Lectures, analyses et réflexions de Raphaël

Vous trouverez ici des comptes rendus de lectures livresques concernant essentiellement l'histoire des Noirs d'Afrique et celle des Afrodescendants des Amériques et d'Europe. Les actualités de la diaspora africaine ne sont pas oubliées.

25 juillet 2017

La ligne idéologique financière et colonialiste d'Emmanuel Macron enfin tracée !

    La ligne idéologique financière et colonialiste

                   d'Emmanuel Macron enfin tracée ! 

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            Compte tenu de sa soudaine irruption sur la scène politique nationale puis internationale, nombreux sont les Français et les étrangers qui n’avaient aucune opinion sur M. Emmanuel Macron. Alors tous évitaient sagement de le juger avant de le voir à l’œuvre ou tout au moins de connaître ses pensées.

            Pendant la campagne présidentielle, la manière dont il avait fermement fait taire la polémique née à droite et à l’extrême-droite autour de sa déclaration selon laquelle la colonisation est un crime contre l’humanité avait séduit. En effet, après avoir ouvertement clamé que sa génération ne pouvait vivre à l’ombre d’un traumatisme qu’elle n’a pas connu, il avait ajouté avec une rare franchise que « la colonisation a entraîné la négation du peuple algérien ; que cela a produit une guerre qui n’était pas digne de la France ».

            Avec ces mots, Emmanuel Macron avait clairement semblé se situer aux antipodes des fiers héritiers du colonialisme français qui se croient obligés d’entretenir dans l’opinion publique une imaginaire supériorité sur les autres peuples. Dès lors, nous étions nombreux à penser que sa jeunesse serait pour notre pays un gage de probité intellectuelle et morale devant les drames humains, loin des discours coloniaux et paternalistes habituels.

            Mais voilà que très vite il aligne deux propos méprisants : « le kwassa-kwassa pêche peu ! il amène du comorien » et « dans une gare, on croise les gens qui réussissent et les gens qui ne sont rien ».

            Si l’évocation du « kwassa-kwassa (qui) amène du comorien » nous a renvoyés au drame de Mayotte depuis qu'elle est séparée des Comores et rattachée à la France, tout le monde a semblé tomber d’accord pour qualifier son propos de plaisanterie de mauvais goût. Mais quand Monsieur Macron a opposé ceux qui réussissent et ceux qui ne sont rien, il nous a clairement placés en face d’une idéologie financière selon laquelle celui qui génère de l’argent est intéressant, et celui qui ne rapporte rien, n’est rien !

            Comment peut-on en France se taire quand un président dit qu’il y a parmi nous deux catégories de personnes, celles qui réussissent et celles qui ne sont rien ? Comment peut-on ne pas être convaincu que quiconque est capable de mépriser l’autre avec une telle violence est prêt à tous les maux, à toutes les entreprises funestes ? Nous n’avons pas attendu longtemps pour être éclairés sur sa vision de l’humanité. C’est lors du G20 qu’il va montrer à la terre entière qu’à l’ENA, de génération en génération, tout le monde trempe ses lèvres dans la même coupe et en ressort avec la même ivresse colonialiste.

            Evoquant les problèmes de l’Afrique – à ses yeux insurmontables – M. Macron dit, dépité : « quand des pays ont encore aujourd’hui sept à huit enfants par femme, vous pouvez décider d’y dépenser des milliards d’euros, vous ne stabiliserez rien ! »

            L’omniprésence militaire française dans les pays francophones et les multiples coups d’Etat orchestrés dans de nombreuses contrées d’Afrique pour piller sans résistance leurs matières premières ne seront-ils donc jamais dans la bouche d’un président français comme les freins au développement de ce continent ? A dire vrai, d’un gouvernant à l’autre, d’une génération à l’autre, on évite d’évoquer les nécessaires mesures décolonisatrices pouvant générer un essor économique de l'Afrique francophone hors du giron de la France, parce que les ressources de ces anciennes colonies, on y tient !

            Voici d’ailleurs clairement énoncés par Just-Jean Etienne Roy, en 1860, les principes essentiels de la colonisation sur les terres lointaines et auxquelles nos dirigeants jurent fidélité à tout jamais. Aucun de nous ne doit se permettre de les ignorer, car le sous-développement de l'Afrique n'est pas "civilisationnel" comme l'affirme M. Macron ; il n'est pas  une condition ou une situation propre à l'Afrique.

            Selon Just-Jean Etienne Roy, depuis la fin de l’esclavage en 1848, la gestion de ses colonies des Amériques et de l’océan indien puis celles conquises en Afrique ont inspiré à la France des mesures suprêmes : outre le fait qu’elles doivent être pour les « produits du sol et de l’industrie de la mère patrie des débouchés […] constamment ouverts », il faut « favoriser l’agriculture coloniale, c’est-à-dire les denrées destinées à la consommation de la métropole ; exiger de ces établissements (colonies) qu’ils ne vendissent leur récolte qu’à la métropole ; et enfin leur interdire d’élever les denrées récoltées à l’état de produit manufacturé ». En d’autres termes, éviter l’industrialisation et donc le développement de ces colonies.

            Voilà donc clairement ce que sont les pays africains pour la France et les règles immuables auxquelles elle les soumet et qui les empêchent d’être véritablement indépendants et développés. Voilà pourquoi le rapport Vedrine affirme sans vergogne que « l’Afrique est l’avenir de la France ». On oublie d’ajouter que dans ce cas, l’Afrique n’a pas d’avenir pour elle-même par la seule responsabilité de la France. Car on ne peut être à la fois esclave et libre.

