Lectures, analyses et réflexions de Raphaël

Vous trouverez ici des comptes rendus de lectures livresques concernant essentiellement l'histoire des Noirs d'Afrique et celle des Afrodescendants des Amériques et d'Europe. Les actualités de la diaspora africaine ne sont pas oubliées.

31 mars 2011

Laurent Gbagbo perd la Côte d'Ivoire

  Laurent Gbagbo perd la Côte d'Ivoire

 

J’ai rédigé l’article ci-dessous hier soir après vingt heures. J’étais alors loin de croire que ce que j’écrivais à propos de la conquête de l’ouest et la prise de San Pedro allait être le sujet d’actualité de ce jeudi 31 mars. France Inter a, en effet, annoncé ce matin la prise de San Pedro par les Rebelles. Je vous livre mon texte sans aucune modification.  

 

Election_en_C            Il était difficile de penser qu'en si peu de temps Laurent Gbagbo braderait le capital confiance que des millions d'Ivoiriens ont placé en lui en soutenant les institutions du pays contre les forces étrangères et leur missionnaire Alassane Ouattara. Fin politique, il s'est en quelques jours révélé un piètre combattant attendant l'ennemi terré dans son palais d'Abidjan.

 

            « Ils ont la montre, nous avons le temps », scandait Blé Goudé lors du dernier rassemblement des patriotes sur les bords de la lagune Ebrié à Abidjan les 27et 28 mars. En peu de temps, ce sont les partisans de Laurent Gbagbo qui ont commencé à regarder leur montre. Mais est-ce que cela vaut encore la peine ? N'est-ce pas du temps perdu ? Pire, n’est-il pas déjà trop tard ? Ce sont désormais les rebelles qui prennent bien leur temps. Tout est devenu si facile pour eux qu'ils n'y croient pas eux-mêmes. Alors ils se méfient.

 

            Laurent Gbagbo est en train de perdre le pouvoir et la confiance des Ivoiriens - une double perte donc - pour ne pas avoir eu l'intelligence militaire d'endiguer immédiatement les premières attaques des rebelles dans l'ouest du pays. C'est à croire qu'il n'y a toujours pas d'armée en Côte d'ivoire pour veiller au moins sur les limites de la zone loyaliste. Occupés à contrôler les combats de rue d'Abidjan, Laurent Gbagbo et ses soldats ont complètement oublié le reste de la Côte d'Ivoire libre.

 

            La stratégie des soldats d'Alassane Ouattara est simple : se faire convoyer par l'ONUCI vers les différentes villes de l'intérieur afin d'en prendre possession en surgissant comme par enchantement. Au milieu du mois de mars, c'est un convoi de l'ONUCI que les jeunes de Bonoua (à 60 km à l'Est d'Abidjan) ont empêché de pénétrer dans leur ville en se couchant sur la route nationale qui la traverse. Sans cette vigilance, l'ONUCI aurait laissé armes et rebelles dans un coin de la ville. Et un beau matin, ces derniers auraient surgi et déclaré la ville entre leurs mains.

 

            Si cette stratégie se poursuit, c'est parce que le pouvoir militaire a fait preuve de faiblesse en se montrant attentiste. Car au départ, les rebelles semblaient plutôt privilégier le combat à long terme. Aussi visaient-ils la prise de tout l'ouest du pays jusqu'au port de San Pedro afin d'avoir accès au deuxième port du pays dans le cas où les forces s'équilibreraient et où un nouveau cessez-le-feu mettrait fin aux combats. Imaginez donc les rebelles tenant le nord et l'ouest du pays. La portion restant à Laurent Gbagbo serait réduite à si peu de chose qu'il serait ridicule qu'il persistât à se maintenir au pouvoir au nom de la légitimité constitutionnelle. D'autre part, le vieux projet burkinabé d'avoir un accès à la mer serait accompli. Chasser Laurent Gbagbo du pouvoir serait même devenu chose inutile. A défaut d'avoir toute la Côte d'Ivoire, les Burkinabé et leur émissaire Alassane Dramane Ouattara auraient un port et plus de la moitié des ressources agricoles et minières du pays.

 

            Mais voilà que devant leur percée, seul le silence leur répond. Apparemment, aux armes des rebelles Laurent Gbagbo ne compte n'opposer que les prières et le patriotisme des sudistes qui l'ont sauvé du coup d'état français de 2004. Devant donc le silence, les rebelles semblent désormais avoir chosi la guérilla urbaine plutôt que la conquête de l'ouest ou peut-être les deux à la fois. En s'installant dans les villes, ils n'offrent plus un front unique aux armes des loyalistes. Cette technique rendra à ceux-ci la tâche difficile quand il faudra reprendre les villes occupées. Ou ils hésiteront à tuer les leurs pour déloger quelques rebelles ou ils attaqueront et le carnage sera si grand que prétextant l’aide humanitaire, les forces de l’ONU (ONUCI), celles de la France (Licorne) et celles de la CEDEAO interviendront pour remettre par la force le pouvoir à Alassane Ouattara.

 

Raphaël ADJOBI 

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20 mars 2011

Côte d'Ivoire postélectorale : l'U.A. n'est pas garçon !

                     Côte d'Ivoire postélectorale :

                          l'U.A n'est pas garçon !*

 

Union_Afric            En proposant comme solution à la crise postélectorale en Côte d'Ivoire le retour à la case "départ" avec un gouvernement d'union présidé par Alassane Dramane Ouattara, l'U.A vient non seulement de démontrer son manque de courage à prendre ses responsabilités vis à vis de l'Union Européenne mais aussi qu'elle persiste à contribuer à la déstabilisation de ce pays. Un acte à double conséquence que l'histoire ne manquera pas de rappeler à la conscience des Africains comme la preuve qu'ils sont leurs propres bourreaux.

 

            Certes, le rôle du panel des chefs d'Etats africains chargés de proposer une solution définitive à la crise était délicat à plus d'un titre. D'abord, à la suite de Sarkozy et d'Obama, ils ont plongé comme des moutons dans le précipice ouvert par les deux hommes. Ensuite, ils sont allés jusqu'à sonner la charge guerrière contre la Côte d'Ivoire avant que Sarkozy ne leur dise de recourir finalement au dialogue vainement proposé au départ par Laurent Gbagbo. Comment pouvaient-ils après cela se renier ? Enfin, dans la constitution du panel chargé de trouver le remède salvateur, il a manqué à l'U.A la sagesse de ne pas y inclure des hommes impliqués de près ou de loin dans la crise. Oui, il a manqué aux chefs d'Etats Africains cette intelligence qui leur aurait permis de prendre le risque de ne considérer que l'analyse des résultats des élections pour se prononcer comme des juges impartiaux. Au regard de tous ces manquements, comment ce panel pouvait-il avoir l'apparence d'un groupe de sages volant au secours d'un pays en grande difficulté, d'un pays frère ? Non, le panel n'avait pas la carrure du sage et était donc condamné à se fourvoyer.

 

            Malgré tous ces manquements, les cinq chefs d'Etat Africain chargés de proposer une solution définitive auraient pu réussir s'ils s'étaient fixé un objectif clair comme la recherche de la vérité sur les résultats du deuxième tour des élections. Oui, ils seraient sortis de l'impasse dans laquelle les a engagés leurs prises de position hasardeuses s'ils s'étaient limités uniquement à la consultation des documents pour dire qui des deux candidats a gagné, et si le Conseil Constitutionnel a favorisé ou non Laurent Gbagbo au détriment d'Alassane Ouattara. Au lieu de cela, ils ont cherché des remèdes sans avoir pris le temps de savoir où se situe le mal ou encore si le malade souffre d'une maladie imaginaire. S'ils s'étaient fixé pour objectif de juger le vrai du faux, ils auraient agi en sages et auraient reconnu avoir été trompés ou auraient confondu Laurent Gbagbo et le Conseil Constitutionnel. La terre entière aurait alors salué leur probité et leur impartialité et ils auraient par leur acte permis à l'Afrique de faire un grand pas vers l'indépendance morale et politique.

