Lectures, analyses et réflexions de Raphaël

Vous trouverez ici des comptes rendus de lectures livresques concernant essentiellement l'histoire des Noirs d'Afrique et celle des Afrodescendants des Amériques et d'Europe. Les actualités de la diaspora africaine ne sont pas oubliées.

04 septembre 2012

L'armée française assure l'intérim du président des Ivoiriens

                L'armée française assure l'intérim

                       du président des Ivoiriens       

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01 septembre 2012

Sexe, harems, haras et esclavage des nègres Outre-Atlantique

        Sexe, harems, haras et esclavage des nègres

                                        Outre-Atlantique

                                          (par Raphaël ADJOBI)

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            D'une façon générale, dans la conscience populaire européenne, le harem évoque l'Orient et la liberté sexuelle des sultans, des rois et des princes. En d'autres termes, le pouvoir sans conteste du sexe fort sur le sexe faible ! Aussi, le mot et les images qu'il évoquait ont généré en Europe toute une littérature et des oeuvres artistiques des plus fantaisistes. Une véritable débauche de fantasmes sexuels masculins dont il serait difficile aujourd'hui de faire aisément la somme. Grâce à la littérature, on peut découvrir en ce XXIe siècle que la traite atlantique a offert aux Européens l'occasion de satisfaire les fantasmes qu'ils cachaient sous le vernis de l'art. 

            Il importe, avant toute chose, de connaître les gestes qu'accomplissaient les acheteurs d'esclaves au moment de prendre possession de leur marchandise. Précisément quand il s'agissait d'esclaves mâles.  N’est-il pas vrai que chacun de nous pense tout de suite à la vérification de la dentition et l'apparence physique du captif ? C’est, en effet, ce que nous montrent tous les livres d’histoire. Eh bien, les connaisseurs ne se limitaient pas à cela. Selon eux, le goût de la sueur du nègre permettait d'apprécier sa santé. Aussi avaient-ils coutume de s'en imprégner le doigt puis le porter à leur langue. Deuxième geste qu’ils ne négligeaient sous aucun prétexte : tâter les parties intimes du nègre. Cela leur permettait de vérifier s’il n'avait pas été l’objet de quelque mutilation. De nombreux individus ayant subi l'ablation de leur sexe par les arabes parce qu'ils voulaient en faire des eunuques ont, par la suite, fui ou été abandonnés. Il fallait donc s'assurer que la marchandise était entière. Imaginez l’humiliation que cela constitue pour tout homme ; surtout quand le geste est accompli par une femme ! 

            Compléter sa fortune en faisant de son esclave un étalon reproducteur que l’on peut louer à telle ou telle plantation était une pratique connue de tous les colons (Voir dans Belovedde Toni Morrison P. 135-136 ; p. 198 et 315 . éd. 10/18 ). Violer les esclaves noires, les séquestrer dans des cachettes pour abuser d'elles en temps voulu, les entretenir comme concubines dans des habitations loin du regard de leurs épouses, étaient des pratiques ordinaires des colons que l'on retrouve çà et là dans les littératures caraïbéenne et américaine. Presque toujours, les enfants nés de ces unions étaient vendus vers l'âge de 9-10 ans ; une façon aussi pour le maître de les éloigner afin de ne pas ternir sa réputation.

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            Comme l’appétit vient en mangeant, « certains colons du Brésil - remarque le cubain Lino Nova Calvo, en 1933 dans Pedro Blanco, el Negrero, - avaient (…) découvert que des enfants obtenus de ces unions avec de bons spécimens de négresses s'avéraient extrêmement beaux, au point que de riches brésiliens se les disputaient » (Le Négrier roman d'une vie ; traduction française publiée en 2011). Dès lors, ils décidèrent d'avoir le plus d'enfants possible avec des Noires et de les vendre. Très vite la nouvelle pratique se répandit dans toute l’Amérique latine et dans les îles Caraïbes. Plutôt que d'acheter des esclaves mâles pour leur force de travail, des colons se mirent à acquérir des filles noires pour les ensemencer eux-mêmes ! Ainsi naquirent les premiers haras humains. 

            Voici ce qu'écrit Lino Nova Calvo, à propos d'un des colons qui tenait ce type d'établissement : « Il se lança dans des opérations de croisements et obtint des espèces rarissimes, dont il tirait des femmes qu'on lui payait à prix d'or. » Mais comme le génie de l'homme ne connaît pas de limite quand il est aiguillonné par la cupidité, les propriétaires de ces haras vont perfectionner la marchandise. Un bel esclave métissé qui maîtrise un métier vaut forcément encore plus cher.  L'écrivain cubain dit donc du même colon : « Son établissement comprenait des écoles où il préparait la progéniture à différentes fonctions. Il élevait des cochers, des demoiselles de compagnies, des houris, des éphèbes, des danseuses, tout ce qu'on lui demandait ». Remarquez que l'auteur ne dit pas "sa progéniture" mais "la progéniture" afin de montrer l'absence de tout sentiment paternel dans cette entreprise industrielle. Voilà la réalité que vivaient certaines contrées de l'Amérique comme le Brésil où l'on compte un très grand nombre de personnes métissées. 

