Lectures, analyses et réflexions de Raphaël

Vous trouverez ici des comptes rendus de lectures livresques concernant essentiellement l'histoire des Noirs d'Afrique et celle des Afrodescendants des Amériques et d'Europe. Les actualités de la diaspora africaine ne sont pas oubliées.

07 novembre 2020

Des barricades pour aider à l'installation d'un gouvernement de transition en Côte d'Ivoire (Raphaël ADJOBI)

               Des barricades pour aider à l’installation

    d’un gouvernement de transition en Côte d’Ivoire 

Conseil national de transition

          Grâce à la désobéissance civile, les populations ivoiriennes ont réussi à rendre non-crédible le résultat des élections présidentielles du 31 octobre 2020. L’illégitimité de celui qui est déclaré élu est attestée sur le plan national et international. Cependant, depuis l’annonce de la mise en place du Conseil national de transition (CNT) avec à sa tête l’ancien président Henri Konan Bédié – doyen des hommes politiques – la fièvre de la désobéissance civile est retombée comme si le peuple avait vaincu le dictateur Alassane Ouattara. Et pourtant, il suffit de regarder la Côte d’Ivoire pour constater que derrière ce calme apparent plein d’espoir en l'avenir du CNT, c’est l’ancien gouvernement qui garde la main sur les institutions et les affaires du pays. Ce qui lui permet de continuer à emprisonner impunément ses adversaires d'hier comme s’il n’y a rien de nouveau sous le ciel de la Côte d’Ivoire.

          Force est donc de constater qu’il ne suffit pas de créer un Conseil de transition pour gagner la guerre contre un dictateur. Il faut des stratégies fortes pour faire basculer les institutions de son côté. Qu’avaient prévu les membres du CNT dans le cas où le pouvoir illégitime se maintiendrait ? Apparemment rien. Quelques membres emprisonnés ou assignés à résidence ont suffi pour réduire ce nouvel organe politique à l’inaction. Nous voilà revenus à notre point de départ. Henri Konan Bédié et ses amis croyaient-ils peut-être que pour leurs beaux yeux les présidents des institutions et les commandants des armées viendraient à leurs pieds faire allégeance ? Une chose est certaine : si le calme semblable à une lassitude maladive dans laquelle semble désormais se complaire les Ivoiriens persiste, si ceux-ci n’ont pour seul objectif que la reprise immédiate de leurs activités, alors chacun peut être certain qu’il est condamné à supporter la dictature actuelle jusqu’à la mort d’Alassane Ouattara ! Oui, si une stratégie efficace n’est pas mise en place pour étouffer son pouvoir, il n’aura aucune raison de le céder.

          Monsieur Mamadou Koulibali, président de Lider, a tort de dire qu’il ne lui appartient pas de donner de mot d’ordre aux Ivoiriens. Il a tort de ne pas suivre l’exemple de Laurent Gbagbo en 2000 et celui de Charles Blé Goudé en 2004. Il semble avoir vite oublié que c’est le mot d’ordre de désobéissance civile lancé par Henri Konan Bédié qui a contribué à rendre illégitime le résultat des élections du 31 octobre dernier. On ne fait pas une révolution avec des leçons de morale. On peut ne pas crier des mots d’ordre sur tous les toits, mais on peut et on doit faire parvenir des mots d’ordre à ceux qui agissent sur le terrain. Tout combat suppose des stratégies. Tout leader politique doit être conscient qu’il y a des moments où les populations ont besoin de savoir qui elles doivent suivre et dans quelle direction elles doivent aller. Et aujourd’hui, le moment est favorable pour cela. C’est d’ailleurs ce que Guillaume Soro a bien compris et a tenté de faire malgré les statuts de traître et de bourreau attachés à sa personne depuis plus d'une décennie. Si malgré cette mauvaise réputation beaucoup de ses compatriotes ont écouté son appel, c’est parce qu’il s’est toujours vanté de posséder une armée qui lui obéirait au doigt et à l’oeil. Malheureusement pour lui, Alassane Ouattara n’est pas novice dans l’art de la traîtrise et sait parfaitement comment se comporter avec les traîtres. Aux dires du commandant Abdoulaye Fofana, Ouattara a pris soin de corrompre tous les hauts responsables de l’armée ; une armée qui avait d’ailleurs reconnu, avant la crise post-électorale de 2010, qu’elle était financée par le chef du RDR. Ouattara a donc pour ainsi dire miné le terrain sur lequel comptait Guillaume Soro pour rebondir.

