Lectures, analyses et réflexions de Raphaël

Vous trouverez ici des comptes rendus de lectures livresques concernant essentiellement l'histoire des Noirs d'Afrique et celle des Afrodescendants des Amériques et d'Europe. Les actualités de la diaspora africaine ne sont pas oubliées.

17 avril 2011

Moreau de Saint Méry, métis créole ennemi des Noirs au XVIII è siècle

                Moreau de Saint Mery, métis créole,*

               historien érudit et homme politique français,

                         Ennemi des Noirs au XVIII è siècle 

 

* Selon certains, Moreau de Saint Méry serait créole (originaire des colonies antillaises) et nom point métis et créole. Il faut espérer que ceux qui disent cela ne fondent pas leur opinion sur la seule blancheur de sa peau. Quant à mon article, il est basé sur ce qu'en dit Marylène Patou-Mathis.  

 

Moreau_de_StM__0002            C’est en lisant Le sauvage et le préhistorique, miroir de l’homme occidental de Marylène Patou-Mathis (éd. Odile Jacob) que j’ai découvert l’extraordinaire portrait de Moreau de Saint Méry, métis créole, historien érudit et homme politique conservateur.  Si son histoire que je livre ici choque tous les lecteurs noirs, je m’en réjouirai. Car alors ils sont capables de bon sens pour se laisser aller au même sentiment à l’égard de certains acteurs de l’histoire récente des pays d’Afrique. S’allier avec les Blancs pour combattre les Noirs au nom de ses intérêts et ambitions personnels, c’est ce que fit Moreau de Saint Méry au 18 è siècle ; et avec l'excès qui caractérise tous les Noirs et tous ceux qui ont un soupçon de sang noir qui se disent amis des Blancs.

 

            Il est connu que c’est avec la traite négrière atlantique que la catégorisation des humains en « civilisés » (Blancs et chrétiens) et « sauvages » (naturels) a pris son essor en Europe. Afin de justifier l’esclavage, on cherche alors par tous les moyens à déterminer la place du Noir dans l’échelle des Êtres. La science et le discours philosophique émettent les hypothèses les plus folles. C’est à cette époque que l’on tient la parenté entre l’homme et le primate comme une considération digne de foi. Mais la reconnaissance de l’unité de l’espèce par les naturalistes et les philosophes n’empêche pas la croyance ferme en l’idée de la dégénération de la couleur blanche – considérée comme originelle – pour expliquer la diversité de l’espèce humaine et par la même occasion l’infériorité des Noirs. Si à l’origine l’homme est blanc, le Noir n’est donc rien d’autre qu’une chute ou un retour vers l’animalité.

 

            Dans toute l’Europe, on se perd dans des hypothèses et des analyses fantaisistes pour asseoir la place du Noir parmi les hommes. La catégorisation aboutit forcément à la « racialisation ». On peut classer les hommes en quatre races, disent les uns. On peut les classer en cinq ou six, disent les autres. C’est alors qu’entre en scène Moreau de Saint Méry, métis mais colon, soucieux du maintien de l’ordre colonial naissant et qui avait, en 1771, crée un « Comité colonial » au sein du parlement de Paris. Issu d’une famille de notables de la Martinique, c’est un grand partisan d’une différenciation raciale fondée sur la couleur de la peau. Auteur d’une Histoire de Haïti et propriétaire d’esclaves, il va violemment s’opposer à Diderot qui au nom du « droit naturel » critique les conquêtes des terres étrangères et dénie aux Européens le droit de ces actes. Lui, Moreau de Saint Méry, « il revendique le despotisme légal du régime esclavagiste et la ségrégation contre les hommes libres de couleur[…] Opposé au droit des autres métis à Saint-Domingue, son île d’adoption, il propose une échelle des Êtres comprenant cent vingt-huit variantes qui va de "Blanc pur" (au sommet) au "Noir pur" (à la base)». Dans l'entreprise de « racialisation », il fait donc mieux que les scientifiques blancs exempts de sang noir! Une goutte de ce sang rendrait-il plus amer ?

 

            A ce stade du livre, je reste sans voix, ahuri. Une seule réflexion me vient à l’esprit : il n’y a pas mieux que le Noir ou celui qui a quelque ascendance avec cette couleur de peau pour servir de fer de lance aux combats des Blancs contre les Noirs. A toutes les époques, les meilleurs ennemis des Noirs, ceux qui proposeront les méthodes les plus violentes et les plus expéditives contre les leurs seront les Noirs eux-mêmes. Fier de porter le masque blanc qui le fait ami des Blancs, le Noir devient un preux chevalier qui choisit toujours sa victime parmi les siens.

 

            Pour achever son œuvre, Moreau de Saint Méry votera en 1791 l’inscription de l’esclavage dans la Constitution française. Inquiété par ses adversaires, il se réfugie aux Etats-Unis d’où il reviendra en 1798 pour occuper, grâce à Napoléon 1er, un poste au Ministère de la Marine et une affectation en Italie, à Parme.

 

            Mais, me direz-vous, ceux qui aujourd’hui, çà et là, appellent sans vergogne la guerre contre leur pays pour sauvegarder leurs intérêts, ceux qui confisquent l’argent des pauvres en demandant aux Blancs de fermer leurs banques, ceux qui affament les leurs en demandant aux Blancs de ne pas acheter leurs produits, ceux-là sont-ils meilleurs que Moreau de Saint Méry ? Quiconque est incapable de s’indigner des maux d’aujourd’hui et de les combattre doit se garder de juger sévèrement ceux que l’histoire nous remet en mémoire.      

 

Raphaël ADJOBI

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06 avril 2011

Laurent Gbagbo entre dans l'histoire avant l'heure

           Laurent Gbagbo entre dans l’histoire

      avant l’heure

 

Laurent_Gbagbo_ds_l_Hist_0001_crop            Je suis de ceux qui n’avaient absolument pas compris le repli du président Laurent Gbagbo sur les seuls symboles institutionnels après avoir abandonné le reste du pays aux mains des rebelles. J’ignorais que, dès le départ, la partie était inégale suite à la décision de l’armée française en Côte d’Ivoire ainsi que celle de l’Onuci de participer activement aux côtés des rebelles à sa chute en les transportant et en les renseignant sur les positions ennemies.

 

            C’est le moment de me rattraper en participant à l’hommage que le monde entier semble lui rendre en mettant en évidence la ligne du combat qu’il mène depuis son élection en 2000. Dans aucun des films documentaires que je rassemble ici comme pour constituer un cabinet d'archives, jamais sa légitimité n’est contestée et jamais sa réélection n’est mise en doute. Les investigateurs attentifs (majoritairement européens) qui scrutent les événements afin de nous donner une lecture claire de l’histoire récente de l’Afrique et de ses relations avec les grandes puissances sont tous unanimes : Laurent Gbagbo est pour l’occident l’homme à abattre parce que tout en octroyant des contrats aux hommes d’affaires français, il a entrepris de diversifier ses contrats en introduisant la Chine dans l’Ouest africain. Au Congo, le fils Kabila semble suivre son chemin et est également mal vu.

