Lectures, analyses et réflexions de Raphaël

Vous trouverez ici des comptes rendus de lectures livresques concernant essentiellement l'histoire des Noirs d'Afrique et celle des Afrodescendants des Amériques et d'Europe. Les actualités de la diaspora africaine ne sont pas oubliées.

26 janvier 2012

Néfertiti la Blanche ou la falsification de l'histoire nègre

                               Néfertiti la Blanche

          ou la falsification de l’histoire nègre

Néfertiti 0002            La belle image de l’égyptienne Néfertiti sous les traits magnifiques de la femme européenne idéale qui a fait croire à l’existence d’une Egypte blanche est en réalité une falsification de l’histoire. Oui, l’Egyptienne Néfertiti sous les traits de la belle blanche n’a jamais existée ! Tous les bijoux vendus à prix d’or, tous les bustes qui drainent des foules dans les musées ne sont qu’une supercherie parce que fruits du génie d’un faussaire allemand. On vous a bien eus ! Les lorgnettes, la barbe blanche, le beau casque colonial, le verbe haut et l’air altier ne font ni la vérité scientifique ni la vérité de l’histoire de l’humanité. 

            De toutes les statues égyptiennes, la mieux conservée et la plus européenne est celle de Néfertiti, l’épouse du pharaon Akhenaton. Cependant, les témoignages de l’antiquité ne parlent que d’une Egypte nègre. Ceux des premiers voyageurs européens des temps modernes parlent d’immenses statues nègres. Puis, très vite, il ne fut plus question d’évoquer, ni dans les manuels scolaires ni dans les discours politiques, quelque lien des anciens Egyptiens avec les peuples noirs. Dans l’océan des certitudes des chercheurs blancs dont les idées seront popularisées par les films hollywoodiens, le fruit du travail de l’Africain Cheik Antah Diop apparaissait alors comme une hérésie. 

            Puis voici qu’au printemps 2009 – comme l’a montré le documentaire diffusé sur France 3, le mercredi 28 décembre 2010 – Henri Stierlin, un historien suisse, publie le résultat de vingt années de recherches mettant en cause l’authenticité du buste de Néfertiti. Selon lui, ce buste que l’égyptologue allemand Ludwig prétend avoir découvert en 1912 n’est rien d’autre qu’un faux, une réalisation personnelle idéalisant la femme blanche. Une statuette que son découvreur dit tombée d’une hauteur d’un mètre cinquante et qui n’a pour toute égratignure qu’une oreille légèrement ébréchée laisse perplexe ! Le documentaire montre que le contemporain de Ludwig qui, le premier, a voulu le dénoncer, a été aussitôt nommé conservateur du musée qui a accueilli le fameux buste de Néfertiti. Une façon très adroite d’étouffer la supercherie.

            Retenons ceci : outre toutes les preuves avancées par Henri Stierlin pour dénoncer la tromperie, il y en a une qui fait appel au libre arbitre de chacun. Sachez qu’en Egypte, les pierres et l’argile de l’antiquité se trouvent en grande quantité sur les différentes ruines, jusqu’au centre du Caire. De ces matériaux, on peut fabriquer la statue que l’on veut avec l'attestation scientifique qu'elle est de l’époque pharaonique. A matériau de l’époque pharaonique, vous obtenez, au 19è ou au 21è siècle, une statue de l’époque pharaonique ! C’est aussi simple que cela ! Depuis le 19è siècle, les nombreux faussaires n’ont jamais été inquiétés puisque n’importe qui peut vous procurer un certificat d’authenticité du caractère antique de sa fabrication. Et un conservateur de musée l’affirme : tous les musées du monde possèdent de fausses sculptures antiques égyptiennes. Voilà qui fait plaisir !  

Le sphinx 0005            Si ça peut vous rassurer, sachez qu’il n’y a pas que dans le domaine de l’art Egyptien qu’il y a des faux. Dans le domaine de la peinture, beaucoup d’œuvres célèbres ont leurs faux qui ont acquis presqu'autant de valeur que les oeuvres de maître. La seule différence avec la supercherie concernant Néfertiti, c’est que le faussaire allemand à porté atteinte à l’histoire de tout un peuple, de toute une culture.

            Comme pour se faire pardonner ou pour cacher le mensonge, les Européens parlent depuis quelques années de pharaons noirs afin que l’on accepte l’idée de pharaons blancs. La silhouette svelte et le nez fin des Ethiopiens, des Kenyans et des Somaliens qui rappellent l’Egypte ancienne n’a rien à voir avec les Européens souvent bedonnants et aux traits gras d’aujourd’hui ou ceux  des sculptures antiques gréco-romaines. C'est ce que reconnaît aujourd'hui l'historien François-Xavier Fauvelle, directeur de recherche au CNRS et chercheur honoraire à l'université de Witwartersrand en Afrique du Sud : « l'Egypte... les archéologues en ont fait un isolat, sans relation avec son environnement africain » (entretien accordé à Sylvie Briet pour la revue Sciences et Avenir de juillet-août 2010).

                           Une négation du génie africain

                            pour magnifier le génie blanc  

            Avec la construction de la notion de race au 19è siècle, il était, en effet, difficile pour les Européens qui s'étaient lancés dans la recherche de matériaux sur le terrain africain pour étayer leur thèse de reconnaître que leurs trouvailles allaient à l'encontre de l'infériorité des Noirs qu'il fallait absolument démontrer. Ainsi, plus de deux siècles après le capitaine portugais Pegado (1531), quand en 1871, à son tour, l'explorateur allemand Karl Mauch arrivera sur le site de pierres que les natifs du lieu appelaient Zimbabwoe - qui donnera son nom à l'actuel Zimbabwe - il s'entêtera à donner une origine européenne aux belles constructions qu'il a découvertes : « Tous (les habitants du lieu) sont convaincus qu'un peuple de Blancs habita jadis la région car il existe aujourd'hui des restes d'habitations et des outils en fer qui n'auraient pas pu être produits par des Noirs. [...] Je ne crois pas me tromper en supposant que la ruine sur la montagne est une imitation du temple de Salomon au mont Moria et que la ruine sur la plaine est une copie du palais dans lequel la reine de Saba résidait durant sa visite à Salomon [...] En outre, ces ruines sont parfaitement conformes aux constructions phéniciennes bien connues. Des natifs ou des arabes auraient construit différemment. » Vous aurez remarqué que s'il affirme que ce sont les habitants du lieu qui sont convaincus que ces habitations sont une oeuvre des Blancs, c'est bien lui, Karl Mauch qui se justifie. Aucun Noir ne peut avoir dit à un étranger que les Noirs sont incapables de produire de tels habitations et de tels outils en fer ! Jamais ! Et comment auraient été ces édifices si c'était des Noirs qui les avaient construits ? Karl Mauch ne le dit pas. Affirmation gratuite et mensongère donc ! Le Grd Zimbabwe 0005  

            Il a fallu attendre 1929 pour que l'archéologue britannique Gertrude Caton-Thompson démontre l'origine bantoue du site. Mais ses conclusions ne furent pas acceptées par tous. « Le mythe colonial d'une tribu blanche ancienne fondatrice d'empire au coeur de l'Afrique profonde » a la vie dure. Dans les années 1960, sous le régime d'apartheid instauré au Zimbabwe, alors appelé Rhodésie, l'archéologue Peter Garlake avait été censuré par le pouvoir blanc et avait dû quitter le pays en 1970 pour avoir démontré, à son tour, l'origine bantoue du site.                   

