Lectures, analyses et réflexions de Raphaël

Vous trouverez ici des comptes rendus de lectures livresques concernant essentiellement l'histoire des Noirs d'Afrique et celle des Afrodescendants des Amériques et d'Europe. Les actualités de la diaspora africaine ne sont pas oubliées.

03 avril 2010

Discours sur le colonialisme (Aimé Césaire)

                 Discours sur le colonialisme

                                     (Aimé Césaire)                                      

J'avoue n'avoir jamais tenu ce livre entre les mains quand j'étais élève ou étudiant. C'est un certain complexe mais aussi un devoir que je me suis imposé qui m'ont conduit à sa lecture. J’attends vos avis sur le livre. J'attends, surtout, de ceux qui l'ont étudié sur les bancs du lycée ou de l'université qu’ils me fassent connaître ici le souvenir de leur lecture de l'oeuvre et les analyses qu'ils ont retenues de leurs enseignants.

 

Discours_sur_le_colonialisme

            A la manière de Jean-Jacques Rousseau réfutant l'idée selon laquelle les sciences et les arts ont contribué à rendre l'homme meilleur dans son Discours sur les sciences et les arts, puis dénonçant les fondements de l'inégalité dans les sociétés humaines dans De l'inégalité parmi les hommes, dans le Discours sur le colonialisme, Aimé Césaire se fait le critique violent de l'impérialisme européen et de la mise en place d'un colonialisme destructeur.

 

            Ce que Césaire trouve de plus détestable, ce sont les pensées qui accompagnent cette entreprise. Ce qu'il dénonce par dessus tout, c'est cette suffisance de la pensée européenne telle qu'elle est exprimée par ceux qui veulent asseoir sa suprématie sur les contrées dites exotiques dans les domaines de la civilisation et de la culture. Ce qui surprend tout d'abord, c'est le caractère moderne des propos de l’auteur. Ceux dont il dénonçait les pensées mystificatrices et racistes ont aujourd'hui des continuateurs auxquels l'on peut rappeler le contenu de ce discours. Ce qui surprend ensuite, c'est le ton : un véritable cri contre l'injustice ; cri qui apparaît d'autant plus violent que les faits et les propos racistes dénoncés sont insupportables.

 

            Césaire fait donc défiler les penseurs européens propagateurs des théories basées sur la supériorité de la race blanche comme devant le trône de la raison humaine et prononce pour chacun un jugement sans appel, clair et rationnel. Il ne manque pas non plus d'énumérer la cohorte de personnes qui, nourries par ces théories, ont piétiné l'Afrique et l'ont marquée de leurs mauvais exemples.

 

            La dernière partie de ce discours faisant la critique de la notion de « nation » et évoquant implicitement l'idée d'immigration à travers l'histoire, ne peut que laisser dans l'esprit du lecteur l'image de la fourmilière dans laquelle vient marcher le promeneur qui se fait ensuite envahir tout le corps par les fourmis. Le promeneur inconscient oublie toujours que les fourmilières, telles qu'on les voit dans les champs, sont des organisations structurées qui ont un commerce réglementé à l'intérieur mais aussi avec l'extérieur. En mettant le pied sur elles et en détruisant leur organisation, il engendre un mouvement d'éparpillement qu'il est fort difficile - pour ne pas dire impossible - d'endiguer.

 

Raphaël ADJOBI         

 

Titre : Discours sur le colonialisme (74 pages)

           (suivi de Discours sur la Négritude)

Auteur : Aimé Césaire

Editeur : Présence africaine (1955 et) 2004.

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22 mars 2010

Mes étoiles noires (de Lilian Thuram)

                                         Mes étoiles noires

Mes__toiles_noires            

Le fait que la photo de Lilian Thuram illustre la couverture de ce livre pourrait porter à le classer dans la catégorie "récit people". Mais assurément, il n'en est rien. Mes étoiles noires - qui élargit le champ d'investigation du livre de Benoît Hopquin (Ces Noirs qui ont fait la France) - mérite de retenir l'attention car c'est en historien et en pédagogue que l'illustre sportif français avance ici avec la claire intention d'inciter à l'humilité et à la fraternité.

            Ce livre se présente sous la forme d'une très large galerie de portraits de Noirs qui ont marqué leur temps ou les mémoires d'une époque. D'où le sous-titre, De Lucy à Obama. Mais pourquoi une telle entreprise ? Comme beaucoup de Noirs français, l'auteur avoue avoir été, durant sa scolarité, meurtri par l'absence de références noires pour meubler son imaginaire et l’aider à sa construction. Pour la grande majorité des Européens - pour ne pas dire tous -, « l'histoire des peuples noirs commence le jour où l'Européen les a vus ». Depuis le 18è siècle, le savoir européen qui est enseigné se limite à cela. L’auteur remonte donc dans le passé lointain de l'humanité pour nous ressortir des figures attestées de pharaons noirs, passe par celles d'Esope, de Anne Zingha(16è-17è s.), Dona Béatrice(17è-18è s.), pour aboutir à des figures noires plus récentes qui sont des icônes en certains lieux, mais malheureusement inconnues ou très mal connues ici et ailleurs. Tel est le cas de Marcus Mosiah Garvey et Malcom X. On appréciera également les pages magnifiques consacrées à Patrice Eméry Lumumba, qui fut l'un des rares officiels africains, après Sékou Touré, à avoir affirmé en présence des Européens le caractère inaliénable de ce qu'il entendait par l'indépendance de l'Afrique. Les pensées et les combats menés au 19è siècle par l'anthropologue Joseph Anténor Firmin ne peuvent que séduire et inciter à mieux le connaître

            Ce qui fait le charme de ce livre, ce sont les analyses personnelles de l'auteur. Des analyses brèves certes, mais pleines de bon sens et qui replacent les luttes ou les exploits de ses « étoiles » dans l'histoire universelle. Ainsi, à la fin du récit sur la polémique à savoir lequel du noir (Matthew Henson) ou du blanc (Robert E. Peary) a le premier franchi le pôle nord en 1909, il conclut : « Il est fort possible que les Inuits, depuis des siècles, aient découvert « en passant » le pôle Nord, bien avant Henson et Peary ». Mais le chapitre où l’auteur livre davantage le fond de sa pensée, c’est celui qu’il consacre à Frantz fanon. Il semble que Lilian Thuram a très bien compris le message de son aîné au point d’avoir analysé chacune de ses pensées sur les sentiments et les réflexions des Antillais face à l’homme blanc. L’intériorisation  du sentiment d’infériorité chez les Antillais lui semble une évidence qu’il faut absolument briser plutôt que de nier. Ici, il se montre un analyste dont les propos séduisent.

