Lectures, analyses et réflexions de Raphaël

Vous trouverez ici des comptes rendus de lectures livresques concernant essentiellement l'histoire des Noirs d'Afrique et celle des Afrodescendants des Amériques et d'Europe. Les actualités de la diaspora africaine ne sont pas oubliées.

20 novembre 2014

Debout-payé (Un roman de Gauz)

                                                DEBOUT-PAYE

                                            (Un roman de Gauz)  

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            Nous ne regarderons certainement plus du même œil le vigile noir de notre grande surface, après la lecture de ce roman. Qui aurait pensé que cet homme du silence – payé pour rester debout – dont le regard semble s'accrocher à notre silhouette chaque fois que nous franchissons le seuil d'un magasin, pouvait recueillir sur nous des renseignements suffisants pour bâtir une œuvre romanesque ?

            Le texte donne d'abord l'impression d'une écriture inégale : on salive à la fin du premier chapitre ; on est impatient de sortir du second. Mais, très vite, on apprécie cette alternance du récit et du chapelet d'anecdotes, véritables saisies instantanées de scènes ou d'images de nos chers temples de la consommation. On s'amuse, on sourit, on rit et on s'instruit en même temps.

            En effet, tout le plaisir que procure ce roman est dans le regard du vigile. Car le vigile, c'est le narrateur du récit à la troisième personne. C'est l’œil omniprésent et omniscient, plus perçant que celui du persan Usbek peignant les mœurs de la société française du XVIIIe siècle. Les singularités des Africaines, des Antillaises, des Asiatiques, des Arabes ne lui échappent pas. Par exemple, son regard analytique sur l'homme arabe du golfe persique est tout à fait plaisant et édifiant. D’autre part, aucun homme politique français, aucun journaliste, n'a expliqué avec autant de justesse l'apparition des « sans-papiers » sur notre territoire que le vigile ! Debout-payé est absolument un livre amusant et instructif. 

            Ce livre se veut avant tout le récit de la vie d'un immigré d'une ancienne colonie française. C'est l'histoire d'un jeune Ivoirien qui, profitant du « ramassis de clichés du bon sauvage qui sommeille de façon atavique » en chaque homme blanc – « les Noirs sont costauds, les Noirs sont grands, les Noirs sont forts, les Noirs sont obéissants, les Noirs font peur » - finit par s'en convaincre au point de considérer son métier de vigile comme celui qui convient le mieux à sa mélanine. Ce livre nous permet aussi de découvrir que dans le monde de la vente où le grand public imagine un personnel harassé et blasé par un travail répétitif, les hommes et les femmes se prennent très au sérieux et sont même impitoyables. Enfin, il constitue un petit trésor de connaissances sur le monde. Où peut-on trouver la plus grande concentration de spécimens humains que dans les magasins parisiens ? Vous salivez ? Vous avez raison et vous allez être comblé. 

            En tout cas, rien que le regard du dominé noir sur le dominant blanc fait de ce livre une belle fenêtre qui permet à l'Européen de "se voir de bon biais" ; même si le vigile s'interdit toute discrimination.

Raphaël ADJOBI

Titre : Debout-payé, 172 pages

Auteur : Gauz

Editeur : Le Nouvel Attila, 2014.

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08 novembre 2014

Du combat de Laurent Gbagbo et de la crise au sein du FPI (Raphaël ADJOBI)

Du combat de Laurent Gbagbo et de la crise au sein du FPI*

Laurent G

          Suite aux propos de messieurs Koudou Kessié et Paul Okou Zago, tous deux membres du FPI, se contredisant dans le journal de leur parti (Notre Voie du 16 et 20 octobre 2014), l'AIRD-France souhaite vivement que le FPI définisse clairement la ligne de combat qu'il envisage de suivre afin d'éclairer ses alliés. L'AIRD-France n'a nullement l'intention de se mêler d'un débat interne à un parti frère. Toutefois, engagés dans la coalition des partis de l'opposition dénommée « Alliance des Forces Démocratiques » (AFD), nous savons que toute décision émanant du FPI quant à sa participation ou non aux prochaines élections présidentielles – aux contours pour l'heure inquiétants – aura des conséquences directes sur ses alliés.

          A vrai dire, le débat qui agite la maison FPI est celui-là même qui anime tous les autres partis de l’opposition et certainement le cœur de tous les Ivoiriens. Aussi, pour reprendre la formule de M. Paul Okou Zago – qui dit être soucieux de faire évoluer les choses dans le sens d’un rapprochement des militants du FPI – nous disons que l'Alliance des Forces Démocratiques doit être le lieu de « la vérité, des débats démocratiques sérieux ». Que le FPI considère donc la présente interpellation comme une volonté de rapprocher nos points de vue en éclairant les différents sujets qui agitent les Ivoiriens – avant qu'ils ne les déchirent – dans l'attente des échéances présidentielles de 2015.

       A qui revient l'assainissement de l'environnement électoral ?

            La lecture attentive du texte de M. Paul Okou Zago montre qu'il parle davantage de la voie opposée à la sienne et à celle du Président Affi N'guessan. Il pourfend allègrement l'attitude de ceux qu'il dit brandir le slogan « Gbagbo ou rien » mais dit peu de choses sur ce fameux « processus politique » qu’il aurait dû appeler « processus électoral » pour plus de clarté. Car c’est en réalité de cela qu’il s’agit dans ses propos.   

            « A notre avis, le parti (le FPI) et ses alliés doivent, à partir de maintenant, se battre pour que les élections se déroulent dans un environnement suffisamment assaini », dit M. Paul Okou Zago. Nous sommes tentés de lui dire que c'est le vœu que tous les partis de l’opposition expriment quotidiennement dans les journaux et les quelques rares réunions publiques qu'autorise le pouvoir. Mais pour bien suivre le raisonnement de M. Paul Okou Zago, posons-lui la question suivante : à qui revient le devoir d’assainir l'environnement électoral ?  Le FPI et ses alliés ? Et comment ? Pour toute réponse, il dit que la victoire de cette bataille d’assainissement est à notre portée et que pour cela « il suffit (...) de dominer ses émotions, ses rancœurs et ses ressentiments et prendre de la hauteur » pour nous engager unis.

            Ainsi donc nous devons croire que c'est parce que nous ne sommes pas assez unis et n'avons pas apaisé nos émotions et nos rancœurs que les conditions favorables à des élections justes et équitables ne sont pas réunies ! Mon Dieu ! Quelle accusation terrible ! Le pouvoir qui reste muet à toutes nos propositions, aux pleurs du peuple qu'il suffirait d'entendre et apaiser, qui ne donne aucune ouverture dans laquelle l'opposition pourrait s'engager pour être entendue, ce pouvoir ne serait donc nullement responsable de l'impasse dans laquelle se trouve la Côte d'Ivoire ! Qu'il nous soit permis ici de rappeler à nos camarades qui soutiennent une telle pensée, que sous tous les cieux, c'est au pouvoir en place qu'il revient d'appliquer son programme politique, d'assainir l'Etat et la vie politique en ouvrant les débats et non pas à l'opposition d'appliquer le sien. Si aujourd’hui les militants de l’opposition sont  obligés de quémander des postes dans l'administration du pays – comme le fait remarquer M. Paul Okou Zago – c’est simplement parce que M. Ouattara travaille à réveiller chez l’Ivoirien les réflexes d'un pays à parti unique où chaque fonctionnaire, chaque étudiant boursier se devait d’être reconnaissant au président de la république comme s’il était à lui seul l’Etat ivoirien. Ce n’est pas celui qui est condamné à mendier qu’il faut blâmer mais le pouvoir qui se sert des outils de l’Etat pour corrompre et assujettir les citoyens à la manière d’un roi avec ses sujets. N’est-ce pas M. Ouattara qui a dit avoir pour objectif de « rendre la démocratie irréversible en Côte d'Ivoire » ? C'est donc à lui de se donner les moyens d'atteindre ce but et à nous d'apprécier la réalité des faits. C’est à lui de réveiller la confiance brisée dans le cœur des Ivoiriens en posant des actes qui les réconcilient avec le pouvoir. Ce n'est pas le contraire qu'il faut attendre. Ce n'est pas le contraire qu'il faut prôner.        

