Lectures, analyses et réflexions de Raphaël

Vous trouverez ici des comptes rendus de lectures livresques concernant essentiellement l'histoire des Noirs d'Afrique et celle des Afrodescendants des Amériques et d'Europe. Les actualités de la diaspora africaine ne sont pas oubliées.

19 février 2015

Sale temps pour les enfants d'Eburnie

           Sale temps pour les enfants d'Eburnie

 

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            Depuis que de la savane profonde

            La terreur s'est répandue sur Eburnie,

            S'exhale de nos terres un parfum de mort.

            Dans les champs, les récoltes sont tachées de sang.        

 

            Des plaines sèches, chaque jour,

            L'épouvante enfle, moutonne et vient

            Au sein de l'Ebrié déverser sa macabre moisson

            De corps d'enfants affreusement mutilés.

 

            Comme un souffle de l'harmattan,

            Les égorgeurs ont prospéré dans les bois du sud ;

            Et l'art de verser le sang a fait d'eux d'excellents maîtres.

            Les statues de leurs criminels enseignements font foi.

 

            Ce matin encore, on frappa à la porte. On ouvrit.

            Sur le seuil, un fossoyeur qui sourit.

            - Je ne suis pas encore prêt, dit l'enfant.

            - Il est déjà temps de partir, déclara l'ange moissonneur.

 

            Le garçon fit son rot en souvenir de son dernier repas ;

            L'intérêt de l'autre ne pouvait attendre.

            Les autels ont besoin de sang, on le crie.

            Il faut à la préférence ethnique cinq ans de garantie.

 

            Combien d'enfants encore faudra-t-il sacrifier ?

            Ici, un père veille son fils sans tête ni main.

            Là, une mère pleure une tête sans corps.

            Et nos sanglots interrogent le ciel et les palais muets.

 

            Parfois, du fond de nos cœurs, un espoir s'éveille ;

            Puis, de sa marche lente et pesante

            S'en va mourir dans l'Ebrié comme

            Accompagnant le voyage funèbre de nos tendres enfants.

 

            Raphaël ADJOBI

             (15 février 2015)   

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06 avril 2014

Le racisme pathologique, ou quand le racisme devient une maladie

                              Le racisme pathologique

                  ou quand le racisme devient une maladie 

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            Regardez bien les deux premières images qui illustrent ce billet. Prenez le temps de chercher à comprendre ce qui pourrait justifier le comportement des deux personnes blanches en action. Certains aiment à dire qu'il faut replacer les choses dans leur contexte. Je vous laisse alors le loisir de l'inventer. Pour ma part, rien ne peut justifier ces deux comportements. 

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            Dans les deux cas, les personnes noires attaquées ne représentent aucun danger pour chacun des deux Blancs. Les dames dans la piscine auraient-elles antérieurement offensé l'hôtelier ? Même si c'était le cas, peut-on trouver juste de réparer l'offense avec une telle violence destructrice et surtout en prenant la personne par traitrise ? Quant au policier, c'est discrètement qu'il gaze la fillette, démontrant clairement qu'il est en faute, qu'il n'est pas en train de sanctionner légalement la fillette qui l'aurait outragé. 

            Ces deux images sont indiscutablement la marque d'un racisme dont seuls sont capables les Blancs à l'égard des Noirs en ces temps modernes. Comment peut-on expliquer l'existence de ce racisme intimement ancré dans les profondeurs de certains êtres humains ? Il serait difficile de qualifier ces gestes de gratuits, épidermiques, totalement irréfléchis et donc irrationnels. 

            Je crois sincèrement que lorsque le racisme s'apparente à ce que l'on appelle un geste gratuit, un geste proche de l'enfantillage - ce qui fait que l'on dit que c'est pour s'amuser - c'est que nous sommes justement en face du racisme pathologique. Ce dernier type de racisme profondément ancré dans l'être, a des manifestations impulsives et procure de la jouissance. Il est différent du racisme fanfaron qui vise à blesser et à se faire valoir par la même occasion. Il va plus loin que le racisme culturel qui veut affirmer la supériorité de sa race. Le racisme pathologique qui a l'apparence de l'irrationnel est le résultat d'un traumatisme subi dans un contexte extrêmement raciste. C'est dire que le fait de baigner constamment dans un milieu profondément raciste fait de vous un malade du racisme. 

            Pour vous expliquer cela, je vais passer par un détour qui nous mettra tous d'accord. Les traumatismes propres aux bourreaux sont régulièrement relevés chez les soldats américains et européens qui ont séjourné dans des zones de conflits très violents où ils ont pratiqué la torture, le viol et la boucherie humaine. Ils en reviennent brisés et vivent dans la peur de reproduire les mêmes comportements avec leurs concitoyens. De même que leurs victimes - dans les pays qu'ils ont quittés - portent en eux des traumatismes profonds, ils sont  eux aussi atteints de maladies singulières.            

            N'est-il pas vrai que les Noirs d'aujourd'hui portent encore en eux  des réflexes liés à l'histoire douloureuse  de l'esclavage et de la colonisation ? N'est-il pas vrai que nos pensées sont imprégnées de ce passé douloureux qui nous a plus ou moins profondément affectés ? Les dommages psychologiques que nous ont infligés l'esclavage et la colonisation sont bien réels, au point que certains en ont encore des manifestations proches de l'irrationnel. De même, comme le fait adroitement remarquer Louis-Georges Tin dans Esclavage et réparations, les descendants des colons ont aussi gardé des séquelles de cette époque. Habitués à briser impunément des vies humaines à longueur de journée, certains ont développé en eux "narcissisme, complexe de supériorité, schizophrénie tendant parfois au double discours, trouble de la mémoire proche de l'amnésie, angoisses obsidionales* par rapport aux étrangers, paranoïa postcoloniale liée à une psychose du déclin, etc." 