            

            C'est un vrai projet pédagogique que propose Lilian Thuram pour briser l'image négative du Noir, oeuvre des philosophies racistes du 18è siècle et des théories pseudo-scientifiques du 19è siècle. Pour cela, il veut replacer dans la conscience collective la contribution des Noirs à l'histoire de l'humanité leur redonnant ainsi l'image positive qu'ils recherchent dans le regard de leurs semblables Blancs. C'est clairement le but que visent la large liste des inventions dont les noirs sont les auteurs et la carte restituant les dimensions réelles des continents qui vous surprendront certainement. Car, dit-il, « l’éducation ne sert pas qu’à dénicher un boulot ; elle sert à bien se sentir dans sa peau. »  Le lecteur est alors heureux de lire sous la plume d’un sportif de haut niveau ces paroles lancées à l’adresses des hommes politiques : « la culture est aussi une nourriture […] Plutôt que de construire des stades ou des salles de boxe pour les jeunes, apportez-leur des maisons de la culture et des livres de femmes et d’hommes qui leur ressemblent ! ».

            Cependant, en prônant exclusivement le savoir et la culture pour tous pour lutter contre le racisme et en bannissant la « discrimination positive » parce que faussant la réalité des capacités, il me semble que c’est prêcher inutilement contre le racisme. Il convient de reconnaître que si la discrimination positive n'est pas la solution idéale pour bannir la discrimination dont sont victimes les Noirs, partout où elle a été appliquée, elle a permis aux Blancs de s'habituer à voir leurs compatriotes Noirs et à avoir une autre vision du paysage sociale. Par contre, la compétence par laquelle l'on compte éradiquer la discrimination n'a jamais évité aux Noirs d'être "discriminés". Ainsi, même dans le sport où l'on a tendance à ressortir les vieilles performances, on n'a jamais entendu parler de "Major Taylor" qui a été plusieurs fois champion du monde. Si bien que certains Blancs, dans leur imbécilité s'avisent aujourd'hui encore à affirmer qu'il y a des sports où les Noirs ne pourront jamais égaler les Blancs. Tout porte à croire que le racisme agit comme un jeu d'échecs ou de dames. Chaque fois que les compétences des Noirs avancent, les Blancs déplacent leurs pions faits de préjugés racistes. En France, la compétence comme moyen de briser les discriminations et permettre l'accession aux hautes responsabilités professionnelles et politiques a montré ses limites avec les femmes pour lesquelles il a fallu recourir à la discrimination positive.  L'avantage certain de la lutte contre le racisme par la culture me semble résider avant tout dans le fait qu'il donne d'abord aux Noirs des armes pour se défendre contre l'adversité. Quant à savoir si elle permettra de conquérir la fraternité humaine, bien malin celui qui pourra en faire la démonstration.

Raphaël ADJOBI

Auteur : Lilian Thuram

Titre : Mes étoiles noires, de Lucy à Obama (382 pages ; décembre 2010)

Editeur : Philipe Rey

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12 décembre 2009

Mangez-le si vous voulez (Jean Teulé)

                               Mangez-le si vous voulez

Mangez_le

            Je ne me souviens pas du précédent livre dont l'histoire a autant troublé mes nuits.  Je ne parle point de ces sujets qui ne quittent pas votre esprit quand vous gagnez votre lit et qui parfois vous tiennent longtemps éveillé. Je parle bien de cauchemar nocturne. Le genre de ceux que, enfant, l’on redoute en allant au lit après avoir écouté un mauvais conte.

            Alain de Monéys, le nouveau premier adjoint de la mairie de Baussac (Dordogne), quitte un matin la demeure familiale de Bretanges pour se rendre à Hautefaye, à trois kilomètres de là. Appelé au front de Lorraine où la France mène la guerre contre la Prusse, le beau Alain de monéys tenait, avant son départ, à soulager ses concitoyens de leurs petits soucis et profiter de la foire de ce mardi 16 août 1870 pour saluer les uns et les autres.

            Sur son chemin, quand il saluait les paysans se rendant à la foire, tout le monde le reconnaissait et l’appelait avec affection et déférence « Monsieur de Monéys ». Sa beauté qui charmait les dames était la marque extérieure de sa bonté et de son dévouement. A une époque où c’était par tirage au sort que l’on rejoignait les troupes au front et où les miséreux qui ont tiré un bon numéro les dispensant de la guerre le revendaient à des garçons plus aisés ayant tiré un mauvais, Alain de Monéys a tenu a gardé le sien alors que le conseil de révision l’avait rejeté pour « faiblesse de constitution ». Non, malgré sa claudication, il ne voulait pas envoyer le fils de quelqu’un d’autre risquer sa vie à sa place.

            A l’entrée de Hautefaye, un malentendu sur l’honneur de la France va précipiter sa vie en enfer. Alain de Monéys va vivre en plein jour, le cauchemar que tout être humain redoute comme la folie soudaine. Tout à coup, plus personne ne le reconnaît. Il devient un objet que l’on fait rouler, un animal que l’on va ferrer, un Christ que l’on va clouer sur le bois, un gibier que … Mangez-le si vous voulez est un livre qui remue la conscience parce que basé sur les comptes rendus du procès d’un fait réel.

La mort en spectacle, une culture Européenne

            En lisant ces pages monstrueuses qui m’obligeaient souvent à m’arrêter, je ne pouvais m’empêcher de penser à toutes ces personnes qu'on menait, partout en Europe, au bûcher dans une ambiance de kermesse. Je m’imaginais tous ces autodafés souvent organisés devant le parvis des cathédrales où les foules s’amassaient, hommes, femmes et enfants pour admirer dans des cris de joie les flammes emporter dan le néant les âmes accusées de je ne sais quelle peccadille ou crime imaginaire.

            Je comprends alors qu’une des profondes différences culturelles qui séparent radicalement l’Européen et l’Africain des siècles passés  se situe là, dans le spectacle de la mise à mort. Sans le savoir, cette pratique que l’on découvre dans tous les siècles de l’histoire de l’Europe a dû surprendre les peuples Africains quand de manière brutale ils ont été mis en contact avec les hommes blancs.

            En Afrique occidentale, en pays Akan, lorsque l’on sent sa vie menacée par un individu ou une colère collective, la première chose qui vient à l’esprit de celui qui se sent en danger est de courir se refugier auprès d’un vieil homme. Ce geste est reconnu par tous comme une demande de protection que tout agresseur se doit de respecter scrupuleusement. C’est un peu le drapeau blanc en cas de guerre pour les Européens ; à la seule différence que se refugier auprès d’un vieil homme annule immédiatement tous les droits de l’agresseur et place la victime sous l’autorité des sages. En Europe, aucun symbole protecteur n’existe dans la vie civile pour vous garantir une vie sauve en cas de lynchage, d’agression collective concertée. C’est ce qui a manqué à Alain de Monéys à qui la présence du maire et celle du curé du village n’ont été d’aucun secours.

            En réfléchissant bien, en nous plongeant dans le passé de l’Europe, on découvre que celle-ci a, face à la mort, une conception qui n’existe pas dans les cultures africaines : la dimension du spectacle dans la mise à mort. Dans la mort que l’on inflige a l’autre, l’Afrique connaissait la dimension sacrificielle ; quant à l’Europe, c’est la dimension spectacle qu’elle a toujours cultivée.

