Lectures, analyses et réflexions de Raphaël

Vous trouverez ici des comptes rendus de lectures livresques concernant essentiellement l'histoire des Noirs d'Afrique et celle des Afrodescendants des Amériques et d'Europe. Les actualités de la diaspora africaine ne sont pas oubliées.

01 mars 2015

Ta main blanche sur mon épaule ou la prière du nègre Banania (poème)

                  Ta main blanche sur mon épaule

                         (ou la prière du nègre Banania)

 

MARCOUSSIS 2003

   

                        Pose ta main blanche sur mon épaule

                        Et de ma mémoire efface Aimé Césaire

                        Pour qu’à jamais je ne songe

                        Au Discours sur le colonialisme.

 

                        Pose ta main blanche sur mon épaule

                        Et de ma face noire fais un masque blanc

                        Pour que, fier, je puisse braver Fanon !

 

                        A ton ombre tutélaire, je veux marcher.

                        Offre-moi ton bras séculier pour que brille

                        Dans mes yeux la flamme insolente

                        Capable d’écarter de mon chemin la foule nègre.  

 

                        Pose ta main blanche sur mon épaule

                        Et fais de moi un nègre de maison

                        Contre les nègres marrons de ce nouveau siècle !

 

                        Demain, contre ta face je m’inclinerai

                        Les bras chargés des chaînes d’antan

                        Liant les cortèges des chants plaintifs

                        De ceux que j’aurai pour toi arrachés à la terre d’Afrique.

 

                        Pose ta main blanche sur mon épaule

                        Et scelle indéfiniment le pacte

                        Cher à mon cœur de nègre de maison.

 

                                  Raphaël ADJOBI

                                (Le 28 février 2015)

 

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21 février 2015

Voltaire juge Charlie Hebdo dans son Traité sur la tolérance

                                Voltaire juge Charlie Hebdo

                               Dans son Traité sur la tolérance

Voltaire 0001

            Le succès en librairie que connaît actuellement le Traité sur la tolérance de Voltaire est indiscutablement la résultante des événements qui ont marqué le début de l’année 2015 en France. Assurément, la grande majorité des Français avait vu dans l’attaque des locaux du journal satirique Charlie Hebdo la marque du fanatisme religieux contre ce qu’elle appelle la liberté d’expression. Mais, de même que nombreux parmi ceux qui sont descendus dans les rues le 11 janvier 2015 pour défendre cette liberté ont compris assez rapidement qu’ils ont été trompés ou manipulés, de même nombreux parmi les personnes qui ont acheté le Traité sur la tolérance de Voltaire croyant y trouver les arguments pour condamner les auteurs des assassinats au siège du journal satirique ont certainement vu leur attente déçue. 

            Pourtant, ce petit livre de Voltaire est tout à fait passionnant ; du moins dans ses premiers chapitres qui ne laissent pas perdre de vue le sujet qui a motivé sa rédaction : le supplice de Jean Calas, à soixante-huit ans, suite à l’arrêt du tribunal de Toulouse le condamnant pour parricide. Bien sûr, après l’exposé des faits démontrant un jugement inique visant à satisfaire le parti des catholiques contre celui des protestants, le philosophe se lance dans une critique sévère et très analytique du fanatisme religieux – notamment catholique – et de l’intolérance qui y est attachée. Cependant, c’est quand Voltaire démontre comment, avec le temps, les catholiques ont construit dans leur imaginaire un panthéon de martyrs que le livre rejoint notre actualité moderne à travers l’attentat du 7 janvier 2015 et la marche qui l’a suivi quatre jours plus tard. 

            N’est-il pas vrai que Charlie Hebdo a été porté aux nues, élevé au rang de martyr de la liberté d’expression pour ne pas dire de la foi laïque ? Mais il est triste de constater que pour parvenir à ce degré d’élévation, comme les catholiques dans le passé, Charlie Hebdo a joué de la provocation, de l’intolérance pour attirer sur lui la violence sanctifiante.

            Voltaire montre clairement, s’appuyant sur des faits historiques, que partout dans le monde, à toutes les époques, la cohabitation des croyances et des pratiques religieuses est une chose ordinaire. C’est, ajoute-t-il, lorsque les catholiques ont cru bon d’imposer leur foi et jeter bas les idoles des autres, c’est-à-dire lorsqu’ils ont commencé à ne pas tolérer ceux qu’ils jugeaient païens, qu’ils ont déclenché la violence contre eux. Le martyr de saint Polyeucte qu’il cite en est la parfaite illustration. « Il va dans le temple, où l’on rend aux dieux des actions de grâce pour la victoire de l’empereur Décius ; il y insulte les sacrificateurs, il renverse et brise les autels et les statues : quel est le pays au monde où l’on pardonnerait un pareil attentat ? » Et après bien d’autres exemples de ce type, Voltaire fait remarquer que « les martyrs furent (…) ceux qui s’élevèrent contre les faux dieux ». Certes, conclut-il, c’était « une chose très sage et très pieuse » pour les chrétiens de ne pas croire à ces faux dieux, cependant, « on est forcé d’avouer qu’eux-mêmes étaient intolérants » parce qu’ils se moquaient publiquement des croyances des autres. 

            Les caricaturistes de Charlie Hebdo ne firent pas autre chose que ce que firent les catholiques qui moquèrent les cultes qu’ils jugeaient païens. A moins qu’ils ne fussent victimes que de leur propre inculture, ces journalistes n’ignoraient pas que – contrairement aux catholiques qui se sont écartés des textes sacrés à propos des idoles – les musulmans attachent une importance capitale au fait de ne pas représenter Dieu et ses prophètes. L’architecture des mosquées et les objets de culte qu’ils ont laissés à travers le temps témoignent de leur attachement scrupuleux à ce principe. N’est-ce pas être intolérant que de moquer publiquement et effrontément leur religion en jetant bas ce qu’ils vénèrent ? 

            Ne voit-on pas aujourd’hui encore, dans de nombreuses contrées, se côtoyer catholiques, protestants, juifs, musulmans, bouddhistes, animistes et athées ? Qu’est-ce qui permet cette tolérance mutuelle sinon le bon sens qui commande le respect de la croyance de l’autre ? C’est quand on s’avise de se lever pour troubler l’autre dans ses pratiques sacrées que l’on suscite une réaction violente. Hier, nous levions des armées pour mener des croisades afin de punir les offenses faites au christianisme. Aujourd'hui, d'autres mènent des djihads pour punir les offenses faites à l'islam. Nous ne pouvons donc que rejoindre Voltaire pour dire que le grand principe universel qui fonde à la fois la liberté naturelle et humaine d’une part et le droit naturel et humain d’autre part, c’est « ne fais pas ce que tu ne voudrais pas qu’on te fît ». L’intolérance commence par l’affirmation de la bonté et de la justesse de ce que l’on croit et fait par rapport à ce que croit et fait l’autre. La trop grande considération de ce que l’on croit et que l’on finit par ériger en droit est de l’intolérance. Il faut donc prendre garde à la confusion du légal et du moral. Ce qui est légal pour l’Etat ne doit pas devenir ce qui est moral. L’instance du moral est dans le cœur ; et personne, pas même l'Etat, n’a le droit de dire que la morale n’existe pas, que la conscience n’existe pas, que le bon sens n’existe pas. 