            En un mot, les gestes racistes que nous pouvons observer sur les deux premières images sont ceux de personnes malades du racisme pratiqué à outrance. Et comme tous les malades, ils ont besoin d'être soignés, à défaut d'être internés. 

* Sentiment d'être assiégé. Ces personnes voient partout des étrangers qui veulent prendre leur place, qui représentent donc une menace.

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Raphaël ADJOBI

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13 novembre 2013

La vie d'Adèle (Abdellatif Kechiche)

                                          La vie d'adèle

                                     (Abdellatif Kechiche)

 

La vie d'Adèle 0001

            La vie d'Adèle d'Abdellatif Kechiche semble parfait, et cela grâce à la justesse du ton des différentes séquences qui le composent. La marque distinctive du cinéaste - les gros plans appuyés et l'absence d'ellipse narrative - est une fois encore mise au service d'un récit long qui vous interpelle sans cesse et vous oblige à sonder votre conscience devant la vie amoureuse d'une jeune lycéenne qui devient, avec le temps, une femme de notre société.

            Le spectateur ne peut que difficilement comprendre les critiques qui ont visé la personnalité du réalisateur après la sortie du film. Il a été souvent question de sa trop grande exigence frisant l'obsession, voire la violence à l'égard des actrices. Une exigence interprétée comme une violence faite à la femme. Mais quiconque aura vu ce film ne pourra que se poser cette question : pour obtenir une telle beauté et une telle justesse de jeu, comment le réalisateur pouvait-il ne pas être très exigeant dans la pratique de son art ?

            Si le film a recueilli presqu'unanimement le jugement favorable des critiques et s'est vu décerner la Palme d'or à Cannes, c'est justement grâce à cette exigence visible sur les écrans. Comment pouvait-il tutoyer la perfection en en faisant l'économie dans son travail de réalisateur ? N'oublions pas que beaucoup de cinéastes ont été glorifiés justement parce qu'ils se sont montrés très exigents dans leurs œuvres. Pourquoi donc chez Abellatif Kechiche cette qualité serait-elle un crime ?

Abdellatif Kechiche 0001

            La vie d'Adèle n'est rien d'autre qu'une histoire d'amour, comme il en existe tant d'autres ; mais une histoire d'amour qu'il nous est rarement donné de voir publiquement parce qu'elle lie deux femmes. Tout le talent d'Abdellatif Kechiche réside dans sa capacité à faire croire au spectateur qu'il s'agit d'une relation ordinaire entre deux êtres qui s'aiment d'un grand amour ; c'est-à-dire que leurs difficultés sont celles de tous les couples de notre société, voire du monde entier. Il est d'ailleurs plaisant de découvrir dans ce film des schémas classiques de la vie des couples comme l'accueil de l’être aimé(é) dans la belle-famille, le problème du partage des tâches domestiques, ou encore les propos sur la compagne que l'on aimerait voir plus épanouie dans une activité particulière alors que l'on ne songe guère à la soulager du poids du quotidien qui l'accable dans le foyer.

            Des actrices d'une profonde vérité, dans des jeux scéniques éblouissants, font de ce film un chef d’œuvre qui marquera notre époque et fera certainement de son auteur le premier peintre réaliste de l'amour entre deux personnes du même sexe. 

Raphaël ADJOBI 

N.B : S’il y a une actrice qui apprécie la rigueur d’Abdellatif Kechiche, c’est bien Sarah Forestier (L’Esquive, 2004) qui mettra en scène son premier long métrage au printemps 2014 : « Il vous accompagne vers un état de transe, de totale créativité, et vous pousse à prendre le pouvoir, y compris sur lui. » (Télérama n° 3330 du 9 au 15 novembre 2013).      

Titre du film : La vie d'Adèle, 2013 (avec Adèle Exarchopoulos et Léa Seydou) 

Réalisateur : Abdellatif Kechiche                                                                                                               

 

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15 octobre 2013

Quand les Américains profitaient de la guerre pour piller les musées irakiens

               Quand les Américains profitaient de la guerre

                             pour piller les musées irakiens

           

Pillage en IRAK 0001

Depuis des siècles, les Occidentaux ont multiplié les séjours sur les terres lointaines pour piller allègrement des objets d'art ayant le plus souvent une fonction religieuse. Depuis 2006, la France a consacré un musée aux fruits des pillages réalisés par ses citoyens. Le Musée du quai Branly n'est rien d'autre que cela. Pour éviter l'injure que l'on pourrait faire aux civilisations non occidentales, on a abandonné le nom de musée des Arts premiers pour ne l'appeler que musée des civilisations d'Afrique, d'Asie, d'Océanie et des Amériques ou tout simplement Musée du quai Branly. A qui profite le crime ? A la France bien entendu. 

            Un peu partout dans le monde ou les populations blanches d'origine occidentale se sont installées, elles n'ont pas manqué de piller les objets d'art des autochtones pour ensuite ériger des musées afin d'en tirer un bon prix. Instruits de cette expérience, lors de la guerre en Irak, les soldats américains se sont appliqués à piller copieusement la plupart des musées irakiens et ont emporté leur butin chez eux bien évidemment. La prétendue guerre humanitaire fut donc fructueuse en pétrole et en œuvres d'art ! Voici un petit article glané pour vous dans Beaux Arts magazine d'octobre 2013.