Femme de Ife 0005                                                                Toujours dans la négation du génie africain, au début du 20è siècle, l'ethnologue allemand - encore un ! - Léo Frobenius découvrant les pièces très anciennes trouvées en Ife, au Nigeria, « se servira de leur ressemblance avec la statuaire grecque pour déduire abusivement que les grecs anciens étaient allés en Afrique. D'Afrique, il y a des masques et des bustes qui sont très proches de la statuaire grecque antique - à ceci près que certaines pièces sont en terre cuite, d'autres en cuivre martelé ». (J.M.G. Le Clézio, dans un entretien avec Nathalie CROM, in Télérama n° 3223 du 19 octobre 2011). Est-il nécessaire d'ajouter des observations supplémentaires à celles de Jean-Marie Le Clézio ? Non ! Force est de reconnaître que cette volonté délibérée de nier tout génie à l’Afrique a rempli les bibliothèques européennes de mensonges outranciers qui déshonorent tout un pan de la science et de l’histoire humaine                                                                                                                          

Tête Olmèque 0005            Pour revenir à l'Egypte ancienne, disons que la vérité se trouve aujourd’hui du côté de l’historien africain Cheik Antah Diop et d'une nouvelle race de chercheurs qui ne frémit pas de terreur quand la vérité vient à se révéler contraire à ce que l'Europe préférait croire. C'était d'ailleurs, au début du XXè siècle,  le souhait du Dr Chancellor Williams (Destruction of Black civilisation ; cité par Runoko Rashidi dans "Histoire millénaire des Africains en Asie"). Pour terminer, je vous pose cette question à votre bon sens, égyptologues, scientifiques, savants, cultivés ou incultes : quel est parmi les quatre peuples de la terre, celui qui, avant les grandes découvertes et les grandes migrations de l’époque moderne, était répandu sur les quatre continents ? Réponse : avant le 16 è siècle de notre ère, seuls les Noirs ont laissé des traces sur tous les continents. Et quand ils n'ont pas totalement disparu comme en Australie, en Nouvelle Zélande, ou sur les nombreuses îles d'Asie, les Noirs sont reconnus être des autochtones. Ce qui fait dire à un historien anglais qu’avant l’époque moderne, seuls les Noirs avaient conquis le monde en migrant sur les différents continents. 

Raphaël ADJOBI

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10 janvier 2012

De l'odeur des Noirs

                                    De l'odeur des Noirs

Avertissement : Apparemment, beaucoup de lecteurs n'ont pas compris  que cet article situe dans le temps, de manière précise, la naissance du préjugé selon lequel le Noir sentirait mauvais. Avant la traite négrière atlantique, ce préjugé n'existait pas en Europe où on connaissait les Noirs depuis la nuit des temps. A la lecture des commentaires, on se rend compte que ces personnes sont incapables de comprendre que même la science ne permet pas d'attribuer une odeur particulière à la peau noire, à la peau blanche, à la peau jaune ou à la peau rouge. Affirmer pouvoir reconnaître à l'odorat une personne noire signifie par voie de conséquence que l'on peut reconnaître les autres couleurs de peau à leur odeur ou absence d'odeur ; ce qui est d'ailleurs la même chose. L'un ne va pas sans l'autre ! Assurément, à moins d'avoir une malformation de l'odorat, personne n'est capable, les yeux bandés, de faire la différence entre une personne noire, blanche, jaune ou rouge en se fiant à son nez. Même un chien non entraîné n'en est pas capable. Ceux qui affirment avoir ce talent  ignorent qu'ils sont pétris de préjugés ou tout simplement qu'ils ne sont pas de la nature humaine.

                                                

numérisation0002            Vous souvenez-vous de cette image d'un joueur blanc se tenant le nez et agitant l'autre main signifiant à un joueur noir qu'il sentait mauvais ? Et le discours de Jacques Chirac en juin 1991 évoquant "le bruit et l'odeur" des immigrés africains, l'avez-vous encore en mémoire ? Sans doute. De tels faits ne s'oublient pas aisément. Savez-vous que ces dérapages relatifs à l'odeur des Noirs tirent leur origine d'une réalité historique ? Oui, avant d'alimenter les préjugés dans une désolante continuité, la mauvaise odeur attachée à l'homme noir est née à un moment précis de l'histoire de l'humanité, mais bien malgré lui.

            Vous vous demandez quand et comment ? Eh bien, cette idée que les Noirs sentent mauvais est née avec la traite négrière ! Mais avant d'être attachée définitivement à l'homme noir par extrapolation, la mauvaise odeur était d'abord spécifiquement attachée à la traite atlantique et par voie de conséquence à tous les ports négriers. Aussi, lit-on dans "Le négrier, histoire d'une vie" de Lino Novàs Calvo que « Recife (...), premier port négrier du Brésil, comme tous les ports négriers, puait. » La peinture que cet écrivain fait du port de Nantes est édifiante : « Le fleuve était peuplé de navires négriers qui entraient et sortaient. Nantes ne voyait pas la traite, mais les bateaux revenaient imprégnés de cette puanteur spéciale. Sur le fleuve, on ne respirait pas d'autre air. C'était là le premier port négrier de France. » L'auteur ne dit pas autre chose de Liverpool et de son fleuve, même quand les Anglais avaient aboli l'esclavage : « Liverpool reste négrière (et) la Mersey empestait aussi la traite ».  

            Les choses sont claires : les esclaves ne transitaient ni par Nantes ni par Liverpool, mais les bateaux qui les avaient convoyés en Amérique en revenaient imprégnés de la puanteur de ce trafic. Mais pourquoi donc ? Certes, tout le monde a fait l'expérience de sentir une pièce se charger d'une forte odeur humaine désagréable après un long séjour en groupe. Mais il s'agit toujours de séjours jamais trop longs dans des murs en briques ou en béton. Régulièrement aérée, la pièce perd vite cette odeur parfois nauséabonde. Vous rappelant cette expérience, imaginez cinq cents ou six cents personnes rangées comme des cuillères ou des sardines, chaque face collée dans le dos du voisin, vivant pendant quatre ou cinq semaines dans une cale d'où ils ne sortent que le temps de se dégourdir les jambes. Joignez à cela le fait que ces captifs passaient la presque totalité du temps du voyage dans des murs en bois qui s'imprègnent naturellement du milieu dans lequel ils baignent, et vous avez presque tout compris. Il ne vous reste plus qu'à imaginer la vie des captifs durant la traversée de l'Atlantique pour comprendre pourquoi les bateaux négriers gardaient des exhalaisons fétides même quand les esclaves n'y étaient plus. 

            Bien sûr, le souci de chaque négrier était de perdre le moins de captifs possible. Malheureusement, les pertes étaient nombreuses. Excessives même, quand les maladies s'en mêlaient : « Les plaintes montaient par les écoutilles comme d'un enfer, c'était des cris follets comme s'ils passaient sur les ossements d'un cimetière... De temps à autre, un corps était jeté à la mer. » ("Le négrier, roman d'une vie") A votre avis, où, quand et comment les esclaves faisaient-ils leurs besoins naturels dans les conditions décrites plus haut ? En laissant faire votre imagination, vous devinez la suite. « Les conditions de détention sont exécrables, l'entrepont insalubre, l'hygiène déplorable, la promiscuité épouvantable, la nourriture...on en perd bien un sur dix... voire deux sur dix ». ("Noir négoce", Olivier Merle, p. 221). Et quand, pris en chasse par les pirates ou les croiseurs abolitionnistes le bateau négrier passait plus de temps que prévu sur les mers, « les Noirs attendaient parfois très longtemps dans la cale et quand on les en sortaient, ils étaient morts, malades ou n'avaient plus que la peau sur les os ». ("Le Négrier, roman d'une vie") Voilà la triste réalité qui imprégnait le bois des navires !               