 

            Avant sa mort, Laurent Gbagbo est entré dans l’histoire, abandonné par ses pairs. Rare sont les hommes politiques sur cette terre qui ont connu une gloire semblable. Aujourd’hui, aucun film sur la géopolitique africaine ne peut se permettre de ne pas mentionner son nom. Chaque jour ajouté à sa résistance au néo-colonialisme franco-américain est une étoile supplémentaire à sa couronne de combattant pour l'indépendance de l'Afrique. Il est temps que sur ce continent et en Europe des manifestations s’organisent pour dénoncer non seulement le lynchage médiatique dont il est l’objet mais surtout cette guerre inique menée contre sa personne par la France et les Etats-Unis. Car c’est au nom des peuples français et américains que la chasse à l’homme est engagée par ces deux pays occidentaux qui lui refusent - de manière officielle depuis ce 4 avril 2011 - le droit de se défendre contre ses ennemis locaux.

 

            Voici donc la série de documents que vous pourrez venir consulter autant de fois que vous voudrez. Je voudrais saisir l’occasion pour remercier le blogueur Delugio pour le suivi régulier qu’il fait des événements en Côte d’ivoire. De nombreux liens que je donne ici mènent d’ailleurs à son blog que vous gagnerez à visiter quotidiennement.

 

Témoignage de Dominique-François UGEUX, ancien député

belge, président de l’association royale de la presse Nord-Sud

 

QUESTION : Qu’est-ce qui n’a pas marché pour qu’on en arrive à une telle crise après l’élection présidentielle ?

DOMINIQUE-FRANÇOIS UGEUX : En tant que président de l’Association royale de la presse Nord-Sud, j’étais ici sur la terrasse de l’hôtel Pullman pendant la proclamation des résultats. Vous devez savoir qu’ici, il y avait des journalistes correspondants de chaines que je ne vais pas citer. Ils venaient s’asseoir sur la terrasse pour discuter et surtout pour capter leur satellite pour le journal en duplex. A cet endroit, j’ai assisté à une scène des plus révoltantes au monde. Ce que je vais vous dire, résume beaucoup de choses sur la crise en Côte d’Ivoire, et n’appellera pas d’autres commentaires. Il était 17 heures 15 mn, le lundi 6 décembre 2010, ici à la terrasse de l’« hôtel Pullman ». J’échangeais avec un journaliste avec lequel j’avais lié connaissance au premier tour et qui était là pour le second tour de l’élection présidentielle. On discutait de la déontologie et de la liberté de la presse. A 18 heures, 19 heures pour Paris, avec son portable et l’amplificateur, il appelle Paris à un mètre de moi. Il a dit « allo ! Paris, je fais la manchette sur Abidjan ». « Il y a des embouteillages, tout est normal, il fait calme, Abidjan bouge, le peuple est heureux, Laurent Gbagbo est élu ». Alors on entend Paris dire: « tu ne peux pas dire ça. Tu dois dire qu’il y a une tension vive à Abidjan que les Ivoiriens ont peur, les rues sont désertes, les Ivoiriens contestent la victoire de Gbagbo ». Voilà ce dont j’ai été témoin. En temps que président de l’Association royale de la presse Nord-Sud, je dis que c’est indigne d’un pays comme la France. L’objectivité n’existe pas mais l’honnêteté intellectuelle existe.

 

Le film sur la vie et le combat politique de Laurent Gbagbo :

http://unevingtaine.blogspot.com/2011/04/un-homme-dont-le-nom-brillera.html

 

Le film « Laurent Gbagbo dans le tourbillon du Golfe de Guinée »

http://unevingtaine.blogspot.com/2011/03/laurent-gbagbo-dans-le-tourbillon-du.html

 

Un article du journal burkinabé qui est un véritable hommage à la résistance de Laurent Gbagbo à l’attaque concertée entre rebelles ouattaristes, forces françaises Licorne et forces onusiennes Onuci.

http://www.sanfinna.com/avuedemonde1.htm

 

Une vidéo réalisée à Yopougon, banlieue d’Abidjan, le 1er avril à 15 h par un résident étranger qui prend en flagrant délit la force française Licorne déversant sur le toit d’un immeuble des tireurs d’élite lors d’une manifestation des partisans du président Laurent Gbagbo. 

http://unevingtaine.blogspot.com/2011/04/la-licorne-depose-ses-snipers-francais.html

 

Les Camerounais se prononcent sur la crise ivoirienne (1ere partie)

http://www.rti.ci/cgi-bin/page.cgi?g=Detailed%2F3245.html;d=1

 

Les Camerounais soutiennent la C. Ivoire (2e partie)

http://www.rti.ci/cgi-bin/page.cgi?g=Detailed%2F3347.html;d=1

 

 

Raphaël ADJOBI

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31 mars 2011

Laurent Gbagbo perd la Côte d'Ivoire

  Laurent Gbagbo perd la Côte d'Ivoire

 

J’ai rédigé l’article ci-dessous hier soir après vingt heures. J’étais alors loin de croire que ce que j’écrivais à propos de la conquête de l’ouest et la prise de San Pedro allait être le sujet d’actualité de ce jeudi 31 mars. France Inter a, en effet, annoncé ce matin la prise de San Pedro par les Rebelles. Je vous livre mon texte sans aucune modification.  

 

Election_en_C            Il était difficile de penser qu'en si peu de temps Laurent Gbagbo braderait le capital confiance que des millions d'Ivoiriens ont placé en lui en soutenant les institutions du pays contre les forces étrangères et leur missionnaire Alassane Ouattara. Fin politique, il s'est en quelques jours révélé un piètre combattant attendant l'ennemi terré dans son palais d'Abidjan.

 

            « Ils ont la montre, nous avons le temps », scandait Blé Goudé lors du dernier rassemblement des patriotes sur les bords de la lagune Ebrié à Abidjan les 27et 28 mars. En peu de temps, ce sont les partisans de Laurent Gbagbo qui ont commencé à regarder leur montre. Mais est-ce que cela vaut encore la peine ? N'est-ce pas du temps perdu ? Pire, n’est-il pas déjà trop tard ? Ce sont désormais les rebelles qui prennent bien leur temps. Tout est devenu si facile pour eux qu'ils n'y croient pas eux-mêmes. Alors ils se méfient.

 

            Laurent Gbagbo est en train de perdre le pouvoir et la confiance des Ivoiriens - une double perte donc - pour ne pas avoir eu l'intelligence militaire d'endiguer immédiatement les premières attaques des rebelles dans l'ouest du pays. C'est à croire qu'il n'y a toujours pas d'armée en Côte d'ivoire pour veiller au moins sur les limites de la zone loyaliste. Occupés à contrôler les combats de rue d'Abidjan, Laurent Gbagbo et ses soldats ont complètement oublié le reste de la Côte d'Ivoire libre.

