Lectures, analyses et réflexions de Raphaël

Vous trouverez ici des comptes rendus de lectures livresques concernant essentiellement l'histoire des Noirs d'Afrique et celle des Afrodescendants des Amériques et d'Europe. Les actualités de la diaspora africaine ne sont pas oubliées.

02 septembre 2013

Question à Alassane Ouattara : à quel corps d'armée appartiennent les dozos ?

    Question à Alassane Ouattara : à quel corps d'armée

                            appartiennent les dozos ?

 

Dozos, août 2013 0002

           L'omniprésence des dozos sur l'ensemble du territoire ivoirien non seulement inquiète - parce que source d'insécurité - mais suscite également des interrogations quant à leur rôle au sein du régime d'Alassane Ouattara. Une éventuelle recherche de la paix et de la cohésion sociale, une éventuelle réconciliation nationale et un éventuel rétablissement de la démocratie dans le pays exigent de l'Etat des mesures immédiates et radicales concernant les dozos. 

            Apparus sur la scène nationale dans les années 90 au moment où Alassane Ouattara venait de prendre ses fonctions de premier ministre d'Houphouët-Boigny, les dozos créèrent d'abord la stupeur et un climat d'insécurité. Puis, très vite - comme pour se faire accepter du public - ils se reconvertirent pour la plupart en agents de sécurité aussi bien auprès des particuliers que des sociétés privées. Selon Roselyne Hien, dans un article publié en novembre 2012*, Emile Constant Bombet, le ministre de l’Intérieur d'alors avait été le premier à soupçonner l'installation d'une force militaire parallèle par une main occulte. Quand il « entreprend alors de démanteler le réseau qui était en train de se mettre en place [...], ajoute-elle, curieusement, parmi les partis politiques, il s'en est trouvé un, le RDR, qui a estimé que les dozos étaient les bienvenus à Abidjan et s'est même fait le porte-voix de ceux-ci ». Le maillage de la Côte d’Ivoire par la future rébellion s’était alors poursuivi dans une totale impunité.

            La suite, nous la connaissons tous, y compris la France, l'ONU, l'UA et toutes les ONG qui ont travaillé et travaillent en Côte d'Ivoire. Les dozos ont servi de supplétifs aux forces pro-Ouattara et ont combattu à leurs côtés pour la conquête du pouvoir à Abidjan. Ils ont été très fiers de faire du pays - et particulièrement l'Ouest - un vaste terrain de chasse à l'homme. Les exactions, les massacres, les pillages, les expropriations et les actes de torture devinrent ensuite leurs activités favorites.          

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            Depuis qu'en novembre 2012 le régime a reconnu officiellement,  par la voix de son ministre de l'intérieur Hamed Bakayoko, que les dozos  sont une branche militaire du RDR, la Côte d'Ivoire vit dans la consternation. Aux côtés des FRCI qu'ils considèrent comme leurs frères d'armes, on les voit parader à tous les déplacements d’Alassane Ouattara et de ses ministres. Les soldats de l'ONU, comme ceux de la France au sein de la Licorne, les côtoient sans mot dire. Arme à la main ou en bandoulière, on les voit circuler librement dans les rues des villes et des villages. Lorsque les paysans se rendant à leur champ les croisent sur leur chemin, ils sont chaque fois pris de frayeur. Les dozos sont omniprésents. Et on évite de croiser leur regard ; surtout si on n'est pas du nord du pays.  

            La question que la grande majorité des Ivoiriens attachés aux valeurs et aux symboles républicains pose à M. Ouattara est la suivante : à quel corps d'armée appartiennent les dozos ? La République de Côte d'Ivoire voudrait savoir. Cette force armée supplémentaire dans le paysage public inquiète et est même intolérable.

            Nous renvoyons les conseillers blancs de Ouattara et tous ceux qui se plaisent à faire l'apologie de ces hommes sortis des siècles obscurs de l'Afrique et louent leurs traditions ancestrales à méditer sérieusement la réalité des traditions en Côte d'Ivoire. Toutes les ethnies du pays, sans exception, ont dans leurs traditions des institutions guerrières qu'elles entretiennent aujourd’hui sous une forme festive qui appartient au folklore national sans jamais envahir l'espace public dévolu aux forces républicaines. Aucun groupe ethnique ne peut par conséquent se permettre, sans manquement grave aux règles de la république, de donner ordre à une institution ethnique ou régionale à vocation guerrière de jouer le rôle de l'armée, de la gendarmerie ou de la police nationale.      

            Aussi, au moment où le régime commence à comprendre qu'il ne peut y avoir ni réconciliation ni démocratie avec des hommes politiques de l'opposition emprisonnés, exilés et privés de leurs biens, il serait très utile que Ouattara mette de l'ordre là où il a semé le désordre. Qu'il montre à tout le monde qu'il veille à ce que les valeurs républicaines ne soient pas parasitées par des phénomènes qui ont émergé avec son arrivée en Côte d'Ivoire et sa prise du pouvoir. L'armée, la gendarmerie et la police - institutions républicaines - ne sauraient souffrir la cohabitation avec une confrérie sortie de l'ère de la traite négrière. Non, on ne peut tolérer que les dozos poursuivent leur métier de chasse à l'homme au XXIe siècle aux yeux des institutions internationales qui ont pour but de garantir les valeurs humanistes. Nous, Ivoiriens de toutes les autres zones ethniques de Côte d’Ivoire, au nom des valeurs républicaines, demandons pour notre part la disparition rapide et totale des dozos.

* Côte d'Ivoire : enfin la vérité sur les dozos

Raphaël ADJOBI

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21 août 2013

Ballade d'un amour inachevé (Louis-Philippe Dalembert)

                               Ballade d’un amour inachevé

                                      (Louis-Philippe Dalembert)

Ballade d'un amour

            Voici un livre entraînant qui ne cesse de titiller pour ainsi dire constamment la curiosité ou la soif du lecteur. Dès les premières phrases, nous savons qu’un drame apparemment terrible a eu lieu. Toute la narration qui suit nous mène donc lentement, par bribes de vie, vers l’épicentre de ce drame désigné par « la chose », comme pour conjurer le sort.

            Une démarche assez originale qui tend à obliger le lecteur à se poser cette question : quels souvenirs chacun garderait-il des derniers instants vécus avant un drame collectif ? Evidemment, vous vous doutez bien que chacun racontera sa vie en tentant d’y trouver quelque lien avec les signes annonciateurs réels ou imaginaires du drame. Eh bien, c’est exactement ainsi que fonctionne le roman.

            Et à travers les récits vraisemblables ou imaginaires, l’auteur porte son attention sur un couple singulier de ce petit village italien de Cipolle situé à sept kilomètres de L’Aquila, la capitale des Abruzzes. C’est dans ce village encaissé entre les montagnes, que vivent Azaka l’étranger – venu d’un pays ne faisant pas partie de la communauté européenne – et son épouse italienne, Mariagrazia.

            Plus nous avançons dans le roman, plus nous découvrons le passé d'Azaka, « l’extracomm », celui de Mariagrazia, leur rencontre et l’évolution de leur amour dans une Italie ancrée à la fois dans ses traditions séculaires mais aussi dans ses débats politiques modernes aux tons excessifs quand il s’agit de l’immigration, de l’étranger. La figure d’Azaka et son acceptation progressive et controversée au sein de la famille de l’élue de son cœur et du village offre à l’auteur l’occasion de produire de très belles pages, parfois drôles, sur le comportement des Italiens, partagés entre la fierté d’avoir de la famille dans toutes les contrées lointaines du monde – une tradition d’émigrants – et leur rejet épidermique de l’étranger. Et à travers le combat de Mariagrazia pour faire accepter son compagnon « extracomm » sans blesser les siens, nous découvrons les conflits intergénérationnels que l’on retrouve dans toutes les sociétés du monde. Nous comprenons avec l'auteur que les mœurs exotiques que les Européens vont chercher sous d’autres cieux pour s’en repaître et flatter leur supériorité se trouvent aussi à leurs pieds, dans les villages qu’ils ne fréquentent plus, ou même dans des pratiques ordinaires qu’ils ne prennent pas le temps d’analyser.

            Mais tout cela ne dit pas au lecteur ce qui s'est passé ! Quand allons-nous enfin atteindre l'épicentre de « la chose » ? C’est au moment où le lecteur découvre le passé douloureux d’Azaka que, presque sans transition, le livre nous plonge dans le drame provoqué par « la chose ». Car ce qui arrive à L’Aquila n’est en fait qu’une répétition de ce qu’a vécu Azaka dans son pays - qui ressemble fort au drame survenu en Turquie en août 1999. A moins qu'Haïti ne soit pas loin... Et c’est dans les descriptions qui nourrissent la narration de ces deux événements que nous avons les plus belles pages du roman. Magnifiques !

            Indiscutablement, comme nous le soulignions déjà dans l’analyse que nous avions faite de son précédent roman*, Louis Philippe Dalembert excelle dans la peinture de la souffrance. Chez lui, aucune intention d’apitoyer le lecteur. Dire les choses de manière lucide, peindre de manière presque tangible une réalité plane, indicible, inénarrable, voilà ce qui le distingue. Le drame de L’Aquila, survenu dans la nuit du 6 avril 2009 et dont les journaux et des télévisons ont abondamment fait état, est peint ici avec beaucoup de justesse dans son extrême violence et dans l’ampleur de la désolation qui l'a suivie. Dès lors ce livre apparaît comme plein de cette intimité que les survivants d'un drame collectif entretiennent avec la mort. Entre les souvenirs d'Azaka et ce qu'il revit à L'Aquila, on ne se lasse pas de suivre le spectacle du malheur qui se découvre à nos yeux comme entraîné par la main invisible de l’auteur ou par le rythme d’une voix venue des profondeurs du néant pour ne pas dire de la muette réalité visible.  « Dieu merci, […] je n’ai perdu pour ma part que ma mère et mon premier fils », dit un père. Ces quelques mots suffisent pour faire comprendre au lecteur que dans la peinture du spectacle de désolation qui fait suite aux deux cataclysmes relatés ici, l’auteur s’applique à présenter des personnages qui n’ont pas « une ombre de douleur dans le regard ». Comme si ces êtres devenus souffrance se drapaient d’une dignité qui les rendait fantomatiques, irréels, dans un univers qui ne l’est pas moins ; chacun semblant ici la marque visible de la souffrance humaine et de son extrême dénuement.    

