Lectures, analyses et réflexions de Raphaël

Vous trouverez ici des comptes rendus de lectures livresques concernant essentiellement l'histoire des Noirs d'Afrique et celle des Afrodescendants des Amériques et d'Europe. Les actualités de la diaspora africaine ne sont pas oubliées.

01 avril 2008

Le racisme, le football et les Ch'tis

          Le racisme, le football et les Ch’tis

 

Stadium_Frce

            Le remous provoqué dans les milieux du football et de la politique en France suite à la banderole injurieuse déployée par les supporters parisiens lors de la finale de la coupe de la ligue le samedi 29 mars demande une sérieuse réflexion. Je dis bien que c’est le remous qui demande réflexion et non l’événement lui-même.

 

            Pour une fois en effet, après les insultes discriminantes dans un stade, on parle de prélèvement d’empreintes et d’analyse d’ADN. Cette fois, il est question de faire parler les caméras de surveillance. Une personnalité du Nord Pas-de-Calais dit qu’elle va porter plainte. De son côté, la ligue de football professionnel va porter plainte pour « incitation à la haine et à la violence. » Enfin, le chef de l’Etat lui-même y est allé de sa condamnation présidentielle et s’engage à recevoir les dirigeants de Lens ainsi que le député-maire Guy Delcourt.

 

            Au regard des mesures disciplinaires qui sanctionnent ordinairement les débordements racistes sur les stades, cette soudaine volonté de poursuivre les auteurs de la fameuse banderole apparaît à mes yeux tout à fait exceptionnelle pour ne pas dire injuste. Cette fois, on voudrait sanctionner des racistes et non point ou pas seulement le club dont ils sont les supporters. 

 

            Cette révolte générale provoquée par ce qui était jusqu’au 29 mars considéré comme une imbécillité d’un groupuscule insignifiant et sans intérêt est la preuve que le racisme à l’égard des footballeurs noirs était devenu, aux yeux de la France, une pratique ordinaire. Une pratique ordinaire qui ne mérite jamais d’autres sanctions que celles relevant purement du monde du football lui-même. On se contente de quelques peines à l’encontre des clubs – pas trop lourdes pour que le spectacle continue sans perdre une once de son intérêt – et on laisse les individus renouveler en d’autres circonstances leur forfait. Des preuves ? En voici :

 

            1. Souvenons-nous de ce joueur noir, furieux, gesticulant au milieu de ses coéquipiers cherchant à quitter l’aire de jeu parce qu’il subissait sans cesse les injures et les quolibets des spectateurs. C’est une vielle image. Mais ce jour-là, la coupe semblait déjà pleine. Cependant, nombreux étaient ceux qui jugèrent la réaction du joueur noir comme excessive, épidermique.

 

            2. On peut également rappeler la banderole raciste et néonazie visant le joueur libérien Georges Weah au moment de son départ pour l’AC Milan. Il ne fallait pas prêter attention à quelques imbéciles excités, disait-on.                     

 

            3. Plus proche de nous, en septembre 2007, le joueur Burkinabé de Libourne-Saint-Seurin (Gironde), Boubakar Kébé, a été insulté par les supporters bastiais lors d’un match de ligue 2 en Gironde. Sanction : le club corse a perdu un point au classement.

 

            4. Février 2008, lors du match retour en Corse, des banderoles à caractère raciste et homophobe sont apparus sur le stade. Sanction : un match à huis clos pour le club corse. Le 20 mars 2008, la ligue de football professionnel elle-même fait appel à cette décision estimant que la peine est insuffisante pour ce flagrant délit de récidive.

 

            5. Le 16 février 2008, les supporters du club de Metz profèrent des insultes racistes à l’adresse du joueur de Valenciennes, Abdeslam Ouaddou. Sanction : le FC Metz est condamné à jouer un match à huis clos.

 

            Certains, comme Jean-Pierre Papin, jugent ces sanctions suffisamment sévères et ne demandent pas autre chose pour le PSG. C’est en clair une façon de classer le « PEDOPHILES, CHÔMEURS, CONSANGUINS : BIENVENUE CHEZ LES CH’TIS » au rang du racisme ordinaire qui sévit dans les stades de France. Et un auditeur de France Inter d’ajouter : « ce phénomène existe depuis des années et des années. On peut trouver ce qui vient de se passer révoltant à la seule condition que l’on condamne toutes les banderoles qui fleurissent sur les stades de France et que l’on poursuive leurs auteurs. » (France Inter, le 31/03/2008 à 19 h 30)

 

            Je crois avec cet auditeur de radio France Inter que si l’on ne veut pas - pour la première fois - se limiter à une sanction purement sportive pour ce dernier événement, il faudra prendre la ferme résolution de traquer et condamner à l’avenir les imbéciles qui n’aiment pas tout ce qui est noir et tout ce qui a un accent différent du leur. Car il faut que chaque Français arrive à se convaincre une fois pour toute que le racisme existe et prospère en France. Il serait bon que chaque citoyen se pose régulièrement cette question pour ne jamais oublier la réalité de la vie en France : « Quand ce n’est pas dans les stades que ces imbéciles s’expriment, où le font-ils ordinairement ? »

 

Raphaël ADJOBI

 

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06 mars 2008

Les banlieues et leurs élus

 

                        Les banlieues et leurs élus

« Sarcelles est à 1h 45 minutes de Paris par le RER alors que le trajet se fait en 15 minutes en voitures ; c’est démotivant, non ? » lance le jeune homme, simplement. En effet, on oublie bien aisément que tous ceux que l’on assimile à des paresseux et que l’on qualifie de « glandeurs » sont au départ les innocentes victimes de projets nés des esprits dits supérieurs de la nation. On oublie aisément qu’on a crée dans les années 60 des « banlieues sans usine, sans fumée, sans bureau », des cités justement appelées dortoirs et dépourvues de tout et qui exigeaient que pour tout l’on prenne la direction de Paris. La création d’un espace de vie spécifique a donc indiscutablement généré un comportement spécifique adapté à ce milieu.

