Lectures, analyses et réflexions de Raphaël

Vous trouverez ici des comptes rendus de lectures livresques concernant essentiellement l'histoire des Noirs d'Afrique et celle des Afrodescendants des Amériques et d'Europe. Les actualités de la diaspora africaine ne sont pas oubliées.

18 juin 2015

L'Afrique noire et les Libanais

                        L'Afrique noire et les Libanais

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            Dans les années 60 et 70 à Abidjan, dans la communauté des Blancs que côtoyaient les Noirs, il y avait un groupe assez singulier qui retenait l'attention de tous : les Libanais et les Syriens. Des Blancs dont les manières étaient moins policées que celles des Français. Gros ou grassouillets pour la plupart et parlant fort comme les Noirs, ils étaient à la fois hautains et méprisants mais prêts à faire la courbette auprès de n'importe quel petit chef de service pour obtenir ce qu'ils voulaient pour la bonne marche de leurs affaires.   

            Vivant généralement loin des Français, ils prospéraient sur le terrain des Ivoiriens, c'est-à-dire dans le commerce populaire : magasins d'étoffes, épiceries, quincailleries... Aussi, leur univers ne se limitait pas, contrairement à celui des Français, aux grandes villes comme Abidjan, Bouaké et Yamoussoukro. Pour les Ivoiriens, c'étaient des Blancs qui n'étaient pas des Blancs ; même s'ils délaissaient parfois les camionnettes et roulaient dans de belles voitures comme les autres Blancs. Et dans ce domaine particulier, ils se distinguaient par leur goût pour les Honda et les Toyota alors que les Français roulaient en Renault et Peugeot.

            Force est de constater que les Ivoiriens ne se trompaient pas : les Libanais et les Syriens ne sont pas des Européens mais des Orientaux, des Arabes. Chrétiens ou musulmans, ce sont des peuples aux mœurs très éloignées de celles des Européens, s'agissant surtout de la manière dont ils considèrent la femme. Alors qu'en Europe et en Afrique des combats sont menés pour hisser celle-ci sur le même piédestal que l'homme sur le plan des droits civiques et de la considération publique, ces peuples véhiculent encore des habitudes d'un autre âge dans un monde hyper modernisé. Ces dernières années, l'indignation provoquée par le comportement des Libanais à l'égard des femmes noires a atteint un degré qui mérite qu'on s'y arrête. 

                           Derrière les murs des maisons libanaises,

                            la maltraitance des domestiques noires 

            Depuis que la communauté libanaise a commencé à s'étoffer dans leur pays, la manière particulière de gérer son personnel féminin n'a cessé d'intriguer les Ivoiriens. S'il n'était pas rare de voir les jeunes femmes noires promener des bébés libanais, il était presqu'impossible de les voir seules en ville ou chez elles. En d'autres termes, travailler chez un Libanais veut dire être à sa disposition dès les premières heures du jour jusque tard dans la nuit. Ces jeunes femmes n'ont donc jamais la possibilité de mener une vie familiale loin des murs du foyer libanais. Il faut accompagner le maître et la maîtresse dans tous leurs déplacements pour s'occuper de leur progéniture. Il faut les suivre à la plage et parfois même faire le voyage avec eux au Liban. Ce qui laisse imaginer la vie de prisonnières qu'elles doivent mener loin de leur pays d'origine.

            Cependant, c'est depuis ces deux ou trois dernières années que, grâce aux réseaux sociaux, les yeux des Ivoiriens comme ceux de tous les Noirs d'Afrique ont commencé à pénétrer dans ces foyers libanais où évoluent quotidiennement les jeunes femmes noires qui leur servent de domestiques. C'est donc depuis peu que les Libanais suscitent l'indignation générale chez les Africains parce que le phénomène d'emprisonnement et de maltraitance qu'ils infligent aux femmes noires n'est plus un secret pour personne. Cette indignation est d'autant plus grande que les auteurs de ces violences jouissent d'une totale impunité dans leur pays et ne suscitent aucune réaction officielle dans les états africains. 