            C’est le manquement à la tolérance et donc au respect de l’autre – ce principe élémentaire et universel – qui causa un si grand trouble en France en janvier 2015 et plongea les ergoteurs dans des débats stériles. Très vite, on montra la jeunesse du doigt et on entreprit d’introduire des notions nouvelles dans notre système d’enseignement ; comme si savoir chanter la Marseillaise ou connaître les institutions qui structurent notre système politique est susceptible de faire de nos enfants de bons citoyens. On a oublié de commencer par apprendre aux adultes à respecter les règles morales et à pratiquer l'exercice du bon sens afin de faire d’eux des modèles à suivre pour la jeunesse. 

            Ce fut un bonheur de voir, quelques semaines après les tueries du 7 janvier et la marche du 11 du même mois qui la consacra, beaucoup de personnes – dont de nombreux journalistes et artistes connus – dénoncer la supercherie qui a fait des caricaturistes des martyrs de la liberté d’expression. Les premiers à se désolidariser des dessinateurs français furent les journalistes anglais et américains qui, sans hésitation, refusèrent de se faire les relayeurs des provocations de leurs confrères se considérant les maîtres du monde après avoir été portés aux nues par la terre entière. En France même, certains journalistes et artistes trouvèrent le slogan « je suis Charlie » indécent, racoleur et dangereux. Les enseignants qui ont été pris pour cibles dans des textes ou des dessins les présentant dans des postures inconvenantes n’ont guère apprécié la totale liberté d’expression dont ils se sont faits les apôtres dans l’élan de la ferveur nationale. 

            Par ailleurs, tous ceux qui ont prêté foi à l’idée que Charlie Hebdo se moque de toutes les religions se sont rendu compte qu’ils ont soutenu un mensonge national. La guerre entre Israéliens et Palestiniens n’a jamais inspiré à Charlie Hebdo une caricature de Moïse et de la Torah. Concernant le culte des juifs, les caricaturistes de ce journal se sont toujours contentés de ridiculiser les religieux, mais jamais leur prophète et leur livre saint ; c’est quand il s’agit du christianisme et de l’islam qu’ils touchent à Jésus et à la Bible d’une part, à Mahomet et au Coran d’autre part. C’est dire combien ces journalistes français ont un sens du sacré bien orienté et la liberté d'expression bien sélective.

            Nous avons même surpris ces martyrs de la liberté d’expression et leurs partisans en flagrant délit d’intolérance lorsqu’ils se mirent à critiquer les journalistes britanniques et américains, les traitant de pudiques, de couards et de trop consensuels, parce qu’ils refusaient de propager leurs provocations chez eux. Voilà des défenseurs de la liberté d’expression qui sont incapables d’imaginer et d’accepter que d’autres puissent penser et agir différemment. Ces journalistes français-là sont indubitablement des êtres intolérants et dangereux pour la société. Ce sont des adeptes de la pensée unique, incapables de comprendre que la liberté d’expression poussée jusqu’à l’insulte n’a plus rien à voir avec la liberté sous quelque forme que ce soit. La liberté d’expression n’est nullement faite pour écraser l’autre ! 

            Il serait bon que chacun retienne que le bon sens et le respect de l’autre n’ont jamais provoqué de guerre civile, comme le dit si bien Voltaire. Par ailleurs, une autre récente actualité nous a permis de voir d’immenses foules de catholiques descendre dans les rues pour crier leur opposition aux lois favorables aux homosexuels. Les violences verbales et physiques ayant accompagné cette animosité soudaine n’ont pas manqué de rappeler à bien des esprits ce qu’il en a coûté à la France quand les catholiques disputaient les dogmes et régentaient la vie sociale. Ce sont bien des considérations religieuses qui ont rendu ces chrétiens violents, intolérants, et les ont poussés à livrer une ministre à la vindicte populaire et médiatique. Ces événements ont clairement montré que le fanatisme religieux n’est pas mort dans le cœur des Français et qu’il est toujours prêt à refaire surface. Ce n’est donc pas seulement dans le cœur des autres qu’il est encore vivant ! 

            Comme dit Voltaire, nous serons sages de ne jamais perdre de vue les deux sources essentielles de la guerre : la religion et la propriété. Disons donc que le peuple français qui n’est point ignorant des ravages de l'intolérance véhiculée par la religion aurait dû savoir que dans ce domaine il ne faut point se montrer chatouilleux si l’on veut être à l’abri d’une violence démesurée. Malheureusement, oublieux nous sommes et sots sont nos gouvernants incapables de nous prévenir du mal qui sommeille dans toutes les communautés confessionnelles, surtout lorsqu’elles prennent de l’importance.  

Raphaël ADJOBI

Titre : Traité sur la tolérance, 110 pages

Auteur : Voltaire

Editeur : Librio, janvier 2015

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19 février 2015

Sale temps pour les enfants d'Eburnie

           Sale temps pour les enfants d'Eburnie

 

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            Depuis que de la savane profonde

            La terreur s'est répandue sur Eburnie,

            S'exhale de nos terres un parfum de mort.

            Dans les champs, les récoltes sont tachées de sang.        

 

            Des plaines sèches, chaque jour,

            L'épouvante enfle, moutonne et vient

            Au sein de l'Ebrié déverser sa macabre moisson

            De corps d'enfants affreusement mutilés.

 

            Comme un souffle de l'harmattan,

            Les égorgeurs ont prospéré dans les bois du sud ;

            Et l'art de verser le sang a fait d'eux d'excellents maîtres.

            Les statues de leurs criminels enseignements font foi.

 

            Ce matin encore, on frappa à la porte. On ouvrit.

            Sur le seuil, un fossoyeur qui sourit.

            - Je ne suis pas encore prêt, dit l'enfant.

            - Il est déjà temps de partir, déclara l'ange moissonneur.

 

            Le garçon fit son rot en souvenir de son dernier repas ;

            L'intérêt de l'autre ne pouvait attendre.

            Les autels ont besoin de sang, on le crie.

            Il faut à la préférence ethnique cinq ans de garantie.

 

            Combien d'enfants encore faudra-t-il sacrifier ?

            Ici, un père veille son fils sans tête ni main.

            Là, une mère pleure une tête sans corps.

            Et nos sanglots interrogent le ciel et les palais muets.

 

            Parfois, du fond de nos cœurs, un espoir s'éveille ;

            Puis, de sa marche lente et pesante

            S'en va mourir dans l'Ebrié comme

            Accompagnant le voyage funèbre de nos tendres enfants.

 

            Raphaël ADJOBI

             (15 février 2015)   

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11 janvier 2015

Je refuse d'être Charlie ou pourquoi la totale liberté d'expression est une illusion

                                 Je refuse d'être Charlie

ou pourquoi la totale liberté d'expression est une illusion

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            Avant d'affirmer bêtement « je suis Charlie » à l'unisson avec le troupeau français, il serait bon que vous preniez le temps de découvrir par vous-même le vrai visage de Charlie Hebdo dont le siège a subi l'attentat meurtrier du 7 janvier 2015. Manifester de la compassion à l'égard des morts, condamner ouvertement et fermement cette mise à mort calculée ne doit pas vous empêcher de savoir qui est Charlie à qui on vous demande de vous identifier.