            Il est certain que vous ne verrez plus les images d'un drame collectif de la même façon après avoir lu ce roman. Derrière les images des montagnes de gravats et des murs écroulés, vous imaginerez plus aisément, non pas la vie dans son sens générique mais les détails qui lui donnent tout son sens : les amours qui se nouent et se dénouent, les joies et les querelles au sein des familles, les projets longuement élaborés, les rêves d'enfant et d'adulte... C'est la fin brutale de tout cela que chacun appellera désormais un drame collectif. Et de toute évidence, l'auteur semble s'être attardé sur les récits des vies malgré la connaissance de l'existence du drame pour mieux nous amener à retenir cette leçon.

Toutefois, on ne peut manquer de se poser cette question : pourquoi un auteur haïtien choisit-il de peindre un drame collectif italien quand on sait ce que sa terre natale a connu il n’y a pas si longtemps ? La meilleure réponse est certainement celle-ci : une façon très adroite d'attirer l'attention sur son propre malheur consiste à trouver les mots les plus bouleversants pour parler du malheur de l’autre. En compatissant au drame de L’Aquila qui leur est si proche et de ses habitants qui leur sont si semblables, il est certain que les Européens saisiront mieux la profondeur du drame haïtien.  

* Noires blessures (éd. Mercure de France, 2010) 

Raphaël ADJOBI 

Titre : Ballade d'un amour inachevé, 283 pages

Auteur : Louis Philippe Dalembert

Editeur : Mercure de France, juin 2013

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08 août 2013

Des Africains-Français à Calixthe Beyala : qu'avez-vous fait de nos "talents" ?

            Des Africains-Français à Calixthe Beyala :

               qu’avez-vous fait de nos « talents » ?

Calixthe Beyala 0004

            Le mot « talent » fait ici écho à la parabole de l’évangile selon Matthieu (Ch. XXV, V. 14-30) qui encourage les chrétiens à ne pas gâcher les dons que Dieu leur a donnés en s’engageant activement à faire grandir sa parole et par la même occasion son royaume. Que le lecteur comprenne par conséquent que les « talents » dont il est ici question sont tous les espoirs que les Français d’origine africaine avaient placés en un mouvement qu’ils espéraient vivement impliqué dans la vie politique française, pour lutter à la fois contre la recolonisation de l’Afrique et aussi pour une meilleure visibilité aux yeux de leurs compatriotes blancs. Des espoirs générés par la vive indignation exprimée face à l’injuste coup d’état de Sarkozy en Côte d’Ivoire en avril 2011 et l’arrestation  du président Laurent Gbagbo dont l’élection avait été reconnue par la Cour constitutionnelle de son pays mais qui ne correspondait pas à la volonté de la puissante France.

            En effet, l’arrestation en avril 2011 par l’armée française du président ivoirien constitutionnellement élu a été le ferment rassembleur qui a permis la création, quelques mois plus tard, du Mouvement des Africains-Français (MAF) et lui a inspiré par la même occasion son objectif majeur : rappeler en toutes circonstances à notre pays - la France - que l’Afrique est le berceau de nos parents, grands-parents et de nos aïeux et que nous ne saurons accepter qu’elle soit allègrement piétinée et bafouée au nom des intérêts de la France.

            Un noble combat donc. Mais un combat qui prendra très vite l’allure d’une course à une place d’honneur au sein du paysage politique pour la présidente du mouvement ; c’est du moins ce que de nombreux Africains-Français liront dans la volonté de Calixthe Beyala de compter sur les « peoples » noirs et les lumières des plateaux de télévision plutôt que de s’atteler à la construction d’une base solide du mouvement. Ayant limité sa sphère d’action à Paris et à son téléphone portable qui distille des SMS à n’importe quelle heure de la nuit, elle a, peu à peu, éteint la frêle flamme que nous venions d’allumer. 

            Qu’est devenu le MAF exactement deux ans après sa création ? Quel bilan en fait sa présidente ? Les adhésions de 2011-2012 ont-elles majoritairement été renouvelées ? Quels sont les engagements pris et réussis par le mouvement durant ses deux années d’existence ? A quels défis ses membres ont-ils participé ? En clair, Calixthe Beyala doit des comptes à tous ceux qui se sont engagés en 2011-2012 avant qu'ils ne renouvellent leur adhésion au mouvement qu’ils ont, dans la ferveur, porté sous les fonts baptismaux, en même temps que leur confiance en leur chef. Parmi ceux qui ont reçu l'appel au renouvellement de leur adhésion, nombreux sont ceux qui attendent le bilan des deux années de présidence de Calixthe Beyala. Peut-être celle-ci attend-elle un éventuel congrès en 2014 pour le faire ? Si oui, tout le monde attendra avant de renouveler son engagement ; car l’absence d’activités, de perspectives claires, de bilan annuel, de volonté d'aller au-devant des nombreux défis qui s’imposent à notre communauté a fini par émousser nos ardeurs et nous fait perdre notre confiance en notre chef. Des amis que j'avais incités à rejoindre le MAF - certains de la Guadeloupe - m'ont clairement fait savoir qu'ils ne renouvelleraient pas leur adhésion !  

            Trop individualiste, trop centralisatrice, peu communicative, peu ouverte aux  membres de base, Calixthe Beyala a fini par s’isoler et perdre définitivement le contact avec la grande foule des Afro-Français qui avaient trouvé dans le combat du président ivoirien Laurent Gbagbo un excellent moteur d’action. Elle n’a pas su préserver cette petite flamme qui brillait dans nos yeux, très semblable à la flamme de la Liberté. Les articles épisodiques dans la presse ne sont pas des activités collectives susceptibles d’entretenir, au sein du mouvement, le souffle nécessaire au combat que nous avons à mener. Et en ce qui concerne le cas particulier de l’illustre prisonnier de la Cour pénale internationale, nous n’avons pas vu venir la contribution du MAF à la lutte contre l’injustice qui le frappe. Faudra-t-il verser au bilan des deux années d’existence l’appel à la signature de la pétition pour le retrait des nations africaines de la CPI lancée en mai 2013 ? Encore faudra-t-il nous faire part de son impact auprès des instances africaines. 

Au regard de tout ce qui a été dit, convenez qu’il est tout à fait légitime de poser cette question à la présidente de la MAF : qu’avez-vous fait de nos « talents » ? Afin de vous montrer que les interrogations suscitées par le fonctionnement du MAF ne datent pas d’aujourd’hui, je vous reproduis ici l’ensemble de la deuxième partie de mon billet publié le 28 février 2012, sur mon blog, un mois et demi avant le premier congrès de ce mouvement. Vous verrez qu’un an et demi après, ce grand espoir dont je disais qu’il pourrait être déçu si les innombrables carences d’alors se poursuivaient, n'a pas été comblé. Rien n'a changé parce que Calixthe Beyala n’a pas voulu évoluer dans sa manière de voir les choses.          

           «  Le MAF en congrès le 14 Avril 2012. Et après ? » 

            « Pour réussir son opération de positionnement dans le débat avec les partis politiques et le futur pouvoir de notre pays, Calixthe Beyala, le fer de lance du  MAF, mise sur un grand succès du premier congrès national du Mouvement qui aura lieu le 14 avril 2012, à 13 heures, au Palais des Congrès de Paris. De toute évidence, ce congrès est de la plus haute importance. Il témoignera publiquement de la capacité de mobilisation du Mouvement. Mais il sera surtout le premier signe de sa visibilité dans le paysage politique français.          

            La présidente du Mouvement qui se plaît à critiquer les marches de protestation ou de soutien, prend paradoxalement conscience qu'un congrès rassembleur est une façon à la fois de faire du bruit et montrer sa force. C'est aussi une façon de signifier aux autres que l'on existe et que l'on a des préoccupations à faire connaître ou à défendre. Elle sait, comme de nombreux membres du MAF, qu'il ne faut en aucun cas rater ce rendez-vous en se retrouvant en petit comité le 14 avril 2012. Une maigre assistance serait le signe d'un échec qui effacerait le Mouvement non seulement de l'esprit des candidats mais encore de la scène politique à laquelle il veut accéder.

            Certes, le Mouvement a des faiblesses très criantes. D'abord, il y a une réelle absence de définition claire du MAF. Tantôt on parle de lobby qui ne saurait se permettre de faire descendre ses membres dans les rues pour crier son indignation à la manière d'un quelconque groupe de soutien ; tantôt le Mouvement est présenté comme un parti politique. Si tel est le cas, alors Calixthe Beyala doit savoir qu'appeler à manifester ou à apporter son soutien à des mouvements de protestation n'est pas incompatible avec les desseins d'un parti politique. Que doit être le MAF ? Un mouvement de salon (sans les moyens financiers d'un lobby) ou un mouvement populaire capable d'exprimer publiquement son humeur devant les événements qui portent atteinte à ses valeurs ? Il faudra choisir au plus vite !  

            D'autre part, le MAF n'existe que par le nombre de ses adhérents. Rien d'autre ! Dans la pratique, nous n'avons pas connaissance de l'existence d'un bureau national provisoire. Il n'existe pas de section ou de représentation du Mouvement à l'intérieur du pays, mis à part à Lille. Tous ceux qui ont plaidé pour la création de différentes sections dans les grandes villes afin de rapprocher le Mouvement et ses instructions de ses membres ont vu ce projet écarté par Calixthe Beyala. Aussi, il est impossible aux adhérents ne vivant pas à Paris ou à Lille de se connaître et de tenir des réunions loin des yeux de sa présidente. Il est à craindre que l'absence de contact entre les membres et le manque d'action n'éteignent les ardeurs des premières heures de la naissance du Mouvement. La tentation du vote FN ne s'expliquerait-elle pas aussi par ce manque d'activité et d'implication directe des membres du MAF au sein de leur Mouvement ? Cela demande réflexion. 

