Lectures, analyses et réflexions de Raphaël

Vous trouverez ici des comptes rendus de lectures livresques concernant essentiellement l'histoire des Noirs d'Afrique et celle des Afrodescendants des Amériques et d'Europe. Les actualités de la diaspora africaine ne sont pas oubliées.

29 avril 2020

L'audace de Madagascar contre le coronavirus révèle l'incurie des gouvernants africains (Raphaël ADJOBI)

   L’audace de Madagascar contre le coronavirus

       révèle l’incurie des gouvernants africains

   et le chemin restant à parcourir vers l’indépendance                      

Jérôme Munyangi 3

          Le monde retiendra qu’en avril 2020, à la faveur de la pandémie du coronavirus, le président de la République de Madagascar a pris officiellement la décision de s’affranchir des règles contraignantes de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) en mettant sur le marché local une tisane à base de l’artemisia – une herbe dont le pays est le premier producteur mondial - pour lutter contre ce fléau qui menace son pays. Cette volonté du dirigeant malgache d’agir sans attendre le fameux vaccin promis par les officines européennes a fait l’effet d’une bombe sur le continent et dans la diaspora africaine. En effet, depuis 60 ans, c’est la troisième fois – après Sékou Touré et Laurent Gbagbo - qu’un gouvernant africain francophone, décide de ne pas tenir compte des injonctions venues de l’Europe, brisant ainsi la traditionnelle «relation nord-Sud» ; relation dans laquelle le Nord commande et le Sud obéit. Et cette fois, chose extraordinaire – parce que jamais survenue sur le continent – des dirigeants africains félicitent leur homologue rebelle et lui assurent publiquement leur soutien !

          Cette soudaine manifestation de solidarité de gouvernants africains avec l’un des leurs est en effet un événement absolument inédit dans l’histoire politique de l’Afrique ! Alors qu’ils ont fait preuve d’un mutisme total au moment de la destitution de Laurent Gbagbo par la France à coups de canon en avril 2011, il est heureux de constater que c’est individuellement que des présidents africains félicitent leur homologue qui désobéit à une institution internationale. Bien sûr, il n’y a pas cette fois de conflit institutionnel autour d’une place au sommet de l’État en jeu ; et par conséquent pas d’intérêt particulier de la France menacé. Mais cette ébauche d’une cohésion africaine face à l’unilatéralisme méprisant occidental habituel mérite d’être saluée. 

Médecin au Congo

          Toutefois, devant cette victoire de Madagascar acquise grâce à l’audace de son président, il convient de noter que ce fait révèle de manière notoire l’incurie des chefs d’État africains. Il suffit pour le prouver de rappeler la mémoire de ces nombreux médecins morts dans le silence ou l’indifférence absolue de leurs autorités trop peureuses face à l’arrogance de la France, des ONG européennes et autres organismes mondiaux comme l’ONU, la CPI et l’OMS. Le tort de ces médecins ? Vouloir tout simplement trouver une solution africaine aux maux africains, indépendamment des vaccins, des produits pharmaceutiques européens, chinois et indiens qui tuent plus qu’ils ne soignent ! Ainsi, le docteur Dieudonné Manenga, du Congo-RDC, qui proposait un remède à base de l’artemisia contre le paludisme, a été assassiné à son domicile le 16 septembre 2019. Toujours au Congo-RDC, le gynécologue Gildo Byamungu – compagnon de lutte du Docteur Denis Mukwege, prix Nobel pour son travail auprès des femmes violées - a été assassiné le 14 avril 2017 suite à de nombreuses menaces de mort. Au Gabon, le docteur Donatien Navoungou, inventeur d’une solution contre le sida et le cancer est retrouvé mort dans une chambre d’hôtel le 4 février 2020. Le docteur Debio – tradipraticien sénégalais – est mort pendant sa garde à vue le 8 septembre 2016. Quant au jeune chercheur Jérôme Munyangi – l’homme qui permet aujourd’hui à Madagascar de braver l’Organisation Mondiale de la santé - les autorités d’hier et d’aujourd’hui du Congo-RDC ne peuvent prétendre ignorer son combat contre les firmes pharmaceutiques européennes qui s’opposent violemment aux recherches sur l’artemisia et surtout l’usage de cette plante médicinale dans le traitement du paludisme ! Elles ne peuvent pas ignorer l’existence du documentaire attestant que pour ce combat le jeune médecin congolais a été empoisonné ! Comme le dit le docteur Jérôme Munyangi lui-même, «lorsque vous arrivez à être cité par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), cela veut dire que vous avez touché à un point sensible de la santé mondiale». Et il ajoute : «Je suis le seul médecin noir sur qui une académie de savants et de prix Nobel a siégé pour interdire les recherches». Les autorités du Congo-RDC ne peuvent pas ignorer ce chapitre de son histoire ! Le docteur Jérôme Munyangi poursuit en ces termes : «J’ai proposé le protocole à la RDC, au ministre de la santé… Aucune réponse. Après, j’ai adressé le protocole au Conseil scientifique de la RDC… aucune réponse ; alors que dans les médias du pays on vantait les mérites de ce Conseil scientifique. Nous avons écrit au prix Nobel Docteur Denis Mukwege qui, trouvant nos travaux très intéressants, nous a renvoyés auprès du Conseil scientifique congolais. Il n’y a pas eu de suite favorable à ce contact». On croit rêver, n’est-ce pas ? Surtout quand on sait comment finit l’histoire.

                   Non seulement l’Afrique ne protège pas ses enfants

                     mais elle est incapable de reconnaître leur valeur

          Parce qu’il a créé un groupe de 450 chercheurs constituant le «Manifeste du Monde Médical Africain», le jeune médecin congolais est passé à la vitesse supérieure dans la recherche d’un champ d’application de son projet : «Je me suis alors adressé à mes collègues chercheurs pour contacter les autorités sanitaires des 5 pays suivants : la République Centrafricaine, le Burkina, le Ghana, Madagascar, le Rwanda. Nous les avons contactées avec le même courriel et le même protocole… et c’est Madagascar qui a mordu à l’hameçon !» Les choses sont donc bien claires : alors que les Européens ont des espions pour traquer les indésirables, les ennemis de leurs politiques, les pays africains ne disposent pas d’espions pour détecter ne serait-ce que les Noirs «désirables» qui leur permettraient d’accomplir leur indépendance ! Et même quand des talents singuliers leur sont signalés, ils prennent soin de les ignorer pour ne pas déplaire à leur maître blanc qui - grâce à ses armées placées partout sur le continent - veille sur eux afin qu’ils ne s’affranchissent pas de ses lois. On ne pouvait qu’avoir honte pour le président du Congo-RDC, en le voyant en vidéo-conférence féliciter le président malgache ! Il était presque risible. Apparemment, dans son pays, rien ne remonterait de ses populations jusqu’à lui ! Le pauvre homme ! En réalité, lui comme les autres dirigeants africains préfèrent continuer à jouir des miettes que leur accordent les puissances étrangères plutôt que de se lancer dans l’aventure pour se forger leur propre avenir. Or, tout humain qui construit sa vie ou celle de sa nation sur cette base craintive fait preuve d’une absence totale de dignité. Ce qui explique d’ailleurs le peu de considération que les autorités européennes accordent à leurs homologues africains.