numérisation0003            Aussi, une fois arrivés à destination, avant d'être vendus, « les Noirs (étaient) parfumés, c'est-à-dire revivifiés ». Chaque fois, c'était la même mise en scène et le même spectacle : on voyait « une armée de Noirs entièrement nus que les marins arrosaient avec des manches. [...] Avant la douche, on les avait rasés de la tête aux pieds. Attachés deux par deux par les bras et portant des fers aux pieds, ils formaient des files entre lesquelles les marins circulaient en les aspergeant. Les nègres criaient, palabraient, hurlaient. » Puis les marins « lavaient les (bateaux) négriers avec des manches à eau. Une fois les esclaves déchargés, c'était la façon d'effacer des navires le souvenir du voyage. [...] Les marins appelaient ce moment la confession du négrier : après, il pouvait pécher de nouveau. » ("Le Négrier, roman d'une vie", p.66).                                                              

            Telle est la vérité historique née d'une situation particulière qui a nourri des préjugés qui n'ont rien à voir avec la nature des Noirs ou leur manque d'hygiène. D'ailleurs, sur le manque d'hygiène, les Noirs de leur côté accusent les Blancs de tous les maux. Ils disent d'eux qu'ils ont une odeur de cadavre. Mais cela n'a aucune explication historique et tient purement du préjugé. Par contre, une chose est certaine : avant les années 70, beaucoup d'étudiants africains avaient perdu leur logement pour cause de douches trop fréquentes. Ils avaient conclu que les Blancs ne se lavent pas souvent. 

            Pour terminer, une question : savez-vous pourquoi c’est en Europe et particulièrement en France que le parfum a acquis ses lettres de noblesse au XVIIè et au XVIIIè siècles ? Le manque d’hygiène ayant alors beaucoup reculé, l’amélioration des procédés de distillation s’était imposée et a fait du parfum le produit essentiel pour cacher les mauvaises odeurs des corps et des vêtements. En clair, moins les Blancs étaient propres, plus ils se parfumaient !       

Raphaël ADJOBI

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02 janvier 2012

La France Noire, trois siècles de présence

                                                 L a   F r a n c e   N o i r e

                                              Trois  siècles  de  présence 

La France noire 0011            Enfin, voici un livre qui clame haut et fort, par son titre, que la France n’est pas blanche ! Tout en étant le pays européen qui a le plus multiplié les lois racistes, les reconduites à la frontière et les mises en garde contre l’invasion des Noirs, la France demeure paradoxalement, aux yeux des autres pays, la première nation nègre d’Europe. Il y a une raison à cela ; et c’est ce que La France Noire veut rappeler à tous, Noirs et Blancs. Cet ouvrage collectif réalisé sous la direction de Pascal Blanchard propose de visiter notre passé commun en retraçant les étapes oubliées d’une histoire noire française, les étapes où ces anciens esclaves, ces immigrés volontaires ou non, ces civils ou militaires ont mêlé leur destin à celui de la métropole. 

            Suite à la longue et riche introduction de Marcel Dorigny qui rappelle la place des Noirs dans l’histoire de l’Europe, le livre s’organise en huit chapitres abondamment illustrés. L’histoire de la France noire présentée ici commence en 1848 avec l’abolition de l’esclavage et les débuts de la colonisation et se termine à la fin du XXè siècle sur la question de l’identité nationale française au sein d’une société irrémédiablement métissée.  Dieudonné Gnammankou et Alain Ruscio, qui ont eu la charge du premier chapitre, nous montrent qu’après plus de cent cinquante ans de présence plus ou moins régulière des Noirs en métropole (quatre mille Noirs et Métis en 1738), la France n’est plus officiellement blanche entre 1848 et 1889. A cette époque en effet, outre les Blancs, sa population s’est enrichie d’esclaves affranchis - donc de citoyens noirs - et de sujets coloniaux. Malheureusement, c’est à cette même époque que les scientifiques font de l’idée de « race » une passion française et européenne suite à la parution de L’origine des espèces de Charles Darwin, en 1859. C’est à partir du milieu du 19 è siècle, en effet, que les hommes de science se lancent dans l’étude comparative des « peuples de couleur » avec les Blancs pour aboutir à une classification et une hiérarchisation des races. Cette science racialiste décrète de manière définitive l’infériorité de l’homme noir qui « gît au plus bas de l’échelle » parce que possédant un « caractère d’animalité » et le « cercle intellectuel le plus restreint » rendant sa civilisation impossible par l’Européen. Telle est l’image du Noir diffusée dans la société grâce à la littérature, à la presse populaire et aux discours politiques violents.

            Le lecteur comprend alors que les expositions coloniales de l'époque, les foires et les exhibitions ne sont qu’une suite logique de la volonté d’une élite : montrer le caractère sauvage des nègres et par voie de conséquence leur infériorité intellectuelle justifiant leur domination. Ces exhibitions qui attirent des millions de visiteurs contribueront évidemment à populariser l’image du Noir dans la publicité, les arts, le monde du spectacle, la littérature, et permettront au grand public d’assimiler l’image dégradante du Noir qui hante encore les esprits et provoque des dégâts inimaginables.            

            Quant au deuxième chapitre – œuvre d’Elikia M’bokolo et de Frédéric Pineau -, qui s’étale de 1890 à 1913, il montre l’achèvement de l’installation de l’empire français sur l’Afrique. Si les expositions coloniales et les exhibitions ont toujours du succès, on voit toutefois émerger un attrait pour l’esthétique nègre dans les arts et le sport. A son tour, le chapitre III (1914 – 1924 / par Catherine Coquery-Vidrovitch et Sandrine Lemaire) souligne la contribution de l’Afrique à la première guerre mondiale. Un chapitre important et passionnant à la fois. En effet, on lit avec émotion que l’arrivée massive de régiments d’Afrique habitue peu à peu le grand public à une image du Noir qui n’est plus associée au sauvage des exhibitions coloniales. Il découvre non seulement des soldats et des blessés noirs mais également des travailleurs noirs et des infirmières antillaises. Malheureusement, les politiciens ont une autre idée de la société qui se dessine. Par peur d’une trop grande proximité avec les populations métropolitaines, on prend ça et là des mesures de surveillance et de contrôle des mouvements des Noirs. Du chapitre IV (par David Soutif et Styler Stovall) qui couvre la période de 1925 à 1939, le lecteur retiendra combien l’image de l’Afro-Américain - et particulièrement celle de Joséphine Baker - a favorisé l’avènement de la Négritude. C’est l’époque des premières luttes pour « la race noire » et pour l’égalité républicaine alors que la France politique et affairiste organise l’exposition coloniale de 1931.

 gymnastes 1939 numérisation0001           Les quatre derniers chapitres qui courent jusqu’à la fin du XXè siècle constituent à mes yeux l’époque moderne parce qu'on y découvre que le destin des Noirs de France n’est plus dissociable de celui de la métropole malgré les interminables débats sur le "vivre ensemble". D’ailleurs, tout ce qui est fait durant cette période apparaît comme un jeu de passion et de dépit amoureux. Entre 1940 et 1956 (Ch. V / Romuald Fonkoua et Nicolas bancel), la France a besoin des Africains pour la guerre et pour ses industries mais s’inquiète de voir l’ordre des choses bouleversé par cette présence et multiplie les mesures en tout genre. C’est d’ailleurs à cette époque qu’est apparue une égalité « partielle » grâce à l’arrivée à Paris des premiers élus de l’Union française et qui a fait croire à une France sans « préjugés de couleur ». Entre 1957 et 1974 (Ch. VI / Françoise Durpaire), suite aux luttes pour les indépendances africaines, la France n’assumant pas ses couleurs popularise l’idée du Noir immigré, discréditant ainsi toute une partie de sa population. Enfin viennent la période des rêves et des illusions (Ch. VII : Bleus, Blancs, Blacks… / par Françoise Vergès et Yvan Gastaut) et celle de l’affirmation d’une citoyenneté noire dans une France métissée (Ch. VIII : par Achille Mbembe et Pap Ndiaye). La lecture de ces quatre derniers chapitres n’est pas inintéressante mais retient moins l’attention parce qu’ils apparaissent comme une histoire inachevée. En effet le Noir français vit avec l’idée que la question de sa citoyenneté est toujours versée au débat national.