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            Poursuivons avec Lino Novas Calvo : « Beaucoup d'Anglais vivaient de ça [...]. Dans leurs îles, ils avaient des pépinières où ils élevaient ces belles créatures pour les harems hollandais. Ils avaient des haras d'hommes aux yeux bleus et aux corps de palmier, dont ils sélectionnaient la semence pour les croiser avec des mulâtresses, choisies elles aussi, et qui donnaient des sirènes. » Vous savez désormais d'où vient la ferme croyance selon laquelle une seule goutte de sang noir suffit à faire de n'importe quel Blanc un nègre. Dans L’autobiographie d’une esclave de Hannah Crafts, nous avons l’exemple édifiant de la veuve blanche d’un colon menacée par son notaire de révéler sa goutte de sang nègre s’il n’obtenait pas ses faveurs.  

            Tous les enfants - filles ou garçons - nés de ces unions industrielles entre les Blancs et les négresses devenaient donc très utiles dans tous les domaines et étaient très recherchés. Les filles métissées servaient souvent de concubines ou d'amantes et rendaient follement jalouses les épouses des colons. C'est encore dans Autobiographie d'une esclave d'Annah Crafts (Petite bibliothèque payot, 2007) que le lecteur trouvera le plus bel exemple. Mais les femmes de leur côté savaient aussi tirer profit de ce commerce. C'est, dit Lino Novas Calvo, dans ces haras que les grandes dames du Brésil, de Guyane et d'ailleurs venaient chercher leurs amants. Voilà ce qu'il dit en particulier des veuves : « Il y avait alors beaucoup de Hollandaises en Guyane. Certaines devenaient veuves jusqu'à six et même sept fois. Des femmes louves. Elles étaient plus résistantes que les hommes et vivaient vieilles. Il y en avait qui héritaient de nombreux maris et qui se retrouvaient avec un important personnel de nègres triés sur le volet. Des harems d'hommes déguisés ». En clair, des femmes blanches s'offraient plusieurs amants nègres. De toutes les façons, « la loi punissait sévèrement l'infidélité d'une femme avec un Blanc, mais elle fermait les yeux quand la femme du maître forniquait avec ses esclaves », conclut-il. 

            Le sexe, vous n’y pensiez certainement pas quand il vous arrivait de parler de l’esclavage. Alors cher lecteur, retenez pour votre gouverne et une fois pour toute ces paroles de l’esclave métisse Hannah Crafts, l’auteur de L’autobiographie d’une esclave : « Ceux qui s’imaginent que les plus grands maux de l’esclavage résident dans la souffrance physique n’ont pas une idée juste ou rationnelle de la nature humaine ». C’est dans la réglementation de la sexualité des esclaves par les Blancs, dans les humiliations publiques ou privées qui y ont été attachées qu’il faut aller chercher le vrai crime de l’esclavage. Ce sont ces humiliations sans retenue qui ont contribué à la négation du nègre au point d’en faire un animal ou un meuble.  Et pour comble de tout, cet animal ou ce meuble se transmettait de génération à génération ! Ce qui fait dire à Hannah Crafts que « le plus grand fléau de l’esclavage, c’est son caractère héréditaire. » Ainsi, le crime de l'esclavage était parfait !

Raphaël ADJOBI       (Pour contacter l'auteur du blog, cliquer sur sa photo)

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25 août 2012

Ouattara "a perdu le volant" de la Côte d'Ivoire, ou Quand le peuple découvre les porteurs du trône du préfet

Dramane Ouattara "a perdu le volant" de la Côte d'Ivoire

    ou Quand le peuple découvre les porteurs du trône du préfet

Dramane A           Lire l'article ici

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20 août 2012

Catfish, une histoire de combats, de liberté et de courage (de Maurice Pommier)

                                                 Catfish

        Une histoire de combats, de liberté et de courage

                                     (de Maurice Pommier)

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                       Voici un livre qui ravira les collégiens ! Un livre qui séduit d'abord par sa présentation : cartonné, large (format bande dessinée) et plein de belles illustrations - souvent pleine page - accompagnant le texte écrit en caractères suffisamment gras pour ne pas obliger le lecteur à écarquiller les yeux. Le récit est l'histoire d'un petit garçon qu'un vieil esclave d'Amérique du Nord a, un jour, trouvé dans la porcherie dont il a la charge.