          Concluons par cette observation faite par l’Historienne suisse Aline Helg (Plus jamais esclaves ! Édit. La découverte, 2016) à propos des rébellions des esclaves noirs dans les Amériques entre le XVIe et le XIXe siècle. Elle a remarqué que presque toutes les révoltes collectives d’envergure des esclaves noirs se produisaient au moment où il y avait des rapports conflictuels dans les sociétés coloniales ou entre les différents royaumes européens dont dépendaient les colonies. C’est ainsi que profitant des oppositions nées en France entre royalistes et révolutionnaires en 1789, «en août 1791, pour la première fois dans les Amériques, des milliers d’esclaves […] réalisèrent en quelques semaines une partie du scénario tant redouté par les élites depuis le XVIe siècle : la destruction des lieux de travail ainsi que le massacre des colons [à] Saint-Domingue». Evénement qui va pousser la France à abolir l’esclavage une première fois en 1794. Treize ans plus tard, ce scénario avait abouti et avait permis la fondation de Haïti, la première république noire du monde. Cette expérience montre qu’il faut savoir profiter des occasions où le maître laisse apparaître des signes de faiblesse pour s’affranchir du joug de l’esclavage. Aujourd’hui, au moment où les Européens ont fermé leurs frontières et sont occupés à compter leurs morts, il faut savoir faire preuve d’audace. D’ailleurs Aline Helg fait remarquer aussi que les colons des Amériques refusaient d’acheter aux négriers des captifs africains issus de certaines contrées d’Afrique parce qu’ils étaient d’une «insolence incontrôlée». Oui, le Blanc n’a peur que de l’insoumis à qui il finit toujours par accorder de la considération. Mais l’insoumis a besoin de la solidarité des siens.

Raphaël ADJOBI

Posté par St_Ralph à 11:57 - Actualités Monde - Commentaires [0] - Permalien [#]

03 avril 2020

Demain, on décolonise l'Afrique francophone (Raphaël ADJOBI)

Demain, on décolonise l’Afrique francophone

                                              (Raphaël ADJOBI)

Députés burkinabés 3

          En 1943, le secrétaire d’État à la Marine et aux Colonies du gouvernement de Vichy était déjà convaincu du fait que «ce n’est que grâce à son empire colonial que la France peut prétendre retrouver, au lendemain de la guerre, sa place parmi les grandes nations» (in Prisonniers de guerre «indigènes», éd. La Découverte, Armelle Mabon). Cette vérité s’imposa à Charles de Gaulle à la libération. Il s’empressa donc de remettre en place les techniques anciennes qui assuraient à la France la dépendance de ses possessions d’outre-mer : favoriser dans les colonies la culture des denrées destinées à la consommation de la métropole ; exiger que les colonies vendent ces produits prioritairement à la métropole ; enfin interdire aux colonies de transformer leur matière première en produit fini, manufacturé (Histoire des colonies Françaises, 1860, par Just-Jean E. Roy). Dès 1946, le nouveau pouvoir va y ajouter un nouvel outil : une monnaie qui, en Europe, n’est reconnue que par la France (le franc CFA) et qui empêche aussi les Africains de commercer entre eux. Mais, avec les soldats coloniaux qui l’ont vue humiliée par l’Allemagne en 1940 et qui dès la fin de la guerre contestaient la poursuite de sa domination, la France a dû s’imposer une technique préalable : coloniser l’esprit des Africains en pratiquant ce qu’elle va appeler la contre-propagande !

                                                            Coloniser les esprits

          En effet, les revendications d’égalité des anciens combattants issus des colonies - liées à l’esprit de reconquête et de liberté qui régnait en métropole - constituent une menace aux yeux des autorités françaises. Or, leur souci est de maintenir l’ordre colonial inchangé. Elles commencent donc par accuser les soldats africains d’être les victimes de la propagande du Reich, au lieu de voir dans ces remous l’absence de reconnaissance. Pour la France, une nécessaire désintoxication psychique des prisonniers de 1940 s’impose (lettre du 23 décembre 1944 – id. in Prisonniers de guerre «indigènes», Armelle Mabon). La moindre de leur revendication était considérée comme de l’insubordination nourrie par la propagande nazie. Leurs exécutions à Thiaroye au Sénégal (1er décembre 1944), à Sétif en Algérie (mai 1945) et à Madagascar (mars 1947) témoignent de la volonté de la France de ne pas laisser émerger une conscience politique qui n’est pas la sienne et donc incompatible avec sa politique coloniale. Par la même occasion, elle travaille à mettre en place une équipe de fonctionnaires ayant «un attachement loyal» à son entreprise coloniale. La Constitution de la IVe république du 13 octobre 1946 définit clairement qu’il n’est pas question pour les colonies de «se gouverner» mais de «s’administrer». En d’autres termes, pour l’indépendance, elles peuvent attendre.

                                                         Décoloniser les esprits

         C’est alors que l’Afrique du Nord va montrer la voie de la décolonisation. Elle ne va pas s’attaquer directement au colonisateur mais à ceux qui servent d’intermédiaires entre leur pays et la France. «En règle générale tous les Algériens servant l’ennemi étaient des traîtres et méritaient la mort» (id.). On jette donc l’opprobre sur tous ceux qui représentent le lien avec la France honnie. Il est évident que les Algériens n’avaient pas oublié que, dans l’antique Israël, pour triompher des Romains, les sicaires s’étaient d’abord attaqué aux Juifs qui collaboraient avec eux. En terrorisant les «collabos», ils avaient peu à peu détruit les bases locales de l’ennemi et étaient parvenus à le faire chuter parce que devenu partout impopulaire. Oui, quiconque veut décoloniser un pays doit commencer par couper la main du colonisateur par laquelle il s’approprie ses biens ! C’est ainsi que l’Afrique du Nord est parvenue à installer des régimes qui n’ont aucune commune mesure avec ceux des pays francophones au sud du Sahara. Les pouvoirs, bons ou mauvais, n’ont aucun lien incestueux avec le pouvoir français depuis l’indépendance de ces pays.

Ouattara et les Blancs 2

         Il n’y a donc qu’en Afrique francophone au sud du Sahara où tout ce qui vient de France est considéré comme le bien à posséder ou le guide à suivre. Quand les gouvernants français présentent tel ou tel Africain comme un bon politique, un bon économiste, un bon avocat, tous ses compatriotes sont convaincus que c’est l’homme qu’il leur faut. Et parce qu’il s’agit presque toujours de quelqu’un qui n’est pas formé par l’école du pays, personne n’a sur place les outils pour l’évaluer. On comprend pourquoi tous les hommes politiques africains courent en Europe se faire photographier avec des personnalités blanches pour se constituer un book de présidentiable, comme des démarcheurs commerciaux pour aller vanter leurs produits chez des clients.

 

Guillaume Soro et D

          En se prêtant à la corruption, en allant jusqu’en Europe pour se chercher des corrupteurs, les Africains entretiennent la stratégie de tout colonisateur : choisir la personne la plus malléable parce que n’ayant pas d’assise véritable ; choisir celui qui aura besoin d’être soutenu financièrement et militairement pour s’imposer sur le terrain. Une fois installé, l’individu leur devient redevable et est obligé d’exécuter leurs volontés.

                                                                     Conclusion

          Il serait donc nécessaire que les africains francophones fassent leur la stratégie des sicaires juifs et des populations d’Afrique du Nord. Il leur faut à tout prix discréditer tous ceux qui seraient trop proches des hommes ou des cellules politiques parisiennes. Il leur faut jeter l’opprobre sur tous ceux qui ont été des instruments d’hommes d’affaires ou de systèmes financiers étrangers. De la même façon que la France remet systématiquement en question les diplômes étrangers et s’assurent que tout candidat chez elle s’adapte aux siens, les pays africains doivent imposer des règles à ceux qui veulent travailler chez eux afin d’avoir la preuve de leur attachement à la chose publique nationale. Pour qu’un tel contrôle soit crédible, il importe que les pays africains soient capables de former eux-mêmes leurs cadres dans l’esprit des institutions nationales, c’est-à-dire qu’ils puissent se donner les outils pour évaluer leurs cadres. On ne forme pas sans conséquence ses citoyens avec des manuels scolaires écrits et fabriqués par les Français. Par ailleurs, il est difficile de laisser la formation de ses médecins ainsi que le financement de ses chercheurs entre les mains des pays et des laboratoires étrangers, et s’étonner ensuite qu’ils se révèlent des répétiteurs et des usagers des produits étrangers qui ne sont pas forcément adaptés à l’Afrique. Il est absolument honteux de constater qu’après soixante ans de relative administration de leurs biens, les autorités africaines n’aient jamais songé à équiper leur pays d’un hôpital digne de soigner leurs dirigeants et soient réduites à solliciter l’aide du colonisateur pour une telle besogne. 