            En effet, les témoignages et les images de violence à l'encontre des femmes noires qui circulent sur les réseaux sociaux sont indignes d'un peuple quelque peu civilisé avec un gouvernement et des tribunaux comme le Liban. Comment peut-on accepter qu'un homme frappe une femme et la dénude publiquement sans soulever l'indignation dans son pays ? Comment des êtres humains peuvent-ils enchaîner une femme, la dénuder et s'amuser à lui brûler le sexe avec un briquet sans provoquer une condamnation officielle ? Comment accepter qu'un homme vive impuni après avoir jeté une jeune femme par la fenêtre du troisième ou quatrième étage d'un immeuble ? Comment peut-on supporter que des hommes maltraitent des femmes au point de les rendre folles au sens propre ? Comment peut-on accepter qu’une fois cet objectif atteint ils les renvoient vivre errantes et dénudées dans leur pays d’origine ?

            Tous ceux qui ont vu ces images ont crié « trop, c'est trop ! » Il est donc temps qu'une action énergique soit menée ; une action retentissante qui interpelle ce peuple aux mœurs singulières se situant à la marge de l'humanité. A force de vivre dans un pays qui n'a jamais connu autre chose que la guerre, les Libanais auraient-ils tous perdu la raison ? Non, il ne faut pas leur chercher des excuses. Il est temps que les Africains s'organisent pour mener partout dans leurs pays des actions en réponse à ces personnes odieuses qui bafouent allègrement la dignité des femmes noires. Il est temps qu'ils exigent de leurs gouvernants des actions diplomatiques auprès des autorités libanaises – s’il en existe dans un pays constamment en ruine – pour que soient sanctionnées ces pratiques barbares et pour qu'elles cessent définitivement. S'il faut menacer leurs intérêts partout en Afrique pour les obliger à retrouver une conduite plus humaine, les Noirs ne doivent pas hésiter à le faire. 

           ° Image illustrative : lynchage d'une jeune femme en Inde 

Raphaël ADJOBI   

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06 août 2013

Certains sites africains d'information seraient-ils malhonnêtes ?

         Certains sites africains d'information sur Internet

              seraient-ils incompétents ou malhonnêtes ?  

            De toute évidence, il y a des sites comme Ivoirebusiness.net, globosahoua.blogpost, en-Afrique.info et Lynx Togo qui refusent de reconnaître les talents des Africains. Je ne veux pour preuve que la reprise de mon article "Laurent Gbagbo, la nouvelle étoile de la Résistance africaine face à l'injustice des Occidentaux" qu'ils ont attribué au quotidien français en ligne Médiapart.

            Le 4 juillet dernier, Nicole Guihaumé avait en effet repris pour le club Médiapart cet article publié le 30 juin sur mon blog politique. Elle n'a pas oublié de mentionner mon nom et un lien menant à mon blog ; c'est-à-dire la source de l'information. Quand la dépêche d'Abidjan.info, Abidjantalk.com et la vingtaine d'autres sites et blogs reprendront ce billet, ils feront preuve de la même honnêteté. 

            Ce qui est surprenant et écoeurant, c'est qu'Ivoirebusiness.net, globosahoua.blogpost et Lynx Togo ont eux aussi repris mon article mais tout en prenant soin d'effacer mon nom et le remplacer par celui de "Médiapart" ; par la même occasion, ils ont fait disparaître l'adresse de mon blog signalée par Nicole Guihaumé. En d'autres termes, ils ont trouvé que c'est plus valorisant - pour eux ! - d'attribuer l'article à ce journal devenu célèbre pour avoir révélé l'existence du compte suisse d'un ministre français. Un article signé Raphaël ADJOBI ne fait pas assez "classe" à leur yeux. Ivoire business pour sa part, a publié l'article deux fois : il l'a une fois attribué à Médiapart, et l'a signalé une autre fois comme ma contribution à un blog ami ; c'est à-dire en mentionnant mon nom.      

            Messieurs, apprenez tout simplement qu'aucun journaliste français n'a affirmé que Laurent Gbagbo est devenu la nouvelle étoile de la Résistance africaine face à l'injustice des Occidentaux. Et Médiapart ne revendique pas la paternité de l'article. Sans doute, ce journal français reconnaît tout simplement, par cette reprise faite par un membre de son club, la justesse de l'analyse et le talent de l'auteur que vous refusez de voir ou de reconnaître. Ce n'est certainement pas au club du Nouvel Observateur, où l'on manie allègrement la censure, que vous trouverez des articles et des commentaires qui montrent la France du doigt concernant la tragédie ivoirienne ou l'injustice faite à Laurent Gbagbo. Notre ami Delugio en sait quelque chose ; et moi aussi d'ailleurs.

