Lectures, analyses et réflexions de Raphaël

Vous trouverez ici des comptes rendus de lectures livresques concernant essentiellement l'histoire des Noirs d'Afrique et celle des Afrodescendants des Amériques et d'Europe. Les actualités de la diaspora africaine ne sont pas oubliées.

03 mars 2017

Le grand combat (Ta-Nehisi Coates)

                                               Le grand combat

                                                    (Ta-Nehisi Coates)

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            Raconter son histoire, surtout quand on ne s'attache pas à des rêveries et à des amours pour arrêter une leçon ou une philosophie quelconque destinée au monde, permet à ceux qui vous écoutent ou qui vous lisent de découvrir une période de la vie de la société dans laquelle vous vivez. C'est le cas avec cette œuvre autobiographique de Ta-Nahisi Coates, écrite en 2008, qui témoigne de la volonté de certaines familles noires de se construire une identité africaine-américaine par l’éducation et l’instruction dans une Amérique qui se cannibalisait.

            Durant les siècles de l’esclavage, parce que les enfants étaient vendus à 8 ou 9 ans, rarement les Noirs ont pu former des cellules familiales et encore moins des mouvements sociaux d'envergure. Enfin solidaires dans leur combat contre la suprématie de la mélanine blanche aux heures sombres de la ségrégation, voilà que dans les années 80 « l’absence d’ennemi précis transformait la plupart des gamins en barbares ». C’était une époque où « la chaude-pisse était le must […]. Les frangines fessues rendaient les mecs cinglés. […] Les grossesses adolescentes faisaient rage. Les maris étaient aux abonnés absents. Les pères des fantômes [alors que] le déferlement d’armes à feu bouleversait l’ordre naturel [à tel point que] si vous aviez le malheur de marcher sur une Puma en daim, c’était le jihad ».

            Et c’est à Baltimore, le microcosme de cette Amérique noire libérée de sa dernière infamie mais livrée à elle-même, c’est « en ces temps d’indignité chronique [où] les pères se vantaient d’abandonner leurs gosses » que celui de l’auteur – un ancien militant des Blacks Panthers – a juré de guider ses sept enfants à bon port. Pour son épouse et lui, non seulement les études revêtaient une très grande importance – « ils étaient allés assez loin pour voir ce qui était possible et ce à quoi ils n'avaient pas eu accès » – mais encore transmettre à leurs enfants la conscience de leur origine africaine et les exigences que cela impose faisait d'eux de vrais missionnaires. En effet, en « despote éclairé », le père organisait le temps libre de ses enfants autour des figures illustres du panafricanisme parce qu’il s’était voué à réhabiliter l’Histoire noire. 

            Si l'éducation est le fil conducteur de ce livre, tout le récit s'articule autour de trois portraits essentiels. Outre celui du père – que le lecteur découvre « voué à la paternité comme un pasteur dépravé à la prêtrise » – nous avons bien sûr celui de l'auteur lui-même et surtout celui, très passionnant, de son frère aîné Big Bill. Ce dernier qui « se voyait uniquement dans le rôle du sportif ou de rappeur » n'accordait aucune importance à ses capacités intellectuelles et encore moins au projet de « conscientisation » du peuple du père. Et comme entre six et quatorze ans l’auteur admirait ce frère aîné, on imagine bien que faire de ces enfants des « Hommes Conscients » sera pour les parents une entreprise laborieuse !

            Le grand combat est donc l'histoire d'une éducation à marche forcée pour ne pas sombrer dans la déchéance ambiante  ou pour ne pas voir sa vie happée par une balle. Un combat qui fait du livre, et donc du savoir, une arme : «une balle [peut] éliminer un ennemi, une grenade en tuer quelques-uns, en revanche, la machine à polycopier [= l'imprimerie donc le livre] peut toucher le cœur et l'esprit de milliers d'entre eux, et faire naître encore plus d'alliés». Belle note d'espoir !     

Raphaël ADJOBI

Auteur : Ta-Nehisi Coates

Tire : Le grand combat, 265 pages

Editeur : Autrement Littérature, 2017 (édit. originale 2008)

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25 février 2017

Sophie Astier-Vezon ou le plagiat puis la falsification de "La fabuleuse aventure de la chasse au nègre de Félix Martin"

    Sophie Astier-Vezon ou le plagiat puis la falsification

 de "La fabuleuse aventure de la chasse au nègre de Félix Martin"                                 

Cayyyy

            Au début du mois de février 2017, mon attention a été attirée par un article sur "La chasse au nègre" du sculpteur Félix Martin publié par le site d'une Classe Préparatoire aux Grandes Ecoles, le CPGE Sciences de Clermont-Ferrand. A ma grande surprise, j'ai découvert que, mis à part le premier paragraphe, c'était une très large partie de mon article publié en juin 2016 qui a été reprise sans aucune mention de mon nom ni de mon blog.

            Parce que l'article n'était pas signé, j'ai adressé une lettre à Madame la Proviseure du lycée Blaise Pascal de Clermont-Ferrand lui demandant d'intervenir afin que "la longue partie extraite de mon travail porte de manière claire et nette mon nom ainsi que la source d'où elle est tirée". Pour toute réaction réparatrice, Madame Sophie Astier-Vezon, auteur du site, fait apparaître indistinctement et en très petits caractères au bas du texte le lien du musée La piscine de Roubaix et celui de mon blog précédés de la mention "sources partielles".