                          10 000 objets d'art restitués par les USA

            « D'ici un an, les Etats-Unis restitueront à l'Irak quelque 10 000 objets d'art, dérobés pour la plupart durant les conflits armés ayant suivi la chute de Saddam Hussein en 2003. Certains provenaient du Musée national irakien, qui a perdu pas moins de 14 000 pièces lors de la 3e guerre du Golfe.  

            Comment ces œuvres ont-elles pu entrer sur le territoire américain ? "Nous sommes convenus de ne pas aborder la question", dit le ministre irakien de la Culture, Bahaa al-Mayahi. Au total, les autorités ont déjà retrouvé près de 130 000 pièces portées disparues dans le pays. »

            Pas de vague ! La restitution des 10 000 pièces par les Américain se fera en catimini. Il ne faut pas couvrir l'oncle Sam, l'humanitaire, de honte.

Raphaël ADJOBI  

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09 mai 2013

Côte d'Ivoire : la dictature ouattariste vue par les artistes ivoiriens et africains

              Côte d'Ivoire : la dictature ouattariste

           vue par les artistes ivoiriens et africains

              (article dédié à Obambé, le plus Ivoirien des Congolais)

Mossi Dramane 0004

            Depuis l'avènement d'Allassane Ouattara au pouvoir en Côte d'Ivoire, à la faveur du coup d'état franco-onusien du 11 avril 2011, un phénomène - jusque-là embryonnaire - s'est développé de manière considérable dans les milieux panafricanistes : le cyberactivisme. En effet, face à la violence physique - apanage de la dictature - les résistants ont déserté les rues et les places publiques des villes africaines et ont fait d'Internet leur espace d'expression, réussissant à modifier dans l'esprit de tous les utilisateurs de cet outil moderne l'image officielle de nombreux dirigeants africains. 

            Il ne s'agit plus de simples caricatures picturales. Désormais, grâce aux nombreuses techniques que permet Internet, les photos sont détournées de leur objectif premier pour servir la cause de la résistance.Ce qui pourrait apparaître comme un simple jeu se révèle en définitive non seulement comme un art de la dérision mais aussi un message politique adressé au reste du monde. A bien les regarder, ces caricatures et ces photos-montages traduisent à la fois le cri de douleur et la colère des populations et particulièrement de la jeunesse qui aspire à un avenir autre que celui qui lui est imposé.

Drôle de victoire 0002

 

            Certes, ceux qui connaissent les Ivoiriens depuis des décennies n'ignorent pas leur talent ordinaire de tout tourner en dérision. Mais il est sûr que personne n'imaginait les voir un jour mettre cette qualité au service de la lutte politique de manière aussi incisive et efficace. Sans détour, ils font savoir clairement au monde entier qu'Alassane Ouattara est doublement étranger des réalités qu'il dirige : un Burkinabé n'ayant jamais rien partagé avec les Ivoiriens avant de leur être imposé ; et un agent de la France qui ne se soucie que des intérêts français.

FRCI à l'oeuvre 0002

 

            Les artistes et les cyberactivistes ne cachent pas non plus leurs sentiments sur les actes posés par la dictature ouattariste. A leurs yeux, faire disparaître de la scène politique un grand parti en mettant tous ses dirigeants en prison est une chose ignoble que seule la France trouve acceptable. voir les villages abandonnés aux rebelles illettrés qui y cherchent leur nourriture quotidienne par la violence et le vol est une pratique qu'ils regardent comme un jeu pitoyable sous le soleil d'Afrique. Quant aux élections, elles leur semblent des rendez-vous que les partisans de Ouattara inventent pour montrer la rondeur de leurs biceps.

Nouveau siège FPI 0004

    

            C'est en clair, l'illégitimité, l'inhumanité, la violence et l'injustice du pouvoir d'Alassane Ouattara qui sont dénoncées par les artistes et les cyberactivistes. Apparemment la réconciliation n'amuse personne. L'incapacité d'Alassane Ouattara à réussir ce défi se confond avec son manque de volonté politique. Le jour où il réussira la réunification du pays et réinstallera l'autorité de l'état dans le nord de la Côte d'Ivoire, on le prendra un peu plus au sérieux quand il prononcera le mot "réconciliation".

Tout Pissant 0004

Lire sur Mes pages politiques : l'Afrique se déshumanise-t-elle au Togo ?                  

Raphaël ADJOBI

NB : Toutes mes excuses aux auteurs images non signées publiées ici. Je ne m'attribue pas vos oeuvres ; je vous rends hommage.

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21 avril 2013

Afrique 3.0 ou quand les Africains racontent la nouvelle dynamique du continent (hors-série du Courrier international)

                                            Afrique 3.0   

                      Ou quand les Africains racontent

                   la nouvelle dynamique du continent

                      (Hors-série du Courrier international)

Afrique_3            Si vous n’avez pas encore acheté ce hors-série du Courrier international - un numéro consacré à l’Afrique et rassemblant de très intéressants articles publiés par les grands journaux africains, européens et américains – pensez à le faire afin de découvrir un autre regard sur l’Afrique ; un regard à multiple facettes qui vous remplira d’espoir et vous incitera peut-être à vous demander la couleur de la pierre qu’il vous faut ajouter à la nouvelle dynamique de ce continent. 