 

            Comme diraient les Ivoiriens, l'U.A n'est pas garçon ! Incapable de prendre ses responsabilités, elle a préféré renvoyer les Ivoiriens à la case "départ" avec un gouvernement d'union et un pays coupé en deux. Incapable de dire qui a gagné les élections avec les preuves à l'appui, elle remet la Côte d'Ivoire dans l'exacte situation dans laquelle elle se trouve depuis 2002. L’absence d’éléments électoraux clairs justifiant sa décision fait apparaître celle-ci comme la simple confirmation de sa position initiale. Rien de plus ! Adieu espoir ! Adieu paix ! Adieu la Côte d'Ivoire réunie ! Tout ça pour ça ! J'espère que l'U.A ne s'attend pas à ce que les Ivoiriens lui disent merci. On peut franchement se demander si les dirigeants africains se montreront un jour dignes de leurs populations qui attendent un peu plus d'audace de leur part. Question : sur quelle base se fonde l'U.A pour confier la présidence de la République à Alassane Ouattara plutôt qu'à Laurent Gbagbo ? Le premier fanfaronne en claironnant que le fait de lui confier la formation de ce gouvernement est la reconnaissance de sa victoire. Le pauvre ! S'il avait gagné, personne ne l'obligerait à former un gouvernement d'union. Se dire vainqueur et être obligé d'accepter de composer un gouvernement hétéroclite qui vous empêchera de travailler, c'est reconnaître qu'il n'y a pas eu d'élection présidentielle. Huit ans de cohabitation désastreuse, ça suffit !

 

                        Dernière solution : la guerre ?

 

            Au moment où certains cherchaient des solutions diplomatiques, les rebelles d'Alassane Ouattara avaient décidé de violer le cessez le feu qui avait coupé la Côte d'ivoire en deux et d'attaquer la zone sud loyaliste. Pas un seul journal européen n'a condamné cette violation. Pas un ! Par contre on ne cesse d'annoncer ça et là leur victoire "à mains nues" - comme dit notre ami blogueur Delugio - contre l'armée de Laurent Gbagbo. L'ONU et les ONG n'ont toujours pas enregistré un seul mort dans les villes attaqués par les rebelles. Les saints hommes !

 

            Fin politique, Laurent Gbagbo a le défaut d'être attentiste quand ses ennemis sortent les armes. C'est maintenant qu'il doit montrer à ceux qui ont choisi de le combattre par le feu qu'ils ont de fortes chances de périr par le feu. Je ne cesse de me demander pourquoi il n'a pas profité de la violation du cessez le feu pour lancer une contre offensive de très grande envergure pour montrer à l'ennemi un peu de la force de son armée. Cette passivité fait raconter à ses ennemis sur les ondes des radios françaises qu'il n'a pas d'armée (dixit l'ambassadeur d'Alassane Ouattara à Paris).

 

            Certes, déjà L'Onuci convoie les rebelles dans Abidjan comme de simples voyageurs en danger en terre étrangère qu'il convient de protéger leur permettant ainsi de rejoindre leurs bases où ils détiennent leurs armes. C'est ainsi que les rebelles sont en mesure d'attaquer ou de saccager des sites stratégiques dans la capitales. Certes, la France et l'ONU seront toujours du côté des rebelles. Mais il convient de ne pas oublier que la lutte continue et que si elle change de terrain, il faut y aller sans tarder au risque d'être débordé et laisser les civils se faire la guerre à la place des professionnels.

 

*Dans le parler populaire ivoirien, « être garçon » c’est avoir du cran, être audacieux, « être cap » comme disent les jeunes en France et ailleurs en Afrique.           

             

 

Raphaël ADJOBI

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14 février 2011

Côte d'Ivoire postélectorale : Eburnie maintenant !

                               Côte d'Ivoire postélectorale :

                                              Eburnie maintenant !

Eburnie_I_0003_crop            Quand il s'agit de l'Afrique, les démocrates ne sont pas ceux que l'on croit. Qui de Laurent Gbagbo et de Alassane Ouattara veut une résolution pacifique de la crise postélectorale en Côte d'Ivoire ? Le premier propose de recompter les voix, en d'autres termes ouvrir tout le dossier des élections afin de juger le vrai du faux. Le second « souhaite discuter seulement si Laurent Gbagbo reconnaît que le peuple ivoirien (l')a élu président » (entretien publié dans le Journal français La croix du jeudi 20 janvier 2011). Je laisse aux fins démocrates  le soin de juger du caractère pacifique de chacune des propositions.

            Comme le fait remarquer un ancien chef militaire français en Côte d'Ivoire, on ne peut se contenter des aboiements de la communauté internationale pour fixer le sort de ce pays. L'épisode irakien est dans toutes les mémoires ; les grandes puissances sont capables de fabriquer du faux avec la complicité de l'Onu. Il propose pour sa part de reprendre le deuxième tour des élections. Dans ce cas, je pense qu'il ne serait absolument pas sage de le faire sans une réunification préalable du pays et l'instauration de la loi républicaine de manière égale sur l'ensemble du territoire comme cela était prévu dans les accords de Ouagadougou. Car le fait d'avoir sauté cette étape explique les dérapages à l’origine de cette nouvelle crise. Cette dernière solution apparaît donc inenvisageable dans l'immédiat.        

            Dans le journal français La croix du 20 janvier 2011, à la question du journaliste lui demandant s'il pense vraiment que la Cedeao va passer des menaces à une action sur le terrain, Alassane Ouattara répond : « Tout est en train d'être mis en place. L'intervention militaire est déjà prévue, organisée. Elle sera programmée. J'ai parlé avec le président nigérian Goodluck Jonathan dimanche, il m'a assuré de sa détermination. C'est pour cela que les chefs d'état-major des pays de la Cedeao se sont réunis mardi à Bamako. Des arrangements sont en cours pour qu'ils aillent faire des reconnaissances à Bouaké, qui sera peut-être le centre de regroupement des soldats ».            

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            Que le monde entier le sache de manière très claire : si demain, par une force extérieure, Laurent Gbagbo venait à être renversé, ce serait contre la volonté des Ivoiriens qui lui ont donné le pouvoir contre le général Guéï en 2002 et lui ont confirmé leur attachement en s'opposant au coup d'état de la France en 2004 ; contre la volonté de ces Ivoiriens qui refusent de répondre aux appels au boycott d’Alassane Ouattara. Et soyez certains que leur  leçon de patriotisme sera extraordinaire. Ils ne permettront jamais à Alassane Ouattara de diriger la Côte d’Ivoire depuis le sud où vivent les 3/4 de la population du pays ! Après avoir menacé, la France a fini par dire au locataire de l’Hôtel du Golf qu’elle ne peut s’engager militairement aux côtés d’une partie de la Côte d’Ivoire contre l’autre partie. Elle a estimé que cette « sale besogne » revenait aux Africains eux-mêmes comme à l’époque de la traite négrière où ils allaient lier les mains et les pieds de leurs frères pour les livrer aux Européens. Quel pays africain aura l’audace de renouer avec l’histoire des traites négrières en prenant les armes contre la Côte d’Ivoire ? Quel pays africain se croira un idéal de démocratie au point de donner des leçons dans ce domaine aux institutions ivoiriennes ?

N'oubliez pas ceci : dans l'Afrique francophone, seuls les Ivoiriens du sud ont été capables de se dresser contre la France pour défendre un des leurs ! D'autre part, il ne faut pas oublier que la population de la Côte d'Ivoire est constituée de 40% d'étrangers essentiellement originaires des pays voisins comme le Burkina, le Mali, et d'autres pays plus lointains comme le Sénégal et le Nigéria. Où iront ces étrangers quand les Ivoiriens du sud seront attaqués par les pays de ceux qui vivent chez eux ? Inutile de vous faire un dessin. Avec beaucoup de sagesse, les soldats ghanéens se sont retirés de l'Onuci de Côte d'Ivoire refusant de jouer les négriers.

                        Les incohérences d’Alassane Ouattara

            Tout en traitant Laurent Gbagbo de « génocidaire » et de « dictateur », c'est dans le Sud qu'affluent les nordistes qui désertent la zone des rebelles. Personne ne veut vivre au Nord ; pas même Alassane Ouattara, Soro et les autres chefs rebelles qui envoient leurs enfants dans les écoles de Laurent Gbagbo parce qu'ils sont incapables d'en créer de correctes dans les zones qu'ils administrent.