            J'ai alors adressé une lettre à ma collègue lui faisant remarquer que sa correction ne permettait à personne de savoir ce qui me revenait. Sa réaction a été des plus surprenantes : elle découpe par des couleurs le texte en quatre parties et me signale par un mot moqueur que celle en beige est ce qui a été repris à mon article. Voici ses propos suivis de ce qu'elle appelle un "travail plus précis et plus scrupuleux ".       

Message du 15/02/17 15:21
> De : "Sophie Astier-Vezon" <sophieastiervezon@gmail.com>
> A : "Raphael ADJOBI" <raphael.adjobi@orange.fr>
> Copie à :
> Objet : Re: Réclamation

            Chaque source possède desormais sa couleur : celle du musée de Roubaix est rouge, celle sur les chiens est verte, la vôtre est beige : il n'y a pas de travail plus précis et plus scrupuleux, au contraire ...! Je ne vois ps ce que l'on pourrait me reprocher. A moins que ce soit la couleur ? La police ? La taille de la police ? Le decor, la taille de la photo qui ne vous convient pas ? L'âge du capitaine ?
Cessez vos injonctions ridicules.
Il faudra vous y faire.
SAV

Repérez simplement les couleurs et les références aux quatre sources mentionnées. Vous lirez mon analyse après.

 

° Voir le texte sur son blog destiné aux élèves du lycée Blaise Pascal de Clermont-Ferrand

            Avez-vous bien repéré les quatre sources mentionnées ? A première vue, grâce aux quatre couleurs - et non trois - Madame Sophie Astier-Vezon laisse croire au lecteur que ce texte qu'elle nous présente ici a quatre sources différentes auxquelles l'ont conduite ses recherches personnelles pour aboutir à cet agencement savant. La réalité est tout autre. L'ensemble du texte n'a que deux sources et ne devrait normalement comporter que deux couleurs : la partie en rouge vient du site du musée de Roubaix et tout le reste de mon blog !!

            Oui, tout le reste du texte vient de mon blog ! Les citations qui sont à l'intérieur de la partie qu'elle m'attribue ne sont nullement le fruit de son travail qui lui aurait permis de les placer là ! Ces citations font partie de mon article "La fabuleuse aventure de la chasse au nègre de Félix Martin" publié en juin 2016 (voir ci-dessous les deux citations en rouge et en bleu) ! Tout le monde peut y jeter un coup d'œil dès maintenant pour apprécier l'usurpation du travail de l'autre que fait Madame Sophie Astier-Vezon.

Convenons donc tous que, par cette composition du texte en quatre couleurs, Madame sophie Astier-Vezon nie avoir trouvé et lu les deux citations dans mon texte sur mon blog ! Et c'est cette négation de la réalité qui la condamne.

            Pour confondre davantage Madame Sophie Astier-vezon, faisons-lui remarquer que chacune des citations qu'elle prétend avoir insérée dans la partie qu'elle m'attribue commence par une phrase introductive construite par moi. Regardez le texte qu'elle propose pour vérifier que je dis vrai. Posons-lui donc cette question : Si les citations viennent de son travail personnel, où sont passées celles annoncées par mes phrases introductives que l'on retrouve sur son site ? Ces éléments devront être versés au débat si toutefois elle persiste à nier son forfait.       

            Avez-vous noté à la fin du texte la petite observation à l'adresse de ceux qui, comme moi, n'auraient pas remarqué le travail laborieux qu'elle a fourni pour arriver à ce résultat qu'elle propose à ses élèves ? J'ai honte pour le lycée Blaise Pascal de Clermond-Ferrand, pour sa proviseur qui m'a assuré par une lettre avoir fait le nécessaire pour amener son enseignante à la raison. J'ai honte pour les élèves de cet établissement d'avoir pour professeur une personne manquant de probité intellectuelle et moralement peu scrupuleuse dans sa conduite. Par ailleurs, il convient de dire à Madame Sophie Astier-Vezon que dans un "travail plus précis et plus scrupuleux", quand on compose un nouveau texte en reprenant les différentes parties d'un premier, on signale toujours les parties omises par des crochets avec des points de suspension - [...] - ou tout au moins par trois points de suspension. Ce n'est pas ce qu'elle a fait (voir la longueur entre la partie reprise et l'original ci-dessous).

            Pourquoi je rends public ce forfait : il est impensable qu'une professeure de lettres mise devant la gravité de son acte persiste à mutiler l'œuvre de l'offensé tout en se disant irréprochable.   

Raphaël ADJOBI

 

 ° Lire l'article sur mon blog

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22 février 2017

Les Français noirs dans l'océan Indien (Une conférence de La France noire)

            Les Français noirs dans l'océan Indien

       (Une conférence de Luis-Nourredine PITA pour La France noire)

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            Le mardi 21 février 2016 à 18h30, une conférence ayant pour thème "Les Français noirs dans l'océan Indien"  a rassemblé un peu plus d'une quarantaine de personnes à la Halle aux grains de Joigny. Le conférencier, Luis-Nourredine Pita,  était arrivé de Murcie, en Espagne, pour la circonstance.

            Jovinien de naissance, Luis-Nourredine PITA - vice-président de La France noire - a fait une très grande partie de sa carrière d'enseignant à La Réunion. Conseiller pédagogique pour l'éducation nationale, il a sillonné les archipels de l'océan Indien - les Seychelles, les Comores et les Mascareignes (La Réunion, Maurice et Rodrigues) - ainsi que l'Afrique du Sud, le Mozambique et la Tanzanie.