            Au premier siècle de notre ère, Néron, soupçonné d'avoir incendié Rome, prit la décision de faire massacrer les chrétiens qu'il accusait à son tour d'être à l'origine de ce forfait qui menaçait son honneur et son pouvoir. Le peuple qui avait sans doute ses raisons d'en vouloir aux chrétiens avait alors applaudi cette décision. Mais ce à quoi il ne s'attendait pas, c'était la mise en scène des supplices qui étaient devenus des spectacles publics où hommes et femmes flambaient comme des torches. Cette pratique spectaculaire de la mise à mort à donné partout - particulièrement dans les pays latins - naissance à l'édification d'arènes publiques immenses. Le jeu de la mise à mort fut donc pendant très longtemps un élément essentiel de la culture des pays Européens tournés vers la Méditerranée.

            Nous retrouvons cette pratique de la mort spectacle pendant les quatre siècles d'esclavage des Noirs dans le nouveau monde. Les parties de chasse aux nègres, les lynchages concertés de noirs après le culte du dimanche, ces noirs que les familles blanches rôtissaient tout en prenant la pause pour la photo qui sera ensuite envoyée à des amis, tout cela n'était que la survivance logique d'une pratique européenne très ancienne. Mais dans ce nouveau monde, pour certains, réduire au cercle privé des plantations cette façon spectaculaire de donner la mort était  insuffisante. Aussi, ont-ils parfois tenté d'instituer les grands spectacles des arènes du passé qui attiraient les foules.

            Certes, les autodafés étaient apparemment rares dans le nouveau monde. Le supplice le plus commun était le châtiment corporel public destinée à terroriser les esclaves. Mais pour distraire le public blanc, il fallait bien sûr quelque chose de plus grand. Nous en avons un exemple précis tiré des archives de l’histoire de France dans Le crime de Napoléon (p.150-151) de Claude Ribbe. « Louis de Noailles va chercher à Cuba, au mois de mars 1803, quelque six cents dogues avec l'intention de ne les nourrir que d'indigènes. Le ministre le la Marine en est informé par une lettre de l'Amiral Latouche-Tréville du 9 mars. Les bêtes et leurs nouveaux maîtres défilent en triomphe au Cap. Renouant avec la tradition des sévices imposés aux premiers chrétiens, Rochambeau a fait construire un cirque à l'entrée du palais national où il réside. Un poteau est destiné aux suppliciés. Des gradins munis de confortables banquettes sont dressés pour les spectateurs "blancs". Pour inaugurer ce spectacle d'un nouveau genre, le général Boyer livre un de ses jeunes domestiques [...]. On lâche les chiens affamés. L'assistance applaudit. [...] Il ne restera que des os ensanglantés. Finalement, le public est horrifié. Mais le spectacle recommence tous les après-midi. »

            N'allons pas plus loin dans cet historique de la mort en spectacle. On comprend aisément que la torture, la guillotine et la chaise électrique sont des inventions issues de la même culture. Terminons avec cette image extraite du Nouvel Observateur du début du mois de décembre 2009. Il est certain qu'aucun journal africain ne peut se permettre de proposer un tel dessin humoristique à ses lecteurs. L'autodafé ne faisant pas partie de la culture africaine, le public n'y comprendrait rien. Par contre, le public français comprend très bien cet humour parce que l'image évoque un élément culturel de son passé ; il sait que les tableaux de peintres représentant cet élément font partie du patrimoine culturel national. La pratique de ce spectacle était si courante qu'aujourd'hui encore on dit à l'adresse de celui qui commet une faute grave qu' « il y a des gens qui ont été brûlés pour moins que ça ! »  

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Raphaël ADJOBI

Titre : Mangez-le si vous voulez (129 pages)

Auteur : Jean Teulé

Editeur : édit. Julliard 2009.

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26 novembre 2009

Les traites négrières d'Olivier Pétré-Grenouilleau : une analyse de Raphaël ADJOBI

                             Les traites négrières

                                             d'Olivier Pétré-Grenouilleau

                                    Une analyse de Raphaël ADJOBI

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            Voici un livre qui a fait fureur en son temps. Disons plutôt que son auteur a eu l’heure de sa gloire. Porté avec les honneurs sur les ondes françaises, l’homme et ses pensées ont fini par asseoir dans la conscience collective des doutes et affermi les convictions de ceux qui en avaient déjà sur l’esclavage des Noirs. J’ai voulu aller à la rencontre de ses pensées et m’en faire une idée exacte en me fiant à ses écrits plutôt qu’à ses brefs propos entendus et aux commentaires de ses contradicteurs. C’est à la fois déçu et écoeuré que je ressors de cette lecture.

            Ce qui domine avant tout dès les premières pages de ce livre, c’est le ton présomptueux de l’auteur. Il nous annonce qu’il va faire œuvre originale en rompant avec les « on dit », les « je crois », « les rancoeurs et les tabous idéologiques accumulés, sans cesse reproduits par une sous-littérature n’ayant d’historique que les apparences » qui ont dépouillé l’histoire de la traite des Noirs de sa substance et « permis l’enracinement de mémoires souvent antagonistes ». Une œuvre de titan en perspective, pour asseoir une vérité définitive destinée à constituer une mémoire unique!

            Parce que pour Olivier Pétré-Grenouilleau « toute bonne histoire (…) est forcément comparative », il se donne pour visée l’écriture d’une histoire globale des traites négrières, à travers le temps et l’espace, en cernant « les logiques à partir des pratiques » qui ont constitué leurs phases successives. En d’autres termes, il propose de faire connaître la logique qui a commandé toutes les traites négrières ayant marqué l’histoire de l’humanité.

            Malgré le ton présomptueux, l’idée paraît séduisante. Malheureusement, très vite, on se rend compte que l’auteur a une idée fixe dans sa recherche sur les différentes traites. Ce qui lui importe, c’est de savoir « pourquoi (l’Afrique) répondit-elle si favorablement aux demandes extérieures » en esclaves. Chercher à nous faire « comprendre (…) comment certaines logiques africaines ont pu s’accommoder de logiques extérieures (…), comment l’Afrique noire est concrètement et volontairement entrée dans l’engrenage négrier » est le but qu’il s’est donc fixé. Mais, avant même d’aller plus loin, le lecteur remarque que les adverbes « favorablement » et « volontairement » trahissent un jugement personnel qui est posé comme le préalable et le moteur de ses recherches. Le but de son travail n’est donc pas innocent.

 

            A ce moment de la lecture du livre, celui qui a quelques connaissances des traites négrières ou qui a lu La traite des Noirs et ses acteurs africains de Tidiane Diakité, L’Esclavage en Terre d’islam de Malek Chebel, ou Le génocide voilé de Tidiane N’diaye, se dit qu’il y a quelque chose qui a échappé à ces derniers auteurs. Mais voilà que Pétré-Grenouilleau déçoit en avançant sous la marque du « magister dixit » et non point avec les archives des différentes époques pour interpréter les événements.