            

            Malheureusement pour Alassane Ouattara, dans le Sud, il est chez son adversaire. Les foyers de populations nordistes à Abidjan ne représentent rien par rapport au reste des Ivoiriens favorables à Laurent Gbagbo.  Adjamé et Abobo dont vous parle sans cesse la presse européenne ne sont que des îlots insignifiants dans un océan de populations qui lui sont favorables. Les 54% des Ivoiriens qui auraient voté pour Alassane Ouattara n'existent nulle part ailleurs que dans les bulletins frauduleux et les calculs fallacieux. On comprend alors aisément pourquoi aucun de ses appels à la désobéissance n'a rencontré d'écho. Pourquoi ce que les seuls partisans de Laurent Gbagbo ont fait contre l'armée française en 2004, 54% d'Ivoiriens partisans d'Alassane Ouattara ne peuvent-ils le réaliser contre le pouvoir en place ? Ils ne le peuvent parce que la coquille est vide et parce que le chef du RDR est chez son adversaire !

                                              

            A vrai dire, en refusant d'ouvrir le dossier des élections pour juger du vrai du faux, Alassane Ouattara s'enferre dans l'impasse. Comment en sortir ? Il ne me reste qu'à lui poser une question ; à lui et à ses partisans : à quoi sert-il d'avoir confisqué la moitié du territoire national depuis huit ans ? Pour moi, il est temps de verser la question de la partition du pays dans le débat final. Au moment où de l’étranger on tente d’assécher les finances du pays par des mots d’ordre aux exportateurs de cacao et aux sociétés étrangères afin de pousser des militaires à la révolte, au moment où les états africains ont décidé de confier la clef du compte de la Côte d'Ivoire à la BCEAO à Alassane Ouattara pour lui permettre d'acheter les armes nécessaires à la reconquête du pouvoir - dans le cas où ils ne pourraient pas tenir la promesse qu'ils lui ont faite - une seule alternative s'impose : l'officialisation de la partition de la Côte d'Ivoire qui deviendrait donc définitive !

                                           Eburnie maintenant !

            On ne cesse d’accuser les Européens d’avoir tracé des frontières arbitraires séparant des peuples frères et associant des peuples qui n’ont rien en commun. Il est temps de reconnaître que l’on ne peut pas continuer à attacher les populations du Nord proches linguistiquement et culturellement des Burkinabés et des Maliens aux peuples de forêt que sont les Akan et les Krou. Cependant, il faut reconnaître qu'il y a des nordistes (au moins la moitié des Mandé et le quart des Gour) qui, avec le temps, ont développé en eux la fibre nationale ivoirienne et sont désormais convaincus de n'avoir rien de commun avec les peuples voisins du nord ni avec ceux qui font alliance avec eux. Il y en a même qui, comme notre "griot" national Balla Kéïta (ancien ministre d’Houphouët-Boigny) ont payé de leur vie le refus du chantage. Un Eburnéen, un vrai, qu'il soit du nord ou du sud, qu'il soit Akan, Krou, Mandé ou Gour, ne s'allie jamais avec l'étranger pour porter le fer dans le sein de sa mère. C'est à cette marque essentielle que l’on reconnaît les Eburnéens. C’est cette marque qui explique pourquoi, opposé à Houphouët-Boigny, Laurent Gbagbo n’a jamais pris les armes contre lui. Emprisonné par Alassane Ouattara, il n’a pas appelé l’étranger à l'aider à prendre les armes contre lui. Mais puisque ce dernier et ses rebelles ont tracé leur territoire depuis 2002, qu’ils la gardent et que l’on les laisse s’associer avec leurs semblables.

Enfin, au président Wade qui veut attaquer Eburnie, que l’on lui renvoie ses 500 000 Sénégalais et l’on verra bien si son pays sera capable de les absorber. A Compaoré qui joue les gros bras, qu’Eburnie lui renvoie ses 3 millions de Burkinabés et nous verrons s’il ne sera pas chassé du pouvoir par ses compatriotes renvoyés !

            On ne peut pas continuer à vivre avec des gens qui sont capables d’appeler des étrangers pour venir attaquer leur pays ; des gens qui saccagent des ambassades de leur pays à l'étranger ; des gens qui mettent le feu au Trésor public de leur pays pour empêcher le paiement des salaires des fonctionnaires. Les Eburnéens ne ressemblent pas à ces hommes là. Et pour ne pas leur faire la guerre, il vaut mieux ne pas chercher le même destin avec eux. Le Soudan s'est résolu à une partition pour un sud proche des populations noires et un nord proche des populations arabes. La vie des deux pays se fera désormais hors des limites coloniales souvent décriées. En Côte d'ivoire, cette séparation doit être sérieusement envisagée pour en finir avec les palabres interminables des esprits querelleurs.

            

Raphaël ADJOBI

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24 décembre 2010

La France, la Côte d'Ivoire et le "Président démocratiquement élu"

                       La France, la Côte d'ivoire

                                              et

         « le Président démocratiquement élu »

 

 

Abidjan_Plateau« Le Président démocratiquement élu » est le slogan que le gouvernement français a fait passer à toute la presse française pour parler d'Alassane Ouattara en Côte d'Ivoire. Et quand les journalistes doivent parler de Laurent Gbagbo, ils doivent dire qu'il s'accroche au pouvoir. Mais quand j'expose la situation en suivant les faits, tous mes compatriotes français qui disent ne rien comprendre à ce qui se passe là-bas concluent qu'on leur ment. Allez savoir pourquoi je suis plus crédible que les journalistes français.

 

            Voilà simplement ce que j'expose à tous ceux qui me demandent « mais qu'est-ce qui se passe là-bas ? » Ma réponse est la suivante : la Côte d'Ivoire est coupée en deux militairement et administrativement. N'oubliez pas que le pays se limite à la zone sud depuis huit ans. Personne ne sait ce qui se passe dans la partie nord tenue par les rebelles armés. Lors de l'organisation des élections présidentielles, des urnes achetées à grand frais ont été envoyées là-bas accompagnées d'observateurs africains. Les urnes sont revenues au siège de la Commission indépendante ainsi que celles de la zone sud tenue par les loyalistes. Dans leur rapport remis à la CEI et diffusé sur la télévision ivoirienne, les observateurs africains ont conclu que les votes se sont déroulés dans le Nord dans des conditions « injustes » et anti-démocratiques avec des détails précis justifiant leurs conclusions.

 

            Voilà donc la CEI (commission électorale indépendante) mise au pied du mur. Faut-il invalider les votes des bureaux du nord entachés de fraudes  ou d'irrégularités comme un ou deux bureaux l'ont été dans le sud ? Vu l'ampleur des votes litigieux du nord, les membres de la CEI (à 76% RDR et PDCI, mais cela, je ne le dis pas) n'arrivent pas à se mettre d'accord pour prononcer les résultats provisoires. Résultats qui ne deviennent définitifs qu'une fois ayant obtenu le sceau du Conseil Constitutionnel après analyse des réclamations.

 

            Au bout du temps qui lui est imparti par la loi pour publier les résultats provisoires, les membres de la CEI ne sont toujours pas parvenus à un accord sur les votes du Nord à annuler et ceux à comptabiliser. Elle a donc passé le relais au Conseil Constitutionnel comme l'exige la loi. Mais, avant même que cette institution (dont le président est un partisan de Laurent Gbagbo, cela je ne le dis pas) ne se prononce sur le litige né avec les nombreux votes irréguliers venus du Nord, un des membres de la CEI a rejoint Alassane Ouattara dans son hôtel et quartier général de campagne et devant deux radios étrangères a prononcé, contre toute attente, les résultats que plus personne d'autre n'était habilité à prononcer sauf le Conseil Constitutionnel ! La France et l'Onu crièrent aussitôt à la victoire de l'opposant Alassane Ouattara. De son côté, le Conseil Constitutionnel, poursuivant la procédure suivant la loi du pays, prononcera les résultats définitifs favorables à Laurent Gbagbo après invalidation des votes litigieux venus du Nord.

 

            En votre âme et conscience, qui est le président démocratiquement élu ? Pour moi, la démocratie ne se mesure pas au nombre de bulletins se trouvant dans les urnes mais à la manière dont ils y sont entrés. Il convient aussi de retenir que la tâche d'un Conseil Constitutionnel n'est guère facile. Il suffit que les scores soient extrêmement serrés pour que les votes litigieux prennent une grande importance. Dès lors la décision du Conseil Constitutionnel ne peut qu’apparaître comme un favoritisme pour l'un et une injustice pour l'autre. Ce fut le cas aux Etats-Unis quand il a fallu trancher entre Georges Bush et Kerry que les bulletins de votes n’arrivaient pas à départager. Car la démocratie, c'est aussi savoir accepter les décisions des institutions de son pays même quand elles nous paraissent injustes. Malheureusement, on ne trouve pas sous tous les cieux des hommes respectueux des lois.