            Le conférencier a d'abord replacé l'histoire de ces archipels dans les luttes de possession et d'influence des puissances européennes ; principalement anglaises et françaises. Il a ensuite insisté sur l'évolution du statut des populations de cette région qui sont certainement les plus métissées au monde parce qu'elles sont l'émanation de trois influences : africaine, indienne et chinoise.

            En effet, si ces populations n'ont pas connu la traite négrière vers les Amériques, elles ont connu le statut d'esclave* et, après les abolitions, celui d'indigène appliqué à toutes les colonies françaises. Le code de l'indigénat faisait des "nouveaux citoyens" français une catégorie à part vouée au rôle de sujet. L'indigène ou le sujet français devait par son travail mériter l'accès au titre de citoyen exclusivement réservé à la population de la métropole.

            Le conférencier a ensuite abordé la question de l'indépendance des Comores en juillet 1975 après le référendum de 1974. Détaché de Madagascar depuis 1946 avec le statut de Territoire d'outre-mer (Tom), la France va profiter du référendum de 1974 pour amputer cet archipel d'une de ses quatre îles : Mayotte. Si la consultation a montré que l'ensemble de l'archipel des Comores a voté à plus de 96% pour l'indépendance, les voix de Mayotte comptabilisées séparément étaient favorables pour le maintien dans le giron de la France. On pense que c'est la marine Française qui a poussé l'Elysée à annexer purement et simplement Mayotte en se fondant sur son vote favorable à la France. Situation stratégique dans la région oblige ! Depuis, un conflit politique oppose le gouvernement comorien et les autorités françaises. L'Assemblée générale des Nations-Unis - par plus de vingt résolutions - ainsi que l'Union Africaine condamnent cette partition des Comores faite par la France.

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            Il apparaît aujourd'hui que l'île de Mayotte se trouve sur une voie d'acculturation accélérée, une marche forcée vers les lois de la République française. L'autorité des juges musulmans qui géraient les conflits sociaux n'est plus reconnue. Non seulement les liens de parenté avec les populations des îles sœurs de Comores et particulièrement avec celles d'Anjouan sont niés par la France, mais les populations sont contraintes d'aligner leur nom et prénom (souvent à rallonge) sur le modèle français. Les traditionnelles relations commerciales avec l'Afrique, Madagascar, et les autres îles des Comores subissent désormais des taxes afin d'obliger Mayotte à ne commercer qu'avec la France et plus largement avec la communauté européenne.

            Le public de la Halle aux grains de Joigny a été très sensible au drame humain que pose la séparation administrative et juridique de Mayotte de ses îles sœurs des Comores. Une séquence d'environ 10 minutes du documentaire "Mayotte, où va la République"* a été projetée pour illustrer ce drame humain que le pouvoir métropolitain couvre de son silence. Au XIXe siècle, le partage de l'Afrique entre les grandes puissances européennes avait séparé des familles, des villages, des royaumes et causé des traumatismes qui agitent encore ce continent. Nous pensions que cette erreur ne se reproduirait plus. Eh bien, nous avions tort. L'histoire se répète à Mayotte.

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            Monsieur Bernard Moraine, maire de Joigny, ainsi que Madame Françoise Roure, conseillère départementale, nous ont fait le plaisir d'honorer de leur présence cette première conférence de La France noire. Nous avons été également sensibles à la présence de Madame Célia Davaine, directrice du collège Saint-Jacques, ainsi que celle de Madame Blandine Vassaux, directrice de l'école Sainte-Thérèse, de Monsieur Claude Josselin, Adjoint au maire chargé des associations patriotiques.

Le président de La France noire   

             Raphaël ADJOBI

* L'affaire de l'esclave Furcy, Mohammed Aïssaoui, édit. Gallimard

* Un film de Frédéric Lambolez et Jean-Marie Pernelle, Enquête prod. août 2008       

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12 février 2017

Trop noire pour le RITZ (par Raphaël ADJOBI)

                Trop noire pour le RITZ

                                        (par Raphaël ADJOBI)

            En juin 2016, le  RITZ Paris, cet Hôtel-restaurant de grand luxe, a ouvert à nouveau ses portes après plusieurs années de fermeture pour travaux. Au moment de la reprise des services, des formations qualifiantes ont été proposées aux employés avec à la clef une cérémonie de remise de diplôme. On comptait alors 46 récipiendaires dont 33 valets et femmes de chambre et 13 gouvernants et gouvernantes.

            Sur la photo des heureux élus, une chose attire immédiatement l'attention : dans cette France où il y a une foule innombrable de femmes de chambre à la peau basanée dans les Hôtels - au point de laisser croire qu'elles sont naturellement destinées à ce métier - on ne compte aucun représentant de cette catégorie de personnes. En clair, même dans les tâches subalternes, quand on monte dans les lieux de luxe on préfère présenter des têtes blanches plutôt que noires.