            Malgré tout, on attend avec impatience les éléments témoignant d’une logique sociale ou naturelle propre aux africains et qui les a rendus « favorables » à la traite des leurs pour les y lancer « volontairement ». On découvre que c’est en usant du conditionnel (p.102) qu’il avance les « deux éléments (qui) auraient donc été finalement à l’origine de la naissance plus ou moins simultanée de la traite négrière et du mode d’organisation des sociétés d’Afrique noire ». Pétré-Grenouilleau émet clairement donc l’hypothèse selon laquelle la traite négrière serait née en même temps (« simultanée ») que l’organisation en sociétés des africains. Il veut nous faire croire que dans la formation de toute forme de sociabilité, l’Africain a introduit l’esclavage dans ses relations avec ses voisins immédiats. La traite est donc innée chez les Noirs puisque l’esclavage est inhérent à leurs sociétés. Dès lors, l’auteur des Traites négrières peut se permettre d’émettre cette autre hypothèse selon laquelle la traite arabo-musulmane ne  serait qu’une suite logique de l’esclavage traditionnel africain. Enfin, il conclut, satisfait, que l’« On comprend alors la rapidité de la réponse africaine au renforcement de la demande européenne en captifs, à partir de la seconde moitié du XVII è siècle. La matière première – le captif – était là, abondante, et parfois encombrante » ! Oui, vous avez bien lu. L’Afrique était encombrée d’esclaves ; et l’Europe s’est contenté de la débarrasser du  trop plein.

            A partir de ce moment de son livre, Pétré-Grenouilleau a le sentiment de détenir une vérité absolue. En théorisant sur les traites négrières en marge des archives, en situant sa thèse à l’origine de la formation des sociétés africaines que personne n’a connue, l’auteur emprunte une démarche pseudo scientifique pour aboutir à une affirmation qu’il voudrait une vérité générale et absolue. On peut dire qu’avec ce livre d’Olivier Pétré-Grenouilleau, on quitte la démarche de la recherche pour entrer dans le roman de la traite négrière. L’objet du livre apparaît alors clairement être la déculpabilisation de la conscience européenne vis à vis de la traite atlantique.

      

Nous savons que la preuve de la contribution active des Noirs eux-mêmes à la traite négrière arabo-musulmane et atlantique a été établie avec certitude par différents auteurs dont ceux cités plus haut. Nous savons comment, progressivement les Noirs sont devenus des ardents défenseurs de l’esclavage au point d’avoir été, avec les négriers du XIX è siècle, les derniers adversaires du mouvement abolitionniste européen.  Mais ce qui est inadmissible dans la démarche d’Olivier Pétré-Grenouilleau, c’est non seulement l’affirmation du caractère inné de l’esclavage chez le Noir, mais également le mélange des époques qu’il fait dans son livre. Quand il parle de cette inclination des Noirs à la traite, on ne sait pas toujours s’il parle d’une inclination qui date de la traite atlantique, de la traite arabo-musulmane ou d’une pratique antérieure à ces deux époques. Vu que personne ne peut soutenir que la traite négrière pratiquée en Nubie aux temps des pharaons était un phénomène général en Afrique, il convient de qualifier ses affirmations de hasardeuses et gratuites.

            En fait, aux yeux d’Olivier Pétré-Grenouilleau, toutes les archives d’Europe qui ont constitué la source des différentes publications sur la traite atlantique et qui relatent les manœuvres européennes pour contraindre les Africains à leur fournir des esclaves ne sont que mensonges. Toutes les oppositions locales à la traite atlantique que mentionnent les textes de l’époque ne sont pas, selon lui, dignes de foi. Ainsi, il s’arroge le droit, comme tout bon dictateur – mais dictateur d’idées – de décréter qu’il est le maître incontestable de l’histoire des traites négrières et par voie de conséquence de l’esclavage. Malheureusement, l’affirmation sur laquelle est bâti tout son travail n’a rien à voir avec une réalité historique ; et le fait qu’il n’a nullement cherché ailleurs d’autres logiques qui auraient pu servir de moteurs à l’adhésion des Africains à la traite des leurs trahit son souci de justifier le rôle des Européens dans la traite atlantique.

            La violence et l’asservissement de l’autre sont certainement à l’origine de toutes les sociétés humaines, sans distinction de couleurs. C’est ce qui faisait dire au philosophe anglais Thomas Hobbes (17 è S.) que « l’homme est un loup pour l’homme » ; idée reprise à Plaute (255-184 av. J.C.) qui fut le premier à l’affirmer. Appliquer cette vérité communément admise à la seule Afrique pour justifier son attitude « favorable » et « sa volonté » d’implication dans la traite atlantique me semble indigne d’un universitaire. D’autre part, n’est-il pas admis aujourd’hui – à la suite de Jean-Jacques Rousseau – que le développement des sciences et des arts ont largement contribué à l’asservissement de l’autre pour en tirer le plus de profit possible ? Si l’esclavage que connaissaient toutes les sociétés humaines a atteint son point culminant avec la traite atlantique, c’est grâce au développement de la navigation, de l’architecture et le goût du luxe. L’auteur des Traites négrières semble reconnaître lui-même ce facteur quand il parle de « la révolutionnaire expansion mondiale de l’Europe » grâce d’une part aux banquiers qui fournissaient le capital et la technologie, et grâce d’autre part aux marins qui permirent l’établissement d’empires commerciaux en Afrique et en Asie et la colonisation de terres américaines. La traite négrière pratiquée en Nubie aux temps des pharaons et l’esclavage pratiqué en Europe - dans l’antiquité et à une époque plus moderne avec le servage - n’ont donc aucune commune mesure avec la traite Atlantique.

   

            A vrai dire, la renommée soudaine et éclaire de Pétré-Grenouilleau tient moins à l’affirmation de l’implication des Noirs dans la traite négrière atlantique (d’autres l’ont également prouvé) qu’à la circonstance favorable qui s’était offerte à lui avec le débat suscité par la guyanaise Christiane Taubira à travers sa proposition de loi qui a abouti en 2001 à la reconnaissance de ce commerce et de l’esclavage qui en a résulté comme crimes contre l’humanité. On comprend pourquoi le succès médiatique qu’a connu alors l’auteur des Traites négrières n’a nullement entraîné le succès du livre en librairie.

            Demain, un autre Olivier Pétré-Grenouilleau s’élèvera pour asseoir comme une vérité absolue que les africains ont « favorablement » accepté la colonisation de leurs terres et contribué « volontairement » à son pillage par les sociétés européennes sans nullement tenir compte des luttes d’influences qui se déroulent aujourd’hui en Afrique. Mais ne pourrait-on pas se demander si la France n’a pas une inclination naturelle à l’asservissement. Les serfs (forme élégante pour désigner les esclaves européens au Moyen Âge) dont le travail permettait à quelques individus de vivre dans l’oisiveté et passer le plus clair de leur temps à l’entretien de la blancheur de leur peau - quand ils ne chassaient pas ou ne guerroyaient pas pour agrandir leurs domaines – avaient-ils l’état de servitude inné ?  Les Chinois et les Indiens avaient-ils l’esclavage inhérent à leur culture pour avoir été transportés dans les Caraïbes ? Il faudra sans doute un jour envisager un traité pour comprendre le moteur de cette inclination des Européens blancs des siècles passés à mettre tous ceux qu’ils rencontraient en esclavage.

