Lectures, analyses et réflexions de Raphaël

Vous trouverez ici des comptes rendus de lectures livresques concernant essentiellement l'histoire des Noirs d'Afrique et celle des Afrodescendants des Amériques et d'Europe. Les actualités de la diaspora africaine ne sont pas oubliées.

01 avril 2013

La publicité, baromètre du racisme français

       La publicité, baromètre du racisme français

numérisation0001

            La France blanche est-elle profondément raciste ? Oui, on peut le croire ! Au regard des messages publicitaires par lesquels les annonceurs s'adressent à elle, on peut répondre à cette question par l'affirmative. En effet, le monde de la publicité a cette particularité de bien étudier ce qui touche la fibre sensible du destinataire avant de lui délivrer le moindre message.

            Pour vous le prouver, il me suffit de vous montrer que les politiques et les annonceurs s'adressent généralement à la population dans le langage qu'elle comprend. En d'autres termes, si le politique ou l'annonceur manie le langage raciste à l'adresse du public, c'est parce qu'il sait que celui-ci a les éléments culturels nécessaires pour le comprendre et l'accepter comme chose normale qui ne choque pas. 

            Prenons l'exemple de cet humoriste qui disait dans un de ses sketchs qu'il n'était pas raciste parce qu'il avait un disque de Sidney Bechet. Il ne faisait alors qu'exprimer la manière ordinaire des Français blancs de nier le racisme qui était en eux. Plusieurs décennies plus tard, en mars 2013, Nadine Morano justifiait l'absence de racisme en son coeur et en son âme de la même façon. "Je ne suis pas raciste, j'ai une amie tchadienne plus noire qu'une arabe", avait-elle fièrement clamé. A qui s'adressait-elle ? A ses compatriotes blancs, seuls capables de comprendre que ce discours vous lavait du soupçon d'être raciste. Quant aux Français noirs, coutumiers de ces propos racistes censés montrer que l'on ne l'est pas, ils n'osent plus s'en offusquer parce que leur indignation serait prise pour du racisme anti-blanc. 

            Une chose est sûre : en France, les politiques, les journalistes et les publicistes s'adressent spécifiquement aux Français blancs. Aussi s'appuient-ils particulièrement sur les présupposés culturels que ceux-ci ont bien intégrés, dans leur conscience ou leur subconscient. Démonstration !   

Chair blanche 0002

            Quand le Noir est présenté comme un mangeur de chair blanche, à qui s'adresse le publiciste ? Forcément aux Français blancs qui comprennent ce message ; message qui ne les choque pas parce qu'il est dans l'ordre des choses admises. Cela ne mérite aucun procès. D'ailleurs, beaucoup trouvent l'image amusante. Si un Noir s'en indigne, on dira qu'il fait du racisme anti-blanc.

Sauvage sein nu 0001

            D'autre part, quand les illustrations des magazines ou des articles des journaux évoquent les peuples d'Afrique, ceux-ci sont bien souvent présentés comme des pauvres affamés ou des sauvages. Cela répond bien à ce que pensent les Français blancs ; ou cela contribue à les entretenir dans l'idée qu'ils sont très évolués par rapport à cette catégorie de personnes. Et le Français noir n'a pas intérêt à en être chagriné ; il manifesterait du racisme anti-blanc.

      Entretenir le racisme grâce à l'image du Noir assisté

         et celle du Blanc supérieur volant à son secours 

Aider l'Afrique 0001

            D'ailleurs, pour l'Afrique, que proposent les publicités, les associations, les politiques ? De l'aide ! Oui, de l'aide. Ils demandent aux populations françaises de les aider à aider l'Afrique, à aider les pauvres Africains qui ont grand besoin d'eux ; sinon, ils mourront tous. Cette indignation devant la pauvreté de quelques populations bien choisies n'est que la manifestation d'une bonne conscience visant à cacher un racisme institutionnalisé. Ils oublient en effet - ou feignent d'oublier - que ce sont les plantations africaines d'hévéa qui font travailler les usines de pneumatique en France. Combien d'emplois ? Ils refusent de voir que ce sont les métaux extraits du sous-sol africain qui font travailler les usines en France. Combien d'emplois ? Ils ne veulent pas penser que ce sont les fruits tropicaux (café, cacao...) et le pétrole africain qui permettent à bon nombre de sociétés françaises de tourner. Combien d'emplois ? Oui, l'action des sociétés privées françaises en Afrique génère des emplois dans le privé en France pour le grand bonheur de tous. Et gare au gouvernant africain qui aura le malheur d'envisager la transformation de ces matières premières sur place ! Il s'exposera à un coup d'état. On ne demande pas à l'Afrique de montrer le savoir-faire de ses cadres formés dans les universités européennes, mais de fournir à l'Europe des matières premières. C'est tout ! 

            Pour l'Etat français comme pour les autres pays européens, les Africains doivent demeurer des éternels assistés, des abonnés au FMI et aux ONG, c'est-à-dire des abonnés à la soupe populaire. Il leur est difficile de concevoir que l'Afrique noire veuille jouer un autre rôle que celui qu'ils lui ont attribué. Et cela, c'est du racisme érigé en politique d'état. 

