ancien pays colonisateur comme la France reconnaisse officiellement ses crimes du passé ? Lisez bien que je ne pose pas la question de savoir si un ancien pays colonisateur doit faire acte de repentance de son passé. Que l’on comprenne une fois pour toutes que la question posée ne vise que la recherche et la reconnaissance de la vérité. C’est tout ! Vous comprendrez plus loin pourquoi.

            Je vois déjà certains compatriotes blancs lever les bras au ciel criant qu’il faut faire table rase du passé et voir l’avenir. Ils oublient que les drames, les conflits et les inégalités qui sévissent dans notre société ont leur source dans une histoire tronquée, falsifiée - quand elle n’est pas occultée - qui permet à certains de justifier la prépondérance de la communauté blanche sur le reste des citoyens français. Il est donc bon que les uns et les autres connaissent le vrai visage du passé afin de mieux avancer vers nos idéaux communs : la liberté, l’égalité et la fraternité.

            Quel est l’intérêt de cette recherche de la vérité du passé, de la vérité de l’histoire ? En quoi cette vérité historique est-elle nécessaire ? Sous tous les cieux, et plus autour de nous qu’ailleurs, il n’est pas rare de voir des familles exiger de connaître la vérité sur la perte d’un des leurs. Au-delà de la sanction qui relève du devoir de la justice, elles exigent des criminels qu’ils disent exactement ce qu’ils ont fait à leur fils, à leur fille ou à leur parent ; elles veulent « savoir » pour faire devoir de mémoire, c’est à dire pour ranger définitivement le vécu dans le passé, dans « leur histoire » afin de tourner la page. Et dans leur démarche, on voit chaque jour des élus, des hommes politiques leur apporter leur soutien jugeant ce devoir de mémoire absolument nécessaire à la construction ou reconstruction de ceux qui survivent aux morts.

            D’autre part, nous notons que les enfants nés sous X devenus adultes sont nombreux à ressentir cruellement le besoin de connaître la vérité sur leur naissance et par la même occasion la place qu’ils occupent dans la chaîne humaine. Inutile de vous parler des nombreuses commémorations et les nombreux voyages sur des lieux de crimes ou de tortures en guise de devoir de mémoire générés par la dernière guerre mondiale.

Nous voyons donc qu’il est communément admis que pour dépasser un traumatisme, il est nécessaire de dépasser la honte, le sentiment de vaine culpabilité, le sentiment du vide intérieur, de l’être de nulle part, il est nécessaire de vaincre les blessures sans cesse ressassées qui en découlent pour aller de l’avant. Pour guérir de tout traumatisme, tout individu a besoin de parler ou d’entendre la vérité ou d’avoir un élément qui puisse lui signifier ce qu’il a été ou d’où il vient. Et il en est de même des individus comme des peuples. Dans le concert des nations, un seul pays a osé ce devoir de mémoire : c’est l’Afrique du sud. Mais personne en France ne demande un traitement de notre passé à la manière de l’Afrique du sud. Il suffit, il me semble, que la vraie histoire des Afro Français soit portée à la connaissance du peuple français par les canaux traditionnels de la formation et de l’information que sont l’enseignement et les médias. Je ne veux point énumérer ici les éléments de cette histoire qui méritent d’être connus. Les ouvrages qui les contiennent existent dans les bibliothèques et les archives administratives de France. Il manque tout simplement la volonté politique de les faire sortir au grand jour pour qu’ils participent à l’instruction et à l’information des individus.

            La prise en compte du passé de la minorité afro française est donc un impératif puisque sa négation est synonyme d’oubli d’une longue page de l’histoire du peuple français tout entier.                                    

            Je crois sincèrement que c’est seulement lorsque le Français blanc aura intégré dans sa conscience la vérité relative à l’histoire des Afro Français comme étant également la sienne qu’il sera en mesure d’esquisser le geste du pardon sans qu’on le lui demande. Il en sentira le besoin au nom de la seule fraternité. Tout récemment – au début de ce mois de mai 2007 - la Reine d’Angleterre a demandé publiquement pardon, au nom des Anglais blancs, aux noirs et aux indiens pour tous les crimes commis dans le nouveau monde. Si dans ce pays, cet acte a été possible, c’est parce que le chemin parcouru pour l’équité avec les minorités dans les institutions, dans l’administration et dans les entreprises est largement en avance par rapport à la France. Vivant encore dans la honte, la France se sent obligée d’inventer des subterfuges qui ne permettent pas à un français blanc de demander pardon à un Français noir quand il le blesse et vice versa. Voilà pourquoi il importe que l’étape essentielle de la connaissance de la vérité et de son enseignement qui seule peut décrisper le présent soit d’abord franchie. La vérité librement acceptée changera énormément le regard des uns sur les autres et contribuera à la marche vers l’égalité dans tous les domaines. Et par voie de conséquence, les progrès de l’égalité favoriseront à leur tour la liberté et la fraternité entre les citoyens.

            Mais s’il est vrai que la prise en compte de la vérité de l’histoire de la minorité afro française appartient aux autorités politiques, je suis de l’avis de Toni Morrison ( Américaine, auteur de Beloved) pour dire qu’il n’appartient pas au colonisateur d’écrire l’histoire des colonisés. Car tout le monde sait que les histoires de chasse glorifient toujours le chasseur. C’est pourquoi, je loue, pour ma part, les talents du Béninois Dieudonné Gnammangou, du Français (Guadeloupéen) Claude Ribbe, et de l’Américain Runoko Rashidi qui se sont lancés dans l’entreprise de reconstitution de l’histoire des noirs.

 

Raphaël ADJOBI

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