            L’histoire de la France noire présentée ici n’est donc qu’une histoire partielle de la présence des Noirs en métropole puisqu’elle écarte intentionnellement la longue période où ceux-ci n’avaient d’autre statut que celui d’esclaves ou de meubles. On voit cependant  que 150 ans de statut de citoyen n’ont pas réussi à changer l’image que la France a scientifiquement et idéologiquement construite, et qui ne peut être détruite que si elle s’applique à faire la démarche contraire. En procédant de quelle façon ? En s’appliquant avec le même soin à défaire par l’éducation et l’enseignement ce qu’elle a construit. Quand sera-telle capable d’une telle volonté politique ?            

°Photo : Défilé de gymnastes lors des célébrations du 14 juillet 1939 (p. 171)

Raphaël ADJOBI

Titre : La France noire ; trois siècles de présence

Ouvrage collectif sous la direction de Pascal Blanchard ;

La préface est d’Alain Mambanckou

Editeur : La découverte, 360 pages

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05 décembre 2011

2011, Année Internationale des Afrodescendants

2011, Année Internationale des Afrodescendants 

            Sans doute, cette annonce ne vous dit absolument rien. Et pourtant cela fait onze mois qu’elle est devenue effective et court même à son terme. C’est la résolution 64/169 de l’Organisation des Nations-Unies qui a déclaré l’année 2011 Année Internationale des minorités noires  afin d’encourager une plus grande connaissance et un plus grand respect de la diversité par une sérieuse connaissance du patrimoine et des cultures des Afrodescendants

Afrodescendants 0001            Ce qui est surprenant, c’est qu’en Europe cette proclamation est restée sans écho alors que les Afro-américains – surtout ceux d’Amérique latine – en ont fait une réelle occasion pour attirer l’attention des autorités de leurs pays sur leur invisibilité. En Europe, particulièrement en France, les Noirs ne tarissent pas de critiques à l’égard de leurs gouvernants quand il faut évoquer leur absence dans les structures administratives et politiques de leur pays. A leurs yeux, tout laisse penser que la France est blanche. Ce qui leur déplaît fort. Et ils ont raison. Cependant, eux-mêmes se condamnent à l’inertie en refusant toute forme de regroupement communautaire pour accéder à la citadelle nationale farouchement gardée par une élite blanche. Quant aux Afrodescendants sud-américains – comme hier leurs semblables nord-américains – loin d’accepter l’individualisme, ils ont pris le parti d’affirmer leur négritude comme une richesse de leur pays. Et c’est cette richesse faite de valeurs culturelles forgées dans leur condition particulière passée qu’ils valorisent afin de la rendre exploitable et défendable par leurs autorités sur l’échiquier international. Ils se disent aussi que de leur originalité sortiront des génies et des pratiques jusque-là insoupçonnés. 

Coiffures afro 2 0003            Pour illustrer – au sens propre – la volonté des Afrodescendants sud-américains de faire de leur différence une richesse, il me suffit de vous proposer ici les images de leurs talents et de leur fierté qu’ils exposent et imposent à leurs concitoyens blancs et indiens. Alors qu’en Afrique et en Europe la mode est aux cheveux lisses, c’est-à-dire au port de la perruque ou aux mèches appelées « extensions » de cheveux, en Amérique latine on organise des concours de coiffure pour montrer à la fois la beauté sous une vision nègre et des talents d’artistes.  Là-bas, on assume et on valorise sa couleur et les caractéristiques qui en découlent alors qu’ici on tente de les gommer ou de les adoucir par quelques subterfuges bien visibles. 

           Coiffures afro 3 0001 On peut parier – avec beaucoup de chance de ne pas se tromper – que l’année 2011 s’achèvera en Europe sans que ses Afrodescendants ne saisissent l’occasion d’attirer l’attention de leurs autorités sur leur condition d’invisibles. Et pourtant, si l’Organisation des Nations Unies a fait la proclamation dont nous parlons, c’est que les représentants du monde entier ont pris acte d’une injustice flagrante frappant les communautés noires partout où elles sont minoritaires. Franchement, à quoi sert une proclamation si ceux qui sont concernés n’exploitent pas l’opportunité offerte ? A quoi sert une telle proclamation si l’ONU ne met pas tout en œuvre pour favoriser son application ? A quoi sert la liberté si on ne s’en sert pas ?   

°Toutes les photos illustrant cet article viennent du Blog « Noirs d’Amérique latine » de Guy Everard Mbarga.    

Raphaël ADJOBI

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25 novembre 2011

Galadio (un roman de Didier Daeninckx)

                                             Galadio

                   (un roman de Didier Daeninckx) 

Galadio 0010            Même si ce roman est une fiction construite « à partir d'une très solide documentation » (l'éditeur), la figure de Galadio se dressera dans l'esprit de tout lecteur comme l'image d'une vérité historique lancée à la face du monde au même titre que le livre d'Anne Franck. C'est, de toute évidence, un livre qui dit des vérités poignantes inconnues dans la littérature française et qu'il faut absolument découvrir. Sans exagérer, on peut dire que l'ignorer, c'est fermer les yeux sur un pan de l'histoire des deux dernières guerres et par voie de conséquence un pan de l'histoire humaine du XXè siècle. 

            Pourtant, une fois le livre refermé, on pourrait ne retenir que l'expression de deux amours puissants. Le jeune Ulrich Ruben, né des amours d'une Allemande et d'un soldat africain de la première grande guerre, vit pauvrement avec sa mère qui travaille de nuit dans une usine de la petite ville de Duisbourg. Quelle peut être la vie d'un adolescent métis et d'une jeune mère allemande montrée du doigt pour avoir fréquenté « un gaulois noir » ? C'est ce que Didier Daeninckx propose aux lecteurs dans les premières pages de ce livre. Des pages tendres et émouvantes. Des pages dures comme les vérités de l'histoire pour tous ceux qui ont connu la guerre ou qui la redoutent sincèrement. 

            A vrai dire, le jeune Ulrich Ruben sait qu'il est aussi Galadio, ce nom venu du fond de l'Afrique que lui a confié en secret son père et qu'il porte en lui comme le signe de sa singularité ; secret qu'il dévoilera à Déborah, cette jeune fille juive qui saura partager sa peine quand il deviendra plus qu'un paria pour la société allemande aux heures terribles de l'éveil du nazisme. En effet, Galadio sera pris en chasse quand sera mis en place un programme spécial destiné à tous ceux qui rappellent à la mémoire du pouvoir allemand le passage des soldats africains sur son sol. Traqué par les nazis, il découvrira le sort réservé aux jeunes gens de son espèce  avant d'être embarqué dans une aventure cinématographique insoupçonnée qui le conduira en Afrique. La découverte brutale  de la terre qui a vu naître son père lui demandera beaucoup d'humilité et d'abnégation pour devenir ce qu’il n’a jamais imaginé être. Mais bientôt la deuxième guerre gronde ; et c'est de l'Afrique qu'il voit venir le vent de la déflagration mondiale. 