 

            La stratégie des soldats d'Alassane Ouattara est simple : se faire convoyer par l'ONUCI vers les différentes villes de l'intérieur afin d'en prendre possession en surgissant comme par enchantement. Au milieu du mois de mars, c'est un convoi de l'ONUCI que les jeunes de Bonoua (à 60 km à l'Est d'Abidjan) ont empêché de pénétrer dans leur ville en se couchant sur la route nationale qui la traverse. Sans cette vigilance, l'ONUCI aurait laissé armes et rebelles dans un coin de la ville. Et un beau matin, ces derniers auraient surgi et déclaré la ville entre leurs mains.

 

            Si cette stratégie se poursuit, c'est parce que le pouvoir militaire a fait preuve de faiblesse en se montrant attentiste. Car au départ, les rebelles semblaient plutôt privilégier le combat à long terme. Aussi visaient-ils la prise de tout l'ouest du pays jusqu'au port de San Pedro afin d'avoir accès au deuxième port du pays dans le cas où les forces s'équilibreraient et où un nouveau cessez-le-feu mettrait fin aux combats. Imaginez donc les rebelles tenant le nord et l'ouest du pays. La portion restant à Laurent Gbagbo serait réduite à si peu de chose qu'il serait ridicule qu'il persistât à se maintenir au pouvoir au nom de la légitimité constitutionnelle. D'autre part, le vieux projet burkinabé d'avoir un accès à la mer serait accompli. Chasser Laurent Gbagbo du pouvoir serait même devenu chose inutile. A défaut d'avoir toute la Côte d'Ivoire, les Burkinabé et leur émissaire Alassane Dramane Ouattara auraient un port et plus de la moitié des ressources agricoles et minières du pays.

 

            Mais voilà que devant leur percée, seul le silence leur répond. Apparemment, aux armes des rebelles Laurent Gbagbo ne compte n'opposer que les prières et le patriotisme des sudistes qui l'ont sauvé du coup d'état français de 2004. Devant donc le silence, les rebelles semblent désormais avoir chosi la guérilla urbaine plutôt que la conquête de l'ouest ou peut-être les deux à la fois. En s'installant dans les villes, ils n'offrent plus un front unique aux armes des loyalistes. Cette technique rendra à ceux-ci la tâche difficile quand il faudra reprendre les villes occupées. Ou ils hésiteront à tuer les leurs pour déloger quelques rebelles ou ils attaqueront et le carnage sera si grand que prétextant l’aide humanitaire, les forces de l’ONU (ONUCI), celles de la France (Licorne) et celles de la CEDEAO interviendront pour remettre par la force le pouvoir à Alassane Ouattara.

 

Raphaël ADJOBI 

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30 mars 2011

Mon premier Salon du livre

                           Mon premier Salon du livre

 

Salon_du_livre_            Ce sont des obligations professionnelles qui m'ont contraint à choisir le lundi 21 mars, dernier jour de l'exposition, pour me rendre au Salon du livre. C'était aussi le jour des professionnels. Malheureusement, j'ai très vite appris à mes dépens qu'un professeur de français n'est pas considéré comme un professionnel du livre. A vrai dire, ce n'était point là le sens de la formule. Il fallait comprendre  « journée des professionnels de l'édition ». Ouf ! Je n'étais pas loin d'être très vexé. J'ai donc attendu 13 heures pour accéder au salon comme tous les « non professionnels ».

 

            Le côté déplaisant de ce salon c'est qu'il avait quelque chose d'une foire aux puces avec les multiples cortèges des établissements primaires et collèges de Paris et de ses environs. Pendant que les plus petits avaient le nez dans les piles de livres à la recherche de je ne sais quel objet rare, - ce qu'on apprécie - les adolescents se pavanaient nonchalamment dans les allées ou s'installaient dans un coin pour déguster le sandwich qu'ils avaient pris soin d'emporter pour ne pas mourir de faim. On le sait bien, la lecture n'a jamais rempli le ventre. Que chaque adulte tire ses conclusions quant au profit qu'un tel public peut faire de cette visite. Il me semble que les bibliothèques suffisent aux besoins de la jeunesse d'un certain âge.

 

            Il y a cependant une chose qui retient agréablement l'attention dès que l'on pénètre dans l'enceinte du salon : c'est la magnificence des lieux, disons la beauté du décor. Tout invite à un moment de plaisir des yeux et fait naître en vous l'espoir d'une belle rencontre. Mais les stands des grands éditeurs tenus par de jeunes étudiantes ne sont guère engageants. En pareille occasion, le visiteur rêve d'approcher des spécialistes et non des intérimaires retenus pour se faire un peu d'argent de poche ou pour arrondir leur fin de mois.

Salon_du_livre_2_ 

            La belle découverte que je fis ce jour-là fut le stand du bassin du Congo. Un grand et beau stand agréablement décoré. Henri Lopes, qui fait aujourd'hui figure d'ancien, y tenait une conférence avec quelques éditeurs africains. Arrivé aux dernières minutes du débat avec le public, je me suis contenté de quelques images à défaut d'informations sur les éditions africaines et les jeunes écrivains. Une chose est sûre : les écrivains congolais ont honorablement gagné leurs galons de groupe littéraire dans le monde de la littérature. En d'autres termes, on peut aujourd'hui parler de littérature congolaise comme l'on parle de littérature française ou anglaise. C'est véritablement un univers géographique suffisamment riche en production littéraire pour qu'on la singularise dans ce que l'on nomme communément la littérature africaine. Ceux qui pensent à la nécessité d'un salon du livre sur les terres congolaises ont raison de souhaiter cette expérience qui serait un moyen d'ancrer les écrivains dans le milieu social qui est la source première de leur inspiration. Il faut éviter de faire de la littérature congolaise une littérature étrangère écrite et éditée à l'étranger pour le public européen et la diaspora africaine.Serge_diantantu_

 

            Après quelques photos donc, je quitte le stand du bassin du Congo. Et c'est à quelques pas de là que je vais trouver mon bonheur de lecteur de l'histoire des Noirs. Zut ! je n'ai pas retenu le nom du stand. Qu'importe ! Mon bonheur est total. Je fais là la connaissance de deux auteurs de bandes dessinées historiques : Serge Diantantu qui publie Mémoire de L'esclavage et Roland Monpierre qui consacre son dernier album à La légion Saint-Georges. Deux ouvrages édités par Caraïbéditions. J'échange longuement avec eux et obtiens deux dédicaces illustrées.