            C'est la deuxième fois que Nicole Guihaumé reprend un de mes articles. Il suffit de visiter son blog (Le blog de Nicole) pour bien comprendre sa position sur les événements concernant la Côte d'Ivoire. A l'avenir, soyez plus attentifs pour la devancer, si vous voulez. Montrez-lui que vous aussi vous avez du flair pour repérer les bons articles. Mais surtout, évitez de les attribuer à des illustres écrivains ou journalistes français. Il n'y a aucune gloire à tirer en agissant de la sorte. On se couvre plutôt de ridicule, à défaut d'être taxé de malhonnête. Le combat de la vérité que nous menons ensemble doit nous inciter à l'honnêteté, à la reconnaissance des talents des uns et des autres et non pas à de petites méchancetés. Les journaux officiels ivoiriens ne tombent pas dans ce travers parce qu'ils savent qu'ils ont besoin des blogueurs autant que ceux-ci ont besoin d'eux pour mener ce combat qui nous oppose à nos adversaires sachant mieux manier la violence physique et la falsification de documents que l'écriture.

            Comprenez donc tous que je n'ai nullement l'intention de faire un long procès à nos amis pour ce qui doit sans doute être pris pour des erreurs et non pas des pratiques habituelles. Cependant on ne peut cacher combien il est déplaisant de se voir dépossédé de son oeuvre comme l'avaient déjà fait Abidjandirect et un certain Zoé Narwali sur psychologie.com en reprenant mon billet sur "Comment la France a perdu l'Afrique" (livre de Stephen Smith et Antoine Glaser) sans mentionner ni mon nom ni mon blog.      

Raphaël ADJOBI 

° http://www.ivoirebusiness.net/?q=articles/selon-mediapart-laurent-gbagbo-est-la-nouvelle-%C3%A9toile-de-la-r%C3%A9sistance-africaine-face-%C3%A0#sthash.Wqs4YaHq.dpuf

° http://gbodosahoua-gbodosahoua.blogspot.fr/2013/07/la-nouvelle-etoile-de-la-resistance.html

° http://www.lynxtogo.info/oeil-du-lynx/afrique/4087-mediapart-qlaurent-gbagbo-est-la-nouvelle-etoile-de-la-resistance-africaine-face-a-linjustice-des-occidentauxq.html

Concernant mon article sur le livre "Comment la France a perdu l'Afriqueé"

° http://abidjandirect.net/index2.php?page=livr&id=7315

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11 avril 2013

Ils ont tenu à rester assis pour que nous puissions nous lever

                    Ils ont tenu à rester assis

            pour que nous puissions nous lever

Souvenons-nous : le 11 avril 2011, à coups de canons, la France a réussi à extirpé du palais présidentiel ivoirien Laurent Gbagbo qui refusait de céder le siège sur lequel le Conseil Constitutionnel de son pays l'avait installé. Le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes venait d'être bafoué par un pays occidental dit amoureux de ce droit.

            N'oublions donc pas que, comme Rosa Parks en 1955 aux Etats-Unis, Laurent Gbagbo est resté assis afin que nous puissions nous lever pour gagner le combat des indépendances africaines. Le samedi 13 avril, participez à la marche internationale de soutien à Laurent Gbagbo à partir de 12 h, de la Place de Clichy à la Place de Stalingrad.            

  Lire l'article sur Les pages politiques de raphaël

Les photos et le texte de la marche  du 13 avril

Ils ont tenu à

        

 

 

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17 décembre 2012

Les tueries par arme à feu : l'Amérique récolte ce qu'elle a semé

                           Les tueries par arme à feu :                        

                  L'Amérique récolte ce qu'elle a semé 

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            « De 7 à 17 ans, les fusils Daisy feront de vos Noëls des moments inoubliables », clame une publicité américaine pas très ancienne. Mais, en cette année 2012, il est certain que la dinde de Noël aura un goût de chair humaine dans de nombreuses demeures du pays de l'oncle Sam.           