            Pour ma part, même si je suis solidaire de mes compatriotes dans la douleur, je refuse de prendre la place de Charlie pour mener son combat imbécile qui consiste à entretenir la division sociale par d'incessantes stigmatisations. Je refuse d'être Charlie parce que je refuse d'être un raciste et un islamophobe. Si demain Marine Le Pen était assassinée pour ses idées racistes, je dénoncerai le crime parce que tout le monde a le droit d'exister avec les idéaux qu'il défend. Mais que l'on ne vienne pas me demander de me mettre à sa place pour assumer et défendre son idéal. Les racistes mangent avec les racistes. Je ne veux pas être des leurs. Si demain je tombe au front dans mon combat contre l'impérialisme français en Afrique, ne demandez pas aux impérialistes français de se substituer à moi pour mener mon combat anti-impérialiste. Qu'ils me Plaignent s'ils veulent ; mais qu'ils laissent à mes compatriotes et amis anti-impérialistes le soin de mener mon combat. Nous avons le devoir de reconnaître à chaque individu le droit d'avoir des idées différentes des nôtres ; mais on ne doit pas nous mettre dans l'obligation d'approuver, sous le coup de l'émotion, celles que nous ne partageons pas. Et pire, embrasser des idéaux contraires aux nôtres.

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            Quant aux enseignants qui profitent de l'innocence des enfants pour les pousser dans cette mare aux relents nauséabonds en leur demandant d'affirmer qu'ils sont Charlie, je les mets en garde contre le reproche qui leur sera fait demain. Qu'ils imaginent ces êtres découvrant dans dix ou quinze ans les caricatures racistes et islamophobes de Charlie Hebdo auxquelles le professeur d'école ou de collège les a obligés à s'identifier. Le ressentiment pourrait être violent et leur image transformée en épouvantail !           

            Se contenter de dire qu' à travers le journal satirique Charlie Hebdo c'est la liberté d'expression qui est attaquée et qu'il faut la défendre, c'est nier que ce sont les multiples frustrations engendrées par nos comportements et nos politiques ici et ailleurs qui poussent certains à ces actes extrêmes que nous réprouvons. Se contenter de dire que c'est la liberté d'expression qui est attaquée et qu'il faut la défendre, c'est se boucher les yeux et refuser de se poser des questions, c'est embrasser nos certitudes habituelles au lieu de chercher à comprendre si ce qui nous arrive n'a pas une cause plus profonde. C’est ne voir jamais plus loin que le bout de son nez. C’est croire que quand on a bien mangé et bien bu, tout le monde devrait être content. 

            On ne tue pas avec une telle sauvagerie pour une caricature blessante. Seul un fou peut commettre un tel acte ; à moins de considérer celui-ci sous l’angle d’un fanatisme exacerbé comme aux temps du catholicisme outrancier de la France où l’on vouait au bûcher des êtres simplement soupçonnés de faute moindre que des caricatures. Cette tuerie calculée et minutieusement préparée ne peut être l’œuvre d’un fou. Seule la vengeance ou l'implacable animosité peut l’expliquer. Cette preuve nous est donnée par le comportement des Français suite à l'attentat contre le siège du journal satirique français. Que voyons-nous depuis ? Des Français se vengent en attaquant des mosquées ! De nombreuses mosquées ont été lapidées, saccagées, mitraillées. Ces Français ont-ils agi ainsi parce qu'ils sont contre la liberté de culte en France ? Non ! Ils exprimaient une vengeance et une animosité. Il nous faut donc nous poser la question de savoir ce qui dans notre comportement a pu et peut nourrir ces sentiments chez l'autre. Et c’est ce que j’ai fait dans un précédent article.

           Un dessin peut-il être raciste ou islamophobe ? 

            Puisqu’il s’agit de parler ici de la liberté d’expression, il convient de retenir que de même que l’on ne fait pas toujours ce que l’on veut, nous devons apprendre à ne pas toujours dire ce que nous voulons. La liberté, ce n’est pas seulement agir et s’exprimer selon sa volonté ; c’est aussi savoir fixer des limites à ses actes et à ses mots. Tous les jours, les enseignants apprennent aux élèves - ces citoyens de demain - que dans les actes comme dans les mots, notre liberté s’arrête là où commence celle des autres. Quand l’autre dit que mon acte ou ma parole le blesse, je dois avoir l’intelligence de comprendre que j’ai franchi les limites de ma liberté d’expression ou d’agir. Est-ce que ridiculiser l’autre, l’humilier constamment est nécessaire à ma liberté ? Est-ce que ma vie n’aurait pas de sens si je n’entreprends jamais de stigmatiser l’autre, de le décrier par mes écrits, mes paroles et mes œuvres artistiques, par tous les moyens d’expression dont je dispose ? Et puis posons-nous cette autre question : est-ce qu’une parole ou un texte cesse d’être raciste parce que l’un ou l’autre est exprimé sous la forme d’un dessin ? Non ! Les enseignants qui, soudain, demandent aux élèves de défendre la liberté d'expression qui blesse et stigmatise se fourvoient dangereusement.   

            Toute liberté a une limite. Et selon les lieux et les époques, les limites des libertés diffèrent et fluctuent au gré de la morale, des institutions, des pratiques ordinaires, des pouvoirs et des caprices des gouvernants. La totale liberté d’expression est une illusion, un rêve semblable à un effet d’optique insaisissable parce qu’aux contours changeants et fuyants. Tous nos gouvernants qui nous parlent de liberté d’expression nous bercent d’illusions. Partout dans le monde nous sommes libres mais gouvernées ; c’est-à-dire qu’il y a toujours une volonté qui président ou prescrit des lois à notre liberté. Ne nous laissons pas bercer par l'illusoire liberté d'expression qui nous rendrait semblable à l’âne qui suit la carotte au bout du bâton de celui qui est sur son dos. La totale liberté d'expression que nous voulons atteindre fuit constamment devant nos yeux ; et toujours selon la volonté de nos gouvernants et des circonstances.

            Ainsi, la France octroie la liberté de dire et de faire à certains mais l'interdit à d'autres. De nombreux individus soudainement privés d'antenne ou affectées à d'autres fonctions - quand ils ne les perdent pas - ne me contrediront pas. On n'a pas le droit de dire ce que l'on veut sur les radios et les télévisions françaises. On peut même être interdit de spectacle public. Il y a des instances qui veillent à ce que ne s'exprime que ce que nos autorités tolèrent. En 2010, en Côte d'Ivoire, la liberté d'expression du conseil constitutionnel de ce pays a été contestée par la France qui a remplacé le président désigné par cette institution par l'homme qu'elle préfère. Combien de Français ont crié au scandale ? Il me plaît de signaler ici l'entrée dans l'espace européen qui est interdite à l'ancien ministre malien de la culture, Aminata Traoré, et à son compatriote le député Omar Mariko parce qu’ils soutiennent des idées qui ne sont pas favorables à la politique étrangère de la France en Afrique. Convenons donc que le spectacle des gouvernants d’hier et d’aujourd’hui manifestant pour défendre la liberté d’expression n’est rien d’autre qu’une fourberie.