            Cette remarque nous mène à la dernière grande faiblesse du MAF : la communication ! Il existe bien un site du Mouvement. Mais il ne semble pas destiné à communiquer avec les adhérents : pas de compte rendu des réunions parisiennes ; les questions posées par ce biais restent sans réponse (je l'ai testé !) ; les membres qui n'assistent pas aux réunions parisiennes avec Calixthe Beyala demeurent dans l'ignorance totale de ce qui se dit et se fait au sommet du MAF. Les SMS laconiques ne peuvent en aucun cas constituer le seul moyen de communication. A qui la faute si l'adhérent qui ne connaît pas de section locale n'est pas informé des actions et des prises de position de son mouvement ?    

            Enfin, combien sommes-nous ? Combien d'adhérents le Mouvement compte-t-il dans les grandes villes ? Personne ne le sait. Ni sur le site du MAF ni par les SMS les adhérents ne sont tenus au courant de leur importance en chiffres ! Faut-il attendre que les journaux et les chaînes de télévision le leur apprennent ? 

            Beaucoup de choses restent à faire. Mieux, tout reste à faire pour que le MAF - qui a fait naître tant d'espoir - ait des chances de poursuivre cette aventure au-delà du congrès du mois d'avril 2012. Il ne faut donc pas désespérer malgré ses manquements et son excessive centralisation qui le prive d'une base dynamique. Le fer de la lance du chasseur a beau briller, si le manche n'est pas solidement tenu par le bras du chasseur, et si celui-ci n'a pas les pieds suffisamment agiles pour le porter, la proie ne vivra que des frayeurs inutiles. Le MAF doit donc veiller à construire ses bases afin d'exister non pas seulement par son porte-parole mais par l'ensemble de ses membres actifs. Quand ceux-ci seront dans la capacité de mener des actions partout en France où les valeurs qu'ils défendent seront menacées, alors l'aventure se poursuivra. Il ne faut pas que l'on puisse dire demain : un seul être quitte le MAF et le Mouvement est réduit à rien !

            Le temps viendra où, en famille (politique), il faudra trouver les idées pour structurer et dynamiser le Mouvement. Mais pour l'heure, il est urgent de réussir ce premier congrès. Chacun doit se sentir concerné et faire le déplacement afin d'assurer son succès. Une présence massive des Africains-Français pourrait ébranler certains esprits politiques et faire évoluer les choses dans le sens de nos convictions. Il faut y penser sérieusement ! » 

° http://raphael.afrikblog.com/archives/2012/02/28/23637239.html

Raphaël ADJOBI

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Raphaël ADJOBI

 

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06 août 2013

Certains sites africains d'information sur Internet seraient-ils incompétents ou malhonnêtes ?

        Certains sites africains d'information sur Internet

              seraient-ils incompétents ou malhonnêtes ?

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            De toute évidence, il y a des sites comme Ivoirebusiness.net, globosahoua.blogpost, en-Afrique.info et Lynx Togo qui refusent de reconnaître les talents des Africains. Je ne veux pour preuve que la reprise de mon article "Laurent Gbagbo, la nouvelle étoile de la Résistance africaine face à l'injustice des Occidentaux" qu'ils ont attribué au quotidien français en ligne Médiapart. 

            Le 4 juillet dernier, Nicole Guihaumé avait en effet repris pour le club Médiapart cet article publié le 30 juin sur mon blog politique. Elle n'a pas oublié de mentionner mon nom et un lien menant à mon blog ; c'est-à-dire la source de l'information. Quand la dépêche d'Abidjan.info, Abidjantalk.com et la vingtaine d'autres sites et blogs reprendront ce billet, ils feront preuve de la même honnêteté. 

            Ce qui est surprenant et écoeurant, c'est qu'Ivoirebusiness.net, globosahoua.blogpost et Lynx Togo ont eux aussi repris mon article mais tout en prenant soin d'effacer mon nom et le remplacer par celui de "Médiapart" ; par la même occasion, ils ont fait disparaître l'adresse de mon blog signalée par Nicole Guihaumé. En d'autres termes, ils ont trouvé que c'est plus valorisant - pour eux ! - d'attribuer l'article à ce journal devenu célèbre pour avoir révélé l'existence du compte suisse d'un ministre français. Un article signé Raphaël ADJOBI ne fait pas assez "classe" à leur yeux. Ivoire business pour sa part, a publié l'article deux fois : il l'a une fois attribué à Médiapart, et l'a signalé une autre fois comme ma contribution à un blog ami ; c'est à-dire en mentionnant mon nom.       

            Messieurs, apprenez tout simplement qu'aucun journaliste français n'a affirmé que Laurent Gbagbo est devenu la nouvelle étoile de la Résistance africaine face à l'injustice des Occidentaux. Et Médiapart ne revendique pas la paternité de l'article. Sans doute, ce journal français reconnaît tout simplement, par cette reprise faite par un membre de son club, la justesse de l'analyse et le talent de l'auteur que vous refusez de voir ou de reconnaître. Ce n'est certainement pas au club du Nouvel Observateur, où l'on manie allègrement la censure, que vous trouverez des articles et des commentaires qui montrent la France du doigt concernant la tragédie ivoirienne ou l'injustice faite à Laurent Gbagbo. Notre ami Delugio en sait quelque chose ; et moi aussi d'ailleurs.

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            C'est la deuxième fois que Nicole Guihaumé reprend un de mes articles. Il suffit de visiter son blog (Le blog de Nicole) pour bien comprendre sa position sur les événements concernant la Côte d'Ivoire. A l'avenir, soyez plus attentifs pour la devancer, si vous voulez. Montrez-lui que vous aussi vous avez du flair pour repérer les bons articles. Mais surtout, évitez de les attribuer à des illustres écrivains ou journalistes français. Il n'y a aucune gloire à tirer en agissant de la sorte. On se couvre plutôt de ridicule, à défaut d'être taxé de malhonnête. Le combat de la vérité que nous menons ensemble doit nous inciter à l'honnêteté, à la reconnaissance des talents des uns et des autres et non pas à de petites méchancetés. Les journaux officiels ivoiriens ne tombent pas dans ce travers parce qu'ils savent qu'ils ont besoin des blogueurs autant que ceux-ci ont besoin d'eux pour mener ce combat qui nous oppose à nos adversaires sachant mieux manier la violence physique et la falsification de documents que l'écriture. 

            Comprenez donc tous que je n'ai nullement l'intention de faire un long procès à nos amis pour ce qui doit sans doute être pris pour des erreurs et non pas des pratiques habituelles. Cependant on ne peut cacher combien il est déplaisant de se voir dépossédé de son oeuvre comme l'avaient déjà fait Abidjandirect et un certain Zoé Narwali sur psychologie.com en reprenant mon billet sur "Comment la France a perdu l'Afrique" (livre de Stephen Smith et Antoine Glaser) sans mentionner ni mon nom ni mon blog.        

Raphaël ADJOBI

° http://www.ivoirebusiness.net/?q=articles/selon-mediapart-laurent-gbagbo-est-la-nouvelle-%C3%A9toile-de-la-r%C3%A9sistance-africaine-face-%C3%A0#sthash.Wqs4YaHq.dpuf

° http://gbodosahoua-gbodosahoua.blogspot.fr/2013/07/la-nouvelle-etoile-de-la-resistance.html

° http://www.lynxtogo.info/oeil-du-lynx/afrique/4087-mediapart-qlaurent-gbagbo-est-la-nouvelle-etoile-de-la-resistance-africaine-face-a-linjustice-des-occidentauxq.html

Concernant mon article sur le livre "Comment la France a perdu l'Afriqueé"

° http://abidjandirect.net/index2.php?page=livr&id=7315

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01 août 2013

Louis XIV et l'Afrique noire (Tidiane Diakité)

                           Louis XIV et l'Afrique noire

                                         (Tidiane Diakité)

 

Louis XIV et L'afrique 0001

           Un livre sur Louis XIV et l'Afrique appelle immédiatement quelques interrogations : pourquoi écrire sur les relations que ce roi entretint avec ce continent et non sur celles de François 1er, de Louis XIII, de Louis XV ou même celles de Napoléon Bonaparte ? En un mot, pourquoi le choix de ce dignitaire français plutôt qu'un autre ? Car, à vrai dire, nous ignorons tout des contacts que ces souverains et empereur français eurent avec l’Afrique. Avant le partage de ce continent entre les Occidentaux et le début des politiques de sa colonisation, les dirigeants français avaient-ils déjà une « politique africaine » parallèlement au commerce des esclaves ?

            Tidiane Diakité ne laisse pas longtemps le lecteur avec ces interrogations. Dès le premier chapitre, il satisfait pleinement sa curiosité. En effet, très vite, le lecteur comprend que Louis XIV est celui qui a jeté les bases d'une vraie « politique africaine » de la France ; politique dont la permanence - chaque lecteur pourra le vérifier - à travers le temps jusqu'au XXIe siècle est tout à fait éclatante. D'autre part, plus que toute autre époque, le siècle de Louis XIV est celui qui a laissé le plus de traces sur l'Afrique dans les archives françaises. Louis XIV s'impose donc à nous dès lors que nous voulons sonder la source des relations suivies entre la France et l'Afrique noire. 

             L’entrée de la France dans le commerce des esclaves

            Quand on entreprend la lecture des relations entre les Français et les Africains avant la deuxième moitié du XVIIe siècle, ce qui retient l'attention de manière frappante, c'est l'absence du sentiment de supériorité raciale. Ce n’est qu’au XIXe siècle que la notion de race a été appliquée à l’homme et avec elle celle, très contemporaine, du racisme qui établit une échelle de valeurs entre les humains. Le Portugal et l'Espagne, avant de devenir les pionniers de la traite négrière au XVe siècle, recherchaient l’or et les épices sur les côtes africaines où ils côtoyaient les Noirs dans une franche relation commerciale et de découverte des uns et des autres. Leurs récits de voyages qui nous sont parvenus sont exempts du sentiment de supériorité raciale. Tidiane Diakité montre que les premiers Français – les Normands – à séjourner en Afrique pour les mêmes raisons l'ont fait dans le même esprit.