            « L'Amérique pleure ses enfants et se demande "pourquoi ?" » C'est ce que l'on lit et entend çà et là. L'Amérique chercherait-elle vraiment à comprendre ce qui lui arrive ? Absolument pas. On ne peut nullement croire à ces interrogations de circonstance. 

            En juillet dernier, après la fusillade qui a suivi la première du film Batman à Aurora, dans une banlieue de Denver, et qui a fait 12 morts et 58 blessés, nous avons eu droit aux mêmes questions et aux mêmes lamentations. Cette fois, à une semaine de Noël, ce sont 20 enfants et 6 adultes qui sont les victimes d'un jeune de 20 ans, à Newtown, dans le Connecticut au nord de New York. Mais quand tout le monde aura essuyé ses larmes, chaque Américain défendra avec force et vigueur la liberté de se protéger des autres citoyens. Et cette liberté passe par le droit de disposer d'une arme à feu ! C'est un droit auquel de nombreux Américains tiennent comme à la prunelle de leurs yeux. 

            Ce qui arrive à l'Amérique aujourd'hui n'est rien d'autre que la conséquence de la construction d'une très vieille tradition, d'une très vieille culture. Pour bien la comprendre, il faut aller au-delà des lobbies des armes qui n'ont fait que tirer profit d'une volonté politique longtemps considérée comme le moteur de la construction d'une Amérique blanche et forte. Il faut remonter à la conquête des terres de cette partie du monde contre les Indiens, puis passer par la traite négrière et enfin par la ségrégation raciale pour en saisir les racines profondes. Oui, c'est dans la volonté de construire une nation blanche et puissante contre les Indiens puis contre les Noirs qu'est née la culture des armes. Avant que chaque Américain ne puisse jouir de ce droit, il était exclusivement réservé aux seuls Blancs. 

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            Il fallait chasser le sauvage indien, le tirer comme un bison ou le parquer dans des réserves afin de se faire de la place. Une fois ce travail réussi, il fallait prévenir les révoltes des esclaves noirs et se protéger de leurs petits larcins. N'oublions pas non plus la belle époque où on allait à la chasse au nègre après la messe du dimanche ! Pour accomplir tout cela, pour montrer la domination d'une race blanche et forte, sûre d'elle-même, le port d’une arme était évidemment nécessaire. D'où les belles publicités américaines dans lesquelles les armes à feu faisaient partie des cadeaux que l'on offrait à ses chers enfants non seulement pour leur faire plaisir mais encore pour leur apprendre à devenir des Américains forts sachant défendre leurs positions raciale et sociale. Tout un programme d'éducation ! 

            Malheureusement, l'être humain à la mémoire courte. Quel journal de notoriété nationale ou internationale oserait porter cette explication sur la place publique maintenant que posséder une arme n'est plus réservé aux seuls Blancs ? On se contente de poser des questions et d'étaler sa grande affliction mais on n'est pas capable de dire la vérité pour ne pas jeter la pierre au passé de toute une nation. Que les Américains se disent qu'ils meurent par les armes parce que leurs ancêtres les ont condamnés à vivre l'arme à la main. Si réellement ils en souffrent, qu'ils aient l'audace d'interdire sa vente au public. Quand des citadins achètent librement des armes, ce n'est point pour chasser le pigeon. 

° Les images sont extraites de l'excellent livre d'Annie Pastor, Les pubs que vous ne verrez plus jamais, édit. Hugo Desinge, sept. 2012. 

Raphaël ADJOBI

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26 novembre 2012

Laurent Gbagbo, démocrate avant Fillon et Copé

    Un tract sur la toile pour réhabiliter Laurent Gbagbo

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24 septembre 2012

Le visage du racisme américain sous Obama vu par Toni Morrison

       Le visage du racisme américain sous Obama

                                 vu par Toni Morrison  

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            Dans le cadre du festival América, - manifestation littéraire française consacrée aux littératures américaines – un journaliste de France Inter a pu approcher Toni Morrison pour avoir son sentiment sur l’état du racisme aux Etats-Unis sous Obama. La clarté et la netteté de la réponse de l’Américaine, Prix Nobel de littérature, mérite réflexion. 