            La diversité des articles répond, de façon évidente, au parti pris de faire émerger à la fois la parole et le regard des Africains - issus de la diaspora ou non - sur ce qui se fait ou se vit dans les différents pays ou sur l’état de l’Afrique noire dans sa globalité. Architectes, économistes, inventeurs, mais aussi écrivains, historiens, journalistes, photographes et artistes prennent le pouls du continent et  racontent son dynamisme à travers ce qu’ils vivent eux-mêmes. 

            Vous découvrirez donc avec beaucoup d’intérêt l’extraordinaire essor du « naija », le pidgin nigérian qui, avec ses millions de locuteurs, ne cesse de gagner en vigueur et en notoriété malgré les mesures que prennent les autorités pour réprimer son usage. Vous ne resterez pas insensible à la réflexion de Pape Sadio Thiam sur l’intérêt pour les pays francophones de se mettre massivement à l’Anglais. Par ailleurs, vous serez ravis de lire les belles peintures sociales faites par des journalistes et des écrivains et les analyses qui les accompagnent. C’est avec un grand plaisir que vous lirez le bel article de la ghanéenne Afua Hirsh sur « le grand retour des enfants d’immigrés » et les propos de la journaliste ougandaise Melinda Ozongwu sur ce que l’Afrique peut apprendre au reste du monde. Il ne faut surtout pas manquer l’excellent article du kényan Binyavanga Wainaina – « Une Kalachnikov et des seins nus » – qui montre la recette faite de préjugés et de lieux communs dont s’imprègnent écrivains et journalistes occidentaux au moment d’écrire sur l’Afrique. Passionnant !

Si vous ne le connaissez pas, vous ferez connaissance avec Mo Ibrahim, l’entrepreneur visionnaire de la téléphonie mobile. Ce soudanais de 67 ans a lancé en 2007 le prix Ibrahim pour récompenser « des chefs d’Etat ayant développé leur pays, sorti leur peuple de la pauvreté et jeté les bases d’un avenir prospère » !  Un article à lire absolument. Le Congolais brazzavillois Verone Mankou qui revendique la première tablette et le premier portable conçus en Afrique, le regard de l’architecte ghanéen David Adjaye sur l’architecture des capitales africaines ainsi que celui du burkinabé Diébédo Francis kéré qui construit des écoles avec des matériaux locaux ne manqueront pas de retenir votre attention. Vous découvrirez de nombreux autres articles qu’il serait fastidieux d’évoquer ici. 

Vous sentirez, en lisant ce hors-série du Courrier international, qu’au-delà de cette « poussière d’Etats faibles » (Achille Mbembé) où « il n’y a que deux tribus : les riches et les pauvres » - aux dires de l’écrivain kényan Ngugi wa Thiong’o – palpite une Afrique pleine de vie, de dynamisme qui ne demande qu’à s’épanouir dans un cadre plus serein ; un cadre où la convoitise de ses ressources devra cesser de se traduire par la violence des armes et des coups d’état téléguidés. Vous pourriez même – en lisant l’article « Maudites ressources » de l’économiste ivoirien Koffi Allé - vous demander si, au lieu de regarder ses ressources naturelles, l’Afrique ne devrait pas changer de cap.     

Raphaël ADJOBI

Titre : courrier international, Hors-série n° M 04224

            (Mars-avril-mai 2013)

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01 avril 2013

La publicité, baromètre du racisme français

       La publicité, baromètre du racisme français

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            La France blanche est-elle profondément raciste ? Oui, on peut le croire ! Au regard des messages publicitaires par lesquels les annonceurs s'adressent à elle, on peut répondre à cette question par l'affirmative. En effet, le monde de la publicité a cette particularité de bien étudier ce qui touche la fibre sensible du destinataire avant de lui délivrer le moindre message.

            Pour vous le prouver, il me suffit de vous montrer que les politiques et les annonceurs s'adressent généralement à la population dans le langage qu'elle comprend. En d'autres termes, si le politique ou l'annonceur manie le langage raciste à l'adresse du public, c'est parce qu'il sait que celui-ci a les éléments culturels nécessaires pour le comprendre et l'accepter comme chose normale qui ne choque pas. 

            Prenons l'exemple de cet humoriste qui disait dans un de ses sketchs qu'il n'était pas raciste parce qu'il avait un disque de Sidney Bechet. Il ne faisait alors qu'exprimer la manière ordinaire des Français blancs de nier le racisme qui était en eux. Plusieurs décennies plus tard, en mars 2013, Nadine Morano justifiait l'absence de racisme en son coeur et en son âme de la même façon. "Je ne suis pas raciste, j'ai une amie tchadienne plus noire qu'une arabe", avait-elle fièrement clamé. A qui s'adressait-elle ? A ses compatriotes blancs, seuls capables de comprendre que ce discours vous lavait du soupçon d'être raciste. Quant aux Français noirs, coutumiers de ces propos racistes censés montrer que l'on ne l'est pas, ils n'osent plus s'en offusquer parce que leur indignation serait prise pour du racisme anti-blanc. 

            Une chose est sûre : en France, les politiques, les journalistes et les publicistes s'adressent spécifiquement aux Français blancs. Aussi s'appuient-ils particulièrement sur les présupposés culturels que ceux-ci ont bien intégrés, dans leur conscience ou leur subconscient. Démonstration !   

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            Quand le Noir est présenté comme un mangeur de chair blanche, à qui s'adresse le publiciste ? Forcément aux Français blancs qui comprennent ce message ; message qui ne les choque pas parce qu'il est dans l'ordre des choses admises. Cela ne mérite aucun procès. D'ailleurs, beaucoup trouvent l'image amusante. Si un Noir s'en indigne, on dira qu'il fait du racisme anti-blanc.