            A vrai dire, comme le montre si bien l'auteur, le développement de la traite négrière correspond, en Europe, à une période d'effondrement de la morale  chrétienne face à la force de l'émergence de l'économie. En effet, au XVIIe siècle, le sucre a remplacé les épices et supplanté le tabac ; et l'Europe connaissait une véritable « démocratisation de la consommation du sucre des Antilles ». La France, l'Angleterre et les Provinces-Unies (la Hollande) qui jusque-là s’appuyaient sur la foi chrétienne et la vengeance de Dieu pour blâmer le Portugal et l'Espagne devenues puissances commerciales grâce à la traite négrière, vont à partir du milieu du XVIIe siècle les rejoindre dans ce commerce. Ces trois nouvelles puissances vont même s'entendre pour ruiner les deux premières, surtout le Portugal devenue une puissance sucrière grâce à sa possession du Brésil.

            S’il est vrai que c’est Louis XIII qui, en 1642, a pris la décision d’autoriser officiellement la participation de la France à la traite négrière – après avoir obtenu l’assurance que les nègres seront tout de même baptisés – c’est Louis XIV qui va par une politique volontaire organiser le travail des armateurs et des négriers. Non seulement il a fait preuve d’une franche détermination à fournir des esclaves aux colons des Antilles françaises en créant la Compagnie des Indes occidentales en 1664 – qui deviendra de manière encore plus parlante la compagnie de Guinée en 1685 – mais encore il va soutenir l’action des armateurs en leur versant une prime par tête de nègre transporté et vendu. « Ces primes (qui datent de 1672) se renouvelleront fréquemment et ne feront qu’augmenter » (Archives nationales, colonie… cité par l’auteur p. 19). Indubitablement, affirme l’auteur, « c’est Louis XIV [qui a] fait de la traite une institution, en l’élevant au rang de service d’Etat ».

            D’ailleurs, au regard des propos du roi et de son ministre Colbert, chacun comprend aisément la ferme implication du royaume dans l’organisation des compagnies maritimes destinées à la traite et au commerce avec les Antilles. Le roi n’affirmait-il pas que ce commerce était « un des plus rentables » ? Et son ministre n’assurait-il pas à son tour, en 1670, « [qu’] il n’y aura aucun commerce dans tout le monde qui produise autant d’avantages que celui-ci » ?

            Malheureusement pour eux, sur les côtes d’Afrique, très vite, l’Angleterre et la Hollande ont pris plusieurs longueurs d’avance grâce à une flotte plus nombreuse et mieux équipée. Les Hollandais surtout, reconnus pour être des commerçants habiles et intraitables seront les ennemis à détrôner pour accéder au rang de grande puissance commerciale. Pour atteindre son but, Louis XIV fut pour ainsi dire au four et au moulin avec la ferme résolution de convoyer par an mille têtes de nègres aux Antilles et rapporter en France mille deux cents marcs d’or. Concernant les activités des compagnies qui faisaient le commerce entre l’Afrique et les Antilles, rien ne se faisait hors de son regard : d’une part, « en plus de ses deniers propres le roi prêtait aux dites compagnies le concours de ses navires et, d’autre part, tranchait tout litige de créances impliquant ces sociétés ».

            La Côte de Guinée était convoitée par toutes les nations européennes parce qu’on pouvait y faire à la fois « la traite de l’or et des nègres ». Si la France semble installée durablement sur la côte du Sénégal, ici, contre les Hollandais qui tiennent ferme la côte de l’or, elle a du mal à tirer avantage de ce précieux métal et des esclaves. En plus, sur la Côte du Sénégal ou sur la côte de Guinée, les activités de la France étaient tributaires des rapports de force en Europe où les guerres se renouvelaient constamment. Ebranler l’hégémonie de la Hollande ne s’avérait donc pas une mince affaire. Il importe donc à l’auteur de montrer, en s’appuyant sur des documents d’archives, la politique que Louis XIV a mise en place à la source même de ce juteux commerce, c’est-à-dire en Afrique, avec les souverains locaux, pour tenter de parvenir à ses fins.  

       La naissance d’une « politique africaine » de la France

            Au-delà de ses grandes ambitions commerciales et des moyens techniques et financiers déployés depuis la France pour les soutenir, ce qui séduira tout lecteur de cet essai, c’est la ferme volonté de Louis XIV d’entretenir avec les rois africains une relation étroite, personnelle, comme la garante de la puissance de son royaume et de sa propre gloire. Pour lui, il ne s’agissait pas seulement d’acheter et de vendre, il fallait aussi être aimé pour être préféré aux Anglais et aux Hollandais. Le chapitre consacré aux « Atouts et contraintes » permettra à chacun de découvrir les premiers pas de l’immixtion de la France dans la politique intérieure des Etats africains ; les bases de ce que nous appelons aujourd’hui « la politique africaine de la France ».   

            Nous découvrons dans ce livre – et à travers les archives de l’époque – que Louis XIV, en fin stratège, traitait apparemment d’égal à égal avec les rois africains. Il recevait des ambassadeurs et des princes de ce continent avec tous les honneurs dus à leur rang. Ainsi flattés, ceux-ci lui garantissaient toutes les facilités pour le commerce des esclaves et autorisaient ses émissaires à bâtir des forts (postes militaires) sur leurs terres. Il va sans dire que chaque roi africain se sentait l’ami du grand Roi-Soleil et tenait à avoir de ses nouvelles. De toute évidence cette amitié semblait conférer à chacun respect et puissance puisqu’elle était perçue comme un signe de protection. Dans ce climat de bonne entente qu’elle tentait de créer, tout en inspirant la politique des uns et des autres, la France du Roi-Soleil  travaille adroitement pour ses intérêts. Elle prône une politique de neutralité tout en jouant l’arbitre dans les conflits entre les gouvernants africains. Sûrs de l’amitié de Louis XIV, les rois africains ne cesseront de le solliciter chaque fois qu’un conflit les opposera à un voisin. Il arrivait même que le roi de France soit sollicité par les deux parties d’un même conflit. Outre la diplomatie, il fallait penser aussi à « s’immiscer dans la vie intime des cours africaines », toujours par souci de paraître l’ami des souverains. Ainsi, conclut Tidiane Diakité, « c’est sous son règne que fut signé le plus grand nombre de traités avec les chefs africains. C’est aussi Louis XIV qui a fait le plus de présents aux souverains africains. » 

            N’a-t-on pas le sentiment de lire une page de l’histoire de la fameuse « Françafrique » tant décriée parmi nous depuis quelques décennies ? Et la surprise ne s’arrête pas là. Certaines figures historiques de l’époque de Louis XIV vous amèneront forcément à chercher dans notre histoire récente d’illustres successeurs que vous trouverez aisément. André Bruë, par exemple, qui, de tous les directeurs  de compagnies et représentants de la France au Sénégal accomplira les actions les plus juteuses pour le royaume. Cet homme fut, avant Jacques Foccart sous le général de Gaulle, le monsieur Afrique de la France. Avec André Bruë, on reconnaît le réseau « françafricain » avant son heure de gloire. Avec lui avait débuté au XVIIe siècle « cette politique française, faite de jeu d’alliances et de contre-alliances, de menaces et de répressions [qui sera] une donnée constante de la politique de la France au Sénégal » à Issigny (Assinie) en Côte d’Ivoire puis dans tout le reste de l’Afrique. Les propos du roi de Cayor témoignant de sa résistance à cette politique coloniale rappelleront à bien des lecteurs ceux d’un chef d’état qui a récemment payé un lourd tribut pour avoir refusé de céder son siège à un dirigeant plus favorable à la France.  

            Cet essai de Tidiane Diakité vous paraîtra sans doute trop riche en documents d’archives relatifs à chacun des thèmes traités. Quant à moi, je dis tant mieux ! Car je vois dans ces nombreux et longs documents une adroite façon de mettre les archives de France à la portée du grand public et lui faire découvrir que les gouvernants d’aujourd’hui n’ont rien inventé en matière de « politique africaine ». Les longs extraits des documents de l’époque permettent de découvrir sans commentaires inutiles à quel point le mimétisme des gouvernants africains et français à travers le temps montrent une permanence des actions et une répétition des faits dans l’histoire des hommes. Les choses n’ont pas changé parce que les rêves et les besoins économiques français n’ont pas changé. Seul le rêve de la France d’une Afrique catholique et apostolique a été abandonné depuis très longtemps. Il faut dire que dans le domaine religieux, elle ne fait plus de rêves pour son âme perdue depuis que Louis XIII s’est baigné dans le sang des Noirs et que Louis XIV a indiqué à la nation le grand profit économique qu’il pouvait tirer de leur colonisation.

Raphaël ADJOBI

Titre : Louis XIV et l’Afrique noire, 226 pages                                                                                                                      

Auteur : Tidiane Diakité                                                                                                                                          

Editeur : Arléa, 2013 

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24 juillet 2013

Qu'est-ce qu'une colonie ? L'exemple de la colonisation française (Analyse de l'Histoire des colonies de Just-Jean-Etienne Roy)

 

                          Qu'est-ce qu'une colonie ?