            Qui doit rouvrir l'épineux dossier de la liste électorale pour parvenir à quelque chose de consensuel ? Qui va décider s’il faut tenir compte des nombreux morts, des nombreux disparus qui figurent encore sur cette liste ? Qui va décider si la multitude de personnes forcées à l'exil et les prisonniers politiques qui y sont inscrits voteront ? N’oublions pas non plus le cas des nouveaux naturalisés pour services rendus à M. Ouattara lors de sa prise du pouvoir. M. Paul Okou Zago y a-t-il pensé ? Le FPI ira-t-il aux élections avec M. Youssouf Bakayoko à la tête de la nouvelle commission électorale ? Quelles sont les garanties pour des élections sans brutalité dans le nord du pays toujours sous la domination des dozos et des anciens rebelles désœuvrés qui n'ont pas réussi à se faire une place dans les FRCI ? A l'AIRD-France, nous avons beau apaiser nos émotions, nous avons beau nous unir, nous ne voyons pas venir les solutions à ces problèmes que nous avons portés sur la place publique à plusieurs reprises.

            Allons plus loin dans notre questionnement pour savoir où se situe la bonne foi. Le FPI n'a-t-il pas proposé la convocation des Etats généraux de la nation pour étudier les problèmes du pays afin d'aller vers la paix sociale ? Quelle fut la réponse du pouvoir ? Le mépris. N'avons-nous pas tous appelé à la libération des prisonniers politiques afin d'apaiser les tensions et les rancœurs ? Quelle fut la réponse de M. Ouattara ? Le silence et le mépris. N'avons-nous pas appelé à la disparition des dozos dont nous ignorons à quel corps d'armée ils appartiennent ? Quelle fut la réponse de M. Ouattara ? Le silence et le mépris. Les journaux de l'opposition ont fini par se convaincre que ce dernier tient à tout verrouiller, au risque de mettre le feu à la Côte d'Ivoire.   

            De toute évidence ce n'est pas là le sentiment de tous au FPI et nous en avons trouvé la raison dans les propos de M. Paul Okou Zago. Il faut, selon de nombreux militants de ce parti, « entrer dans le processus électoral » - osons l’expression la plus claire – parce que « le FPI n'a pas le droit de laisser Alassane Dramane Ouattara aller aux élections avec des faire-valoir ». Voilà clairement exprimé le motif ou le moteur de la volonté du FPI « d'entrer dans le processus électoral ».

            C’est la peur de laisser des candidats de second rang affronter Ouattara sans aucune chance de succès qui motive le FPI et l’incite à présenter absolument un candidat aux prochaines élections présidentielles ! Que c'est pauvre, comme argument ! Qu’il nous soit permis de dire ici que la certitude de dominer des faire-valoir dans une élection n’est pas un argument digne d’un grand parti politique. On va à des élections quand il y a une once d'équité pouvant nous permettre de triompher, ou à défaut de mesurer l'ampleur de l’électorat adhérant à notre programme de gouvernement. 

            Malgré une argumentation aussi pauvre en projets ou débats d'envergure nationale, M. Paul Okou Zago s'insurge contre tous ceux qui refusent de faire table rase de leurs idéaux, leurs rêves ou leurs exigences qui, selon lui, compliquent le rapprochement cordial – pour ne pas dire l'entente cordiale – que son parti entend établir avec le pouvoir pour parvenir à ses fins.  Et, pour appuyer le bien-fondé de cette attitude qu'il élève au rang de sagesse pouvant sauver Laurent Gbagbo, il donne deux exemples qui méritent que l'on s'y arrête parce qu'ils blessent l'entendement de tout militant politique.

   En politique, sous le voile, c'est la soumission ou la prostitution !

            Avec délectation, M. Paul Okou Zago nous renvoie à l'image de cette mère américaine qui, au moment de s'adresser aux ravisseurs djihadistes de son fils, s'est voilée à la manière musulmane pour susciter leur compassion. C'est ainsi, dit notre homme politique, que l'on peut toucher le cœur de l'ennemi le plus dur et le porter à la pitié. Et c'est, selon lui, ce qu'il faut faire face à M. Ouattara. Puis il nous remet en mémoire l'issue du combat de Nelson Mandela. C'est par le « voile diplomatique » qu'il a pu sortir de prison, dit M.Paul Okou Zago. Il nous faut donc, conclut-il, pour sortir Laurent Gbagbo de la prison de la CPI, quitter nos idées, nos manifestations, nos réflexions qu'il juge insultantes à l'égard de la France et du pouvoir en place – desquels  dépend le sort de celui que nous voudrions voir libre. Il nous faut, suggère-t-il, nous cacher sous un voile, en d’autres termes nous faire petits pour être regardés avec compassion par nos bourreaux.

            Il est tout à fait surprenant qu'un homme politique se réfère à l'attitude discutable d'une mère au lieu de nous proposer un enseignement puisé dans l'histoire des stratégies politiques. Il faut veiller à ne pas faire d’images ponctuelles ou éphémères, nées de l’émotion, des vérités générales. N'a-t-il pas noté que pendant que cette mère affligée suppliait les ravisseurs de son fils, les hommes politiques de son pays – faisant fi de leur chantage – ont continué à bombarder les positions djihadistes ? La politique a ses raisons que l’émotion d’une mère ne connaît pas ! Les dirigeants américains savaient qu'en politique se couvrir d'un voile c'est se soumettre ou se prostituer. Quelle est l'attitude que doivent adopter les militants politiques du FPI pour libérer Laurent Gbagbo ? S'humilier en mettant un voile sur leur indignation pour la transformer en supplication aux pieds d'Alassane Ouattara et de la France ? 

Quant à l'interprétation que M. Paul Okou Zago fait des raisons qui ont justifié la libération de Nelson Mandela, chacun a pu se rendre compte que c'est un vrai travestissement de l'histoire de l'Afrique du Sud. Peut-on croire que c’est la diplomatie des hommes qui a abouti, après vingt-sept ans, à cette libération ? A ce rythme, les militants du FPI ont toutes les raisons de désespérer de la diplomatie que propose M. Paul Okou Zago pour libérer Laurent Gbagbo. Il serait plus juste de dire que c’est la ténacité de Mandela qui a payé. Oui, c'est la ténacité et la persévérance de cet homme qui n'a pas voulu dévier de son idéal qui, avec le temps, ont triomphé de l'adversité. Grâce à cette ténacité et à cette persévérance, il a obtenu qu'en Afrique du Sud soit appliquée la règle égalitaire « un homme, une voix » dans les élections nationales ouvertes à tous, Noirs et Blancs. Le temps a travaillé pour lui. Il n'était pas pressé. Plusieurs fois, ses ennemis ont tenté de monnayer sa liberté contre son silence et le reniement de son idéal. Mais il savait que la vérité qu'il défendait finirait un jour par triompher. Rares sont les êtres humains capables d'une telle fidélité à un idéal. Est-il utile de rappeler ici que M. Henri Konan Bédié – qui a vendu sa deuxième place lors des élections présidentielles de 2010 – n’est pas à mettre au nombre de ces hommes d'honneur ? Laurent Gbagbo, si ! Laurent Gbagbo, c'est Mandela, c'est Prométhée ! Il a refusé l’exil doré que la France et les Etats-Unis lui avaient proposé pour s’accrocher à la vérité des urnes. Pour que la vérité triomphe, il est resté assis comme Rosa Parks – une autre américaine – refusant d’obéir aux injonctions de ceux qui croient à une justice pour les nègres et une justice pour les Blancs.    