            Le vieux George, qui comptait finir sa vie d'esclave sans plus d'histoire, est donc obligé de s'occuper de l'éducation d'un petit inconnu qui ne parle même pas. Selon la volonté de son maître blanc, l'enfant sera baptisé ; il s'appellera Scipio et apprendra toutes les corvées de la plantation pour être un bon esclave. Très vite, l'enfant et le vieil homme deviennent inséparables. Et quand Scipio retrouve l'usage de la parole, c'est avec fascination que le vieux George écoute les mésaventures qui l'ont conduit des Antilles à la porcherie de son maître. A son tour, sous l'insistance de l'enfant, le vieil homme lui raconte les conditions de sa capture en Afrique puis le voyage jusqu'aux côtes du Nouveau Monde. Deux récits qui plongent le lecteur non seulement dans les conditions de la traite mais aussi celles du travail épuisant et parfois dangereux des esclaves noirs.

            Cependant à cette époque, on ne passait pas son temps à se raconter des histoires. Le travail n'attendait jamais ! Comme Scipio est très habile de ses mains, il sera placé chez le tonnelier Jonas, un ancien esclave blanc, que la misère a entraîné en Amérique avec ses parents alors qu'il était enfant. Scipio - appelé Catfish par un vieil apprenti noir (vous saurez pourquoi en lisant le livre) - va donc grandir en apprenant à fabriquer des tonneaux et des barriques pour l'exportation du tabac vers l'Europe. Un vrai métier, un métier de blanc, selon le vieux George. 

            Malheureusement, un jour, Jonas, l'ancien esclave blanc, est obligé de quitter précipitamment son employeur. Il emmène Catfish avec lui. Ensemble, ils vont çà et là proposer aux planteurs leurs services. Mais c'est alors qu'éclate la guerre entre les colons et le roi de leur pays d'origine, l'Angleterre.

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            Ce livre allie excellemment l'histoire et l'aventure. Au-delà de la traite négrière et de l'esclavage avec les atrocités et les souffrances qui en découlent, c'est l'histoire de la naissance des Etats-Unis d'Amérique que les jeunes lecteurs découvriront ici. Ils apprendront comment des européens devenaient esclaves en Amérique, comment les esclaves blancs et noirs obtenaient leur liberté, comment était la vie dans les campagnes au moment de la guerre d'indépendance des Etats-Unis. Un livre très instructif mais écrit comme un roman d'aventure et non pas comme un livre d'histoire. C'est exactement ce qui le rend passionnant et fera sûrement son succès auprès des enfants dès la première année de collège. 

Raphaël ADJOBI

Titre : Catfish, une histoire de combats,                                                                                                  

            de liberté et de courage, 84 pages

Auteur : Maurice Pommier

Editeur : Gallimard Jeunesse, 2011 (20 euros)

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18 août 2012

Un été en Espagne ou les beautés du nord de la Catalogne

                                          Un été en Espagne

                        ou les beautés du nord de la Catalogne

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Les vacances ne sont pas toujours faites pour se reposer. Je dirais même rarement. Mais la fatigue qu'elles engendrent doit être prise pour de la "bonne fatigue" ; c'est-à-dire une fatigue forcément associée aux plaisirs. Je voudrais ici partager avec vous les plaisirs de mes récentes vacances et les observations que j'ai faites durant les différentes visites. Mon reportage s'organise en deux parties, parce que mes escales ont autant retenu mon attention que ma destination finale. 

          A - Sur la route de l'Espagne, les petits coins de France

            Puy-en-Vellay : Partis de Dijon le 13 juillet au matin, nous avions prévu une escale de deux nuits à Marvejols. Comme notre arrivée était arrêtée pour 19 h et que nous avions du temps à perdre, nous nous sommes arrêtés à Puy-en-Vellay. Une belle cité aux constructions en pierres d'un gris-clair magnifique ! L'église, construite au sommet d'une montagne aux pentes extrêmement raides mérite le détour. Quant au centre-ville, il retient l'attention par les couleurs différentes qui délimitent chacune des maisons des immeubles anciens. Une ville belle et très agréable mais où les automobilistes ne sont guère sympathiques. 

            Marvejols, Les Gorges du Tarn et Sainte-Enimie : Après la première nuit à Marvejols, le lendemain après-midi, nos amis nous ont emmenés visiter Les Gorges du Tarn. Combien de fois j'ai entendu vanter la beauté de ces lieux ? Eh bien, cette renommée n'est absolument pas usurpée ! Des vallées profondes et vertigineuses devant lesquelles l'être humain se sent petit, presqu'insignifiant ! Il faut presque regarder son voisin pour avoir conscience d'exister. On ne peut s'empêcher de penser à ceux qui vivaient ça et là, dans ces vallées, loin de tout, sans les moyens modernes de communication. Il fallait assurément plusieurs jours de marche pour aller d'un village à l'autre. L'autarcie était, de toute évidence, le mode de vie qui s'imposait à tous. Oui, assurément, l'homme est capable de s'adapter à toutes les formes de la nature ! 