          A vrai dire, Guillaume Soro est un fanfaron. Il n’a jamais eu d’armée en Côte d’Ivoire. Si aux yeux des Ivoiriens il est coupable de crimes de guerre au même titre que les rebelles d’hier, c’est parce qu’il fut leur porte-parole auprès de l’opinion publique nationale et internationale. D’autre part, il était le paravent officiel d’Alassanou Ouattara qui ne voulait pas à l’époque apparaître comme le commanditaire et le bénéficiaire de la rébellion. Ainsi, à force de jouer le porte-parole et le paravent, Guillaume Soro, alors chargé de serrer les mains des Blancs et insulter Laurent Gbagbo sur les chaînes de radio et de télévision, a fini par se convaincre qu’il est le chef de l’armée qui a aidé Ouattara à parvenir au pouvoir avec le précieux concours des Français. En réalité, il n’en était que le bonimenteur ! Si Guillaume Soro avait une armée, celle-ci ne serait pas restée sans quelques remous lorsqu’il a été débarqué du perchoir de l’Assemblée nationale et surtout lorsqu’il a été contraint à l’exil d’une manière peu élégante. Retenons que Guillaume Soro s’agite pour que demain, si l’armée bascule du côté du Conseil de transition, il puisse s’en attribuer la gloire, à la manière de la mouche du coche de Jean de La Fontaine. D’ailleurs, les médias français qui donnent beaucoup d’importance à son récent appel aux Ivoiriens, allant même jusqu’à le comparer à celui de Charles de Gaulle le 18 juin 1940, doivent nous inciter à la méfiance. La France aimerait sûrement garder son cheval de Troie pour la sécurité de ses affaires. Prenons donc soin de ne pas participer à l’exagération de la portée des boniments de Guillaume Soro sur les événements en cours en Côte d’Ivoire. Sachons tout simplement que tous les éléments de l’armée ne sont pas fidèles à Ouattara, tous ne sont pas des ressortissants des pays voisins. Nous pouvons donc aider ces éléments-là à agir en nous aidant nous-mêmes.

    Le deuxième acte de la désobéissance civile maintenant !

          Pour triompher de la dictature ouattariste, quel moyen reste-t-il finalement aux Ivoiriens ? Des barricades ! Oui, de vraies barricades, solides comme durant les révolutions européennes des siècles passés, pour étouffer Abidjan et la pousser à la révolte populaire ! Je l’ai dit et le redis ici : dans une démocratie, les manifestations publiques visent avant tout à attirer l’attention des autorités de l’État sur une situation sociale ou politique qui exige une réponse satisfaisante. Malheureusement, on n’obtient rien en agissant ainsi avec une dictature ; à moins que plusieurs milliers de personnes envahissent la capitale et la paralysent durant plusieurs semaines pour obliger le dictateur à céder le pouvoir. Un tel cas de figure n’est pas envisageable avec l’esprit actuel des Ivoiriens dominés par la peur et l’égoïsme de ceux qui ne se sentent plus assez jeunes pour descendre dans les rues. Il reste donc aux Ivoiriens à dresser des barricades à l’entrée et à la sortie de chaque ville, de chaque village, de chaque quartier pour entraver le mouvement des populations. Ainsi, tous les fonctionnaires auront des raisons de ne pas aller travailler, tous les fournisseurs auront des raisons de ne pas alimenter les marchés, les magasins et le port d’Abidjan. Une organisation qui étouffera économiquement le marché national et arrêtera les exportations vers l'Europe. Et quand les Français n’auront plus les matières premières qui font tourner leurs usines et permettent aux ouvriers de garder leur emploi, eh bien, la France - hier grand ami d’Alassane Ouattara mais aujourd’hui silencieuse - sera bien obligée de lui dire : la France n’a pas d’ami ; elle n’a que des intérêts ! Et Monsieur Ouattara sait bien ce qu’il en coûte d’entraver les intérêts de la France.