            L’exemple de la colonisation française

     (Analyse de l’Histoire des colonies françaises de J.- J.- E. ROY)

LES COLONIES FRç

            En 1860, Just-Jean-Etienne Roy a publié une Histoire des colonies françaises qui a été soumise à l’approbation du cardinal de Paris et enregistrée à la bibliothèque des Ecoles chrétiennes. Il faut dire que la visée pédagogique de ce manuel, riche en détails, est incontestable. Après avoir défini les différents types de colonies puis donné la liste chronologique des colonies françaises, et avant d’entrer dans l'histoire et la situation de chacune d’elles, l'auteur a tenu à réunir dans le chapitre II « les généralités qui leur sont communes ». Et dans ces généralités, il y a, selon nous, deux éléments dont la troublante permanence à travers le temps ne peuvent manquer de retenir l’attention des lecteurs de ce XXIe siècle ; il s’agit d’une part des motifs qui déterminent l'établissement ou le maintien des colonies, et d’autre part des caractéristiques des classes sociales qui les composent. Indubitablement, les colonisés de ce XXIe siècle se reconnaîtront aisément. 

                                Quatre motifs et trois moyens 

            Selon l’étude de Just-Jean-Etienne Roy, « les principaux motifs qui, indépendamment des considérations d’intérêt politique, déterminent l’établissement des colonies françaises furent : de procurer aux produits du sol et de l’industrie de la mère patrie des débouchés qui pussent leur être constamment ouverts […] ; d’assurer à ces produits des marchés à l’abri de toute concurrence étrangère ; d’obtenir, par voie d’échange et sans exportation de numéraire, des denrées que la France ne produit pas, et qui sont nécessaires à sa consommation […] ; enfin, de donner de l’emploi à la navigation nationale et aux intérêts qui s’y rattachent. »

            Qui peut nier qu'en ce début du XXIe siècle la France applique exactement les mêmes règles sur toutes les terres étrangères qui lui sont rattachées en qualité de départements d'outre-mer ou d'anciennes colonies dites indépendantes ? Ce n'est pas tout. Pour que les établissements coloniaux remplissent d’autant mieux leur rôle, Just-Jean-Etienne Roy relève les mécanismes que la France de son époque se devait de respecter ; mécanismes qui seront repris et suivis jusqu’à nos jours : « favoriser l’agriculture coloniale, c’est-à-dire les denrées destinées à la consommation de la métropole ; exiger de ces établissements (coloniaux) qu’ils ne vendissent leurs récoltes qu’à la métropole ; et enfin – exigence suprême ! – leur interdire (les colonies) d’élever les denrées récoltées à l’état de produit manufacturé. »

            Ces sept règles relevées dans ce manuel d’Histoire des colonies françaises, furent dès l’origine les principes des différentes formes de colonies françaises ainsi que des simples comptoirs d’échange « [soit] aux époques où ces établissements étaient exploités par des compagnies, soit dans la période postérieure, où l’Etat rentra en possession directe de leur administration ». Et ces sept règles sont celles que la France applique encore avec ses anciennes possessions lointaines afin de garantir à sa population les denrées nécessaires à sa subsistance et à ses entreprises les moyens de fonctionner. Leur simplicité n'appelle pas de commentaires spécifiques. Chacun peut les relire et vérifier leur implacable application.     

            Malgré l'évidente permanence des principes énoncés par le colonisateur et présentés ici, certains les nient ou feignent de ne pas les voir. Il faut peut-être reconnaître qu'aujourd’hui plus qu'hier la colonisation n’est pas vue de la même manière selon que l’on se situe du côté du colonisé ou du colonisateur. Le peuple colonisé se reconnaît comme tel. Le peuple colonisateur, tant qu’il n’est pas sur la terre colonisée – c’est-à-dire tant que l’Etat administre la colonie par l’intermédiaire de chefs locaux – ne se sent pas l’âme d’un colonisateur puisqu’il n’est pas acteur de la colonisation mais simple profiteur d’un système dont il ignore les mécanismes. Pourtant, il suffirait de lever les yeux ou daigner écouter ceux qui affirment être les victimes d'une France prédatrice. 

            Pour compléter la présentation que nous venons de faire, il convient de noter que les seules possessions ultramarines qui échappent aux principes énoncés – apparaissant comme des pompes aspirantes jetées entre elles et la mère patrie – sont les « colonies de relâche » ; c’est-à-dire ces terres étrangères qui n’ont aucune utilité commerciale – ou qui l’ont perdue – mais qui « sont d’une grande utilité pour les longs voyages par mer et dans les contrées inhabitées et barbares » ainsi que pour des projets militaires et scientifiques. Les puissances coloniales n’hésitent pas à payer deux à quatre fois plus qu’en métropole des fonctionnaires et des techniciens affectés à des tâches stratégiques pour peupler ces terres lointaines dans le seul but de ne pas en perdre le contrôle. Aussi, dans ces « colonies (…) de relâche, la plupart des colons ne vont s’y établir que pour y faire fortune (…), et avec l’intention de revenir sur leurs vieux jours se fixer dans la mère patrie ». Inutile de vous donner des exemples d’îles lointaines qui servent de « colonies de relâche » à la France. Laissez faire votre imagination et vous trouverez bien un parent, une connaissance ou un ami parti vivre sur une de ces terres minuscules perdues loin de la métropole pour un salaire considérable.         

               Entre Blancs et Noirs, un mur toujours tangible

            Concernant « la population permanente et sédentaire des colonies », Just-Jean-Etienne Roy affirme de manière très claire que la couleur de la peau est devenue l'élément constitutif des classes sociales après l'abolition de l'esclavage : « Jusqu'en 1848, la population dans nos quatre principales colonies était divisée en deux classes, celle des libres et celle des esclaves. Un décret de 1848 a aboli cette distinction avec l'esclavage des noirs ; mais ce décret n'a pu effacer la distinction qui résulte de la couleur de la peau, et qui séparera toujours les habitants de ces colonies en deux classes distinctes, les blancs et les hommes de couleur ».  

            Cette vérité clairement assumée n’a jamais été fondamentalement remise en question  aux Antilles (Guadeloupe et Martinique), en Guyane, au Sénégal (par extension, en Afrique noire), à l'île de la Réunion. La dernière crise contre la vie chère qui a éclaté aux Antilles a rappelé à tous cette réalité du début du XIXe qui perdure malgré la disparition de l'étiquette « colonie » remplacée par celle de « département ». Quant aux pays africains dits « indépendants », l’évidente permanence de leur colonisation ou de leur féodalité se lit dans leur monnaie et dans la présence de l'armée française sur leur sol. Les récentes interventions militaires en Côte d'Ivoire (2011), au Mali et au Tchad (2013) pour procéder à un changement de régime confirment la persistance de ce tableau colonial. Il y a dans ces différentes régions, d'un côté les Noirs qui doivent se contenter de ce qu'on leur offre, et de l'autre les Blancs qu'il faut veiller à satisfaire absolument.  

            On retient donc qu’un pays colonisateur ne peut se permettre d’élever au même rang de citoyenneté, de considération ou de traitement les populations d’une terre étrangère qu’il soumet dans l’état de colonie avec celles de la métropole ; et cela sans trahir les principes directeurs de son statut de métropole. D’autre part, l’égale valorisation des compétences économiques des régions (proches ou lointaines) - qui suppose l’égale distribution des biens et des services - est synonyme de disparition de la notion de métropole ou de mère patrie à laquelle la France tient tant. En d’autres termes, la situation de métropole ou de mère patrie est inconciliable avec l’égalité et la fraternité. Demander à la France de renoncer à son statut de mère patrie - ce qui suppose une autre relation que celle entre colonisateur et colonisé - c'est comme demander à un dictateur, dont le pouvoir n’est pas menacé, d’instaurer la démocratie dans son état. Dans les deux cas, c’est rêver que d’espérer l’octroi gracieux de l'égalité. Celle-ci se conquiert.        

Raphaël ADJOBI 

Titre : Histoire des colonies françaises et des établissements français en Amérique, en Afrique, en Asie et en Océanie depuis leur fondation jusqu’à nos jours (d’après les documents publiés par le ministère de la marine et des colonies) ; 188 pages.

Auteur : J.-J.- E. Roy

Editeur : Mame et Compagnie, 1860.

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Qu'est-ce qu'une colonie ? L'exemple de la colonisation française (l'Histoire des colonies françaises de Just-Jean-Etienne Roy)

                            Qu'est-ce qu'une colonie ?

              L’exemple de la colonisation française

       (Analyse de l’Histoire des colonies françaises de J.- J.- E. ROY)

            En 1860, Just-Jean-Etienne Roy a publié une Histoire des colonies françaises qui a été soumise à l’approbation du cardinal de Paris et enregistrée à la bibliothèque des Ecoles chrétiennes. Il faut dire que la visée pédagogique de ce manuel, riche en détails, est incontestable. Après avoir défini les différents types de colonies puis donné la liste chronologique des colonies françaises, et avant d’entrer dans l'histoire et la situation de chacune d’elles, l'auteur a tenu à réunir dans le chapitre II « les généralités qui leur sont communes ». Et dans ces généralités, il y a, selon nous, deux éléments dont la troublante permanence à travers le temps ne peuvent manquer de retenir l’attention des lecteurs de ce XXIe siècle ; il s’agit d’une part des motifs qui déterminent l'établissement ou le maintien des colonies, et d’autre part des caractéristiques des classes sociales qui les composent. Indubitablement, les colonisés de ce XXIe siècle se reconnaîtront aisément. 