Conseil des ministres sénégalis 4

 

Raphaël ADJOBI

What do you want to do ?
New mail

Posté par St_Ralph à 16:59 - Actualités Monde - Commentaires [0] - Permalien [#]

25 mars 2020

La leçon cubaine à l'ingrate Europe (Raphaël ADJOBI)

               La leçon cubaine à l’ingrate Europe

Cuba au secours de l'Europe

          Présenté partout en Europe et dans les Amériques comme l’ennemi public numéro un, jugé infréquentable par nos politiciens et par conséquent condamné à ne compter que sur lui-même, Cuba apparaît dans l’esprit du commun des Européens comme un pays arriéré et sans intérêt. Mais voilà qu’en ce mois de mars 2020, acculée par l’épidémie du Coronavirus, à deux reprises la riche et fière Europe a accepté l’aumône de la main cubaine.

          En effet, le 18 mars - parce que 5 de ses passagers sont testés positifs et 52 autres mis en isolement - un bateau de croisière anglais errant sur l’Atlantique après avoir été repoussé par les Etats-Unis, le Bahamas et la Barbade (RFI, site Internet) n’a dû son salut que grâce à Cuba qui a accepté de l’accueillir afin de donner les soins nécessaires aux personnes malades ne pouvant pas être évacuées par avion vers l’Angleterre. Quatre jours plus tard, le dimanche 22 mars, ce sont 36 médecins cubains accompagnés de 15 infirmières qui sont arrivés en Italie pour apporter un secours médical à ce pays dans son combat contre le coronavirus. 

          Quelle humiliation pour la riche et arrogante Europe qui prétend détenir la clef pour sauver le monde de se voir obligée d’accepter l’aide de la « pauvre » et insignifiante Cuba ! Alors que son union sacrée avec les Etats-Unis l’empêche de voir sa nature profondément cupide et calculatrice – libéralisme économique oblige - il convient de lui rappeler ce que disait Fidel Castro dans une vidéo que se partagent aujourd’hui les Internautes : « Nous ne pourrons jamais et ne ferons jamais d’attaque préventive et surprise contre une population dans quelque coin du monde. Au lieu de cela, notre pays est capable d’envoyer des médecins dans n’importe quel coin du monde. Oui, des médecins et non des bombes ! Des médecins et non des armes intelligentes qui tombent là où on veut. Après tout, une arme qui tue par traîtrise n’est absolument pas intelligente ».

Cuba et Fidèle

          Les deux gestes de Cuba en ce mois de mars 2020 confirment les propos de Fidèle Castro. Chaque fois que la France ou les Etats-Unis parle d’aide à destination d’un pays, c’est toujours d’une intervention militaire dont il s’agit. Et quand il faut précisément soigner des malades à l’étranger, ils envoient leurs ONG pour s’enraciner dans le pays qu’ils prétendent vouloir sauver. Dans quel but ? Afin que ces organisations travaillent à leur fournir les informations utiles à maintenir les dirigeants de ce pays sous leur domination. Il n’y a que les médias malhonnêtes habitués à saluer les prouesses militaires de la France dans les pays africains - ne possédant pas d’armes pour les inquiéter - qui portent des jugements négatifs quant à l’humanité de la politique médicale de Cuba. Tel est le cas du Nouvel Observateur qui, sur son site, juge que Cuba n’a pas fermé ses frontières et a accueilli le navire anglais avec les malades parce que son économie a besoin de continuer à favoriser la venue des touristes. Que pense ce journal de la France qui, au départ, ne voulait pas de mesure de confinement pour ne pas freiner la consommation sur son territoire ? N’est-ce pas là une préoccupation économique criminelle ? On cherche toujours la paille dans l’oeil de l’autre pendant que la poutre nous crève les yeux. Ce sont aujourd’hui des médecins cubains qui s’occupent des populations de toutes les îles des Caraïbes ! Où sont-ils les médecins français et américains ?

          Oui, c’est vrai : ici, plus qu’ailleurs, on cherche toujours le profit que l’on pourrait tirer plus tard de l’aide que l’on apporte à l’autre ; et cela nous rend prompts à croire que les autres sont aussi calculateurs que nous. Quittons cette sale habitude et rendons un vibrant hommage à la solidarité cubaine qui s’inscrit dans l’esprit d’un régime tout à fait différent du nôtre. Ne manquons pas non plus de rappeler aux Italiens, grands lanceurs de bananes aux footballeurs noirs, que parmi les médecins qui viennent à leur secours, nombreux sont des Afro-Cubains. Qu’ils s’abstiennent donc de lancer des bananes et de pousser des cris de singe pendant quelques semaines.

Raphaël ADJOBI

What do you want to do ?
New mail
What do you want to do ?
New mail

Posté par St_Ralph à 10:23 - Actualités Monde - Commentaires [2] - Permalien [#]

07 janvier 2020

Les activistes africains sont-ils crédibles ?

           Les activistes africains sont-ils crédibles ?

Les panafricanistes

            C'est à la fin de l'année 2010 et dans le courant de 2011 - suite à la déportation du président ivoirien, Laurent Gbagbo, au tribunal international de La Haye - qu'est véritablement né ce que tout le monde appelle aujourd'hui l'activisme africain. A ce propos, en juillet 2013, j'avais écrit dans un article devenu aussitôt célèbre sur Internet que "jamais, dans l'histoire, un leader noir n'a bénéficié d'autant de soutiens de la diaspora africaine et d'autant de sympathie de la part des populations d'Afrique noire". Après avoir cité des leaders africains morts dans le silence ou l'indifférence, j'avais conclu mon constat en ces termes : "durant ses 27 années de prison, jamais Nelson Mandela n'a bénéficié d'une telle sympathie populaire". Une vérité que personne ne peut réfuter sur le continent. L'activisme africain est donc récent ; et sa voix est celle de la jeunesse.

            Afin de ne pas paraître manipulé par quelques figures politiques africaines, très vite, l'activisme des jeunes va se développer autour d'un thème commun aux nations africaines plutôt qu'autour de tel ou tel leader politique qui serait porté comme étendard. En effet, les jeunes se sont fixé comme objectif de combattre le Franc CFA qu'ils ont d'ailleurs réussi à rendre impopulaire en moins de quatre ans. On peut donc leur dire bravo d'avoir compris qu'il leur appartenait de réaliser en terre africaine le combat littéraire des blogueurs et des médias de la diaspora !

            Cependant, force est de constater que presqu'aussitôt ces jeunes activistes se sont rendu compte du poids de la réalité politique du terrain sur lequel ils mènent leur combat contre cette monnaie coloniale qui a gardé toutes ses caractéristiques ou tous ses pouvoirs de prédation de la vie économique d'une quinzaine de nations au sud du Sahara. Ils ont très vite compris que les hommes politiques en place sont autant d'adversaires que l'institution monétaire contestée et les dirigeants français qui la tiennent en main. Aussi, comme pris au piège de leur indépendance politique, ils se voient obligés d'invoquer des noms d'illustres dirigeants africains morts pour avoir tenté de s'affranchir de la domination politique et monétaire du Franc CFA. Et dans leur liste des hommes politiques ayant combattu cette monnaie imposée à l'Afrique francophone, l'absence d'un homme surprend et même choque l'entendement : Laurent Gbagbo n'est jamais cité ! Un vrai parricide, selon nous.