          Il faut donc que chaque ville, chaque village et les quartiers ou agglomérations d’Abidjan érigent des barricades solides en signe de protestation pour un changement radical de régime en Côte d’Ivoire. Pour réussir, cette action doit commencer partout en même temps ! Il n’est pas question de retomber dans les huit années de négociations du régime de Laurent Gbagbo avec les rebelles de Ouattara. On ne négocie pas avec un régime de traîtres et d’égoïstes sans foi ni loi. Il faut prendre le risque de sauver l’avenir de nos enfants, de notre famille plutôt que de le laisser entre les mains d’un dictateur sans parole et sans scrupule qui vit désormais dans la peur d’être jugé et condamné par les Ivoiriens. N’acceptons pas que cet homme fasse de la côte d’ivoire et de chacun de nous ce qu’il veut. C’est désormais la nouvelle forme que doit prendre la désobéissance civile jusqu’à ce que la France qui a placé Ouattara à la tête de la Côte d’Ivoire comprenne qu’il est usé à force de mal servir sa préfecture.

          Je voudrais pour terminer adresser cette pensée de Henry David Thoreau (1817 – 1862) – auteur de La désobéissance civileà tous les présidents des institutions ivoiriennes et surtout aux commandants des armées de côte d’Ivoire : puisque la machine du gouvernement « est d’une nature telle qu’elle vous oblige à vous faire l’agent d’une injustice à l’égard d’autrui, il faut enfreindre la loi et faire de votre vie une contre-friction pour gripper la machine ».

Raphaël ADJOBI

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03 novembre 2020

Un Conseil de transition en Côte d'Ivoire : l'occasion pour Henri Konan Bédié de sauver son honneur (Raphaël ADJOBI)

      Henri Konan Bédié : enfin l’occasion de sauver

            son honneur avant de tirer sa révérence

Henri Konan Bédié

          Le 2 novembre 2020, devant la vacance du pouvoir résultant de la parodie d’élections organisées par Alassane Ouattara à laquelle il a participé en toute illégalité – selon ses propres discours et ceux des magistrats qui l’ont accompagné durant ses mandats – un conseil de transition est né en Côte d’Ivoire. En effet, aucun pays sur cette terre ne peut se permettre de saluer la victoire de Monsieur Alassane Ouattara au regard de la désobéissance civile des populations comme preuve du rejet définitif de sa personne et de son pouvoir. Désormais, la parole de cet homme ne vaut plus rien sur la scène nationale et internationale.

          Monsieur Henri Konan Bédié est donc devenu en ce début du mois de novembre 2020, la figure de proue d’une nouvelle équipe pour une nouvelle ère attendue depuis le coup d’État Français d’avril 2011 ; coup d’État ayant installé Alassane Ouattara à la tête de ce pays d’Afrique occidentale. Si la figure d’Henri Konan Bédié demeure encore une référence en Côte d’Ivoire, il est indéniable que cela tient à son âge qui, sur la terre africaine, confère de la considération si on sait la mériter. Et si les partis de l’opposition l’ont choisi pour incarner la nouvelle voie à suivre, c’est effectivement parce que qu’il ne s’est pas comporté durant ces dernières années comme un vieil homme sénile mais plutôt comme celui qui regardait et écoutait afin de pouvoir agir le moment venu.

          Et pourtant, cet homme a contribué aux malheurs de la Côte d’ivoire de la plus belle des façons. Arrivé en deuxième position lors des élections présidentielles de 2010, Henri Konan Bédié a cédé sa place à Allassane Ouattara à la demande de la France afin que celui-ci puise affronter Laurent Gbagbo et avoir l’occasion de lui contester la victoire finale. Ce qui s’est effectivement produit. Pire, il a signé un pacte oral avec celui qu’il a contribué à faire roi dans le but d’occuper le fauteuil présidentiel l’un après l’autre. Trahi par Alassane Ouattara, il est passé aux aveux publics avant de se murer dans le silence en vieil homme humilié. C’est donc l’homme que toute la Côte d’Ivoire maudissait. Houphouët-Boigny a fini sa vie en vieil homme sénile à qui il a fallu arracher le multipartisme, un vieil homme qui a été ruiné par sa maîtresse blanche qui l’a fait cocu avec le premier ministre que la France lui a imposé. Nous nous attendions à ce que Henri Konan Bédié finisse sa vie aussi risible que son aîné Félix Houphouët-Boigny. Pour ma part, dès mars 2012, je m’étais promis d’aller pisser sur sa tombe avec des milliers d’Ivoiriens, à la queue leu leu.