Caricature all            A ce moment du livre, l'auteur met l'accent sur un passage de l'histoire de la France que la très grande majorité des Français ignore. Il s'agit de la guerre franco-française à laquelle se sont livrés sur le sol africain les partisans du maréchal Pétain et ceux de Charles de Gaulle. Et c'est là, en terre africaine mais française que Galadio, le jeune "Boche bronzé", va prendre le parti de l'armée de son père sans perdre l'espoir de retrouver sa mère et Déborah. 

            On peut croire que pendant longtemps, Galadio restera dans la mémoire de nombreux lecteurs. Il est certain que Didier Daeninckx vient d’ouvrir avec ce livre - qui est bien plus qu’un roman - une page de l'histoire qui n'attend que d'être lue pour retrouver dans les coeurs et les mémoires la considération qu'elle mérite.

Raphaël ADJOBI

°Recommandation : Pour s'informer sur la guerre franco-française en Afrique, il faut écouter sur "France Inter" l'émission La marche de l'histoire du mercredi 23 novembre 2011 à 13h30 :Radio Brazzaville, une voix de la France Libre. 

Titre : Galadio, 154 pages

Auteur : Didier Daeninckx

Editeur : Gallimard, collection Folio.

          

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13 novembre 2011

Le Négrier, roman d'une vie (Lino Novàs Calvo)

                                     Le Négrier, roman d’une vie

                                                   (Lino Novàs Calvo)

Le négrier 0005_crop            Un roman riche d’enseignements. Très riche ! A travers la vie de Pedro Blanco, un jeune  espagnol qui rêvait d’être marin mais qui va devenir négrier, c’est tout l’univers des jeunes européens des siècles de l’esclavage que le lecteur découvre. Une vie de marin avec l’Afrique comme espoir de richesse. Cependant, l’inégale longueur des trois parties du récit peut générer quelque lassitude si le lecteur ne se laisse pas aiguillonner par l’extraordinaire destin du personnage principal annoncé par le titre de l’ouvrage. 

            Quand à quatorze ans, forcé de fuir Màlaga en se jetant littéralement à la mer, Pedro se hisse à bord du premier navire du port, il comprend – en même temps que le lecteur – que sa vie ne sera plus celle d’un terrien. Pour tous, il était trop maigre pour être utile comme marin. Toutefois, il trouvera des yeux compatissants pour faire de lui un mousse ; et d’un navire à l’autre, il découvrira la violence, les vols et la prostitution qui étaient les dangers ordinaires des ports européens où s'exhalait un parfum de commerce négrier des corps et des lèvres de ceux qui revenaient d’Afrique, du Brésil et des Caraïbes. Il se prit donc à rêver d’aventures lointaines. D’ailleurs, son oncle Fernando ne lui promettait-il pas un destin de marin ? 

            Pedro va sillonner la Méditerranée et l’Atlantique et découvrir que dans les  ports européens, de Bilbao à Liverpool en passant par Nantes, partout, de nombreux pêcheurs sont devenus des négriers. Puis il embarque pour le Nouveau Monde. Il découvre Terre Neuve et la difficile et laborieuse tentative de sédentarisation de groupuscules de marins et de pirates. Sa vie aventureuse et trépidante le conduit plus tard à Récife qui était alors le premier port négrier du Brésil. La découverte des premiers haras humains où les blancs s’unissent à des négresses pour obtenir des femmes métisses très recherchées dans les hautes sociétés coloniales va réveiller l’âme de pirate qui dormait en lui et il décide de devenir voleur d’esclaves et contrebandier. Mais sa tentative de former une bande échoue lamentablement et le voilà en fuite embarqué sur le « Cinturon de Venus » pour Ouidah, au royaume de Dahomey qui était alors le centre de la traite en Afrique occidentale. 

            Naviguant désormais entre le Nouveau monde et l’Afrique, Pedro va apprendre à connaître les fourberies des armateurs et des actionnaires, la concurrence impitoyable entre les négriers et leurs techniques pour s’arroger les marchés sur le continent noir. Il achète et vend des esclaves en Afrique, combat des pirates et des croiseurs abolitionnistes. A 27-28 ans, il était devenu un homme dur au cœur insondable et réunissant toutes les qualités d’un bon négrier.   

            A ce stade des aventures de Pedro Blanco, le lecteur ne manquera pas de noter l’extraordinaire encombrement de l’Atlantique par les navires négriers et l’intense activité commerciale aussi bien sur les côtes africaines que dans les îles. Les différentes îles des Caraïbes ressemblaient en effet à de véritables foires où se retrouvaient toutes les nationalités après leurs séjours dans les factoreries ou esclaveries africaines. De nombreux soldats qui avaient pris part aux guerres napoléoniennes étaient devenus négriers ou pirates. Sur ces terres d’exil, « les dogmes se dissolvaient comme par magie. On venait là comme à une salle de jeu, où un prince pouvait trinquer avec un brelandier ». Là, les négriers s’informaient des résultats des factoreries établies  sur les côtes africaines. « A cette date, il y aura des nègres à tel ou tel endroit […], à cette autre date, la guerre préparées par les facteurs et les prêtres peut avoir éclatée ». Chacun savait où se présenter en prenant la mer. Aussi, dans les tavernes de la Havane, devant les efforts des abolitionnistes qui arraisonnaient les négriers, libéraient les esclaves et démontaient les bateaux, certains marins croyaient la fortune toujours possible : « Abolition ? dit un pilote négrier. Abolition. Bobard ! On continuera à charrier des nègres jusqu’à ce qu’on ne puisse plus en mettre un sur l’île ».      

            Grisé par l’atmosphère des îles, Pedro n’abandonne pas l’idée de s’ouvrir la voie d’une fortune rapide. Il décide qu’il sera pirate et manoeuvrera à la recherche d’éventuels négriers à déposséder. Il rassemble les marins les plus discrédités de la Havane et constitue un équipage qui possédait de la bravoure et avait la soif de la richesse au fond de l’âme. Mais une nouvelle fois encore, il échoue lamentablement. Il décide alors de viser plus haut. Il sera roi ! Séduit par la fortune de trois négriers métis royalement installés sur les côtes et qui possédaient des barracons remplis de captifs et des harems, tout à coup, « la société des blancs lui était (devenue) odieuse », et il trouve qu’il « était mulâtre dans l’âme » et donc capable de réussir en Afrique. Il s’installe aux Gallinas, multiplie les esclaveries et les contacts avec les rois nègres de la région. Bientôt, le voilà craint et respecté ! Les armes distribuées produisaient des esclaves. Mais la concurrence était rude et les navires abolitionnistes de plus en plus présents sur les côtes d’Afrique… 

L'intérêt du livre :