Raphaël ADJOBI

Posté par St_Ralph à 23:34 - Arts, culture et société - Commentaires [6] - Permalien [#]

30 mars 2013

France : les industries agroalimentaires empoisonnent les Antillais au sucre !

                   France : les industries agroalimentaires

                       empoisonnent les Antillais au sucre !  

numérisation0009

            Le mercredi 27 mars, les radios françaises annoncent que les boissons rafraîchissantes et les produits laitiers destinés aux départements d'Outre-mer contiennent deux fois plus de sucre. Elles expliquent que c'est, pour les industriels, une manière habile de rendre les Antillais dépendants de leurs produits sans se soucier de l'obésité que cet état de chose provoque chez cette population. Quant à l'industrie agroalimentaire, elle prétend qu'elle n'a fait que s'adapter au goût des Antillais qui, selon elle, aiment manger et boire très sucré. 

            Après les plats cuisinés à la viande de cheval à la place de la viande de boeuf, voilà donc l'empoissonnement de consommateurs français au sucre. Dans le premier cas, il s'agissait d'une simple tromperie sur la marchandise, donc un délit, et dans le deuxième cas une atteinte à la santé d'autrui, donc un crime. Et puisque ce crime vise une catégorie de la population, on peut même parler d'acte ségrégationniste, raciste ; même si dans l'affaire, quelques Blancs ont certainement consommé ces produits. Quelques sacrifiés. 

            Durant de nombreuses années, en France métropolitaine, les associations n'ont cessé de dénoncer l'ajout d'alcool et de produits spéciaux aux boissons qui ont la préférence des jeunes. Elles savaient que les fabricants rusaient ainsi afin de les rendre progressivement dépendants des boissons hautement alcoolisées quand ils seront adultes. Une campagne  a vite été menée pour prévenir les familles ; et l'état a tiré l'oreille aux industriels. Les distributeurs automatiques de sodas et de barres chocolatées ont donc disparu des collèges et de bon nombre de lycées en prévention de l'obésité et de l'addiction à l'alcool.

            De toute évidence cette campagne de santé auprès des familles et les lois imposées aux établissements scolaires et aux industries agroalimentaires n'ont pas été jugées applicables aux Antilles. Pire, devant l'impunité, les industriels ont choisi le sucre plutôt que l'alcool européen - le rhum est indétrônable aux Antilles - pour poursuivre leur sale besogne là-bas. Et pendant que les Antillais, perfusés au sucre grossissaient comme des immenses ballons - multipliant les maladies cardiovasculaires et le diabète - de nombreux métropolitains cherchaient l'explication de ce phénomène dans la proximité de leurs moeurs alimentaires avec celles des Américains.

            A vrai dire, les causes profondes de cette propension à l'obésité des Antillais - surtout des Antillaises - étaient connues depuis 2011. Des particuliers avaient révélé la teneur excessive de sucre dans le pain et les croissants et avaient jeté un doute sur la formation des boulangers. A quel crime les poussait-on ? Très vite, on s'était rendu compte que les produits alimentaires venus de France avaient une teneur en sucre deux fois supérieure à ceux consommés en métropole. Le député de la Guadeloupe, Victorin Lurel - aujourd'hui ministre - avait alors proposé une loi pour ramener ce taux au même niveau que dans l'hexagone. Mais comme à Paris rien n'est urgent quand il s'agit des Antilles, il a fallu attendre la crise de la viande de cheval à la place de la viande de boeuf pour qu'en mars 2013 les chaînes nationales reconnaissent enfin que les criminels ne sont point les Américains mais bien les industriels français. 

Raphaël ADJOBI 

Posté par St_Ralph à 06:35 - Actualités françaises - Commentaires [7] - Permalien [#]

24 mars 2013

Côte d'Ivoire : le crime des médias français

                Le crime des médias français

Depuis que l'ONG Amnesty International a publié son
rapport sur les presque deux années de gouvernance d'Alassane Ouattara,
quelques rares journaux français se sont permis des commentaires s'attirant les
foudres de leurs employeurs ou financiers. Mais avant cela, en février dernier,
le procès de Laurent Gbagbo à la Cour Pénale internationale à la Haye a mis en
évidence le mutisme criminel des médias français sur la réalité ivoirienne
pendant et après la crise postélectorale. On peut redire que les
journalistes (qui ne peuvent accuser que leur absence d'indépendance) sont les
premiers responsables de l'ignorance des Français sur l'implication de leur
pays dans les affaires africaines.

                   Lire l'article sur les pages politiques de Raphaël

numérisation0003

                                     Autres articles

 

 

Posté par St_Ralph à 22:18 - Actualités ivoiro-françaises - Commentaires [0] - Permalien [#]

26 février 2013

La circoncision, cette mutilation que l'on veut ignorer

                          La circoncision, cette mutilation

                                       que l'on veut ignorer            

Circoncision Egypt

            Il est difficile d'imaginer la misère quand on ne l'a pas vécue. Voir des miséreux ou même panser leurs plaies ne suffit pas pour faire de vous une victime de la misère. Ce que vivent les femmes excisées, les sentiments qui les animent quotidiennement, nuit et jour, aucun homme, aucune femme non excisée ne peut le connaître et le peindre dans toute sa plénitude. Même à la femme excisée il manque souvent le mot juste pour peindre la dépossession de son être. Quant à l'homme circoncis, nul besoin de le plaindre. C'est du moins ce que l'on croit. Mais si personne n'ose parler de ce qu’il éprouve, c'est bien de sa faute. Parce que son orgueil lui interdit d'émettre des plaintes, il se mure dans le silence.