 

            La bande dessinée au service de l'histoire des Noirs ! Une belle idée qu'il faudra creuser davantage. Ce peut être une façon moins austère de mettre l'histoire des Noirs à la portée des adolescents et même des moins jeunes.Roland_Monpierre_

 

            Mon premier Salon du livre fut donc un moment bien agréable. L'après-midi que j'y ai passé m'a vite fait oublier ma longue et inutile attente du matin. Mon seul regret : avoir manqué le rendez-vous du samedi avec mes amis blogueurs. Si le Salon du livre est un moment de rencontre entre auteurs et lecteurs, c'est assurément un grand plaisir d'y rencontrer également ceux qui ont la même passion que nous : la lecture.

 

Raphaël ADJOBI

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20 mars 2011

Côte d'Ivoire postélectorale : l'U.A. n'est pas garçon !

                     Côte d'Ivoire postélectorale :

                          l'U.A n'est pas garçon !*

 

Union_Afric            En proposant comme solution à la crise postélectorale en Côte d'Ivoire le retour à la case "départ" avec un gouvernement d'union présidé par Alassane Dramane Ouattara, l'U.A vient non seulement de démontrer son manque de courage à prendre ses responsabilités vis à vis de l'Union Européenne mais aussi qu'elle persiste à contribuer à la déstabilisation de ce pays. Un acte à double conséquence que l'histoire ne manquera pas de rappeler à la conscience des Africains comme la preuve qu'ils sont leurs propres bourreaux.

 

            Certes, le rôle du panel des chefs d'Etats africains chargés de proposer une solution définitive à la crise était délicat à plus d'un titre. D'abord, à la suite de Sarkozy et d'Obama, ils ont plongé comme des moutons dans le précipice ouvert par les deux hommes. Ensuite, ils sont allés jusqu'à sonner la charge guerrière contre la Côte d'Ivoire avant que Sarkozy ne leur dise de recourir finalement au dialogue vainement proposé au départ par Laurent Gbagbo. Comment pouvaient-ils après cela se renier ? Enfin, dans la constitution du panel chargé de trouver le remède salvateur, il a manqué à l'U.A la sagesse de ne pas y inclure des hommes impliqués de près ou de loin dans la crise. Oui, il a manqué aux chefs d'Etats Africains cette intelligence qui leur aurait permis de prendre le risque de ne considérer que l'analyse des résultats des élections pour se prononcer comme des juges impartiaux. Au regard de tous ces manquements, comment ce panel pouvait-il avoir l'apparence d'un groupe de sages volant au secours d'un pays en grande difficulté, d'un pays frère ? Non, le panel n'avait pas la carrure du sage et était donc condamné à se fourvoyer.

 

            Malgré tous ces manquements, les cinq chefs d'Etat Africain chargés de proposer une solution définitive auraient pu réussir s'ils s'étaient fixé un objectif clair comme la recherche de la vérité sur les résultats du deuxième tour des élections. Oui, ils seraient sortis de l'impasse dans laquelle les a engagés leurs prises de position hasardeuses s'ils s'étaient limités uniquement à la consultation des documents pour dire qui des deux candidats a gagné, et si le Conseil Constitutionnel a favorisé ou non Laurent Gbagbo au détriment d'Alassane Ouattara. Au lieu de cela, ils ont cherché des remèdes sans avoir pris le temps de savoir où se situe le mal ou encore si le malade souffre d'une maladie imaginaire. S'ils s'étaient fixé pour objectif de juger le vrai du faux, ils auraient agi en sages et auraient reconnu avoir été trompés ou auraient confondu Laurent Gbagbo et le Conseil Constitutionnel. La terre entière aurait alors salué leur probité et leur impartialité et ils auraient par leur acte permis à l'Afrique de faire un grand pas vers l'indépendance morale et politique.

 

            Comme diraient les Ivoiriens, l'U.A n'est pas garçon ! Incapable de prendre ses responsabilités, elle a préféré renvoyer les Ivoiriens à la case "départ" avec un gouvernement d'union et un pays coupé en deux. Incapable de dire qui a gagné les élections avec les preuves à l'appui, elle remet la Côte d'Ivoire dans l'exacte situation dans laquelle elle se trouve depuis 2002. L’absence d’éléments électoraux clairs justifiant sa décision fait apparaître celle-ci comme la simple confirmation de sa position initiale. Rien de plus ! Adieu espoir ! Adieu paix ! Adieu la Côte d'Ivoire réunie ! Tout ça pour ça ! J'espère que l'U.A ne s'attend pas à ce que les Ivoiriens lui disent merci. On peut franchement se demander si les dirigeants africains se montreront un jour dignes de leurs populations qui attendent un peu plus d'audace de leur part. Question : sur quelle base se fonde l'U.A pour confier la présidence de la République à Alassane Ouattara plutôt qu'à Laurent Gbagbo ? Le premier fanfaronne en claironnant que le fait de lui confier la formation de ce gouvernement est la reconnaissance de sa victoire. Le pauvre ! S'il avait gagné, personne ne l'obligerait à former un gouvernement d'union. Se dire vainqueur et être obligé d'accepter de composer un gouvernement hétéroclite qui vous empêchera de travailler, c'est reconnaître qu'il n'y a pas eu d'élection présidentielle. Huit ans de cohabitation désastreuse, ça suffit !

 

                        Dernière solution : la guerre ?

 

            Au moment où certains cherchaient des solutions diplomatiques, les rebelles d'Alassane Ouattara avaient décidé de violer le cessez le feu qui avait coupé la Côte d'ivoire en deux et d'attaquer la zone sud loyaliste. Pas un seul journal européen n'a condamné cette violation. Pas un ! Par contre on ne cesse d'annoncer ça et là leur victoire "à mains nues" - comme dit notre ami blogueur Delugio - contre l'armée de Laurent Gbagbo. L'ONU et les ONG n'ont toujours pas enregistré un seul mort dans les villes attaqués par les rebelles. Les saints hommes !

 

            Fin politique, Laurent Gbagbo a le défaut d'être attentiste quand ses ennemis sortent les armes. C'est maintenant qu'il doit montrer à ceux qui ont choisi de le combattre par le feu qu'ils ont de fortes chances de périr par le feu. Je ne cesse de me demander pourquoi il n'a pas profité de la violation du cessez le feu pour lancer une contre offensive de très grande envergure pour montrer à l'ennemi un peu de la force de son armée. Cette passivité fait raconter à ses ennemis sur les ondes des radios françaises qu'il n'a pas d'armée (dixit l'ambassadeur d'Alassane Ouattara à Paris).

 

            Certes, déjà L'Onuci convoie les rebelles dans Abidjan comme de simples voyageurs en danger en terre étrangère qu'il convient de protéger leur permettant ainsi de rejoindre leurs bases où ils détiennent leurs armes. C'est ainsi que les rebelles sont en mesure d'attaquer ou de saccager des sites stratégiques dans la capitales. Certes, la France et l'ONU seront toujours du côté des rebelles. Mais il convient de ne pas oublier que la lutte continue et que si elle change de terrain, il faut y aller sans tarder au risque d'être débordé et laisser les civils se faire la guerre à la place des professionnels.