2012-03-29T174858Z_138478285_GM1E83U042G01_RTRMADP_3_MALI_0

            Mais, en prenant un peu de recul, tout s'éclaire. Cette absence de référence à Laurent Gbagbo, ce mutisme sur les discours du prisonnier de la CPI quant à l'indépendance des institutions politiques africaines ne peut s'expliquer que par le parcours politique de cette jeunesse africaine qui découvre l'activisme. En effet, il suffit de jeter un coup d'œil en arrière pour constater qu'entre 2000 et 2011, presque toute la jeunesse des pays africains était nourrie de la haine de la Côte d'Ivoire et de celui qui l'incarnait. Toutes les analyses, toutes les explications politiques et juridiques avancées par Laurent Gbagbo pour ouvrir les yeux à l'Afrique étaient vues par cette jeunesse comme dilatoires. Seuls les Togolais et les Camerounais constituaient avec les partisans ivoiriens de ce président le noyau qui réclamait le respect des institutions des peuples du continent. Même l'appel d'Akra du président Obama à des institutions fortes pour une Afrique forte leur a semblé une recommandation mal venue. En fait, la jeunesse africaine de ces vingt dernières années qui constitue les activistes d'aujourd'hui est de toute évidence honteuse de son passé naïf, de son passé anti-Gbagbo. Toute cette jeunesse des pays du Sahel qui a conspué Laurent Gbagbo durant des années le traitant de xénophobe, cette jeunesse qui s'est délectée de la soupe françafricaine que chacun de leur président leur servait avec grandes louchées, est aujourd'hui honteuse de son passé mais incapable de faire son mea culpa. Alors, elle détourne son regard de Laurent Gbagbo, cherchant à l'éviter. Aujourd'hui, la jeunesse africaine sait qu'on ne peut efficacement lutter contre le franc CFA que si les pays africains sont dirigés par des présidents qui ne sont pas choisis par la France ! C'est aussi simple que cela. Elle sait que le succès de ce combat dépend de la qualité des pouvoirs qui seront installés sur le terrain africain. Rien ne sert de vociférer contre la France si les gouvernants travaillent pour la France plutôt que pour les pays africains. Sans des hommes de vision et de convictions, tout effort sera vain !         

            Disons donc que les jeunes activistes africains ont tort d'omettre le nom de la dernière victime - encore vivante - du combat contre le pouvoir du Franc CFA tout en invoquant ceux qui ne sont plus de ce monde. Puisque tel est leur comportement criminel, je voudrais leur rappeler qu'à l'époque de Maya Angelou - comme elle le dit elle-même dans Tant que je serai noire - Patrice Lumumba, Kwamé N'Krumah et Sékou Touré qui formaient le triumvirat sacré auquel les Noirs américains vouaient un culte n'étaient pas tous morts. Des Américains et des Antillais ont côtoyé Kwamé N'krumah et Sékou Touré comme des pères et des aînés vivants constituant avec eux le front anti-impérialiste. Il n'est donc pas nécessaire que les pères ou les aînés meurent pour être hissés au rang de guides sacrés. Il faut savoir les reconnaître et les rejoindre quand ils sont encore vivants.   

            Je redis donc aux jeunes activistes africains, qui semblent affectionner le culte des morts, que la vigilance et la réaction franche et massive sont encore nécessaires malgré l'apparente fraternité universelle dont on nous berce et qu'il serait encore bon de faire leur ce précieux conseil : vous ne serez les dignes successeurs de vos aînés que si vous agissez pour "faire savoir au monde qu'on ne peut plus tuer des leaders noirs dans le secret". Si on les tue, si on les embastille ou les condamne injustement sans que vous réagissiez, vous êtes responsables du mal qui leur est fait ! Si vous vous déclarez grands admirateurs des figures illustres de la cause des Africains mais avez tendance à montrer de l'indifférence à l'égard des leaders actuels qui souffrent pour avoir poursuivi leur combat, alors dites-vous que vous n'êtes pas crédibles.

Raphaël ADJOBI

What do you want to do ?
New mail
What do you want to do ?
New mail

Posté par St_Ralph à 21:36 - Actualités Monde - Commentaires [0] - Permalien [#]

02 décembre 2019

Nathalie Yamb, expulsée de la Côte d'Ivoire pour trouble à l'ordre public français !

          Nathalie Yamb, expulsée de la Côte d'Ivoire

           pour trouble à l'ordre public français !

Nathalie Yamb

           Madame Nathalie Yamb - jouissant de la double nationalité Suisse et camerounaise aux dires de certain - est sommée par la justice ivoirienne de quitter la Côte d'ivoire pour trouble à l'ordre public français ; et cela, suite à son intervention très remarquée contre la France lors du sommet Russie-Afrique à Sotchi les 23 et 24 octobre 2019. De toute évidence, sous un régime qui a horreur de toute forme d'opposition, les adversaires de son indéfectible ami la France ne peuvent qu'être considérés comme les adversaires de la Côte d'ivoire et donc dignes d'une expulsion.  

            Que Madame Nathalie Yamb - conseillère de monsieur Mamadou Coulibaly, fondateur et président du parti politique ivoirien LIDER - s'estime très heureuse de ne pas être Ivoirienne. La sanction aurait été d'une autre mesure ! Madame Yamb est une africaine et par conséquent elle a le droit de s'attaquer à n'importe quelle puissance étrangère qu'elle juge prédatrice de ce continent et de la vie quotidienne des siens. Ce qui surprend donc, c'est la décision prise par un pays africain de bannir de son territoire une africaine qui se bat pour sa souveraineté contre la France. Il est à retenir que la Côte d'Ivoire d'Alassane Ouattara vient de déclarer de manière officielle la lutte pour la disparition du Franc cfa, celle pour le démantèlement des bases militaires françaises en Afrique comme des "activités incompatibles avec son intérêt national" ! C'est en clair ce qui a été notifié à Madame nathalie Yamb pour justifier son expulsion de la terre ivoirienne. Edifiant ! 

            Aux dires de Madame Nathalie Yamb, le seul représentant d'un pays étranger à s'être pratiquement jeté sur elle pour proférer des reproches dès la fin de son intervention fut un officiel français. En d'autres termes, cet accrochage fut la première réprobation officielle qui a suivi un discours fort apprécié par les africains sur place et sur les réseaux sociaux. Et cette réprobation émanait de la France. C'est donc à la France que profite la sanction ivoirienne qui frappe Madame Nathalie Yamb. Force est de constater que ce sont des rabatteurs africains - des dozos ivoiriens, chasseurs du gibier humain - qui, poursuivant une longue tradition de collaborateurs des négriers blancs, se chargent de convoyer la marchandise nègre au pied de l'homme blanc.

            Quelle image très désagréable de l'Afrique ! Nous sommes curieux de savoir ce que ces autorités ivoiriennes - issues des dozos, chasseurs traditionnels du gibier humain - se disent chaque matin devant leur miroir au moment de se préparer à aller servir la France au lieu de l'Afrique, au lieu de leurs parents, de leurs enfants qui vont vivre sur cette terre d'Afrique qu'elles s'appliquent à livrer mains et pieds liés à la France ! Que se disent-ils ces Ivoiriens, ces Africains serviles au moment de trahir les leurs pour bénéficier en retour des caresses de l'occident ? Quelles images se déroulent-elles dans leur tête ? De la fierté ? Une absolue négation de leur couleur de peau et de leur terre natale ? 

            Peut-être qu'il y a des nègres qui ne pensent pas. Peut-être qu'il y a des Noirs qui ignorent par nature le sens de la dignité humaine qui vous oblige à défendre ce qui appartient au groupe auquel vous appartenez. Mourir dans son lit sans jamais avoir proféré une parole contre le sort fait aux siens, à sa terre, c'est quitter ce mode comme un objet jeté au rebut. Quelle mort abominable ! Que Dieu vous en préserve !