            Puisque l'on parle si peu des sentiments du circoncis, penchons-nous ici sur son cas. Osons ce que l’on cache à la multitude. Osons l’indicible vérité sur le circoncis. Mais avant toute chose, il convient de distinguer celui qui a été circoncis dès l’enfance et celui qui l’a été adulte après avoir connu des relations sexuelles. Cette distinction est de la plus haute importance ; car le circoncis qui n’a jamais connu de relation sexuelle dans l’état d’incirconcis est incapable de juger de la différence entre les deux états. Un aveugle de naissance peut-il avoir le même jugement sur le monde visible que celui qui a perdu la vue adulte ? Un manchot de naissance a-t-il la même souffrance de l’absence de son bras que celui qui l’a perdu adulte dans quelque accident ? Je ne le crois pas. Je ne le crois absolument pas du simple fait que l’un porte la nature de son être alors que l’autre porte en lui le traumatisme de la perte de ce qu’il possédait et dont il avait pleinement conscience. 

            L’adulte circoncis se considère avant tout comme un mutilé, au moins durant les dix premières années. Tout adulte ayant connu une vie sexuelle avant d’être circoncis et qui viendrait à nier cela est un menteur ! En fouillant mon passé, je ne vois que deux personnes qui ont osé publiquement reconnaître dans la circoncision une mutilation semblable à l’excision. Dans les années soixante-dix, sur l’unique chaîne de télévision ivoirienne, répondant à la question d’un journaliste, l’ethnologue Niangoran Boa avait mis sur le même pied d’égalité la perte de la sensibilité de la femme excisée et celle de l’homme circoncis. Une dizaine d’années plus tard, c’est un cousin qui, au cours d’une discussion entre amis, avoua regretter d’avoir choisi d’être circoncis. Me référant à ma propre expérience, j’osai un jour, lors d’une assemblée entre hommes, demander à mes amis pourquoi ils n’avaient pas prévenu les autres des graves conséquences de cette opération. Toute l’assemblée s’était alors fendue d’un éclat de rire. Personne ne répondit à ma question. On se taquina puis on se quitta. L’homme est orgueilleux. Sur sa vie intime, il n’aime guère reconnaître qu’il a eu tort.

Enfants circoncis 0001

                        Une mode née de l’imitation des musulmans  

            Quand on réfléchit bien, on se dit : « Comment ces jeunes gens pouvaient-ils reconnaître publiquement qu’ils avaient eu tort ? » Dans les années soixante-dix et quatre-vingt, l’histoire de tous ces jeunes africains qui n’étaient pas nés dans la religion musulmane était partout la même ; à quelque chose près. Partout, ils entendaient clamer les bienfaits de la circoncision. En Côte d'Ivoire, ceux qui avaient osé subir cette opération s’en vantaient et usaient d’un terme bambara censé être péjoratif pour désigner ceux qui n’ont pas passé leur pénis par le tranchant de la lame : « Bracro » ; une déformation de « bilakoro » qui, selon Amadou Hampâté Bâ, signifie « laissé à vieillir », c’est-à-dire « en voie de maturité » (1). Ainsi donc pour les circoncis, les non-circoncis étaient des gens « en voie de maturité », des gens qui étaient encore dans l’enfance. Devant les moqueries de leurs amis, les jeunes gens couraient vers les infirmiers qui pratiquaient cette opération pour qu’ils les délivrassent du fardeau dont ils croyaient être chargés par la nature. C’est ainsi qu’en Afrique, dans les zones non musulmanes, de nombreux jeunes ont allègrement embrassé la mode de la circoncision.

            Peu à peu, l’habitude s’est installée. Accédant au rang de père de famille, cette génération s’est empressée de faire circoncire ses enfants – presque toujours dès le berceau - pour leur éviter l'infamie. La pratique se généralisant, on prit soin de la justifier afin de la rendre nécessaire là où il lui manquait la force de la tradition musulmane. On se mit à vanter la propreté du pénis circoncis, à soutenir qu’il protégeait les femmes de certaines maladies comme le cancer du col de l’utérus et même du VIH. 

Sexe de garçon 0002

                           Des maigres bénéfices de la circoncision

            Pour ce qui est du bénéfice que les femmes tireraient de la circoncision, on peut dire que ceux qui y croient - médecin ou pas - sont dans le fantasme absolu tant que la démonstration de sa véracité ne sera pas faite et que l’ordre ne sera pas donné de les sauver en passant tous les pénis de la terre par la lame du rasoir. Quant à la propreté qu’assure la circoncision, elle est vraie. En tout cas, en Afrique, elle semble se justifier dans les zones sahéliennes et désertiques où les populations jouissent de peu d’eau et où la toilette se limite très souvent à de simples ablutions. Dans les zones de forêt où l’eau abonde et où les hommes et les femmes sont habitués à la douche quotidienne, la circoncision ne s’impose pas comme une pratique hygiénique. C’est une mode imbécile qui l’a imposée. S’il est vrai que l’argument hygiénique reste le seul valable pour la circoncision, il est également vrai que celui qui a conscience de la nécessité d’une hygiène quotidienne de son sexe et s’y plie n’a pas besoin de recourir à la circoncision. Cela laisse croire que tous les hommes de la terre gagneraient à veiller quotidiennement à la propreté de leur sexe. Cette recommandation s’adresse aussi aux femmes, même si l’excision n’a pas les vertus hygiéniques que l’on reconnaît à la circoncision. En tout cas, pour accoutumer les garçons à l’hygiène de leur sexe, dans certains hôpitaux, on conseille aux mères de commencer très tôt à libérer le gland du prépuce afin de laver l’un et l’autre lors de la toilette de l'enfant. Leçon à retenir par toutes les familles.    

