Lectures, analyses et réflexions de Raphaël

Vous trouverez ici des comptes rendus de lectures livresques concernant essentiellement l'histoire des Noirs d'Afrique et celle des Afrodescendants des Amériques et d'Europe. Les actualités de la diaspora africaine ne sont pas oubliées.

02 janvier 2013

Petite histoire des colonies françaises (T.4 : La Françafrique) de Grégory Jarry et Otto T.

              Petite histoire des colonies françaises

                             (Grégory Jarry & Otto T.)          

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            Comme le livre, ce billet s'adresse à chaque Français en particulier. Aussi je vais reprendre à peu près les termes de son introduction pour m'adresser à vous. Comme tout Français normalement constitué, vous savez comme moi qu'en 1960 notre gouvernement a accordé l'indépendance à nos colonies d'Afrique. Et c'est sans doute avec un pincement au coeur que vous en parlez parfois ; mais au moins nous pouvons tous dire que maintenant les Africains sont maîtres de leur destin, et ce n'est pas de notre faute s'ils n'arrivent pas à se gouverner et s'ils crèvent de faim.

            Nous sommes d'accord pour dire que nous n'avons plus rien à voir avec les problèmes de ces Africains incapables de tirer profit des aspects positifs de la colonisation après l’indépendance que nous leur avons accordée. 

            Cependant, voilà que Grégory Jarry et Otto T., deux individus sortis de je ne sais où, auteurs de ce manuel d'histoire qui s'inspire de la bande dessinée sans en être totalement une, nous interpellent en ces termes : « Réfléchissons deux secondes. Croyez-vous que notre président de l'époque, le général de Gaulle, ait pu lâcher notre empire colonial comme ça pouf, parce qu'un vent de liberté soufflait sur le monde ? »  Et l'air désolé, ils se disent obligés de nous avouer comment, en 1958, de Gaulle a pu installer "une monarchie non héréditaire" (Pierre Mendès France) baptisée Ve République, permettant à partir des années 1960 de « confisquer le pouvoir aux peuples fraîchement émancipés. Et tout cela depuis le palais de l'Elysée, dans le plus grand secret, sans passer par l'Assemblée nationale, sans contrôle démocratique », grâce, au départ, au talent du fils d'une blanche créole guadeloupéenne : Jacques Foccart. Le colonialisme, il s’y connaît ; il est tombé dedans quand il était petit. 

            Cette démonstration faite, ils passent en revue - tantôt avec humour, tantôt avec une déconcertante brutalité - le pilotage de tous les conflits africains depuis l'Elysée avec les médias comme caisse de résonance ou de propagande. La guerre d'Algérie tout d'abord, ensuite les élections au Gabon avec  Léon M'ba et son successeur Omar Bongo, la mort de Barthélémy Boganda, le premier président centrafricain, et l'installation au pouvoir de Jean Bedel Bokassa, la guerre au Biafra, et le premier président du Togo, Sylvanus Olympio, qui donna du fil à retordre à la France. Le génocide rwandais, le Burkina avec la mort de Sankara et l'avènement au pouvoir de son bourreau Blaise Compaoré, ainsi que le Congo de Patrice Lumumba et de son bourreau Mobutu ne sont pas oubliés. Bref, toute une série d'intrigues africaines menées de main de maître par les locataires de l'Elysée qui perpétuent une tradition gaullienne. 

           On imagine aisément les morts innombrables que toute cette manipulation des événements africains a causés. Aussi ce livre se termine sur une note d'espoir pour les Africains. L'espoir qu'un jour, les grands manipulateurs et leur cellule élyséenne pourraient être « inculpés de corruption et de détournement de fonds, de soutien à des dictatures totalitaires, d'organisations de coup d'Etat ayant conduit à l'assassinat de présidents démocratiquement élus, de complicité de génocide, tout cela avec préméditation et abus de pouvoir. » 

            Franchement, tout Français normalement constitué doit-il être reconnaissant à ces deux auteurs de nous ouvrir les grilles opaques du "domaine réservé" du président de la république que sont les affaires étrangères et plus particulièrement les affaires africaines ? Ne commettent-ils pas là un crime de lèse-majesté en offrant à chaque citoyen le droit de savoir et de juger ce que le président fait dans son "domaine réservé" de notre république démocratique ? Pour nous convaincre de leur sérieux, ils nous démontrent à la fin du livre que leurs propos sont basés sur une riche bibliographie faite d'auteurs de grande renommée. Ou bien vous lisez ce livre pour être assuré de ne pas dire d'ânerie sur l'Afrique, ou bien vous ne le lisez pas et vous vous interdisez tout commentaire sur les événements africains. Dans les deux cas, vous évitez de paraître bête. A vous de choisir !    