                                   Quel est le combat de Laurent Gbagbo ?

            Retenons des propos de M. Paul Okou Zago que l'objectif avoué de la frange des militants du FPI dont il fait partie est de faire des élections présidentielles de 2015 une arme contre M. Ouattara. D'ailleurs, pour nous convaincre que c'est un excellent choix, il nous rappelle le soulèvement populaire contre le général  Robert Guéï en 2000, et soutient que le peuple peut renouveler cet exploit. Toutefois, ce que cette frange de militants FPI qui soutient ce projet oublie, c'est que le peuple ne se soulève que derrière l'étendard d'un chef qui le conduit et en qui il se reconnaît. Quand on baisse l'étendard de ralliement par peur de faire de l'ombre à son adversaire et à ses parrains, on n'est pas digne de faire appel au sursaut du peuple.  

            Ce qui est étonnant chez M. Paul Okou Zago et ses amis, c’est la totale absence de foi dans le « processus électoral » actuel dans lequel ils tiennent pourtant à entrer. Ils en font même une peinture – d’ailleurs exacte – qui devrait inquiéter tous les militants du FPI et même la Côte d'Ivoire entière. Voici comment ils voient les contours du « processus électoral » : le pouvoir de M. Ouattara soutenu par la France et son armée qui l'ont installé ; une CEI avec à sa présidence M. Youssouf Bakayoko sachant désormais qui déclarer absolument vainqueur et comment s'y prendre ; et enfin, au bout du tunnel, les FRCI, l'armée prétorienne de Ouattara qui lui a juré fidélité depuis sa formation au Burkina Faso et qui a fait campagne pour son élection puis s’est battue pour lui. N'est-il pas insensé de s'engager dans un tel coupe-gorge ? Pardon, dans un tel « processus électoral » ?  

             Mais rêvons un peu ! Rêvons qu'au regard des nombreuses fraudes que M. Paul Okou Zago imagine aisément – preuve d'une grande lucidité – le Conseil constitutionnel décide de tenir compte des réclamations de l’opposition pour invalider les votes litigieux et déclarer le candidat de l’opposition vainqueur. Rêvons que la probité des hommes de cette institution triomphe des circonstances qui les ont placés là. Devant cette décision qui ira à l’opposé de la décision de la CEI et des vœux de la communauté internationale, quelle est l'armée nationale existante qui appuiera le soulèvement du peuple sur lequel compte M. Paul Okou Zago pour que le pouvoir revienne au vainqueur constitutionnellement déclaré ? Que chacun prenne le temps de réfléchir à cette question. Il est sage de reconnaître qu'en l'absence d'une armée nationale qui pourrait pencher en sa faveur, le peuple ne pourra pas lutter contre les FRCI, les dozos, l’armée française et celle de l’ONU !

            Si une révolution doit avoir lieu contre toutes ces forces qui se dressent devant nous, elle n’a nullement besoin d’une élection pour se mettre à l’œuvre. L’occupation de nos terres par des étrangers, l’exil et l’emprisonnement de nos familles dont nous ignorons tout depuis bientôt quatre ans et la préférence ethnique à tous les degrés de l'administration sont des raisons largement suffisantes pour la mettre en marche. Retenons aussi le présage que constitue la nomination de M. Youssouf Bakayoko à la tête de la CEI. Une révolution suppose clairement, à tout moment, la destruction de tous les outils qui permettent au système en place de fonctionner et de produire pour son propre compte au détriment du peuple. C’est la finalité de toute révolution.                      

            Terminons en rappelant à tous la réalité du combat de Laurent Gbagbo. Quel est le message qu'il a délivré aux Ivoiriens et aux Africains ? N’a-t-il pas dit « Si je tombe, enjambez mon corps pour poursuivre le combat » ? Il est tombé au combat. Alors, réfléchissons ensemble : entendait-il par ces mots qu'il faut tout faire pour le sortir de prison ? Chacun comprend très bien où Laurent Gbagbo situe l'essentiel dans ce message : le combat de la Côte d'Ivoire et non sa personne. Certes, obtenir sa libération doit demeurer un objectif cher à tous. Mais soyons convaincus que le meilleur moyen de l'obtenir est de poursuivre, sans relâche, son combat. Délivrer Laurent Gbagbo des mains de ses bourreaux pour qu'il reprenne en main l'étendard qu'il a laissé choir au moment de sa chute est donc une tâche qui revient à tous, et en particulier à de petits groupes de pression à travers le monde – qui font d’ailleurs très bien ce qu’ils ont à faire. Mais le combat, le vrai combat des hommes politiques - comme l’ont fait les partisans de Mandela - consiste à avoir les yeux rivés sur l'idéal qui nous anime. Ils doivent entretenir dans nos cœurs la flamme de l’idéal. L’idéal d’une réelle indépendance politique et économique doit être porté haut et fort et susciter des adhésions partout dans le monde. Car le combat de Laurent Gbagbo est juste et partout dans le monde le cœur de l’homme comprend le langage de la liberté des peuples à disposer d’eux-mêmes. Le combat consiste à reprendre l'étendard de cet idéal et le faire flotter fièrement au vent pour qu'il soit visible de toute la Côte d'Ivoire, de toute l'Afrique, de la terre entière ! Le combat consiste à s'armer de ténacité et de persévérance au point d'attirer tous les regards et, avec le temps, ébranler les consciences humaines. N’est-ce pas ainsi que Mandela a triomphé de l’adversité ? Empruntons cette même voie pour faire triompher Laurent Gbagbo de l’adversité. Quittons cette attitude imbécile qui consiste à regarder le doigt de Laurent Gbagbo plutôt que d’avoir les yeux fixés sur le chemin qu’il nous indique. Laurent Gbagbo s’est sacrifié pour cela : prenons garde à ne pas quitter ce chemin !   

* FPI : Front Populaire Ivoirien ; le parti de Laurent Gbagbo. 

Raphaël ADJOBI

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24 octobre 2014

Réflexions sur l'Enseignement français autour de La frabrique du crétin de Jean-Paul Brighelli

            Réflexions sur l'enseignement français  

 autour de La fabrique du crétin de Jean-Paul Brighelli                            

La fabrique du crétin 0002

            Depuis mon entrée dans l'enseignement, hormis un travail de recherche universitaire terminé en 1987, je n'ai rien écrit sur les programmes de l'école ou la pédagogie en général. Je me suis abstenu d'émettre, par des écrits, une quelconque opinion sur la politique de l'Education nationale, sur les pédagogies ou méthodes d'enseignement pratiquées en France. Fermement opposé aux néo-pédagogues dont les idées et les méthodes – sans doute salutaires pour quelques nécessiteux – ont été généralisées à l'ensemble des élèves, je n'ai jamais osé porter mes jugements personnels au-delà de mes cercles d'amis. Pourtant, ce n'était pas l'envie qui me manquait.

            Je me souviens avec irritation de cette institutrice de mon fils, alors en première année du cours élémentaire, qui m'expliqua très doctement qu'elle faisait travailler ses élèves étendus sur les couvertures étalées dans le grand espace central de sa classe  afin de leur apprendre à se respecter les uns les autres lors de leurs nombreux déplacements. Par ailleurs, elle s'étonna – sur un ton qui se voulait sentencieux – que mon fils n'eût pas la spontanéité – à six ans – de venir la solliciter à son bureau afin de lui permettre de connaître ses besoins particuliers éventuels.