            Mais aujourd’hui, afin de mieux isoler les habitants de ces contrées périphériques de la capitale française, lesBanlieues_France prétendus penseurs et concepteurs de la République ont créé un lexique propre à stigmatiser leurs populations. On ne les désigne que par « population issue de l’immigration » ou de « jeunes mal intégrés ». Dès lors, ces populations apparaissent aux yeux du reste de la France comme des étrangers. Ainsi, les agriculteurs et autres corps de métiers qui mettent le feu aux bâtiments publics ou les plastiquent tout simplement n’écoeurent personne ; les voitures qui brûlent dans les banlieues si. Tout cela ne choque point les intellectuels français qui ne rêvent aujourd’hui que de plateaux de télévision ou de réceptions chez les fortunes de la nation. 

            

            Mais voici venue l’heure d’élections nouvelles et nous voyons apparaître ça et là des faces blafardes et non point basanées dans ces lieux que l’on dit impropres aux progrès. Une fois encore l’on vient leur chanter que l’on sait ce qu’il leur faut pour leur arracher leur suffrage. Bientôt ces rejetés auront leurs chefs qu’ils auront démocratiquement choisis mais qui leur auront été imposés d’une certaine façon puisqu’ils auront été désignés par des appareils politiques aristocratiques. Même si je me réjouis de la désignation d’Aminata Konaté comme candidate UMP à Montreuil face à Dominique Voynet (Gauche dissidente) et au candidat désigné de la Gauche, je mesure le chemin qui reste à parcourir par les minorités pour entrer dans les cœurs de leurs compatriotes blancs comme leurs égaux.

      

            Aussi, je ferme les yeux et je rêve à ce jour où ces Français de deuxième catégorie se décideront à se gouverner eux-mêmes sans compter sur les appareils politiques qui les ignorent et dans lesquels ils sont d’ailleurs absents.

 

Photo : Drancy (région parisienne). Je vous laisse apprécier la subtile séparation entre zone pavillonnaire et zone à loyers modérés. 

 

Cet état de chose m’a inspiré cette réflexion il y a quelques années

Il nous plaît de blâmer ces hommes politiques qui jamais n’ont connu la pauvreté ni la misère mais qui s’érigent en défenseurs du pauvre et du miséreux en repassant, la nuit venue, les grandes théories salvatrices du genre humain apprises dans les grandes écoles qui font la fierté de la République. Drapés dans leur suffisance et certitudes, ils nous promettent le bonheur et clament à qui veut les entendre que leur intelligence attestée par leurs diplômes enluminés les en approche. 

            Et pourtant chaque jour, nous constatons que leur manque d’humanité les éloigne de nous et nous rend leur voix étrangère. Heureusement, pour cette classe d’hommes, à l’heure du choix de ceux qui doivent nous gouverner, leur enluminure nous éblouit et nous arrache notre suffrage. Ne me demandez pas par quel miracle ou imbécillité nous les choisissons pour les blâmer plus tard.

 

Raphaël ADJOBI                

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29 juin 2007

Les victoires de Sarkozy

Les_femmes_de_Sarko          Les victoires de Sarkozy

            Les feux d’artifice et les bravos ont enfin laissé la place à la vie ordinaire. Nous voilà enfin sortis d’une longue période d’agitation qui nous a coûté beaucoup d’encre et de salive. Les présidentielles, les législatives, la formation du gouvernement puis son remaniement, tout est bel et bien fini. Cette fois, nous n’aurons même pas à garder le souvenir des pleurs des vaincus comme si pour ces derniers la défaite était prévue. Et dans le silence retrouvé, les socialistes se disent dans le secret de leur cœur que leur défaite a évité à la France le spectacle des querelles du couple présidentiel à l’Elysée. Ouf ! l’honneur est sauf. Et Ségolène Royale doit être soulagée d’avoir échoué si près du but pour ne pas avoir la lourde tâche d’appliquer un programme auquel elle n’a jamais cru. Elle peut donc dire merci à Sarkozy.

            Tout va donc pour le mieux dans le meilleur des mondes. Mais il suffit de jeter un regard en arrière pour voir l’état du champ de bataille et par la même occasion l’état de la France au terme des joutes politiques. Inutile de s’attarder sur la maison socialiste en ruine malgré quelques meubles précieux sauvés in extremis du sunami bleu avec en prime le scalp d’Alain Juppé qui n’avait déjà pas beaucoup de cheveux. 

            A côté des ruines de la maison socialistes, on peut faire deux constats qui constituent les véritables victoires de Sarkozy : les cendres du Front National et la présence d’éléments des minorités au sein du gouvernement.

Le Pen domestiqué

            Depuis près de trois décennies, les partis traditionnels négligeaient l’importance du Front National et de son idéologie sur la scène nationale. Même à droite, souvent on acceptait de cohabiter avec le Front National tout en refusant de s’afficher avec ses partisans. Profiter des voix du FN mais ne pas adhérer à sa politique. Ce qui est souvent ressenti comme du mépris par les amis de Jean-Marie Le Pen. Et pendant des décennies, le Front National ne cesse de marteler qu’il y a trop d’immigrés en France. Il fut même une époque où il faisait coïncider le nombre des chômeurs avec le nombre d’immigrés travaillant sur le territoire français au point de faire croire au petit peuple que le plein emploi et le bonheur social passent par une expulsion pure et simple des étrangers concernés. Et aux yeux de beaucoup de Français blancs, tous les Maghrébins et tous les Noirs étaient ces immigrés qui mangent le pain des Français. Petit à petit, le temps aidant, le Front National et son leader se sont installés dans le paysage politique comme un élément du folklore national, une spécificité française de la même façon que l’on parle du Parti Communiste aujourd’hui.