Raphaël ADJOBI            *Article légèrement modifiée suite à la publication de l'identité ivoirienne de Mme Yamb.

Posté par St_Ralph à 22:32 - Actualités Monde - Commentaires [0] - Permalien [#]

18 octobre 2019

Profanation d'une sépulture de l'ancienne Egypte ou la course au commerce des momies

  Profanation d'une séputure de l'ancienne Egypte

                ou la course au commerce des momies  

Exhumation de sarcophages en Egypte Oct

            Le mardi 15 octobre 2019, des sarcophages de plus d'une vingtaine de corps momifiés ont été découverts à Luxor, en Egypte. L'ensemble des sarcophages a été extrait d'une même sépulture semblable à une grande pièce à deux étages.

            Tomber par hasard sur un trésor ancien et vouloir en faire la jouissance à notre époque est la plus belle chose que l'on puisse souhaiter à quelqu'un. Ainsi les statues nègres de l'ancienne Egypte font le bonheur des musées arabes de L'Egypte actuelle et des musées européens, tandis que les statues nègres de l'ancien Mexique profite aux populations du Mexique actuel. Mais quand il s'agit d'exhumer, non pas des ossements trouvés à même le sol, mais des corps dont les peuples anciens ont pris soin de leur préparer un voyage hors du temps des hommes, tout cela pour en tirer un bénéfice financier, alors on atteint l'irrespect du repos des ancêtres des autres.

Exhumation de sarcophages 2

            Les peuples arabes et européens, dont les ancêtres ignoraient la science de la conservation des corps, se précipitent aujourd'hui comme des rapaces sur la moindre dépouille nègre pour en tirer un profit commercial. Quelle attitude macabre pour ces peuples qui ignorent le repos des anciens qui ne sont pas les leurs. 

            Aujourd'hui, il suffit de faire une inscription sur une tombe en Europe ou dans un pays arabe pour mériter la prison ou la décapitation. Mais les sépultures nègres - non pas des ossements trouvés en pleine terre - peuvent être ouvertes et les dépouilles exposées au regard sacrilège de la multitude, donc commercialisées. C'est dire que même mort, le nègre rapporte gros aux yeux des Blancs et des Arabes ! Personne n'ose imaginer les cercueils d'un caveau des anciens Grecs ou Romains ouverts et les corps exposés et distribués à travers le monde pour satisfaire la curiosité morbide des humains. 

numérisation0003

            Depuis le VIIe siècle de notre ère que les arabes occupent l'Egypte, ils n'ont jamais été capables de quelque invention ou production particulière qui les caractériserait. Depuis plus de treize siècles, ils ne vivent que de l'exploitation des corps des Noirs et des Georgiennes et autres femmes du Caucase. Maintenant, ils vivent des tombes des ancêtres des Noirs. Quand se mettront-ils enfin à créer quelque chose qui leur soit propre ?

            Que ceux qui, aujourd'hui, entretiennent jalousement les tombes de leurs aïeux et de leurs ancêtres retiennent cette leçon - si toutefois elle peut susciter en eux un semblant d'humanité : si tu veux que l'on respecte ton passé, respecte celui des autres. Sinon, commençons par imaginer dès maintenant notre Panthéon entre les mains d'un peuple vainqueur faisant  des corps de nos hommes illustres le même commerce macabre qui nous passionne aujourd'hui - s'agissant des momies nègres de l'ancienne Egypte.      

Raphaël ADJOBI

Posté par St_Ralph à 16:35 - Actualités Monde - Commentaires [0] - Permalien [#]

08 novembre 2018

L'Europe et l'immigration africaine : ouvrons les yeux sur l'origine du mal !

                   L'Europe et l'immigration africaine :

                ouvrons les yeux sur l'origine du mal !

            Il ne suffit pas de pointer du doigt la gestion des pays africains par des "dictateurs" pour comprendre la fuite des populations de ce continent vers l'Europe ; même si l'on souligne que ces gouvernants sont installés par les puissances européennes. D'ailleurs, avez-vous remarqué qu'aucun dirigeant européen n'a élevé la voix pour affirmer que les gouvernants africains sont responsables de la fuite de leurs ressortissants vers l'Europe ? Non, ils savent qu'ils ne peuvent pas pousser trop loin la mauvaise foi. Il convient donc de montrer clairement l'origine du mal pour comprendre cette attitude.   

Mine d'uranium en Afrique

            Disons d'emblée qu'au lieu d'attaquer le ventre des femmes comme le fait le président français, il est absolument nécessaire pour les pays européens de faire un état des lieux de leur présence en Afrique  : présence militaire et présence affairiste. Les dirigeants européens ne peuvent pas continuer à mentir à leurs populations en ne parlant que de politique à mettre en place pour juguler l'immigration ou pour savoir quelle catégorie d'immigrants doit être acceptée ou repoussée. La vraie question est : que se passe-t-il en Afrique ? En d'autres termes, quelle est la réalité du terrain qui pousse les populations les plus pauvres à fuir les pays africains ? Les Européens peuvent-ils agir sur cette réalité ?

            Pour aller plus loin, une remarque essentielle s'impose : en Europe on ne cesse de faire réciter à la jeunesse que "tout corps plongé dans un liquide subit, de la part de celui-ci, une poussée exercée du bas vers le haut et égale, en intensité, au poids du volume de liquide déplacé". Toutefois, cette vérité élémentaire n'est jamais associée à la vie ordinaire des nations. La jeunesse européenne étudie-t-elle les relations que leurs différents pays entretiennent avec l'Afrique ? Non ! Sait-elle ce que font les entreprises de leurs pays en Afrique ? Non ! Sait-elle à quoi servent les armes que fabriquent leurs pays et les armées qui stationnent un peu partout en Afrique ? Non ! Si le mot "géopolitique" est absent du vocabulaire du commun des Français, c'est parce que notre régime politique nous a rendu ignorants de la politique étrangère de notre pays. En effet, dans ce domaine précis, tous nos députés sont des incompétents parce que la politique étrangère de la France est le domaine réservé du président de la République. Les populations françaises n'ont donc aucune chance d'être informées de la source du mal de l'immigration africaine qui les frappe. Quel constat affligeant pour une république dite démocratique !    

            Alors il convient de dire à tous que les terres africaines sont un peu partout confisquées par les entreprises européennes - que protègent leurs armées - pour extraire des métaux précieux, faire des forages pour le pétrole, installer d'immenses plantations d'ananas, de bananiers, d'hévéa pour le caoutchouc nécessaire à la fabrication des pneumatiques ; des plantations qui accaparent les terres  pour toutes les sortes de produits nécessaires aux industries européennes ou à la consommation des populations. Ces entreprises retournent les terres, les rendent improductives ou  les  polluent tout simplement. Les rivières et les fleuves sont çà et là changés en dépotoir de produits industriels obligeant les populations à ne plus boire leur eau et à ne plus consommer les poissons qui hier étaient leur source de nourriture. C'est le cas du fleuve Bandama en Côte d'Ivoire. Ce fleuve a changé de couleur pour la simple raison que les industries européennes et chinoises qui fouillent la terre à la recherche de l'or déversent le cyanure nécessaire au travail de ce métal dans son cours. C'est aussi le cas en Guinée. Et c'est ce qui pourrait arriver en Guyane avec le projet français "la Montagne d'or" (France info *). Sur douze ans, quarante-sept mille tonnes de cyanure seront déversées dans les eaux et les terres de ce département français où la population n'est pas majoritairement blanche. L'aire d'exploitation sera une fosse large comme trente-deux fois le stade de France (BFMTV pour L'Express, 11/05/2018). Cet exemple vous donne une idée de l'immensité des terres arrachées par chaque entreprise aux populations africaines pour les besoins de l'Europe.