Raphaël  ADJOBI  

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                       

Titre : Petite histoire des colonies françaises (Tome 4 : La Françafrique)                                                                                          

Auteur : Grégory Jarry & Otto T.                                                                                                            

Editeur : Editions FLBLB, 2011, prix 13 euros

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22 décembre 2012

Tribulations d'un précaire (Iain Levison)

                        Tribulations d'un précaire

                                                (de Iain Levison) 

 

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          Depuis cinq ou six ans, en France, le discours politique relatif au monde du travail tourne autour de deux termes qui nous sont devenus familiers : la flexibilité et la mobilité. A vrai dire, alors qu'ils rythment la réalité quotidienne des Américains et des Anglais, rares sont les Français qui savent exactement ce qu'ils recouvrent. Quand vous aurez lu ce livre, la flexibilité et la mobilité professionnelles auront un sens concret pour vous ; et vous pourrez enfin donner votre avis sur l'avenir économique et social d'une France qui aura ces deux facteurs comme moteurs d'action. 

          N'importe quel lecteur sera écoeuré par les techniques que les entreprises mettent en œuvre afin que la mobilité des travailleurs ne soit que tout bénéfice pour elles. Pour que l'économie du pays soit forte, il faut que les entreprises fonctionnent sans contrainte liée au personnel. Il faut donc que l'arrivée (l'embauche) et le départ (le licenciement) de l'employé ne génèrent que des bénéfices et non des charges. En d'autres termes, il est absolument nécessaire de pouvoir se séparer de l'employé avant d'entrer dans l'engrenage de ses droits.  Car pour les patrons, là où commencent les droits de l'employé s'arrêtent les intérêts de l'entreprise. 

          Et pour que cette politique économique soit réalisable, les patrons ont deux armes essentielles : le temps partiel qui oblige à avoir plusieurs emplois en même temps, et le contrat à durée déterminée qui vous oblige à faire du zèle, à travailler comme un fou avec l'espoir de le transformer en contrat définitif alors que le patron sait bien que vous garder signifierait pour lui des charges ou des procès dans le cas où il ne voudrait plus de vous. Voilà comment la société condamne des milliers de gens à une vie précaire. Et comme avoir son appartement, sa voiture avec l'assurance, sa télévision à écran plat avec le câble, est devenu une nécessité, tout précaire pourra se demander avec l'auteur "quel est l'emploi qui à lui seul peut apporter à un individu un mode de vie confortable ?" Pourtant, on ne manquera pas de vous dire que c'est bien votre faute si vous ne gagnez pas assez pour vous assurer le confort et l'assurance médicale.         

          Au regard des tribulations de l'auteur (licencié ès lettres) qui accumule les boulots sans avoir le temps de se reposer et passe d'une contrée de son pays à l'autre jusqu'à devenir pêcheur en Alaska - et tout cela sans jamais obtenir la couverture médicale toujours promise et toujours espérée - le lecteur français se dira que nous avons au moins la chance d'avoir la sécurité sociale chez nous. Malheureusement, nous savons tous qu'il est question de réduire les charges de notre sécurité sociale et la protection qu'elle procure au seul motif qu'elle coûte chère. On oublie que derrière ce discours, les assurances privées attendent comme des vautours pour nous manger la chair sur le dos. 