 

*Dans le parler populaire ivoirien, « être garçon » c’est avoir du cran, être audacieux, « être cap » comme disent les jeunes en France et ailleurs en Afrique.           

             

 

Raphaël ADJOBI

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06 mars 2011

Une année chez les Français (un roman de Fouad Laroui)

                        Une année chez les Français

                                 (Un roman de Fouad Laroui)                              

 

Chez_les_Fran_ais_0006_crop            Ne vous attendez pas à trouver sous ce titre une version africaine des Lettres persanes de Montesquieu. Non, Fouad Laroui ne place pas ici la société française sous le regard inquisiteur ou critique de l’étranger venu d’Afrique. Sous ce titre trompeur se cache en réalité l’histoire d’un petit garçon marocain amoureux de lectures qui, grâce à une bourse, entre au lycée français de Casablanca. Un boursier de la République française, on en prend soin forcément ! Mais, pour le bonheur du lecteur, la présence sans interruption à l’internat du petit Mehdi va déranger le « bon ordre de l’univers français ».

 

Au début des indépendances, les Africains qui avaient la chance de faire leurs études parmi les Français étaient généralement remarqués surtout pour la manière admirable dont ils maniaient la langue française. N’ayant auparavant jamais côtoyé d’autres milieux français que le monde des livres, donc la langue littéraire ou soutenue, ils ne savaient s’exprimer que par imitation des ouvrages lus. C’est le cas du jeune Mehdi qui, dans son village natal avait pour consigne familiale de ne s’exprimer que dans la langue de la Comtesse de Ségur, même quand ses parents s’adressaient à lui dans la langue dialectale. Et lorsqu’il entre au lycée français de Casablanca, - que le parler populaire a baptisé « Le lycée des français » - il  va confronter le talent acquis grâce à cette expérience à la réalité du terrain où s’entrechoquent argot, langage familier et expressions populaires de tout genre. Un cocktail hilarant magnifiquement servi par Fouad Laroui. Un vrai régal !

 

            Le monde des adultes que côtoie Mehdi est en effet très varié en personnalités. Une série de portraits pittoresques qui sont pour l’enfant un véritable laboratoire où il trouve les éléments nécessaires à la vérification de ses connaissances ou plutôt des images livresques qui constituent son savoir. Des essais drôles parce que souvent malheureux. On lit ce livre en ayant constamment en tête l’exacte vérification de l’expression « un chien dans un jeu de quilles ».

 

            Mais rassurez-vous. Si on rit beaucoup en lisant ce livre, Mehdi n’est jamais ridicule. Il reste un enfant attentif, désireux d’apprendre et de faire bon usage de la belle langue française, mais aussi un enfant capable de mentir. Si les premiers chapitres du livre – les cinq premiers sont organisés dans un mouvement cyclique - expliquent la raison de sa présence et son intégration au « lycée des français », les derniers chapitres le présentent dans un univers insolite parce qu’il a été capable de mentir comme tous les enfants savent le faire quand ils veulent se tirer d’affaire.       

   

Quel plaisir de retrouver, en lisant ce livre, son âme d’enfant ; une âme vagabonde qui fait et défait le monde à souhait, surtout quand elle a le malheur de se trouver dans des situations inextricables. Ce livre est une véritable fontaine de fraîcheur sans doute liée à la candeur du personnage de Mehdi. L’usage constant du style indirect libre permet d’entrer dans sa conscience, d’y lire ses doutes et les solutions qu’il imagine pour résoudre les énigmes qui se forment comme des nœuds dans la chaîne de ses savoirs. Pauvre petit, se dit-on ! Pourtant, on ne peut s’empêcher de rire aux larmes.

 

Raphaël ADJOBI

 

Titre : Une année chez les Français (304 pages)

Auteur : Fouad Laroui

Editeur : Julliard, 2010

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25 février 2011

Black Rock (Amanda Smyth)

                                          Black Rock

                                   (Un roman d’Amanda Smyth)

           

Black_Rock_Amanda_Smyth            Trinité et Tobago ! Un nom qui évoque sans doute pour beaucoup des îles perdues quelque part dans l’océan Atlantique. « Quelque part » parce que rares sont ceux qui seraient capables de les situer de manière précise sur une carte. Ce premier roman d’Amanda Smyth invite le lecteur à prendre conscience de la dimension de la vie quotidienne dans cet univers étroit où tout semble se réaliser sous les yeux de tous, où les rêves semblent implacablement déboucher sur les réalités peu variées à moins qu’elles vous emportent vers les continents que chacun imagine aussi immenses que le ciel.

 

            Quel peut être l’avenir d’une jeune fille noire dans un pays aussi minuscule que Trinité et Tobago, situé à douze kilomètres au large du Venezuela ? Que peut espérer de l’avenir Célia, vivant dans la petite ville de Black Rock sur l’île de Tobago avec sa tante et ses deux cousines. Visiblement, le monde qui gravite autour d’elle semble ne rien promettre de bon.

 

            Violée au lendemain de ses seize ans, elle fuit vers l’autre île, Trinidad, où, à Fort of Spain (la capitale) elle trouve un emploi de domestique chez un médecin blanc qui, séduit par sa fraîcheur juvénile, en fait sa maîtresse. Visiblement, cette situation ne déplaît guère à Célia. Elle est même convaincue de vivre le grand amour. Mais bientôt, des circonstances défavorables viennent assombrir son horizon. Elle entreprend donc de se montrer plus volontaire contre les forces du mal qui se dressent contre sa passion. Dans sa juvénile et naïve conviction, la jeune Célia ne se doutait pas évoluer dans un monde d’adultes où ce genre de relation entre un homme blanc marié et une jeune domestique noire semble réglé comme du papier à musique.

 

            Ce livre nous permet de découvrir - en même temps que le personnage principal - que l’univers des jeunes filles de ces îles est bien borné et que leurs rêves s’agrippent invariablement à la bienveillance intéressée des blancs locaux et des marins américains. Quand on regarde avec attention les différentes expériences des membres de sa famille, on comprend avec elle que sur ces îles « tous les chemins ne mènent nulle part ». Heureusement qu’il y a la famille. Dans ses moments difficiles, à quelques kilomètres de là, les bontés d’une tante vivant dans une plantation laissent un moment espérer à Célia qu’elle sortira grandie de sa folle passion et peut-être même accéder à une vie meilleure.  

 

            Le charme de Black rock réside surtout dans la peinture sobre et chatoyante des villes de Trinidad et Tobago s’opposant aux drames des intérieurs des maisons. On a comme le sentiment que le soleil et les belles maisons bien entretenues constituent un manteau trompeur.  C’est dans les demeures que se jouent les destins des hommes. Aussi, la plus grande partie des scènes du livre sont des scènes d’intérieur. Mais il faut reconnaître que la peinture des nombreux ébats amoureux d’une jeune fille qui n’a que dix-neuf ans à la fin du roman peut donner au lecteur masculin d’un certain âge le sentiment d’être "un vieux qui lit des romans d’amour".