°Une vidéo sur la liberté d'expression en france : https://www.facebook.com/video.php?v=780733235341250&pnref=story  

Raphaël ADJOBI

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10 janvier 2015

France : Michel Houellebecq met le feu à Charlie Hebdo !

  France : Michel Houellebecq met le feu à Charlie Hebdo

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Le dernier livre de Michel Houellebecq, le Blanc créole originaire de l'île de la
Réunion, vient de toute évidence de créer l'événement en France. A la grande
propagande que font les journalistes à la sortie de son dernier livre -
propagande qui entretient l'islamophobie et donc la stigmatisation de l'autre - semble
répondre l'action terroriste contre le journal Charlie Hebdo.  On tentera
par tous les moyens de laver l'écrivain de ce crime parce qu'il est Blanc et
parce que nous sommes en France. Mais tout le monde n'est pas dupe : sa part de
responsabilité et de ses propagandistes est réelle. Mais il n'est pas seul responsable.

Lire l'article sur Le blog politique de Raphaël ou l'article suel

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08 janvier 2015

Notre-Dame du Nil (Scholastique Mukasonga)

                                          Notre-Dame du Nil

                                      (Scholastique Mukasonga)

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            Que n'a-t-on pas dit et écrit sur l'historique génocide des Tutsi au Rwanda en 1994 ? Quand un drame de ce type survient, nombreux sont ceux qui tremblent d'effroi et se posent des questions sur la marche du genre humain en ce bas-monde. Certains, momentanément, font vibrer leur fibre humanitaire ou sentimentale en se perdant dans des imprécations inintelligibles retenant toutes les attentions. D'autres enfin se font les experts de l'histoire du pays frappé par le drame et se perdent dans des discours insondables.

            Pendant dix ans, je me suis contenté d'être au nombre de la première catégorie de ces personnes, refusant de juger les protagonistes de cet événement historique avant d'avoir une juste idée de ce qui a pu pousser des hommes – des concitoyens – à cette extrémité au seuil du XXIe siècle. Tous ceux qui, comme moi, veulent savoir comment on peut en arriver là doivent lire Notre-Dame du Nil

            Scholastique Mukasonga nous livre dans ce livre un récit simple avec quelques longueurs qui, heureusement, ne lui font pas perdre son caractère agréable. Adroitement, elle nous fait remonter aux premiers signes annonciateurs du déferlement des tueries dont ont été victimes les Tutsi, tout en rattachant intimement cette ignominie à l'histoire du pays sous la colonisation belge empreinte des théories du XVIIIe siècle sur la hiérarchie des races et des peuples.

            Notre-Dame du Nil est un lycée de jeunes filles en fleurs destinées au rôle d'épouses des cadres supérieurs de la nation rwandaise. Fières et sûres de leur avenir, elles se plient volontiers à l'enseignement intellectuel et religieux sans oublier les multiples conseils – ô combien importants et formateurs ! – de la sœur supérieure et de l'aumônier de l'établissement. Les premières pages du livre peignant leur univers et leurs rêves juvéniles sont tout à fait plaisantes ; sans doute les plus belles et les plus attachantes.

            Malheureusement, dans ce lycée où domine une apparente innocence rôde un mal historique : l'opposition des Hutu – autoproclamés « peuple majoritaire » – et des Tutsi, les préférés des Belges à l'époque coloniale ; opposition astucieusement entretenue par la jeune militante Gloriosa. 

            Effectivement, au-delà des belles pages sur la vie quotidienne des jeunes filles dans ce lycée qui a parfois des airs de couvent, l'intérêt de ce livre réside dans les multiples détails qui structurent l'antagonisme Hutu-Tutsi né à une époque où ces derniers étaient élevés au rang de dieux égyptiens par le colonisateur belge. Se proclamant désormais « le peuple majoritaire » et prônant « une démocratie majoritaire », les Hutu soumettent les Tutsi à une politique de quotas savamment distillés qui apparaissent comme un mal ordinaire rythmant tous les discours quotidiens et tous les types de relations : amoureuses, amicales, culinaires, scolaires et estudiantines, administratives. Ce roman montre que ce mal rwandais était si profond qu'il était incomparable à tout autre en Afrique. Sauf peut-être dans les pays où est encore pratiqué l'esclavage. Ce mal ne peut que nous renvoyer à l'antagonisme entre protestants et catholiques en Irlande dans les dernières décennies du XXe siècle ou en France au XVIe siècle illustré par le massacre de la Saint-Barthélemy. 

            On comprend donc que dans un tel contexte, il suffisait que quelqu'un ayant une vengeance à assouvir criât au complot contre sa personne et donc sa communauté pour mettre le feu aux poudres. Et d’ordinaire, celui qui procède de la sorte pour embraser la société prend soin de fabriquer des preuves pour justifier ses propres crimes aux yeux du reste de l’humanité. Et c'est ce message universel que Scholastique Mukasonga semble nous rappeler dans ce récit sobre illuminé par la jeunesse pétillante des protagonistes.

Raphaël ADJOBI         

Titre : Notre-Dame du Nil, 275 pages, Prix Renaudot 2012

Auteur : Scholastique Mukasonga

Editeur : Gallimard, collection Folio, 2012.

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28 décembre 2014

CACAO (un roman de Jorge Amado)

                                                      CACAO

                                   (un roman de Jorge Amado)

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            Hier comme aujourd'hui, en ce XXIe siècle, on jette aux pauvres ces paroles amères qui résonnent comme des coups de pistolet : « Si vous êtes pauvres, c'est parce que vous ne travaillez pas assez ! » Et pourtant, aucun pauvre n'est devenu riche en travaillant comme un forçat au service d'un maître, planteur ou industriel. Et cela parce que c'est la force des bras des pauvres qui fait la fortune de ceux pour qui le mot « travail » se confond avec les chiffres des comptes en banque. En effet, pour un « capitaliste », il faut surveiller et parfois battre ceux qui triment dans les champs ou sur les machines afin que le capital prospère. 

            Cacao est un récit simple et dur dont l'action se déroulant dans une cacaoyère au sud de l'Etat brésilien de Bahia illustre admirablement cette vision du monde où l'ouvrier est le damné de la terre sans aucune chance d'émerger de son état. C'est dans cet univers où l'on loue la force de ses bras pour travailler à la journée avec un salaire dérisoire qu'un revers de fortune va plonger un jeune Blanc au début du XXe siècle. Très vite, il découvre la dure loi des immenses plantations, véritables sociétés où les ouvriers sont obligés de faire leurs courses à l'économat du domaine, une sorte de magasin appartenant au maître lui permettant de reprendre l'argent qu'il a donné.