            En moins d'une semaine, j'avais changé mon fils d'établissement. Après des années universitaires passées à réfléchir sur les théories pédagogiques, je ne pouvais souffrir que l'on m'en propose une sortie de je ne sais quel esprit déraisonnable forgeant des projets déraisonnables pour l'école qui devrait garder sa vocation de former des têtes bien faites et bien pleines. Comme à mon ordinaire, sûr de pas être compris par une disciple des néo-pédagogues, j'ai battu en retraite, la laissant patauger dans ce que je crois aujourd'hui encore, plus que jamais, être une mare d'erreurs.

            C'est dire combien je me sentais bien seul, avant la lecture de La fabrique du crétin de Jean-Paul Brighelli, à soutenir la décadence certaine de l'enseignement français et par voie de conséquence la décadence du niveau général de la France en orthographe, en culture et en valeurs morales. Je me sentais bien seul à croire que le savoir-être et le savoir-faire résident dans le Savoir, et que sans celui-ci tout le reste n'est que fumée et vent. Combien sommes-nous encore en France à croire en la maxime "Per litteras ad humanitatem" ? (littéralement : par la littérature à l'humanité).

            Bien sûr, ceux qui pensent que le manque généralisé de la maîtrise de l'orthographe - avec ses corollaires que sont la difficulté à comprendre les textes et l'appauvrissement du niveau de  culture - n'est rien d'autre qu'une mutation de la société qui aboutira à quelque chose qui sera jugé normal et ordinaire par les générations futures, n'ont pas tort dans l'absolu. Toutefois, cet optimisme ne peut cacher l'action des élites françaises qui œuvrent discrètement dans les écoles de qualité à préserver leur progéniture de cette décadence que l'on s'applique à nous faire regarder comme une mutation sociale ordinaire dans toute société humaine. Cette attitude est la preuve que ce discours est trompeur. C'est dire que l'élite du pays n'a pas foi en cette mutation dite normale mais la croit juste bonne pour les pauvres.

            Si aujourd'hui, je me permets d'exprimer publiquement mon sentiment sur la décrépitude de l'enseignement français, c'est, comme je l'ai dit, parce que je me sens désormais moins seul à soutenir une telle idée. Par ailleurs, je pense qu'il serait bon que ceux qui éprouvent le même sentiment soient plus nombreux à s'exprimer afin que l'alarme soit plus retentissante pour enfin précipiter les secours compétents au chevet de l'Ecole de la République.

            Car il est surprenant de voir que neuf ans après la publication de La fabrique du crétin, qui connut un immense succès, aucun des grands décideurs de notre système d'enseignement n'a daigné considérer les analyses qu'il présente afin d'opérer un changement des choses. Depuis que l'Etat adapte l'enseignement à notre environnement économique - hautement imprévisible - en multipliant les Bac, a-t-on éradiqué le chômage ? Le combat-on mieux ? Non ! En vidant les filières générales de leur contenu culturel, ne participe-t-on pas à l'appauvrissement général de la France ? Si ! En jugeant les populations des banlieues incapables d'assimiler les grands textes littéraires et en les laissant patauger dans une langue et une culture qu'elles sécrètent elles-mêmes, n'a-t-on pas fini par construire une autre France privée des atouts nécessaires à l'exercice des responsabilités exigées au sommet de l'Etat ? La création des grandes écoles où 80% des étudiants sont issus des grandes familles du pays ne contribue-t-elle pas à pérenniser leur pouvoir sur les plus pauvres ? Enfin, l'illettrisme galopant auquel on refuse les remèdes élémentaires - qui sont le travail régulier et l'octroi à l'enseignement du français des heures qu'il a perdues dans le primaire - ne laisse-t-il pas croire à "la mort programmée de l'école" ?

            Oui, je pense comme Jean-Paul Brighelli que les nouveaux pédagogues semblent les outils très efficaces d'une volonté délibérée des élites dirigeantes françaises de retirer l'échelle qui permet aux pauvres d'accéder aux hautes sphères de la société et de l'Etat.

            L'image de la société française après des décennies d'application des "nouveaux programmes" et des "nouvelles méthodes" d'apprentissage est affligeante. Toutes ces générations conduites comme un troupeau de moutons au Brevet et aux baccalauréats, et auxquelles on a épargné les plus petites peines et qui ont évolué à l'abri de ce fond intellectuel qui seul permet de se battre, sont arrivées inadaptées dans une société qui ne fait pas de cadeau. Mais, comme "il faut du savoir pour oser une protestation", ces générations constituant pour l'économie de marché une masse de travailleurs déqualifiés qui survit, avance dans la vie le dos courbé, la tête entre les épaules, incapable d'émettre le moindre cri. Tous ces hommes muets, bredouillant des futilités pour ne pas trahir leur inculture ou leur illettrisme en se mêlant de discussions sérieuses, s'en vont poussant benoîtement vers leur chère voiture leur caddie débordant de victuailles qui leur donne encore l'illusion d'appartenir à la France des riches quand ils entendent parler de pays pauvres.

            Afin de sortir de la torpeur dans laquelle nous a plongés l'Education nationale pour tout ce qui touche à l'école, aux outils pédagogiques et aux résultats de leurs productions, je vous recommande vivement La fabrique du crétin de Jean-Paul Brighelli que j'ai eu tort de ne pas avoir ouvert plus tôt. Vous y trouverez des analyses profondes de nombreuses décisions et pratiques qui ont orienté ou modifié l'Education nationale et par voie de conséquence le visage de l'école et la vie ordinaire de la jeunesse de ce début du XXIe siècle. Une jeunesse visiblement condamnée à l'immobilisme et à la satisfaction immédiate par une volonté supérieure.

Raphaël ADJOBI

° La Fabrique du crétin (Jean-Paul Brighelli) ; éditeur : Jean-Claude Gawsewitch, 2005.

° Le nouveau livre de Jean-Paul Brighelli : Tableau noir ; sorti en 2014 chez Hugo & Doc.

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28 septembre 2014

Pour la vérité et la justice ; Côte d'Ivoire : révélations sur un scandale français (Laurent Gbagbo et François Mattei)

                       Pour la vérité et la justice

                    Révélations sur un scandale français

                      (Par Laurent Gbagbo et François Mattei)

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            Ce livre à deux voix est à classer dans la catégorie "Histoire", rubrique "Relations entre la France et ses anciennes colonies". Même si la Côte d'Ivoire des années 2000 à 2011 constitue son noyau central, elle n'est rien d'autre que le microcosme permettant de bien cerner les périlleux tâtonnements de l'Afrique francophone sur le chemin du développement économique d'une part et de l'expérience institutionnelle et politique sur le modèle européen d'autre part. Un livre incontournable donc pour tous les Africains francophones - généralement très sectaires, se désintéressant des malheurs des voisins jusqu'à ce qu'ils en soient frappés eux-mêmes. 

            Avec ce livre, « Elle n'est pas belle, la France ! » Pas du tout. Nous avons ici un excellent résumé de la Françafrique et d'éclatantes illustrations de ses pratiques. Ce système d'ingérence de la France dans les affaires africaines nous laisse voir « sa classe politique – formée dans le moule étroit de l'ENA – plus habituée à gérer les acquis du passé qu'à imaginer un avenir » hors de l'Afrique. Elle préfère donc continuer à traire sa vache africaine. Comme le dit si bien François Mattei, dans l'Afrique, c'est comme dans le cochon : tout est bon ; même les dettes dont on la couvre rapportent gros à la France.           