            Ce qui retient l’attention dans ce livre, c’est tout d’abord la richesse des informations sur le monde marin au 19 è siècle : l’atmosphère des ports négriers européens, la vie sur les côtes africaines où ça et là naissaient des esclaveries pauvres gérées par des naufragés européens, des aventuriers qui rêvaient de devenir riches dans le commerce des esclaves, la guerre des abolitionnistes sur les mers. On apprécie également les nombreuses informations sur la naissance du Libéria et la Sierra Léone ainsi que l’implantation dans ce dernier territoire de prostituées anglaises. Cette foule d’informations jointe à la vie trépidante du héros finit parfois par donner le tournis. Mais quand on relève la tête, on en redemande ! La deuxième chose que le lecteur aura toujours à l’esprit et le confortera dans ses découvertes, c’est que ce livre est le récit de la vie d’un négrier qui a vraiment existé. C’est une « biographie romancée » qui n’a rien à voir avec la supercherie de William Snelgrave (Journal d'un négrier au XVIIIè siècle) qui se disait négrier mais dont on n’a jamais retrouvé les traces dans les archives maritimes ni nulle part d’ailleurs. Toutefois, quelques brefs passages du livre montrent que Lino Novàs Calvo a lu l'auteur anglais et n'est pas resté insensible à certaines de ces peintures de l'Afrique. Enfin, la troisième chose qui ne peut que réjouir le lecteur, c’est le fait que ce livre a été publié pour la première fois en 1933 à Cuba sous le titre Pedro Blanco, el Negrero ;  ce qui prouve sa proximité temporelle avec les événements rapportés. C’est en effet en 1839 que Pedro Blanco quitte l’Afrique. Il avait alors 46 ans. Il mourra en 1854 à 61 ans. Ce qui veut dire qu’au moment de la rédaction du livre, de nombreux acteurs de la traite Atlantique vivaient encore et pouvaient juger de la véracité des faits qui y sont rapportés au moment de sa publication. Enfin, il convient de signaler les notes explicatives très instructives sur les événements historiques de cette première moitié du 19 è siècle ainsi que les grandes dates de l’histoire de cette traite négrière qui sont données à la fin de l’ouvrage. C’est donc assurément un livre qu’on n’oublie pas après l’avoir refermé. 

Raphaël ADJOBI 

Titre : Le Négrier, roman d’une vie, 316 pages

Auteur : Lino Novàs Calvo

Editeur : Autrement Littératures, 2011

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06 novembre 2011

Notre paix sera la mort de l'Europe (Réflexion)

                       Notre paix sera la mort de l’Europe    

Partage Afrik 0001            Les nombreux livres sur la traite négrière atlantique que l’on trouve désormais en librairie depuis cinq ou six ans ainsi que l’histoire récente des nations africaines laissent apparaître une constante : la présence de la figure de l’Europe au centre des guerres entre les différents peuples du continent africain. Le schéma de cette relation ou de ce mariage houleux à trois est donc vieux de cinq siècles.

            Certes, l’histoire des autres continents ne révèle pas moins de guerres ou un visage plus pacifique. Certaines guerres portent d’ailleurs leur durée comme nom : Guerre de Sept ans, Guerre de Cent ans. On note aussi que la très grande majorité des héros européens à la gloire  desquels ont été élevées des statues sont des anciens soldats. En clair, ce que les peuples européens magnifient le plus dans leur mémoire ce sont les guerres qu’ils ont dû livrer les uns contre les autres. Cependant une chose est à remarquer : ces guerres sont presque toutes - sinon toutes - des guerres de voisinage avec parfois le soutien d’un autre voisin ou d’un vassal ; mais jamais elles n’ont eu pour instigateur un peuple lointain ayant pour objectif le dépouillement du vaincu et la domination du vainqueur. 

            Outre celles qui peuvent être classées comme des querelles familiales, les guerres européennes étaient donc des guerres d’expansion ou de reconquête territoriale. On cherchait ça et là à sécuriser les voies d’accès aux richesses (la route de la soie, des épices). Rome a étendu sa domination à l’est jusqu’au Moyen-Orient et à l’ouest jusqu’en Gaulle. Au 19è siècle, Napoléon s’est fait sienne cette même visée expansionniste avant d’être définitivement défait par les Anglais. Il faut dire que déjà, les peuples commençaient à se reconnaître dans des frontières nationales. Et c’est justement ce sentiment national qui va peu à peu construire la paix entre les peuples et faire apparaître le caractère injuste des guerres. C’était déjà le sentiment d’une entité nationale agressée qui souleva les Madrilènes contre Napoléon au 19è siècle ; et c’est ce même sentiment qui, au 20è siècle, mit fin à l’avancée du nazisme qui voulait renouer avec les guerres d’expansion romaine et napoléonienne. 

            Quant aux guerres africaines, telles qu’elles nous apparaissent dans les récits oraux qui nous sont parvenus, elles obéissaient au départ au même schéma que les guerres traditionnelles connues à travers la terre entière. Elles étaient aussi le fait de querelles familiales, de voisinage ou d’une volonté d’expansion pour asseoir sa puissance et jouir d’un plus grand prestige. Dominer le monde était et reste le rêve de tous les puissants. 

            C’est à partir du 16è siècle que l’Afrique ne va plus connaître ce schéma classique de la guerre. Désormais, un acteur étranger, l’Européen, tel un dieu au-dessus de la mêlée, va sillonner ce continent, piquer l’un, flatter l’autre, pour entretenir les litiges et faire naître des raisons de mener des guerres. Il est même étonnant de lire dans tous les livres traitant de l’esclavage des nègres à quel point les négriers européens vivaient dans la hantise de voir la paix s’établir entre les peuples africains. Ce court extrait de la lettre du représentant en Afrique de la Compagnie du Sénégal adressée à Paris lors des querelles de successions après la mort du roi de Cayor illustre bien cet état d’esprit général : « Et comme ces deux frères ne sont pas toujours unis pour agir par un même principe et selon leurs intérêts communs, il sera facile au Directeur particulier de Gorée de les entretenir de manière que quand l’un voudrait le mauvais et interdire le commerce (des esclaves), on soit sûr de le faire avec l’autre et même l’engager dans nos démêlés particuliers […]. Surtout, il faut empêcher que ces deux couronnes ne soient jamais sur une même tête. » (1) En d’autres termes, il faut éviter que les deux princes parviennent à s’entendre et vivent dans la paix ! Voilà la devise « diviser pour régner » érigée en principe politique.  Et pour éviter la paix entre les nègres, comme le dit si bien Lino Novàs Calvo dans Le Négrier, Roman d’une vie (éditions Autrement Littérature), « l’important était de corrompre les chefs puis de leur fournir des armes – car les armes produiraient la guerre » et la guerre le commerce des esclaves. C’était aussi simple que cela ! 

            En lisant ces lignes, le lecteur d’aujourd’hui se dit sans doute : « Quelle horreur ! Quelle attitude criminelle ! » Devant ces cris d’indignation, je me dis alors : posons-nous la question de savoir pourquoi l’Europe pérennise une pratique que la conscience humaine moderne nourrie d’humanisme considère comme une injustice, voire un crime. Quel est cet intérêt supérieur à la conscience humaine qui nous fait applaudir les opérations de nos soldats en terres étrangères comme dans les siècles passés ? 

            Quand nous sommes en paix et qu’aucun ennemi ne nous menace, quel intérêt peut nous inciter à prendre les armes contre l’autre ? Il me semble que seul cet instinct animal singulier dont l’homme est doué et dont il abuse et qui s’appelle la peur du manque ou le désir de toujours vouloir plus - que certains nomment complaisamment « la prévoyance » - peut expliquer cette course à l’appropriation des biens d’autrui. « Le rôle d’un président, dit Barack Obama, c’est de veiller à ce que son pays ne soit pas en manque des ressources qui lui sont nécessaires ». Par ces quelques mots, le président des Etats-Unis d’Amérique traduit la préoccupation de tous les occidentaux : la course aux ressources minières et énergétiques des pays non industrialisés. Que chacun comprenne une fois pour toutes que pour les occidentaux, les autres peuples sont là pour pourvoir aux besoins de la société de consommation !     

            Pendant deux ou trois décennies, tout le monde a cru que l’humanité tout entière était entrée dans une ère de fraternité irréversible et que par elle la justice s’établirait entre les nations. Or, aujourd’hui, les pompes aspirantes jetées sur les pays pauvres au 19è siècle menacent de se déconnecter des sources d’approvisionnement. L’Occident menace donc ruine, se dit-on, si ses besoins en matières premières et en énergies de toutes sortes ne sont pas garantis. Il devient par conséquent urgent de forcer l’Afrique qui en dispose en quantité considérable à les céder à ceux qui en ont besoin. Son développement à elle peut attendre. 