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            D'autre part, quand les illustrations des magazines ou des articles des journaux évoquent les peuples d'Afrique, ceux-ci sont bien souvent présentés comme des pauvres affamés ou des sauvages. Cela répond bien à ce que pensent les Français blancs ; ou cela contribue à les entretenir dans l'idée qu'ils sont très évolués par rapport à cette catégorie de personnes. Et le Français noir n'a pas intérêt à en être chagriné ; il manifesterait du racisme anti-blanc.

      Entretenir le racisme grâce à l'image du Noir assisté

         et celle du Blanc supérieur volant à son secours 

Aider l'Afrique 0001

            D'ailleurs, pour l'Afrique, que proposent les publicités, les associations, les politiques ? De l'aide ! Oui, de l'aide. Ils demandent aux populations françaises de les aider à aider l'Afrique, à aider les pauvres Africains qui ont grand besoin d'eux ; sinon, ils mourront tous. Cette indignation devant la pauvreté de quelques populations bien choisies n'est que la manifestation d'une bonne conscience visant à cacher un racisme institutionnalisé. Ils oublient en effet - ou feignent d'oublier - que ce sont les plantations africaines d'hévéa qui font travailler les usines de pneumatique en France. Combien d'emplois ? Ils refusent de voir que ce sont les métaux extraits du sous-sol africain qui font travailler les usines en France. Combien d'emplois ? Ils ne veulent pas penser que ce sont les fruits tropicaux (café, cacao...) et le pétrole africain qui permettent à bon nombre de sociétés françaises de tourner. Combien d'emplois ? Oui, l'action des sociétés privées françaises en Afrique génère des emplois dans le privé en France pour le grand bonheur de tous. Et gare au gouvernant africain qui aura le malheur d'envisager la transformation de ces matières premières sur place ! Il s'exposera à un coup d'état. On ne demande pas à l'Afrique de montrer le savoir-faire de ses cadres formés dans les universités européennes, mais de fournir à l'Europe des matières premières. C'est tout ! 

            Pour l'Etat français comme pour les autres pays européens, les Africains doivent demeurer des éternels assistés, des abonnés au FMI et aux ONG, c'est-à-dire des abonnés à la soupe populaire. Il leur est difficile de concevoir que l'Afrique noire veuille jouer un autre rôle que celui qu'ils lui ont attribué. Et cela, c'est du racisme érigé en politique d'état. 

Raphaël ADJOBI

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26 février 2013

La circoncision, cette mutilation que l'on veut ignorer

                          La circoncision, cette mutilation

                                       que l'on veut ignorer            

Circoncision Egypt

            Il est difficile d'imaginer la misère quand on ne l'a pas vécue. Voir des miséreux ou même panser leurs plaies ne suffit pas pour faire de vous une victime de la misère. Ce que vivent les femmes excisées, les sentiments qui les animent quotidiennement, nuit et jour, aucun homme, aucune femme non excisée ne peut le connaître et le peindre dans toute sa plénitude. Même à la femme excisée il manque souvent le mot juste pour peindre la dépossession de son être. Quant à l'homme circoncis, nul besoin de le plaindre. C'est du moins ce que l'on croit. Mais si personne n'ose parler de ce qu’il éprouve, c'est bien de sa faute. Parce que son orgueil lui interdit d'émettre des plaintes, il se mure dans le silence.

            Puisque l'on parle si peu des sentiments du circoncis, penchons-nous ici sur son cas. Osons ce que l’on cache à la multitude. Osons l’indicible vérité sur le circoncis. Mais avant toute chose, il convient de distinguer celui qui a été circoncis dès l’enfance et celui qui l’a été adulte après avoir connu des relations sexuelles. Cette distinction est de la plus haute importance ; car le circoncis qui n’a jamais connu de relation sexuelle dans l’état d’incirconcis est incapable de juger de la différence entre les deux états. Un aveugle de naissance peut-il avoir le même jugement sur le monde visible que celui qui a perdu la vue adulte ? Un manchot de naissance a-t-il la même souffrance de l’absence de son bras que celui qui l’a perdu adulte dans quelque accident ? Je ne le crois pas. Je ne le crois absolument pas du simple fait que l’un porte la nature de son être alors que l’autre porte en lui le traumatisme de la perte de ce qu’il possédait et dont il avait pleinement conscience. 

            L’adulte circoncis se considère avant tout comme un mutilé, au moins durant les dix premières années. Tout adulte ayant connu une vie sexuelle avant d’être circoncis et qui viendrait à nier cela est un menteur ! En fouillant mon passé, je ne vois que deux personnes qui ont osé publiquement reconnaître dans la circoncision une mutilation semblable à l’excision. Dans les années soixante-dix, sur l’unique chaîne de télévision ivoirienne, répondant à la question d’un journaliste, l’ethnologue Niangoran Boa avait mis sur le même pied d’égalité la perte de la sensibilité de la femme excisée et celle de l’homme circoncis. Une dizaine d’années plus tard, c’est un cousin qui, au cours d’une discussion entre amis, avoua regretter d’avoir choisi d’être circoncis. Me référant à ma propre expérience, j’osai un jour, lors d’une assemblée entre hommes, demander à mes amis pourquoi ils n’avaient pas prévenu les autres des graves conséquences de cette opération. Toute l’assemblée s’était alors fendue d’un éclat de rire. Personne ne répondit à ma question. On se taquina puis on se quitta. L’homme est orgueilleux. Sur sa vie intime, il n’aime guère reconnaître qu’il a eu tort.