            S'il est vrai que l'homme ne tire aucun bénéfice de la femme excisée qu'il trouve d'ailleurs moins expressive au lit, la femme de son côté n’éprouve pas plus de plaisir avec un circoncis qu’avec un incirconcis. Mais il est également certain que la sensibilité du gland étant plus faible, l’homme qui éjacule précocement voit ce phénomène diminuer considérablement une fois circoncis. Ce n’est pas pour autant qu’il faut conseiller la circoncision aux éjaculateurs précoces.

Circoncision sexe 0002

            L’adulte nouvellement circoncis a besoin de beaucoup de temps pour retrouver un plaisir sexuel proche de son premier état. Une dizaine d’années lui sont nécessaires pour développer pleinement des sensations palliant l’insensibilité du gland. C’est comme celui qui a perdu un membre et qui développe une capacité ou une habilité nouvelle compensatrice. L’expérience laisse penser que le plaisir devient plus cérébral que « sensitif », intérieur qu’extérieur. Il faut dire que le gland ayant perdu ses propriétés sensitives externes au point de se frotter sans blessure aux sous-vêtements ou à tout autre corps extérieur, l’esprit cherche à lire le plaisir ailleurs que dans son frottement contre la paroi vaginale. Il paraît qu’il y a un médecin qui, dans son galimatias médical, affirme que ce n’est pas la sensibilité du gland que perd le circoncis mais son hypersensibilité ; apparemment, il est le seul à ne pas se rendre compte qu’il y a forcément perte de quelque chose.                                                    

            Certes, le circoncis ne voit pas son orgasme altéré par son nouvel état. Ce qui change radicalement chez lui, c’est que le gland qui avait la sensibilité d'une plaie que l'on pouvait couvrir et découvrir devient comme une peau ordinaire supportant le frottement aux corps extérieurs et aux caresses. Or, la sensibilité aux caresses fait partie du plaisir sexuel. Le gland étant devenu insensible, le sexe du circoncis n’est plus sensible aux caresses que dans sa partie haute encore recouverte par la peau. Tel est l’état réel du circoncis, qu’il le soit depuis l’enfance ou pas. Aussi comme la femme excisée qui ne tire aucun plaisir de l’excitation du clitoris qu’elle n’a plus mais du seul frottement vaginal, l’homme circoncis ne tire pas du plaisir dans la caresse de son gland mais du désir d’atteindre l’orgasme. 

                      L'excision et la circoncision contre l'autosexualité

            De toute évidence, il semble que la circoncision comme l'excision ont été inventées par l'homme pour lutter contre l'autosexualité – communément appelée masturbation - qui aurait été jugée à certaines époques comme nuisible ou contraire à la morale. Dans cette vision des choses, les hommes s'en sont pris aux femmes pour s'assurer leur fidélité et aux jeunes gens afin de les empêcher de gaspiller dans la solitude leur semence devant être réservée à la production d'une grande progéniture. Car outre le gland dont la sensibilité ou l'hypersensibilité procure un grand plaisir en se frottant à la paroi vaginale, le pétrissage ou la trituration du prépuce est un geste très agréable qu'ignorent les circoncis. On connaît aujourd’hui la peur de l’Angleterre victorienne pour la dégénérescence mentale. A la fin du XIXe siècle, elle a promu la circoncision pour prévenir la masturbation qu’elle redoutait pour la santé physique et surtout mentale.

numérisation0004

            La description même du prépuce et du gland du non circoncis suffit pour faire comprendre aux partisans de la circoncision le bénéfice dont jouissent ceux qui demeurent dans l'état naturel des choses. Une leçon d'anatomie simple montre que la vision de ceux qui affirment que le prépuce n'est pas un organe mais « un repli de peau inutile et antihygiénique » ne peut tenir ; et cela pour deux raisons :

« Tout d'abord, le prépuce est une lèvre avec une fonction similaire à celle des autres lèvres du corps (paupières, lèvres de la bouche, de la vulve, narines, anus) : celle de frontière entre l'intérieur et l'extérieur. La grande caractéristique des lèvres est d'avoir une double face : peau d'un côté, muqueuse de l'autre. L'extérieur protège l'intérieur du frottement et de la dessiccation (dessèchement). Elles sont aussi particulièrement fournies en terminaisons nerveuses de toucher fin. Ensuite, comme le clitoris, le prépuce a une innervation érogène particulièrement dense, renforcée par l'innervation de toucher fin. Aussi, l'enroulement et le déroulement de ce store à double face permettent, outre un nettoyage facile, une stimulation particulièrement agréable à la fois de lui-même et du gland. Puisqu'il peut être supprimé sans empêcher la reproduction, le prépuce, comme le clitoris, n'est pas un organe génital. C'est néanmoins l'organe spécifique de l'autosexualité masculine » (2) ; en d’autres termes, un organe du plaisir.    