                                         Quatre motifs et trois moyens

            Selon l’étude de Just-Jean-Etienne Roy, « les principaux motifs qui, indépendamment des considérations d’intérêt politique, déterminent l’établissement des colonies françaises furent : de procurer aux produits du sol et de l’industrie de la mère patrie des débouchés qui pussent leur être constamment ouverts […] ; d’assurer à ces produits des marchés à l’abri de toute concurrence étrangère ; d’obtenir, par voie d’échange et sans exportation de numéraire, des denrées que la France ne produit pas, et qui sont nécessaires à sa consommation […] ; enfin, de donner de l’emploi à la navigation nationale et aux intérêts qui s’y rattachent. » 

            Qui peut nier qu'en ce début du XXIe siècle la France applique exactement les mêmes règles sur toutes les terres étrangères qui lui sont rattachées en qualité de départements d'outre-mer ou d'anciennes colonies dites indépendantes ? Ce n'est pas tout. Pour que les établissements coloniaux remplissent d’autant mieux leur rôle, Just-Jean-Etienne Roy relève les mécanismes que la France de son époque se devait de respecter ; mécanismes qui seront repris et suivis jusqu’à nos jours : « favoriser l’agriculture coloniale, c’est-à-dire les denrées destinées à la consommation de la métropole ; exiger de ces établissements (coloniaux) qu’ils ne vendissent leurs récoltes qu’à la métropole ; et enfin – exigence suprême ! – leur interdire (les colonies) d’élever les denrées récoltées à l’état de produit manufacturé. » 

            Ces sept règles relevées dans ce manuel d’Histoire des colonies françaises, furent dès l’origine les principes des différentes formes de colonies françaises ainsi que des simples comptoirs d’échange « [soit] aux époques où ces établissements étaient exploités par des compagnies, soit dans la période postérieure, où l’Etat rentra en possession directe de leur administration ». Et ces sept règles sont celles que la France applique encore avec ses anciennes possessions lointaines afin de garantir à sa population les denrées nécessaires à sa subsistance et à ses entreprises les moyens de fonctionner. Leur simplicité n'appelle pas de commentaires spécifiques. Chacun peut les relire et vérifier leur implacable application.     

            Malgré l'évidente permanence des principes énoncés par le colonisateur et présentés ici, certains les nient ou feignent de ne pas les voir. Il faut peut-être reconnaître qu'aujourd’hui plus qu'hier la colonisation n’est pas vue de la même manière selon que l’on se situe du côté du colonisé ou du colonisateur. Le peuple colonisé se reconnaît comme tel. Le peuple colonisateur, tant qu’il n’est pas sur la terre colonisée – c’est-à-dire tant que l’Etat administre la colonie par l’intermédiaire de chefs locaux – ne se sent pas l’âme d’un colonisateur puisqu’il n’est pas acteur de la colonisation mais simple profiteur d’un système dont il ignore les mécanismes. Pourtant, il suffirait de lever les yeux ou daigner écouter ceux qui affirment être les victimes d'une France prédatrice. 

            Pour compléter la présentation que nous venons de faire, il convient de noter que les seules possessions ultramarines qui échappent aux principes énoncés – apparaissant comme des pompes aspirantes jetées entre elles et la mère patrie – sont les « colonies de relâche » ; c’est-à-dire ces terres étrangères qui n’ont aucune utilité commerciale – ou qui l’ont perdue – mais qui « sont d’une grande utilité pour les longs voyages par mer et dans les contrées inhabitées et barbares » ainsi que pour des projets militaires et scientifiques. Les puissances coloniales n’hésitent pas à payer deux à quatre fois plus qu’en métropole des fonctionnaires et des techniciens affectés à des tâches stratégiques pour peupler ces terres lointaines dans le seul but de ne pas en perdre le contrôle. Aussi, dans ces « colonies (…) de relâche, la plupart des colons ne vont s’y établir que pour y faire fortune (…), et avec l’intention de revenir sur leurs vieux jours se fixer dans la mère patrie ». Inutile de vous donner des exemples d’îles lointaines qui servent de « colonies de relâche » à la France. Laissez faire votre imagination et vous trouverez bien un parent, une connaissance ou un ami parti vivre sur une de ces terres minuscules perdues loin de la métropole pour un salaire considérable.        

                           Entre Blancs et Noirs, un mur toujours tangible

Concernant « la population permanente et sédentaire des colonies », Just-Jean-Etienne Roy affirme de manière très claire que la couleur de la peau est devenue l'élément constitutif des classes sociales après l'abolition de l'esclavage : « Jusqu'en 1848, la population dans nos quatre principales colonies était divisée en deux classes, celle des libres et celle des esclaves. Un décret de 1848 a aboli cette distinction avec l'esclavage des noirs ; mais ce décret n'a pu effacer la distinction qui résulte de la couleur de la peau, et qui séparera toujours les habitants de ces colonies en deux classes distinctes, les blancs et les hommes de couleur ».   

            Cette vérité clairement assumée n’a jamais été fondamentalement remise en question  aux Antilles (Guadeloupe et Martinique), en Guyane, au Sénégal (par extension, en Afrique noire), à l'île de la Réunion. La dernière crise contre la vie chère qui a éclaté aux Antilles a rappelé à tous cette réalité du début du XIXe qui perdure malgré la disparition de l'étiquette « colonie » remplacée par celle de « département ». Quant aux pays africains dits « indépendants », l’évidente permanence de leur colonisation ou de leur féodalité se lit dans leur monnaie et dans la présence de l'armée française sur leur sol. Les récentes interventions militaires en Côte d'Ivoire (2011), au Mali et au Tchad (2013) pour procéder à un changement de régime confirment la persistance de ce tableau colonial. Il y a dans ces différentes régions, d'un côté les Noirs qui doivent se contenter de ce qu'on leur offre, et de l'autre les Blancs qu'il faut veiller à satisfaire absolument. 

            On retient donc qu’un pays colonisateur ne peut se permettre d’élever au même rang de citoyenneté, de considération ou de traitement les populations d’une terre étrangère qu’il soumet dans l’état de colonie avec celles de la métropole ; et cela sans trahir les principes directeurs de son statut de métropole. D’autre part, l’égale valorisation des compétences économiques des régions (proches ou lointaines) - qui suppose l’égale distribution des biens et des services - est synonyme de disparition de la notion de métropole ou de mère patrie à laquelle la France tient tant. En d’autres termes, la situation de métropole ou de mère patrie est inconciliable avec l’égalité et la fraternité. Demander à la France de renoncer à son statut de mère patrie - ce qui suppose une autre relation que celle entre colonisateur et colonisé - c'est comme demander à un dictateur, dont le pouvoir n’est pas menacé, d’instaurer la démocratie dans son état. Dans les deux cas, c’est rêver que d’espérer l’octroi gracieux de l'égalité. Celle-ci se conquiert.        

Raphaël ADJOBI 

Titre : Histoire des colonies françaises et des établissements français en Amérique, en Afrique, en Asie et en Océanie depuis leur fondation jusqu’à nos jours (d’après les documents publiés par le ministère de la marine et des colonies) ; 188 pages.

Auteur : J.-J.- E. Roy

Editeur : Mame et Compagnie, 1860.

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06 juillet 2013

Trois femmes puissantes (Marie Ndiaye)

                                  Trois femmes puissantes

                                               (Marie Ndiaye) 

3 femmes puisstes 0010

            Disons-le sans détour : ce roman est d'un abord rebutant par le choix d'une langue surchargée de subjonctif imparfait. Chose très sensible dans le premier des trois récits. Dans la pratique de la langue française, ce temps est celui auquel nous sommes le moins habitués. Aussi, lorsqu'on vient à en abuser, il focalise l'attention par son étrangeté, et le lecteur ou le locuteur passe son temps à faire de l'analyse grammaticale plutôt qu'à suivre le flot ou le rythme du discours pour en saisir le sens. Et si à cette particularité de l'écriture - est-ce le style distinctif de l'auteur ? - nous ajoutons la multiplication des propositions incises, souvent très longues, nous pouvons affirmer que le livre se place hors de portée d'un très grand nombre de lecteurs. Ce n'est donc pas un livre pour "grand public". 

            Cependant, aucun lecteur ne peut nier que Trois femmes puissantes est un roman auquel on ne peut rester indifférent au regard à la fois de la richesse des personnages et de leur perception particulière du monde. Ce sont trois récits présentant trois êtres très cérébraux qui passent leur vie à se triturer les méninges, à analyser tout ce qui se présente à leurs yeux comme pour éviter des catastrophes qu' ils savent cependant inéluctables. Trois récits ayant pour thème trois phénomènes de société ou d'actualité que personne n'ignore à notre époque : l'omnipotence d'un père qui rend difficile, voire impossible, l'épanouissement de tout amour filial ;  la recherche désespérée de la consolidation d'un amour qui semble de toute évidence avoir atteint son point de rupture - avec au centre une progéniture pouvant servir d'élément de chantage ; et enfin l'émigration des Africains sous l'angle d'une spirale infernale révélant une âme singulière que seules ces sociétés sont encore capables de produire.

            Entre ces trois récits, chaque lecteur aura sa préférence. Certains apprécieront dans le premier le regard impitoyablement critique de la jeune mère - nourrie par une vie remplie d'amertume et de rêves d'enfance inassouvis -  dans lequel se lit une rancoeur tenace à l'égard de son père. Cependant, c'est aussi le récit dont l'abord est moins agréable du fait de la très grande présence du subjonctif imparfait qui nécessite un temps d'adaptation. Le deuxième récit remportera la palme des lecteurs. Ici, la présence de la femme est pour ainsi dire en filigrane. Ce sont les difficultés de l'époux, cet Européen contraint de quitter l'Afrique avec sa femme sénégalaise pour se reconstruire en Europe, qui occupe le devant de la scène. Un récit captivant qui frise la folie à chaque instant. Quant au troisième, il séduit par le caractère à la fois "automate" et réfléchi ou lucide de Khady Demba. Avec elle, l'émigration se vit comme un rêve situé hors de toute rationalité, un rêve où avoir conscience d'exister est le seul garde-fou, au sens propre. 

            C'est à la fois passionnant et "intellectuellement" éprouvant de suivre des personnages cérébraux qui semblent vivre mille vies en une seule. C'est sans doute là que se trouve le talent ou le génie de l'auteur : contruire des récits magnifiques, charmants, à partir de choses apparemment banales et sans intérêt particulier. Ce talent se révèle aussi dans les mots susceptibles d'altérer un récit de qualité mais qui se fondent ici dans une déconcertante harmonie avec le reste : par exemple, les mots comme Renault Nevada, Renault Clio ou Toyota, ne confèrent pas au récit leur profonde banalité parce qu'ils s'imprègnent de l'éblouissante rêverie des personnages. Ceux qui aiment les monologues intérieurs trouveront dans ces récits trois belles occasions de laisser aller leur imagination à la reconstruction de trois univers totalement différents.