            Dans de nombreuses grandes villes africaines, comme Abidjan, les autorités détruisent les habitations des pauvres afin de confier les terrains aux entrepreneurs européens pour des projets immobiliers que les Africains n'ont pas les moyens d'occuper. On comprend aisément que ces projets sont destinés à accueillir les riches populations qui pourraient venir d'Europe. Mais le plus important pour les capitaux européens, c'est de réaliser des ouvrages ; en d'autres termes, le plus important pour eux est d'endetter les pays africains en réalisant des travaux dont ils n'ont aucune utilité dans l'immédiat. Comment l'Afrique paiera-t-elle ces dettes ? Bien simple : en cédant ses terres regorgeant de ressources minières à l'Europe ! Et que deviennent les populations qui cèdent leurs terres ?  A chacun de formuler une réponse.  

            En mettant tous ces petits soucis les uns à côté des autres, on arrive à ce théorème d'Archimède cité plus haut : le corps européen plongé dans le bain africain subit, de la part de celui-ci, une poussée exercée de l'Afrique vers l'Europe et égale en nombre d'immigrants, au poids de la population appauvrie et déplacée. Ce facteur-là, si l'Europe ne le retient pas dans la recherche des solutions pour arrêter l'immigration des populations africaines, elle pourra continuer longtemps à discourir. Ces immigrés économiques n'ont rien à perdre ! Donc ils n'ont pas peur de la mort. Il y a sur cette terre des milliers de jeunes Africains qui sont capables de vous crier à la face : "s'en fout la mort !"

            Deux solutions s'offrent aux Européens. Ceux qui n'ont pas de cœur et ont toujours bonne conscience de leurs actions de rejet violent de l'autre peuvent rejeter les immigrés à la mer.  Bien sûr, nous crierons tous au scandale, mais au bout de quelques jours nous aurons tout oublié. Ceux qui ne supportent pas de voir l'autre souffrir peuvent les accueillir puis les renvoyer chez eux. Mais pour que ce retour soit définitif, il faudra que cette dernière catégorie d'Européens accepte de remettre en question la belle vie qu'elle mène et qui n'est possible que grâce à l'expropriation et à l'appauvrissement bien organisés des populations africaines. Dans tous les cas, personne ne doit perdre de vue qu'entre 1850 et 1950, plusieurs millions d'Européens ont fui la misère de leur continent pour s'installer en Afrique, dans les Amériques, en Australie et sur d'autres îles de l'océan Indien. Cela non plus n'est pas enseigné aux jeunes générations qui, hier, croyaient - avant l'avènement de Mandela au pouvoir - que les Sud-Africains étaient blancs, et qui croient aujourd'hui que les Australiens et les populations des Amériques ont toujours été blanches. 

* France info   /  BFMTV pour L'Express

° Complément de lecture : William Morris

Raphaël ADJOBI 

Posté par St_Ralph à 19:32 - Actualités Monde - Commentaires [0] - Permalien [#]

18 mai 2018

Qui veut la mort du Franc CFA ? (2e partie)

   Qui veut la mort du franc CFA choisit son arme             

Franc CFA

            Permettons-nous de dire ici aux diasporas africaines et aux mouvements progressistes militant pour l'indépendance totale de l'Afrique que l'analyse historique que nous venons de faire leur impose une réponse claire et nette à cette question : faut-il une rupture brutale avec le Franc CFA, cet outil de domination et d'exploitation qui permet à la France  de faire de ses prolétaires des propriétaires comme le souhaitait Victor Hugo, ou bien cheminer avec le détenteur de cette monnaie pour une sortie en douce de cet étau ? Tous ceux qui ont été attentifs à la manière sans cesse répétée de modifier l'ordre des choses sans rien changer à la destination du profit du travail des Noirs ont sûrement remarqué que la France a, à différents moments de son histoire avec eux, pensé à asseoir un subterfuge pour maintenir sa domination. Nous sommes donc certains que ceux-là sont très soucieux d'éviter un nouveau piège.

            Comment peut-on en effet ne pas être soucieux  devant les faits de l'histoire quand on envisage une rupture ou un changement profitable de la relation que l'on entretient avec celui qui a été votre maître, votre donneur de leçons, votre guide pendant plusieurs siècles ? Comment ne peut-on pas, au moment de faire sauter le dernier verrou de la domination du maître, au moment de se débarrasser de ce fameux Franc CFA, ne pas penser à ses propres aïeux, à ses pères, à tous ceux qui par excès de confiance ou de naïveté ont signé des accords prétendument bilatéraux avec la France ? Comment, à ce moment crucial du destin de l'Afrique francophone, ne pas penser à nos aïeux qui ont vu dans les traités qu'ils ont signés les moyens de soulager des souffrances par la jouissance de profits immédiats alors que les Français voyaient dans les mêmes contrats des projets et des profits pour 20, 30 ou 50 ans ? Comment balayer de notre mémoire les souvenirs amers de tous ceux qui ont pavoisé, arborant les dividendes immédiats des contrats signés avec la France, mais qui ont condamné les générations suivantes à vivre pour payer des dettes insondables ?

            Maintenant il convient de dire certaines vérités en nous appuyant sur les anciens dont la sagesse a trop longtemps été écartée du revers de la main par les plus entreprenants de nos pères, de nos aînés. C'est au regard de l'histoire de la relation entre le Noir et le Blanc que Richard Wright assure ceci : "Tu peux oublier l'homme blanc, tu peux essayer de construire un monde autour de toi, mais l'homme blanc, lui, ne t'oublie pas, il ne te laissera jamais échapper à son emprise" (Black boy). Que tous ceux qui peuvent contester ces dires par des preuves de l'histoire des Noirs d'Afrique et des Amériques nous en fassent la démonstration. Sinon, l'affirmation est à verser au débat sur le Franc Cfa comme un bel argument.

            S'il se trouve encore parmi les Africains de la diaspora et du continent des femmes et des hommes désireux de tenter une sortie de cette monnaie par des négociations avec la France - qui en est l'émettrice et la gérante - on ne peut que leur poser cette question : quelle est l'issue d'un débat de libération entre un prisonnier rentable et son geôlier ? J'en appelle à la pensée d'un autre sage, Frantz fanon : "s'il est une démarche stérile, c'est bien celle qui consiste pour un opprimé à s'adresser au cœur de ses oppresseurs : il n'est pas d'exemple dans l'histoire d'une puissance dominante qui ait cédé aux objurgations, si émouvantes ou raisonnables soient-elles, de ceux qu'elle écrasait ; contre des intérêts matériels, sentiments et bon sens ne sont jamais entendus" (Cité par Christiane Taubira dans la préface du Procès de l'Amérique de Ta-Nehesi Coates).

            Ce n'est donc pas en leur âme et conscience mais bien en connaissance de cause - pour ne pas dire en connaissance de l'histoire des faits - que les Africains doivent choisir la voie de sortie du Franc Cfa vers la liberté économique et la dignité.

            Il faudra sûrement retomber dans la fange et apprendre à s'en relever. Il faudra apprendre à marcher d'un pas moins assuré, tituber, trébucher, tomber, se relever, serrer les dents tout en gardant les yeux fixés vers les idéaux de liberté et de dignité qui présideront aux impératifs à mettre en place, posément, méthodiquement. Une vie qui commencera par la mise en place de tout ce qui pourvoira à leurs besoins réels. Seule la peur de la liberté, synonyme du vide et de l'inconnu, pousse l'esclave de maison à opposer la stabilité de sa condition aux aléas d'une vie de totale indépendance.  