          En lisant Iain Levison, le lecteur français s'imaginera aisément que la perte de la couverture sanitaire - plus de sécurité sociale - jointe à la flexibilité et à la mobilité, le mettrait exactement dans la même situation que l'auteur. Une situation due au fonctionnement d'un système économique dont ce livre est une peinture à la fois magnifique et effrayante. Quarante-deux emplois en six Etats différents en dix ans, est-ce encore une vie ? L'amie qui m'a conseillé Tribulation d'un précaire m'avait dit : « Je sais que le sujet ne fait pas partie de tes thèmes habituels. Mais lis ce livre ; je suis sûre qu'il te plaira ».  A mon tour, je vous dis : lisez-le ; il vous plaira assurément. 

Raphaël ADJOBI 

Titre : Tribulations d'un précaire

Auteur : Iain Levison

Editeur : Editions Liana Levi, 2002 (traduct. franç.)

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17 décembre 2012

Les tueries par arme à feu : l'Amérique récolte ce qu'elle a semé

                           Les tueries par arme à feu :                        

                  L'Amérique récolte ce qu'elle a semé 

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            « De 7 à 17 ans, les fusils Daisy feront de vos Noëls des moments inoubliables », clame une publicité américaine pas très ancienne. Mais, en cette année 2012, il est certain que la dinde de Noël aura un goût de chair humaine dans de nombreuses demeures du pays de l'oncle Sam.           

            « L'Amérique pleure ses enfants et se demande "pourquoi ?" » C'est ce que l'on lit et entend çà et là. L'Amérique chercherait-elle vraiment à comprendre ce qui lui arrive ? Absolument pas. On ne peut nullement croire à ces interrogations de circonstance. 

            En juillet dernier, après la fusillade qui a suivi la première du film Batman à Aurora, dans une banlieue de Denver, et qui a fait 12 morts et 58 blessés, nous avons eu droit aux mêmes questions et aux mêmes lamentations. Cette fois, à une semaine de Noël, ce sont 20 enfants et 6 adultes qui sont les victimes d'un jeune de 20 ans, à Newtown, dans le Connecticut au nord de New York. Mais quand tout le monde aura essuyé ses larmes, chaque Américain défendra avec force et vigueur la liberté de se protéger des autres citoyens. Et cette liberté passe par le droit de disposer d'une arme à feu ! C'est un droit auquel de nombreux Américains tiennent comme à la prunelle de leurs yeux. 

            Ce qui arrive à l'Amérique aujourd'hui n'est rien d'autre que la conséquence de la construction d'une très vieille tradition, d'une très vieille culture. Pour bien la comprendre, il faut aller au-delà des lobbies des armes qui n'ont fait que tirer profit d'une volonté politique longtemps considérée comme le moteur de la construction d'une Amérique blanche et forte. Il faut remonter à la conquête des terres de cette partie du monde contre les Indiens, puis passer par la traite négrière et enfin par la ségrégation raciale pour en saisir les racines profondes. Oui, c'est dans la volonté de construire une nation blanche et puissante contre les Indiens puis contre les Noirs qu'est née la culture des armes. Avant que chaque Américain ne puisse jouir de ce droit, il était exclusivement réservé aux seuls Blancs. 

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            Il fallait chasser le sauvage indien, le tirer comme un bison ou le parquer dans des réserves afin de se faire de la place. Une fois ce travail réussi, il fallait prévenir les révoltes des esclaves noirs et se protéger de leurs petits larcins. N'oublions pas non plus la belle époque où on allait à la chasse au nègre après la messe du dimanche ! Pour accomplir tout cela, pour montrer la domination d'une race blanche et forte, sûre d'elle-même, le port d’une arme était évidemment nécessaire. D'où les belles publicités américaines dans lesquelles les armes à feu faisaient partie des cadeaux que l'on offrait à ses chers enfants non seulement pour leur faire plaisir mais encore pour leur apprendre à devenir des Américains forts sachant défendre leurs positions raciale et sociale. Tout un programme d'éducation ! 

            Malheureusement, l'être humain à la mémoire courte. Quel journal de notoriété nationale ou internationale oserait porter cette explication sur la place publique maintenant que posséder une arme n'est plus réservé aux seuls Blancs ? On se contente de poser des questions et d'étaler sa grande affliction mais on n'est pas capable de dire la vérité pour ne pas jeter la pierre au passé de toute une nation. Que les Américains se disent qu'ils meurent par les armes parce que leurs ancêtres les ont condamnés à vivre l'arme à la main. Si réellement ils en souffrent, qu'ils aient l'audace d'interdire sa vente au public. Quand des citadins achètent librement des armes, ce n'est point pour chasser le pigeon. 