            Au-delà de l’organisation sociale qui ressemble à un engrenage parce que l'ouvrier est privé de toute possession particulière pouvant générer une entreprise particulière hors de la domination du maître, ce qui retient l'attention du narrateur blanc et donc du lecteur, ce sont les limites étroites de la vie et de l'avenir des hommes dans ces hameaux des plantations faits de cabanes à une seule pièce où ils s'entassent. Chaque jour, les pères désespèrent de voir leurs filles de douze ou treize ans dépucelées par les fils des maîtres et condamnées ensuite à aller grossir les rangs des prostituées. Tous vivent avec un attachement excessif à la pratique de la religion car la morale chrétienne leur tient lieu de boussole quand il s'agit de défendre leur honneur et surtout celui de leurs filles. Dans ce monde où l’on subit le mépris sans pleurer, on n’apprend qu’une chose : la haine.

            Cette peinture de la société du monde paysan brésilien révèle deux choses : aucun pauvre ne peut devenir riche s'il n'a pas de bien à faire fructifier. Et c'est dans l'intérêt du capitaliste de faire en sorte que le pauvre ne soit pas le maître de lui-même : il ne peut servir deux maîtres à la fois ! D'autre part, la liberté qu'avaient tous les riches Blancs, ainsi que leurs enfants mâles, de coucher avec les filles noires et métisses a très largement contribué à faire du Brésil une société métissée. On peut tout simplement ajouter que cette pratique n'est que la résultante d'une autre remontant à l'époque de l'esclavage : les riches propriétaires constituaient des haras humains où ils ensemençaient eux-mêmes leurs esclaves femelles pour obtenir des espèces métissées vendues à un meilleur prix. Résultat : aujourd'hui, dans ce pays où les Noirs ne représentent que 7,7% de la population, les métis dépasse le seuil de 43% alors que la population blanche se situe à 47,7%. 

            Assurément, Cacao est un roman fait pour la réflexion sur le sort de ceux qu'on appelle les damnés de la terre et qui sont légions en Amérique latine et en Afrique où prospère, depuis des siècles, le capitaliste blanc.

Raphaël ADJOBI

Titre : Cacao, 155 pages

Auteur : Jorge Amado

Editeur : J'ai lu, 2012

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23 décembre 2014

Dyslexique... Vraiment ? Et si l'on soignait l'école (Colette Ouzilou)

                                     Dyslexique... Vraiment ?

                                        Et si l'on soignait l'école

                                              (Colette Ouzilou)

Dyslexique

            S'il y a un mot qui revient souvent dans le vocabulaire du monde de l'enseignement depuis quelques années, c'est bien « dyslexie », c'est-à-dire le dysfonctionnement du lexique chez « l'apprenant ». On use et on abuse de ce terme dans les écoles et les collèges au point que cela devient lassant et exaspérant pour la simple raison que ceux qui l'affectionnent ne sont généralement pas capables de dire ce qu'il recouvre dans la réalité.

            A tous ceux qui ne savent rien de ce phénomène, de « cette pathologie très à la mode qu'est devenue la dyslexie », Colette Ouzilou voudrait clairement assurer ceci : la très grande majorité des élèves que l'on envoie dans les cabinets d'orthophonistes ne sont nullement atteints de dyslexie – qui est un handicap exceptionnel. En réalité, le mal de presque tous ces enfants se résume en un mauvais apprentissage de la lecture ! La méthode globale puis semi-globale dont l'inefficacité a été très vite reconnue et décriée par les familles – mais que les néo-pédagogues et l'Education nationale se sont évertués à poursuivre pour ne pas perdre la face – ont conduit à la fabrique de faux dyslexiques en série. Au nombre de ceux-là, il faut – selon moi – ajouter les enfants privés du savoir qu'ils étaient venus chercher à l'école parce que la trop grande dispersion ou agitation de quelques camarades a transformé les enseignants du primaire en véritables gendarmes et donc inutiles à leur fonction première. Résultat : les cabinets d'orthophonie se sont multipliés pour « rééduquer (...) des écoliers ignorants, et déprimés de l'être » – aux frais de la sécurité sociale – et non pour s'occuper d'enfants véritablement atteints de ce handicap rare qu'est la dyslexie.

Il convient de dire ici que tous ceux qui cherchent auprès des professeurs de français des solutions à la vraie dyslexie de leur enfant se trompent complètement d'adresse. Les professeurs des écoles et des collèges ne sont nullement des médecins ou des spécialistes de ce mal qui nécessite un enseignement particulier.  Aucun enseignant ne peut dans une classe d'une trentaine d'élèves accorder à l'enfant vraiment dyslexique les attentions que prescrivent les médecins. D'ailleurs, il serait juste que ce soit l'enseignant qui, constatant son incapacité à vaincre un mal singulier auquel il n'a pas été préparé, se tourne vers le chef d'établissement et ce dernier vers les autorités extérieures pour une prise en charge de l'enfant concerné. Le mouvement inverse auquel nous assistons couramment est donc tout à fait insensé. Et les analyses de Colette Ouzilou sont sans équivoque sur ce point.

            Le livre que nous vous présentons ici montre combien les concepteurs des méthodes de lecture globale et semi-globale – méthode très pratiques pour les sourds – ont du mal à les théoriser et produisent parfois des analyses frisant l'inconscience. Aujourd'hui, on s'applique à soigner un mal qu'ils ont fabriqué avec la complicité de l'Education nationale mais on ne cherche pas à savoir « si l'échec revient au seul déficit de l'enfant » (vraie dyslexie) ou à l'enseignement reçu dont les traces sont mauvaises (fausse dyslexie). On ne cherche pas à savoir si l'enfant « échoue parce qu'il n'a pas appris, ou parce qu'il ne peut pas apprendre ». L'Education nationale ne cherche pas parce qu'elle connaît le responsable de la catastrophe que vit l'enseignement français.

            Oui, il faut le dire franchement : tous ces enfants - considérés comme des handicapés par leurs familles et certains professeurs - qui remplissent les classes des écoles et des collèges ont malheureusement modifié, de manière très évidente, le rôle de l’enseignant à tel point que l’on oublie que celui-ci est essentiellement un passeur de savoir ; et que la pédagogie se résume à la recherche de toutes les techniques susceptibles de rendre efficace le passage du savoir du maître à l'enfant. Non, l'enseignement ne doit pas consister à perdre son temps à réparer les mauvaises pratiques – à soigner cette prétendue maladie due aux nouvelles méthodes de lecture nées dans les années soixante-dix – mais à affûter les techniques pédagogiques pour mieux conduire l'enfant à la fontaine de la science. Les solutions à bon nombre de défaillances de l'enfant ne sont pas à chercher dans le cadre de la classe et dans la pédagogie de l'enseignant. C'est souvent ailleurs, par d'autres moyens, par d'autres techniques et donc auprès de professionnels qualifiés qu'il faut aller chercher ces solutions. Mais il semble que l'Education nationale préfère payer les professeurs des collèges pour tenter de réparer les mauvais effets d'une mauvaise pratique ou d'une mauvaise éducation plutôt que de former le personnel qui convient et créer les structures adéquates pour cette charge ; mesures qui permettraient à l'école de la République de se consacrer à l'essentiel : enseigner, qui veut dire faire passer le savoir ou littéralement « montrer en indiquant ».  

Raphaël ADJOBI

Titre : Dyslexique... Vraiment ? Et si l'on soignait l'école, 208 pages.

Auteur : Colette Ouzilou.