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            Nous descendons ensuite dans la vallée pour découvrir Sainte-Enimie. De tous côtés, la montagne semblait un rempart à un jet de pierre et le ciel un simple morceau de drap bleu tendu au-dessus de nous. Le cadre est tout simplement impressionnant ! Sainte-Enimie est aussi le nom de la belle église -  très dépouillée - du village, le nom d'une princesse mérovingienne, soeur du Roi Dagobert (vous savez, celui qui a mis sa culotte à l'envers !) miraculeusement guérie de la lèpre en ce lieu à la fontaine de Burle. Reconnaissante à Dieu, elle avait fondé là un monastère. Les touristes se bousculent dans la partie basse du village où coule une rivière qui fait la joie des kayakistes.

            Collioure fait son cinéma : Le 15 juillet à 11 h, nous reprenons notre route à destination de l'Espagne. Nous nous arrêtons environ une heure à Collioure. Je ne sais plus quelle chanson a popularisé le nom de ce village tant aimé des artistes peintres. Mais quelle déception ! La minuscule plage surpeuplée donne l'impression d'être aux abords d'une foire. Quant au village, il semble que tout à été fait pour séduire l'oeil et non point le coeur. Une propreté de décor de cinéma qui vous fait croire que vous êtes sur le tournage d'un film. Ici, tout est dans l'artifice. Collioure ne mérite pas qu'on s'y attarde !

                         B - Les beautés du Nord de la Catalogne 

            La Catalogne et sa Costa Brava : Le 15 juillet à 17 h, nous arrivons enfin à destination à El Port de la Selva, voisine de Llança, située à une vingtaine de kilomètres de Figueras. C'est là que durant notre séjour fait de baignades et de visites des environs, matin, midi et soir, nous avons pris nos repas sur une grande terrasse avec vue sur la mer ! Rien que d'écrire cela me permet de revivre le bonheur d'y avoir été. 

Llança : Entre El Port de la Selva et Llança, la dernière est la plus grande. C'est là où se trouvent les grands commerces alors que la première n'abrite que des épiceries. Llançaa su se moderniser de la plus belle des manières : la principale rue qui va du port à la vieille ville est désormais plus large grâce à une piste cyclable et une piste piétonnière. Bravo ! Le port est plus joli avec ses belles terrasses. La plage a été repoussée et les baigneurs ne déboulent plus dans les pieds des promeneurs.  

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El Port de la Selva : Désormais, on peut aller de Llança à El port de la Selva (Photo ci-dessus / environ 8 km) à pied ou à vélo sans côtoyer les automobilistes. Bravo ! Une piste longe toute la côte et constitue une limite entre les nombreuses criques et les habitations. Avant de venir se désaltérer sur l'une des cinq ou six terrasses du bord de mer, il faut pénétrer dans les ruelles de la ville construite en escalier sur le flanc de la montagne. Des maisons blanches aux fenêtres bleues ou vertes ; des rues propres et silencieuses parce que souvent vides. Forcément, les après-midis, ou les gens font la sieste ou il sont à la plage. Ici, on a évité les grands ensembles d'habitations. Pas d'immeuble de plusieurs étages ! L'esprit "village" est préservé. Bravo !

Sant Pere de Rodes : On ne peut pas séjourner dans la région sans visiter ce monastère bénédictin construit sur l'un des sommets de El Port de la

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Selva. Attention, "ça grimpe sec" ! En moins de dix minutes, vous allez vous trouver à 600 m d'altitude ! En zigzaguant, bien sûr ! Lors de ma première visite, - il y a une dizaine d'années - c'était une ruine que l'on tentait de restaurer. Aujourd'hui, c'est un joyau qui séduit tous les visiteurs. Une restauration très réussie qui n'a pas cherché à laisser croire que le neuf est de l'ancien ! Elle a surtout privilégié l'harmonie.         

Figueras : L'entrée de la ville est désormais très belle. Une très belle avenue traverse deux allées d'arbres. De chaque côté de cette avenue, deux pistes piétonnières. Bravo ! Sur la gauche, un long parking - non encore bitumé - invite l'automobiliste à préférer ne pas entrer en ville avec sa voiture. Le centre-ville et le marché sont à environ dix minutes de marche. Une bonne partie du centre-ville est désormais faite de rues piétonnières magnifiques avec de jolis vitrines de magasin et des restaurants en plein air. On peut désormais se promener dans le centre de Figueras en levant la tête. Bravo ! L'entrée du musée Dali est excessivement chère ; près de 15 euros ! Longue file d'attente (photo) et foule à l'intérieur à prévoir.            