            Occultant cette réalité de fait, aujourd’hui comme hier, on ressort l’argument compréhensible par le commun des Français - qu'on prend pour un imbécile prêt à tout croire - on clame haut et fort que le problème de l’Afrique, c’est sa surpopulation ; une surpopulation qui serait incompatible avec le développement économique ! Pour M. Macron, la liberté des peuples africains à disposer d’eux-mêmes coûterait trop cher à la France. Rectifions ici sa grosse erreur concernant le taux de fécondité des Africaines : la moyenne n’est pas de 7 à 8 enfants, mais de 5 enfants en Afrique subsaharienne et de 4,7 sur tout le continent. Les Africains ont bien compris que ce qui coûterait trop cher à la France si elle établissait des relations normales avec leur continent, ce n’est pas nourrir le trop grand nombre d’enfants noirs mais perdre les gisements de pétrole, de  minerais en tout genre ainsi que les immenses plantations d’hévéa bien utiles pour ses industries automobiles. Les Africains savent aussi que leur continent deviendra bientôt l'un des plus grands marchés au monde grâce justement à la croissance de sa population et à l'augmentation de son niveau de vie. Et alors, comme la Chine et l'Inde, elle échappera à la petite France dont la population aura beaucoup vieilli. Elle aura alors oublié les siècles où l'esclavage la vidait régulièrement de ses forces vives. Est-il nécessaire de rappeler à M. Macron que la natalité en France n'est sur une courbe favorable que grâce aux Dom-Tom et notamment à l'immigration de l'Afrique Subsaharienne ? Ne voit-il pas que la population des pays d'Europe occidentale qui n'ont pas de régions ultramarines vieillit plus vite que celle de la France ? N'entend-t-il pas que partout on assure que l'immigration est une chance pour l’Europe devenue la Vieille parce qu'elle n'a pas su se renouveler ? Pour paraphraser Françoise Vergès (Le ventre des femmes), disons simplement que ce qui pourrait être analysé comme un apport d'énergie, une espérance, est transformé en une menace et un péril parce que l'Occident a peur que l'Afrique lui échappe. Oui, le discours de M. Macron traduit bien cette idée que pour les intérêts des capitalistes occidentaux « la fertilité des femmes du tiers-monde équivaut quasiment à une menace terroriste ».    

Les outre-mer savent que ce discours cache un crime en marche

            Si les propos de M. Macron visaient directement l’Afrique, nos compatriotes des outre-mer ont dû sentir leur cœur saigner. En effet, ils ont sûrement été replongés dans les décennies qui ont suivi 1946, année où le classement des colonies en départements suscitait des débats sur le coût de l’égalité entre ces territoires qui venaient de sortir de l'esclavage et l’hexagone. A cette époque, les hommes politiques avaient passé leur temps à réfléchir aux moyens de préserver les intérêts de la France dans ses anciennes colonies sans les développer ; c’est-à-dire en les laissant jouer leur rôle de colonies comme défini plus haut.        

            Bientôt, l’origine de tous les problèmes ou difficultés économiques de ces colonies fut trouvée ; et l’île de la Réunion fut montrée du doigt avant les Antilles : « le problème n°1, c’est la démographie, le grand mal de ce pays », assura Michel Debré en 1969 avant de souligner plus tard (1974) « la fainéantise alimentée par la naissance d’enfants nombreux sur cette île de l’océan indien ». C’était, comme le montre excellemment Françoise Vergès dans Le ventre des femmes, le bel argument sans cesse répété « pour justifier le non-développement économique, (le) contrôle des naissances et (l’)organisation de la migration ».  

            Afin de guérir la Réunion et les Antilles du fléau de la surpopulation – ce mal imaginaire français – des solutions définitives furent préconisées : l’avortement forcé de milliers de femmes suivi de la ligature de leurs trompes, et l’émigration des populations de ces îles vers la métropole. L’histoire des enfants de la Creuse et du BUMIDOM est aujourd’hui entrée dans la mémoire collective comme un crime de l’Etat français. Mais ce que l’on n’a jamais dit, c’est que le vide créé dans ces îles a été comblé par une population blanche métropolitaine.

            Les propos de M. Macron rappellent donc étrangement ceux de M. Debré. Préparerait-il aussi l'immigration des populations africaines vers la France pour montrer qu'elle est généreuse ? De même que la question de la forte natalité dans les outre-mer aurait empêché la France de développer la Réunion et les Antilles, de même aujourd’hui cet argument sert de motif pour ne pas développer Mayotte et la laisser entre les mains des ONG qui en font peu à peu un paradis sexuel. Dans la même logique, la transformation de la démographie en « problème » central du sous-développement de l’Afrique voudrait permettre aux gouvernants français d’éviter d’affronter les questions politiques et sociales de ce continent. Et pourtant, ils savent comme nous qu’on ne peut à la fois entretenir une armée dans un pays étranger, battre la monnaie de ce pays pour mieux le confisquer, se mêler de la manière dont il doit être gouverné, et accuser la fécondité des femmes de le rendre inapte à toute forme de développement.