Raphaël ADJOBI     

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05 février 2017

Le village des esclaves insoumis ou comment les esclaves obtenaient leur liberté avant les abolitions (Raphaël ADJOBI)

       "Le village des esclaves insoumis"

           ou comment les esclaves obtenaient leur liberté

                                   avant les abolitions

                                        (par raphaël ADJOBI)

Le grand marais lugubre

Le 3 février 2017, J'avais commencé cet article pour l'exposition de l'association La France noire, après la lecture d'une grande partie du livre de l'historienne Aline Helg (Plus jamais esclaves, Editions la Découverte, 2016). Le lendemain, le 4 février, la chaîne de télévision ARTE publie un documentaire (Le village des esclaves insoumis) confirmant ma découverte sur Internet des villages sur pilotis en Afrique pour échapper aux négriers ; découverte confirmée par ma lecture du livre d'Aline Helg qui assure que cette pratique était poursuivie par les esclaves noirs dans les Amériques. La diffusion du documentaire de ARTE, qui anticipe mon projet en montrant des villages d'esclaves fugitifs dans un immense territoire marécageux aux Etats-unis, m'oblige à publier une partie de mon travail destiné à l'exposition de La France noire prévue pour le 10 mai 2017 à Joigny (89300 Yonne).

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Les manuels scolaires nous parlent toujours des abolitions de l'esclavage ; en d'autres termes, il y est toujours question des dates officielles auxquelles les esclaves ont recouvré leur liberté dans les Amériques et les îles des Caraïbes. Pourtant, dans de nombreuses colonies des royaumes européens d'alors, des milliers, sinon des millions d'esclaves ont obtenu, à travers les siècles, leur liberté par des moyens très divers :

Le marronnage (la fuite) : Fuir - en Afrique pour échapper aux négriers - est devenu "marronner" dans les Amériques pour échapper aux mauvais traitements ou aux dures conditions de travail. Le marronnage était certes une voie risquée mais possible vers la liberté. Et ce sera de loin la stratégie la plus utilisée pour échapper, à court ou à long terme, à une condition jugée intolérable et qui ne laisse pas espérer de changement. Au fur et à mesure que la colonisation progressait le long des côtes continentales et sur les îles des Caraïbes, les Africains débarqués dans les ports ne perdaient pas leur espoir de fuite et de liberté. Ils cherchèrent à s'enfuir dans les montagnes, les forêts et les zones marécageuses.

1. Le petit marronnage : il ne dure souvent qu'une nuit ou quelques jours, le temps pour l'esclave de rendre visite à un parent (les enfants étaient séparés de leurs parents à 8 ou 9 ans) ou d'échapper à quelques travaux pour se reposer. Le petit marronnage est souvent sévèrement puni, quelques rares fois toléré par certains maîtres.

2. Le grand marronnage : C'est un vrai projet d'échapper à l'esclavage que le fugitif met à exécution. Il peut être individuel ou collectif. C'est ainsi que de nombreuses sociétés de Noirs libres se sont formées plus ou moins loin des plantations des Blancs. Il arrivait que les troupes coloniales soient lancées contre eux ; ceux qui étaient capturés étaient exécutés de façon cruelle pour servir d'exemple ou flagellés sur la place publique.

"Le grand marronnage fut largement utilisé par les esclaves pour contester leur asservissement et affirmer leur liberté. Pour s'en rendre compte aujourd'hui, il suffit d'examiner attentivement la carte ethnique des Amériques en ce début du XXIe siècle : elle est marquée par l'existence de communautés, voire de sociétés, dont les ancêtres furent des groupes d'Africains qui, entre les XVIe et XIXe siècles, s'enfuirent et parvinrent à s'établir durablement, parfois en se mêlant aux Amérindiens non colonisés dans les vastes frontières des Amériques au cours des vagues successives de la traite négrière. Situées dans les régions frontières d'accès longtemps difficile, ces communautés marronnes mirent en place un système de troc et de défense grâce auquel elles parvinrent à subsister. [...] si nulle part le marronnage ne put mettre fin à l'institution de l'esclavage, il l'a considérablement affaiblie. [...] Certaines de ces communautés furent reconnues comme autonomes et leurs esclaves fugitifs déclarés libres par les autorités coloniales esclavagistes incapables de les soumettre, ce qui représentait une énorme victoire contre l'esclavage" (Aline Helg, Plus jamais esclaves, éditions La Découverte, 2016, p.65-66).

° Accès au documentaire d'ARTE

° 2è image : le village de Ganvié au Bénin.

Raphaël ADJOBI

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01 février 2017

Tropique de la violence (Nathacha Appanah)

                                Tropique de la violence

                                                 (Nathacha Appanah)

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            Mayotte, est-ce la France ? En lisant ce roman, tout lecteur a lieu de croire qu’il découvre les us et coutumes  d’un autre monde plutôt que ceux d’un territoire que la France a fait sien depuis 1974. Ce roman aurait pu s’intituler La nausée, tant les images font remonter dans le cœur du lecteur des sentiments écœurants.

Avec Tropique de la violence, Nathacha Appanah nous introduit au centre de la brûlante manifestation des dégâts que la France a causés par l’institution de frontières et de visas au sein d’un ensemble géographique, culturel, linguistique et religieux vieux de plusieurs siècles : l'archipel des Comores dont Mayotte n’est qu’une pièce. Cela rappelle le partage de l’Afrique entre les Européens au XIXe siècle sans aucune considération des liens familiaux, des communautés villageoises ou des royaumes existants.          