 

            Pour vous permettre de juger par vous-mêmes du degré des fraudes et autres formes de falsifications des résultats, je vous invite à taper sur Google les titres suivants pour accéder à quelques éléments d’informations : « Côte d’Ivoire – un avocat français dénonce » /  « Ce soir ou jamais » sur la Côte d’Ivoire / « Les intérêts économiques français menacés en Côte d’Ivoire : les explications de Philippe Evanno » / « Alcide Djédjé, ministre des affaires étrangères : le coup est orchestré par la France et les USA » (à écouter absolument) / « Me Cheik Koureyssi Ba, avocat au barreau de Dakar : la jeunesse africaine a fait son choix, c’est Gbagbo ».

 

            Entre tous les coups, celui que je trouve pendable, c’est le fait que les partisans d’Alassane Ouattara aient, au dernier moment, délibérément gonflé le taux de participation nationale (passé de70% à 80%, donc des milliers de voix supplémentaires imaginaires) pour donner aux scores annoncés à l’hôtel un semblant de crédibilité. Je serai de l’avis de l’avocat français qui s’exprime dans la première vidéo que je vous propose que l’on soumette à l’assemblée de l’ONU les procès verbaux de tous les votes litigieux. Mais ce serait là toucher à la souveraineté du conseil constitutionnel d’un pays.    

Raphaël ADJOBI

 

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04 décembre 2010

Présidentielles en Côte d'Ivoire : la fin du rêve des faiseurs de miracles

          Elections présidentielles en Côte d'Ivoire :

  la fin du rêve des faiseurs de miracles

Le 3 décembre après 23 h, au moment où je venais de terminer mon article, c’est par courrier électronique que j’ai appris la prise en compte des réclamations du candidat Laurent Gbagbo au regard des rapports des observateurs africains envoyés dans le Nord. La victoire venait de changer de camp. Cependant, je n’ai rien changé à mon article.

Election_III___0002_crop            La Côte d'Ivoire se croyait un pays à part, capable de réussir là où aucun pays n'a osé s'aventurer, là où même les puissances européennes ont échoué (Chypre dans "Cette main tendue qui fait de l'ombre"). Organiser des élections à visées démocratiques dans un cadre qui n'en remplissait pas les conditions, c'était assurément vouloir faire un miracle. Mon article publié avant le premier tour était très explicite sur ce point et rejoignait la sagesse du pays abouré de côte d'Ivoire qui dit que l'on ne reste pas dans une procession de fourmis magnans (carnivores) pour lutter contre leur voracité. 

            Pourtant, les Ivoiriens n'étaient loin de cet exploit. Les principaux candidats ainsi que les organisateurs des élections avaient minimisé les multiples fraudes de la zone des rebelles lors du premier tour. Arrivé premier, Laurent Gbagbo n'a pas jugé utile de les remettre en cause.

            Le deuxième tour aurait pu corriger quelques grosses erreurs du premier et la Côte d'Ivoire aurait réussi le tour de force de réaliser la première grande élection démocratique dans un pays coupé en deux militairement et administrativement. Le miracle quoi.

            Contre mon attente et mon souhait personnels, le report des voix des partisans de Bédié s'est fait correctement sur Alassane Ouattara avec qui il a signé une alliance que nous avons été nombreux à qualifier de « contre nature ». La victoire d'Alassane Ouattara était partie pour être claire, belle et démocratique. Malheureusement il n'en a pas été ainsi par la faute de ses propres partisans.

            Car quoi ? Peut-on souffrir que dans une zone les élections se déroulent correctement, avec annulations des votes des bureaux jugés litigieux, et accepter les votes de la zone Nord où ont été enregistrées de multiples violences physiques et des manipulations des urnes contraires aux règles de la démocratie que l'on réclame ? Il est important que ceux qui crient à la démocratie piétinée, confisquée par Laurent Gbagbo parce qu'il refuse un tel état de chose disent où ils ont vu briller la démocratie avant sa réaction. La première chose à faire est de visionner les images, lire et d'analyser les rapports faits sur l'état des élections dans la zone tenue par les rebelles. Ceux-ci ont-ils organisé des élections démocratiques de qualité semblable à ce qui a été réalisé dans la partie sud ? NON !

            Les témoignages des observateurs internationaux sont clairs sur ce chapitre. Fait important : les observateurs étrangers envoyés dans le Nord sont des Africains. Les Européens sont restés dans le sud pour ne pas avoir à subir l'animosité des rebelles. Ils ont eu raison, car les rapports venus du Nord sont accablants. Oui, ils ont affirmé publiquement au siège de la CEI, dans leur rapport officiel lors d’une conférence de presse (voir le site de la Radio Télévision Ivoirienne), que les conditions des votes « ne répondent pas aux critères d'une élection libre, transparente et équitable ». Mais, apparemment, les rapports de ces témoins oculaires semblent négligeables aux yeux des observateurs onusiens et européens qui ont jugés le déroulement des votes du Nord « acceptable ». Car, enfin, un coup de bâton par ci, un coup de pied par là, une ou deux urnes emportées puis retrouvées, séquestrer des électeurs et des observateurs étrangers, refuser la présence d'observateurs, dénuder une femme et la battre pour faire fuir les autres électeurs, tout cela reste quand même démocratique dans un pays de Nègres ! Allons ! Il ne faut pas être trop regardant !   

    Même le journal La Croix, aux articles habituellement pro Alassane Ouattara rapporte fidèlement les propos des observateurs africains qui ont conclut que les élections dans la zone Nord étaient "injustes" et inacceptables. Et si, comme le rapporte ce journal dans son édition du 1er décembre 2010, plusieurs ambassadeurs occidentaux ont tenté de convaincre le président Gbagbo d'accepter le vote des Ivoiriens parce que « les irrégularités constatés ne sont pas en mesure de changer le résultat », il serait juste toutefois que les votes "irréguliers" soient écartés pour vérifier que leur annulation ne change rien au cours des choses. Ce sera ça la vraie démocratie ! En démocratie, une irrégularité reste une irrégularité ; et cela doit être vrai également pour l'Afrique.

            C'est parce que Alassane Ouattara a dit que Laurent Gbagbo a été mal élu et lui injustement écarté qu'il a acheté des armes pour la guerre de 2002 comme l’affirment ses propres lieutenants de campagne (Le film sur le blog d’Obambé / voir le lien à droite sur mon blog). S'il refuse une application juste et équitable des règles démocratiques dans les deux zones, alors, c'est lui qui, cette fois, sera mal élu et s'exposera à un coup d'état militaire. Ce sont ses propres rebelles qui sans doute ayant eu peur que le report des voix de Bédié ne se fasse pas correctement ont voulu forcer sa victoire. Dommage, car sa victoire aurait été belle et démocratique.

            Quant à ceux qui se disent démocrates ou amoureux de la démocratie, ils doivent se garder d'applaudir les actes anti-démocratiques. Et avant d'accuser l'autre d'antidémocrate, il convient d'analyser ses dires et ses actes à la lumière des règles démocratiques. D'autre part, si à tout moment les critiques sont permises, il me semble incorrect, absolument déplacé de la part de tout observateur étranger de publier de manière tapageuse que tel ou tel est vainqueur quand les institutions du pays concerné n'ont pas fait de proclamation officielle. Heureusement, la presse française n'est pas tombée dans cet excès.

             Les populations du Sud ont voté pour Alassane Ouattara démocratiquement. Il serait bon que celles du Nord votent contre Laurent Gbagbo démocratiquement. Serait-il anti-démocratique d'exiger cela ?

° Via mon blog, vous pouvez accéder à ceux de Delugio et d’Obambé pour les images. "En finir avec les à peu près" sur Lynxtogo.info.

Raphaël ADJOBI

Posté par St_Ralph à 10:50 - Actualités ivoiro-françaises - Commentaires [10] - Permalien [#]

27 novembre 2010

Elections présidentielles en Côte d'Ivoire : qui désarmera les rebelles ?

                          Elections présidentielles en Côte d'Ivoire :

                             qui désarmera les rebelles ?