Raphaël ADJOBI

Titre : Trois femmes puissantes, 317 pages

Auteur : Marie Ndiaye

Editeur : Gallimard, 2009

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01 juillet 2013

Laurent Gbagbo, la nouvelle étoile de la Résistance africaine face à l'injustice des Occidentaux

                                    Laurent Gbagbo,

        la nouvelle étoile de la Résistance africaine

                   face à l'injustice des Occidentaux 

Laurent Gbagbo 0006

Depuis février 2013, date du début du procès devant confirmer ou infirmer les charges de la procureure de la CPI contre le président Laurent Gbagbo, il semble que le vent a tourné contre ses accusateurs. La défense a démontré que la procureure Bensouda n'avait pas d'arguments convaincants pour faire condamner le détenu. Pire, elle a démontré qu'en l'absence de preuves, la procureure a eu recours à de faux documents tirés d'événements qui ont eu lieu au Kénya. Devant une falsification aussi grossière, de nombreuses personnalités politiques africaines et françaises se déchaînent désormais contre la Cour pénale internationale. Elles jugent inadmissible à la fois le maintien de Laurent Gbagbo en prison et la chance supplémentaire accordée à la procureure pour trouver de nouvelles preuves. La Résistance ivoirienne et panafricaine a donc eu raison de se mettre en marche dès l'arrestation du président Laurent Gbagbo. Je vous propose de découvrir les différents visages de cette résistance à l'injustice qui permet aujourd'hui une accélération de la dénonciation de la partialité de la CPI et du pouvoir en place en Côte d'Ivoire. 

            Enlevé de son pays dans l'indifférence de ses pairs africains - quand ils n'ont pas contribué à sa chute aux côtés de la France - Laurent Gbagbo est devenu, après deux ans de détention dans le goulag de l'Europe occidentale, l'étoile de la résistance africaine, l'étendard de ralliement des défenseurs des institutions africaines et de l'indépendance des choix économiques des nations. Au moment où Nelson Mandela, la dernière idole de la résistance à l'injustice et au racisme s'apprête à nous quitter, l'Afrique entière se réjouit de voir la relève bien assurée. 

            Entre son arrestation sous les bombes françaises le 11 avril 2011 et son transfert à la Cour pénale internationale à La Haye, durant ses huit mois de détention à Korhogo, il n'y avait guère que de simples citoyens ivoiriens, camerounais et autres Africains à le défendre sans relâche. Dès le 16 avril 2011, ils manifestaient à Paris, place de la Bastille, pour lui crier leur solidarité. Quant aux rares personnalités politiques ayant pris sa défense avant sa chute, elles s'étaient alors murées dans le silence pour ne pas déplaire à la France, qui fêtait en une grande pompe l'avènement de son préfet nègre réintégrant la Côte d'Ivoire dans le giron françafricain d'où Laurent Gbagbo avait péniblement tenté de l'en extraire. La Côte d'Ivoire était revenue à son point de départ.

                     Les visages de la résistance à l'injustice

            Il a donc fallu la ténacité de ces groupuscules d'Ivoiriens et d'Africains, mus par une même volonté, unis dans un même combat, arpentant les rues des villes européennes et faisant des émules aux Etats-Unis et au Canada, pour que le séjour de Laurent Gbagbo à La Haye ne se déroule pas dans le silence et l'indifférence des nations du monde entier. Il a fallu aussi le talent et l'habileté des journalistes d'investigation (1) comme Théophile Kouamouo, Charles Onana ou Grégory Protche, pour peindre la profonde injustice dont était victime le prisonnier de la CPI ; il a fallu le talent et l'habileté d'une petite mais ardente armée de blogueurs pour que les crimes passés et actuels du nouveau pouvoir ivoirien circulent à travers le monde entier et deviennent même des éléments de référence dans la défense de l'illustre prisonnier.

            Dans leur dur et long combat, ces défenseurs de Laurent Gbagbo et du respect de la constitution ivoirienne seront réconfortés par deux excellents films-documentaires. Le premier, Laurent Gbagbo dans le tourbillon du Golfe de Guinée, diffusé en mars 2011, un mois avant sa chute, démontrait de manière éclatante la rapacité de la France sur les immenses richesses encore inexploitées du pays, et sa volonté de contrecarrer le plan d'indépendance économique prôné par le président ivoirien. Le deuxième est venu d'Italie, curieuse de savoir ce qui s'était passé dans l'ouest ivoirien. A travers les témoignages locaux, ce film nous permet de découvrir comment s'est opérée la complicité de la France dans les massacres de Duékoué et de ses environs, et l'on comprend pourquoi les journalistes français refusent de voir la vérité sur cet épisode de la guerre postélectorale. Galvanisés par la flagrante injustice, convaincus de la nécessité de porter la vérité jusqu'à ce que la lumière la rende visible à tous, les Ivoiriens, les panafricanistes et leurs rares amis européens n'ont pas baissé les bras et n'ont eu de cesse de multiplier les manifestations en France, en Italie et devant la Cour pénale internationale à La Haye.

            On peut affirmer que jamais, dans l'histoire, un leader noir n'a bénéficié d'autant de soutiens de la diaspora africaine et d'autant de sympathie de la part des populations d'Afrique noire. Patrice Lumumba, Kwamé Nkrumah, Sékou Touré, sont morts dans le silence, même si de nombreux Africains les portaient dans leur coeur. Durant ses 27 années de prison, jamais Nelson Mandela n'a bénéficié d'une telle sympathie populaire. Il faut dire que les temps ont changé : grâce à Internet, l'information circule plus rapidement, les mensonges sont plus vite signalés et démontrés. Ce que l'on tente de cacher se retrouve rapidement porté sur la place publique parce que tous les citoyens, partout dans le monde, sont devenus des informateurs. Plus personne n'a le monopole de l'information. Voilà pourquoi le grossier coup d'état contre Laurent Gbagbo, présenté par la France et l'ONU comme une entreprise de salut public, a fait de lui, en moins de deux ans, le héros africain de la résistance à l'impérialisme européen.

L'accélération de la dénonciation de l'injustice faite à Laurent Gbagbo

            On peut même dire que la forte offensive de la résistance au nouveau pouvoir et au mur du mensonge qui cachait la vérité sur le drame ivoirien a surpris les commanditaires et acteurs européens du coup d’état du 11 avril 2011. La popularité de Laurent Gbagbo, fortement ancrée dans le paysage politique de ce début du XXIe siècle, a forcé de nombreuses personnalités politiques à considérer de plus près la manière dont le pouvoir lui a été arraché et les conséquences de ce forfait. Dans l'introduction du livre de Charles Onana (Côte d'Ivoire, le coup d'Etat), publié en novembre 2011, M. Tabo Mbeki, l'ancien président sud-africain - l'un des premiers médiateurs entre les deux parties du conflit ivoirien - a clairement démontré la ferme intention de la France de se débarrasser de Laurent Gbagbo et le soutien précieux dont elle a bénéficié de l'ONU. En septembre 2012, lors du congrès de l'Internationale Socialiste, en Afrique du Sud, le Ghanéen Kofi Awoonor avait à son tour fustigé la passivité des socialistes français devant le sort réservé à Laurent Gbagbo. En décembre 2012, enfin, un socialiste - François Loncle - révèle l'activisme corrupteur de madame Alassane Ouattara auprès des hommes politiques français ; dans la même période, Georges Peillon, ancien porte-parole de la force Licorne (l'armée française impliquée dans le conflit ivoirien) reconnaissait le parti pris du pouvoir et des médias français dans la vie politique de la Côte d'Ivoire depuis 2002.

            Si les aveux et les critiques étaient devenus de plus en plus nombreux et fragilisaient le pouvoir ivoirien tout en mettant à mal le soutien que lui apportait la France, ce pouvoir demeurait solide aux yeux de l'Europe grâce au mutisme des médias et du gouvernement socialiste qui avait revêtu les habits impérialistes laissés par Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy. C'est finalement à partir de février 2013 que le procès devant confirmer ou infirmer les charges du procureur de la CPI contre Laurent Gbagbo va donner un nouveau souffle à la Résistance ivoirienne et africaine et commencer à ébranler le pouvoir en place et les certitudes des commanditaires onusiens et français. Ce procès se révéla, en effet, une belle occasion de démontrer que les accusateurs de Laurent Gbagbo manquaient d'arguments pour le faire condamner. Quand on mène pendant dix ans une rébellion contre un pouvoir légal en tuant femmes et enfants, quand avec l'aide de forces étrangères on mène une charge finale sanglante pour s'emparer du pouvoir, cela apparaît en effet ignoble d'accuser celui qui a été défait d'avoir résisté. Oui, c'est ignoble d'accuser le vaincu de vous avoir obligé, par sa résistance, à tuer femmes et enfants dans votre conquête du pouvoir. Toutes les images de l'attaque d'Abidjan ne révélant que des crimes commis par les assaillants et leurs soutiens, le procureur a dû se tourner vers des documents étrangers pour illustrer son argumentation, la fragilisant par la même occasion. Comment peut-on, dans ces conditions, condamner un homme ou même le garder en prison?

            Dès lors, avant même que les juges de la Cour pénale internationale ne déclarent insuffisantes les preuves présentées par le procureur demandant la condamnation de Laurent Gbagbo, il était difficile aux instruments de la propagande étrangère de cacher la vérité. Les ONG entrèrent donc dans la danse, au début du mois d'avril 2013, et dénoncèrent « la justice des vainqueurs » tout en soulignant les crimes ethniques, les exécutions sommaires, les chasses à l'homme et les emprisonnements arbitraires des partisans de Laurent Gbagbo - œuvres du pouvoir actuel, de son armée et de ses milices. Indiscutablement, l'impunité des hommes du nouveau régime blesse la conscience humaine ! Condamner Laurent Gbagbo pour avoir résisté à l'assaut de l'ennemi et voir les vrais bourreaux du peuple ivoirien se pavaner effrontément, alors que les médias africains et les blogueurs étalent quotidiennement les images de leurs crimes, apparaît comme une blessante injustice !