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                        Une mode née de l’imitation des musulmans  

            Quand on réfléchit bien, on se dit : « Comment ces jeunes gens pouvaient-ils reconnaître publiquement qu’ils avaient eu tort ? » Dans les années soixante-dix et quatre-vingt, l’histoire de tous ces jeunes africains qui n’étaient pas nés dans la religion musulmane était partout la même ; à quelque chose près. Partout, ils entendaient clamer les bienfaits de la circoncision. En Côte d'Ivoire, ceux qui avaient osé subir cette opération s’en vantaient et usaient d’un terme bambara censé être péjoratif pour désigner ceux qui n’ont pas passé leur pénis par le tranchant de la lame : « Bracro » ; une déformation de « bilakoro » qui, selon Amadou Hampâté Bâ, signifie « laissé à vieillir », c’est-à-dire « en voie de maturité » (1). Ainsi donc pour les circoncis, les non-circoncis étaient des gens « en voie de maturité », des gens qui étaient encore dans l’enfance. Devant les moqueries de leurs amis, les jeunes gens couraient vers les infirmiers qui pratiquaient cette opération pour qu’ils les délivrassent du fardeau dont ils croyaient être chargés par la nature. C’est ainsi qu’en Afrique, dans les zones non musulmanes, de nombreux jeunes ont allègrement embrassé la mode de la circoncision.

            Peu à peu, l’habitude s’est installée. Accédant au rang de père de famille, cette génération s’est empressée de faire circoncire ses enfants – presque toujours dès le berceau - pour leur éviter l'infamie. La pratique se généralisant, on prit soin de la justifier afin de la rendre nécessaire là où il lui manquait la force de la tradition musulmane. On se mit à vanter la propreté du pénis circoncis, à soutenir qu’il protégeait les femmes de certaines maladies comme le cancer du col de l’utérus et même du VIH. 

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                           Des maigres bénéfices de la circoncision

            Pour ce qui est du bénéfice que les femmes tireraient de la circoncision, on peut dire que ceux qui y croient - médecin ou pas - sont dans le fantasme absolu tant que la démonstration de sa véracité ne sera pas faite et que l’ordre ne sera pas donné de les sauver en passant tous les pénis de la terre par la lame du rasoir. Quant à la propreté qu’assure la circoncision, elle est vraie. En tout cas, en Afrique, elle semble se justifier dans les zones sahéliennes et désertiques où les populations jouissent de peu d’eau et où la toilette se limite très souvent à de simples ablutions. Dans les zones de forêt où l’eau abonde et où les hommes et les femmes sont habitués à la douche quotidienne, la circoncision ne s’impose pas comme une pratique hygiénique. C’est une mode imbécile qui l’a imposée. S’il est vrai que l’argument hygiénique reste le seul valable pour la circoncision, il est également vrai que celui qui a conscience de la nécessité d’une hygiène quotidienne de son sexe et s’y plie n’a pas besoin de recourir à la circoncision. Cela laisse croire que tous les hommes de la terre gagneraient à veiller quotidiennement à la propreté de leur sexe. Cette recommandation s’adresse aussi aux femmes, même si l’excision n’a pas les vertus hygiéniques que l’on reconnaît à la circoncision. En tout cas, pour accoutumer les garçons à l’hygiène de leur sexe, dans certains hôpitaux, on conseille aux mères de commencer très tôt à libérer le gland du prépuce afin de laver l’un et l’autre lors de la toilette de l'enfant. Leçon à retenir par toutes les familles.    

            S'il est vrai que l'homme ne tire aucun bénéfice de la femme excisée qu'il trouve d'ailleurs moins expressive au lit, la femme de son côté n’éprouve pas plus de plaisir avec un circoncis qu’avec un incirconcis. Mais il est également certain que la sensibilité du gland étant plus faible, l’homme qui éjacule précocement voit ce phénomène diminuer considérablement une fois circoncis. Ce n’est pas pour autant qu’il faut conseiller la circoncision aux éjaculateurs précoces.

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            L’adulte nouvellement circoncis a besoin de beaucoup de temps pour retrouver un plaisir sexuel proche de son premier état. Une dizaine d’années lui sont nécessaires pour développer pleinement des sensations palliant l’insensibilité du gland. C’est comme celui qui a perdu un membre et qui développe une capacité ou une habilité nouvelle compensatrice. L’expérience laisse penser que le plaisir devient plus cérébral que « sensitif », intérieur qu’extérieur. Il faut dire que le gland ayant perdu ses propriétés sensitives externes au point de se frotter sans blessure aux sous-vêtements ou à tout autre corps extérieur, l’esprit cherche à lire le plaisir ailleurs que dans son frottement contre la paroi vaginale. Il paraît qu’il y a un médecin qui, dans son galimatias médical, affirme que ce n’est pas la sensibilité du gland que perd le circoncis mais son hypersensibilité ; apparemment, il est le seul à ne pas se rendre compte qu’il y a forcément perte de quelque chose.                                                    

            Certes, le circoncis ne voit pas son orgasme altéré par son nouvel état. Ce qui change radicalement chez lui, c’est que le gland qui avait la sensibilité d'une plaie que l'on pouvait couvrir et découvrir devient comme une peau ordinaire supportant le frottement aux corps extérieurs et aux caresses. Or, la sensibilité aux caresses fait partie du plaisir sexuel. Le gland étant devenu insensible, le sexe du circoncis n’est plus sensible aux caresses que dans sa partie haute encore recouverte par la peau. Tel est l’état réel du circoncis, qu’il le soit depuis l’enfance ou pas. Aussi comme la femme excisée qui ne tire aucun plaisir de l’excitation du clitoris qu’elle n’a plus mais du seul frottement vaginal, l’homme circoncis ne tire pas du plaisir dans la caresse de son gland mais du désir d’atteindre l’orgasme. 