(1) Préface de Textes sacrés d’Afrique noire choisis et présentés par Germaine DIETERLEN, Gallimard 2011.   

(2) extrait d'un article de "Psychologie.com".

Raphaël ADJOBI

Posté par St_Ralph à 14:23 - Arts, culture et société - Commentaires [22] - Permalien [#]

04 février 2013

Django unchained ou quand Tarantino revisite l'esclavage aux Etats-Unis

                             Django unchained

                                             ou quand

    Tarantino revisite l'esclavage aux Etats-Unis

            "Django unchained" est un film absolument singulier. Sur un air de western pour amuser la galerie, ce film séduit par la profondeur du discours de ses protagonistes et par certaines images qui vous jettent la réalité de l'histoire à la face.

numérisation0005

            Libéré par un chasseur de prime parce qu'il pouvait l'aider à retrouver trois personnes qui étaient sur sa liste, Django (Jamie Foxx) se retrouve bientôt spectateur des us de l'Amérique blanche régnante. Quentin Tarantino semble, par ce film, mettre le nez du spectateur dans une réalité historique à graver à jamais dans les mémoires. L'aisance cynique des chasseurs de prime ainsi que la facilité des bandits à se transformer en hommes de loi ou riches propriétaires étonnent. Quant au Ku Klux klan, il préfère en rire qu'en pleurer. Ici, Les Etats-Unis apparaissent clairement comme un pays construit sur la violence et la loi du plus fort, du plus truand, du plus cynique.  

            En échange de ses services, le surprenant chasseur de prime (Christoph Waltz) propose à Django de l'aider à retrouver sa belle. C'est dans cette partie du film que Quentin Tarantino nous révèle sa qualité de grand conteur. Les rebondissements qui structurent le film sont simplement magnifiques ! Parodiant une légende allemande dans laquelle le héros fait preuve d'une audace extraordinaire pour sauver sa belle prisonnière d'un terrible dragon, il nous fait visiter l'Amérique esclavagiste. Il semble interroger le spectateur blanc sur le bien fondé de certaines pratiques barbares des colons. Peut-on comprendre, justifier et soutenir la vue des exécutions gratuites singulières dont ces gens se sont rendus coupables ? Quant aux Noirs, même victimes d'un système social construit sur leur force de travail, ils ne sont pas épargnés par la critique féroce et crue de Quentin Tarantino.  En tout cas, pas certains dont l'excessive soumission au colon reçoit ici une magistrale satire par le discours du sadique propriétaire terrien incarné par Leonardo Di Caprio, effrayant d'intensité.

            Il paraît que le film a été mal reçu par les Noirs américains. La violence de la vérité les aura-t-elle assommés ? Tant mieux. Le discours de Quentin Tarantino vise à réveiller tous les Noirs qui acceptent trop facilement d'être soumis, tous ceux qui se disent "Mon Blanc est bon". Qu'en pensera le public africain ? Certains pourraient y voir un appel à la révolte, tant bon nombre de leurs dirigeants ressemblent au personnage du valet béni-oui-oui excellemment joué par Samuel L. Jackson.    

            D'une façon générale, la violence est omniprésente dans cette peinture de la société américaine du XIX e siècle. Cependant, l'humour et la dérision choisis par son auteur rendent les éclaboussures de sang supportables et parfois même presque drôles. Pour Quentin Tarantino, Django libéré des chaînes de l'esclavage doit être en mesure de se donner les moyens de briser tous les obstacles pour libérer l'amour de son coeur. Django doit être capable de mettre sa liberté au service de la Liberté et même être capable de pulvériser les marques d'une domination qu'il juge injuste. 

Raphaël ADJOBI

° P.S. : Que ceux qui douteraient de la bonne foi de Quentin Tarantino lisent l'entretien qu'il a accordé à Télérama (n° 3288 du 19 au 25 janvier 2013). Ils apprécieront ses sentiments sur l'esclavage et comprendront mieux la dureté des discours du film.

Posté par St_Ralph à 21:07 - Arts, culture et société - Commentaires [7] - Permalien [#]

15 janvier 2013

Corps et âme (Franck Conroy)

                                          Corps et âme

                                            (Frank Conroy)

Corps et âme (F

            Surprenant et envoûtant grâce aux nombreux rebondissements, ce roman est de ceux que l'on peut hisser fièrement au nombre des meilleurs sans risquer la contestation. Frank Conroy a réussi ici une peinture sociale et humaine d'une très grande intensité. 

            Quotidiennement, quand sa mère partait travailler avec son taxi, c'est enfermé à clef dans leur appartement situé au sous-sol que Claude Rawlings passait les heures des longues journées de son enfance. En cherchant à découvrir le secret du vieux piano désaccordé placé dans un coin de sa chambre, il va se découvrir une passion extraordinaire qui ne le lâchera plus et qui le mènera à une succession de rencontres qui seront autant de portes sur le monde merveilleux de la musique.   