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Cadaqués : Dès l'entrée de la ville, laissez votre voiture dans l'un des parking payants. Marchez et découvrez les beautés de cette ville : elles résident dans les maisons blanches et dans les rues pavées de pierres non travaillées. Tout ici respire le calme d'un village. Par contre, le port est quelconque même s'il est très spacieux et permet de se promener sans être bousculé. 

conclusion : Je retiens de mon voyage deux choses : 1) On ne peut mieux découvrir une cité qu'en

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se promenant ; mais surtout en s'écartant des lieux qui semblent des appâts pour touristes. Il faut oser prendre les ruelles et ne pas oublier de lever la tête. Il faut oser prendre les rues vides pour profiter de la beauté des détails des maisons. 2) Je retiens aussi (à vrai dire, je confirme) que l'on ne doit pas entreprendre la construction d'une cité sans un projet d'aménagement du territoire bien pensé. Pendant longtemps - et aujourd'hui encore dans certaines villes de France - les villes ont été construites pour la voiture. Désormais, les projets semblent intégrer L'Homme et les divers moyens qu'il utilise pour se déplacer. L'Espagne l'a compris et c'est ce qui retient l'attention du visiteur attentif.         

Raphaël ADJOBI

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13 août 2012

La Caravane de la Liberté s'est arrêtée à Paris au cri de "Libérez Gbagbo !"

                           La Caravane de la Liberté

                           s'est arrêtée à Paris le 11 août 2012

                                    au cri de "Libérez Gbagbo !"

Agir et "faire savoir au monde qu'on ne peut plus tuer les leaders noirs dans le secret" (Maya Angelou / Militante noire-américaine

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   La caravane de la liberté

 

 

 

 

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09 août 2012

J'accuse Ouattara (Théophile Kouamouo)

                                                         J'accuse Ouattara

                                                       (Théophile Kouamouo) 

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            Dans la courte liste des livres qui tentent de nous faire comprendre à la fois les pans obscurs du conflit ivoirien et la responsabilité d'Alassane Ouattara, ce dernier essai de Théophile Kouamouo est assurément le plus audacieux et celui qui s'adresse au grand public et non point à des spécialistes de la chose politique. Sur un ton franc et admirablement clair, l'auteur suit non seulement la ligne chronologique des événements et des discours qui les ont préparés puis nourris mais aussi la savante construction des propos qui, çà et là, ont tenté de "blanchir" Ouattara et souiller Laurent Gbagbo, dernier adversaire devenu son ennemi. 

            L'indignation de Théophile Kouamouo devant la justice des vainqueurs est d'autant plus grande qu'ayant fait du traitement de l'information sur la Côte d'Ivoire sa spécialité, il a été très attentif aux propos partiaux de certains de ses confrères français et aux malignités avec lesquelles certaines organisations non gouvernementales, - comme Human Rights Watch - fabriquent de toutes pièces des faux pour discréditer ou disculper selon leur bon vouloir. Conscient du caractère ouvertement accusateur de son ouvrage, en bon tacticien, l'auteur remonte dans le passé jusqu'aux premiers signes annonciateurs du cataclysme ivoirien. Et là, que découvre-t-on ? Non pas "l'ivoirité" - la prétendue cause de tous les maux des Ivoiriens - mais bien la "charte du Nord" qui lui est antérieure et qui avait clairement dans ses lignes choisi Alassane Ouattara comme son étendard alors qu'aucune élection présidentielle n'était annoncée. Jamais la "Charte du Nord", ce "brûlot ethnocentriste datant de 1991", n'a été replacée avec autant de justesse dans l'histoire du conflit ivoirien pour en montrer les racines locales. Cette démarche fait apparaître de façon éclatante que, dès le départ, Alassane Ouattara avait choisi la voie tribale pour conquérir le pouvoir. 

            De toute évidence, c'est dans le chapitre intitulé "MPCI = RDR" que l'auteur fait éclater son talent d'enquêteur didacticien. Prenant sans cesse le lecteur à témoin, il le tient par la main, l'interroge, lui explique les liens existants entre tel discours et telle action qui le suit, puis le conduit logiquement à l'implacable conclusion. Il démontre ainsi l'implication de nombreuses personnalités issus du Nord dans toutes les actions conduites par les forces rebelles contre la Côte d'Ivoire. Le lecteur ne peut alors que se poser la question de savoir si le mutisme des personnalités nordistes qui n'ont pas suivi Ben Soumahoro et Balla Keïta dans leur refus de ce contrat tribal n'était pas un mutisme complice. N'oublions pas qu'ils ne se sont désolidarisés de manière collective et officielle de la rébellion qu'après les élections et le verdict du Conseil Constitutionnel. Jamais auparavant ils n'avaient démenti de la même manière les rebelles qui disaient s'exprimer au nom de tous les Nordistes ! Jamais ils n'avaient jugé offensant et dangereux l'attitude des leaders de leur bord qui, souvent, dans leur fief, abandonnant tout à coup le discours officiel en langue française, s'exprimaient en langue locale pour annoncer le projet de reconquête du pouvoir ! 