            Elle est absolument odieuse cette France de M. Macron qui fait du contrôle du ventre des femmes – pour reprendre l’expression de Françoise Vergès – l’argument essentiel de sa mainmise sur ces anciennes colonies. Elle n'est pas belle cette France qui pense que l'Afrique est juste bonne à traire, qu'il est impossible de la développer. N'oublions jamais que quand les gouvernants d'un pays commencent à pointer du doigt un mal imaginaire dans un corps étranger, le crime n'est pas loin.

                  Raphaël ADJOBI

avec la collaboration de Luis-Nourredine PITA

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26 juin 2017

Quatre artistes congolais mourront-ils bientôt ?

Quatre artistes congolais (RDC) mourront-ils bientôt ?

                         ILS SONT LIBRES !! (2/07/2017)

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            Pour dénoncer les massacres dans deux régions de leur pays, quatre artistes de la République Démocratique du Congo se sont allongés sur un trottoir de la ville de Goma. Trois d'entre eux étaient couverts de peinture rouge symbolisant le sang des victimes.

            Cette simulation d'une mort violente n'a pas été du goût des représentants de l'autorité publique. Les quatre artistes ont été mis sous les verrous. Cependant, contre toute attente, les personnes chargées de les emmener leur ont laissé le temps de dénoncer l'injustice qui les frappe et aussi la complicité de tous ceux qui se contentaient de les filmer ou de les enregistrer sans rien faire et sans rien dire.

            C'est vrai qu'aujourd'hui, partout dans le monde, on préfère filmer une noyade plutôt que de plonger au secours de la victime ou appeler les pompiers ; on préfère filmer la voiture qui fonce sur un piéton plutôt que de l'alerter du danger ; on préfère filmer un animal qui dévore un enfant plutôt que de l'abattre.

            Si ces images doivent à leur tour déclencher des actions violentes contre l'injustice ou le crime, alors elles sont nécessaires. Si elles visent à récolter des indignations sans lendemain réparateur, alors les auteurs de ces images qui ne les exploitent pas dans leur plénitude apparaîtront sûrement comme des complices. Celui qui dénonce doit être le premier à agir ! Sinon, on comprend que sa seule ambition, c'est la recherche de la notoriété.

            Nous attendons que celui qui a publié cette scène organise le soutien populaire des artistes avant qu'ils ne connaissent la mort !  

Raphaël ADJOBI

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27 janvier 2017

Les ONG complices des dégâts écologiques et humains en Afrique et dans les pays non industrialisés

         Les ONG complices des dégâts écologiques et humains

                   en Afrique et dans les pays non industrialisés

ONG en action

            Tous les Français ont certainement remarqué que sur nos murs, ainsi que dans les publicités, l’image qui symbolise le mieux la pauvreté et la misère humaine est celle de l’homme, de la femme ou de l’enfant noir. Aussi, dans notre imaginaire collectif, tout Noir est pauvre et cherche en terre de France un refuge pour se relever de sa misère africaine ; même si ce Noir n’a jamais connu l’Afrique. « Un riche en Afrique est un pauvre en France », assurait avec beaucoup d’arrogance un animateur de radio de la fin des années 1970.

            Ce discours officiel – qui a peu à peu nourri le discours ambiant s’entendant jusque dans les coins les plus reculés de France où l’on n’a jamais vu un Noir posséder un logis – a donc fini par nous conforter dans l’idée que nous sommes riches et que par conséquent nous devons aider les « pauvres » Africains.

            Peut-on en toute logique s’élever contre une telle invitation, fruit du sentiment de solidarité ancré dans le cœur humain ? Il faut assurément avoir un cœur de pierre pour trouver à redire à une telle manifestation de l’amour de l’autre. C'est pourquoi, convaincue de l’approbation unanime, l’ONG Terre solidaire fait passer sur les ondes des radios une publicité rythmée par trois bruits caractéristiques suivis chacun par un discours explicatif pour nous amener à agir.  

            - Au bruit d’une bêche sur une terre aride, suivent ces paroles : « là, c’est Fatou (prénom féminin africain) qui bêche le seul lopin de terre qui lui reste après avoir été expulsée par une multinationale ».

            - Au bruit d’une tronçonneuse, on entend : « Là, c’est la tronçonneuse d’une multinationale qui…. » exploite la terre que Fatou a été contrainte de fuir. 

            - Au bruit d’un stylo grattant  nerveusement sur un papier, on entend : « Là, c’est mon stylo rédigeant un chèque….. ». Chèque bien sûr destiné à soutenir l’ONG Terre solidaire qui s’est fixé pour objectif d’aider Fatou à mieux vivre.

        La logique des ONG : vous faire payer les dégâts des multinationales

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            Je voudrais cependant rappeler aux cœurs généreux, à tous ceux qui ont le sentiment que nous devons aider les Africains, qu'il importe de prendre le temps d’analyser la logique qui structure les faits qui ont produit ce discours.

            Quelle est la logique des faits ? Vous avez d’un côté une ONG qui vous demande de l’aider à aider une femme privée de son bien, chassée de ses terres fertiles par une multinationale et obligée de labourer une terre ingrate pour y chercher une pitance incertaine ; de l’autre, la multinationale en train d’exploiter la forêt de laquelle a été chassée la femme. Ces faits, ce sont ceux pour lesquels des milliers de chèques sont signés en France. Maintenant, permettez-moi de vous poser cette question : quel devrait être votre vrai combat, le combat le plus naturel qui s’impose à vous ? Devez-vous continuer à signer des chèques pour exprimer votre générosité à l’égard d’une femme devenue pauvre parce que privée de son bien ou arrêter la main de l’usurpateur par une action énergique ?