Raphaël ADJOBI         (Accédez à la 1ère partie de ce texte)        

Posté par St_Ralph à 19:47 - Actualités Monde - Commentaires [0] - Permalien [#]

04 mai 2018

Qui veut la mort du Franc CFA ? (1ère partie)

         Qui veut la mort du Franc CFA ? (1ère partie)

Franc CFA

            Dans les multiples cercles de réflexion des diasporas africaines, on ne cesse de tempêter depuis bientôt une décennie contre le Franc CFA, cette monnaie que la France a savamment imposée à ses colonies déclarées presque toutes  indépendantes en 1960. Rares sont ceux qui lui trouvent les vertus dignes d'un état libre et qui souhaitent sa pérennité. Par conséquent, très nombreux sont ceux qui voudraient la voir disparaître au nom de la dignité, de l'indépendance monétaire et de la  probité dans les relations bilatérales entre l'Afrique noire et la France. Malheureusement, le désaccord est très profond quant aux voies à emprunter pour y parvenir. Et c'est à ceux-là que s'adresse cette réflexion qui se veut une simple histoire éclairante en marge des débats techniques incompréhensibles au commun des hommes. La recherche de la dignité, de la liberté et de la probité peuvent en effet se passer des sciences techniques ; pour les atteindre, il suffit de placer l'humain au centre du débat et lire son histoire pour que tout s'éclaire.

            Il convient donc de voir ensemble comment depuis que le Français a soumis l'Africain, ce dernier est parvenu à des degrés de relatives autodéterminations sans jamais accéder à une totale liberté, et pourquoi le Franc CFA, devenu incompatible avec ses besoins actuels, lui apparaît comme le dernier verrou d'une soumission insupportable et avilissante en ce XXIe siècle.

                La violence à la dictature, l'évitement à la "démocratie"

            Avant le milieu du XIXe siècle, le souci majeur des Français était la déportation des populations africaines et leur mise en esclavage dans les colonies des Amériques et de l'Océan indien. L'abolition de cet esclavage en 1848 a été le résultat d'âpres négociations ayant finalement abouti à l'indemnisation financière des colons en échange de la liberté des Noirs. Mais voilà : dans les Amériques, "les anciens maîtres et les anciens esclaves vivent sur le même territoire. L'espace doit être partagé. C'est d'abord une injonction de la géographie. C'est un effet de l'histoire. C'est une obligation de la démocratie" (Christiane Taubira, préface du Procès de l'Amérique de Ta-Nehisi Coates, édit. Autrement, 2017). Malheureusement, ces impératifs géographique, historique et démocratique qui s'imposaient à la France seront évités. Partager la terre ? Procéder à des réformes agraires ? Ah non ! "Nous leur avons appris à travailler. Nous leur avons apporté la civilisation chrétienne et ils ont appris à parler la noble langue française au lieu de leur charabia africain. Nous sommes quittes", fut la réponse des colons.

            Il n'y aura donc pas de partage des terres entre ceux qui la travaillaient et ceux qui la géraient. D'un côté, les gérants blancs seront déclarés propriétaires au nom de la loi de la démocratie, et de l'autre les Noirs condamnés à monnayer leur force physique auprès des Blancs pour subsister au nom de cette même loi. En d'autres termes, l'abolition de l'esclavage s'est traduit concrètement par le versement d'une indemnité aux colons (propriétaires) pour qu'ils fassent passer les Noirs du statut d'esclaves à celui de salarié (prolétaires). voilà comment le législateur blanc a introduit dans la société biraciale française naissante une inégalité de fait basée sur la domination des Blancs et la soumission des Noirs ; état de chose criant dans les départements français majoritairement peuplés de Noirs.

            Une fois ainsi réglé le gênant problème de l'esclavage dans ses colonies, il restait à la France à gérer de manière profitable sa présence en Afrique ; et sans que cela puisse être considéré comme de l'esclavage. Une gestion devenue impérieuse depuis la perte de sa colonie américaine la plus rentable : Saint-Domingue, devenu Haïti en 1804. Sans tarder, elle instaure dans ses possessions africaines le travail forcé, officieusement d'abord puis officiellement par le code de l'indigénat adopté en juin 1881. Cet arsenal juridique répressif reposant sur une organisation quasi militaire du travail sera d'ailleurs imposé à l'ensemble des colonies françaises à partir de 1887. Même si le terme désigne en Occident la punition infligée en réparation d'un délit, sa généralisation aux populations des colonies ne choque pas les antiesclavagistes et les législateurs européens. Le mot esclavage susceptible de provoquer des controverses inutiles était évité. C'était l'essentiel. Et dans les faits, tout semblait leur donner raison : même s'ils étaient soumis aux contraintes physiques excessives sous les coups de fouets, les Africains ne changeaient pas de nom, les femmes n'étaient pas les objets sexuels des colons en vue d'une reproduction massive au bénéfice du travail, les couples n'étaient pas formés selon la volonté des maîtres, et les enfants n'étaient pas, comme les veaux, retirés aux couples pour être vendus à huit ou neuf ans. En un mot, la cellule familiale n'était pas constamment détruite par le colonisateur, et les traditions locales pouvaient se perpétuer.

            Cependant, comme dans l'état d'esclavage, le Noir ne tirait aucun profit du joug du travail forcé ; il n'avait aucun espoir d'épanouissement ou d'accession à un autre statut que celui de l'exécuteur des tâches imposées par le colon. C'est pourquoi, le temps passant, on en vint inéluctablement à juger le travail forcé humainement dégradant parce qu'impliquant l'absence de liberté, l'absence de l'engagement volontaire des Noirs qui y étaient soumis. Donc, au milieu du XXe siècle, c'est-à-dire un siècle après l'abolition de l'esclavage, le travail forcé était apparu aux yeux de l'élite africaine émergente comme un mal semblable à l'esclavage outre-Atlantique avec certaines rigueurs du Code noir en moins.

            A nouveau soumis à la pression des exigences extérieures, la France chercha, avec beaucoup d'application, le moyen d'octroyer aux Africains la liberté qui les maintiendrait volontairement dans la relation de dépendance qu'elle entretient avec eux. Une stratégie de servitude volontaire. Ainsi, au moment d'abolir le travail forcé, au moment de mettre fin au travail obligatoire sous le fouet du commandeur nègre à sa solde, la France va imposer aux populations de ses colonies africaines un projet que le génie allemand avait préparé pour l'exploiter quand elle était soumise  sous la botte nazie. Grâce à cette trouvaille, les Africains seront désormais libres de procurer à la France les denrées qu'elle ne produit pas mais qui sont nécessaires à sa consommation, et laisseront leurs pays ouverts aux produits de son sol et de son industrie, et cela à l'abri de toute concurrence étrangère.

            S'inspirant donc du génie allemand, selon Nicolas Agbohou (Le Franc CFA et l'Euro contre l'Afrique), la France inventa une monnaie dont elle est la garante, et comportant une clause extrêmement contraignante : plus de la moitié du fruit du travail et de la vente des produits de ses colonies sera déposée - pour ne pas dire confisquée - à la banque de France. Une belle façon de mieux dompter les humeurs autonomistes désagréables des africains. Enfin prête pour le grand changement, elle fit coïncider l'abolition du travail forcé (1945) avec l'institution du Franc CFA (1946). Par conséquent, l'avalanche des indépendances dans les années 1960 ne fut que la remise des clefs des champs à des gérants noirs avec un cahier des charges réglé comme du papier à musique ! Un acte hautement politique puisqu'il visait à cacher la main blanche derrière la marionnette noire visible de tous. Pour les yeux et pour la conscience de l'humanité, ce changement visuel n'est pas négligeable. Tous les conflits qui naîtront ensuite sur ces terres d'Afrique apparaîtront désormais aux communs des hommes comme des querelles de pouvoir entre les élites africaines, avec, bien entendu pour les plus avisés, quelques enchevêtrements des fils coloniaux qui les sous-tendent.

  ° Accédez à la 2è partie de l'article.

Raphaël ADJOBI

* Reprise interdite ; article L111-1 du Code de la propriété intellectuelle.