            A la question de savoir si le racisme persiste sous Obama, Toni Morrison a répondu, sans aucune hésitation « oui ! » Puis elle a expliqué que sous Obama le racisme est devenu plus voyant, plus « explicite ». Un racisme « décomplexé ». Désormais, ajoute-t-elle, certaines personnes ne cachent plus leur animosité à l’égard des Noirs sous des politesses conventionnelles. Le racisme semble pour beaucoup une valeur officielle.

            Ces propos ne peuvent que nous ramener à notre actualité française où il est question pour certains – depuis quelques années - de clamer haut et fort qu’ils font partie de « la droite décomplexée » ; ce qui suppose qu’ils ne renient pas le racisme. En effet, par le mot « décomplexé », la droite française montre son refus de laisser à l’extrême-droite le monopole du racisme. Bien au contraire, elle veut l’assumer et en faire son fonds de commerce. 

            En France comme en Amérique, les choses sont donc claires. Point de silence hypocrite, point de vote dénué de toute intention raciale ou anti-raciale. C’est peut-être mieux ainsi, non ? Ici comme aux Etats-Unis, on va pouvoir choisir plus facilement avec qui cheminer dans la vie conjugale comme dans la vie politique. 

Raphaël ADJOBI

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14 mars 2012

Manifeste pour les "produits" de haute nécessité

Manifeste pour les "produits" de haute nécessité

numérisation0001            Ma place à la fois dans le monde du travail et la société de consommation me donnait depuis quelques années le sentiment d'être embarqué dans un train tiré à folle allure par le capitalisme. Quiconque en descend est soit écrasé soit perdu à jamais sur le bord de la voie. Ce petit manifeste me faire comprendre que cette image n'est point irrationnelle mais la peinture exacte d'une triste réalité. Le terme "déconstruire" signifierait alors trouver les moyens d'arrêter ce train, ou lui imprimer un rythme qui serait conforme à la vie de ceux qu'il transporte. 

            Ce manifeste fait suite au mouvement social qui s'est installé en Guadeloupe et en Martinique en janvier et février 2009. Ceux qui l'ont lu n'ont certainement pas manqué d'y repenser lors des récents troubles survenus à l'île de la Réunion en février 2012. Ses rédacteurs ont vu dans l'ampleur et la profondeur de l'âme du mouvement, plus qu'une colère contre les békés. Pour eux, les affres de la "hausse des prix" ou de la "vie chère" ne sont que les résultantes du libéralisme économique qui condamne chacun de nous à n'être qu' « un consommateur » ou « un producteur » : le consommateur ne travaillant que pour consommer ce que produit sa force de travail devenue marchandise ; et le producteur étant réduit à la seule perspective de faire des profits sans limite sur des consommateurs.

            Ce texte est donc la peinture d'une économie devenue sa propre finalité. Il nous tend le miroir de la course aux nécessités immédiates, au pouvoir d'achat, au panier de la ménagère, à cette vie prosaïque à laquelle le poétique fait tant défaut. Il montre que la vie de nos hommes politiques se limite à gérer les misères les plus intolérables et à réguler les sauvageries du "Marché". 

            Pour accompagner le panier de la ménagère plein des produits de première nécessité, le manifeste plaide pour des produits de "haute nécessité" qui font appel à la part poétique de la vie et donc à des exigences existentielles d'un autre ordre.   

            Puisque le mouvement social de 2009 a montré la faillite de tous les pseudo-pouvoirs intermédiaires (régions, préfets, département, association des maires) entre les Antilles et le pouvoir central métropolitain, les rédacteurs du texte proposent l'émergence d' « une force politique de renouvellement et de projection apte à nous faire accéder à la responsabilité de nous-mêmes par nous-mêmes et au pouvoir de nous-mêmes sur nous-mêmes » ; car c'est le déficit de responsabilité qui crée l'amertume, la xénophobie, la crainte de l'autre et le manque de confiance en soi. D'autre part, selon les rédacteurs, les Antilles doivent rechercher leur autosuffisance en se fournissant en produits de toutes sortes dans les Caraïbes plutôt que de se laisser dominer par les intermédiaires entre elles et la métropole. Enfin, ils estiment nécessaire de faire en sorte que le travail « même acharné, même pénible » redevienne un lieu d'accomplissement pour l'homme.