° Les images sont extraites de l'excellent livre d'Annie Pastor, Les pubs que vous ne verrez plus jamais, édit. Hugo Desinge, sept. 2012. 

Raphaël ADJOBI

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26 novembre 2012

Laurent Gbagbo, démocrate avant Fillon et Copé

    Un tract sur la toile pour réhabiliter Laurent Gbagbo

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19 novembre 2012

Du cannibalisme

                         Du cannibalisme 

Une mise au point s’impose dès lors que l’on entreprend de parler du cannibalisme. Il convient de balayer le préjugé qui fait de cette pratique une spécificité de l’Afrique, de l’Australie et des deux Amériques. Il faut l’affirmer tout net : c’est une pratique universelle ! A un moment ou à un autre, dans toutes les parties du monde – donc en Europe et ailleurs – les hommes ont été amenés à consommer de la chair humaine. Les guerres effroyables en Europe et les famines qui les ont accompagnées ont poussé les hommes, çà et là, à cette résolution. On peut croire aussi que dans de nombreuses contrées du monde ou de nombreuses civilisations, à des périodes de l'histoire humaine, cet usage a pu être un élément incontournable des rites mystiques.   

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          Cela dit, si l’image des Africains cannibales a prospéré jusqu’à une époque récente, c'est bien dans l'histoire de ces peuples qu'il faut chercher l'explication. Aucun Blanc n’a vu des Africains tuer un être humain et le manger. Ce qui est par contre sûr, c’est que durant la traite atlantique, les négriers blancs nourrissaient les captifs noirs qu’ils transportaient vers le Nouveau Monde avec de la chair humaine. La raréfaction des vivres et les risques du voyage, écrit Lino Novas Calvo (Pedro Blanco, el negrero, 1933), obligeaient les cuisiniers à sacrifier des bien portants pour nourrir les autres captifs. Vous n’allez tout de même pas croire qu’ils nourrissaient quatre à cinq cents nègres avec du pain et du fromage pendant les quatre ou cinq semaines de traversée ? C’est clairement avec les récits des négriers que s’était propagée l’idée que les Noirs étaient des cannibales. Celle-ci a été ensuite entretenue grâce aux diverses expositions coloniales et les affiches vantant la passion des Noirs pour la chair humaine. Lors de ces expositions, on prenait soin de tenir certains Noirs dans des enclos pour bien faire croire au public blanc leur dangerosité. 

          Pour terminer, voici une information réjouissante : selon la revue Beaux Arts de septembre 2012, l'exposition "Exhibitions, l'invention du sauvage", projet emmené par le commissaire Lilian Thuram du 29 novembre 2011 au 3 juin 2012, fut l'exposition d'anthropologie la plus visitée depuis l'ouverture du musée du quai Branly. Durant les 152 jours d'exposition, il y eut 266 774 entrées ; soit 1755 entrées par jour. Beau succès donc pour ce projet !   

 

Raphaël ADJOBI

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10 octobre 2012

Congo (Eric Vuillard)

                                                        Congo

                                                   (Eric Vuillard) 

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            Après le beau et très émouvant roman de Mario Vargas Llosa qui va certainement contribuer à populariser le grand dénonciateur des crimes de Léopold II au Congo que fut Roger Casement, voici un petit livre dans lequel Eric Vuillard ressuscite quelques figures des représentants des quatorze nations européennes qui ont orgueilleusement décidé du dépeçage de l’Afrique en 1884, à Berlin, et permis, par la même occasion, la tragédie congolaise. 

            L’auteur commence par nous plonger dans l’ambiance très aristocratique de cette réunion des Grands, et souligne d’un ton moqueur sa théâtralité. C’est d’ailleurs sur ce ton qu'il peint ensuite les représentants de la France, des Etats-Unis, du Royaume-Uni, de la Belgique, de la Turquie,… et du maître de cérémonie, le chancelier allemand Bismarck. « On n’avait jamais vu ça. On n’avait jamais vu tant d’Etats essayer de se mettre d’accord sur une mauvaise action. » Si l’auteur se joue des personnages choisis, il reste très soucieux de la vérité sur leurs vies personnelles. Sans doute pour bien souligner l’insignifiance de ces êtres malgré le grand décor de théâtre, de « comédie », mis sur pied pour l’histoire. 