            Tropique de la violence se présente en grande partie comme un documentaire ou un travail de "micro trottoir" - micro tendu à des inconnus pour recueillir leurs témoignages sur un événement. Mais l'ensemble est emmené par une belle histoire d'amour qui lui confère un charme captivant. C'est l’histoire d’une adoption ratée qui entraîne un adolescent dans une descente aux enfers dévoilant au lecteur les cruelles réalités de l’île. Ne serait-ce pas l’adoption ratée de Mayotte par la France ? Cela en a tout l’air. Car au-delà de la belle histoire d'amour qui vole en éclats, ce qui retient l'attention c'est la critique sans concession d’une politique nationale construite autour des ONG avec « des sages-femmes, des infirmiers, de jeunes entrepreneurs, des instituteurs, tous des jeunes [...], tous blancs […], des théories plein la bouche et pas une once de courage dans les mains. Refaire le monde en faisant griller du poulet sur les plages, aller danser en boîte, tirer un coup vite fait, prendre des bains de minuit, se réveiller à midi au son du muezzin, aller plonger dans le plus beau lagon du monde, profiter au maximun en sachant qu’ici n’est qu’un passage dans [leurs] carrières. Bientôt, dans un an, deux ans, trois au grand maximun, [ils] rentreraient les poches enflées de [leurs] primes, les mains toujours dans le dos et la bouche toujours remplie de grandes théories » !

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            Voilà la face visible de Mayotte pour les Français de l'hexagone ou de la métropole. Quant à la face cachée de cette île que la France tente désespérément d'isoler du reste de ses sœurs de l'archipel contre l’avis de l’ONU et de l’UA (Union Africaine), c’est son statut du plus grand cimetière marin de l’Océan indien, où l’on ramasse régulièrement des nourrissons sur les plages sans que cela fasse la Une des journaux. Tout cela fait de Tropique de la violence un récit d’une force extraordinaire qui fait osciller le lecteur entre l’espoir d'une vie meilleure et la peur obsédante de la mort. Caribou Mayotte ! (Bienvenue à Mayotte !).

Raphaël ADJOBI

Titre : Tropique de la violence, 175 pages

Auteur : Nathacha Appanah

Editeur : Gallimard, 2016

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27 janvier 2017

Les ONG complices des dégâts écologiques et humains en Afrique et dans les pays non industrialisés

         Les ONG complices des dégâts écologiques et humains

                   en Afrique et dans les pays non industrialisés

ONG en action

            Tous les Français ont certainement remarqué que sur nos murs, ainsi que dans les publicités, l’image qui symbolise le mieux la pauvreté et la misère humaine est celle de l’homme, de la femme ou de l’enfant noir. Aussi, dans notre imaginaire collectif, tout Noir est pauvre et cherche en terre de France un refuge pour se relever de sa misère africaine ; même si ce Noir n’a jamais connu l’Afrique. « Un riche en Afrique est un pauvre en France », assurait avec beaucoup d’arrogance un animateur de radio de la fin des années 1970.

            Ce discours officiel – qui a peu à peu nourri le discours ambiant s’entendant jusque dans les coins les plus reculés de France où l’on n’a jamais vu un Noir posséder un logis – a donc fini par nous conforter dans l’idée que nous sommes riches et que par conséquent nous devons aider les « pauvres » Africains.

            Peut-on en toute logique s’élever contre une telle invitation, fruit du sentiment de solidarité ancré dans le cœur humain ? Il faut assurément avoir un cœur de pierre pour trouver à redire à une telle manifestation de l’amour de l’autre. C'est pourquoi, convaincue de l’approbation unanime, l’ONG Terre solidaire fait passer sur les ondes des radios une publicité rythmée par trois bruits caractéristiques suivis chacun par un discours explicatif pour nous amener à agir.  

            - Au bruit d’une bêche sur une terre aride, suivent ces paroles : « là, c’est Fatou (prénom féminin africain) qui bêche le seul lopin de terre qui lui reste après avoir été expulsée par une multinationale ».

            - Au bruit d’une tronçonneuse, on entend : « Là, c’est la tronçonneuse d’une multinationale qui…. » exploite la terre que Fatou a été contrainte de fuir. 

            - Au bruit d’un stylo grattant  nerveusement sur un papier, on entend : « Là, c’est mon stylo rédigeant un chèque….. ». Chèque bien sûr destiné à soutenir l’ONG Terre solidaire qui s’est fixé pour objectif d’aider Fatou à mieux vivre.

        La logique des ONG : vous faire payer les dégâts des multinationales

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            Je voudrais cependant rappeler aux cœurs généreux, à tous ceux qui ont le sentiment que nous devons aider les Africains, qu'il importe de prendre le temps d’analyser la logique qui structure les faits qui ont produit ce discours.

            Quelle est la logique des faits ? Vous avez d’un côté une ONG qui vous demande de l’aider à aider une femme privée de son bien, chassée de ses terres fertiles par une multinationale et obligée de labourer une terre ingrate pour y chercher une pitance incertaine ; de l’autre, la multinationale en train d’exploiter la forêt de laquelle a été chassée la femme. Ces faits, ce sont ceux pour lesquels des milliers de chèques sont signés en France. Maintenant, permettez-moi de vous poser cette question : quel devrait être votre vrai combat, le combat le plus naturel qui s’impose à vous ? Devez-vous continuer à signer des chèques pour exprimer votre générosité à l’égard d’une femme devenue pauvre parce que privée de son bien ou arrêter la main de l’usurpateur par une action énergique ?