 

Raphaël ADJOBI

 

Titre : Les traites négrières (558 pages)

Auteur : Olivier Pétré-Grenouilleau

Editeur : Gallimard (collection : Folio histoire), 2004

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01 septembre 2009

Case à Chine de Raphaël Confiant

Case___chine_001   Case à Chine

 

(Raphaël Confiant)       

            La présidence d’Alberto Fujimori au Pérou (1990-200) m’avait beaucoup intrigué et suscité en moi des questions quant à l’histoire de la présence des asiatiques en Amérique latine. Plus tard, un passage de Chasseur de lions, un roman d’Olivier Rolin dont l’histoire se passe dans cette partie du monde, parlant de « voiliers en rade, par dizaines, chargés de guanos ou de coolies importés de Chine pour remplacer les esclaves sur les plantations » avait accentué ma curiosité. Curiosité que Case à Chine de Raphaël Confiant vient de satisfaire.

 

            C’est en effet ici l’épopée de cette « immigration » de Chinois et d’Indiens, de leur installation et de leur créolisation dans les Antilles françaises après la dernière abolition de l’esclavage en 1848. Raphaël Confiant choisit (mais aussi pour accomplir une vieille mission) de raconter l’histoire de trois familles, en remontant quant à la sienne jusqu’aux parents du premier immigré de la Chine lointaine. Mais le récit navigue constamment entre le passé lointain et le passé plus récent.

 

Très vite, le lecteur comprend que le contact des asiatiques avec cette terre du nouveau monde s’est passé dans la violence et le mépris comme l’ont vécu précédemment les nègres devenus libres. Outre cela, les relations entre les différentes communautés sont une véritable foire aux préjugés avec heureusement, parfois, des situations délicieuses magnifiquement racontées. C’est avec un style chatoyant, grâce à une multitude de mots créoles nullement gênants pour la compréhension du texte, et un réalisme sans complaisance et équitable à l’égard des différentes communautés que l’auteur parvient à donner à ce roman un équilibre parfait. On y découvre en effet des peintures absolument belles des querelles, des rivalités, des complicités et des préjugés entre les différentes communautés et sous-communautés de la Martinique post-esclavagiste : les Noirs, les Noirs-Congo, les Blancs créoles, les Blancs-France, les Chinois-pays, les Chinois-Chine et les Indiens. Tout ce monde baignant dans un créole savoureux où dominent parfois les taquineries des nègres à l’adresse des Yeux-Fendus. Le livre contient également des portraits magnifiques. Vous adorerez celui de la chabine Justina et surtout celui de la négresse Fidéline, l’arrière grand-mère de l’auteur, et ses joutes verbales avec son « chinois fou dans le mitan de la tête » dont l’histoire est absolument passionnante. Les colères de Poupée-Porcelaine sont également mémorables.

 

Ce livre se révèle aussi une véritable mine d’informations sur la manière dont les différentes communautés ont pu mêler leur sang : les chinois plus souvent avec les mulâtres (quand ils ne font pas venir du sang neuf de Chine), les Blancs-France sans le sou avec les « négresses charitables ou désireuses d’avoir une progéniture aux cheveux plats ». Mais les plus belles pages des histoires d’amour dans cette Martinique où se créolisent progressivement Chinois et Indiens - les souffre-douleur désignés des négrillons - et que relate l’auteur sont celles qui se nouent laborieusement entre les Noirs, les Indiens et les Chinois.

 

Tous ces éléments font donc de Case à Chine un roman historique, réaliste et drôle. Mais au-delà de la beauté du texte et des situations parfois amusantes ou charmantes, le fond social fait de violences et de mépris reste constamment présent. Aussi, ceux qui s’étonnent du peu de progrès accompli par les Noirs antillais dans les différents arts devraient se mettre à l’esprit que l’esclavage n’octroyait qu’une journée par semaine de liberté contrôlée aux nègres et que la colonisation s’est appliquée à sa suite à freiner par tous les moyens leur accession aux sciences et aux arts. La simple création d’un lycée ou de tout autre établissement d’enseignement ne manquait jamais de soulever des protestations de la part des Blanc-pays (Blancs créoles ou Békés). Bien au contraire, c’est miracle que nous devrions dire, si de cet univers de mépris, de suspicion, de frustration des ambitions individuelles, quelques-uns sont parvenus à se hisser parmi l’élite française dans certains domaines.  Rapha_l_Confiant

 

Ce livre vient donc à sa manière confirmer que l’élément déterminant de l’histoire des Antilles que tout le monde s’applique à ignorer ou à négliger est bien la volonté immuable des Blancs-pays - depuis l’esclavage jusqu’à ces jours du XXIè siècle - de ruiner tout espoir de changement de la condition des descendants d’Afrique et d’Asie pour maintenir la leur : la servitude pour les uns, la domination pour les autres. Dans un tel contexte, hier comme aujourd’hui, il semble donc juste que ces Noirs qui « lassés de manger leur âme en salade et de subir crachats, insultes, méprisations, ricanements, claironnent qu’en terre créole, seule la folie est raisonnable, oui. »

 

Raphaël ADJOBI

 

Titre : Case à Chine (487 pages)

Auteur : Raphaël Confiant

Edition : Gallimard (collection Folio)

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08 août 2009

Un don (de Toni Morrison)

                                              Un don

Un_don_de_toni_M                (Toni Morrison)

            Un don est un roman qui demande une attention permanente et suscite régulièrement des questions quant à l’identité des personnages. En d’autres termes, on peut être souvent perdu. Il est donc conseillé de ne pas l’avoir entre les mains dans un moment où l’esprit est trop agité.

            L’Histoire du roman se situe au XVII è siècle, aux débuts de la traite négrière atlantique. Ici, les événements précèdent les périodes rudes de l’asservissement des nègres peint dans Beloved auquel Un don  reprend un peu le style à la fois poétique et brutal. C’est l’histoire de plusieurs vies brisées, non pas par la dureté des conditions du travail infligé aux esclaves (indigènes, noirs ou blancs), mais par la simple difficulté d’être et de s’adapter à cet univers chaotique qu’était le nouveau monde se remplissant d’aventuriers, misérables, condamnés et bannis venus d’Europe.

            Jacob Vaark qui a hérité d’une terre mène une vie de fermier et de commerçant dans cette Amérique où tout semble possible. Il va peu à peu se construire un petit univers apparemment à l’abri des souffrances qui guettent ce monde esclavagiste qui lentement mais sûrement fabrique des chaînes aux pieds des humains. D’abord, il achète une esclave indigène de 14 ans, Lina. Mais elle sera plus une aide en attendant qu’il prenne femme. Puis il épousera Rebekka, une Européenne comme lui. Les deux femmes se jalouseront avant de devenir complices et inséparables. Enfin arrivent deux fillettes noires : Sorrow recueillie des eaux par des bûcherons et Florens, que Jacob obtient en paiement d’une dette. Parce que par prudence le fermier ne voulait pas de la main-d’œuvre masculine à la maison, il se contentait de louer les services de deux esclaves blancs d’une propriété voisine dont l’un rêve de racheter sa liberté sans cesse compromise. Pour achever son œuvre de bâtisseur d’un monde qui prospère, Jacob entreprit la construction d’une nouvelle demeure aux dimensions de ses rêves. Pour cela, il eut besoin du concours d’un ferronnier noir libre. Voilà donc le décor et les protagonistes. Mais tout cela se trouve dans le désordre dans le roman.