Editeur : Albin Michel, 2014.

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20 novembre 2014

Debout-payé (Un roman de Gauz)

                                                DEBOUT-PAYE

                                            (Un roman de Gauz)  

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            Nous ne regarderons certainement plus du même œil le vigile noir de notre grande surface, après la lecture de ce roman. Qui aurait pensé que cet homme du silence – payé pour rester debout – dont le regard semble s'accrocher à notre silhouette chaque fois que nous franchissons le seuil d'un magasin, pouvait recueillir sur nous des renseignements suffisants pour bâtir une œuvre romanesque ?

            Le texte donne d'abord l'impression d'une écriture inégale : on salive à la fin du premier chapitre ; on est impatient de sortir du second. Mais, très vite, on apprécie cette alternance du récit et du chapelet d'anecdotes, véritables saisies instantanées de scènes ou d'images de nos chers temples de la consommation. On s'amuse, on sourit, on rit et on s'instruit en même temps.

            En effet, tout le plaisir que procure ce roman est dans le regard du vigile. Car le vigile, c'est le narrateur du récit à la troisième personne. C'est l’œil omniprésent et omniscient, plus perçant que celui du persan Usbek peignant les mœurs de la société française du XVIIIe siècle. Les singularités des Africaines, des Antillaises, des Asiatiques, des Arabes ne lui échappent pas. Par exemple, son regard analytique sur l'homme arabe du golfe persique est tout à fait plaisant et édifiant. D’autre part, aucun homme politique français, aucun journaliste, n'a expliqué avec autant de justesse l'apparition des « sans-papiers » sur notre territoire que le vigile ! Debout-payé est absolument un livre amusant et instructif. 

            Ce livre se veut avant tout le récit de la vie d'un immigré d'une ancienne colonie française. C'est l'histoire d'un jeune Ivoirien qui, profitant du « ramassis de clichés du bon sauvage qui sommeille de façon atavique » en chaque homme blanc – « les Noirs sont costauds, les Noirs sont grands, les Noirs sont forts, les Noirs sont obéissants, les Noirs font peur » - finit par s'en convaincre au point de considérer son métier de vigile comme celui qui convient le mieux à sa mélanine. Ce livre nous permet aussi de découvrir que dans le monde de la vente où le grand public imagine un personnel harassé et blasé par un travail répétitif, les hommes et les femmes se prennent très au sérieux et sont même impitoyables. Enfin, il constitue un petit trésor de connaissances sur le monde. Où peut-on trouver la plus grande concentration de spécimens humains que dans les magasins parisiens ? Vous salivez ? Vous avez raison et vous allez être comblé. 

            En tout cas, rien que le regard du dominé noir sur le dominant blanc fait de ce livre une belle fenêtre qui permet à l'Européen de "se voir de bon biais" ; même si le vigile s'interdit toute discrimination.

Raphaël ADJOBI

Titre : Debout-payé, 172 pages

Auteur : Gauz

Editeur : Le Nouvel Attila, 2014.

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08 novembre 2014

Du combat de Laurent Gbagbo et de la crise au sein du FPI (Raphaël ADJOBI)

Du combat de Laurent Gbagbo et de la crise au sein du FPI*

Laurent G

          Suite aux propos de messieurs Koudou Kessié et Paul Okou Zago, tous deux membres du FPI, se contredisant dans le journal de leur parti (Notre Voie du 16 et 20 octobre 2014), l'AIRD-France souhaite vivement que le FPI définisse clairement la ligne de combat qu'il envisage de suivre afin d'éclairer ses alliés. L'AIRD-France n'a nullement l'intention de se mêler d'un débat interne à un parti frère. Toutefois, engagés dans la coalition des partis de l'opposition dénommée « Alliance des Forces Démocratiques » (AFD), nous savons que toute décision émanant du FPI quant à sa participation ou non aux prochaines élections présidentielles – aux contours pour l'heure inquiétants – aura des conséquences directes sur ses alliés.

          A vrai dire, le débat qui agite la maison FPI est celui-là même qui anime tous les autres partis de l’opposition et certainement le cœur de tous les Ivoiriens. Aussi, pour reprendre la formule de M. Paul Okou Zago – qui dit être soucieux de faire évoluer les choses dans le sens d’un rapprochement des militants du FPI – nous disons que l'Alliance des Forces Démocratiques doit être le lieu de « la vérité, des débats démocratiques sérieux ». Que le FPI considère donc la présente interpellation comme une volonté de rapprocher nos points de vue en éclairant les différents sujets qui agitent les Ivoiriens – avant qu'ils ne les déchirent – dans l'attente des échéances présidentielles de 2015.

       A qui revient l'assainissement de l'environnement électoral ?

            La lecture attentive du texte de M. Paul Okou Zago montre qu'il parle davantage de la voie opposée à la sienne et à celle du Président Affi N'guessan. Il pourfend allègrement l'attitude de ceux qu'il dit brandir le slogan « Gbagbo ou rien » mais dit peu de choses sur ce fameux « processus politique » qu’il aurait dû appeler « processus électoral » pour plus de clarté. Car c’est en réalité de cela qu’il s’agit dans ses propos.   

            « A notre avis, le parti (le FPI) et ses alliés doivent, à partir de maintenant, se battre pour que les élections se déroulent dans un environnement suffisamment assaini », dit M. Paul Okou Zago. Nous sommes tentés de lui dire que c'est le vœu que tous les partis de l’opposition expriment quotidiennement dans les journaux et les quelques rares réunions publiques qu'autorise le pouvoir. Mais pour bien suivre le raisonnement de M. Paul Okou Zago, posons-lui la question suivante : à qui revient le devoir d’assainir l'environnement électoral ?  Le FPI et ses alliés ? Et comment ? Pour toute réponse, il dit que la victoire de cette bataille d’assainissement est à notre portée et que pour cela « il suffit (...) de dominer ses émotions, ses rancœurs et ses ressentiments et prendre de la hauteur » pour nous engager unis.

            Ainsi donc nous devons croire que c'est parce que nous ne sommes pas assez unis et n'avons pas apaisé nos émotions et nos rancœurs que les conditions favorables à des élections justes et équitables ne sont pas réunies ! Mon Dieu ! Quelle accusation terrible ! Le pouvoir qui reste muet à toutes nos propositions, aux pleurs du peuple qu'il suffirait d'entendre et apaiser, qui ne donne aucune ouverture dans laquelle l'opposition pourrait s'engager pour être entendue, ce pouvoir ne serait donc nullement responsable de l'impasse dans laquelle se trouve la Côte d'Ivoire ! Qu'il nous soit permis ici de rappeler à nos camarades qui soutiennent une telle pensée, que sous tous les cieux, c'est au pouvoir en place qu'il revient d'appliquer son programme politique, d'assainir l'Etat et la vie politique en ouvrant les débats et non pas à l'opposition d'appliquer le sien. Si aujourd’hui les militants de l’opposition sont  obligés de quémander des postes dans l'administration du pays – comme le fait remarquer M. Paul Okou Zago – c’est simplement parce que M. Ouattara travaille à réveiller chez l’Ivoirien les réflexes d'un pays à parti unique où chaque fonctionnaire, chaque étudiant boursier se devait d’être reconnaissant au président de la république comme s’il était à lui seul l’Etat ivoirien. Ce n’est pas celui qui est condamné à mendier qu’il faut blâmer mais le pouvoir qui se sert des outils de l’Etat pour corrompre et assujettir les citoyens à la manière d’un roi avec ses sujets. N’est-ce pas M. Ouattara qui a dit avoir pour objectif de « rendre la démocratie irréversible en Côte d'Ivoire » ? C'est donc à lui de se donner les moyens d'atteindre ce but et à nous d'apprécier la réalité des faits. C’est à lui de réveiller la confiance brisée dans le cœur des Ivoiriens en posant des actes qui les réconcilient avec le pouvoir. Ce n'est pas le contraire qu'il faut attendre. Ce n'est pas le contraire qu'il faut prôner.        