            A la suite des ONG, comme si la parole était enfin libérée, ce sont les hommes politiques africains, jusque-là muets, qui vont donner de la voix. Au sommet de l'UA, à la fin de mai 2013, le Premier ministre éthiopien, Hailemariam Desalegn, président de cette organisation, a qualifié la CPI d'instrument raciste au service des occidentaux : « Lors de la création de la CPI, l'objectif était d'éviter toutes sortes d'impunités ; mais, désormais, le processus a dégénéré en une sorte de chasse raciale ». Effectivement, la trentaine d'hommes politiques africains poursuivis par cette institution ne laisse pas penser autre chose. Le 15 juin, au Gabon, lors d'un débat consacré à « l'indépendance » en Afrique, la ministre rwandaise des Affaires étrangères, Louise Mushikiwabo, a vivement contesté les dires du procureure Bensouda en accusant les Européens d'utiliser la CPI pour manipuler la politique des nations africaines : "C'est malheureux, qu'un grand nombre de conclusions ait été réduit à la manipulation politique [...] Il n'est pas honnête de dire que la CPI ne s'acharne pas contre l'Afrique. Je ne suis pas d'accord avec ma soeur Bensouda". Puis elle a demandé à celle-ci de ne pas dire "que les Africains viennent la voir [la CPI] pour être jugés. C'est faux, car l'Afrique ne veut pas de colonialisme judiciaire".

            La position des hommes politiques africains sur la Cour pénale internationale est donc plus que claire : elle n'est pas impartiale ; elle n'est pas crédible ; elle est raciste. Et, à partir du 3 juin 2013, après l'ajournement du procès et le renvoi de la procureure à la recherche de preuves plus convaincantes, les Européens aussi se laissent gagner par le doute quant à l'impartialité de cette institution. Les journaux français qui, jusque-là, n'ont fait aucun cas ni des nombreuses marches de soutien à Laurent Gbagbo à Paris ou à La Haye, ni des pluies de critiques contre l'injustice du pouvoir actuel concernant l'analyse des crimes commis avant et après les élections, se sont tout à coup mis à faire le procès de la CPI. Pour la première fois depuis 2002, le journal La Croix ne fait ni l'apologie de l'élu de la France ni la critique de l'ennemi juré des journalistes français. Marianne de son côté juge le procès de la CPI fait par les africanistes tout à fait justifié. C'est à croire que pour tout le monde le mensonge qui fait de Laurent Gbagbo le seul responsable des morts avant et après les élections présidentielles de 2010 ne peut plus être défendu. 

            La preuve que le vent a tourné et dévoile peu à peu la vérité, c'est que même les muets parlent en France ! Qui a déjà entendu Koffi Yamgnane réagir aux injonctions méprisantes et injustes adressées à Laurent Gbagbo avant et après les dernières élections présidentielles en Côte d'Ivoire ? Qui l'a entendu parler de Laurent Gbagbo ou lui témoigner la moindre sympathie depuis qu'il a été arrêté dans le palais présidentiel par l'armée française ? Incapable de la moindre indépendance de parole, voilà qu'il profite de l'indignation de Bernard Houdin (conseiller de Laurent Gbagbo) pour dire tout simplement que lui aussi pense que « trop, c'est trop », que l'injustice contre Laurent Gbagbo ne peut plus continuer. Mais attendons de voir s'il ira plus loin que la simple indignation partagée. De son côté, la présidente du Mouvement des Africains-Français, qui s'est toujours opposée aux marches de soutien à Laurent Gbagbo et n'y a jamais participé, entreprend enfin une action précise dans la lutte contre l'impartialité de la CPI : elle lance une pétition pour le retrait des nations africaines de cette institution. L'intention est bonne, mais elle ignore que le combat politique se mène dans la persévérance et non pas périodiquement.

            Dans tous les cas, Laurent Gbagbo ne laisse plus personne indifférent puisque ce qui était censé être son procès s'est transformé en procès de l'institution chargée de le juger. Quel retournement de situation ! N'est-ce pas déjà la victoire de la vérité sur le mensonge ? En clair, la CPI se discréditerait complètement aux yeux du monde en maintenant sa volonté de juger Laurent Gbagbo. Elle se trouve dans l'obligation de le libérer et prendre le temps de revoir son fonctionnement par rapport à l'analyse des crimes et des supposés criminels qu'elle doit juger. Les nouvelles preuves du procureur contre Laurent Gbagbo sont d'avance jugées par l'opinion publique internationale comme irrecevables ; et un éventuel procès serait considéré comme une injustice. Arrêter des partisans de l'actuel président de la Côte d'Ivoire et les traduire devant la CPI afin de justifier la poursuite du procès serait désormais inacceptable. Cette dernière entreprise serait perçue par tous comme l'aveu de l'injustice dont est victime Laurent Gbagbo depuis deux ans, voire depuis dix ans.

            Quel long combat ! Mais quel combat magnifique et enthousiasmant quand, comme par miracle, tout le monde le trouve juste ! Après Nelson Mandela, toutes les nations reconnaîtraient-elles l'injustice faite à Laurent Gbagbo ? Quelle belle victoire en perspective ! Ses partisans, les panafricanistes, les journalistes activistes soucieux de la vérité, les infatigables blogueurs, les amis Français - en particulier Guy Labertit, Michel Galy, Bernard Houdin et Albert Bourgi - et ses admirateurs anonymes qui vivaient dans la peur, sont aujourd'hui fiers de leur combat et heureux de voir ça et là des appels à sa libération pure et simple. Un homme qui, par son seul amour de la vérité, un homme qui a juré d'aller jusqu'au bout et parvient par sa ténacité à renverser l'opinion publique et la machine judiciaire internationale qui s'acharnait à le perdre, ne mérite que l'admiration et les éloges. L'ancien Premier ministre du Togo (1991-1994), Joseph Kokou Koffigoh, et l'artiste béninois Yokula (reggaeman) l'ont bien compris. Ils ne sont pas restés insensibles à cet amour de la vérité attaché au coeur du prisonnier de La Haye. L'un vient de lui consacrer un très beau poème demandant sa libération « des mains de l'infamie » et l'autre une chanson qui clame son amour pour la légalité constitutionnelle.

            Laurent Gbagbo est entré dans l'Histoire parce qu'il a donné sa vie pour la vérité, pour le respect de la constitution de son pays ; il est entré dans l'Histoire parce que l'Afrique a reconnu dans son combat le sien. En s'accrochant à la vérité et au droit, Laurent Gbagbo a accepté de subir l'infamie de l'emprisonnement dans le goulag des puissances occidentales. Comme tous ceux qui ont consacré leur vie aux grands idéaux humains pour que leurs semblables grandissent sous un jour nouveau, l'heure de sa rédemption viendra. Quant à toi, lecteur, n'oublie pas qu'un jour tu devras répondre à cette question : qu'as-tu fait pour soutenir le combat de l’homme que l'on admire aujourd'hui ?

Raphaël ADJOBI

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09 juin 2013

La vraie couleur de la vanille (Sophie Chérer)

                               La vraie couleur de la vanille

                                               (Sophie Chérer) 

La couleur de la vanille 0002

            Ce roman de Sophie Chérer est une invitation à l'île de la Réunion, pour y découvrir la douloureuse histoire d'un garçon noir dont le destin est intimement lié à la merveilleuse découverte de la fécondation de la vanille.

            Rares sont ceux qui, avant 2009, avaient une idée du nom d'Edmond Albius. Benoît Hopquin est l'un des premiers à lui avoir consacré une grande attention dans Ces Noirs qui ont fait la France. Et encore plus rares sont ceux qui savaient que la fleur de vanille est difficilement fécondable par les insectes, et que sa multiplication ou sa généralisation a été possible grâce à un enfant noir, né esclave, à qui personne n'a pu ou songé à arracher l'histoire de sa trouvaille. 

            Ce roman est donc l'histoire vraisemblable de ce jeune esclave qui va réaliser la prouesse que tous les scientifiques du milieu du XIXe siècle désespéraient de ne jamais pouvoir accomplir. Elevé par un colon passionné de botanique, Edmond deviendra par la force des choses botaniste, échappant ainsi aux durs travaux des plantations de canne. Mais si son maître lui découvre une mémoire et une intelligence prodigieuses le rendant à l'aise aussi bien en grec qu'en latin, jamais il ne songera à lui apprendre à lire et à écrire. Comment peut-on dans ces conditions être un inventeur reconnu, un botaniste de renommée internationale quand on a déjà le désavantage d'être noir et esclave ? Cette situation extraordinaire d'Edmond Albius a conduit l'auteur à tenter de répondre à cette question essentielle : qui est ce Blanc, capable de braver l'opinion publique de son époque pour élever un enfant noir, l'instruire des choses savantes, et commettre le crime de le laisser analphabète, c'est-à-dire sans défense et sans moyen d'avancer dans le monde de la science et dans la vie ?     

            La vraie couleur de la vanille est écrit comme une réponse à ces interrogations. Toutefois, la question qui semble la plus passionnante pour l'auteur , c'est le hasard ou le génie qui a conduit Edmond à la fécondation de la vanille. Aussi, c'est avec beaucoup d'imagination qu'en côtoyant la réalité de l'histoire, Sophie Chérer nous livre un portrait à la fois douloureux et énigmatique de ce jeune esclave. Celui-ci nous apparaît constamment comme  un enfant ordinaire mais prometteur, victime des préjugés, des lois et des usages violents des puissants colons. Une belle fleur trop vite flétrie. 

Raphaël ADJOBI 

Titre : La vraie couleur de la vanille, 208 pages

Auteur : Sophie Chérer

Editeur : Médium, l'Ecole des Loisirs, 2012

Posté par St_Ralph à 17:50 - Littérature : romans - Commentaires [10] - Permalien [#]