            Il ne restait plus à Jacob Vaark et à Rebekka qu’un héritier pour espérer faire prospérer ce nid de bonheur. Mais la maladie et la mort permettra très vite une réflexion sur la viabilité d’une telle vie fondée sur un noyau à la Adam et Eve loin de tout clan, de toute famille, de toute tribu.    

            

Un don n’est pas un livre d’action comme on l’entend au cinéma. C’est le récit du passé et la vie de chacune des domestiques noires de jacob Vaark qui lui donne toute sa dimension déchirante. Surtout Lina, l’indigène, et Sorrow nous renvoient aux conditions de l’arrachement à la terre des ancêtres ainsi qu’aux conditions du voyage en bateau. Mais si les souvenirs sont des images brèves parce qu’ils sont ceux de l’enfance, ils nous instruisent beaucoup sur la difficulté des esclaves à se reconstruire après le traumatisme de l’arrachement brutal à leur lieu de naissance et de vie ordinaire. Quant à la vie de Florens (la narratrice, quand le récit n’est pas à la 3è personne) ce sont ses rêves que l’ont suit et qui nous font espérer que quelque chose de nouveau peut naître de ces esclaves dans ce nouveau monde. 

            Un don est la peinture de l’innocence brisée. Parce qu’il est question de l’enfance meurtrie, donc de l’innocence, ce livre apparaît comme une somme d’images fugaces, incohérentes, anarchiques dans leur association. On peut noter par ailleurs que rarement, la littérature traitant de l’esclavage a fait la part belle à ceux qui, volontairement ou par inclination naturelle, ont choisi une autre voie que celle du brutal asservissement de l’homme avec la productivité pour seule finalité. En mêlant le passé et le présent, Un don laisse penser que le rêve était possible dans le nouveau monde. Mais un rêve qui devient vite une utopie parce que rattrapé par la réalité.

Raphaël ADJOBI

Titre : Un don (193 pages)

Auteur : Toni Morrison

Traduit de l’anglais par Anne Wicke

Editeur : Christian Bourgeois éditeur

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10 juillet 2009

Ces Noirs qui ont fait la France

                         Ces Noirs qui ont fait la France

 

Ces_Noirs_qui            

            Ce livre est un choix extraordinairement judicieux de figures historiques noires de l’Histoire de France. Des figures noires qui dépassent de loin beaucoup de noms pour lesquels la France brûle des encens. En le lisant, j’ai eu souvent ce mot à l’esprit : émouvant !   

            Benoît Hopquin commence son livre par le portrait du chevalier de Saint Georges dont j’ai longuement parlé dans un article en 2007. Celui qui connaît son histoire n’apprendra rien de nouveau mais aura le plaisir de le voir peint dans l’univers aristocratique de son siècle. N’oublions pas que s’il est né esclave, Saint-Georges est un noble qui a vécu comme tel malgré le racisme de ceux qu’il côtoyait. Certains portraits de ce livre sont une mine de connaissances comme celui de François-Auguste Perrinon, premier Noir polytechnicien (1832) qui fut un collaborateur de Victor Schoelcher dans le mouvement abolitionniste et associé à la rédaction de l’acte d’abolition. Le portrait de Blaise Diagne - « plus patriote dans  sa dévotion à la France que bien des Français » -  éclaire le penchant des intellectuels Sénégalais comme Lamine Gueye et Senghor à placer leur foi dans l’égalité entre Noirs et Blancs dans l’empire français au lieu de rechercher l’indépendance, c’est à dire à se montrer des ardents défenseurs de l’assimilation alors que visiblement la France méprisait cet idéal.

            C’est un véritable bonheur de découvrir des vies comme celle de Edmond Albius, cet esclave qui découvrit à 12 ans, sur l’île de la Réunion, la technique de la fécondation artificielle de la vanille alors que les savants échouaient lamentablement ; celles, révoltantes, de quelques noirs ardents combattants et résistants pendant la deuxième guerre mondiale, sauvagement passés par les armes des Nazis alors que ceux-ci épargnaient les prisonniers français blancs ; celle aussi de René Maran, le premier romancier noir couronné d’un prix littéraire français le 14 décembre 1921 à 34 ans. Après Jean-Jacques rousseau avec son Discours sur les sciences et les arts et avant Aimé Césaire avec son Discours sur le colonialisme, la préface de son roman Batouala va engendrer en France l’une des plus retentissantes polémiques littéraires du 20è siècle avec le racisme de bon nombre de critiques en prime. Portrait passionnant aussi que celui de Gaston Monnerville président du sénat pendant plus d’une vingtaine d’années. Premier et dernier sénateur noir élu en métropole, il oeuvra,  à la demande de De Gaulle, à l’établissement de la Vè République avant de devenir un farouche opposant à ce dernier. Tous, comme Césaire et Senghor ont combattu pour la France ou ont lutté pour l’équité et la justice en son sein.   

            Mais entre tous, les portraits les plus émouvants sont certainement ceux de Jean-Baptiste Belley, le député de Saint Domingue qui mènera une lutte anti-esclavagiste éblouissante ;  Louis Delgrès, qui mériterait d’être élevé au rang d’icône universelle de la liberté tant son sacrifice est immense ; et Félix Eboué, le premier résistant français sans qui l’appel du 18 juin de De Gaulle n’aurait eu aucun sens. C’est en effet Félix Eboué qui, contre l’avis de ses supérieurs et du gouvernement de Vichy et contrairement aux autres gouverneurs, va mettre l’armée du Tchad à la disposition de De Gaulle et lui conférer une certaine légitimité aux yeux des Anglais. Le fait qu’il soit le premier résistant de la dernière guerre à dormir au panthéon n’est que justice.

            Voilà donc pour les peuples noirs d’Afrique, des Caraïbes et d’ailleurs des héros illustres dont les noms - bannis ou indésirables en France - mériteraient de figurer aux frontons des écoles ou d’être portés par des rues citadines. Tout simplement parce qu’en luttant pour la France parce qu’ils étaient Français, ils ont lutté pour la justice à l’égard des Noirs. Le fait que le livre replace chacun des personnages dans l’histoire de la vie politique de son époque le rend très passionnant. Ainsi chacun d’eux apparaît comme une fenêtre sur un monde : la noblesse du 18 è siècle avec Saint Georges, les luttes abolitionnistes avec Jean-Baptiste Belley et François-Auguste Perrinon, etc… Mais les images manquent cruellement à cet ouvrage. On aimerait découvrir le portrait de Jean-Baptiste Belley que l’auteur a vu au château de Versailles ; un beau portrait, dont il fait une magnifique description. On lit ce livre conforté dans l’idée que l’abolition de l’esclavage n’est pas le fait de quelques volontés blanches philanthropes mais avant tout la réalité de luttes constantes de populations noires avec des leaders cultivés et amoureux des libertés et des règles d’équité prônées par les institutions françaises. D’autre part, ce livre montre que l’absence de figures noires dans les manuels d’histoire est une injustice, car la France compte des intellectuels noirs abolitionnistes, des officiers noirs ardents adversaires des Nazis et de leurs collaborateurs pendant que de nombreux français blancs se planquaient en zone libre ou se contentaient d’écouter l’appel de De Gaulle sans y répondre.