            Puis il y eut le tremblement de terre de 2005. Le Front National parvint au deuxième tour, contre toute attente. Un sursaut national hypocrite se produisit alors et lui barra la route. Tout le monde souffla avec soulagement. Mais à l’approche des élections de 2007, le spectre du Front National commença à hanter les esprits. A gauche, on se répétait : «  plus jamais ça ! Votons utile. » Le vote utile, c’était tout ce que la gauche proposait aux Français. Car le programme était si flou que personne aujourd’hui n’est capable d’en citer un seul projet concret.

            Nicolas Sarkozy, lui, a compris que la France est diverse et a donc des besoins divers. Les soucis des minorités vivant dans les quartiers surpeuplés, ceux des partisans du FN, et ceux des riches qui croient fermement que l’Etat français les détrousse sans cesse ne sont pas les mêmes. Il va donc s’adresser à chaque groupe et lui proposer de s’occuper de ses soucis. Au nom de quoi, en effet, doit-on négliger les soucis des 15 à 18 % des Français qui estiment que l’on doit stopper l’immigration sauvage ? Pourquoi doit-on continuer à fermer les yeux devant ses bateaux qui échouent quotidiennement sur les plages de l’Europe avec leur cargaison de malheureux en guenilles ? Lui, Nicolas Sarkozy, affirme que c’est une situation détestable auquel il faut trouver une solution. Dès lors, ce sont les partisans du FN qui vont voter utile afin que leurs idées aient des chances d’être appliquées. Le résultat, nous le connaissons : en quittant la bannière FN pour voter utile, les partisans de Jean-Marie Le Pen ont réduit ce parti en un groupuscule d’illuminés sans intérêt. Et pour parachever sa victoire sur un parti que lui seul a été capable de mater, Nicolas Sarkozy va se montrer en vainqueur magnanime. Il ne va pas humilier celui qu’il a réduit à presque rien. Il va, dans un geste très républicain, le recevoir à l’Elysée au même titre que les autres leaders des partis du pays. Hier, cette rencontre aurait fait couler beaucoup d’encre et de salive. Aujourd’hui elle est passée presque inaperçue comme si tout le monde lui était reconnaissant d’avoir réussi là où tous les partis ont échoué.

Les minorités Valorisées

            La deuxième victoire de Sarkozy s’était clairement dessinée  lors des campagnes pour les élections présidentielles. Pour la première fois en France, un candidat à l’élection présidentielle a un projet clair et net pour les minorités : la discrimination positive pour les rendre plus visibles dans les structures sociales, économiques et politiques du pays. Avant lui, les hommes politiques refusaient la notion de « minorité » importée, selon eux, des pays anglo-saxons et qu’ils substituaient volontairement par le mot « communautarisme » pour faire peur. D’autre part, Nicolas Sarkozy est le premier homme politique français à avoir confié une partie de sa campagne aux minorités du pays. En métropole comme aux Antilles, on ne voyait pas que des blancs défendre ses idées. Après sa victoire, trois femmes issues des minorités entrent au gouvernement, non pas pour s’occuper des problèmes des minorités, mais pour servir la République selon leurs compétences. Et à ceux qui pensent que ces nominations sont de la poudre aux yeux, il convient de répondre que c’est déjà beaucoup que d’habituer les Français à voir la diversité nationale dans les rangs de nos dirigeants.

            Ainsi donc, en quelques mois, Nicolas Sarkozy a réalisé là ce que la gauche laissait espérer depuis des décennies aux minorités sans jamais oser l’accomplir. Quelle gifle ! Le parti Socialiste qui dit se battre pour les égalités, ce parti qui attire les voix des minorités en criant partout prendre leur défense ne leur a jamais rien proposé. Ce parti n’a jamais compris que la France n’est point monobloc et monochrome. La France n’est plus blanche depuis des siècles et il faudra l’accepter une fois pour toutes en faisant tomber les verrous institutionnels hérités de l’histoire (napoléonienne pour la plupart) qui rendent ses minorités invisibles. Et comme 25 à 30 % des adhérents de ce parti sont des militants de « la diversité », il se doit de relever le défi que vient de lui lancer le nouveau président. Sinon, les minorités françaises voteront de plus en plus à droite. Comme disent les Ivoiriens, « qui est fou ? »

Raphaël ADJOBI

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22 mai 2007

France : que faire du passé qui empoisonne le présent ?

               France : que faire du passé

                         qui empoisonne le présent ?

 

 

Analyse inspirée d’une interview accordée par Toni Morrison a France inter le 10 novembre 2006 à 8 h 45. Elle fait aussi écho à la demande de repentance formulée par le CRAN. Demande reprise et défendue par le journaliste ivoirien Théophile Kouamouo dans un article publié sur Agoravox.

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            On peut noter que depuis environ trois ou quatre ans, face au peu de place qui leur est faite dans la société française, les Français d’origine antillaise et africaine donnent de la voix pour exprimer un certain nombre de revendications. Débats, colloques, blogs, textes de rappeurs, films, sont les canaux par lesquels ils expriment de plus en plus leur malaise et leur colère. La dimension prise par la commémoration de l’abolition de l’esclavage le 10 mai 2007 du fait de la présence de deux présidents de la République ne doit pas nous faire oublier l’ampleur des frustrations que connaît cette minorité française. Ces français ont fini par croire que si la communauté blanche refuse de leur faire de la place, c’est parce qu’elle vit dans l’ignorance de leur histoire commune : l’esclavage puis la colonisation. Il serait par conséquent bon, estiment-ils, que celle-ci soit reconnue et occupe autant de place que les autres événements qui ont marqué et façonné la France, et aussi qu’ils soient mieux représentés dans les paysages administratif et politique.

A contre courant de ce mouvement, contre toute attente, ce sont des députés du peuple français et des hommes politiques qui se sont levés, le 25 février 2005, pour réclamer qu’il soit introduit dans l’enseignement du pays la reconnaissance des bienfaits de la colonisation.