Posté par St_Ralph à 16:22 - Actualités Monde - Commentaires [2] - Permalien [#]

18 novembre 2017

De la traite et de l'esclavage des Noirs en Libye au XXIe siècle

   De la traite et de l'esclavage des Noirs en Libye

                                     au XXIe siècle

migrants-congo

            Le lundi 13 novembre 2017, j’ai eu l’honneur d’être l’invité de la section départementale d’un célèbre club service international pour donner une conférence sur « Les résistances africaines à la traite et les luttes des esclaves pour leur liberté dans les Amériques ».

            J’avais commencé mon exposé par une définition de l’Histoire qui passe parmi nous pour une science alors qu’elle est un récit dont le contenu s’éloigne de la vérité dès lors que le narrateur néglige ou travestit certains faits devant le structurer. Puis j'ai insisté sur l'immensité de l'Afrique qui est comparable aux Etats-Unis, l'Europe et la Chine mis ensemble. Par conséquent, avais-je dit, il convient de ne jamais la considérer comme homogène, physiquement et humainement. Ensuite, j’avais pris soin de délimiter les zones du continent africain qui connaissaient la pratique de l’esclavage comme l’Europe – le servage n’étant rien d’autre qu’un mot issu du latin désignant l’esclavage – avant de souligner que la zone forestière l'ignorait totalement. Pour preuve, j’avais fait remarquer à l’assistance que la fin de la traite négrière atlantique au milieu du XIXe siècle a coïncidé avec la fin de la traite et de l’esclavage dans cette partie de l’Afrique. Cela est un fait historique indéniable. A la fin du XIXe siècle, les déportations et les assassinats des chefs africains opposés à la colonisation européenne - avec son lot de travaux forcés - constituent des preuves supplémentaires de la non-pratique de cette forme d’asservissement de l'homme par l'homme dans la zone forestière africaine. 

                                Les foyers de l'esclavagisme africain

            Dès le lendemain de ma prestation, mon attention a été attirée par la vente aux enchères de migrants d’Afrique noire par des populations libyennes, blanches et arabes. C’est alors que m’est revenue avec violence ma réponse au doyen du public de la veille. Répondant à sa question sur l’esclavagisme que l’on dit exister aujourd’hui encore en Afrique, j’avais, à nouveau, clairement délimité les zones géographiques africaines où cette pratique était très ancienne et persiste encore : une zone qui part du Sahel jusqu'au nord du continent. J’avais alors avancé le cas de la Mauritanie où l'esclavagisme est courant en ce XXIe siècle et celui du Soudan où la traite a été constatée jusqu'au milieu du XXe siècle. J’avais alors parlé de l’expérience de Joseph Kessel et de son reportage pour le journal Le Matin en 1930. Le journaliste avait participé, au sud du Soudan, à la capture d'une bergère noire et témoignait des techniques mises en œuvre par les trafiquants pour se procurer la marchandise humaine qu'ils destinaient aux pays arabes d'Afrique du nord et du Moyen-Orient. Oui, l'esclavagisme est une pratique ancienne depuis le Sahel jusqu'au nord de l'Afrique où persiste encore en ce XXIe siècle ce que Malek Chebel appelle "l'esclavage de traîne" (1). 

 

eSNLiELSvuzqrJi-800x450-noPad

                       Ce qui se passe aujourd’hui en Libye n’est donc en vérité qu’une suite logique de l’histoire de l’Afrique : la persistance, dans sa zone islamisée, de la pratique de l’esclavage depuis le Moyen Âge ! N'oublions pas que Soundjata Kéïta l'avait aboli dans son empire au XIIIe siècle. Mais rien ne nous dit qu'il était parvenu à contrôler et maîtriser cette abolition. Tous ceux qui se vantent d’acheter et de vendre des Noirs sont issus de cette zone qui part du Sahel jusqu'au nord de l'Afrique. C'est dans cette zone sahélienne et nordique que l'on retrouve les confréries appelées "chasseurs traditionnels" qui ne sont rien d'autre que des chasseurs de gibier humain, des intermédiaires entre l'Afrique des forêts et le monde arabe.

                           Des chefs d'Etat africains sans réel pouvoir !

            Mais, après ce constat, la vraie question qui mérite d’être posée est celle-ci : que font les dirigeants africains dont les populations sont victimes de cette nouvelle traite et de ce nouvel esclavage ? C’est bien de montrer d'un doigt accusateur les Européens et les Arabes des siècles passés. C'est bien d'accuser les ancêtres de l'Afrique des forêts de ne pas avoir su lutter efficacement, pendant des siècles, contre les prédateurs européens et arabes. Maintenant qu’ils sont spectateurs de la répétition du même crime, que font-ils ?

            Retenons tous ceci : le mutisme des gouvernants africains devant le drame de leurs citoyens en exode massif vers des contrées lointaines - exode qui les expose à l’esclavagisme arabe connu depuis plusieurs siècles - témoigne de la vacuité de leur pouvoir. Certes, poussé par un journaliste, le président de l'union africaine a parlé. Mais que vaut la parole d'un président nègre ? Quel pouvoir a la parole d'un nègre ? « Tous les Noirs du monde actuel sont privés de pouvoir. Le pouvoir c'est tout simplement le contrôle de sa propre vie », le contrôle de la vie des siens pour un gouvernant !  « Si vous n'avez pas le contrôle (de votre vie et celle des vôtres), vous ne pouvez prendre vos responsabilités » (2). Oui, un président noir n’a aucun pouvoir devant ses pairs européens ou arabes. Un président noir est vide de toute substance valorisante pour les siens et pour la diaspora africaine.

Migrants

            Inutile de regarder du côté de la prétendue communauté internationale à la solde de l’Occident ; une communauté internationale qui n’est rien d’autre qu’un miroir aux alouettes pour les Africains. Elle est très douée pour les discours et pour détrôner un chef d’Etat nègre. Pour apporter une solution à une souffrance humaine, ses actions se limitent à des rassemblements chiffrés à des millions d’euros pour rédiger un discours final. En effet, on ne s’imagine jamais ce que cela coûte de réunir ces messieurs, de les loger durant des jours et des jours, les nourrir matin, midi et soir, leur assurer les voyages en avion pour les rassembler, les frais de carburant et les indemnités diverses pour produire un texte d’une page et un compte rendu de quelques dizaines de pages pour la postérité ! Assurément, les pauvres sont ingrats : ils ne savent pas apprécier le coût de tout ce que les puissants de ce monde font pour eux ! Assurément, les nègres sont des ingrats ! Il n’y a tout de même pas perte de gisements de pétrole dans cette affaire de vente de migrants noirs en Libye !

            Inutile de regarder du côté des médias français non plus. C'est la Corée que nous ne sommes pas capables de situer sur une carte qui les intéresse. Eux non plus d'ailleurs, mais en parler leur donne l'air d'être plus intelligents que nous. C'est pourtant la France qui a bombardé la Libye ! Mais une fois que les gouvernants français regardent ailleurs, nos journalistes déménagent pour ne pas rater l'actualité du président. C'est donc une journaliste américaine qui est venue leur montrer que la maison démocratique que la France dit construire en Libye grâce à ses amis au pouvoir brûle ! Pauvre France ! Pauvre Afrique ! Pauvre Afrique, l'obligée d'une pauvre France ! Les deux font la paire !

            Aux Français et aux Africains qui ne cessent de répéter qu'il faut tourner la page chaque fois que l'on évoque l'esclavagisme, je redis encore ceci : les peuples qui tournent les pages sombres de leur passé sans les lire, sans les enseigner, condamnent les générations futures à revivre les mêmes affreux événements.

(1) Malek Chebel : L'esclavage en Terre d'Islam, Fayard 2007.

(2) Nikki Giovanni, cité par Léonora Miano in "Marianne et le garçon noir", note p. 30).

Raphaël ADJOBI

Posté par St_Ralph à 15:56 - Actualités Monde - Commentaires [4] - Permalien [#]