             Alors, pour y parvenir, on remet au goût du jour le caractère juste des guerres.  Comme dans la fable du « Loup et l’Agneau » de La Fontaine, on invente tant bien que mal des arguments justificateurs : tel menace la sécurité de l’Europe ; tel autre est un dictateur qui maltraite son peuple ; celui-là n’est pas assez démocrate. Et voilà l’Europe repartie pour resserrer l’étau de sa domination de l’Afrique acquise au 19è siècle alors que les Africains croyaient qu’il se desserrerait progressivement et sûrement au nom de l’indépendance des peuples à s’assumer eux-mêmes. Hier, les guerres africaines menées à l’instigation des Européens produisaient des esclaves ; aujourd’hui, les guerres menées sur ce continent produisent des matières premières à vil prix. 

DSCF0485              Devant cette désillusion, que reste-t-il à l’Afrique comme moyen d’action pour la reconnaissance de son intégrité ? Comme l’appelait de ses vœux l’ancien président de l’Afrique du Sud, M. Thabo Mbeki, il faut que dans tous les pays africains, les peuples s’organisent dans des manifestations gigantesques pour crier leur indignation et leur refus du sort que leur réservent les puissants de ce monde. C’est la façon la plus claire de lancer à la face des peuples de la terre, en particulier ceux d’Europe, un vibrant appel au réveil de leur conscience face aux crimes commis en leur nom. Au regard des « mouvements des indignés » qui se multiplient dans les sociétés occidentales, on peut croire que les peuples de l’Occident sont prêts à comprendre l’Afrique si celle-ci lançait à son tour un grand cri d’indignation contre la prédation dont elle est victime. Mais pour cela, il faut absolument que l’Afrique elle-même se réveille. Cela suppose qu’elle retrouve une grande unité et une grande solidarité dans ses revendications à l’égard de l’Europe. Si l’Afrique continue à faire la morte, rien ne changera ; quand elle se réveillera, l’Europe tremblera.               

1.   Labat (R.P.), Nouvelle Relation de L’Afrique Occidentale, T. IV, p. 250 ; cité par Tidiane Diakité in « La traite des Noirs et ses acteurs africains », p. 102.

Raphaël ADJOBI

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30 octobre 2011

La liberté perdue des médias français

          La liberté perdue des médias français

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                Les pages politiques de Raphaël

Sarkozy à Cheval 0001

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11 octobre 2011

L'expression du métissage dans la littérature africaine (Liss Kihindou)

                               L'expression du métissage

                            dans la littérature africaine

                                           (Liss Kihindou)    numérisation0003

             Comme la rencontre de deux éléments différents, celle de deux cultures s'expose aux mêmes lois : soit une fusion complète dont le résultat n'a rien à voir avec la nature de l'un ou l'autre élément, soit une lutte pour la suprématie. Dans ce dernier cas, au final, l'élément victorieux présente toujours un visage bien altéré par cette rivalité. C'est le visage grimaçant de ce mélange ou de ce "métissage" que Liss Kihindou explore dans la culture africaine et ses formes traditionnelles de transmission des connaissances, puis dans le fruit de l'union charnelle du Blanc et du Noir, et enfin dans l'acte d'écriture. Et tout cela à travers trois oeuvres de littérature d'expression française : L'Aventure Ambiguë (Cheikh Hamidou Kane), Le Lys et le Flambloyant (Henri Lopes) et Les Soleils des Indépendances (Ahmadou Kourouma). 

            Les trois œuvres qui ont servi de support à cette étude montrent clairement, selon l’auteur, que la rencontre de l’Europe et de l’Afrique a été vécue comme « une occidentalisation » de cette dernière. Aussi se dégage-t-il, avant tout, de cette littérature l’impression d’une farouche opposition à « l’école » qui constitue l’institution clef de cette « occidentalisation ». Aux yeux surtout des tenants de l’enseignement coranique, véhicule d’une tradition ancestrale - culturelle et religieuse – c’est l’enseignement du savoir qui est vécu comme une dépossession. Par voie de conséquence, c’est l’extinction des connaissances et des valeurs religieuses de tout un peuple qui motive leurs imprécations contre l’école européenne. 

            La lecture de cette première partie des analyses de l’auteur fait prendre conscience de la raison profonde du désamour que la littérature africaine a laissé dans le coeur de bon nombre de personnes depuis les classes du lycée. « Il faut noter que, dit Liss Kihindou, s’agissant des valeurs de l’Afrique, sa religiosité est toujours mise en relief, et ce aussi bien dans le discours africain que le discours européen ». Et c’est justement ce que de nombreux lecteurs n'ont pas apprécié dans cette littérature africaine du milieu du XXè siècle. Jamais ils n'ont eu le sentiment d'être pris en compte par cette littérature dont les auteurs étaient essentiellement de tradition musulmane ! Les peuples africains musulmans ont toujours cru à tort que l’islam était inhérent à l’homme africain. Les peuples des forêts, chrétiens et catholiques, n’ont jamais attaché de manière aussi forte l’image de l’homme noir à sa pratique religieuse. D’ailleurs ceux-ci pratiquent souvent à la fois l’animisme et le christianisme sans jamais avoir le sentiment de damner leur âme. Alors que dans la vie quotidienne,  chez tous les musulmans – du moins au regard des textes – « les différents comportements ne traduisent tous qu’une seule et même préoccupation : la recherche de l’attitude la meilleure » pour ne pas donner l’impression de renoncer à leur culture. Pour eux, la légitime préservation de cette marque identitaire devient une obsession au point où l’on peut se demander, pour paraphraser l’auteur, si le brassage des cultures doit absolument se traduire en termes de « victoire » ou de « défaite ». Devant cette obsession, il semble donc juste que certains peuples des forêts  se sentent étrangers aux sentiments développés dans cette littérature. 

            Il est évident que la rencontre de l’Europe et de l’Afrique noire a également entraîné un « métissage entre les populations » que l’on pourrait appeler le métissage du sang. Le chapitre consacré à l’étude de ce phénomène dans la littérature africaine est fait d’arguments bien choisis, d’analyses justes et fort précises. On devine aisément à travers ce travail que Le Lys et le Flamboyant d’Henri Lopes est porteur d’un message éminemment éloquent sur la condition du métis en Afrique noire que Blancs et Noirs devraient lire pour saisir au plus juste leur part de responsabilité dans le trouble existentiel des métis. Ceux-ci, nés à l’époque coloniale, ne pouvaient qu’être écartelés entre deux mondes. « Tous en général éprouvaient ce sentiment d’être plus africains qu’européens (mais) n’étaient pas insensibles aux avantages dont ils pourraient bénéficier s’ils étaient considérés comme Blancs ». Pouvons-nous nous permettre de dire aujourd’hui que ce sentiment du métis – qui a souvent manqué de l’affection paternelle parce que presque toujours abandonné – a évolué parce que le brassage des populations est devenu chose plus courante en ce début du XXIè siècle ? En tout cas, c’est un chapitre très intéressant et original qui donne envie de lire Le Lys et le Flambloyant.    

            Enfin, le dernier métissage objet de l’étude de cet ouvrage touche au visage de la langue française dans la littérature africaine. La difficulté à rendre compte des pensées et des images véhiculées par les langues locales est un des éléments que les auteurs d’Afrique noire n’ont pas manqué de relever ça et là. Liss Kihindou relève chez ces écrivains des subterfuges pour contourner la langue française académique afin d’être au plus près du mode de penser local. Certes, toute « langue, à elle seule, suffit à illustrer la culture qu’elle représente », remarque-t-elle. De ce fait, on comprend fort bien les récriminations des auteurs africains. Mais on est en droit de se demander si la difficulté qu’ils semblent présenter comme un crime contre les langues africaines n’est pas une difficulté universelle liée au fait de penser dans une langue et vouloir s’exprimer dans une autre. D’autre part, cette difficulté ne serait-elle pas aussi liée au passage de l’oralité à la transcription écrite que connaît l'Afrique ? 