Rebelles_de_bouak_0004            Le désir des Ivoiriens de retrouver enfin la paix est admirable. C'est avec beaucoup d'espoir qu'ils ont voté en octobre dernier, et c'est avec le même espoir qu'ils se rendront aux urnes le 28 novembre 2010.  Mais à quelques heures de cette date, certains événements sont venus assombrir leur ciel et tout à coup, tout le monde semble prendre conscience que le retour à la normale sera moins automatiquement acquis par ces élections.

Les "scores soviétiques" d'Alassane Ouattara dans le Nord ?

            L'appel au recomptage des voix qui n'a pas abouti cachait en réalité des élections moins transparentes qu'on ne le croyait. Dans le Nord du pays, le bourrage des urnes a dépassé les bornes de l'imaginable. Des votants plus nombreux que les inscrits, des soupçons de participation de nombreux Burkinabé suite à l'arrestation de l'un deux, ont fini par faire croire que Alassane Ouattara a volé la deuxième place à Henri Konan Bédié. Il aurait donc roulé le candidat du PDCI dans la farine en lui demandant de se contenter d'une réclamation du bout des lèvres. En vérité, un recomptage des voix aurait invalidé le vote de nombreux bureaux du Nord et Alassane Ouattara se serait retrouvé sans doute perdant.

            Laurent Gbagbo a suivi avec le sourire et beaucoup de délectation les fausses gesticulations des deux hommes. Il s'est amusé des "scores soviétiques" d'Alassane Ouattara et n'a fait aucune réclamation parce qu'il est arrivé en tête et parce que sa victoire n'est contestée par personne.

                                  Que reste-t-il à Alassane Ouattara ?

            Sachant qu'il n'a aucune chance de battre Laurent Gbagbo, le président du RDR qui a fait du parti de Djeni Kobenan un parti du Nord et des rebelles a préparé depuis de longues dates une union avec Henri Konan Bédié. Ce dernier a appelé à voter pour lui. Mais il fallait s'y attendre : tous les autres dirigeants du PDCI - même ceux qui n'ont pas désapprouvé l'alliance il y a quelques années - ont pris la parole pour appeler à voter Laurent Gbagbo. Une chose est certaine : à l'exception de quelques voix baoulées toutes les voix du pays Akan iront à Laurent Gbagbo. Selon moi, Alassane Ouattara pourra s'estimer très heureux s'il atteint les 40% des suffrages même avec de nouveaux bourrages d'urnes dans le Nord. Jamais l'homme n'a été aussi seul et jamais Henri Konan Bédié n'a semblé un vendu aux yeux de sa propre famille politique. Même la veuve du président Houphouët-Boigny est descendue dans l'arène pour dénoncer son choix et appeler les électeurs du pays baoulé à voter pour Laurent Gbagbo.

            Ce n’est point pour autant que la marche vers la paix se fera dans la joie. Même la belle leçon de transparence dans la conquête du pouvoir que le pays a donné à l'Afrique entière en organisant un débat télévisé entre les deux candidats n’éloigne pas le spectre d’une issue décevante. Cette courtoisie républicaine affichée lors du débat n’empêchera certainement pas Alassane Ouattara d'exploiter la passion déraisonnable de ses partisans en cas de défaite. Il est à prévoir en effet que ceux-ci contestent bruyamment la victoire de l'adversaire. Si c'est le cas, je ne crois pas Alassane Ouattara assez loyal pour les appeler à la raison. Les élections peuvent être reprises dix fois, les voix recomptées dix fois, dix fois il sera vaincu. Mais dix fois, l'homme criera à l'injustice pour faire plaisir à ses partisans. A vrai dire, il ne reste à Alassane Ouattara que le désordre pour garder la tête hors de l'eau. Ces élections ont fait deux morts déjà. Quel bonheur si cela pouvait s'arrêter là. La reconnaissance immédiate de la défaite sera le premier miracle de ces élections.           

                                          Qui désarmera les rebelles ?

 

            La question du deuxième volet du miracle ivoirien n'est pas de savoir qui va remporter la victoire mais que vont faire les rebelles après la victoire de Laurent Gbagbo. Les Ivoiriens savent très bien que des lendemains qui chantent ne suivront pas immédiatement ces élections ; mais ils vont voter en se disant au fond de leur coeur que c'est la seule façon qu'il leur reste pour prouver au monde entier qu'ils n'ont jamais souhaité vivre sous le joug de n'importe quel arriviste dirigé depuis l'étranger. Et contrairement à Laurent Gbagbo qui dit qu’il se contentera d’une victoire à 50,01% des voix, ses partisans pensent qu’alors la « victoire de la dignité de l’Afrique » contre « le candidat de la françafrique » sera moins belle. 

            Alassane Ouattara est arrivé dans la vie politique comme un usurpateur. A ce propos, je vous conseille le très bel article du blogueur Obambé. Dès son arrivée en Côte d'Ivoire, il a profité de la mort du fondateur du RDR pour s'emparer de ce parti et mener son dessein. Il s'est arrangé pour être imposé comme premier ministre d'Houphouët-Boigny, et à la mort de ce dernier il a tenté de s'emparer de la présidence de la République. Après les élections de 2000, alors qu'il n'a pas trouvé scandaleux d'être écarté par Robert Guéï, il a crié que le pouvoir était dans la rue pour essayer une nouvelle fois d'accéder au pouvoir. Cette fois, c'est avec son ancien bourreau qu'il forme une vaine alliance pour obtenir le vote des baoulés que ses rebelles ont massacrés après avoir pris la capitale de leur région (Bouaké). Aujourd'hui, ces rebelles tiennent des meeting publics pour expliquer aux populations du Nord que c'est Allassane Ouattara qu'ils doivent élire parce que c'est lui qui leur a acheté les armes (le film chez Obambé). Au regard de tout cela, je me demande ce qui reste encore à prouver pour faire de cet homme un criminel.

Raphaël ADJOBI

Posté par St_Ralph à 19:55 - Actualités ivoiro-françaises - Commentaires [6] - Permalien [#]

08 novembre 2010

Les élections présidentielles en Côte d'Iboire : des leçons pour la démocratie en Afrique

    Les élections présidentielles en Côte d'Ivoire :

           des leçons pour la démocratie en Afrique

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            Les Ivoiriens ont relevé le premier défi sur le chemin qui mène au miracle qu'ils veulent réaliser : un premier tour sans heurt. Est-ce l'effet de la lassitude due à la vie éprouvante qui leur est imposée depuis 2002 par la guerre venue du Nord ? 

            Certainement la soif de trouver une vie normale et pacifique est à l'origine de ce calme et de cette grande dignité. Cependant, à ce réel désir de paix il faut ajouter un esprit nouveau d'une grande importance. Pour la première fois, des règles simples et claires ont été respectées. Oui, il faut souligner cet aspect des choses car le respect des règles est loin d'être le souci des Ivoiriens et des Africains en général. Il serait bon que lors des élections, les pays africains exigent que les candidats ne fassent pas d’interventions publiques avant la proclamation officielle des résultats. Les Ivoiriens ont réussi le premier tour de leurs élections grâce au respect de cette règle. Deuxièmement, les pays africains devraient imposer aux candidats l'obligation de ne pas quitter le territoire national entre les deux tours. Le Président sénégalais Wade recevant Alassane Ouattara au lendemain des résultats s'est mêlé de ce qui ne le regarde pas. Et ce dernier a montré par ce voyage précipité la preuve qu'il est une marionnette de l'étranger.

            La proclamation des résultats prévue trois jours après les votes a suscité quelques remous, de l'impatience. Pour éviter que l'action de la commission électorale indépendante ne paraisse suspecte au peuple, ne serait-il pas préférable que les résultats soient communiqués au fur et à mesure des dépouillements ? Certes, il vaut mieux aller lentement mais sûrement dans ce genre de procédure. Mais en publiant les résultats région par région, chacun verrait clairement l'évolution de la situation de son candidat comme une évidente réalité.

            Enfin, la grande quantité de bulletins nuls doit retenir l'attention de tous et exiger des démonstrations en image à la télévision, longtemps avant le jour décisif.

            Analyse des résultats et du visage du 2è tour

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            Quand il s'agit d'élections en Afrique, les observateurs européens pointent toujours du doigt le vote ethnique comme s'il est un mal en soi. Le vote ethnique n'est pas plus méprisable que le vote partisan ou clanique que pratiquent les Européens puisqu’ils votent de moins en moins pour les idées. Les Africains n'ont pas à se mépriser pour cela. L'essentiel est de savoir, dans un cas comme dans l'autre, reconnaître sa défaite. Et savoir reconnaître sa défaite n'est pas le point fort des Africains. J'y reviendrai.