            L’auteur n’oublie pas non plus les acteurs de terrain comme Henry Morton Stanley qui viendra, devant les représentants des grandes puissances, défendre l’urgence du projet de Léopold II. D’ailleurs, précise Eric Vuillard, très vite la conférence a tourné autour du Congo. Nous découvrons aussi Fiévez, celui qui a eu l’idée géniale de faire couper des mains pour justifier le bon usage des balles. Il faut dire que les surveillants avaient tendance à tuer des animaux pour leur nourriture plutôt que de donner la chasse aux hommes qui abandonnaient la récolte du caoutchouc. 

            C’est un petit livre plaisant par son ton ironique et aussi très instructif parce que, outre le regard rapide jeté sur les intrigues des sociétés privées qui dominent le monde, nous avons enfin les portraits des décideurs, des instigateurs, de ceux à qui profite le crime ! Un livre écrit à la fois comme un roman historique et un essai, avec un zeste de poésie quand le ton semble une prière pleine d’interrogations lancées à la face du ciel.

Raphaël ADJOBI

Titre : Congo (Récit), 95 pages

Auteur : Eric Vuillard

Auteur : Actes Sud, mars 2012

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02 octobre 2012

Les manoeuvres de Ouattara autour de la guerre au Mali dévoilées

                    Les manoeuvres de Ouattara

           autour de la guerre au Mali dévoilées 

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  Ouattara et le Mali

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26 septembre 2012

Tombouctou, mon amour

      Tombouctou, mon amour

En prenant pour prétexte la défense de ce patrimoine de l'humanité,

veut-on nous pousser à la boucherie ? Quel est le crime des Touaregs ?   

Tombouctou_XIVe_s   Lire l'article sur

Mes pages politiques

                 ou

Tombouctou, mon amour

 

 

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24 septembre 2012

Le visage du racisme américain sous Obama vu par Toni Morrison

       Le visage du racisme américain sous Obama

                                 vu par Toni Morrison  

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            Dans le cadre du festival América, - manifestation littéraire française consacrée aux littératures américaines – un journaliste de France Inter a pu approcher Toni Morrison pour avoir son sentiment sur l’état du racisme aux Etats-Unis sous Obama. La clarté et la netteté de la réponse de l’Américaine, Prix Nobel de littérature, mérite réflexion. 

            A la question de savoir si le racisme persiste sous Obama, Toni Morrison a répondu, sans aucune hésitation « oui ! » Puis elle a expliqué que sous Obama le racisme est devenu plus voyant, plus « explicite ». Un racisme « décomplexé ». Désormais, ajoute-t-elle, certaines personnes ne cachent plus leur animosité à l’égard des Noirs sous des politesses conventionnelles. Le racisme semble pour beaucoup une valeur officielle.

            Ces propos ne peuvent que nous ramener à notre actualité française où il est question pour certains – depuis quelques années - de clamer haut et fort qu’ils font partie de « la droite décomplexée » ; ce qui suppose qu’ils ne renient pas le racisme. En effet, par le mot « décomplexé », la droite française montre son refus de laisser à l’extrême-droite le monopole du racisme. Bien au contraire, elle veut l’assumer et en faire son fonds de commerce. 

            En France comme en Amérique, les choses sont donc claires. Point de silence hypocrite, point de vote dénué de toute intention raciale ou anti-raciale. C’est peut-être mieux ainsi, non ? Ici comme aux Etats-Unis, on va pouvoir choisir plus facilement avec qui cheminer dans la vie conjugale comme dans la vie politique. 