                      L'excision et la circoncision contre l'autosexualité

            De toute évidence, il semble que la circoncision comme l'excision ont été inventées par l'homme pour lutter contre l'autosexualité – communément appelée masturbation - qui aurait été jugée à certaines époques comme nuisible ou contraire à la morale. Dans cette vision des choses, les hommes s'en sont pris aux femmes pour s'assurer leur fidélité et aux jeunes gens afin de les empêcher de gaspiller dans la solitude leur semence devant être réservée à la production d'une grande progéniture. Car outre le gland dont la sensibilité ou l'hypersensibilité procure un grand plaisir en se frottant à la paroi vaginale, le pétrissage ou la trituration du prépuce est un geste très agréable qu'ignorent les circoncis. On connaît aujourd’hui la peur de l’Angleterre victorienne pour la dégénérescence mentale. A la fin du XIXe siècle, elle a promu la circoncision pour prévenir la masturbation qu’elle redoutait pour la santé physique et surtout mentale.

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            La description même du prépuce et du gland du non circoncis suffit pour faire comprendre aux partisans de la circoncision le bénéfice dont jouissent ceux qui demeurent dans l'état naturel des choses. Une leçon d'anatomie simple montre que la vision de ceux qui affirment que le prépuce n'est pas un organe mais « un repli de peau inutile et antihygiénique » ne peut tenir ; et cela pour deux raisons :

« Tout d'abord, le prépuce est une lèvre avec une fonction similaire à celle des autres lèvres du corps (paupières, lèvres de la bouche, de la vulve, narines, anus) : celle de frontière entre l'intérieur et l'extérieur. La grande caractéristique des lèvres est d'avoir une double face : peau d'un côté, muqueuse de l'autre. L'extérieur protège l'intérieur du frottement et de la dessiccation (dessèchement). Elles sont aussi particulièrement fournies en terminaisons nerveuses de toucher fin. Ensuite, comme le clitoris, le prépuce a une innervation érogène particulièrement dense, renforcée par l'innervation de toucher fin. Aussi, l'enroulement et le déroulement de ce store à double face permettent, outre un nettoyage facile, une stimulation particulièrement agréable à la fois de lui-même et du gland. Puisqu'il peut être supprimé sans empêcher la reproduction, le prépuce, comme le clitoris, n'est pas un organe génital. C'est néanmoins l'organe spécifique de l'autosexualité masculine » (2) ; en d’autres termes, un organe du plaisir.    

(1) Préface de Textes sacrés d’Afrique noire choisis et présentés par Germaine DIETERLEN, Gallimard 2011.   

(2) extrait d'un article de "Psychologie.com".

Raphaël ADJOBI

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04 février 2013

Django unchained ou quand Tarantino revisite l'esclavage aux Etats-Unis

                             Django unchained

                                             ou quand

    Tarantino revisite l'esclavage aux Etats-Unis

            "Django unchained" est un film absolument singulier. Sur un air de western pour amuser la galerie, ce film séduit par la profondeur du discours de ses protagonistes et par certaines images qui vous jettent la réalité de l'histoire à la face.

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            Libéré par un chasseur de prime parce qu'il pouvait l'aider à retrouver trois personnes qui étaient sur sa liste, Django (Jamie Foxx) se retrouve bientôt spectateur des us de l'Amérique blanche régnante. Quentin Tarantino semble, par ce film, mettre le nez du spectateur dans une réalité historique à graver à jamais dans les mémoires. L'aisance cynique des chasseurs de prime ainsi que la facilité des bandits à se transformer en hommes de loi ou riches propriétaires étonnent. Quant au Ku Klux klan, il préfère en rire qu'en pleurer. Ici, Les Etats-Unis apparaissent clairement comme un pays construit sur la violence et la loi du plus fort, du plus truand, du plus cynique.  

            En échange de ses services, le surprenant chasseur de prime (Christoph Waltz) propose à Django de l'aider à retrouver sa belle. C'est dans cette partie du film que Quentin Tarantino nous révèle sa qualité de grand conteur. Les rebondissements qui structurent le film sont simplement magnifiques ! Parodiant une légende allemande dans laquelle le héros fait preuve d'une audace extraordinaire pour sauver sa belle prisonnière d'un terrible dragon, il nous fait visiter l'Amérique esclavagiste. Il semble interroger le spectateur blanc sur le bien fondé de certaines pratiques barbares des colons. Peut-on comprendre, justifier et soutenir la vue des exécutions gratuites singulières dont ces gens se sont rendus coupables ? Quant aux Noirs, même victimes d'un système social construit sur leur force de travail, ils ne sont pas épargnés par la critique féroce et crue de Quentin Tarantino.  En tout cas, pas certains dont l'excessive soumission au colon reçoit ici une magistrale satire par le discours du sadique propriétaire terrien incarné par Leonardo Di Caprio, effrayant d'intensité.

            Il paraît que le film a été mal reçu par les Noirs américains. La violence de la vérité les aura-t-elle assommés ? Tant mieux. Le discours de Quentin Tarantino vise à réveiller tous les Noirs qui acceptent trop facilement d'être soumis, tous ceux qui se disent "Mon Blanc est bon". Qu'en pensera le public africain ? Certains pourraient y voir un appel à la révolte, tant bon nombre de leurs dirigeants ressemblent au personnage du valet béni-oui-oui excellemment joué par Samuel L. Jackson.    