            Pour vous aider à répondre à cette question, pour vous aider à comprendre qu’une action plus efficace que l’expression de la générosité par la rédaction d’un chèque est possible, préférable et plus raisonnable, je vous renvoie à l’histoire récente du combat d’une communauté indienne des Etats-Unis. Une réserve, où les Indiens ont été cantonnés depuis plus d'un siècle par la soi-disant générosité de l’Etat fédéral américain, était menacée par le passage d’un pipe-line appelé « le serpent noir » dans le langage imagé local. Les autorités américaines fermaient les yeux estimant le conflit d’ordre privé. Une journaliste alertée par la détermination d’une femme indienne à défendre les terres de ses ancêtres a porté l’affaire sur la place publique. Le soutien des artistes américains à la cause de cette réserve a fait le reste : le projet a été arrêté et des excuses publiques présentées à la communauté indienne lors d’une cérémonie dans la réserve (1).

            Cette histoire nous apprend que c’est la main criminelle qu’il faut arrêter ! Elle nous montre qu’il convient de réagir contre la volonté prédatrice des multinationales plutôt que d’attendre de réparer les dégâts qu’elles ont causés.

            Pour revenir à la publicité évoquée plus haut, disons de façon claire que tous les Français qui ont le sentiment d’être généreux en aidant une femme africaine paient en réalité les dégâts de la rapacité de leurs entreprises travaillant sous les Tropiques. Ceux qui font des chèques aux ONG pensant accomplir une bonne action sont en fait des naïfs que les multinationales abusent allègrement. Les  financiers de ces multinationales font une bonne affaire en créant des ONG chargées de récolter l’argent du contribuable français ou européen pour payer leurs crimes en Afrique et dans d’autres contrées du monde. Voilà la vérité que vous devez tous retenir !

                                         Des preuves à la pelle

            Vers la fin de l’année 2016, un chef nigérian a quitté la région qu’il administrait moralement et s’est rendu en Angleterre pour porter plainte contre la société anglaise exploitante du pétrole nigérian parce qu'elle polluait ses terres. Combien d’ONG européennes avaient auparavant alerté les autorités locales et anglaises des dégâts qui se commettaient ? Aucune ! Combien ont soutenu ce chef nigérian dans son combat ? Aucune ! Quand, quelques années auparavant, des populations du Ghana se sont rendues en Angleterre pour alerter les autorités de la pollution de leurs terres par une de leurs entreprises, combien d’ONG européennes ont soutenu ce combat ? Aucune ! Durant de nombreuses années, la société suisse Nestlé a vendu au Cameroun et aux autres pays francophones du lait composé uniquement de matière végétale qu'elle faisait passer pour du lait de vache sans être dénoncée par les ONG. Quand une entreprise camerounaise a porté plainte contre Nestlé, quelle ONG l'a-t-elle soutenue ? Aucune ! Et les terres polluées par l'usine Nestlé dans ce pays d'Afrique, qui s'en soucie ? Personne en France ou en Europe ! Toujours au Cameroun, qui se soucie des droits des pygmées Baka chassés de leurs forêts ancestrales pour laisser place aux safaris de chasse à l'éléphant qu'organisent là-bas les grandes familles européennes comme les Rothschild ? Personne en France ou en Europe !

Les Européens et la mort de l'Afrique

            Tous ces maux causés par les Européens ne rencontrent que le silence des citoyens de cette partie du monde. Les ONG moralisatrices sont incapables d’attaquer les personnes et les entreprises expertes dans le pillage des objets d’art qui nourrissent les musées, ni celles qui pillent les ressources minières polluant en même temps les sols et privant les populations d’eau potable et de terres cultivables. Pourtant, toutes les ONG européennes s’invitent régulièrement dans les débats électoraux africains, fournissent des informations aux gouvernants européens pour leur permettre de prendre des sanctions contre les élus qui ne respectent pas les règles occidentales. Pourtant, ces associations ou ONG attaquent sans cesse devant les tribunaux européens des autorités africaines qu’elles accusent de posséder en Europe des biens mal acquis ; en d’autres termes des biens achetés avec l’argent des contribuables africains. Pourtant, il est avéré que les ONG ont servi de point d'appui pour défaire les gouvernements de l'Europe de l'Est (anciens satellites de Moscou) et du Maghreb qui n'étaient pas favorables aux financiers occidentaux, tel George Soros.

            Ces accusations contre les autorités africaines mises à part, que faisons-nous avec nos ONG dans les pays non industrialisés sinon ce que nous faisons dans nos banlieues ou nos îles lointaines : mettre en place des jardins potager, proposer des jeux de société, un local pour écouter de la musique, organiser des séances de cinéma ou de vaccination, donner des cours d’alphabétisation… des activités ludiques et éducatives sensées aider les jeunes à sortir de leur « ennui » et les plus âgés à ne pas se sentir seuls au monde. Croyons-nous vraiment que c’est avec nos bénévoles, « ces jeunes, les théories plein la bouche et pas une once de courage dans la main » (Natacha Appanah, Tropique de la violence, édit. Gallimard) que nos ONG vont sortir les "damnés de la terre" de la misère ? Croyons-nous qu’en vaccinant quelques personnes, en partageant leur quotidien, leur musique, en plantant quelques arbres avec eux, cela suffit à leur faire oublier la misère, la crasse, la pollution ou les expropriations de leurs terres ? Non ! Comme le dit si bien un personnage du roman de Natacha Appanah « il n’y a pas de séance de cinéma ou de match de foot qui pourrait égaler le fait de posséder quelque chose, un objet qui ne soit rien qu’à soi » !