            Quand, à quinze ans, son talent de jeune musicien prodige l'introduit dans le monde des artistes de renommée et lui ouvre les portes de la haute société et des grandes manifestions  new-yorkaises, l'aventure ne se remplit pas seulement de notes musicales mais aussi d'aspiration à l'amour. Mais, à l'exception de Weisfeld, le marchand de musique de son quartier qui l'a découvert, « Nul ne savait que la musique avait sauvé Claude Rawlings. Que grâce à elle, il l'avait échappé belle ». Et que par conséquent, « Diplôme de Cadbury ou pas, sans musique il n'était rien ». Car Claude vient de nulle part ; enfant d'une femme pauvre qui refuse de lui révéler l'identité de son père, il semble n'être qu'un prodige aux pieds d'argile. Et si « les gens ne parlent pas de classe et de situation sociale comme ils le faisaient autrefois, cela ne signifie pas qu'ils les aient oubliées. »        

            Frank Conroy présente dans ce roman un personnage exempt de toute ambition débordante mais dont le talent permet d'évoluer dans le monde comme dans un conte merveilleux. Cette démarche lui permet de brosser des portraits absolument magnifiques des différents personnages auxquels le héros a affaire : Weisfeld son mentor, très attentif mais cachotier sur son passé, ses maîtres de musique fantasques et parfois théâtraux, Al, le grand Noir au grand cœur ; et surtout les femmes avec les secrets de leur vie amoureuse ou sexuelle dont les révélations seront comme la touche éblouissante d'un récit déjà très surprenant.

            Mais ce roman est avant tout une fantastique plongée dans le monde de la musique. Les termes techniques, très nombreux, ne gênent nullement sa compréhension ; bien au contraire, ils nous révèlent la complexité de la construction de l'oeuvre musicale et le génie du personnage principal. Le roman nous découvre aussi la difficile expansion du jazz « censé être de la musique sauvage », la naissance du be-bop avec le saxophoniste Charlie Parker, et un zeste des mésaventures des musiciens noirs du milieu du XXè siècle comme Miles Davis. Il apparaît d'ailleurs que plus on avance dans le roman, plus la musique classique cède de la place au jazz tout en gardant la splendeur de ses concerts publics.  En tout cas, Corps et âme est le roman de la musique fait pour mettre d'accord les techniciens de la musique et les amoureux des belles oeuvres littéraires bien construites.

Raphaël ADJOBI  

Auteur : Frank Conroy

Titre : Corps et âme, 683 pages

Editeur : Gallimard, Collection Folio 2010 (1er dépôt, 2004)

Posté par St_Ralph à 18:33 - Littérature : romans - Commentaires [4] - Permalien [#]

02 janvier 2013

Petite histoire des colonies françaises (T.4 : La Françafrique) de Grégory Jarry et Otto T.

              Petite histoire des colonies françaises

                             (Grégory Jarry & Otto T.)          

numérisation0006

            Comme le livre, ce billet s'adresse à chaque Français en particulier. Aussi je vais reprendre à peu près les termes de son introduction pour m'adresser à vous. Comme tout Français normalement constitué, vous savez comme moi qu'en 1960 notre gouvernement a accordé l'indépendance à nos colonies d'Afrique. Et c'est sans doute avec un pincement au coeur que vous en parlez parfois ; mais au moins nous pouvons tous dire que maintenant les Africains sont maîtres de leur destin, et ce n'est pas de notre faute s'ils n'arrivent pas à se gouverner et s'ils crèvent de faim.

            Nous sommes d'accord pour dire que nous n'avons plus rien à voir avec les problèmes de ces Africains incapables de tirer profit des aspects positifs de la colonisation après l’indépendance que nous leur avons accordée. 

            Cependant, voilà que Grégory Jarry et Otto T., deux individus sortis de je ne sais où, auteurs de ce manuel d'histoire qui s'inspire de la bande dessinée sans en être totalement une, nous interpellent en ces termes : « Réfléchissons deux secondes. Croyez-vous que notre président de l'époque, le général de Gaulle, ait pu lâcher notre empire colonial comme ça pouf, parce qu'un vent de liberté soufflait sur le monde ? »  Et l'air désolé, ils se disent obligés de nous avouer comment, en 1958, de Gaulle a pu installer "une monarchie non héréditaire" (Pierre Mendès France) baptisée Ve République, permettant à partir des années 1960 de « confisquer le pouvoir aux peuples fraîchement émancipés. Et tout cela depuis le palais de l'Elysée, dans le plus grand secret, sans passer par l'Assemblée nationale, sans contrôle démocratique », grâce, au départ, au talent du fils d'une blanche créole guadeloupéenne : Jacques Foccart. Le colonialisme, il s’y connaît ; il est tombé dedans quand il était petit. 

            Cette démonstration faite, ils passent en revue - tantôt avec humour, tantôt avec une déconcertante brutalité - le pilotage de tous les conflits africains depuis l'Elysée avec les médias comme caisse de résonance ou de propagande. La guerre d'Algérie tout d'abord, ensuite les élections au Gabon avec  Léon M'ba et son successeur Omar Bongo, la mort de Barthélémy Boganda, le premier président centrafricain, et l'installation au pouvoir de Jean Bedel Bokassa, la guerre au Biafra, et le premier président du Togo, Sylvanus Olympio, qui donna du fil à retordre à la France. Le génocide rwandais, le Burkina avec la mort de Sankara et l'avènement au pouvoir de son bourreau Blaise Compaoré, ainsi que le Congo de Patrice Lumumba et de son bourreau Mobutu ne sont pas oubliés. Bref, toute une série d'intrigues africaines menées de main de maître par les locataires de l'Elysée qui perpétuent une tradition gaullienne. 