            Pour vous aider à répondre à cette question, pour vous aider à comprendre qu’une action plus efficace que l’expression de la générosité par la rédaction d’un chèque est possible, préférable et plus raisonnable, je vous renvoie à l’histoire récente du combat d’une communauté indienne des Etats-Unis. Une réserve, où les Indiens ont été cantonnés depuis plus d'un siècle par la soi-disant générosité de l’Etat fédéral américain, était menacée par le passage d’un pipe-line appelé « le serpent noir » dans le langage imagé local. Les autorités américaines fermaient les yeux estimant le conflit d’ordre privé. Une journaliste alertée par la détermination d’une femme indienne à défendre les terres de ses ancêtres a porté l’affaire sur la place publique. Le soutien des artistes américains à la cause de cette réserve a fait le reste : le projet a été arrêté et des excuses publiques présentées à la communauté indienne lors d’une cérémonie dans la réserve (1).

            Cette histoire nous apprend que c’est la main criminelle qu’il faut arrêter ! Elle nous montre qu’il convient de réagir contre la volonté prédatrice des multinationales plutôt que d’attendre de réparer les dégâts qu’elles ont causés.

            Pour revenir à la publicité évoquée plus haut, disons de façon claire que tous les Français qui ont le sentiment d’être généreux en aidant une femme africaine paient en réalité les dégâts de la rapacité de leurs entreprises travaillant sous les Tropiques. Ceux qui font des chèques aux ONG pensant accomplir une bonne action sont en fait des naïfs que les multinationales abusent allègrement. Les  financiers de ces multinationales font une bonne affaire en créant des ONG chargées de récolter l’argent du contribuable français ou européen pour payer leurs crimes en Afrique et dans d’autres contrées du monde. Voilà la vérité que vous devez tous retenir !

                                         Des preuves à la pelle

            Vers la fin de l’année 2016, un chef nigérian a quitté la région qu’il administrait moralement et s’est rendu en Angleterre pour porter plainte contre la société anglaise exploitante du pétrole nigérian parce qu'elle polluait ses terres. Combien d’ONG européennes avaient auparavant alerté les autorités locales et anglaises des dégâts qui se commettaient ? Aucune ! Combien ont soutenu ce chef nigérian dans son combat ? Aucune ! Quand, quelques années auparavant, des populations du Ghana se sont rendues en Angleterre pour alerter les autorités de la pollution de leurs terres par une de leurs entreprises, combien d’ONG européennes ont soutenu ce combat ? Aucune ! Durant de nombreuses années, la société suisse Nestlé a vendu au Cameroun et aux autres pays francophones du lait composé uniquement de matière végétale qu'elle faisait passer pour du lait de vache sans être dénoncée par les ONG. Quand une entreprise camerounaise a porté plainte contre Nestlé, quelle ONG l'a-t-elle soutenue ? Aucune ! Et les terres polluées par l'usine Nestlé dans ce pays d'Afrique, qui s'en soucie ? Personne en France ou en Europe ! Toujours au Cameroun, qui se soucie des droits des pygmées Baka chassés de leurs forêts ancestrales pour laisser place aux safaris de chasse à l'éléphant qu'organisent là-bas les grandes familles européennes comme les Rothschild ? Personne en France ou en Europe !

Les Européens et la mort de l'Afrique

            Tous ces maux causés par les Européens ne rencontrent que le silence des citoyens de cette partie du monde. Les ONG moralisatrices sont incapables d’attaquer les personnes et les entreprises expertes dans le pillage des objets d’art qui nourrissent les musées, ni celles qui pillent les ressources minières polluant en même temps les sols et privant les populations d’eau potable et de terres cultivables. Pourtant, toutes les ONG européennes s’invitent régulièrement dans les débats électoraux africains, fournissent des informations aux gouvernants européens pour leur permettre de prendre des sanctions contre les élus qui ne respectent pas les règles occidentales. Pourtant, ces associations ou ONG attaquent sans cesse devant les tribunaux européens des autorités africaines qu’elles accusent de posséder en Europe des biens mal acquis ; en d’autres termes des biens achetés avec l’argent des contribuables africains. Pourtant, il est avéré que les ONG ont servi de point d'appui pour défaire les gouvernements de l'Europe de l'Est (anciens satellites de Moscou) et du Maghreb qui n'étaient pas favorables aux financiers occidentaux, tel George Soros.

            Ces accusations contre les autorités africaines mises à part, que faisons-nous avec nos ONG dans les pays non industrialisés sinon ce que nous faisons dans nos banlieues ou nos îles lointaines : mettre en place des jardins potager, proposer des jeux de société, un local pour écouter de la musique, organiser des séances de cinéma ou de vaccination, donner des cours d’alphabétisation… des activités ludiques et éducatives sensées aider les jeunes à sortir de leur « ennui » et les plus âgés à ne pas se sentir seuls au monde. Croyons-nous vraiment que c’est avec nos bénévoles, « ces jeunes, les théories plein la bouche et pas une once de courage dans la main » (Natacha Appanah, Tropique de la violence, édit. Gallimard) que nos ONG vont sortir les "damnés de la terre" de la misère ? Croyons-nous qu’en vaccinant quelques personnes, en partageant leur quotidien, leur musique, en plantant quelques arbres avec eux, cela suffit à leur faire oublier la misère, la crasse, la pollution ou les expropriations de leurs terres ? Non ! Comme le dit si bien un personnage du roman de Natacha Appanah « il n’y a pas de séance de cinéma ou de match de foot qui pourrait égaler le fait de posséder quelque chose, un objet qui ne soit rien qu’à soi » !