            Au regard de la carte montrant les bassins électoraux des candidats, seul Alassane Ouattara bénéficie du vote exclusif du Nord tenu par les rebelles et donc un vote exclusivement ethnique. Henri Konan Bédié triomphe dans sa zone ethnique également mais s'adjuge le vote des populations du sud-ouest et échappe ainsi au vote exclusivement ethnique. Quant à Gbagbo Laurent, issu d'une ethnie de taille insignifiante de l’ouest, il bénéficie d'un vote national à l'exception du Nord, le fief des rebelles. En d'autres termes, le vote ethnique ou partisan ne donne la victoire absolue à aucun des candidats. Un mélange des ethnies ou des partis du pays s'avère donc nécessaire à la victoire de l’un ou l’autre candidat.

            L'accord passé entre Alassane Ouattara et Konan Bédié est un accord de raison entre deux chefs de partis. Un calcul très Européen ! Or, les sensibilités des populations ne suivent pas les bannières des partis politiques mais les hommes et ce qu'ils représentent à leurs yeux. Que représente chacun des deux derniers candidats aux yeux de la majorité des Ivoiriens ? Peut-on croire que l'électorat de Bédié, constitué majoritairement de la population du pays baoulé qui a le plus souffert des atrocités des rebelles, pourrait donner ses voix à leur commanditaire Alassane Ouattara ? Si cela se produit, alors nous aurons compris que les Ivoiriens donnent un autre sens aux événements qui ont déchiré leur pays durant huit ans. Cela voudra dire qu'il n'y a eu ni victime ni coupable. Pour aller plus loin dans les relations Bédié-Alassane, je vous propose de lire l’article de Delugio.

                           Un mot des incidents

            Mis à part le rebelle abattu à Abidjan et la brève contestation des résultats par les partisans d’Henri Konan Bédié, les incidents notés sont à mettre à l'actif des partisans d’Alassane Ouattara : Le jeudi 4 novembre à Abobo - quartier d'Abidjan - des partisans du RDR d'Alassane Ouattara ont assiégé la mairie de cette localité accusant le maire (RDR) de cacher des urnes encore pleines et donc des bulletins non comptabilisés. A Paris, C'est un militant RDR (encore !) dans toute sa splendeur du délinquant ivoirien égaré qui a jeté l'urne par la fenêtre d'un bureau de vote tout simplement parce qu'il a trouvé des bulletins dans l'urne à son arrivée. Le pauvre ignorait sans doute que le vote par correspondance existe en France. Enfin, la fraude officiellement constatée vient du Nord du pays où les performances excessives du candidat du RDR vont laisser une marque indélébile : Madinani, dans la région du Denguélé, qui comptait officiellement 9.970 inscrits, Alassane Ouattara a obtenu... 11.144 voix ! Il fallait le faire. Heureusement, la fraude officielle de Madinani, les saccages à Paris et les irrégularités qu'on croit avoir noté ça et là ne sont nullement significatives au point de remettre en question ce premier tour que tous les observateurs considèrent comme un succès. Le manque d’expérience dans la pratique de la démocratie est cause de ces balbutiements.

            Je termine en posant la question essentielle à laquelle personne n'a la réponse : si les voix de Bédié vont à Laurent Gbagbo et qu'il gagne les élections, qui désarmera les rebelles ? Alassane Ouattara qui, en huit ans, n'a jamais lancé d'appel à leur adresse pour qu'ils abandonnent les armes le fera-t-il enfin cette fois ? L’ONU s’en chargera-t-elle ? Le miracle ne semble guère évident.

            Bravo et merci au blogueur Charlie qui a été très efficace dans la communication des résultats.                         

Raphaël ADJOBI

Posté par St_Ralph à 22:57 - Actualités ivoiro-françaises - Commentaires [10] - Permalien [#]

27 octobre 2010

Côte d'Ivoire, élections 2010 : les Ivoiriens espèrent un miracle !

                               Côte d’Ivoire, élections 2010 :

           les Ivoiriens espèrent un miracle !

Election_en_C_te_d_Ivoire

            Ainsi donc à la fin de ce mois d’octobre 2010 la Côte d’Ivoire va tenter de mettre fin à une crise qui, durant huit ans, a fait vivre les Ivoiriens dans la peur puis dans l’angoisse et le dénuement. Tout le monde affiche son espoir ; même les sceptiques font bonne mine en cachant leur sentiment afin de ne pas provoquer les mauvais esprits prompts à gâcher nos rêves.

            Si ces élections maintes fois promises et maintes fois reportées ont lieu à la dernière date annoncée, alors la Côte d’Ivoire réalisera une prouesse jamais connue nulle part dans le monde. Elle réalisera alors un vrai miracle, une leçon de politique que le monde entier aura à méditer.

            Où, en effet, a-t-on vu une situation identique à celle que vit la Côte d’Ivoire se solder par la paix grâce à des élections présidentielles ? Nulle part ! C’est pourquoi, à ceux qui accusent Laurent Gbagbo de ne pas organiser les élections pour demeurer cramponné au pouvoir, j'ai toujours posé cette question : « avez-vous l’exemple d’un pays coupé en deux militairement ayant réussi à organiser des élections nationales et instaurer par voie de conséquence la cohésion politique et sociale ? »   Non ! Jamais, une telle expérience n’a été vécue. La recette aurait déjà fait le tour du monde et Chypre ne serait pas aujourd’hui encore coupé en deux confirmant l’incapacité de l’ONU et des Européens à réaliser l’exploit qu’ils exigent de Laurent Gbagbo depuis 2002.

                               Le mince espoir de la normalisation

Mais depuis que, en août dernier, le Président ivoirien a dit qu’un accord est intervenu entre les rebelles et la partie loyaliste du pouvoir sur le chapitre épineux de l’entrée dans l’armée nationale d’une partie des jeunes désoeuvrés du Nord recrutés par les assaillants venus du Burkina, je me suis mis à espérer. Non pas que le recrutement de civils aux pieds nus dans l’armée nationale soit juste. Mais parce que c’est encore un prix à payer pour la paix civile. Cependant, rien ne nous dit qu’après des élections convenables, les rebelles joueront la carte de la loyauté en cessant toute action et tout propos belliqueux susceptibles d’enlever tout espoir de paix aux Ivoiriens. Rien ne nous dit non plus que le Burkina voudra cesser d’être un grand producteur de cacao depuis que ce plaisir lui est tombé du ciel. Rien ne nous dit, que les roitelets installés dans le Nord du pays voudront descendre de leur trône et fouler de nouveau la poussière d’où les a tirés la guerre et la partition du pays. De tout évidence, c'est donc un miracle que tout le monde attend.                                       

            Depuis qu’en 2002, à Marcoussis, la France a mis la Côte d’Ivoire dans l’impasse –oui, je dis bien la France ! – en ne faisant pas coïncider le premier « gouvernement d’union nationale » avec la réunification du pays, une deuxième situation exceptionnelle était née dans le monde, après Chypre. Jamais dans aucun pays coupé en deux militairement, les ennemis n’ont formé un gouvernement d’union pour gouverner une moitié du pays pendant que l’autre moitié demeurait entre les mains des amis des rebelles toujours armés. Seule la Côte d'Ivoire fait cette expérience depuis huit ans ! Cela a donné suite à des insolences et à un manque de savoir vivre inqualifiable de la part de ceux qui pouvaient se pavaner impunément en zone ennemie sans que leur adversaire ne puisse se permettre la même chose chez eux.  Il a fallu du courage et du génie pour tendre la main par-dessus la ligne de séparation du pays - formée par la France et l'ONU - pour calmer les propos belliqueux permanents, les insolences incessantes et les multiples appels – pour un oui, pour un non - à la boiteuse ONU et autres malsaines organisations internationales aux mains des puissances européennes.

            Depuis que cette main tendue a été saisie et a fait de l’ombre à l’ONU et à la France, les passions se sont apaisées de part et d’autre de la ligne de séparation sans apporter la confiance et le respect.