            Si les propositions contenues dans ce manifeste apparaissent quelque peu utopiques, c'est parce que nous avons constamment en tête le manque de volonté politique de nos dirigeants quand il s'agit de mettre à genoux les réseaux de grands profits comme la grande distribution ou les paradis fiscaux. Mais force est de constater qu'elles pourraient s'appliquer à d'autres populations à travers le monde. L'on pourrait même dire qu'elles s'inscrivent dans l'idée de "déconstruction ou décroissance", le nouvel ordre économico-social, dont de nombreux acteurs économiques projettent l'avènement.             

Raphaël ADJOBI 

Titre : Manifeste pour les "produits" de haute nécessité, 12 pages

Editeur : Edition Galaade Institut de Tout-Monde

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05 décembre 2011

2011, Année Internationale des Afrodescendants

2011, Année Internationale des Afrodescendants 

            Sans doute, cette annonce ne vous dit absolument rien. Et pourtant cela fait onze mois qu’elle est devenue effective et court même à son terme. C’est la résolution 64/169 de l’Organisation des Nations-Unies qui a déclaré l’année 2011 Année Internationale des minorités noires  afin d’encourager une plus grande connaissance et un plus grand respect de la diversité par une sérieuse connaissance du patrimoine et des cultures des Afrodescendants

Afrodescendants 0001            Ce qui est surprenant, c’est qu’en Europe cette proclamation est restée sans écho alors que les Afro-américains – surtout ceux d’Amérique latine – en ont fait une réelle occasion pour attirer l’attention des autorités de leurs pays sur leur invisibilité. En Europe, particulièrement en France, les Noirs ne tarissent pas de critiques à l’égard de leurs gouvernants quand il faut évoquer leur absence dans les structures administratives et politiques de leur pays. A leurs yeux, tout laisse penser que la France est blanche. Ce qui leur déplaît fort. Et ils ont raison. Cependant, eux-mêmes se condamnent à l’inertie en refusant toute forme de regroupement communautaire pour accéder à la citadelle nationale farouchement gardée par une élite blanche. Quant aux Afrodescendants sud-américains – comme hier leurs semblables nord-américains – loin d’accepter l’individualisme, ils ont pris le parti d’affirmer leur négritude comme une richesse de leur pays. Et c’est cette richesse faite de valeurs culturelles forgées dans leur condition particulière passée qu’ils valorisent afin de la rendre exploitable et défendable par leurs autorités sur l’échiquier international. Ils se disent aussi que de leur originalité sortiront des génies et des pratiques jusque-là insoupçonnés. 

Coiffures afro 2 0003            Pour illustrer – au sens propre – la volonté des Afrodescendants sud-américains de faire de leur différence une richesse, il me suffit de vous proposer ici les images de leurs talents et de leur fierté qu’ils exposent et imposent à leurs concitoyens blancs et indiens. Alors qu’en Afrique et en Europe la mode est aux cheveux lisses, c’est-à-dire au port de la perruque ou aux mèches appelées « extensions » de cheveux, en Amérique latine on organise des concours de coiffure pour montrer à la fois la beauté sous une vision nègre et des talents d’artistes.  Là-bas, on assume et on valorise sa couleur et les caractéristiques qui en découlent alors qu’ici on tente de les gommer ou de les adoucir par quelques subterfuges bien visibles. 

           Coiffures afro 3 0001 On peut parier – avec beaucoup de chance de ne pas se tromper – que l’année 2011 s’achèvera en Europe sans que ses Afrodescendants ne saisissent l’occasion d’attirer l’attention de leurs autorités sur leur condition d’invisibles. Et pourtant, si l’Organisation des Nations Unies a fait la proclamation dont nous parlons, c’est que les représentants du monde entier ont pris acte d’une injustice flagrante frappant les communautés noires partout où elles sont minoritaires. Franchement, à quoi sert une proclamation si ceux qui sont concernés n’exploitent pas l’opportunité offerte ? A quoi sert une telle proclamation si l’ONU ne met pas tout en œuvre pour favoriser son application ? A quoi sert la liberté si on ne s’en sert pas ?   

°Toutes les photos illustrant cet article viennent du Blog « Noirs d’Amérique latine » de Guy Everard Mbarga.    