            Ce livre montre surtout l'outrageante franchise des Français dans l'accomplissement de leurs forfaits en Afrique. Ils n'ont pas foi en l'ONU, mais ils aiment en faire la précieuse couverture de leurs actions destructrices. « L'ONU, [...] c'est une vue de l'esprit, ça n'existe pas », dit Jean-Marc Simon, ancien ambassadeur en Côte d'Ivoire ; propos qui fait écho à « ce machin » de Charles de Gaulle. Quant à l'affirmation de leur volonté délibérée  de se défaire de Laurent Gbagbo - pour le simple fait qu'il n'était pas prévu dans leur plan - est absolument sidérant !  On a tout inventé pour le salir, alors que, comme le remarque François Mattei d'un ton moqueur, « il n'y a pas plus de réseau pro-Gbagbo que de chocolaterie en Côte d'Ivoire, premier producteur mondial de cacao ».

                               Des portraits très instructifs

            Outre les multiples traces de l'acharnement destructeur et calomniateur de la France contre Laurent Gbagbo, ce livre retient aussi l'attention par les nombreux portraits savoureux qu'il propose. D'une façon générale, un ambassadeur français en Afrique est « une barbouze en cravate » ; rien de plus ! Nicolas Sarkozy, connu en France pour être le premier président inculte, est peint par Laurent Gbagbo comme celui qui « ne prend pas le temps de réfléchir [...]. Chez lui, à la place des idées, il y a l'arrogance ». Quant à Henri Konan Bédié - le président du PDCI-RDA - aucun de ceux qui l'ont côtoyé ne lui a découvert la moindre qualité ! A ceux qui pensent qu'il serait le fils naturel d'Houphouët-Boigny, la veuve du "vieux" répond qu' « il est trop laid pour être le fils de [son] mari ». Les Français de leur côté estiment qu'il est une vraie pâte à modeler : « Bédié – selon l'ambassadeur Jean-Marc Simon – il compte les enveloppes » ; un peu d'argent et il vous suit comme un petit "chien-chien". Et Laurent Gbagbo de compléter ce portrait en ajoutant que Konan Bédié s'accroche à la direction du PDCI parce qu' « il veut qu'on continue de l'acheter ». 

            Vous découvrirez d'autres portraits fort intéressants dans ce livre : celui de Dominique de Villepin, du général Doué, et une magnifique peinture de la CPI et de l'ONUCI. Bien sûr vous aurez droit à celui d'Alassane Ouattara qui n'a rien d'un homme politique mais tout d'un affairiste calculateur. Son caractère ignoble n'échappera pas au lecteur : ou bien il ne s'est jamais soucié du mauvais traitement que Laurent Gbagbo subissait, ou bien c'est lui-même qui a donné l'instruction pour qu'on le prive de la lumière du jour dans sa prison de Korhogo et surtout pour qu'on l'envoie à La Haye en plein hiver en petite chemise et en sandales. Cette absence de précautions particulières pour un haut dignitaire, fût-il prisonnier, fait de Ouattara un véritable monstre, indigne de toute considération.  

            Retenez aussi que dans le contexte des relations françafricaines et ivoiro-françaises, devant l'adversité étrangère ou locale, Henri Konan Bédié et Alassane Ouattara ont fui en se refugiant dans le giron d'une ambassade étrangère. Seul Laurent Gbagbo est demeuré ferme dans ses convictions face à l'armée ennemie. Il a été incontestablement le meilleur des politiciens dans une situation de crise ! Leçon que tous les Ivoiriens devraient retenir au moment de se choisir un président pour les diriger. 

            Combien d'Ivoiriens, combien d'Africains et combien de Français liront ce livre ? Que ceux qui n'oseront pas le lire se taisent à jamais quand ils entendront parler de la France en Afrique ou de Laurent Gbagbo. Cependant, qu'ils n'oublient pas que la France est le véritable ennemi de toute l'Afrique francophone. Car « tant que les piliers de la Françafrique seront debout – la présence de l'armée française, le franc Cfa, le choix des présidents par l'Elysée – la souveraineté des pays d'Afrique ne sera qu'un leurre, et la Françafrique, la réalité ». 

Raphaël ADJOBI

Titre : Pour la vérité et la justice ; Côte d'Ivoire : révélations sur un scandale français, 316 pages.

Auteur : Laurent Gbagbo et François Mattei.

Editeur : Editions du moment, 2014.     

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07 septembre 2014

Les deux filles noires de Louis XIV : la Mauresse de Moret et Dorothée

                    Les deux filles noires de Louis XIV :

                     la Mauresse de Moret et Dorothée

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            Dans son excellent petit ouvrage, publié en 2012, consacré à la religieuse métisse communément appelée La Mauresse de Moret, Serge Bilé laisse le lecteur libre d'arrêter son jugement personnel sur son ascendance, après une étourdissante promenade dans le dédale des archives et des témoignages littéraires du XVIIIe et du XIXe siècles. Cependant le dernier chapitre du livre, très riche sur les soins que Louis XIV apporta à cette religieuse noire, nous laisse croire que ceux qui continuent à voir en elle la fille de la reine Marie-Thérèse se trompent ou veulent nous tromper.

            Certes, dans la culture collective – sauf dans celle de quelques rares irréductibles, comme nous le verrons plus loin – Marie-Thérèse, l'épouse du roi Louis XIV, a mis au monde une fille métisse en novembre 1664. Les petites histoires sur l'excessive consommation du chocolat ou le simple regard d’une personne noire qui produirait des enfants noirs, inventées par son médecin et ses soutiens, n'ont pas suffi pour la laver de son adultère. Et même si la mort de la fille de la reine et la disparition de son père nègre n’ont pas clairement été établies, leur existence fait partie de l'Histoire de France depuis des siècles.

            Si malgré cela la polémique autour de la religieuse noire, qui vécut et mourut au couvent des bénédictines de la ville de Moret, ressurgit aujourd'hui et passionne de nouveau les historiens, c'est parce que les archives semblent montrer que l'adultère de la reine Marie-Thérèse – ou son prétendu adultère – était destiné à nier le fruit des relations sexuelles que Louis XIV aurait eues avec une négresse. La question que l'on se pose désormais est donc celle-ci : la Mauresse de Moret, la sœur Louise-Marie de Sainte Thérèse, est-elle la fille – déclarée morte à la naissance – de la reine Marie-Thérèse ou la fille adultérine de Louis XIV ? 

            Pour celui qui lit attentivement son livre, le récit de Serge Bilé ne peut longtemps entretenir le trouble dans son esprit. Il contient les éléments nécessaires pour donner la ferme conviction que cette religieuse noire était bien la fille de Louis XIV. Ce ne sont pas les affirmations de Saint-Simon et de Voltaire – selon ce dernier, la Mauresse est le fidèle portrait du roi – ni même les contradictions des historiens et de Victor Hugo qui peuvent aider en cela. Au contraire, ce qui nous ouvre les yeux, c'est la ferme négation de l’existence des filles adultérines de Louis XIV, et particulièrement celle des historiens comme Alain Decaux qui – ignorant à la fois la vie sexuelle du roi et son comportement à l’égard de la Mauresse – refusent de croire que le roi ait pu folâtrer avec une négresse.   

            Que dit l'Histoire de la vie sexuelle de Louis XIV ? En 1919, balayant les scrupules de tous ceux qui ne voulaient pas voir en la religieuse noire la fille du Roi Soleil, l'archiviste Jules Mathorez rappelait en ces termes l’idée que les précédents siècles avaient laissé de lui : « Lorsqu’on se souvient que, pour Louis XIV jeune, tout était bon, pourvu que ce fussent des femmes, et qu’il aima la Beauvais (femme de chambre borgne de la reine mère), des filles de jardiniers, et d’autres personnes de modeste condition, rien ne s’oppose à ce que, vers 1656, Louis XIV ait eu une héritière noire qu’il aurait fait conduire au couvent de Moret ». 