 

Raphaël ADJOBI

 

Titre : Black Rock (349 pages) ; traduit de l’anglais

          par Bruno Boudard.

Auteur : Amanda Smyth

Editeur : Phébus (Paris, 2010)

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14 février 2011

Côte d'Ivoire postélectorale : Eburnie maintenant !

                               Côte d'Ivoire postélectorale :

                                              Eburnie maintenant !

Eburnie_I_0003_crop            Quand il s'agit de l'Afrique, les démocrates ne sont pas ceux que l'on croit. Qui de Laurent Gbagbo et de Alassane Ouattara veut une résolution pacifique de la crise postélectorale en Côte d'Ivoire ? Le premier propose de recompter les voix, en d'autres termes ouvrir tout le dossier des élections afin de juger le vrai du faux. Le second « souhaite discuter seulement si Laurent Gbagbo reconnaît que le peuple ivoirien (l')a élu président » (entretien publié dans le Journal français La croix du jeudi 20 janvier 2011). Je laisse aux fins démocrates  le soin de juger du caractère pacifique de chacune des propositions.

            Comme le fait remarquer un ancien chef militaire français en Côte d'Ivoire, on ne peut se contenter des aboiements de la communauté internationale pour fixer le sort de ce pays. L'épisode irakien est dans toutes les mémoires ; les grandes puissances sont capables de fabriquer du faux avec la complicité de l'Onu. Il propose pour sa part de reprendre le deuxième tour des élections. Dans ce cas, je pense qu'il ne serait absolument pas sage de le faire sans une réunification préalable du pays et l'instauration de la loi républicaine de manière égale sur l'ensemble du territoire comme cela était prévu dans les accords de Ouagadougou. Car le fait d'avoir sauté cette étape explique les dérapages à l’origine de cette nouvelle crise. Cette dernière solution apparaît donc inenvisageable dans l'immédiat.        

            Dans le journal français La croix du 20 janvier 2011, à la question du journaliste lui demandant s'il pense vraiment que la Cedeao va passer des menaces à une action sur le terrain, Alassane Ouattara répond : « Tout est en train d'être mis en place. L'intervention militaire est déjà prévue, organisée. Elle sera programmée. J'ai parlé avec le président nigérian Goodluck Jonathan dimanche, il m'a assuré de sa détermination. C'est pour cela que les chefs d'état-major des pays de la Cedeao se sont réunis mardi à Bamako. Des arrangements sont en cours pour qu'ils aillent faire des reconnaissances à Bouaké, qui sera peut-être le centre de regroupement des soldats ».            

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            Que le monde entier le sache de manière très claire : si demain, par une force extérieure, Laurent Gbagbo venait à être renversé, ce serait contre la volonté des Ivoiriens qui lui ont donné le pouvoir contre le général Guéï en 2002 et lui ont confirmé leur attachement en s'opposant au coup d'état de la France en 2004 ; contre la volonté de ces Ivoiriens qui refusent de répondre aux appels au boycott d’Alassane Ouattara. Et soyez certains que leur  leçon de patriotisme sera extraordinaire. Ils ne permettront jamais à Alassane Ouattara de diriger la Côte d’Ivoire depuis le sud où vivent les 3/4 de la population du pays ! Après avoir menacé, la France a fini par dire au locataire de l’Hôtel du Golf qu’elle ne peut s’engager militairement aux côtés d’une partie de la Côte d’Ivoire contre l’autre partie. Elle a estimé que cette « sale besogne » revenait aux Africains eux-mêmes comme à l’époque de la traite négrière où ils allaient lier les mains et les pieds de leurs frères pour les livrer aux Européens. Quel pays africain aura l’audace de renouer avec l’histoire des traites négrières en prenant les armes contre la Côte d’Ivoire ? Quel pays africain se croira un idéal de démocratie au point de donner des leçons dans ce domaine aux institutions ivoiriennes ?

N'oubliez pas ceci : dans l'Afrique francophone, seuls les Ivoiriens du sud ont été capables de se dresser contre la France pour défendre un des leurs ! D'autre part, il ne faut pas oublier que la population de la Côte d'Ivoire est constituée de 40% d'étrangers essentiellement originaires des pays voisins comme le Burkina, le Mali, et d'autres pays plus lointains comme le Sénégal et le Nigéria. Où iront ces étrangers quand les Ivoiriens du sud seront attaqués par les pays de ceux qui vivent chez eux ? Inutile de vous faire un dessin. Avec beaucoup de sagesse, les soldats ghanéens se sont retirés de l'Onuci de Côte d'Ivoire refusant de jouer les négriers.

                        Les incohérences d’Alassane Ouattara

            Tout en traitant Laurent Gbagbo de « génocidaire » et de « dictateur », c'est dans le Sud qu'affluent les nordistes qui désertent la zone des rebelles. Personne ne veut vivre au Nord ; pas même Alassane Ouattara, Soro et les autres chefs rebelles qui envoient leurs enfants dans les écoles de Laurent Gbagbo parce qu'ils sont incapables d'en créer de correctes dans les zones qu'ils administrent.

            

            Malheureusement pour Alassane Ouattara, dans le Sud, il est chez son adversaire. Les foyers de populations nordistes à Abidjan ne représentent rien par rapport au reste des Ivoiriens favorables à Laurent Gbagbo.  Adjamé et Abobo dont vous parle sans cesse la presse européenne ne sont que des îlots insignifiants dans un océan de populations qui lui sont favorables. Les 54% des Ivoiriens qui auraient voté pour Alassane Ouattara n'existent nulle part ailleurs que dans les bulletins frauduleux et les calculs fallacieux. On comprend alors aisément pourquoi aucun de ses appels à la désobéissance n'a rencontré d'écho. Pourquoi ce que les seuls partisans de Laurent Gbagbo ont fait contre l'armée française en 2004, 54% d'Ivoiriens partisans d'Alassane Ouattara ne peuvent-ils le réaliser contre le pouvoir en place ? Ils ne le peuvent parce que la coquille est vide et parce que le chef du RDR est chez son adversaire !

                                              

            A vrai dire, en refusant d'ouvrir le dossier des élections pour juger du vrai du faux, Alassane Ouattara s'enferre dans l'impasse. Comment en sortir ? Il ne me reste qu'à lui poser une question ; à lui et à ses partisans : à quoi sert-il d'avoir confisqué la moitié du territoire national depuis huit ans ? Pour moi, il est temps de verser la question de la partition du pays dans le débat final. Au moment où de l’étranger on tente d’assécher les finances du pays par des mots d’ordre aux exportateurs de cacao et aux sociétés étrangères afin de pousser des militaires à la révolte, au moment où les états africains ont décidé de confier la clef du compte de la Côte d'Ivoire à la BCEAO à Alassane Ouattara pour lui permettre d'acheter les armes nécessaires à la reconquête du pouvoir - dans le cas où ils ne pourraient pas tenir la promesse qu'ils lui ont faite - une seule alternative s'impose : l'officialisation de la partition de la Côte d'Ivoire qui deviendrait donc définitive !