            Cette demande officielle des élus de la République ne doit nullement être interprétée comme une provocation. Elle est tout simplement à la fois la conséquence de l’ignorance de leur propre histoire et aussi une volonté délibérée de nier certaines vérités de l’histoire afin de perpétuer l’intolérance à l’égard des afro français. Disons-le net : A force de parler à la place des minorités, et souvent même sans les regarder, la classe politique française a fini par agrandir le fossé qui la sépare de ceux dont elle voudrait faire le bonheur. Ce que l’on attend de la communauté blanche française désormais, c’est qu’elle se taise enfin et qu’elle se mette un instant à l’écoute des autres communautés. Qu’elle cesse de leur inventer des maux auxquelles elle invente ensuite des solutions ! Ces solutions sont toujours mauvaises parce que les maux sont imaginaires.

            Mais arrivons à la question essentielle : Faut-il qu’un ancien pays colonisateur comme la France reconnaisse officiellement ses crimes du passé ? Lisez bien que je ne pose pas la question de savoir si un ancien pays colonisateur doit faire acte de repentance de son passé. Que l’on comprenne une fois pour toutes que la question posée ne vise que la recherche et la reconnaissance de la vérité. C’est tout ! Vous comprendrez plus loin pourquoi.

            Je vois déjà certains compatriotes blancs lever les bras au ciel criant qu’il faut faire table rase du passé et voir l’avenir. Ils oublient que les drames, les conflits et les inégalités qui sévissent dans notre société ont leur source dans une histoire tronquée, falsifiée - quand elle n’est pas occultée - qui permet à certains de justifier la prépondérance de la communauté blanche sur le reste des citoyens français. Il est donc bon que les uns et les autres connaissent le vrai visage du passé afin de mieux avancer vers nos idéaux communs : la liberté, l’égalité et la fraternité.

            Quel est l’intérêt de cette recherche de la vérité du passé, de la vérité de l’histoire ? En quoi cette vérité historique est-elle nécessaire ? Sous tous les cieux, et plus autour de nous qu’ailleurs, il n’est pas rare de voir des familles exiger de connaître la vérité sur la perte d’un des leurs. Au-delà de la sanction qui relève du devoir de la justice, elles exigent des criminels qu’ils disent exactement ce qu’ils ont fait à leur fils, à leur fille ou à leur parent ; elles veulent « savoir » pour faire devoir de mémoire, c’est à dire pour ranger définitivement le vécu dans le passé, dans « leur histoire » afin de tourner la page. Et dans leur démarche, on voit chaque jour des élus, des hommes politiques leur apporter leur soutien jugeant ce devoir de mémoire absolument nécessaire à la construction ou reconstruction de ceux qui survivent aux morts.

            D’autre part, nous notons que les enfants nés sous X devenus adultes sont nombreux à ressentir cruellement le besoin de connaître la vérité sur leur naissance et par la même occasion la place qu’ils occupent dans la chaîne humaine. Inutile de vous parler des nombreuses commémorations et les nombreux voyages sur des lieux de crimes ou de tortures en guise de devoir de mémoire générés par la dernière guerre mondiale.

Nous voyons donc qu’il est communément admis que pour dépasser un traumatisme, il est nécessaire de dépasser la honte, le sentiment de vaine culpabilité, le sentiment du vide intérieur, de l’être de nulle part, il est nécessaire de vaincre les blessures sans cesse ressassées qui en découlent pour aller de l’avant. Pour guérir de tout traumatisme, tout individu a besoin de parler ou d’entendre la vérité ou d’avoir un élément qui puisse lui signifier ce qu’il a été ou d’où il vient. Et il en est de même des individus comme des peuples. Dans le concert des nations, un seul pays a osé ce devoir de mémoire : c’est l’Afrique du sud. Mais personne en France ne demande un traitement de notre passé à la manière de l’Afrique du sud. Il suffit, il me semble, que la vraie histoire des Afro Français soit portée à la connaissance du peuple français par les canaux traditionnels de la formation et de l’information que sont l’enseignement et les médias. Je ne veux point énumérer ici les éléments de cette histoire qui méritent d’être connus. Les ouvrages qui les contiennent existent dans les bibliothèques et les archives administratives de France. Il manque tout simplement la volonté politique de les faire sortir au grand jour pour qu’ils participent à l’instruction et à l’information des individus.

            La prise en compte du passé de la minorité afro française est donc un impératif puisque sa négation est synonyme d’oubli d’une longue page de l’histoire du peuple français tout entier.                                    

            Je crois sincèrement que c’est seulement lorsque le Français blanc aura intégré dans sa conscience la vérité relative à l’histoire des Afro Français comme étant également la sienne qu’il sera en mesure d’esquisser le geste du pardon sans qu’on le lui demande. Il en sentira le besoin au nom de la seule fraternité. Tout récemment – au début de ce mois de mai 2007 - la Reine d’Angleterre a demandé publiquement pardon, au nom des Anglais blancs, aux noirs et aux indiens pour tous les crimes commis dans le nouveau monde. Si dans ce pays, cet acte a été possible, c’est parce que le chemin parcouru pour l’équité avec les minorités dans les institutions, dans l’administration et dans les entreprises est largement en avance par rapport à la France. Vivant encore dans la honte, la France se sent obligée d’inventer des subterfuges qui ne permettent pas à un français blanc de demander pardon à un Français noir quand il le blesse et vice versa. Voilà pourquoi il importe que l’étape essentielle de la connaissance de la vérité et de son enseignement qui seule peut décrisper le présent soit d’abord franchie. La vérité librement acceptée changera énormément le regard des uns sur les autres et contribuera à la marche vers l’égalité dans tous les domaines. Et par voie de conséquence, les progrès de l’égalité favoriseront à leur tour la liberté et la fraternité entre les citoyens.