            D'une façon générale, la violence est omniprésente dans cette peinture de la société américaine du XIX e siècle. Cependant, l'humour et la dérision choisis par son auteur rendent les éclaboussures de sang supportables et parfois même presque drôles. Pour Quentin Tarantino, Django libéré des chaînes de l'esclavage doit être en mesure de se donner les moyens de briser tous les obstacles pour libérer l'amour de son coeur. Django doit être capable de mettre sa liberté au service de la Liberté et même être capable de pulvériser les marques d'une domination qu'il juge injuste. 

Raphaël ADJOBI

° P.S. : Que ceux qui douteraient de la bonne foi de Quentin Tarantino lisent l'entretien qu'il a accordé à Télérama (n° 3288 du 19 au 25 janvier 2013). Ils apprécieront ses sentiments sur l'esclavage et comprendront mieux la dureté des discours du film.

Posté par St_Ralph à 21:07 - Arts, culture et société - Commentaires [7] - Permalien [#]

10 septembre 2012

Les petites mains d'Anvers et les têtes de nègres ou le cannibalisme dans la pâtisserie européenne

 Les petites mains d’Anvers et les têtes de nègres

                                                 ou               

          Le cannibalisme dans la pâtisserie européenne 

1. Les petites mains d’Anvers                                                                    

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          Un élément assez étrange de la pâtisserie belge, ce sont ces petits morceaux de chocolat représentant des petites mains. On les appelle communément les petites mains d’Anvers. Depuis quelque temps, elles ont été déclinées en petits biscuits. Une façon assez maladroite de cacher leur inspiration nègre ou africaine. 

          A propos justement de l’origine de ces petites mains en chocolat, ne vous laissez pas abuser par les explications fantaisistes que vous pourrez trouver çà et là. L’histoire des peuples est souvent un mensonge que l’on fabrique pour se donner bonne conscience. N’adhérez donc pas à l’idée qu’elles ont pour origine une légende romaine selon laquelle un individu aurait payé le passage d’un pont en se coupant la main. Combien de gâteaux européens ont un nom attaché à une légende romaine, mérovingienne ou gauloise ? 

          L’origine macabre de ces petites mains en chocolat – désormais déclinés en biscuit – est plus récente. Leur histoire se rattache directement aux mains des nègres que les colons belges du roi Léopold II coupaient en guise de punition dans son « Etat indépendant du Congo » ! Afin de s’assurer que les surveillants de la récolte du lait de caoutchouc utilisaient bien les balles pour traquer les paysans qui refusaient les travaux qu’on exigeait d’eux – au lieu d’aller chasser des animaux pour se nourrir – on leur demandait de justifier chaque coup de feu tiré par une main coupée. Résultat, ces surveillants tuaient des hommes et ramenaient leur main droite coupée ; et quand les balles avaient servi pour tuer des animaux, ils amputaient des vivants. Forcément, avec une telle pratique, au Congo, « la population baisse ; On raconte qu’une fois, on amena à Fiévez en un seul jour 1308 mains. 1308 mains droites. 1308 mains d’homme » (Eric Vuillard, Congo, p. 66, éd. Actes Sud). Les photographies de ces mains coupées, vous pouvez les voir aujourd’hui sur Internet.

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          Messieurs les Belges, vous aimez bien les petites mains nègres ! Ce cannibalisme était à l’origine une façon de montrer votre toute puissance, votre supériorité ! Vous pouvez sans vergogne continuer à manger des mains nègres de génération en génération pour montrer votre domination. Cependant, de grâce, n’inventez pas des mensonges pour vous donner bonne conscience. Les nègres seront là pour vous rappeler la vérité de génération en génération ! Bon appétit, messieurs les cannibales !

 

2. Les têtes de nègres  

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          Une autre étrangeté de la pâtisserie européenne, ce sont les « têtes de nègres » françaises. A chaque peuple son histoire avec les Noirs : les mains pour les Belges, les têtes pour les français. 

          Ici non plus il n’est pas nécessaire d’aller chercher une origine romaine au nom de ces boules de chocolat que vous proposent les pâtissiers. Certes, quand on remonte dans le passé, on découvre que les Romains avaient coutume de couper les têtes puis de les placer sur des pieux pour ensuite les exposer sur une place publique en signe d’exemple de châtiment auquel s’exposent tous ceux qui contreviendraient à leurs lois.

          Pendant la colonisation de l’Afrique, les Français se souviendront de cette pratique romaine

Tête de nègre

et l’appliqueront sans vergogne et sans retenue. Par malignité ou par une sorte de plaisanterie, ces têtes aux cheveux crépus vont devenir des petites boules en chocolat. C’était bien amusant ; même pour ceux qui ignoraient l’évocation macabre de ces gâteaux. Aujourd'hui, un débat est ouvert sur un éventuel changement de nom. Forcément, certains sont pour et d'autres contre. 

          « Une tête de nègre, s’il vous plaît ! » Ben quoi ? Ce n’est qu’un gâteau ! On n’a plus le droit de prononcer le mot nègre ? Ben si ! Mais au moins, sachez bien ce que vous dites. Les mots et les choses ont une histoire. Cannibale, va !

Raphaël ADJOBI

 

                             

Posté par St_Ralph à 23:48 - Arts, culture et société - Commentaires [21] - Permalien [#]