Raphaël ADJOBI

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13 juillet 2011

Léopold Sédar Sengor témoin des camps de soldats coloniaux pendant l'occupation allemande

                                      Léopold Sédar Senghor

                    témoin des camps de soldats coloniaux

                           pendant l'occupation allemande   

Senghor en 1940 0001 

  Extraits d'un document inédit publiés

  par le journal Le Monde du 17 juin 2011

 

A Poitiers

« (...) Les baraques sont mal construites et nous préservent mal du froid quand le thermomètre est au-dessous de zéro. Les abords des baraques sont pleins d'une boue où l'on enfonce facilement de 30 cm. Il n'y a ni lavabos, ni douches dans le camp. (...) En général, nous sommes assez bien vêtus. A signaler cependant la pénurie persistante de gants et de chaussettes. Beaucoup de tirailleurs en tombent malades (pieds gelés et engelures). La Croix-Rouge nous envoie tout ce qu'il faut, mais on nous donne de préférence les vielles choses. Où passe le reste ?

(...) Solidarité assez étroite entre ceux des différentes colonies : Antillais, Malgaches, Indochinois, Sénégalais. Seuls les Arabes sèment des germes de discorde (les Marocains exceptés). Ils cherchent à s'emparer des meilleures places (secrétariat, cuisine, bonnes corvées, etc.). Pour cela, ils dénigrent les autres, en particulier les intellectuels noirs, qu'ils présentent comme des francophiles et des germanophobes. (...) La propagande allemande était bien organisée à Poitiers. Elle dépendait du bureau de la "Gestapo" à la Kommandantur. Elle eut très peu de prise sur les Sénégalais et les Antillais. D'ailleurs, de bonne heure, elle porta uniquement sur les Arabes : journaux arabes édités par les Allemands, faveurs accordées au culte musulman, aux espions, etc. Les "intellectuels" arabes, je veux dire ceux qui avaient quelque instruction, étaient les meilleurs agents de l'Allemagne. Ils prêchaient leurs compatriotes et dénigraient la France devant les Allemands (chez les Noirs au contraire, chez les Antillais en particulier, les intellectuels furent les plus persistants). Quand on demanda des volontaires pour aller en Russie, il n'y eut que des Arabes à se proposer. (...) Les espions étaient des Arabes - toujours les Marocains exceptés. (...) Ce fut l'occasion de nombreuses frictions entre Arabes et Sénégalais. (...) C'est ainsi qu'un Sénégalais, qui s'était battu avec un sergent arabe et qui refusait de courir sous l'injonction d'un Allemand, fut grièvement blessé d'un coup de pistolet. (...)

 

A Saint-Médard

[La nourriture] est particulièrement insuffisante et peu variée. Nous avons un pain pour 5, parfois pour 6. En général, nous avons de la soupe matin et soir, mais quelle soupe ! Une poignée de riz dans un liquide plus ou moins coloré et salé.

(...) Dans les Kommandos, (...) les hommes travaillent de 8h30 à 15 heures. Ils ne peuvent manger avant 16 heures. Pour leur permettre d'attendre, on leur a donné 100 gr de pain à midi (...) et il n'est pas question de manger à la table du paysan comme à Poitiers. D'ailleurs les civils leur témoignent en général, dans la Gironde, une parfaite indifférence. Plusieurs civils se sont plaints des restrictions et m'ont dit que les prisonniers n'étaient pas les plus malheureux.

(...) En somme, la France peut faire oublier la défaite et la captivité si elle sait, elle aussi, faire de la propagande auprès des prisonniers libérés. Or le bruit court dans les camps que Vichy pratique une politique "réactionnaire" aux colonies. Partout dans ces mêmes camps, Pétain symbolise la France, et son portrait y est, à ce titre, très vénéré. (...) »

 

Raffael Scheck, qui a authentifié le texte (dont une copie est conservée aux archives de l'armée de terre à Vincennes), confirme qu'entre 1940 et 1942 tout laissait croire à l'Allemagne qu'elle allait gagner la guerre. Aussi « La propagande allemande pro-islamique était intense envers les Nord-Africains. Il y avait des camps de propagande pour eux en Allemagne (...) et les services allemands s'efforçaient de préparer les prisonniers nord-africains à accepter une présence militaire et politique allemande en Afrique du Nord ». (Le Monde  du 17 juin 2011).  