            Qui doit rouvrir l'épineux dossier de la liste électorale pour parvenir à quelque chose de consensuel ? Qui va décider s’il faut tenir compte des nombreux morts, des nombreux disparus qui figurent encore sur cette liste ? Qui va décider si la multitude de personnes forcées à l'exil et les prisonniers politiques qui y sont inscrits voteront ? N’oublions pas non plus le cas des nouveaux naturalisés pour services rendus à M. Ouattara lors de sa prise du pouvoir. M. Paul Okou Zago y a-t-il pensé ? Le FPI ira-t-il aux élections avec M. Youssouf Bakayoko à la tête de la nouvelle commission électorale ? Quelles sont les garanties pour des élections sans brutalité dans le nord du pays toujours sous la domination des dozos et des anciens rebelles désœuvrés qui n'ont pas réussi à se faire une place dans les FRCI ? A l'AIRD-France, nous avons beau apaiser nos émotions, nous avons beau nous unir, nous ne voyons pas venir les solutions à ces problèmes que nous avons portés sur la place publique à plusieurs reprises.

            Allons plus loin dans notre questionnement pour savoir où se situe la bonne foi. Le FPI n'a-t-il pas proposé la convocation des Etats généraux de la nation pour étudier les problèmes du pays afin d'aller vers la paix sociale ? Quelle fut la réponse du pouvoir ? Le mépris. N'avons-nous pas tous appelé à la libération des prisonniers politiques afin d'apaiser les tensions et les rancœurs ? Quelle fut la réponse de M. Ouattara ? Le silence et le mépris. N'avons-nous pas appelé à la disparition des dozos dont nous ignorons à quel corps d'armée ils appartiennent ? Quelle fut la réponse de M. Ouattara ? Le silence et le mépris. Les journaux de l'opposition ont fini par se convaincre que ce dernier tient à tout verrouiller, au risque de mettre le feu à la Côte d'Ivoire.   

            De toute évidence ce n'est pas là le sentiment de tous au FPI et nous en avons trouvé la raison dans les propos de M. Paul Okou Zago. Il faut, selon de nombreux militants de ce parti, « entrer dans le processus électoral » - osons l’expression la plus claire – parce que « le FPI n'a pas le droit de laisser Alassane Dramane Ouattara aller aux élections avec des faire-valoir ». Voilà clairement exprimé le motif ou le moteur de la volonté du FPI « d'entrer dans le processus électoral ».

            C’est la peur de laisser des candidats de second rang affronter Ouattara sans aucune chance de succès qui motive le FPI et l’incite à présenter absolument un candidat aux prochaines élections présidentielles ! Que c'est pauvre, comme argument ! Qu’il nous soit permis de dire ici que la certitude de dominer des faire-valoir dans une élection n’est pas un argument digne d’un grand parti politique. On va à des élections quand il y a une once d'équité pouvant nous permettre de triompher, ou à défaut de mesurer l'ampleur de l’électorat adhérant à notre programme de gouvernement. 

            Malgré une argumentation aussi pauvre en projets ou débats d'envergure nationale, M. Paul Okou Zago s'insurge contre tous ceux qui refusent de faire table rase de leurs idéaux, leurs rêves ou leurs exigences qui, selon lui, compliquent le rapprochement cordial – pour ne pas dire l'entente cordiale – que son parti entend établir avec le pouvoir pour parvenir à ses fins.  Et, pour appuyer le bien-fondé de cette attitude qu'il élève au rang de sagesse pouvant sauver Laurent Gbagbo, il donne deux exemples qui méritent que l'on s'y arrête parce qu'ils blessent l'entendement de tout militant politique.

   En politique, sous le voile, c'est la soumission ou la prostitution !

            Avec délectation, M. Paul Okou Zago nous renvoie à l'image de cette mère américaine qui, au moment de s'adresser aux ravisseurs djihadistes de son fils, s'est voilée à la manière musulmane pour susciter leur compassion. C'est ainsi, dit notre homme politique, que l'on peut toucher le cœur de l'ennemi le plus dur et le porter à la pitié. Et c'est, selon lui, ce qu'il faut faire face à M. Ouattara. Puis il nous remet en mémoire l'issue du combat de Nelson Mandela. C'est par le « voile diplomatique » qu'il a pu sortir de prison, dit M.Paul Okou Zago. Il nous faut donc, conclut-il, pour sortir Laurent Gbagbo de la prison de la CPI, quitter nos idées, nos manifestations, nos réflexions qu'il juge insultantes à l'égard de la France et du pouvoir en place – desquels  dépend le sort de celui que nous voudrions voir libre. Il nous faut, suggère-t-il, nous cacher sous un voile, en d’autres termes nous faire petits pour être regardés avec compassion par nos bourreaux.

            Il est tout à fait surprenant qu'un homme politique se réfère à l'attitude discutable d'une mère au lieu de nous proposer un enseignement puisé dans l'histoire des stratégies politiques. Il faut veiller à ne pas faire d’images ponctuelles ou éphémères, nées de l’émotion, des vérités générales. N'a-t-il pas noté que pendant que cette mère affligée suppliait les ravisseurs de son fils, les hommes politiques de son pays – faisant fi de leur chantage – ont continué à bombarder les positions djihadistes ? La politique a ses raisons que l’émotion d’une mère ne connaît pas ! Les dirigeants américains savaient qu'en politique se couvrir d'un voile c'est se soumettre ou se prostituer. Quelle est l'attitude que doivent adopter les militants politiques du FPI pour libérer Laurent Gbagbo ? S'humilier en mettant un voile sur leur indignation pour la transformer en supplication aux pieds d'Alassane Ouattara et de la France ? 