            Ce petit livre est certes technique dans l’approche de son sujet. Mais sa lecture se révèle très plaisante et suscite des interrogations et surtout des réflexions sur les choix des cultures que les auteurs africains  défendent contre « l’occidentalisation ». Nous savons que les musiques venues du Sahel, abondamment diffusées sur les ondes françaises et présentées comme l'exact reflet de la culture africaine ne sont pas du goût de tout le monde. Il serait donc bon de ne pas faire de la littérature africaine de culture musulmane le canon officiel de la littérature africaine pour éviter de dresser contre elle le ressentiment de nombreux lecteurs qui la considèrent à certains égards comme une littérature étrangère. Cette littérature ne rend compte, en effet, que d'un aspect  du visage multiple de l'Afrique face à "l'occidentalisation".             

 

Raphaël ADJOBI

Titre : L'expression du métissage dans la littérature africaine (88 pages)

Auteur : Liss Kihindou

Editeur : L'Harmattan, 2011

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24 septembre 2011

Les Africains-Français à la recherche d'une plateforme de combat pour l'avenir

         Les Africains-Français à la recherche

  d’une plateforme de combat pour l’avenir 

DSCF0689            Le 10 septembre 2011 s’est tenue à Paris, rue Gobaut, l’avant-dernière réunion du « Mouvement des Africains-Français ». Prévue à 15 h, elle n’a débuté qu’à 16 h. La ponctualité serait donc à surveiller afin d’encourager la participation de ceux venant des provinces. Une cinquantaine de personnes avaient fait le déplacement ; ce qui est réjouissant. 

            La réunion a débuté par une introduction de la maîtresse des lieux : Calixthe Beyala, qui a mis sa notoriété au service du mouvement comme fer de lance. Elle reviendra quelque temps plus tard pour un brillant et provoquant exposé sur l’attitude des Africains en général face à l’évolution du monde.                                                                        

            Mais pourquoi donc les Africains sont-ils des ardents partisans de l’inertie ? Pourquoi rien ne les réveille en masse et ne les met en mouvement ? Rien que la peur ne peut expliquer cette attitude, clame Calixthe Beyala. L’Africain vit avec la peur au ventre ! Il n’y a plus d’hommes en Afrique, lance-t-elle. Un homme doit veiller sur sa femme et ses enfants et leur procurer de quoi manger, de quoi se vêtir. C’est pourquoi le "petit Blanc" prend les armes pour aller en Afrique chercher ce qui manque aux siens. Et c'est la même raison qui fait dire à Barak Obama que «  le rôle d’un président, c’est de veiller à ce que son pays ne soit pas en manque des ressources qui lui sont nécessaires ».*    

            Pendant ce temps, que fait l’homme africain ? Vautré dans sa suffisance, il ne cesse de discourir sur les autres, le ton toujours sentencieux. Prompt à invoquer des prétextes fallacieux, à en inventer si nécessaire, pour ne pas se battre. A vrai dire, c’est la peur de prendre ses responsabilités qui le mine et l’empêche de jouer son rôle de protecteur et de pourvoyeur des besoins de sa famille. N’est-ce pas ainsi que  nous sommes également, nous, Africains-Français ? Trop de prétextes nous empêchent de nous engager dans la défense de la cause noire. 

            Et comme le fera remarquer un intervenant avec beaucoup de justesse, les Africains-Français sont dans une situation délicate : nous profitons des fruits de la chasse du "petit Blanc" qui va bombarder les pays africains et nous pleurons en même temps nos parents qui en meurent. Plutôt que de nous plonger dans une bêtifiante inertie, cet état de fait devrait nous révolter et nous mener à l’action. Malheureusement, des millions d’Africains-Français n’ont jamais été capables de paralyser momentanément un secteur quelconque de notre pays afin de montrer leur désaccord ou leur opposition aux crimes commis en Afrique au nom d’idéaux trompeurs qui cachent des actes de prédation. On oublie que c’est à ce prix qu’aux Etats-Unis d’Amérique et en Afrique du Sud les lignes du respect et de la considération ont été repoussées par les Noirs.                 

            Certes, dans l’immédiat, - avant décembre 2011 -  le MAF a le souci de faire en sorte que presque tous les Afro-Français en âge de voter s’inscrivent sur les listes électorales pour participer aux élections de 2012. Et il compte bien faire du chiffre des adhésions une arme de négociation avec les partis politiques pour défendre ses valeurs vis-à-vis de l’Afrique. Mais, à plus long terme, le mouvement envisage la mise en place d’une plateforme de propositions en vue de la valorisation de l’Afro-Français. Au regard de ce qui est dit plus haut, cet objectif s’impose comme une absolue nécessité. 

            En effet, comme le disait si bien Calixthe Beyala, qu’attendons-nous pour favoriser par des actes concrets la naissance d’une élite Afro-Française capable de défendre nos intérêts et jouer un rôle prépondérant dans le paysage politique de notre pays ? Comment les Noirs peuvent-ils accéder au pouvoir en France s’ils ne constituent pas une force visible qui mérite respect et considération ? Il convient de travailler de concert pour que cet objectif soit un jour  atteint. Déjà, le mouvement songe à la création d’une cellule enseignante pour se pencher sur la question de la formation des Afro-descendants dans notre système éducatif. On constate par ailleurs qu’il n’y a que les Africains qui n’ont pas une « Maison de la culture » en France ! Comment les valeurs que nous véhiculons et que nous défendons peuvent-elles être prises en compte ou respectées si personne ne les voit, si personne ne les connaît ? Là aussi, tout doit être mis en œuvre pour qu’une maison de la culture africaine voie rapidement le jour. 

            Enfin, dans le domaine de l’éducation publique – même si cela ne peut être un élément à inscrire au nombre des objectifs à atteindre – on peut retenir la pertinente intervention de notre ami nantais qui nous conseille de mener un combat contre l’exclusion liée à l’insidieuse question souvent posée aux Noirs par les Blancs : « De quel pays es-tu ? » Puisque la question n’est jamais posée aux Français blancs d’origine hongroise, polonaise, italienne, espagnole, … il serait juste que les Afro-Français refusent leur exclusion de la France en disant qu’ils sont originaires de la Côte d’Ivoire, du Congo, du Cameroun, du Mali… Être Africain-Français c’est déjà beaucoup et cela doit être la seule réponse à délivrer désormais. Sur ce chapitre, ceux qui ont l'habitude de lire mes commentaires ça et là savent que c’est un combat que je mène depuis de nombreuses années.   

           DSCF0688 En moins de trois mois d’existence, le MAF apparaît comme le seul mouvement à totaliser en un temps record le plus grand nombre d’adhérents. Mais pour que sa présence sur l’échiquier politique de notre pays soit remarquée de façon durable, il lui faut asseoir une plateforme de projets suffisamment étoffés et réalisables (donc réalistes) qui offre à ses adhérents des raisons d’être fiers pour poursuivre le combat et se défendre contre les questions de leurs détracteurs. Cette plateforme pourra aussi s’avérer un outil précieux pour convaincre ceux qui hésitent encore à rejoindre notre mouvement. 

*Propos attribué à Barak Obama lu dans le courrier d’un  ami Internaute. 

Raphaël ADJOBI

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