            L’évidente conviction raciste qui anime Alain Decaux et certains historiens et les pousse à nier la paternité du roi ne peut constituer un argument. Serait-il inconcevable qu’un roi de France ait eu des relations sexuelles avec une Noire ? Le fait d’être roi n’empêchait pas Louis XIV d’être homme. Et comme il avait plus de droit que les autres hommes – sinon tous les droits – il couchait avec qui il voulait. Oui, la réputation de Louis XIV était connue : ses conquêtes ne se limitaient pas aux femmes et aux filles des nobles de sa cour. Pauvre ou riche, négresse ou pas, qu’importait la condition : un joli minois condamnait une belle dame à ses rets ! 

            Plutôt que de se laisser enfermer pour des raisons racistes dans la négation pure et simple de cette filiation entre Louis XIV et la religieuse noire de Moret, tout lecteur attentif sera contraint de se poser cette question déjà formulée par Jules Mathorez en 1919 : « Comment expliquer [sans cette filiation] l’intérêt porté par la cour à cette négresse ? » 

            Ce sont en effet les soins particuliers, que le roi prit à la formation de cette religieuse noire mais aussi pour lui garantir une existence commode, qui étonnent. Les documents d’archives consultés par Serge Bilé attestent que cette attention n’a jamais faibli jusqu’à la mort de Louis XIV. C’est dire combien ceux qui continuent à croire que la religieuse noire Louise-Marie de Sainte Thérèse – annoncée morte et réapparue après une vingtaine d’années de silence ! – est la fille de la reine et du nain noir Nabo, ne sont absolument pas crédibles.

            Personne ne peut croire que Louis XIV, cocufié par la reine, se soit ardemment transformé en beau-père attentif et généreux au point de faire de cette jeune femme noire la prunelle de ses yeux et céder à ses volontés que Madame de Maintenon – sa dernière compagne – qualifiait de caprices. Signalons que la sœur Louise-Marie de Sainte Thérèse exigea et obtint en effet que le roi assistât à sa prise de voile le 30 septembre 1695. Elle avait alors trente-et-un ans.

            Non, personne ne peut croire qu’un cocu publiquement humilié – l’accouchement d’une reine se faisant toujours en public – se plie aux caprices du fruit de l’adultère de sa femme ! Non, un cocu ne multiplierait pas les visites à la fille dont la naissance a souillé sa réputation devant la cour entière. Seules les femmes sont capables de ce dépassement ; pas les hommes, à moins que le cocufiage ne soit pas connu de tous. Il est certain que le défilé des princes de la cour au couvent de Moret s’explique par le fait que la négresse Louise-Marie de Sainte Thérèse était bien la fille naturelle du Roi Soleil. Nous pouvons dire, après l'abbé Pougeois qui fut curé à Moret, que « ce n'était sans doute pas fortuitement que la Mauresse portait en religion le nom de Louise-Marie de sainte Thérèse, c'est-à-dire les noms mêlés du roi et de la reine » 

                                      Louis XIV, père de deux filles noires !

            Il nous a suffi de pousser un peu plus loin notre curiosité hors du livre de Serge Bilé, qui nous a permis de forger notre conviction, pour découvrir que selon Serge Aroles, « l’énigme de la fille noire de Louis XIV (est) résolue par les archives ». Oui, Serges Aroles montre clairement lui aussi, à travers les archives, que Louise-Marie de Sainte Thérèse – avec sa « triple dénomination alors rarissime, relevant quasi exclusivement de la haute noblesse » – est la fille de Louis XIV et non point celle de la reine Marie-Thérèse. Non seulement l’auteur affirme et démontre que la négresse de Moret est la fille du roi de France, mais aussi que celui-ci – toujours selon les archives – a eu une deuxième fille du nom de Dorothée, qu’il n’avait cessé de voir en cachette.

            Voici l’introduction de son court texte : « Les archives sont souveraines : elles dédisent formellement trois siècles de littérature, qui n’ont point fait usage d’elles mais qui veulent que la fameuse « mauresse de Moret » eût été une fille que la reine de France aurait eue en 1664 d’un amant noir. Et les archives stupéfient. Il est une autre fille que Louis XIV protège de tous ses soins, mais tant secrètement qu’elle est restée inconnue jusqu’à nos jours : Dorothée, précieuse petite créature que le roi fait escorter de Paris à Orléans par son trésorier général de l’Artillerie ». Quand Dorothée, placée chez les Ursulines d’Orléans devait rejoindre un couvent proche de Paris pour y rencontrer le roi, elle jouissait d’une protection quasi militaire, fait remarquer Serge Aroles. 

            Autre détail de l’histoire qui tend à confirmer cette double paternité de Louis XIV, c’est que le luxueux carton sensé contenir les documents personnels de  Louise-Marie de Sainte Thérèse nous est parvenu vide ; et quant à Dorothée, on a aussi pris soin d’effacer toute trace d’elle. Après leur mort, le vide trop soigneusement créé autour de ces deux femmes noires tend à confirmer leur lien de parenté avec le roi de France. Trop de « documents volés. Sans équivalent est l'absence de toute mention d'un acte de baptême [...] pour une religieuse bénédictine », fait remarquer Serge Aroles qui croit à une volonté délibérée d'effacer toutes les traces qui conduiraient à l'affirmation d'un quelconque lien de parenté entre les filles noires et Louis XIV. Il ne nous reste aujourd’hui, dans les archives, que peu de chose des enregistrements, au XVIIIe siècle, des minutes notariales disparues. Toutefois, « Louise et Dorothée, apparaissent […] – et avec quelle force pour cette dernière ! – dans les archives de la Maison du Roi. Que l’une ou l’autre eût été une enfant de la souveraine, elle apparaîtrait dans les comptes de la Maison de la Reine ». Ce dernier complément d’information lave la reine du soupçon de tout lien de sang avec l’une ou l’autre des deux femmes métisses.      

            Qui serait la mère de ces deux filles métisses ? Sont-elles sœurs ou demi-sœurs ? Sur ce chapitre, aucune certitude, selon Serge Aroles. Comme il n’y avait aucune servante noire, tant dans la « Maison du Roi » que dans la « Maison de la Reine », il émet l’hypothèse que ces filles seraient issues de « la petite noire vendue, jeune enfant, au premier comédien de Louis XIII, pour jouer les rôles de sauvage » que Louis XIV, amateur de théâtre, n’aura pas manqué de remarquer. Et, ajoute-t-il, si ces deux filles sont issues de la même femme, c'est qu'il y a eu relation amoureuse entre le roi et leur mère et non point une relation de passage. Logique !   

            Mais là où Serge Aroles surprend tout le monde, c’est quand il soutient – contre toutes les rumeurs du XVIIIe siècle – que la reine Marie-Thérèse n’a jamais accouché d’une fille noire. Selon lui, aucune correspondance entre les royaumes d’Europe (Autriche, Espagne, Grande-Bretagne, Vatican) ne mentionne ce fait. Or, ajoute-t-il, « malgré les alliances matrimoniales, ces puissances restaient ennemies de la France », et l’absence de pudeur et de retenue qui caractérisaient les lettres secrètes de l’époque n’auraient pas fait l’économie de l’information. 

            L’on peut donc dire que si l'enfant de la reine, né en novembre 1664, n'avait nullement la peau noire, c'est que cette histoire a été inventée comme un contre-feu aux naissances des enfants de Louis XIV. Oui, on peut imaginer que pour détourner l’attention de la cour et du peuple de ce qui lui arrivait, l’entourage du roi a propagé une nouvelle absolument fallacieuse. Et comme l’enfant de la reine est mort quelque temps après sa naissance, le public n’a pu, à l’époque, savoir la véracité de l’histoire.