            Retenons donc que c’est le droit de posséder quelque chose qui lui est propre que revendique chaque individu, chaque peuple de la terre ! C’est parce que la communauté indienne des Etats-Unis d’Amérique ne voulait pas être privée de son bien et ne pas se retrouver dans le besoin d’être assistée ou de migrer vers d’autres contrées pour quémander la générosité des ONG qu’elle s’est battue avec le soutien des artistes de ce pays. N’attendons donc pas d’aider les expropriés et les immigrés. Empêchons les pays industrialisés de causer des dégâts sur leurs territoires, des dégâts sur leur mode de vie.

            Les ONG, ces Organisations dites non-gouvernementales, sont en réalité des structures créées et financées par les Etats, les multimillionnaires ou milliardaires et les dons des particuliers pour jouer le rôle qui était celui des missionnaires à l'époque de la colonisation des pays tropicaux. Elles accompagnent les prédateurs pour consoler la veuve et l'orphelin et les encourager à se contenter de ce qui leur reste tout en jouant l'espion au service des Etats qui les ont missionnées. Quant aux bénévoles européens, le seul bénéfice de leur engagement avec les ONG, c’est de faire une fois dans leur vie « l’expérience de la misère », c’est-à-dire se frotter aux plus pauvres pour se sentir utiles et savoir que la vie mérite d’être vécue. Quant aux populations africaines et de l'Océan indien prioritairement concernées par les actions des jeunes Européens bénévoles, elles ne cessent de se demander le but que poursuivent ces ONG chez elles.

(1) : Il semble que le nouveau président américain compte relancer le projet de pipe-line.                        

Raphaël ADJOBI

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18 juin 2015

L'Afrique noire et les Libanais

                        L'Afrique noire et les Libanais

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            Dans les années 60 et 70 à Abidjan, dans la communauté des Blancs que côtoyaient les Noirs, il y avait un groupe assez singulier qui retenait l'attention de tous : les Libanais et les Syriens. Des Blancs dont les manières étaient moins policées que celles des Français. Gros ou grassouillets pour la plupart et parlant fort comme les Noirs, ils étaient à la fois hautains et méprisants mais prêts à faire la courbette auprès de n'importe quel petit chef de service pour obtenir ce qu'ils voulaient pour la bonne marche de leurs affaires.   

            Vivant généralement loin des Français, ils prospéraient sur le terrain des Ivoiriens, c'est-à-dire dans le commerce populaire : magasins d'étoffes, épiceries, quincailleries... Aussi, leur univers ne se limitait pas, contrairement à celui des Français, aux grandes villes comme Abidjan, Bouaké et Yamoussoukro. Pour les Ivoiriens, c'étaient des Blancs qui n'étaient pas des Blancs ; même s'ils délaissaient parfois les camionnettes et roulaient dans de belles voitures comme les autres Blancs. Et dans ce domaine particulier, ils se distinguaient par leur goût pour les Honda et les Toyota alors que les Français roulaient en Renault et Peugeot.

            Force est de constater que les Ivoiriens ne se trompaient pas : les Libanais et les Syriens ne sont pas des Européens mais des Orientaux, des Arabes. Chrétiens ou musulmans, ce sont des peuples aux mœurs très éloignées de celles des Européens, s'agissant surtout de la manière dont ils considèrent la femme. Alors qu'en Europe et en Afrique des combats sont menés pour hisser celle-ci sur le même piédestal que l'homme sur le plan des droits civiques et de la considération publique, ces peuples véhiculent encore des habitudes d'un autre âge dans un monde hyper modernisé. Ces dernières années, l'indignation provoquée par le comportement des Libanais à l'égard des femmes noires a atteint un degré qui mérite qu'on s'y arrête. 

                           Derrière les murs des maisons libanaises,

                            la maltraitance des domestiques noires 

            Depuis que la communauté libanaise a commencé à s'étoffer dans leur pays, la manière particulière de gérer son personnel féminin n'a cessé d'intriguer les Ivoiriens. S'il n'était pas rare de voir les jeunes femmes noires promener des bébés libanais, il était presqu'impossible de les voir seules en ville ou chez elles. En d'autres termes, travailler chez un Libanais veut dire être à sa disposition dès les premières heures du jour jusque tard dans la nuit. Ces jeunes femmes n'ont donc jamais la possibilité de mener une vie familiale loin des murs du foyer libanais. Il faut accompagner le maître et la maîtresse dans tous leurs déplacements pour s'occuper de leur progéniture. Il faut les suivre à la plage et parfois même faire le voyage avec eux au Liban. Ce qui laisse imaginer la vie de prisonnières qu'elles doivent mener loin de leur pays d'origine.

            Cependant, c'est depuis ces deux ou trois dernières années que, grâce aux réseaux sociaux, les yeux des Ivoiriens comme ceux de tous les Noirs d'Afrique ont commencé à pénétrer dans ces foyers libanais où évoluent quotidiennement les jeunes femmes noires qui leur servent de domestiques. C'est donc depuis peu que les Libanais suscitent l'indignation générale chez les Africains parce que le phénomène d'emprisonnement et de maltraitance qu'ils infligent aux femmes noires n'est plus un secret pour personne. Cette indignation est d'autant plus grande que les auteurs de ces violences jouissent d'une totale impunité dans leur pays et ne suscitent aucune réaction officielle dans les états africains. 