           On imagine aisément les morts innombrables que toute cette manipulation des événements africains a causés. Aussi ce livre se termine sur une note d'espoir pour les Africains. L'espoir qu'un jour, les grands manipulateurs et leur cellule élyséenne pourraient être « inculpés de corruption et de détournement de fonds, de soutien à des dictatures totalitaires, d'organisations de coup d'Etat ayant conduit à l'assassinat de présidents démocratiquement élus, de complicité de génocide, tout cela avec préméditation et abus de pouvoir. » 

            Franchement, tout Français normalement constitué doit-il être reconnaissant à ces deux auteurs de nous ouvrir les grilles opaques du "domaine réservé" du président de la république que sont les affaires étrangères et plus particulièrement les affaires africaines ? Ne commettent-ils pas là un crime de lèse-majesté en offrant à chaque citoyen le droit de savoir et de juger ce que le président fait dans son "domaine réservé" de notre république démocratique ? Pour nous convaincre de leur sérieux, ils nous démontrent à la fin du livre que leurs propos sont basés sur une riche bibliographie faite d'auteurs de grande renommée. Ou bien vous lisez ce livre pour être assuré de ne pas dire d'ânerie sur l'Afrique, ou bien vous ne le lisez pas et vous vous interdisez tout commentaire sur les événements africains. Dans les deux cas, vous évitez de paraître bête. A vous de choisir !    

Raphaël  ADJOBI  

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                       

Titre : Petite histoire des colonies françaises (Tome 4 : La Françafrique)                                                                                          

Auteur : Grégory Jarry & Otto T.                                                                                                            

Editeur : Editions FLBLB, 2011, prix 13 euros

Posté par St_Ralph à 13:32 - Littérature politique - Commentaires [5] - Permalien [#]

22 décembre 2012

Tribulations d'un précaire (Iain Levison)

                        Tribulations d'un précaire

                                                (de Iain Levison) 

 

numérisation0004

          Depuis cinq ou six ans, en France, le discours politique relatif au monde du travail tourne autour de deux termes qui nous sont devenus familiers : la flexibilité et la mobilité. A vrai dire, alors qu'ils rythment la réalité quotidienne des Américains et des Anglais, rares sont les Français qui savent exactement ce qu'ils recouvrent. Quand vous aurez lu ce livre, la flexibilité et la mobilité professionnelles auront un sens concret pour vous ; et vous pourrez enfin donner votre avis sur l'avenir économique et social d'une France qui aura ces deux facteurs comme moteurs d'action. 

          N'importe quel lecteur sera écoeuré par les techniques que les entreprises mettent en œuvre afin que la mobilité des travailleurs ne soit que tout bénéfice pour elles. Pour que l'économie du pays soit forte, il faut que les entreprises fonctionnent sans contrainte liée au personnel. Il faut donc que l'arrivée (l'embauche) et le départ (le licenciement) de l'employé ne génèrent que des bénéfices et non des charges. En d'autres termes, il est absolument nécessaire de pouvoir se séparer de l'employé avant d'entrer dans l'engrenage de ses droits.  Car pour les patrons, là où commencent les droits de l'employé s'arrêtent les intérêts de l'entreprise. 

          Et pour que cette politique économique soit réalisable, les patrons ont deux armes essentielles : le temps partiel qui oblige à avoir plusieurs emplois en même temps, et le contrat à durée déterminée qui vous oblige à faire du zèle, à travailler comme un fou avec l'espoir de le transformer en contrat définitif alors que le patron sait bien que vous garder signifierait pour lui des charges ou des procès dans le cas où il ne voudrait plus de vous. Voilà comment la société condamne des milliers de gens à une vie précaire. Et comme avoir son appartement, sa voiture avec l'assurance, sa télévision à écran plat avec le câble, est devenu une nécessité, tout précaire pourra se demander avec l'auteur "quel est l'emploi qui à lui seul peut apporter à un individu un mode de vie confortable ?" Pourtant, on ne manquera pas de vous dire que c'est bien votre faute si vous ne gagnez pas assez pour vous assurer le confort et l'assurance médicale.         

          Au regard des tribulations de l'auteur (licencié ès lettres) qui accumule les boulots sans avoir le temps de se reposer et passe d'une contrée de son pays à l'autre jusqu'à devenir pêcheur en Alaska - et tout cela sans jamais obtenir la couverture médicale toujours promise et toujours espérée - le lecteur français se dira que nous avons au moins la chance d'avoir la sécurité sociale chez nous. Malheureusement, nous savons tous qu'il est question de réduire les charges de notre sécurité sociale et la protection qu'elle procure au seul motif qu'elle coûte chère. On oublie que derrière ce discours, les assurances privées attendent comme des vautours pour nous manger la chair sur le dos. 