            Or sans la confiance et le respect, les élections attendues par tous se solderont par un échec. Si le moindre soupçon de tricherie, doit donner suite à des mouvements de colère d’une ampleur nationale, si la victoire de l’adversaire ne peut être imaginée et acceptée, si les décisions des institutions ne peuvent être respectées et si elles ne peuvent avoir l’entière confiance des leaders politiques, alors tout espoir est d’avance perdu. 

                         Les Ivoiriens, victimes de la cohabitation       

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            Quant aux programmes des candidats, il est inutile de perdre son temps à les étudier pour choisir celui que l'on jugera le plus profitable au pays. L'heure n'est point aux promesses démagogiques. Ce qui nous importe, c'est de rêver ! Oui, faites-nous rêver messieurs. L'homme ne se nourrit pas seulement de pain. Il a fondamentalement besoin d'idéal pour rester debout. Déjà, certains par le passé ont cru faire le bonheur de l'Ivoirien en lui pourvoyant son pain quotidien. Il a suffi qu’il vienne à manquer pour que la panique s'empare de la maison. Ils avaient oublié de nous donner des symboles fédérateurs comme la démocratie pour nous permettre de nous défendre contre l'adversité. Faute de socle fédérateur, les aînés ont permis à la France et à ses valets Ivoiriens de commettre le sacrilège de tenter de toucher à nos institutions. Mon Dieu ! Comment des Ivoiriens peuvent-ils s'abaisser jusqu'à confier la révision de leur constitution à un pays étranger ? Celui qui n'a pas vu dans ce geste un crime contre la Côte d'Ivoire est indigne du respect de ses compatriotes, indigne de la moindre considération.

            A bien regarder, cette élection est placée sous les signes de la dignité, du respect et de la confiance. Une dignité collective, un profond respect de nos institutions et par voie de conséquence de nous-mêmes,  une confiance réciproque entre tous les citoyens. Il ne peut pas avoir de démocratie là où il n'y a ni respect ni confiance. Respect et confiance en nos institutions, respect et confiance entre les citoyens.

           Aucun des principaux candidats ne sort indemne des huit années de troubles et de querelles. Les plus affaiblis dans leur capacité de représenter la cohésion nationale ne sont pas forcément ceux qu'on croit. A bien réfléchir, ceux qui ont su encaisser les coups sans laisser choir l'étendard national sont encore les plus méritants. Les Ivoiriens ne sont pas appelés aux urnes pour choisir un programme ou pour sanctionner un parti politique mais pour sceller la paix civile. Durant Huit ans, aucun parti n'a dirigé seul la Côte d'Ivoire avec un programme particulier. C'est donc à une cohabitation de huit années, que ce vote doit mettre fin. Huit années ou tous les partis, en entrant au gouvernement, ont travaillé à empêcher le président de diriger le pays selon son plan, selon le programme de son seul parti. C'est d'ailleurs la règle dans toute cohabitation : empêcher le Président de mener librement les actions qu'il veut ! Les anciens Présidents français, François Mitterrand et Jacques Chirac, ne diront pas le contraire. Voilà ce que les Ivoiriens doivent retenir des huit années de ce que tout le monde appelle « le gouvernement de Gbagbo ». Non, Gbagbo n’avait pas de gouvernement personnel formé par son seul parti, donc il n’a pas la responsabilité personnelle des actions de ce gouvernement ! Tous les partis et leurs leaders qui y ont délégué leurs hommes de confiance sont responsables de l’état de la Côte d’Ivoire. Qu'ils sachent que s'ils n'avaient pas mis le ver dans le fruit confié à Laurent Gbagbo, le fruit aurait fait des petits. Les Ivoiriens sont donc victimes d’un gouvernement fourre-tout formé au nom de la tranquillité nationale.   

            Le voeu qu'il faut formuler pour la Côte d'Ivoire, c'est de retrouver la paix nationale et sortir absolument de cette désastreuse inertie que constitue la cohabitation ! Il faut remettre le pouvoir entre les mains d'un seul parti qui dirigera le pays avec ses alliés. Il faut apprendre à reconnaître la victoire de l’adversaire, entrer dans l’opposition et constituer une alternative en cas d’échec du parti au pouvoir. C'est cela la démocratie qui doit être établie en Côte d'Ivoire. D’autre part, il faut apprendre à compter sur soi-même, sur ses propres moyens, ses propres institutions, ses propres connaissances pour instaurer cette démocratie et la paix. Il est tout à fait honteux, en effet, de voir les hommes politiques africains se comporter comme de grands enfants incapables de rien, toujours prêts à se jeter aux pieds des Européens pour solliciter leur arbitrage, pour se plaindre de ceci et de cela.            

Raphaël ADJOBI

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10 octobre 2010

Côte d'Ivoire : les fossoyeurs de la République

Côte d'Ivoire : les fossoyeurs de la République

CIMG0330            La critique est permise à tous, et concernant la Côte d'Ivoire, il y a aujourd'hui matière à s'égayer. Mais la persistance d'une race de fossoyeurs qui rappelle étrangement les négriers africains collaborateurs de la traite atlantique européenne  ou la traite arabo musulmane fait peur et exaspère à la fois. L'Afrique a eu ses collaborateurs de négriers, puis ses collaborateurs de colons, ses collaborateurs de néo-colons, et enfin elle produit ses propres ambassadeurs-négriers qui depuis l'étranger travaillent contre elle. C'est de cette nouvelle race qui n'est nullement commandée par une main étrangère dont il est question ici.

            C'est avec stupéfaction et colère que j'ai lu sur le site de « Connection Ivoirienne » la lettre d'un certain Henri Tohou adressée le 23 juillet 2010, depuis Londres, au Premier Ministre anglais suite à l'arrestation en Côte d'Ivoire de trois journalistes. La lettre mentionne que le « sit-in organisé par les journalistes (...) devant le palais de justice a été dispersé avec une extrême violence. Certains journalistes qui ont couru se réfugier dans la cathédrale qui est juste à côté ont été pourchassés et  battus par les policiers dans l'enceinte de la cathédrale. » L'auteur de cette lettre estime donc que « les médias ivoiriens ont besoin de l'aide des pays occidentaux pour obtenir la libération des journalistes emprisonnés et protéger la liberté de la presse en Côte d'Ivoire ». Selon lui, « la situation préoccupante des droits de l'homme et de la liberté d'expression en Côte d'Ivoire » doit retenir l'attention du Premier ministre anglais.

            Les Ivoiriens ont-ils vraiment besoin des occidentaux pour protéger leur liberté d'expression ? Cette liberté d'expression que connaissent les journalistes ivoiriens est-elle l'oeuvre des occidentaux pour qu'ils s'en portent garants ? Assurément, certaines personnes ont besoin de réfléchir un peu avant de mener des croisades sous les ors des palais européens en vue de libérer les Africains. Qu'ils sachent que ceux qui se battent sur le terrain connaissent mieux que quiconque le prix de leur liberté. Il n'appartient pas à un Ivoirien vivant à l'étranger de courir au palais du prince des lieux pour lui demander de venir faire le pompier. Des manifestants pourchassés et battus, l'Occident les compte par milliers chaque année. Quel Africain se soucie alors de ces pauvres Européens privés de liberté d'expression, comme ce fut récemment le cas en Grèce lors des manifestations contre la crise dans ce pays ?

            Cette lettre n'est donc pour moi qu'une imbécillité de plus à mettre sur le même pied que le comportement de ceux qui voyagent avec des coupures de journaux où l'on voit des corps criblés de balles et qu'ils présentent aux pays étrangers comme ceux de leurs parents afin de bénéficier de l'asile. Oui, c'est toujours pour des intérêts égoïstes que des Ivoiriens flétrissent l'image de leur pays pour tromper les Européens et aujourd'hui les Latino-Américains. Ils apprennent par coeur des récits à dormir debout afin d'attirer sur eux les faveurs des pays où ils se rendent. Je me souviens avec horreur, comme si c'était hier, des propos qu'un Ivoirien originaire du nord du pays m'avait tenus lors d'une rencontre à Dijon. Il jurait par ses grands dieux qu'il ne mettait pas les pieds en Côte d'Ivoire parce que l'origine de son nom ferait de lui une victime facile des populations du sud et du régime de Gbagbo (qui est pourtant également le régime de ses frères du Nord). Il est clair qu'un tel homme ne peut être qu'un mauvais ambassadeur auprès des Français qu'il côtoie quotidiennement. Il est à leurs yeux une pauvre victime des querelles ethniques qui décimeraient la Côte d'ivoire comme la peste. Mais pour moi, cet homme n'est qu'un égoïste qui se drape du malheur de l'Afrique pour légitimer sa vie en France.