            En effet, les témoignages et les images de violence à l'encontre des femmes noires qui circulent sur les réseaux sociaux sont indignes d'un peuple quelque peu civilisé avec un gouvernement et des tribunaux comme le Liban. Comment peut-on accepter qu'un homme frappe une femme et la dénude publiquement sans soulever l'indignation dans son pays ? Comment des êtres humains peuvent-ils enchaîner une femme, la dénuder et s'amuser à lui brûler le sexe avec un briquet sans provoquer une condamnation officielle ? Comment accepter qu'un homme vive impuni après avoir jeté une jeune femme par la fenêtre du troisième ou quatrième étage d'un immeuble ? Comment peut-on supporter que des hommes maltraitent des femmes au point de les rendre folles au sens propre ? Comment peut-on accepter qu’une fois cet objectif atteint ils les renvoient vivre errantes et dénudées dans leur pays d’origine ?

            Tous ceux qui ont vu ces images ont crié « trop, c'est trop ! » Il est donc temps qu'une action énergique soit menée ; une action retentissante qui interpelle ce peuple aux mœurs singulières se situant à la marge de l'humanité. A force de vivre dans un pays qui n'a jamais connu autre chose que la guerre, les Libanais auraient-ils tous perdu la raison ? Non, il ne faut pas leur chercher des excuses. Il est temps que les Africains s'organisent pour mener partout dans leurs pays des actions en réponse à ces personnes odieuses qui bafouent allègrement la dignité des femmes noires. Il est temps qu'ils exigent de leurs gouvernants des actions diplomatiques auprès des autorités libanaises – s’il en existe dans un pays constamment en ruine – pour que soient sanctionnées ces pratiques barbares et pour qu'elles cessent définitivement. S'il faut menacer leurs intérêts partout en Afrique pour les obliger à retrouver une conduite plus humaine, les Noirs ne doivent pas hésiter à le faire. 

           ° Image illustrative : lynchage d'une jeune femme en Inde 

Raphaël ADJOBI   

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11 avril 2013

Ils ont tenu à rester assis pour que nous puissions nous lever

                    Ils ont tenu à rester assis

            pour que nous puissions nous lever

Souvenons-nous : le 11 avril 2011, à coups de canons, la France a réussi à extirpé du palais présidentiel ivoirien Laurent Gbagbo qui refusait de céder le siège sur lequel le Conseil Constitutionnel de son pays l'avait installé. Le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes venait d'être bafoué par un pays occidental dit amoureux de ce droit.

            N'oublions donc pas que, comme Rosa Parks en 1955 aux Etats-Unis, Laurent Gbagbo est resté assis afin que nous puissions nous lever pour gagner le combat des indépendances africaines. Le samedi 13 avril, participez à la marche internationale de soutien à Laurent Gbagbo à partir de 12 h, de la Place de Clichy à la Place de Stalingrad.            

  Lire l'article sur Les pages politiques de raphaël

Les photos et le texte de la marche  du 13 avril

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17 décembre 2012

Les tueries par arme à feu : l'Amérique récolte ce qu'elle a semé

                           Les tueries par arme à feu :                        

                  L'Amérique récolte ce qu'elle a semé 

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            « De 7 à 17 ans, les fusils Daisy feront de vos Noëls des moments inoubliables », clame une publicité américaine pas très ancienne. Mais, en cette année 2012, il est certain que la dinde de Noël aura un goût de chair humaine dans de nombreuses demeures du pays de l'oncle Sam.           

            « L'Amérique pleure ses enfants et se demande "pourquoi ?" » C'est ce que l'on lit et entend çà et là. L'Amérique chercherait-elle vraiment à comprendre ce qui lui arrive ? Absolument pas. On ne peut nullement croire à ces interrogations de circonstance. 

            En juillet dernier, après la fusillade qui a suivi la première du film Batman à Aurora, dans une banlieue de Denver, et qui a fait 12 morts et 58 blessés, nous avons eu droit aux mêmes questions et aux mêmes lamentations. Cette fois, à une semaine de Noël, ce sont 20 enfants et 6 adultes qui sont les victimes d'un jeune de 20 ans, à Newtown, dans le Connecticut au nord de New York. Mais quand tout le monde aura essuyé ses larmes, chaque Américain défendra avec force et vigueur la liberté de se protéger des autres citoyens. Et cette liberté passe par le droit de disposer d'une arme à feu ! C'est un droit auquel de nombreux Américains tiennent comme à la prunelle de leurs yeux. 

            Ce qui arrive à l'Amérique aujourd'hui n'est rien d'autre que la conséquence de la construction d'une très vieille tradition, d'une très vieille culture. Pour bien la comprendre, il faut aller au-delà des lobbies des armes qui n'ont fait que tirer profit d'une volonté politique longtemps considérée comme le moteur de la construction d'une Amérique blanche et forte. Il faut remonter à la conquête des terres de cette partie du monde contre les Indiens, puis passer par la traite négrière et enfin par la ségrégation raciale pour en saisir les racines profondes. Oui, c'est dans la volonté de construire une nation blanche et puissante contre les Indiens puis contre les Noirs qu'est née la culture des armes. Avant que chaque Américain ne puisse jouir de ce droit, il était exclusivement réservé aux seuls Blancs. 