            Cette lecture de l'Histoire que fait Serge Aroles lave non seulement la reine de la calomnie qui la couvre depuis des siècles, mais confirme aussi le fait que Marie-Thérèse ne pouvait en aucune façon être la mère de la religieuse noire de Moret qu'elle n'a d'ailleurs pas souvent visitée. Cette présentation tend plutôt à montrer que ses zélés calomniateurs ne cherchaient et ne cherchent qu’à protéger l’honneur de Louis XIV. En juillet 2014, un article publié sur le site internet du journal Paris Match était ainsi intitulé : « Scandale à la cour : la reine Marie-Thérèse accouche d’un bébé noir ». Un article apparemment écrit pour dire que le déshonneur du roi de France est venu de l’Espagne, le pays de naissance de la reine. Son auteur ne tient aucun compte des documents d’archives et tend plutôt à déformer l’histoire quand il dit que le roi allait voir la négresse de Moret parce qu’il avait entendu dire que celle-ci avait des dons pour l’occultisme et aussi parce que « le roi, bon père pour tous ses enfants, ne se résignait peut-être pas à abandonner la fille de Marie-Thérèse, victime avec Nabo d’une faiblesse passagère à laquelle lui-même, des années durant, n’avait cessé de s’abandonner ». Ces lignes montrent de manière éclatante que la grossière tentative de falsification de l’Histoire poursuit son cours parmi nous. Mais cette fois, elle est devenue plus que ridicule ; elle est risible ! 

Raphaël ADJOBI

° Serge Bilé : La Mauresse de Moret, la religieuse au sang bleu ; édit. Pascal Galodé, 2012.

° Serge Aroles, L’énigme de la fille noire de Louis XIV résolue par les archives ? (sur Internet).

                                            4 ans et demi après !

L'Histoire - La Francde noire

Dans la revue L'Histoire de mars 2019, c'est-à-dire quatre ans et demi après moi, un petit article (p.43) signé Joël Cornette fait la même analyse avec les mêmes éléments sans me citer ! Alors que jamais, avant moi, personne n'avait fait mention de Serges Aroles. Il finit son billet par une pirouette qui voudrait entretenir le négationnisme sans se rendre compte que son sentiment est aussi risible que celui de Paris Match : «Aucun document cependant ne permet d'étayer ces hypothèses. Le dossier Boinet 89 aux archives de la bibliothèque Sainte-Geneviève porte la mention manuscrite : "La Moresque Fille de Louis 14". Mais le dossier... est vide», affirme-t-il. Si le seul fait que le dossier est vide annule tous les indices qui trahissent la vérité, on peut conclure que peu de récits de l'histoire de France mériteraient d'entrer dans les livres d'histoire et dans les manuels scolaires. Le grand soin pris pour faire disparaître le dossier trouvé dans les affaires du roi est la preuve même que cette femme est la fille de Louis XIV ; le sentiment de Joël Cornette n'y change rien !            

Serge Aroles a cité le livre de Serge Bilé sur son site Internet, par probité, parce que celui-ci a été le premier à aller très loin dans les recherches pour affirmer que la Mauresse de Moret n'est pas la fille de la reine. Suite à mon article, Serges Aroles m'a adressé des documents relatives à l'Homme au masque de fer et me suggérait de les exploiter pour un travail équivalent à celui que je venais d'accomplir.       

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03 septembre 2014

Les trois fautes capitales d'Houphouët-Boigny ou l'historique naufrage d'un capitaine mal inspiré

                Les trois fautes capitales d'Houphouët-Boigny

                   ou l'historique naufrage d'un capitaine mal inspiré

Houphouët-B

            Dans l'histoire de la jeune Côte d'Ivoire, l'image d'Houphouët-Boigny demeure en ce début du XXIe siècle une référence essentielle. Cependant, depuis quelques années, elle est sérieusement bousculée par celle de Laurent Gbagbo apparaissant de plus en plus éclatante parce que chargée d'un symbole qui parle au cœur de l'humain : la liberté des peuples à disposer d'eux-mêmes. Tout est donc question d'héritage... Quel héritage Houphouët-Boigny a-t-il laissé aux Ivoriens ? Avant de lire mon article, demandez-vous ce que les Ivoriens sont désormais prêts à défendre au prix de leur vie. LIRE L'ARTICLE sur Les pages politiques de raphaël. / L'article seul

  

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21 août 2014

La vie sans fards (Maryse Condé)

                                           La vie sans fards

                                               (Maryse Condé)

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            Disons tout de suite notre reconnaissance à Maryse Condé pour cette autobiographie qui nous livre les premiers pas chaotiques de l'Afrique sur le chemin des indépendances. En effet, quand on a eu la chance de vivre ces événements, qui ont profondément marqué les peuples africains, et quand on a eu l'opportunité de côtoyer les hommes qui sont devenus aujourd'hui des références historiques, donner son témoignage revient à faire un précieux cadeau aux générations à venir.

            Reprenant à son compte la formule de Jean-Jacques Rousseau au début de ses Confessions, Maryse Condé déclare : « je veux montrer à mes semblables une femme dans toute la vérité de la nature et cette femme sera moi ». C'est en effet sa « vie sans fards » qu'elle nous offre. Son récit autobiographique nous montre clairement que c'est autour de sa sexualité – plus qu'autour de sa vie amoureuse – que s'est construite sa vie de mère et de femme de lettres. Même si elle a connu les premiers pas de la Guinée de Sékou Touré et ceux du Ghana de Kouamé N'Krumah – alors le berceau des réfugiés politiques africains – même si elle a fréquenté des hommes illustres comme Hamilcar Cabral, Richard Wright et son épouse Ellen, Wole Soyinka, et assisté à des conférences de Malcom X et de Che Guevara à Accra, on ne peut pas dire que Maryse Condé fut une militante.    

            Ce ne sont donc pas des convictions politiques que vous trouverez dans ce livre. Ce n'est pas pour elles qu'elle est partie en Afrique en 1959, à une époque où triomphait la négritude et où Conakri et Accra étaient les deux foyers africains du militantisme révolutionnaire et du panafricanisme. Une époque où « le Ghana [...] appartenait aux Afro-Américains. Ils y étaient aussi nombreux que les Antillais en Afrique francophone, mais considérablement plus actifs et plus militants ».

            Enseignante à Bingerville, en Côte d'Ivoire, puis dans un collège de jeunes filles à Conakry, c'est au rythme de ses enfants nés rapidement - comme par accident - qu'elle va tenter d'organiser sa vie entre l'Afrique, la France, l'Angleterre et de nouveau l'Afrique. Les trente premières années de sa vie nous montrent qu'elle a été l'objet du jeu de sa vie sexuelle.

            C'est un récit éblouissant de vérité et de lucidité sur sa vie et celle des sociétés où elle a vécu. Son style agréable nous permet d'apprécier de belles pages sur la société antillaise,  sur les communautés d'Antillais en Afrique, sur la vie quotidienne à l'époque de Sekou Touré et de Kouamé N'Krumah, sur les sociétés musulmanes africaines.

                                                       Deux réflexions

            Au regard des relations de Maryse Condé avec les hommes, nous nous permettons deux réflexions : l'attitude de son premier compagnon témoigne du sentiment de supériorité que les métis antillais éprouvaient à l'égard des Noirs. Eux aussi avaient intégré en leur for intérieur la hiérarchie des races et défendaient ingénieusement le palier qui leur revenait contre les occupants du rang inférieur. Concernant les Africains, il convient de dire que toutes les femmes européennes doivent se méfier de tous ceux qui se disent  très respectueux de leurs traditions. Ces hommes sont à fuir ! Ce sont indubitablement des dictateurs qui leur promettent l'enfer dans la vie conjugale. Dans le même ordre d'idée, il est prudent de ne jamais épouser une personne dont les convictions politiques sont opposées aux vôtres.     

Raphaël ADJOBI

Titre : La vie sans fards, 285 pages

Auteur : Maryse Condé

Editeur : Jean-Claude Lattès, 2012.