            Ce n'est point cette forme d'attaque faite de dénigrements menée par ses fils dont a besoin l'Afrique pour avancer. Ce ne sont point les leçons de morale importées des palais occidentaux dont elle a besoin. Elle a besoin de la manifestation de la volonté de chacun sur le terrain, de la lutte de chacun sur le terrain. Et dans ce domaine, les Ivoiriens vivant dans le pays pourraient donner des leçons aux fossoyeurs de la République vivant à l'étranger puisque ce sont eux qui ont bravé les armes de l'armée française au prix de leur sang quand il fallait sauver l'honneur du pays. Et récemment, ce sont ses journalistes qui ont fait front à l'abus d'autorité d'un homme pour faire reculer l'injustice.

            Critiquer pour permettre aux Ivoiriens de voir d'autres aspects des choses qu'ils peuvent ne pas voir ou ignorer, c'est ce que l'on appelle une critique positive. Critiquer pour être bien vu de l'étranger et jouir de ses faveurs, c'est purement de l'égoïsme doublé d'un talent de fossoyeur de son pays.

Raphaël ADJOBI

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26 juillet 2010

Côte d'Ivoire : le combat de Théophile Kouamouo, arrêté pour "vol" de document administratif

Côte d'Ivoire : le combat de Théophile Kouamouo,

   arrêté pour « vol » de document administratif 

               Th_ophile_Kouamouo Au moment où je mets ce billet en ligne, j'ignore tout du déroulement du procès devant fixer le sort du journaliste Théophile Kouamouo et de ses deux confrères arrêtés à Abidjan suite à la révélation, dans Le Nouveau Courrier (n° 043 du mardi 13 juillet 2010 et jours suivants), du "livre noir de la filière café-cacao". Verdict aujourd'hui 26 juillet 2010 ?

            Le 13 juillet, alors en vacances en Côte d'Ivoire depuis une semaine, j'achète pour la première fois un numéro du Nouveau Courrier. Ne me souvenant pas du nom du journal, j’avais demandé à la libraire : « n'avez-vous pas le journal de mon ami Théophile kouamouo ? » Après avoir trouvé l'objet grâce à l'un des vendeurs plus au fait des publications, elle me le tend en disant : « parmi tous les journaux que vous voyez, vous n'achetez que celui de votre ami ? » Sourires ! Du journal acheté au Plateau (quartier des affaires), je ne lirai que l'éditorial de Théophile Kouamouo, « Indépendants... grâce à vous ! » et quelques éléments du « dossier noir de la filière café-cacao (1) ». Je m'étais même promis d'acheter les deux numéros suivants afin d'avoir la totalité de ce dossier. Malheureusement, les vacances ont eu raison de mon désir. Mais toute la journée, c'est le contenu de l'éditorial qui m'a poursuivi. J'étais sûr de tenir là des éléments qui me serviront un jour contre les Africains qui ne tarissent pas d'éloge à l'égard de la presse française, et contre les journalistes français méprisants quand il s'agit de parler de leurs confrères africains qu’ils jugent moins professionnels.

Th_ophile_Kouamouo_2            La veille de mon départ pour la France, le 20 juillet, j'achète - à Bonoua - un autre numéro du Nouveau Courrier sans même jeter un regard à sa Une. Deux jours après,  en France, c'est sur Internet, grâce au Pangolin, puis à Gangouéus, que je découvre l'arrestation de Théophile Kouamouo. Je cours aussitôt à ma valise non encore totalement défaite et en sors mes deux journaux ! J'avais l'information à portée de main depuis la Côte d'Ivoire dans le dernier numéro acheté !

            Je ne voudrais pas ici m'attarder davantage sur ma négligence due certainement à mon esprit de vacancier remettant toutes mes lectures à plus tard. Je voudrais tout simplement joindre ma voix à mes amis internautes (Le pangolin, Gangouéus, Hilaire, Africanus) pour dire mon soutien à Théophile et à ses confrères dans l'épreuve qu'ils traversent et que j'espère de courte durée. Toutefois, je voudrais pousser plus loin mon propos en soulignant un fait qui me semble d'une grande importance. Généralement, les héros meurent par ce qui a fait leur gloire ; et parce qu'ils n'ont pas voulu changer d'esprit et de combat au moment de leur perte, ils demeurent des héros dans nos coeurs.

            Ce qui a fait la réputation de Théophile Kouamouo aux yeux des Internautes et de bon nombre de ses lecteurs, c'est le refus d'abdiquer devant les ennemis de la vérité souvent partisans de « la Ligne éditoriale » qu’affectionnent les journaux français. C'est ce combat qu'il menait encore dans son article « Indépendants... grâce à vous ! » évoqué plus haut. Il y parle de la liberté de presse aujourd'hui menacée en France - pour ne pas dire inexistante - par le fait que le journal Le Monde, considéré par tous comme le repère de la liberté en matière de journalisme,  venait d'être racheté en ce mois de juillet 2010 « par un conglomérat privé. Un conglomérat dans lequel on retrouve Pierre Bergé, figure de l'industrie du luxe en France et mécène - qui a apporté son soutien lors de la dernière présidentielle à la socialiste Ségolène Royale - ; Xavier Niel, entrepreneur médiatique qui possède le fournisseur d'accès Internet Free ; et Mathieu Pigasse, banquier. »

            Ce que notre ami Théophile Kouamouo dénonce, c'est le fait qu'aujourd'hui, tous les grands journaux français soient entre les mains de conglomérats privés. Un phénomène occidental qu'il juge dangereux pour la démocratie. En effet, pour être indépendant, un journal doit être contrôlé par ses journalistes, « eux-mêmes regroupés dans une société de rédacteurs ». Au regard de la perte de liberté que vivent les journalistes français, Théophile Kouamouo souligne que la presse ivoirienne souvent considérée comme acquise à la cause des hommes politiques et donc moins professionnelle et indigne d'intérêt « est dans son ensemble plus libre et plus diversifiée que la presse française ». C'est sans doute de cette extrême liberté que proviennent d'ailleurs ses excès. Par contre, la Valse des journalistes français actionnée à distance par les hommes politiques par l'intermédiaire des grands patrons n'est pas ce que vivent les journalistes Ivoiriens. Ce phénomène très connu dans la presse télévisée que l'article « Rire et sanctions » du Nouvel Observateur du 1er au 7 juillet 2010 souligne touche aujourd'hui tous les grands journaux français, sans exception.

            Il convient donc de ne voir dans leur entêtement à ne point révéler la source de leur information que la volonté de Théophile Kouamouo, de Saint-Claver Oula et de Stéphane Guédé, de rester attachés à la liberté de la presse ivoirienne. Ce qu'ils vivent ne doit absolument pas être interprété comme un manque de liberté de la presse en Côte d'ivoire mais bien le contraire. C'est parce que ces jeunes journalistes sont convaincus d'exercer leur métier comme il convient dans une réelle démocratie qu'ils restent fidèles aux règles qui régissent le journalisme. D'ailleurs, selon Le Nouveau courrier du 20 juillet 2010, « le gouvernement ivoirien souhaite la libération des trois journalistes emprisonnés ». C'est donc au pouvoir judiciaire de ne pas se montrer trop zélé à satisfaire les désirs des prétendus « grands » du pays qui, n'ayant pas d'autorité sur des journalistes indépendants chercheraient à les atteindre par le pouvoir qu'ils peuvent exercer sur certaines branches de la Justice. Les journalistes n'ont commis aucun cambriolage, n'ont subtilisé aucun document. Doivent-ils être condamnés pour violation de l'article 73.3 de la loi de 2004 sur la presse stipulant que « la diffusion d'information, même exacte, est interdite si elle se rapporte au contenu d'un dossier de justice non encore évoqué en audience publique » ? (communiqué du CNP, publié par Le Nouveau Courrier du 20 juillet). Doivent-ils se taire quand une information leur tombe entre les mains ? Les journalistes ivoiriens sont déjà dans la démocratie par leur liberté de parole et d’enquête ; aux « grands » et aux différentes institutions du pays de les rejoindre.

Raphaël ADJOBI

Posté par St_Ralph à 11:09 - Actualités ivoiro-françaises - Commentaires [0] - Permalien [#]