            Mais s’il est vrai que la prise en compte de la vérité de l’histoire de la minorité afro française appartient aux autorités politiques, je suis de l’avis de Toni Morrison ( Américaine, auteur de Beloved) pour dire qu’il n’appartient pas au colonisateur d’écrire l’histoire des colonisés. Car tout le monde sait que les histoires de chasse glorifient toujours le chasseur. C’est pourquoi, je loue, pour ma part, les talents du Béninois Dieudonné Gnammangou, du Français (Guadeloupéen) Claude Ribbe, et de l’Américain Runoko Rashidi qui se sont lancés dans l’entreprise de reconstitution de l’histoire des noirs.

 

Raphaël ADJOBI

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04 mai 2007

L'Afrique dans le débat des présidentiables

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    L’Afrique et les présidentiables

            Dans le débat des présidentiables, l’Afrique a été limitée par Sarkozy au Darfour et à la nécessité de juguler le flux des miséreux Africains vers la France qui ne peut pas supporter toute la misère du monde. Très brièvement Ségolène Royale a évoqué les souffrances matérielles qui poussent les jeunes à partir contre la volonté de leurs parents. Mais pas un mot du rôle que l’un ou l’autre pourrait jouer par le biais de la politique de la France dans le développement de l’Afrique. Pas un mot non plus de la responsabilité de la France dans ce qui se passe dans les pays francophones, hier ses anciennes colonies, aujourd’hui un marché juteux pour ses entreprises.       

            Décidément, la politique étrangère de la France demeurera à jamais la chasse gardée de l’Elysée et des sociétés françaises. Il n’est point nécessaire que le peuple sache ce que la France y fait. Son armée peut tuer, égorger, violer, et ses entreprises piller, voler, polluer dans le silence et l’ignorance totale du peuple français. 

            Les minorités françaises non plus n’ont guère retenu leur attention. C’est par le biais du mot délinquant qu’ils ont pensé à eux. Et ceux-ci à leurs yeux ne méritent que plus de sévérité et de discipline pour justifier les allocations qui leur sont octroyées. Aucun projet spécifique pouvant permettre à la jeunesse des banlieues de se reconnaître dans les desseins de la République n’a été évoqué. Elle n’a même pas eu droit aux fausses promesses pour donner ses voix.

            Mon Dieu ! Qu’en ce bas monde certains sont si peu de chose aux yeux de la France !   

 

Raphaël ADJOBI

   

 

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28 avril 2007

Sarko ou Ségo, qui choisir ?

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  Sarko ou Ségo, qui choisir ?

            Le fait qui rend ce deuxième tour des élections présidentielles françaises intéressantes réside essentiellement dans la nouveauté et la jeunesse des candidats. Ils nous font oublier la vieille France où nous retrouvons à chaque élection présidentielle les vieux leaders des partis. D’autre part, le taux de participation record au premier tour qui risque de ne pas se reproduire au second tour suscite des craintes, voire des peurs.

            Mais l’intérêt doit maintenant céder le pas au choix définitif. Et devant ce choix, je me demande sincèrement sur lequel des deux candidats se reporteront la majorité des votes des minorités françaises et particulièrement ceux des Afro français.

            En politique intérieure, le passé africain de Ségolène Royal n’est nullement un atout avantageux pour elle. Les noirs et les autres minorités savent qu’elle ne leur apportera rien de nouveau. Ses propos sur la diversité des citoyens français restent vagues et ne sont point accompagnés de propositions concrètes pouvant retenir notre attention. Elle est restée et reste sourde aux propositions du CRAN (Conseil Représentatifs des Associations Noires) notamment sur 1) la création d’un corps des inspecteurs des discriminations ; 2) l’attribution préférentielle des marchés publics aux entreprises dirigées par des minorités ou embauchant plus de 50 % de personnels issus des minorités ; 3) la mise en place d’internats de réussite éducative ; 4) le versement d’une prime d’éloignement aux ressortissants des DOM travaillant en métropole, à l’instar de celle versée aux métropolitains travaillant dans les DOM.   

            Par contre, si Nicolas Sarkozy n’a pas donné de réponses à ces différentes propositions, il a pour les minorités françaises un projet clair et net connu de tous : la discrimination positive ! Ce n’est certes pas une proposition qui aura l’effet d’un miracle, mais elle aura l’avantage d’être essayée. Cette mesure permettra à la France de rejoindre enfin les Etats-Unis, l’Angleterre et le Brésil qui vient récemment de choisir cette solution contre les discriminations. Avant Sarkozy, aucun parti politique, aucun homme politique n’a pris de résolution franche en vue de rendre visible les minorités françaises dans les administrations et dans les appareils politiques. Déjà, son comité de soutien ou de campagne est pourvu d’un grand nombre de jeunes issus des minorités noire et arabe. Aux Antilles, il n’a pas dépêché des blancs métropolitains pour diriger sa campagne ; il a confié cette tâche à ceux qui sont originaires de ces régions.

            Malheureusement pour Nicolas Sarkozy, certaines de ses idées et ses méthodes brutales font peur. Son déterminisme biologique inquiète. Il pense, comme nombreux de ses amis à droite et à l’extrême droite, que l’on naît génétiquement bon ou mauvais ; que certaines personnes naissent avec des gènes qui les portent à mal agir. << Il pense que nous naissons bons ou mauvais et que quoi qu’il arrive, quoi qu’on fasse, tout est déjà réglé par nature. >> (Michel Onfray, in Nouvel Observateur du 26 avril au 2 mai). Nous avons tous été émus par les propos droitistes sur les mauvais gènes des jeunes des banlieues ou des enfants violents des classes maternelles ; ce qui faisait penser au besoin de stérilisation de certaines familles d’immigrés afin d’épurer la population française. Pour lui donc, l’attitude négative des jeunes vis à vis de l’état n’a aune relation avec leur misère sociale : le chômage massif et la pauvreté des familles, la discrimination… Pour lui, certains sont nés bons et excellents, d’autres méchant et mauvais. Rien ne sert de chercher à aller contre cela. Il suffit de maintenir les choses en place par la force et la brutalité si nécessaire.          