Raphaël ADJOBI

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20 septembre 2012

Zamore et Mirza ou l'esclavage des Noirs (Olympe de Gouges)

                                             Zamore et Mirza

                                        ou l'esclavage des Noirs

                                                (Olympe de Gouges)

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            L'une des premières grandes figures du féminisme en Europe, Olympe de Gouges, auteur de la célèbre Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne (1791), était aussi une grande militante de la cause des Noirs. Des deux combats qu'elle a menés de front, ce dernier est celui qui lui a coûté le plus d'énergie et d'ennemis. Une pièce de théâtre, Zamore et Mirza (1785), et un essai, Réflexions sur les hommes nègres (1788), sont les marques de son engagement qui nous permettent, aujourd’hui, de la compter au nombre des grands abolitionnistes. 

            Zamore et Mirza est une pièce assez brève, en trois actes, qui a pour but clair et net la dénonciation de l'esclavage des Noirs. Elle compte six personnages principaux dont un couple d'esclaves en fuite. L'intendant blanc du gouverneur de leur île avait jeté son dévolu sur la belle Mirza, amante de Zamore. Pour avoir été repoussé, il choisit ce dernier pour être l'instrument du supplice à infliger à Mirza. Le jeune esclave désobéit ; et  aux yeux du colon blanc, cela mérite la mort !

            Voilà donc Zamore et Mirza devenus des esclaves marrons. Leur isolement est propice à des réflexions sur la nature humaine et la place des esclaves dans la société coloniale. « Dis-moi, pourquoi les Européens et les habitants (1) ont-ils tant d'avantages sur nous, pauvres esclaves ? Ils sont cependant faits comme nous, nous sommes des hommes comme eux : pourquoi donc une si grande différence de leur espèce à la nôtre ? » demande Mirza. « Cette différence est bien peu de chose ; elle n'existe que dans la couleur, mais les avantages qu'ils ont sur nous sont immenses. L'art les a mis au-dessus de la nature : l'instruction en a fait des dieux, et nous ne sommes que des hommes », répond Zamore. Au cours de leur fuite, ils sauvent un couple de français naufragés d'un navire en provenance de l'Europe. Avec l'aide de ce couple de blancs, comment Zamore et Mirza vont-ils convaincre le gouverneur et les colons - qui exigent leur mort - de leur innocence ? 

            Certes, l'amour de Zamore et de Mirza est le reflet du romantisme du XVIII è siècle et rappelle à certains égards celui de Roméo et Juliette. Et certains sentiments évoquent ceux de Jean-Jacques Rousseau quant à la bonté naturelle de l'homme. Mais, dans un cas comme dans l'autre, rien n'apparaît excessif. Et si l'auteur oppose la pureté des sentiments des amoureux à la rigueur ou la férocité des colons, il ne manque pas de montrer qu'il y a des blancs qui ont non seulement le sens de la justice mais sont également capables de compassion. Le gouverneur est un homme bon et un maître exemplaire. Zamore fait la différence entre les colons, injustes et cruels, et les Français d'Europe qu'il imagine plus humains et prêts à changer leur sort : « Une morale douce et consolante a fait tomber en Europe le voile de l'erreur. Les hommes éclairés jettent sur nous des regards attendris ; nous leur devrons le retour de cette précieuse liberté, le premier trésor de l'homme, et dont des ravisseurs cruels nous ont privés depuis si longtemps ». 

Non, les Blancs ne sont pas tous mauvais ; et l'auteur a tenu à le souligner afin de bien montrer que la justice et l'amour entre les humains sont des combats qui dépassent la couleur de la peau. Ce sont des idéaux qui sont ancrés dans le cœur des humains - Blancs et Noirs - et qu'il convient de ne pas laisser supplanter par l'artifice et la cupidité de certains. Vous trouverez dans l'introduction de cette pièce une juste idée à la fois des remous suscités par sa représentation à la Comédie Française en décembre 1789, et de l'animosité des colons à l'égard de son auteur. Une abolitionniste et une humaniste, telle était Olympe de Gouges. N’oublions jamais que pour avoir dénoncé la violence sous toutes ses formes et plus particulièrement la peine de mort, elle est morte guillotinée.             

(1) : les Indiens 

Raphaël ADJOBI 

Titre : Zamore et Mirza, ou l'esclavage des Noirs ; 78 pages

Auteur : Olympe de Gouges

Editeur : Flammarion, collection Librio, 2007 (2 euros) 

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