            Après la démonstration que la guerre ivoirienne était programmée intérieurement et extérieurement, Théophile Kouamouo s'attache, dans les derniers chapitres de cet ouvrage, à nous faire comprendre pourquoi malgré tous les crimes commis - (les gendarmes de Bouaké - les massacres de Petit-Douékoué et de Guitrozon - le massacre d'Anonkoua kouté - les massacres dans l'Ouest et à Douékoué - Les violences à l'hôtel du Golf) - et reconnus par Amnesty International et l'Agence Reuters, Alassane Ouattara ne sera jamais jugé par la justice internationale. Il ne le sera pas parce que "dans sa structure, [cette institution] est fondamentalement plus un instrument politique aux mains de ses bailleurs de fonds qu'une véritable institution judiciaire telle que conçue par les grandes démocraties" ; et aussi parce que "par une transitivité presque parfaite, (...) Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et un certain nombre de dignitaires onusiens, sont aussi coupables"de ces crimes contre l'humanité. Le livre montre d'ailleurs comment, sur place, le représentant de l'ONU a travaillé pour garantir à Ouattara une parfaite impunité. 

            Théophile Kouamouo nous montre donc qu'en prêtant attention aux propos des uns et des autres, les événements qui ont marqué le conflit ivoirien font indiscutablement d'Alassane Ouattara le grand bénéficiaire de tous les crimes des mouvements rebelles. La démarche analytique dont il fait preuve ici rend ce conflit compréhensible par tous : Africains, Européens, Ivoiriens. La richesse de la documentation et cette manière d'interpeller constamment le lecteur font de l'auteur un excellent juge d'instruction, conscient que son rôle est de s'attacher à tous les actes utiles à la manifestation de la vérité. Une vérité qui condamne Alassane Ouattara et qui est désormais à la portée de tous !

Raphaël ADJOBI               

Titre : J'accuse Ouattara, 114 pages

Auteur : Théophile Kouamouo

Editeur : Le Gri-Gri, mai 2012 (10 euros)

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06 août 2012

Tant que je serai noire (Maya Angelou)

                                                  Tant que je serai noire

                                                              (Maya Angelou)

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            Tant que je serai noire est le témoignage du parcours d'une militante noire-américaine pour l'égalité des droits civiques aux Etats-Unis et les libertés en Afrique. Le titre du livre paraphrase ou fait écho à la formule de M. Bunche - ce métis à "la peau (...) si claire  qu'il pouvait passer pour être blanc", ambassadeur des Etats-Unis à l'ONU et qui avait reçu le prix Nobel de la paix en récompense de son travail de médiateur dans le conflit  palestinien  - réagissant au refus opposé à l'entrée de son fils dans un club de tennis. "Tant et aussi longtemps que le plus humble métayer du Sud ne sera pas libre, je ne le serai pas non plus", avait-il dit. En reprenant à son compte cette formule, Maya Angelou semble affirmer dans ce roman autobiographique sa ferme conviction que son combat n'aura de terme que lorsque l'évidente injustice attachée à la peau noire prendra fin.

            Quelle immense et lourde tâche ! Et, effectivement, ce qui frappe avant tout dans la tranche de sa vie retracée ici, c'est cette multitude de combattants noirs illustres que l'auteur a croisés sur son chemin : la célèbre chanteuse Billie Holiday, le pasteur Martin Luther King, Malcom X (chef du mouvement Nation of Islam), le leader sud-africain Oliver Tambo,  l'écrivain James Baldwin... C'est dire combien son engagement était total ! Aussi, ce livre fourmille d'une foule d'informations relatives aux différents mouvements de lutte pour la cause noire et leurs actions en Amérique et ailleurs dans le monde. Toutefois, on ne perd jamais de vue que cette combattante était aussi une mère aimante et une femme dont la vie a suivi le parcours des vicissitudes de ses amours. 

            Cependant, au-delà du parcours chatoyant fait d'illustres rencontres et de la vie amoureuse pleine et agitée d'une mère, ce qui semble encore plus important à retenir ce sont les profondes interrogations et réflexions que le roman suscite chez le lecteur d'aujourd'hui. La contribution de la jeunesse blanche américaine aux luttes des Noirs dans les années 60 -  qui rappellera à certains l'engagement de la jeunesse communiste française dans la défense des leaders africains comme Mandela à la fin des années 70 - ne laisse pas indifférent. Au regard de ce fait, la rareté des jeunes blancs d'aujourd'hui au sein des luttes de soutien aux grands leaders mondiaux ne peut que nous interpeller. Les grands idéaux seraient-ils désormais de l'ordre de la protection de la nature et non plus de la fraternité et de la justice ? La défense des peuples à disposer d'eux-mêmes serait-elle devenue l'affaire des seuls intellectuels ? Et puis, pourquoi la solidarité entre les humains devrait-elle toujours se manifester dans le même sens ? Pour quelle cause humaine les Noirs d'Afrique et d'Europe sont-ils prêts à manifester aux côtés de leurs semblables Blancs pour leur témoigner leur solidarité ?   