En politique extérieure, Nicolas Sarkozy ne fera absolument rien de nouveau pour l’Afrique. Il reprendra purement et simplement en main le système d’exploitation Françafrique qui rend opaques les relations entre les gouvernants africains et l’Elysée tuant ainsi les espoirs d’indépendance économique des jeunes Africains. Lors d’un récent séjour privé en France, le Président Bongo avait reçu la visite de Sarkozy afin de s’assurer de la pérennité du système dont il est l’un des maillons forts. La Côte d’Ivoire pourrait ainsi revoir les rebelles et Alassane Ouattara, l’ami de Sarkozy, regonflés à bloc pour éloigner les espoirs d’une paix civile dans ce pays. Pour Sarkozy, comme pour George Bush, le monde doit être gouverné par les systèmes financiers. Et ce système doit s’appuyer sur quelques individus à travers le monde.

            Avec Ségolène Royal, certains dirigeants africains, sûrs jusque là du soutien sans faille de Paris,  – parce qu’ils font ce que celui-ci leur demande – commenceront à trembler. En effet, Si les socialistes n’ont pas démantelé le système Françafrique sous François Mitterrand, ils nous ont permis d’en saisir le caractère financier occulte. A l’époque, le système a beaucoup vacillé avec l’affaire ELF ; et on peut espérer que Ségolène Royal le laissera mourir de sa propre mort. Les régimes africains pourraient ainsi évoluer vers plus de transparence et plus de responsabilité.

            J’ose donc espérer que les minorités françaises, et surtout les Afro français, sauront aller au-delà des gesticulations tentatrices pour sauver les principes humains qui s’opposent au mépris de l’homme.

Raphaël ADJOBI

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12 avril 2007

Pourquoi Hitler admirait Napoléon

      Pourquoi Hitler admirait Napoléon

 

                                                                                                                                                                                   Raph_31_Mars_07

 

            L’amour des Français pour Napoléon est bien connu. Différents sondages le place parmi les personnalités historiques qu’ils préfèrent. Depuis plus d’un siècle, les historiens de la République et les hommes politiques n’ont de cesse de le glorifier contribuant ainsi  à le populariser. 

            Mais depuis quatre ou cinq ans, la belle machine de propagande semble manquer d’entrain. Tout le monde sait que pour la grandeur de la France – et aussi pour sa gloire personnelle – Napoléon s’était lancé avec violence dans la conquête de l’Europe. Mais aujourd’hui, plusieurs pays européens - notamment l’Espagne qui a souffert des massacres napoléoniens - se permettent de le rappeler aux français. Ainsi, de temps à autre, certains Allemands ne se privent pas de signaler à la France que Napoléon est un dictateur au même titre que Hitler. Aux français qui leur reprochent de célébrer la grandeur historique de leur dictateur, les groupuscules allemands nostalgiques du Führer répondent qu’ils ont Hitler et les Français Napoléon. Quelle injure ! Et les Espagnols n’oublient pas que leur guerre d’indépendance fut livrée contre Napoléon qui voulait installer son grand frère sur le trône d’Espagne. Chez eux, la toile de Goya, Tres de Mayo, qui relate la boucherie napoléonienne à Madrid est aussi célèbre que Guernica de Picasso.    

            Voilà donc Napoléon de plus en plus controversé au moment où l’Europe recherche plus de cohésion et des idéaux à partager.   

            Cependant, il me semble que ce n’est point le rapprochement de l’expansionnisme et la volonté de puissance de Napoléon de ceux de Hitler qui met le plus mal à l’aise historiens et hommes politiques français. S’il est vrai que les autres Européens se permettent sans ménagement de dire aux Français que leur idole est un dictateur sanguinaire comme tout autre, il me semble que le plus beau coup porté au petit homme vient surtout d’un courageux fils de la France. En effet, avec la publication de son livre Le Crime de Napoléon, Claude Ribble a révélé à la face de la France ce que tous les historiens et hommes politiques de l’hexagone ont caché au peuple depuis toujours. Désormais, le commun des français commence à se poser des questions. Grâce à Claude Ribble, les Français commencent à se demander si les Allemands n’ont pas raison de leur dire qu’ils doivent aussi avoir honte de leur dictateur. 

 

Napoléon le bourreau des noirs inspire Hitler

En effet, avant Hitler, Napoléon a commis l’impardonnable. Franchement, que resterait-il aujourd’hui de la renommée de Hitler et de l’histoire même de la seconde guerre mondiale si celle-ci s’était limitée à des tueries sur les différents fronts ? Je crois sincèrement que très vite les romans et les manuels d’histoire en auraient fait le tour, et l’opinion publique les aurait déjà classées comme un objet du passé qui ne doit pas interférer dans le présent. Mais si cette guerre et son acteur principal restent très vivants aujourd’hui encore dans la mémoire collective, c’est parce que des hommes, des femmes et des enfants ont été convoyés dans des lieux précis pour être gazés, pour connaître en masse une mort certaine. Cette guerre reste un événement affreux dans l’histoire de l’Humanité parce que des hommes, des femmes et des enfants ont été victimes d’un « programme » établi par les autorités supérieures d’une armée d’état. Et c’est véritablement le fait essentiel qui reste collé à Hitler comme un crime impardonnable.

Dès lors, on peut dire que, si Hitler était un fervent admirateur de Napoléon, ce n’était point pour son expédition en Egypte ni pour le code civil français dont il aurait été l’inspirateur, ni pour le charme des couleurs vives de l’uniforme de son armée. Son admiration pour Napoléon tient à son génie d’avoir inventé les chambres à gaz en Haïti et en Guadeloupe. Cette planification de la mort infligée aux noirs, et rapportée dans de nombreux récits des contemporains du petit dictateur, a séduit Hitler. Celui-ci tenait là, dans cette invention simple et radicale, la clef finale de son combat contre des gens qu’il n’aimait pas mais qui ne portaient pas des armes pour lui offrir le plaisir de les défaire. Napoléon Bonaparte est donc de ce point de vue le père spirituel de Hitler. D’ailleurs, en 1940, le Führer  est venu méditer longuement sur la tombe de son idole à Paris, aux invalides. Il a même poussé le zèle jusqu’à y faire inhumer, la même année, le fils de Napoléon, François Bonaparte (connu sous le nom de Napoléon II, « l’aiglon ») comme cadeau à la France.   