            Il faut signaler aussi l’excellente préface de l’auteur qui justifie ses choix. Quant à ceux qui oseraient qualifier son œuvre d’entreprise communautariste ou raciste, il répond tout simplement : « Que Saint-Georges, Delgrès, Eboué ou le tirailleur Maboulkede reprennent leur place, rien que leur place, au cœur de notre mémoire nationale, et tout sera pour le mieux. » Il rejoint ainsi la pensée de Delgrès criant aux générations futures de France : « Et toi postérité ! accorde une larme à nos malheurs et nous mourrons satisfaits. » Il faut espérer que cette demande de reconnaissance sera un jour satisfaite par les Français blancs. C’est d’ailleurs à eux que s’adresse avant tout ce livre qu’ils doivent considérer comme « un cours de rattrapage » d’histoire pour une connaissance plus exacte de l’Histoire de France.

 

Raphaël ADJOBI

 

 

Titre : Ces Noirs qui ont fait la France (274 pages)

Auteur : Benoît Hopquin

Editeur : Calmann-Lévy

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10 juin 2009

De la Françafrique à la Mafiafrique

                      De la Françafrique à la Mafiafrique

 

Mafiafrique

 

            Voilà un petit livre qui me permet de découvrir François-Xavier Verschave que je n’avais jamais lu. Ce texte est la retransmission par Judith Cypel de son exposé-débat qui a eu lieu le 3 décembre 2003  à l’espace Renaudie d’Aubervilliers (Seine-Saint-denis).

            Il est ici question de la naissance et du fonctionnement, depuis 1960, des relations franco-africaines connues désormais sous le vocable Françafrique puis de son évolution en système mafieux généralisé que le conférencier appelle Mafiafrique. Délibérément, François-Xavier Verschave  parle plus du rôle de la France que de celui des gouvernants africains. Cependant, le lecteur comprend clairement que ce système fonctionne exactement de la même manière qu’aux temps de l’esclavage avec la criminalité financière en plus.

            Cette analyse de la mise en place de la Françafrique est très intéressante ; surtout le rappel des figures illustres africaines qui voulaient la vraie indépendance promise officiellement. On retiendra aussi les techniques employées par la France pour la mettre en oeuvre : envoyer des soldats très efficaces déguisés en mercenaires pour que la France ne soit pas responsable de ce qui se passe ; affaiblir un pays pour qu’il vende moins cher son pétrole ou autre exploitation en finançant militairement l’opposition et le pouvoir en place,

comme en Angola ; organiser des coups d’état comme la réinstallation de Sassou Nguesso au pouvoir (p.29-32 ; lecture vivement recommandée) ; pratiquer la désinformation pour que le peuple français ne perçoive rien des fourberies politiques et financières. Edifiants !

            Mais où va l’argent que toute cette politique de mainmise et de destruction apporte aux acteurs français de la Françafrique ? C’est à cette question que répond la deuxième partie de l’exposé. Eh bien, dit François-Xavier Verschave, cette situation permet aux « plus grandes banques françaises d’avoir la moitié de leurs comptes non déclarés dans les paradis fiscaux. » En d’autres termes, cet argent alimente des caisses illicites et permet aux gouvernants français de faire ce qu’ils veulent : financer leurs partis, faire des coups d’état…

            A voir de près, cet exposé montre l’antagonisme existant dans le monde entre d’une part la construction de biens publics que tentent de réaliser les états et d’autre part la criminalité financière qui passe son temps à détruire cette construction par la sauvegarde des paradis fiscaux, ces « pays vassaux, serviteurs de finance parallèle ». Ceux-ci sont en effet un pan économique non négligeable des grandes banques qui par ce biais échappent aux fiscs nationaux , c’est à dire à la contribution ordinaire au fonctionnement des états. T_te_de_n_gre 

            En annonçant ce 3 décembre 2003 que, dans cinq ans, les paradis fiscaux constitueront un drame pour les conquêtes sociales (p.46-47), le public qui écoutait François-Xavier Verschave ce jour-là ne pensait pas entendre un discours prémonitoire. Mais la crise mondiale va lui donner raison en éclatant à la face du monde dans la deuxième moitié de 2008 et au début de 2009. C’est à dire, exactement cinq ans après ! Aujourd’hui, les paradis fiscaux qu’il pointait du doigt en 2003 sont au centre des débats des nations.

            Afin de mieux saisir la complexité des réseaux françafricains, il me faudra lire d’autres ouvrages de l’auteur. Grâce à ce petit livre, la face immergée de l’iceberg que constitue ce système semble prendre une dimension plus grande encore puisqu’elle révèle la face financière qui rejoint un fonctionnement de la finance mondiale. Un peu étourdissant tout cela mais passionnant. Un petit livre à lire et à relire. Le détail de la photo est aussi à regarder.

            

Raphaël ADJOBI

 

Auteur : François-Xavier Verschave

Titre : De la Françafrique à la Mafiafrique  (69 pages)

Edition : Editions Tribord

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30 avril 2009

Enquête sur le racisme au Vatican : Et si Dieu n'aimait pas les Noirs ?

                   Enquête sur le racisme au Vatican

                Et Si Dieu n’aimait pas les Noirs ? 

 

Le_vatican_et_les_Noirs

 

            Il vous est certainement déjà arrivé de saisir un beau fruit, d’admirer sa belle robe puis de mordre avec délectation dans sa chaire pulpeuse. Mais tout à coup, l’éloignant de vos lèvres pour mieux apprécier sa texture, vous crachez précipitamment et avec horreur la précieuse bouchée au moment même où vos yeux exorbités découvrent avec stupeur mille vers grouillant à l’intérieur de ce qui était quelques secondes auparavant un fruit adoré. Je me permets cette image pour faire comprendre combien j’ai été bouleversé, horrifié à la lecture du livre des journalistes Serge Bilé et Audifac Ignace. Sous les ors du Vatican, je découvre le racisme qui me fait repousser loin de moi cette institution.

            Certes, ordinairement chacun s’imagine des choses pas très « catholiques » au sein de l’Eglise Romaine. Je suis de ceux qui ne lui « donneraient pas la communion sans confession » au regard de l’Histoire, même si je n’ai pas la pleine connaissance de tous ses méfaits. Cependant, j’étais loin de m’imaginer que cette église apparemment au-dessus de tout soupçon en matière de racisme depuis un demi siècle est infectée de ce racisme ordinaire que l’on rencontre dans les administrations civiles, dans les clubs de sports, dans les lieux de fêtes, dans la vie quotidienne avec ses voisins. Oui, ce racisme ordinaire et quotidien en France, en Italie ou ailleurs en Europe existe bel et bien à tous les étages au Vatican.