            "Patrice Lumumba, Kwamé N'Krumah et Sékou Touré formaient le triumvirat africain sacré, celui auquel les Noirs américains vouaient un culte". Telle est l'une des affirmations fondamentales de ce roman qui mérite aussi réflexion. Aujourd'hui, quels sont les leaders sacrés des Noirs ? Quels sont les guides sacrés des Noirs qui, éparpillés dans le monde, rêvent d'un devenir meilleur là où ils se trouvent ? Peut-être que leur rêve n'est plus associé à la couleur de leur peau parce qu'ils sont persuadés d'être transparents, que leur couleur n'a aucune incidence ni sur les décisions des autres ni sur leurs propres choix. Si telle est leur conviction, des exemples précis tirés de l'actualité récente montrent qu'ils se trompent. En juillet 2012, aux Etats-Unis, un pasteur blanc a refusé de marier un couple au seul motif qu'ils étaient Noirs et que pareil cas serait une première inconcevable dans l'église de sa localité. Si on n'y prend garde, ce qui paraît ici un cas exceptionnel peut devenir ailleurs une généralité. Au Panama, en avril 2012, une jeune fille noire a été refusée en classe parce qu'elle portait des tresses africaines ! Son renvoi n'était pas un cas isolé mais bien la manière ordinaire de la communauté blanche de ce pays de montrer que la règle devrait être le défrisage pour les Noirs. La polémique a éclaté parce que les parents de la jeune fille ont réagi. Une manifestation de grande envergure, qui s'est étendue au Costa Rica, a été nécessaire pour qu'enfin chacun cesse de souffrir dans son coin. 

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            Retenons donc que la vigilance et la réaction franche et massive sont encore nécessaires malgré l'apparente fraternité universelle et qu'il serait encore bon de faire nôtres les précieux conseils que propose ce livre pour mener des actions militantes. En les lisant et en les méditant, les Africains et les Afrodescendants d'Europe et d'ailleurs se montreront les dignes successeurs de leurs aînés qui agissaient pour "faire savoir au monde qu'on ne peut plus tuer les leaders Noirs dans le secret". Si on les tue, si on les embastille ou les condamne injustement sans que nous réagissions, nous sommes coresponsables du mal qui leur est fait. Si vous êtes un grand admirateur des figures illustres de la cause des Noirs mais avez tendance à montrer de l'indifférence à l'égard des leaders actuels qui poursuivent leurs combats, alors ce livre est là pour remuer votre conscience. 

Raphaël ADJOBI 

Titre : Tant que je serai noire (407 pages)

Auteur : Maya Angelou

Editeur : Le livre de poche, sept. 2009

               (1ere édit. Les Allusifs, 2008)

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02 août 2012

Côte d'Ivoire : qui espérait se réconcilier avec qui ?

Côte d'Ivoire : Charles Konan Banny rend son tablier de pèlerin

de la réconciliation. En réfléchissant bien, on se demande 

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    qui espérait se 

 réconcilier avec qui ? 

      Lire l'article sur

  Les pages politiques

        de Raphaël

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12 juillet 2012

Le rêve du Celte (de Mario Vargas Llosa)

                                      Le rêve du Celte

                                   (de Mario Vargas Llosa)

Le rêve du Celte 0001

            Ce roman est une magnifique vulgarisation de la fascinante vie de Roger Casement, figure historique de la lutte contre les méfaits du colonialisme. Cet homme a, dans son combat pour la justice, réuni  le destin de trois terres sous domination étrangère au début du XXè siècle : le Congo (actuelle République Démocratique du Congo), l'Amazonie péruvienne et l'Irlande qui constituent les trois chapitres du roman. Au-delà de l'histoire coloniale de ces trois pays et de l'image d'humaniste attaché à ce révolutionnaire irlandais, ce livre nous donne à découvrir les féroces atrocités auxquelles se livraient les Européens dans les immenses forêts luxuriantes du Congo et de l'Amazonie, loin des yeux du monde. Quiconque lira ce livre et cherchera des bienfaits à la colonisation est digne d'être appelé un imbécile. 

            C'est du fond de sa prison londonienne, où il attend de savoir s’il va être pendu, que Roger Casement revient sur son passé et le dernier combat qui l’y a conduit. Contremaître dans l'expédition de 1884 de Henry Stanley Morton, puis chef d'équipe dans les expéditions de 1886 et 1888 du Nord-Américain Henry Shelton Sanford, il a vu les actions conjuguées des deux explorateurs aboutir à la création, en 1886, de l'Etat indépendant du Congo« dont le seul président et trustee (mandataire) était Léopold II », roi des Belges. Et c'est en sa qualité de Consul d'Angleterre à Boma (au Congo) puis au Brésil qu'il va mener la lutte pour l'amplification de la campagne de dénonciation contre l'Etat indépendant du Congo et ensuite contre la Peruvian Amazon Company basée au coeur financier de Londres.