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            Il fallait chasser le sauvage indien, le tirer comme un bison ou le parquer dans des réserves afin de se faire de la place. Une fois ce travail réussi, il fallait prévenir les révoltes des esclaves noirs et se protéger de leurs petits larcins. N'oublions pas non plus la belle époque où on allait à la chasse au nègre après la messe du dimanche ! Pour accomplir tout cela, pour montrer la domination d'une race blanche et forte, sûre d'elle-même, le port d’une arme était évidemment nécessaire. D'où les belles publicités américaines dans lesquelles les armes à feu faisaient partie des cadeaux que l'on offrait à ses chers enfants non seulement pour leur faire plaisir mais encore pour leur apprendre à devenir des Américains forts sachant défendre leurs positions raciale et sociale. Tout un programme d'éducation ! 

            Malheureusement, l'être humain à la mémoire courte. Quel journal de notoriété nationale ou internationale oserait porter cette explication sur la place publique maintenant que posséder une arme n'est plus réservé aux seuls Blancs ? On se contente de poser des questions et d'étaler sa grande affliction mais on n'est pas capable de dire la vérité pour ne pas jeter la pierre au passé de toute une nation. Que les Américains se disent qu'ils meurent par les armes parce que leurs ancêtres les ont condamnés à vivre l'arme à la main. Si réellement ils en souffrent, qu'ils aient l'audace d'interdire sa vente au public. Quand des citadins achètent librement des armes, ce n'est point pour chasser le pigeon. 

° Les images sont extraites de l'excellent livre d'Annie Pastor, Les pubs que vous ne verrez plus jamais, édit. Hugo Desinge, sept. 2012. 

Raphaël ADJOBI

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26 novembre 2012

Laurent Gbagbo, démocrate avant Fillon et Copé

    Un tract sur la toile pour réhabiliter Laurent Gbagbo

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24 septembre 2012

Le visage du racisme américain sous Obama vu par Toni Morrison

       Le visage du racisme américain sous Obama

                                 vu par Toni Morrison  

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            Dans le cadre du festival América, - manifestation littéraire française consacrée aux littératures américaines – un journaliste de France Inter a pu approcher Toni Morrison pour avoir son sentiment sur l’état du racisme aux Etats-Unis sous Obama. La clarté et la netteté de la réponse de l’Américaine, Prix Nobel de littérature, mérite réflexion. 

            A la question de savoir si le racisme persiste sous Obama, Toni Morrison a répondu, sans aucune hésitation « oui ! » Puis elle a expliqué que sous Obama le racisme est devenu plus voyant, plus « explicite ». Un racisme « décomplexé ». Désormais, ajoute-t-elle, certaines personnes ne cachent plus leur animosité à l’égard des Noirs sous des politesses conventionnelles. Le racisme semble pour beaucoup une valeur officielle.

            Ces propos ne peuvent que nous ramener à notre actualité française où il est question pour certains – depuis quelques années - de clamer haut et fort qu’ils font partie de « la droite décomplexée » ; ce qui suppose qu’ils ne renient pas le racisme. En effet, par le mot « décomplexé », la droite française montre son refus de laisser à l’extrême-droite le monopole du racisme. Bien au contraire, elle veut l’assumer et en faire son fonds de commerce. 

            En France comme en Amérique, les choses sont donc claires. Point de silence hypocrite, point de vote dénué de toute intention raciale ou anti-raciale. C’est peut-être mieux ainsi, non ? Ici comme aux Etats-Unis, on va pouvoir choisir plus facilement avec qui cheminer dans la vie conjugale comme dans la vie politique. 

Raphaël ADJOBI

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14 mars 2012

Manifeste pour les "produits" de haute nécessité

Manifeste pour les "produits" de haute nécessité

numérisation0001            Ma place à la fois dans le monde du travail et la société de consommation me donnait depuis quelques années le sentiment d'être embarqué dans un train tiré à folle allure par le capitalisme. Quiconque en descend est soit écrasé soit perdu à jamais sur le bord de la voie. Ce petit manifeste me faire comprendre que cette image n'est point irrationnelle mais la peinture exacte d'une triste réalité. Le terme "déconstruire" signifierait alors trouver les moyens d'arrêter ce train, ou lui imprimer un rythme qui serait conforme à la vie de ceux qu'il transporte. 

            Ce manifeste fait suite au mouvement social qui s'est installé en Guadeloupe et en Martinique en janvier et février 2009. Ceux qui l'ont lu n'ont certainement pas manqué d'y repenser lors des récents troubles survenus à l'île de la Réunion en février 2012. Ses rédacteurs ont vu dans l'ampleur et la profondeur de l'âme du mouvement, plus qu'une colère contre les békés. Pour eux, les affres de la "hausse des prix" ou de la "vie chère" ne sont que les résultantes du libéralisme économique qui condamne chacun de nous à n'être qu' « un consommateur » ou « un producteur » : le consommateur ne travaillant que pour consommer ce que produit sa force de travail devenue marchandise ; et le producteur étant réduit à la seule perspective de faire des profits sans limite sur des consommateurs.

            Ce texte est donc la peinture d'une économie devenue sa propre finalité. Il nous tend le miroir de la course aux nécessités immédiates, au pouvoir d'achat, au panier de la ménagère, à cette vie prosaïque à laquelle le poétique fait tant défaut. Il montre que la vie de nos hommes politiques se limite à gérer les misères les plus intolérables et à réguler les sauvageries du "Marché". 