          En lisant Iain Levison, le lecteur français s'imaginera aisément que la perte de la couverture sanitaire - plus de sécurité sociale - jointe à la flexibilité et à la mobilité, le mettrait exactement dans la même situation que l'auteur. Une situation due au fonctionnement d'un système économique dont ce livre est une peinture à la fois magnifique et effrayante. Quarante-deux emplois en six Etats différents en dix ans, est-ce encore une vie ? L'amie qui m'a conseillé Tribulation d'un précaire m'avait dit : « Je sais que le sujet ne fait pas partie de tes thèmes habituels. Mais lis ce livre ; je suis sûre qu'il te plaira ».  A mon tour, je vous dis : lisez-le ; il vous plaira assurément. 

Raphaël ADJOBI 

Titre : Tribulations d'un précaire

Auteur : Iain Levison

Editeur : Editions Liana Levi, 2002 (traduct. franç.)

Posté par St_Ralph à 11:17 - Littérature : romans - Commentaires [4] - Permalien [#]

17 décembre 2012

Les tueries par arme à feu : l'Amérique récolte ce qu'elle a semé

                           Les tueries par arme à feu :                        

                  L'Amérique récolte ce qu'elle a semé 

numérisation0002

            « De 7 à 17 ans, les fusils Daisy feront de vos Noëls des moments inoubliables », clame une publicité américaine pas très ancienne. Mais, en cette année 2012, il est certain que la dinde de Noël aura un goût de chair humaine dans de nombreuses demeures du pays de l'oncle Sam.           

            « L'Amérique pleure ses enfants et se demande "pourquoi ?" » C'est ce que l'on lit et entend çà et là. L'Amérique chercherait-elle vraiment à comprendre ce qui lui arrive ? Absolument pas. On ne peut nullement croire à ces interrogations de circonstance. 

            En juillet dernier, après la fusillade qui a suivi la première du film Batman à Aurora, dans une banlieue de Denver, et qui a fait 12 morts et 58 blessés, nous avons eu droit aux mêmes questions et aux mêmes lamentations. Cette fois, à une semaine de Noël, ce sont 20 enfants et 6 adultes qui sont les victimes d'un jeune de 20 ans, à Newtown, dans le Connecticut au nord de New York. Mais quand tout le monde aura essuyé ses larmes, chaque Américain défendra avec force et vigueur la liberté de se protéger des autres citoyens. Et cette liberté passe par le droit de disposer d'une arme à feu ! C'est un droit auquel de nombreux Américains tiennent comme à la prunelle de leurs yeux. 

            Ce qui arrive à l'Amérique aujourd'hui n'est rien d'autre que la conséquence de la construction d'une très vieille tradition, d'une très vieille culture. Pour bien la comprendre, il faut aller au-delà des lobbies des armes qui n'ont fait que tirer profit d'une volonté politique longtemps considérée comme le moteur de la construction d'une Amérique blanche et forte. Il faut remonter à la conquête des terres de cette partie du monde contre les Indiens, puis passer par la traite négrière et enfin par la ségrégation raciale pour en saisir les racines profondes. Oui, c'est dans la volonté de construire une nation blanche et puissante contre les Indiens puis contre les Noirs qu'est née la culture des armes. Avant que chaque Américain ne puisse jouir de ce droit, il était exclusivement réservé aux seuls Blancs. 

numérisation0004

            Il fallait chasser le sauvage indien, le tirer comme un bison ou le parquer dans des réserves afin de se faire de la place. Une fois ce travail réussi, il fallait prévenir les révoltes des esclaves noirs et se protéger de leurs petits larcins. N'oublions pas non plus la belle époque où on allait à la chasse au nègre après la messe du dimanche ! Pour accomplir tout cela, pour montrer la domination d'une race blanche et forte, sûre d'elle-même, le port d’une arme était évidemment nécessaire. D'où les belles publicités américaines dans lesquelles les armes à feu faisaient partie des cadeaux que l'on offrait à ses chers enfants non seulement pour leur faire plaisir mais encore pour leur apprendre à devenir des Américains forts sachant défendre leurs positions raciale et sociale. Tout un programme d'éducation ! 

            Malheureusement, l'être humain à la mémoire courte. Quel journal de notoriété nationale ou internationale oserait porter cette explication sur la place publique maintenant que posséder une arme n'est plus réservé aux seuls Blancs ? On se contente de poser des questions et d'étaler sa grande affliction mais on n'est pas capable de dire la vérité pour ne pas jeter la pierre au passé de toute une nation. Que les Américains se disent qu'ils meurent par les armes parce que leurs ancêtres les ont condamnés à vivre l'arme à la main. Si réellement ils en souffrent, qu'ils aient l'audace d'interdire sa vente au public. Quand des citadins achètent librement des armes, ce n'est point pour chasser le pigeon. 

° Les images sont extraites de l'excellent livre d'Annie Pastor, Les pubs que vous ne verrez plus jamais, édit. Hugo Desinge, sept. 2012. 

Raphaël ADJOBI

Posté par St_Ralph à 20:22 - Actualités Monde - Commentaires [2] - Permalien [#]

26 novembre 2012

Laurent Gbagbo, démocrate avant Fillon et Copé

    Un tract sur la toile pour réhabiliter Laurent Gbagbo

numérisation0007

Posté par St_Ralph à 08:07 - Actualités Monde - Commentaires [2] - Permalien [#]