Quant à l'interprétation que M. Paul Okou Zago fait des raisons qui ont justifié la libération de Nelson Mandela, chacun a pu se rendre compte que c'est un vrai travestissement de l'histoire de l'Afrique du Sud. Peut-on croire que c’est la diplomatie des hommes qui a abouti, après vingt-sept ans, à cette libération ? A ce rythme, les militants du FPI ont toutes les raisons de désespérer de la diplomatie que propose M. Paul Okou Zago pour libérer Laurent Gbagbo. Il serait plus juste de dire que c’est la ténacité de Mandela qui a payé. Oui, c'est la ténacité et la persévérance de cet homme qui n'a pas voulu dévier de son idéal qui, avec le temps, ont triomphé de l'adversité. Grâce à cette ténacité et à cette persévérance, il a obtenu qu'en Afrique du Sud soit appliquée la règle égalitaire « un homme, une voix » dans les élections nationales ouvertes à tous, Noirs et Blancs. Le temps a travaillé pour lui. Il n'était pas pressé. Plusieurs fois, ses ennemis ont tenté de monnayer sa liberté contre son silence et le reniement de son idéal. Mais il savait que la vérité qu'il défendait finirait un jour par triompher. Rares sont les êtres humains capables d'une telle fidélité à un idéal. Est-il utile de rappeler ici que M. Henri Konan Bédié – qui a vendu sa deuxième place lors des élections présidentielles de 2010 – n’est pas à mettre au nombre de ces hommes d'honneur ? Laurent Gbagbo, si ! Laurent Gbagbo, c'est Mandela, c'est Prométhée ! Il a refusé l’exil doré que la France et les Etats-Unis lui avaient proposé pour s’accrocher à la vérité des urnes. Pour que la vérité triomphe, il est resté assis comme Rosa Parks – une autre américaine – refusant d’obéir aux injonctions de ceux qui croient à une justice pour les nègres et une justice pour les Blancs.    

                                   Quel est le combat de Laurent Gbagbo ?

            Retenons des propos de M. Paul Okou Zago que l'objectif avoué de la frange des militants du FPI dont il fait partie est de faire des élections présidentielles de 2015 une arme contre M. Ouattara. D'ailleurs, pour nous convaincre que c'est un excellent choix, il nous rappelle le soulèvement populaire contre le général  Robert Guéï en 2000, et soutient que le peuple peut renouveler cet exploit. Toutefois, ce que cette frange de militants FPI qui soutient ce projet oublie, c'est que le peuple ne se soulève que derrière l'étendard d'un chef qui le conduit et en qui il se reconnaît. Quand on baisse l'étendard de ralliement par peur de faire de l'ombre à son adversaire et à ses parrains, on n'est pas digne de faire appel au sursaut du peuple.  

            Ce qui est étonnant chez M. Paul Okou Zago et ses amis, c’est la totale absence de foi dans le « processus électoral » actuel dans lequel ils tiennent pourtant à entrer. Ils en font même une peinture – d’ailleurs exacte – qui devrait inquiéter tous les militants du FPI et même la Côte d'Ivoire entière. Voici comment ils voient les contours du « processus électoral » : le pouvoir de M. Ouattara soutenu par la France et son armée qui l'ont installé ; une CEI avec à sa présidence M. Youssouf Bakayoko sachant désormais qui déclarer absolument vainqueur et comment s'y prendre ; et enfin, au bout du tunnel, les FRCI, l'armée prétorienne de Ouattara qui lui a juré fidélité depuis sa formation au Burkina Faso et qui a fait campagne pour son élection puis s’est battue pour lui. N'est-il pas insensé de s'engager dans un tel coupe-gorge ? Pardon, dans un tel « processus électoral » ?  

             Mais rêvons un peu ! Rêvons qu'au regard des nombreuses fraudes que M. Paul Okou Zago imagine aisément – preuve d'une grande lucidité – le Conseil constitutionnel décide de tenir compte des réclamations de l’opposition pour invalider les votes litigieux et déclarer le candidat de l’opposition vainqueur. Rêvons que la probité des hommes de cette institution triomphe des circonstances qui les ont placés là. Devant cette décision qui ira à l’opposé de la décision de la CEI et des vœux de la communauté internationale, quelle est l'armée nationale existante qui appuiera le soulèvement du peuple sur lequel compte M. Paul Okou Zago pour que le pouvoir revienne au vainqueur constitutionnellement déclaré ? Que chacun prenne le temps de réfléchir à cette question. Il est sage de reconnaître qu'en l'absence d'une armée nationale qui pourrait pencher en sa faveur, le peuple ne pourra pas lutter contre les FRCI, les dozos, l’armée française et celle de l’ONU !

            Si une révolution doit avoir lieu contre toutes ces forces qui se dressent devant nous, elle n’a nullement besoin d’une élection pour se mettre à l’œuvre. L’occupation de nos terres par des étrangers, l’exil et l’emprisonnement de nos familles dont nous ignorons tout depuis bientôt quatre ans et la préférence ethnique à tous les degrés de l'administration sont des raisons largement suffisantes pour la mettre en marche. Retenons aussi le présage que constitue la nomination de M. Youssouf Bakayoko à la tête de la CEI. Une révolution suppose clairement, à tout moment, la destruction de tous les outils qui permettent au système en place de fonctionner et de produire pour son propre compte au détriment du peuple. C’est la finalité de toute révolution.                      

            Terminons en rappelant à tous la réalité du combat de Laurent Gbagbo. Quel est le message qu'il a délivré aux Ivoiriens et aux Africains ? N’a-t-il pas dit « Si je tombe, enjambez mon corps pour poursuivre le combat » ? Il est tombé au combat. Alors, réfléchissons ensemble : entendait-il par ces mots qu'il faut tout faire pour le sortir de prison ? Chacun comprend très bien où Laurent Gbagbo situe l'essentiel dans ce message : le combat de la Côte d'Ivoire et non sa personne. Certes, obtenir sa libération doit demeurer un objectif cher à tous. Mais soyons convaincus que le meilleur moyen de l'obtenir est de poursuivre, sans relâche, son combat. Délivrer Laurent Gbagbo des mains de ses bourreaux pour qu'il reprenne en main l'étendard qu'il a laissé choir au moment de sa chute est donc une tâche qui revient à tous, et en particulier à de petits groupes de pression à travers le monde – qui font d’ailleurs très bien ce qu’ils ont à faire. Mais le combat, le vrai combat des hommes politiques - comme l’ont fait les partisans de Mandela - consiste à avoir les yeux rivés sur l'idéal qui nous anime. Ils doivent entretenir dans nos cœurs la flamme de l’idéal. L’idéal d’une réelle indépendance politique et économique doit être porté haut et fort et susciter des adhésions partout dans le monde. Car le combat de Laurent Gbagbo est juste et partout dans le monde le cœur de l’homme comprend le langage de la liberté des peuples à disposer d’eux-mêmes. Le combat consiste à reprendre l'étendard de cet idéal et le faire flotter fièrement au vent pour qu'il soit visible de toute la Côte d'Ivoire, de toute l'Afrique, de la terre entière ! Le combat consiste à s'armer de ténacité et de persévérance au point d'attirer tous les regards et, avec le temps, ébranler les consciences humaines. N’est-ce pas ainsi que Mandela a triomphé de l’adversité ? Empruntons cette même voie pour faire triompher Laurent Gbagbo de l’adversité. Quittons cette attitude imbécile qui consiste à regarder le doigt de Laurent Gbagbo plutôt que d’avoir les yeux fixés sur le chemin qu’il nous indique. Laurent Gbagbo s’est sacrifié pour cela : prenons garde à ne pas quitter ce chemin !   

* FPI : Front Populaire Ivoirien ; le parti de Laurent Gbagbo. 

Raphaël ADJOBI

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