Mais combien de Français, combien d’Africains savent-ils cela ? Depuis toujours, les historiens français nous ont fait croire que c’est la volonté de puissance et les conquêtes de Napoléon qui ont séduit Hitler. Il m’a fallu lire le livre de Claude Ribbe pour  comprendre que cette admiration reposait sur l’invention d’une méthode diabolique ignorée jusqu’alors : confiner des hommes, des femmes et des enfants dans un espace et les asphyxier. Comme dirait Christophe Colomb, « c’est simple, mais il fallait y penser. »  

 

Raphaël ADJOBI

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13 janvier 2007

Le chevalier de Saint-George, noir et célèbre sous Louis XVI

Chevalier_de_St_Georges

               Le chevalier de Saint-George

 

     Le noir oublié de l’histoire de France

 

 

En parcourant le journal français Le Nouvel Observateur, je suis tombé sur un article d’une demi-page intitulé « Le chevalier de Saint-George, un africain à la cour ». Je m’attendais à lire l’histoire d’un noir de peu d’importance qui ne pouvait retenir l’attention que par le pittoresque que sa présence à la cour de Louis XVI pouvait représenter. Bientôt surpris par le ton élogieux de l’article et des propos des contemporains de ce métis qui aurait connu la célébrité internationale au XVIII è siècle, je résolus de pousser plus loin mes investigations.

 

            Je tapai tout simplement « Le chevalier de Saint Georges » sur le moteur de recherches « Google » et une mine d’informations s’étala devant moi me faisant comprendre en quelques lignes que l’homme mérite assurément d’être connu des Français au même titre que ses illustres contemporains Jean-Philippe Rameau, Choderlos de Laclos, Beaumarchais, Voltaire,  et bien d’autres encore.

 

            Mais diable ! me disais-je, comment « … l’homme le plus accompli d’Europe pour l’équitation, la course, le tir, l’escrime, la danse et la musique » (John Adams, futur Président des Etats-Unis) est-il aujourd’hui inconnu des Français alors que le Chevalier d’Eon qui jouait les travestis a pris place dans la mémoire de ses compatriotes ? Comment ce métis français qui devint à 23 ans premier violon puis à 28 ans chef d’orchestre de la très prestigieuse société du « Concert des Amateurs », comment celui qui fut le préféré de Louis XVI pour diriger l’orchestre de l’opéra de Paris (L’Académie Royale de musique) – poste qu’il n’obtint finalement pas pour ne pas mécontenter certaines dames de la cour - passa-t-il inaperçu pendant tant de temps et reste aujourd’hui encore inconnu dans l’histoire de la France ?

 

            A ce moment précis me vint à l’esprit cette belle phrase qui orne la page d’accueil du blog d’un internaute :

 

            « Tant que les lions n’auront pas leurs propres historiens, les histoires de chasse glorifieront toujours le chasseur. »                  

 

 

            Certes, certains diront que Le Chevalier de Saint Georges n’était que le meilleur fleurettiste européen unanimement reconnu par ses adversaires y compris ceux qui disent avoir eu le dessus un jour. Antoine la Boëssière, son ami d’enfance et fils de son maître d’armes – Nicolas Texier de la Boëssière – le considère comme « l’homme le plus prodigieux qu’on ait vu dans les armes ». Henry Angelo, Maître d’armes italien installé à Londres parla de lui avec enthousiasme le considérant comme « le Dieu des Armes ».

 

Mais l’homme était surtout un musicien, un virtuose du violon qui excellait également dans la composition musicale. C’est avec ses qualités de violoniste, compositeur et chef d’orchestre qu’il joua un rôle remarqué dans la vie musicale de Paris. Deux ans après avoir pris la direction du « Concert des Amateurs », grâce à ses nombreux concertos pour violon et ses symphonies concertantes, « l’Almanach Musical » qualifia l’ensemble qu’il dirigeait de « meilleur orchestre symphonique à Paris, voire d’Europe ». Aujourd’hui, ça et là, on exhibe des preuves historiques pour affirmer que celui que l’on appelle dans le milieu musical le « Mozart noir » a inspiré le musicien autrichien qui était son cadet.

 

            Devant tant de gloire qui pouvait passer à la postérité, un homme – le plus avide de gloire que la France ait porté - ne pouvait rester insensible : Napoléon 1er. Si le chevalier de Saint Georges – qui reconquit à 15 ans le titre de noblesse perdu de son père en devenant gendarme de la garde du roi - fut un Colonel exemplaire, ce n’était sûrement pas ses qualités de soldat qui pouvaient le faire passer à la postérité puisque ce sont elles qui lui attirèrent les ennuis et précipitèrent sa mort le 10 juin 1799.  Ses talents de musiciens, si.

 

            Aussi, Napoléon, après avoir rétabli l’esclavage aux Antilles le 20 mai 1802, fit brûler toutes les œuvres de Saint Georges le même jour comme pour l’ensevelir une seconde fois. Il interdit par la suite aux « noirs et gens de couleur » l’entrée à l’armée, l’accès au territoire métropolitain, et le mariage entre les noirs et les blancs (8 janvier 1803). Ainsi, la destruction de ses œuvres et les lois raciales qui l’accompagnèrent ont conduit à l’oubli total le nom de l’un des hommes les plus célèbres du XVIIIè siècle.

 

            Le retour en grâce auprès des romantiques du XIX n’a pas suffi pour faire du chevalier de Saint Georges l’un des hommes illustres de la France. Et le XXè siècle marqué par la fièvre de la colonisation n’a pas permis la mise en valeur du talent d’un homme dont la couleur évoquait ceux à qui l’on déniait quotidiennement des qualités de génie. Il ne fallait donc pas s’attendre à ce que les Français blancs ressuscitent la mémoire du chevalier de Saint-Georges. Sa résurrection ne pouvait venir que de ces compatriotes afro français et de quelques français blancs désireux de réparer une injustice qui frappe un homme qui a fait la gloire de la France.