 

Lu pour vous par Raphaël ADJOBI  

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18 décembre 2010

Françafrique, 50 années sous le sceau du secret (un film de Patrick Benquet)

                                       Françafrique

                        50 années sous le sceau du secret

 

 

Fran_afrik_0001            Au moment où en Côte d'Ivoire, enfermé dans son hôtel, un homme politique africain attend avec impatience que la France et les Etats-Unis - par le biais de l'Onu - l'installe sur le siège de la présidence de la république, au moment où cet évènement nourrit les opinions les plus diverses et divise les Africains autant que les Européens, voilà que Patrick Banquet sort un film d'une effroyable vérité sur les relations que la France entretient avec les dirigeants de ses anciennes colonies depuis cinquante ans. Des relations au parfum de pétrole qui n'ont cessé d'ensanglanter l'Afrique, des relations dans lesquelles les chefs d'états africains éprouvent de plus en plus de plaisir à jouer les premiers rôles.

 

            Dans ce film magnifique en deux parties, la liberté de parole des anciens acteurs de l'exploitation abusive et de la manipulation sans scrupule des dirigeants noirs surprend et charme à la fois. Tous, formés à l'école de Jacques Foccart ou trempés dans le pétrole avec ELF, sont superbes dans leurs habits d'anciens vautours chargés par l'état français - qui feignait et feint toujours de les ignorer - de saigner le continent noir au nom de l'indépendance énergétique de la France seul moyen de tenir son rang dans le concert des grandes nations du monde. Les différents coups d'états de l'histoire de l'Afrique de ces cinquante dernières années ressemblent ici à des jeux d'enfants diaboliquement orchestrés où les chefs d'états africains sont des marionnettes presque risibles. Les coups d'état africains, « la France les combat, les tolère ou les provoque ». En d'autres termes, en Afrique, aucun mouvement de rébellion, aucun chef d'état n'est parvenu au pouvoir sans l'aide ou la bénédiction de la France. C'est tout cela que montre la première partie du film intitulée La raison d'état.

 

           Peu à peu, les « marionnettes africaines » de la France se transforment en véritables « complices sans état d'âme du pillage de leur pays ». Avant comme après la privatisation de Elf, les gouvernants africains vont amasser des fortunes plutôt que de se préoccuper du sort de leur peuple. Ils s'y prennent si bien que leur richesse les autorise à intervenir dans le jeu politique de la France en choisissant ou révoquant des ambassadeurs, en imposant tel ou tel comme ministre chargé de la relation avec l'Afrique, et parfois même plus que cela. On croit rêver. D'où le titre de la deuxième partie du film : L'argent roi. Mais c'est dans ce contexte où les enjeux électoraux africains sont dessinés selon le patron des volontés élyséennes qu'un homme est apparu sur la scène politique francophone de manière absolument inattendue pour la France : Laurent Gbagbo ! Un homme politique de l'une des anciennes colonies qui parvient au pouvoir sans que la France ait misé sur lui ne peut qu'être un effronté. Non seulement il ne sollicite pas la bénédiction de la France, mais en plus c'est avec lui que l'ancienne puissance colonisatrice est pour la première fois conspuée en Afrique. Pour la première fois, sur ce continent, après cet homme, d'autres gouvernants noirs parlent de « donnant donnant » en affaires transformant ainsi le président des Français en simple représentant de commerce pour les entreprises françaises en Afrique.

 

            La fin du film semble donc montrer qu'une nouvelle ère est née pour l'Afrique. Malheureusement, peut-être par manque de confiance en elle ou animée par la peur inconsciente de l'opprimé, elle n'ose pas saisir l'occasion pour s'émanciper davantage. Tout laisse croire qu'un peu de cohésion et de solidarité lui ferait prendre conscience du poids de son pouvoir. Vous connaissiez la françafrique par les livres ; la voici désormais en images pour vous emporter au-delà de l'imaginable.    

 

° Pour acheter le DVD (6,40 €, frais de port compris) : Nouvel Observateur, 10/12 Place de la Bourse, 75002 Paris.Tel : 01.40.26.86.13

 

Raphaël ADJOBI

 

Titre : Françafrique, 50 années sous le sceau du secret (Film)

Auteur : Patrick Benquet

 

Posté par St_Ralph à 22:03 - Actualités Monde - Commentaires [15] - Permalien [#]