            Retenons donc que c’est le droit de posséder quelque chose qui lui est propre que revendique chaque individu, chaque peuple de la terre ! C’est parce que la communauté indienne des Etats-Unis d’Amérique ne voulait pas être privée de son bien et ne pas se retrouver dans le besoin d’être assistée ou de migrer vers d’autres contrées pour quémander la générosité des ONG qu’elle s’est battue avec le soutien des artistes de ce pays. N’attendons donc pas d’aider les expropriés et les immigrés. Empêchons les pays industrialisés de causer des dégâts sur leurs territoires, des dégâts sur leur mode de vie.

            Les ONG, ces Organisations dites non-gouvernementales, sont en réalité des structures créées et financées par les Etats, les multimillionnaires ou milliardaires et les dons des particuliers pour jouer le rôle qui était celui des missionnaires à l'époque de la colonisation des pays tropicaux. Elles accompagnent les prédateurs pour consoler la veuve et l'orphelin et les encourager à se contenter de ce qui leur reste tout en jouant l'espion au service des Etats qui les ont missionnées. Quant aux bénévoles européens, le seul bénéfice de leur engagement avec les ONG, c’est de faire une fois dans leur vie « l’expérience de la misère », c’est-à-dire se frotter aux plus pauvres pour se sentir utiles et savoir que la vie mérite d’être vécue. Quant aux populations africaines et de l'Océan indien prioritairement concernées par les actions des jeunes Européens bénévoles, elles ne cessent de se demander le but que poursuivent ces ONG chez elles.

(1) : Il semble que le nouveau président américain compte relancer le projet de pipe-line.                        

Raphaël ADJOBI

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24 janvier 2017

Les voeux 2017 de La France noire à ses adhérents, amis et sympathisants

      Les vœux 2017 de la France noire

                        à ses adhérents, amis et sympathisants

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            Le bureau et le Conseil d'administration de la France noire vous souhaitent une Bonne Année 2017 pleine de joie et d'heureux moments en famille ainsi qu'avec ceux qui vous sont chers. La France noire vous remercie particulièrement pour l'intérêt que chacun de vous porte aux projets pédagogiques qu'elle propose pour la construction d'une plus grande fraternité en France. "Mieux connaître l'autre pour respecter sa différence" est sa devise.

             Cette devise a été portée à la connaissance du public lors du pot de présentation des vœux 2017 de l'association à la salle des fêtes de La Halle aux grains de Joigny. Des Français noirs et blancs partageant la même conviction - faire connaître la contribution des Noirs à l'histoire de France - ont levé leur verre autour de la traditionnelle galette des rois. Des retrouvailles pilotées du début à la fin par Françoise PARRY, Secrétaire et Trésorière de La France noire.

La France noire - Conférence

Un rappel de la suite des activités de l'association a été fait : le 21 février, une conférence sur Les Français noirs dans l'Océan indien sera donnée à La Halle aux grains de Joigny par M. Luis-Nourredine PITA, docteur en philosophie politique ; le 10 mai, en collaboration avec la mairie de Joigny, sera organisée la deuxième commémoration de l'abolition de l'esclavage dans cette ville. Une magnifique chorale gospel accompagnera de ses chants cette cérémonie.

Amitiés à tous

Le président : Raphaël ADJOBI

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18 janvier 2017

Les Ivoiriens veulent émerger de la dictature

    Les Ivoiriens veulent émerger de la dictature

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            Ne nous leurrons pas : les manifestations scolaires d'une ville n'ont jamais fait tomber un régime politique de son piédestal ! Si par cars entiers, les populations de l'intérieur ne descendent pas à Abidjan pour étouffer moralement et politique, durant plusieurs semaines, plusieurs mois, le régime en place, celui-ci attendra chez l'ambassadeur de France que la tempête s'apaise pour refaire surface.

            En clair, dans ce combat des populations contre le pouvoir en ce début d'année 2017, il faut éviter de lâcher prise. Si tu tiens l'adversaire à la gorge ou par les couilles et que tu vois que cela diminue ses forces, tu as tout intérêt à ne pas desserrer ton étreinte. Si tu lâches sa gorge et ses couilles, il s'en souviendra et cherchera à te saisir la gorge et les couilles. D'autre part, il faut éviter d'organiser les manifestations les unes à la suite des autres : après les militaires, les fonctionnaires, puis les élèves... Non ! Ce type de combat est voué à l'échec. Bien au contraire, il faut retenir que l'union fait la force. Dès qu'un groupe descend dans les rues, tous les autres doivent en faire autant. Enfin, une manifestation qui se veut un combat sérieux ne s'improvise pas ; elle s'organise, se structure pour durer, pour représenter une vraie force.

             Une côte d'Ivoire trop belle pour être vraie

            Après un bref séjour en Côte d'Ivoire - plus précisément à Abidjan - une amie française blanche m'a fait le compte rendu suivant : "l'économie semble florissante, de grands travaux sont réalisés et l'on voit de belles voitures, surtout un nombre extraordinaire de 4x4 dans les rues d'Abidjan. En tout cas, tout va bien". A ce discours, j'ai tout simplement répliqué que le trop grand nombre de voitures neuves et surtout de grosses cylindrées comme les 4x4 dans un pays du tiers-monde n'est nullement un signe de richesse mais plutôt le signe qu'il est corrompu. Tous ces véhicules sont des biens mal acquis qui servent de vernis pour cacher la pauvreté mais pas le sous-développement qui est mental avant d'être économique.