                                           Eburnie maintenant !

            On ne cesse d’accuser les Européens d’avoir tracé des frontières arbitraires séparant des peuples frères et associant des peuples qui n’ont rien en commun. Il est temps de reconnaître que l’on ne peut pas continuer à attacher les populations du Nord proches linguistiquement et culturellement des Burkinabés et des Maliens aux peuples de forêt que sont les Akan et les Krou. Cependant, il faut reconnaître qu'il y a des nordistes (au moins la moitié des Mandé et le quart des Gour) qui, avec le temps, ont développé en eux la fibre nationale ivoirienne et sont désormais convaincus de n'avoir rien de commun avec les peuples voisins du nord ni avec ceux qui font alliance avec eux. Il y en a même qui, comme notre "griot" national Balla Kéïta (ancien ministre d’Houphouët-Boigny) ont payé de leur vie le refus du chantage. Un Eburnéen, un vrai, qu'il soit du nord ou du sud, qu'il soit Akan, Krou, Mandé ou Gour, ne s'allie jamais avec l'étranger pour porter le fer dans le sein de sa mère. C'est à cette marque essentielle que l’on reconnaît les Eburnéens. C’est cette marque qui explique pourquoi, opposé à Houphouët-Boigny, Laurent Gbagbo n’a jamais pris les armes contre lui. Emprisonné par Alassane Ouattara, il n’a pas appelé l’étranger à l'aider à prendre les armes contre lui. Mais puisque ce dernier et ses rebelles ont tracé leur territoire depuis 2002, qu’ils la gardent et que l’on les laisse s’associer avec leurs semblables.

Enfin, au président Wade qui veut attaquer Eburnie, que l’on lui renvoie ses 500 000 Sénégalais et l’on verra bien si son pays sera capable de les absorber. A Compaoré qui joue les gros bras, qu’Eburnie lui renvoie ses 3 millions de Burkinabés et nous verrons s’il ne sera pas chassé du pouvoir par ses compatriotes renvoyés !

            On ne peut pas continuer à vivre avec des gens qui sont capables d’appeler des étrangers pour venir attaquer leur pays ; des gens qui saccagent des ambassades de leur pays à l'étranger ; des gens qui mettent le feu au Trésor public de leur pays pour empêcher le paiement des salaires des fonctionnaires. Les Eburnéens ne ressemblent pas à ces hommes là. Et pour ne pas leur faire la guerre, il vaut mieux ne pas chercher le même destin avec eux. Le Soudan s'est résolu à une partition pour un sud proche des populations noires et un nord proche des populations arabes. La vie des deux pays se fera désormais hors des limites coloniales souvent décriées. En Côte d'ivoire, cette séparation doit être sérieusement envisagée pour en finir avec les palabres interminables des esprits querelleurs.

            

Raphaël ADJOBI

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10 février 2011

Venus noire (un film d'Abdellatif Kechiche)

                              Venus noire

                                      (Un film d'Abdellatif Kechiche)

Venus_noire_I_0001            L'un des films qui, en France, a profondément marqué la fin de l'année 2010 est sans aucun conteste La venus noire d'Abdellatif Kechiche. Il retient l'attention tout d'abord par le fait qu'il se classe parmi les rares films historiques qui ne flattent pas la conscience européenne sur un sujet ayant une relation avec l'Afrique noire. Il retient ensuite l'attention par sa technicité : les gros plans et la répétition de la scène qui fait du personnage principal une bête que l'on n'apprécie que sortant d'une cage pour être livrée en pâture aux rires et quolibets du public, sous la direction autoritaire et humiliante d'un maître dompteur. Un spectacle dans lequel l'Europe du début du 19è siècle reconnaissait l'Afrique sauvage qui alimentait son imaginaire.

            

            La Venus noire est l'histoire de "La venus hottentote" - Saartjie Baartman, de son vrai nom - cette jeune Noire originaire de la colonie du Cap (région de l'actuelle Afrique du Sud) au postérieur sans doute atteint par quelque éléphantiasis qui, pour cette raison, au début du 19è siècle a été emmenée en Europe (en Angleterre puis en France) pour être exhibée dans les foires publiques comme l'on montrait les ours et autres animaux des contrées sauvages. Présentée comme une semi-sauvage, elle suscita aussi la curiosité des naturalistes français qui en firent un objet d'observation aussi bien de son vivant qu'après sa mort.

            La Cubaine Yamina Torres qui interprète le rôle de la Venus hottentote rayonne dans ce film dans la nature obscure de la femme humiliée qui tente de sauvegarder sa féminité tout en essayant de donner un sens au rôle qu'on lui inflige mais dans lequel elle voudrait se voir artiste. Pas simple. Et c'est ce caractère obscur de l'être dont on ne lit le mal être que dans sa pesante impassibilité qui a dérangé beaucoup de spectateurs quand il ne les a pas bouleversés. « La Venus dérangeante et bouleversante de Kechiche », titrait Le Monde (7 octobre 2010) ; « Cet obscur objet du martyre », notait Télérama (27 octobre 2010).

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            Que le spectateur blanc de ce début du 21è siècle éprouve un malaise à regarder les images d'un tel spectacle, je le comprends fort bien. Et je dis heureusement ! Mais pousser l'écoeurement jusqu'à conclure qu'en dénudant sa Venus de toute émotion et les autres personnages de toute compassion enlève tout humanisme au film et en fait même « une oeuvre hautaine [...], un miroir glauque dans lequel Abdellatif se regarde complaisamment haïr » comme le dit Cécile Mury dans Télérama, c'est faire au réalisateur un procès qui n'a pas lieu d'être. Pourquoi faut-il que certains Blancs voient toujours dans le miroir du passé qu'on leur tend et qui ne les flatte pas une haine à leur égard ? Il est malheureux de voir trop de gens incapables de regarder notre passé commun en face. Cette attitude est la cause des nombreuses falsifications de certains pans de notre histoire commune.

            Si l'on veut que nos descendants lisent de la compassion dans les récits des vies d'aujourd'hui, c'est maintenant qu'il nous faut montrer un coeur tendre et compatissant les uns à l'égard des autres. Quand on n'est pas capable de comprendre ceux qui vous entourent, on ne doit pas se permettre de chercher l'amour dans son passé.