 

            Aujourd’hui plus que jamais, il appartient aux afro français et aux noirs d’ailleurs de s’approprier l’histoire du chevalier de Saint Georges afin que sa renommée grandisse et rayonne dans les cœurs et dans les mémoires. Ils ne doivent pas attendre que d’autres leur disent ce qui est bon pour eux. Qu’ils choisissent d’élever au rang du « plus grand » celui qu’ils veulent, même si cette personnalité déplaît à d’autres. Qu’ils deviennent les historiens de leur propre Histoire !

 

            Ne voit-on pas chaque jour les communautés blanches multiplier les expositions, les projections de films, les activités théâtrales et musicales – et cela jusque dans les écoles - pour faire acte de mémoire ? Ne voit-on pas les communautés blanches baptiser les rues de leurs cités des noms de personnes qui furent parmi eux des riches négriers, des esclavagistes, et des apôtres de théories racistes ? Ne les voit-on pas occulter les traits négatifs d’un tel pour ne souligner que l’aspect de son visage qu’ils jugent digne d’être montré au monde entier ? Ne les voit-on pas élever des statuts à la mémoire de leurs ancêtres dont parfois le seul nom est une injure à la mémoire d’autres peuples ?

 

            Je dis donc que les noirs se doivent aussi de ressusciter et célébrer leur passé pour ne pas l’oublier. Ils ne doivent point attendre que les blancs se chargent de louer un passé qu’ils pensent ne pas être le leur pour en tirer gloire. Il est certain que si les autorités de la communauté blanche ne participent pas ardemment à la résurrection de la mémoire du chevalier de Saint-Georges, c’est pour ne pas jeter des fleurs à la communauté afro française et aux noirs en général. Puisque la République ne veut pas s’approprier la gloire du chevalier de Saint Georges, cette tâche revient aux afro français comme un devoir, et un devoir de mémoire.

 

Raphaël ADJOBI    

                                                      Ecrit les 9 et 10 janvier 2007      

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25 décembre 2006

« Indigènes », la France n’est pas cartésienne

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           Dans l’esprit de nombreux intellectuels et hommes politiques français, la France est drapée dans le magnifique manteau de la pensée de Descartes. On se plaît à affirmer avec beaucoup d’orgueil que l’esprit français est rationnel, cartésien.

Et c’est la même fierté qui enfle le cœur du français lorsqu’il affirme à haute et intelligible voix qu’il vit dans un pays de liberté, d’égalité et de fraternité, oubliant totalement que ces trois notions ne sont point une réalité concrète mais plutôt un idéal à atteindre. Oui, c’est se tromper par excès d’orgueil que d’affirmer avec les hommes politiques et les journalistes prétentieux que règnent en terre de France la liberté, l’égalité devant la loi et la fraternité entre les citoyens. Nul ne doit douter qu’au moment du choix de cette devise, ce ne soit point l’idée qui animait ses initiateurs. Plus humblement, les pères de cette devise fixaient au peuple français un idéal vers lequel ils voudraient qu’il tende en toute circonstance ; un idéal qui se voulait le moteur des actions.

Il est donc temps que le Français quitte cet air prétentieux qui le porte sans cesse à affirmer ce qu’il n’est point. Il faut se garder d’être ridicule à force de s’envoyer des fleurs ou de se tresser des lauriers. Être français ne signifie point que l’on est meilleur ou pire que les autres ; et surtout il ne faut point croire qu’être français signifie que l’on est rationnel dan sa manière de concevoir l’égalité ou la justice sociale. Être français ne signifie en aucune façon que l’on est cartésien du simple fait que Descartes est français.

Il me suffit, pour illustrer ma pensée, de rappeler ici les conséquences  de la sortie du film « Indigènes ». Quel homme politique, quel journaliste français, quel citoyen français ignorait – avant la sortie de ce film – que les Africains ont été nombreux à venir se battre pendant la deuxième guerre mondiale pour la libération de la France ? Quel homme politique, quel journaliste, quel citoyen français ignorait – avant la sortie de ce film – que ces Africains, une fois la guerre terminée se sont retrouvés avec des soldes dérisoires alors que les anciens combattants français étaient gracieusement récompensés ? Quel homme politique, quel journaliste n’a jamais entendu le cri de détresse des anciens combattants africains demandant justice par le versement d’une solde égale à cellle des anciens combattants français.

Face à leurs cris, face à leur douleur, face à leur misère, le prétendu esprit rationnel français est toujours resté aveugle et sourd. C’était à croire que si la raison n’a point de cœur, elle n’avait point d’yeux ni d’oreille non plus.

Puis sortit le film « Indigènes ». Lors de sa première projection, l’épouse du président de la République aurait été émue aux larmes et aurait dit à son illustre mari : « Jacques, il faut faire quelque chose ». Sitôt dit, sitôt fait. Les élus du peuple proclamèrent en grande pompe l’avènement de l’égalité des soldes entre tous les anciens combattants de la dernière guerre qui ont défendu la France sous sa bannière. Voilà enfin les anciens combattants africains Libres et Egaux avec les anciens combattants français.

Il me plaît de souligner ici combien il est regrettable que la raison soit incapable de reconnaître l’injustice là où le cœur la sent profondément. Il a suffi qu’une reine émue demande à son prince de satisfaire un de ses désirs pour que le sort de milliers d’anciens combattants privés de l’égalité devant la loi ait changé.

Sincèrement, il me semble que l’effet produit par la sortie de ce film peut être vu tout simplement comme la volonté de satisfaire le caprice d’une princesse que comme la juste et rationnelle réparation d’une injustice longtemps consciemment ignorée.

 

Raphaël ADJOBI

 

(Jeudi 26 octobre 2006)

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