            Pour accompagner le panier de la ménagère plein des produits de première nécessité, le manifeste plaide pour des produits de "haute nécessité" qui font appel à la part poétique de la vie et donc à des exigences existentielles d'un autre ordre.   

            Puisque le mouvement social de 2009 a montré la faillite de tous les pseudo-pouvoirs intermédiaires (régions, préfets, département, association des maires) entre les Antilles et le pouvoir central métropolitain, les rédacteurs du texte proposent l'émergence d' « une force politique de renouvellement et de projection apte à nous faire accéder à la responsabilité de nous-mêmes par nous-mêmes et au pouvoir de nous-mêmes sur nous-mêmes » ; car c'est le déficit de responsabilité qui crée l'amertume, la xénophobie, la crainte de l'autre et le manque de confiance en soi. D'autre part, selon les rédacteurs, les Antilles doivent rechercher leur autosuffisance en se fournissant en produits de toutes sortes dans les Caraïbes plutôt que de se laisser dominer par les intermédiaires entre elles et la métropole. Enfin, ils estiment nécessaire de faire en sorte que le travail « même acharné, même pénible » redevienne un lieu d'accomplissement pour l'homme.

            Si les propositions contenues dans ce manifeste apparaissent quelque peu utopiques, c'est parce que nous avons constamment en tête le manque de volonté politique de nos dirigeants quand il s'agit de mettre à genoux les réseaux de grands profits comme la grande distribution ou les paradis fiscaux. Mais force est de constater qu'elles pourraient s'appliquer à d'autres populations à travers le monde. L'on pourrait même dire qu'elles s'inscrivent dans l'idée de "déconstruction ou décroissance", le nouvel ordre économico-social, dont de nombreux acteurs économiques projettent l'avènement.             

Raphaël ADJOBI 

Titre : Manifeste pour les "produits" de haute nécessité, 12 pages

Editeur : Edition Galaade Institut de Tout-Monde

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05 décembre 2011

2011, Année Internationale des Afrodescendants

2011, Année Internationale des Afrodescendants 

            Sans doute, cette annonce ne vous dit absolument rien. Et pourtant cela fait onze mois qu’elle est devenue effective et court même à son terme. C’est la résolution 64/169 de l’Organisation des Nations-Unies qui a déclaré l’année 2011 Année Internationale des minorités noires  afin d’encourager une plus grande connaissance et un plus grand respect de la diversité par une sérieuse connaissance du patrimoine et des cultures des Afrodescendants

Afrodescendants 0001            Ce qui est surprenant, c’est qu’en Europe cette proclamation est restée sans écho alors que les Afro-américains – surtout ceux d’Amérique latine – en ont fait une réelle occasion pour attirer l’attention des autorités de leurs pays sur leur invisibilité. En Europe, particulièrement en France, les Noirs ne tarissent pas de critiques à l’égard de leurs gouvernants quand il faut évoquer leur absence dans les structures administratives et politiques de leur pays. A leurs yeux, tout laisse penser que la France est blanche. Ce qui leur déplaît fort. Et ils ont raison. Cependant, eux-mêmes se condamnent à l’inertie en refusant toute forme de regroupement communautaire pour accéder à la citadelle nationale farouchement gardée par une élite blanche. Quant aux Afrodescendants sud-américains – comme hier leurs semblables nord-américains – loin d’accepter l’individualisme, ils ont pris le parti d’affirmer leur négritude comme une richesse de leur pays. Et c’est cette richesse faite de valeurs culturelles forgées dans leur condition particulière passée qu’ils valorisent afin de la rendre exploitable et défendable par leurs autorités sur l’échiquier international. Ils se disent aussi que de leur originalité sortiront des génies et des pratiques jusque-là insoupçonnés. 

Coiffures afro 2 0003            Pour illustrer – au sens propre – la volonté des Afrodescendants sud-américains de faire de leur différence une richesse, il me suffit de vous proposer ici les images de leurs talents et de leur fierté qu’ils exposent et imposent à leurs concitoyens blancs et indiens. Alors qu’en Afrique et en Europe la mode est aux cheveux lisses, c’est-à-dire au port de la perruque ou aux mèches appelées « extensions » de cheveux, en Amérique latine on organise des concours de coiffure pour montrer à la fois la beauté sous une vision nègre et des talents d’artistes.  Là-bas, on assume et on valorise sa couleur et les caractéristiques qui en découlent alors qu’ici on tente de les gommer ou de les adoucir par quelques subterfuges bien visibles. 

           Coiffures afro 3 0001 On peut parier – avec beaucoup de chance de ne pas se tromper – que l’année 2011 s’achèvera en Europe sans que ses Afrodescendants ne saisissent l’occasion d’attirer l’attention de leurs autorités sur leur condition d’invisibles. Et pourtant, si l’Organisation des Nations Unies a fait la proclamation dont nous parlons, c’est que les représentants du monde entier ont pris acte d’une injustice flagrante frappant les communautés noires partout où elles sont minoritaires. Franchement, à quoi sert une proclamation si ceux qui sont concernés n’exploitent pas l’opportunité offerte ? A quoi sert une telle proclamation si l’ONU ne met pas tout en œuvre pour favoriser son application ? A quoi sert la liberté si on ne s’en sert pas ?   

°Toutes les photos illustrant cet article viennent du Blog « Noirs d’Amérique latine » de Guy Everard Mbarga.    

Raphaël ADJOBI

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