            Sous le prétexte fallacieux de lutter contre la traite des esclaves pratiquée par les trafiquants arabes, Léopold II « avait expédié au Congo deux mille soldats de l'armée régulière belge auxquels il fallait ajouter une milice de deux mille indigènes, dont l'entretien devait être assumé par la population congolaise ». Tant de soldats pour développer un pays ? Tant de soldats à nourrir par la population en guise de contribution à l'oeuvre civilisatrice du Congo ? Détrompez-vous ! La vérité, c'est qu'avant la ruée sur le pétrole, le développement de l'industrie automobile au XIXè siècle avait fait apparaître en Occident un grand besoin en caoutchouc pour la fabrication des pneumatiques. Et le malheur a voulu que les forêts du Congo et du Pérou abondent en arbres à caoutchouc à l'état naturel ! Il fallait donc, en Afrique comme en Amazonie, obliger les populations indigènes non seulement à abandonner leurs occupations traditionnelles pour la récolte de la sève de l'arbre à caoutchouc, mais aussi que leurs épouses et leurs enfants se chargent de nourrir les soldats et les ouvriers retenus pour la construction des routes devant permettre l'acheminement des récoltes. 

            Il est facile d'imaginer qu'aucun peuple sur terre ne peut vivre une telle loi inique sans se rebeller. Et toute la force du roman est de montrer les multiples atrocités inventées par la soldatesque du "Monarque humanitaire" pour soumettre les Congolais, et celles pratiquées sur les Indiens par la société anglaise chargée de l'exploitation du caoutchouc en Amazonie. Pour rendre les contremaîtres exigeants et cruels, les sociétés d'exploitation du caoutchouc les payaient en pourcentage des produits recueillis. Tout lecteur attentif comprend évidemment que c’est pour accroître leurs gains que ceux-ci usaient des mutilations et des assassinats à l'encontre des fugitifs et des travailleurs qui ne satisfaisaient pas les quotas imposés : des hommes et des femmes étaient publiquement décapités ou fouettés jusqu'à la mort ; on coupait les mains sans distinction d'âge ni de sexe ; on écrasait le sexe des hommes, on noyait les enfants devant leur mère ! « Chaque collecteur (de lait d'hévéa) restait quinze jours dans la forêt, laissant sa femme et ses enfants en qualité d'otages. Les chefs (...) disposaient d'eux à discrétion pour le service domestique ou pour leurs appétits sexuels ».  

            Quel monde affreux que celui de la colonisation avec l'extrême cupidité comme moteur d'action ! Au Congo comme au Pérou, la force publique du colonisateur est en effet « comme un parasite dans un organisme vivant » ; une force entretenue par des communautés qui ne comprenaient pas ce qui leur arrivait. 

            Dès le début de son travail de collecteur de témoignages pour dénoncer l'Etat indépendant du Congo, Roger Casement a établi un parallèle entre l'Irlande et le Congo : « L'Irlande n'est-elle pas aussi une colonie ? [...] pourquoi ce qui était mauvais pour le Congo serait bon pour l'Irlande ? Les Anglais n'avaient-ils pas envahi l'Eire ? Ne l'avaient-ils pas incorporée de force à l'Empire... ? »  La conscience forgée par les injustices et les souffrances des Congolais puis des Péruviens, il va, au crépuscule d'une vie minée par la maladie, s'engager dans le mouvement révolutionnaire qui s'organise en Irlande contre le gouvernement anglais au moment même où la deuxième guerre mondiale devient imminente. Mais aux yeux de l'Angleterre, c'est le combat de trop ! 

            Avec ce livre, Mario Vargas Llosa nous persuade qu' « il n'existe pas pire animal sanguinaire que l'être humain ». Il montre que dans ces périodes de colonisation où les Européens prétendaient apporter la civilisation aux autres, les "bêtes", les vrais Sauvages étaient bien les Européens eux-mêmes. Cependant, il montre par ce portrait de Roger Casement que l'Europe, ce n'est « pas seulement les policiers et les criminels (qu'ils envoient). L'Europe, c'est aussi cet esprit intègre et exemplaire » que nous découvrons en Roger Casement et que nous gagnerons à découvrir aussi dans la personne du journaliste français Edmund D. Morel qui, le premier, a entrepris la dénonciation de la perversité du pouvoir de Léopold II sur le Congo. Aujourd’hui où certains tiennent absolument à trouver des vertus civilisatrices à la colonisation, il est heureux de constater que Mario Vargas llosa met sa notoriété au service de la vérité. Dans ce roman, lui aussi fait preuve d’intégrité et d’exemplarité en dénonçant les excès de la colonisation mue par la cupidité.

Raphaël ADJOBI

Titre    : Le rêve du Celte, 520 pages    

Auteur : Mario Vargas Llosa

Editeur : Gallimard, 2011(traduction française)

              (Titre original : El sueno del Celta, 2010) 

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