            Vous découvrirez en effet en lisant ce livre combien les prêtres et les Evêques Européens, dans le saint lieu de l’Eglise Catholique, c’est à dire au Vatican, font subir à leurs pairs africains les mêmes humiliations dans les mêmes termes que le racisme dont font montre les Européens ordinaires à l’encontre des Noirs dans les bus, aux guichets lors de la recherche d’un emploi, dans une administration de demande de logement. Vous découvrirez que, semblables à n’importe quel étudiant africain sans bourse en Europe, des prêtres africains étudiant au Vatican mendient ou travaillent pour pouvoir poursuivre leurs études qu’ils ne terminent parfois pas. D’autres sont sans papiers et vivent dans la clandestinité parce que voulant terminer leurs études contre l’avis du Vatican. Vous découvrirez comment des religieuses africaines envoyées dans ce saint lieu pour palier la crise des vocations chez les Europénnes sont obligées de se prostituer avec des prêtres et des civiles italiens pour pouvoir vivre au quotidien. Qui aurait imaginé que, vivant dans le dénuement total,  vendre ses charmes aux policiers italiens et autres civiles est une pratique ordinaire chez les religieuses africaines du Vatican ? Qui aurait imaginé que les religieuses africaines sont en fait des domestiques dans les couvents italiens ? Ce livre fait d’entretiens et de témoignages de religieuses et religieux noirs pourraient vous bouleverser autant que moi.

            Outre les entretiens, Serge Bilé et Audifac Ignace remontent dans l’histoire pour expliquer pourquoi le racisme au sein de l’Eglise Catholique est une véritable institution qui l’empêche de réaliser - au niveau de la papauté – ce que les Etats-Unis ont fait en choisissant barack Obama comme président. Les derniers chapitres de ce livre nous apprennent beaucoup sur les relations du Vatican avec le monde noir depuis le début du christianisme. De brefs portraits très intéressants de certains Papes et leurs positions vis à vis des Noirs retiendront l’attention du lecteur. En clair, au vu de l’histoire, le Vatican n’a jamais su s’éloigner de façon radicale du racisme populaire italien qui, en toutes circonstances, tente de contrôler par des pressions cette institution catholique.

            Ce livre est publié depuis janvier 2009 et je suis surpris que les témoignages qu'il contient n'ébranlent absolument pas la presse française. Le racisme est-il devenu chose si ordinaire que lorsqu'il touche le milieu religieux il laisse indifférent ? Des religieuses qui avouent être contraintes de se prostituer à cause des mauvais traitements qu'elles subissent au sein de leurs congrégations italiennes ne méritent-elles aucune attention ? Dans quel monde sommes-nous donc parvenus ?    

 

Raphaël ADJOBI

 

Auteurs : Serge Bilé / Audifac Ignace

Titre : Et si Dieu n’aimait pas les Noirs ?

     (Enquête sur le racisme aujourd’hui au Vatican)

Editeur : Pascal Galodé

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03 avril 2009

Des nègres et des juges ou La scandaleuse affaire Spoutourne

Des_n_gres___des_juges     Des nègres et des juges

                            ou

la scandaleuse affaire Spoutourne

                                              

            C’est ici l’histoire de la scandaleuse affaire Spoutourne du nom de la plantation martiniquaise où se sont déroulés les événements dont le livre retrace le procès.

            Les faits : La plantation Spoutourne appartenant à une veuve installée en métropole est gérée par le sieur Vermeil qui a tout autorité pour diriger le travail des esclaves. Aux dires de ceux-ci, l’homme serait devenu violents après son mariage et n’a cessé depuis lors de multiplier les sévices à leur encontre. Ce qu’il n’était point quand il fréquentait une négresse. Abusant de son pouvoir, il lui plaisait pour un oui pour un non de fouetter un esclave jusqu’au sang ou le mutiler, enfermer plusieurs d’entre eux dans une pièce minuscule où ils les laissait à la limite de la mort par asphyxie. Il abandonna un jeune Noir, qu’il venait de faire fouetter à mort, attaché nu sur une plage. Des crabes lui dévorèrent les parties intimes durant la nuit. Devant tant d’injustices et de mauvais traitements, une délégation de douze esclaves se rendit  au bureau du nouveau juge de la Martinique à la suite de nouvelles violences. Puis ce fut tous les esclaves de la plantation – certains en sang - qui se présentèrent pour demander la fin des injustices et cruautés. Le juge convoqua le sieur Vermeil pour l’entendre et lui fit quelques reproches sur sa mauvaise gestion.

            Analyse et réflexions : Contrairement à la révolte violente qui est la forme de revendication attendue par les colons, cette tentative faite par un atelier d’esclaves d’utiliser les institutions coloniales pour tenter d’obtenir une amélioration de leur sort était si originale à l’époque qu’elle apparut une véritable bizarrerie aux yeux des Blancs de l’île. D’autre part, un juge métropolitain qui accepte non seulement de recevoir les plaintes des esclaves mais encore de leur donner suite en convoquant le géreur de l’habitation Spoutourne puis en adressant des courriers aux diverses autorités compétentes, voilà qui perturbe l’habituel rapport des forces et exaspère les colons prêts à tout pour sauvegarder leurs intérêts et leur pouvoir dans les colonies.

            Le livre de Caroline Oudin-Bastide tente d’analyser les documents publics et privés de ce procès inédit au centre duquel six des douze esclaves de la délégation du 8 février 1831 apparaîtront le plus souvent comme le prétexte de règlement de compte entre les colons et les administrateurs métropolitains affectés dans les îles. En clair, ce livre montre comment les colons ont oeuvré durant des années, des siècles, à faire en sorte que les lois de la République ne puissent jamais s’appliquer dans les Antilles françaises ; comment ils tentent toujours de convertir les nouveaux arrivants à leur ordre esclavagiste ; comment ils manœuvrent constamment pour discréditer et faire chasser tous les nouveaux arrivants chargés d’exercer un quelconque pouvoir qui rappellerait la métropole. La seule façon de leur plaire « consiste à leur donner gain de cause quand ils ont tort, lorsqu’ils ont des procès avec les gens de couleur. » Aussi, c’était bien souvent un Conseil privé de la Martinique, formé par les colons, qui jugeait les affaires à la place d’un vrai tribunal de juges venus de la métropole. Cyrille_Bisset_2

            Aujourd’hui, au regard de certains événements récents, je me dis qu’il est tout à fait inadmissible qu’un peuple connaissant l’injustice pratiqué par ses aïeux soit aussi inconscient devant les injustices actuelles. D’autre part, il serait bon que les Noirs scrutent les pages de l’histoire qui dorment dans les archives et réveillent la mémoire de leurs ancêtres qui se sont dressés contre la barbarie de l’esclavage et du colonialisme et leurs tressent les lauriers usurpés par la longue liste des prétendus abolitionnistes blancs qui ont plié l’échine devant leur combat. Parmi eux, il faut compter Cyrille Charles Auguste Bissette qui, obligé de quitter l’île pour la métropole n’a pas manqué de suivre l’affaire en qualité de mandataires des hommes de couleurs de la Martinique, comme il se définissait lui-même.

 

Raphaël ADJOBI   

 

Titre   : Des nègres et des juges

 

            La scandaleuse affaire Spoutourne

 

            (1831-1834)

 

Auteur : Caroline Oudin-Bastide

 

Edition : Editions Complexe

 

              (Collection : De source sûre)

Posté par St_Ralph à 17:02 - Littérature (Essais, romans) - Commentaires [6] - Permalien [#]