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13 août 2014

J'irai cracher sur vos tombes (Boris Vian)

                                J’irai cracher sur vos tombes

                                                  (Boris Vian)

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            Voici un classique de la littérature française qui n’a rien à voir avec la littérature française parce que son auteur l’a voulu ainsi. D’abord, le style rappelle étrangement celui des grands auteurs américains de romans policiers. Boris Vian parle lui-même de « l’influence extrêmement nette de Cain […] et celle également des plus modernes Chase et autres supporters de l’horrible ». Ensuite, l’histoire est celle d’un Américain dans les Etats-Unis de la première moitié du XXe siècle. Enfin, pour convaincre le lecteur que le style et le sujet ne peuvent être maniés avec justesse que par un Américain, Boris Vian a pris soin de publier ce livre sous un pseudonyme qui n'a rien de français : Vernon Sullivan. 

            C’est un récit étrangement provocateur, palpitant et sobre à la fois que nous propose l’auteur. Un récit qui nous livre une page singulière du racisme et d'un de ses effets secondaires tout aussi singulier.

            Puisqu’il est reconnu aux Etats-Unis que l’on est Noir quand on a une goutte de sang noir, Lee Anderson va revendiquer sa négritude et profiter de sa peau blanche pour venger sa « race ». Dans ce sud des Etats-Unis au racisme excessif où les Noirs risquent quotidiennement leur vie, son grand frère – dont la peau métissée ne passe pas inaperçue – lui conseille plutôt d’oublier la vengeance et de se fondre dans la société des Blancs. « Toi tu as une chance, tu n’as pas les marques », lui dit-il.

            Lee Anderson va se fondre dans le monde des Blancs, sans cependant jamais oublier la vengeance qu’il porte dans son cœur. Avec sa voix particulière qui trouble ses amis blancs et les notes de musique qu’il arrache à la guitare, il s’applique à séduire toutes les filles blanches qui croisent son chemin. Quelle félicité pour un jeune homme de vingt-six ans ! Cependant, quand il pense aux siens, il sent « le sang de la colère, (son) bon sang noir, déferler dans ses veines et chanter à (ses) oreilles ». Et il se dit alors qu’il ne faut pas qu’il abandonne son projet. Il ne faut pas qu'il cède à cette humilité abjecte, odieuse que les Blancs ont donnée aux Noirs, peu à peu, comme réflexe. Les Noirs sont trop honnêtes ; c'est ce qui les perd. 

            Mais coucher avec toutes ses amies blanches – surtout les deux sœurs qu’il vient de séduire et qui sont si différentes – n’est pas l’objectif final de Lee Anderson. Non. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, notre homme n’est pas un dépravé cynique voulant seulement copuler avec toutes les filles blanches qu'il rencontre pour pouvoir leur crier à la fin : « le nègre vous a bien eus ! » Non. L’objectif final de Lee Anderson est, en un sens, un peu plus noble que cela. Et froidement, il va le poursuivre.

Raphaël ADJOBI

Titre, J’irai cracher sur vos tombes, 209 pages.

Auteur : Boris Vian

Editeur : Christian Bourgois Editeur, Collection 10/18, 1973

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J'irai cracher sur vos tombes (Boris Vian)

                                     J’irai cracher sur vos tombes

                                                      (Boris Vian)

 

            Voici un classique de la littérature française qui n’a rien à voir avec la littérature française parce que son auteur l’a voulu ainsi. D’abord, le style rappelle étrangement celui des grands auteurs américains de romans policiers. Boris Vian parle lui-même de « l’influence extrêmement nette de Cain […] et celle également des plus modernes Chase et autres supporters de l’horrible ». Ensuite, l’histoire est celle d’un Américain dans les Etats-Unis de la première moitié du XXe siècle. Enfin, pour convaincre le lecteur que le style et le sujet ne peuvent être maniés avec justesse que par un Américain, Boris Vian a pris soin de publier ce livre sous un pseudonyme qui n'a rien de français : Vernon Sullivan.

 

            C’est un récit étrangement provocateur, palpitant et sobre à la fois que nous propose l’auteur. Un récit qui nous livre une page singulière du racisme et d'un de ses effets secondaires tout aussi singulier.

 

            Puisqu’il est reconnu aux Etats-Unis que l’on est Noir quand on a une goutte de sang noir, Lee Anderson va revendiquer sa négritude et profiter de sa peau blanche pour venger sa « race ». Dans ce sud des Etats-Unis au racisme excessif où les Noirs risquent quotidiennement leur vie, son grand frère – dont la peau métissée ne passe pas inaperçue – lui conseille plutôt d’oublier la vengeance et de se fondre dans la société des Blancs. « Toi tu as une chance, tu n’as pas les marques », lui dit-il.

 

            Lee Anderson va se fondre dans le monde des Blancs, sans cependant jamais oublier la vengeance qu’il porte dans son cœur. Avec sa voix particulière qui trouble ses amis blancs et les notes de musique qu’il arrache à la guitare, il s’applique à séduire toutes les filles blanches qui croisent son chemin. Quelle félicité pour un jeune homme de vingt-six ans ! Cependant, quand il pense aux siens, il sent « le sang de la colère, (son) bon sang noir, déferler dans ses veines et chanter à (ses) oreilles ». Et il se dit alors qu’il ne faut pas qu’il abandonne son projet. Il ne faut pas qu'il cède à cette humilité abjecte, odieuse que les Blancs ont donnée aux Noirs, peu à peu, comme réflexe. Les Noirs sont trop honnêtes ; c'est ce qui les perd.

 

            Mais coucher avec toutes ses amies blanches – surtout les deux sœurs qu’il vient de séduire et qui sont si différentes – n’est pas l’objectif final de Lee Anderson. Non. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, notre homme n’est pas un dépravé cynique voulant seulement copuler avec toutes les filles blanches qu'il rencontre pour pouvoir leur crier à la fin : « le nègre vous a bien eues ! » Non. L’objectif final de Lee Anderson est, en un sens, un peu plus noble que cela. Et froidement, il va le poursuivre.

 

Raphaël ADJOBI

 

Titre, J’irai cracher sur vos tombes, 209 pages.

Auteur : Boris Vian

Editeur : Christian Bourgois Editeur, Collection 10/18, 1973

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04 août 2014

Nous serons contraints de brûler la Côte d'Ivoire pour sauver l'honneur de l'Afrique et de Laurent Gbagbo

         Nous serons contraints de brûler la Côte d’Ivoire

 pour sauver l’honneur de l’Afrique et de Laurent Gbagbo

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« Ceux qui rendent une révolution pacifique impossible rendront une révolution violente inévitable » (John F. Kennedy, discours du 13 mars 1962).

            Comme Toussaint Louverture enlevé de sa terre natale et emprisonné en France, au fort de Joux, pour laisser la place à un pouvoir colonial illégitime, Laurent Gbagbo est emprisonné depuis trois ans dans les geôles de l’Europe pour que la colonisation française poursuive sereinement son œuvre sous la direction du préfet qu’elle a oint avec l’assentiment de l’ONU.  Deux siècles n’ont donc rien changé à l’histoire des relations entre le Noir, contraint à courber l’échine sous sa livrée d’homme inférieur, et le Blanc, triomphant sous sa couronne d’homme supérieur et tout-puissant.    

            [...] Si la déportation de Toussaint Louverture en Europe vous indigne, votre indignation doit être encore plus grande contre celle de Laurent Gbagbo survenant deux siècles plus tard au sein d’un monde dit en progrès d’humanité et d'une Afrique plus libre de son destin... La résistance doit passer à la vitesse supérieure. LIRE l'article sur Les pages politique de Raphaël. L'article seul   

 

Posté par St_Ralph à 14:46 - Actualités ivoiro-françaises - Commentaires [0] - Permalien [#]