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            Pour ma part, le jeu peu expansif du personnage de la Venus m'a semblé conforme au caractère des femmes africaines. Aussi, je rejoins l'avis de Samuel Douhair qui voit dans la diction presque atone et le regard dénué d'expression du personnage « une opacité délibérée (qui) est le plus bel hommage qu'Abdellatif Kechiche pouvait rendre à cette femme, opprimée par le regard des autres, jusque dans la mort. » (Télérama du 27 octobre 2010). En effet, comme le dit si bien Thomas Sotinel dans Le Monde du 27 octobre 2010, « Cette pornographie à alibi scientifique née autour des attributs physiques de la jeune femme (son sexe en particulier) peut-elle être montrée sans troubler ? » On peut même se permettre de lui reprendre cette autre question et la généraliser en la posant à tous ceux qui ont vu ou verront le film : « Suffit-il de voir et de s'indigner pour acquitter sa dette à l'égard de la victime ? » Nous transformer pour que ce qui nous indigne aujourd'hui ne se reproduise plus n'est-il pas ce que nous avons de mieux à faire ?

Raphaël ADJOBI

Film français d'Adellatif Kechiche et Ghalya Lacroix (2h39)

Avec : Yamina Torres, André Jacobs, Olivier Gourmet.

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16 janvier 2011

La couleur des sentiments (Kathryn Stockett)

                                 La couleur des sentiments

 

 

La_couleur_des_sentimts_crop            Je suis très reconnaissant à Pierre Girard, le traducteur de ce premier roman de Kathryn Stockett (The Help), pour ce titre accrocheur qui a immédiatement retenu mon attention. Ayant, pendant quelques années, côtoyé de près des collègues blancs entourés de leur valetaille noire à longueur de journée, je n'ai jamais cessé de me demander le type de sentiments que celle-ci nourrissait à l'égard de la relation qui la liait à ses maîtres et surtout aux enfants dont elle avait la charge quotidienne. D'autre part, parmi mes connaissances blanches personnelles, certains comportements des enfants nés et élevés en partie en Côte d'Ivoire par des domestiques noires ont suscité en moi bien des interrogations pour que La couleur des sentiments soit pour moi un titre très évocateur. La relation maîtres blancs et domestiques noires avec au milieu les enfants est en effet le sujet du livre.

 

            Au début des années soixante, dans la petite ville de Jackson dans le Mississipi, ce sont les négresses qui s'occupaient de la maison des Blancs. Entendez par là, la cuisine, le ménage, les enfants ; exactement comme dans les villes africaines au temps doré des coopérants blancs. En Amérique comme en Afrique, nous savons que dans cette relation de maîtresses blanches et de domestiques noires, les enfants des premières élevés par ces dernières finissent presque toujours par épouser les pensées de leurs parents et suivre leurs habitudes. Mais plus qu'ailleurs, dans les pays où le racisme est institutionnalisé, ceux-ci leur apprennent à tuer en eux tout sentiment d'amour à l'égard de la race de leurs nourrices en les avilissant sous leurs yeux et en leur enseignant à les mépriser. Mais il arrive qu'un jour, un des enfants dise « mais maman, c'est elle qui m'a élevé », devenant ainsi une excroissance, une « anomalie » de la société blanche. Voilà donc un livre qu’une Blanche issue de cette catégorie d’enfants écrit sur ce qui la dérange, « en particulier sur ce qui ne dérange qu'elle ».

 

            Pour ma part, malgré le lien étroit qui l’a liée à un moment de sa vie aux Noirs, j'ai tout de suite douté qu'une Blanche soit capable d'écrire un livre aussi vrai sur les sentiments des Noirs à l'égard des Blancs. Non, me disais-je, il n'est pas possible qu'une Blanche sache avec autant de précision les sentiments des Noirs ! J’ai la ferme conviction qu'à force de dire des mensonges sur les Noirs sans qu'ils aient leur mot à dire, ceux-ci ont pris depuis longtemps  l'habitude de ne jamais dire la vérité sur leur société. Ils préfèrent confier des mensonges aux Blancs afin de juger de l'usage qu'ils en feront. C'est d'ailleurs leur manière à eux de se moquer des Blancs. Car, comme dit la fable, « c'est un double plaisir de tromper le trompeur ». Puis, au fur et à mesure que j'avançais dans le roman, j'avais commencé à soupçonner l’auteur d'assembler les écrits de quelques bonnes sur leur condition et sur leurs expériences avec leurs maîtresses pour se bâtir une gloire. Oui, j’ai soupçonné l’auteur d’une telle vilénie.

 

            Tout lecteur de ce livre me pardonnera mes soupçons de plagiaire ou d'exploiteuse que j'ai eus pour Kathryn Stockett, et cela pour la simple raison qu'elle-même avait prévu ces sentiments à son égard. Du moins la narratrice blanche. Oui, il y a chez la narratrice blanche de ce livre la reconnaissance de cette incapacité à pénétrer les sentiments des Noirs. Et c’est cet aveu qui l'obligea à s'en remettre aux domestiques noires pour exprimer la réalité de leur expérience professionnelle et leurs sentiments. Ce détail est d'une grande importance parce qu'il grandit l'auteur dans l'estime du lecteur noir. Elle sait que dans ce livre, elle fait découvrir « de petites choses que d'habitude un Noir ne dirait pas à un Blanc ». Pour y parvenir, il lui a fallu peu à peu convaincre les bonnes d'accepter de se confier à une Blanche. Dans ce livre, l'auteur - comme la narratrice - tente constamment de montrer au lecteur que les domestiques qui livrent leurs témoignages sont les premières bâtisseuses de l'ouvrage.

 

            Le livre est en effet construit comme une série d'expériences domestiques vécues. Des expériences cruelles mais aussi savoureuses compte tenu de la personnalité de certains personnages aussi bien du côté des noires que du côté des maîtresses blanches. Trois personnages principaux - une Blanche à la recherche de sa nourrice et deux Noires - se relaient pour non seulement livrer leurs expériences ou cheminement mais aussi leur regard sur la vie des deux autres personnages. Les deux domestiques nous peignent ici des portraits d'une extraordinaire beauté de leurs maîtresses et de la vie quotidienne dans les foyers blancs. Un livre cruel certes, mais aussi plein de drôleries et de plaisantes réflexions. Le lecteur tremble pour les trois personnages si dissemblables quand, dans cette Amérique raciste des années 60, leur collaboration se fixe pour objectif la publication du livre qui deviendra La couleur des sentiments.

 

            Ce livre est un océan de plaisirs qui ne laissera indifférents ni les Blancs du monde de la coopération dans les pays africains ni les Noirs qui se posent tant de questions sur la vie que mènent les domestiques derrière les immenses clôtures des maisons des Blancs. Mais comme avec La couleur des sentiments nous sommes dans un pays où le racisme était érigé en principe social, les relations entre Noirs et Blancs sont faites de tensions permanentes qui tiennent le lecteur en haleine. 

 

Raphaël ADJOBI

Auteur : Kathryn Stockett

Titre : La couleur des sentiments

           Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par

           Pierre Girard.

 

Editions : Jacqueline Chambon, 2010

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