            En effet, compte tenu des salaires en Côte d'Ivoire, il est impensable qu'une multitude de personnes qui ne sont ni industriels, ni grands commerçants ou grands cultivateurs puissent s'offrir ces véhicules ; surtout quand on sait qu'elles vivent presque toutes dans des appartements ou des maisons qui trahissent la pauvreté de leur condition. On devine donc aisément que celui qui gagne environ 200.000 frcs CFA par mois (environ 600 euros) mais possède un 4x4 ne l'a obtenu que par un service rendu. Quel service, me direz-vous ?

            Explication ! Si vous permettez à un riche libanais ou à une entreprise française de mettre la main sur un beau terrain ou un marché qui va lui permettre de prospérer, il vous récompense en vous offrant une belle voiture, un beau 4x4. C'est ce que l'on appelle la corruption ! C'est ainsi que par le passé les Africains ont contribué à la traite négrière. Vous vendez une partie des biens de l'Afrique ou de votre pays à un étranger et celui-ci fait votre richesse personnelle. Tout le monde peut alors vous envier.

            Autre exemple : vous êtes à la tête d'un ministère ou d'une société nationale disposant bien entendu d'un budget annuel de fonctionnement. Vous ne faites pas les rénovations, le renouvellement du matériel technique, vous réduisez les missions d'études ainsi que l'amélioration de la qualité des structures sociales devant faire le bonheur des populations ; ce qui dégage suffisamment d'argent pour l'achat de gros 4x4 pour vous et vos proches collaborateurs qui vous deviennent ainsi redevables et gardent le silence. C'est ainsi que l'on ruine un Etat et que les travaux destinés à soulager les populations ne sont jamais réalisés ou sont réalisés à moindre frais et sont donc forcément de moindre qualité.

                         La réalité et la solution                                             

            Pendant ce temps, les populations se plaignent de l'électricité trop cher, la ménagère se plaint des produits importés trop chers, les automobilistes pestent devant le prix de l'essence, le paysan ne sait plus s'il faut qu'il récolte son café ou qu'il le laisse pourrir au regard du prix qu'on lui propose. Et parce que toutes ces personnes vivent avec l'image de leurs parents en prison pour avoir applaudi une autre personne que le président, et sachant qu'elles ne disposent d'aucune tribune pour exprimer leurs besoins pour les faire prendre en compte, la manifestation publique, voire la violence publique devient une solution. Mais pour que cette force publique triomphe, il lui faut se structurer et s'en prendre précisément aux organes économiques qui font la puissance de ce pouvoir et de ses protecteurs étrangers : le café et le cacao ! On ne combat pas une dictature avec des armes démocratiques !

Raphaël ADJOBI         

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10 janvier 2017

Tombe, tombe au fond de l'eau (Mia Couto)

                              Tombe, tombe au fond de l’eau

                                                     (Mia Couto)

Tombe, tombe

C’est toujours un grand risque pour un écrivain de donner à son récit un ancrage trop prononcé dans la réalité sociale d’une contrée. C'est souvent la meilleure façon de déboussoler le lecteur qui peut ne pas voir derrière le particulier l’universalité des êtres et de leurs sentiments. Mais quand cette entreprise est réussie, quel grand bonheur !

            Toute la beauté du roman de Mia Couto repose sur une « narration très africaine », voire mozambicaine – c’est-à-dire – une histoire imprégnée de l’Afrique lusophone. Comprenez par là que le style ne peut nullement être celui d’un africain francophone ou anglophone. L’histoire des peuples est faite de souffrances ; et quand du verbe s’exhalent des senteurs aux parfums locaux - ici coloniaux - la littérature prend un ton à nul autre pareil.

            Dans ce bref récit – moins d’une centaine de pages –organisé en huit chapitres qui se présentent comme huit nouvelles, nous pénétrons dans l’âme d’un vieux pêcheur passant son temps à courtiser sa voisine mulâtre qui, un jour, a échoué là telle l’épave d’un ancien navire dont il imagine les charmes d'antan plus étincelants encore que ce qu’il en sait du prêtre du village. Quant à Luarmina, la voisine mulâtre, comme repue de son passé brumeux, elle ne semble désirer rien d’autre qu’entendre le récit de la vie et des rêves du vieux voisin pêcheur. Le roman progresse donc entre séduction et délicate prise de distance ; l’un et l’autre des protagonistes évitant de briser le fil de la communication par une brutale déclaration ou par un rejet définitif.

            Un roman poétique, plein de formules charmantes comme : « vous pouvez avoir été caressé par une main, un corps mais aucune caresse ne reflète autant votre âme comme la larme qui glisse » ; ou « là où il est toujours midi, tout est nocturne ». Et pour finir, saurez-vous dire quelle est la différence entre un Blanc sage et Noir sage ? Non ? Alors il ne vous reste qu’à lire le livre, véritable trésor du point de vue du style.

Raphaël ADJOBI

Titre : Tombe, tombe au fond de l’eau,  78 pages

Auteur : Mia Couto

Editeur : Chandeigne,  novembre 2015.

Posté par St_Ralph à 09:29 - Littérature : romans - Commentaires [0] - Permalien [#]