          Mais voilà qu’en ce mois de novembre 2020 une occasion extraordinaire se présente à lui pour sauver son honneur et par la même occasion celui de son pays ! Ni Houphouët-Boigny, ni Robert Guéi, ni Alassane Ouattara n’ont saisi l’occasion qui leur était offerte de vivre en supervisant de leur renommée et autorité les institutions de la Côte d’ivoire pour une évolution pacifique et harmonieuse. L’orgueil et la cupidité ont souillé à jamais leur nom ! Aujourd’hui, Henri Konan Bédié a cette chance extraordinaire de se montrer plus grand que ses trois devanciers. S’il réussit cette transition de la côte d’ivoire vers une réconciliation nationale et le strict respect des institutions, alors il entrera dans l’histoire de son pays par la grande porte. Durant le restant de ses jours, sans être le gouvernant, il sera considéré par les Ivoiriens comme celui par qui la paix est revenue dans le pays. Nous espérons vivement qu’il saura s'appuyer sur son autorité d’aîné pour rassembler les Ivoiriens, que la sagesse que nous reconnaissons aux anciens installés sur la terre de leurs ancêtres sera son propre guide pour apaiser le coeur de ses compatriotes. Nous espérons - si l'armée lui tend la main - qu’il saura tirer profit de l’unanimité dont il jouit aujourd’hui pour jouer le rôle du guide discret qui, dans l’ombre, inspire les gouvernants. Plus clairement, nous attendons de lui qu’il veille à la bonne organisation des élections ainsi que la mise en place des moyens d’une réconciliation vraie des Ivoiriens après le retour de tous les exilés. Nous attendons de lui qu’il ne fasse pas du pouvoir présidentiel un objectif personnel mais plutôt qu’il incarne pour tous celui qui indique la voie. Nous nous attendons à ce qu’il se comporte comme Moïse : qu’il ne s’aventure pas sur la Terre promise ! Mais, comme un artiste, qu’il prenne ses distances pour enfin admirer sa dernière œuvre qui mène à la paix nationale. Des élections présidentielles supervisées par une autorité ou des autorités nationales respectées seraient une grande première en Afrique francophone.

Raphaël ADJOBI

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31 octobre 2020

Une jeune Malienne interroge les dirigeants maliens et africains

                  Une jeune Malienne interroge

               les dirigeants maliens et africains

          « Pour qu’il y ait corruption, il faut un corrupteur et un corrompu. Qui sont les corrupteurs aujourd’hui ? Qui sont les corrompus d’aujourd’hui ? Les corrompus d’aujourd’hui sont les personnes censées empêcher la corruption ; ce sont les personnes censées nous protéger ; ce sont les personnes censées appliquer les lois, les sanctions. 

Malienne discourant

          Je travaille dans une entreprise qui répond à des appels d’offre ; mais nous constatons que des personnes payées par nos impôts pour signer les documents demandent qu’on leur verse de l’argent - avant d’aller plus loin. L’argent que les entreprises leur versent et qui doit aller dans les caisses de l’État pour servir à construire les écoles, à soigner les malades, qu’en font-elles ? Cet argent, les entreprises le donne en fait à une personne lambda payée par l’État qui s’enrichit au lieu d’enrichir l’État.

          Maintenant parlons de nos dirigeants, de nos ministres, du président de la République. Quand arrivent les élections, savez-vous comment elles sont financées dans nos pays ? Les entreprises sont rackettées ! "Vous ne voulez pas payer ? demandent-ils. Eh bien, nous verrons bien au prochain appel d’offre comment les choses vont se passer…." Bien sûr que nous avons tous un rôle à jouer. Bien sûr que je peux dire à la douanière de l’aéroport qui me demande 10.000 francs CFA pour les trois tissus neufs qui sont dans mon sac que c’est de la corruption. Bien sûr que je peux dire au policier qui me rackette que je ne veux pas donner ce qu’il me demande parce que c’est de la corruption. Mais qu’est-ce que je dis à toutes ces personnes qui nous dirigent, qui sont censées nous protéger mais qui sont les premières à nous bafouer, à hypothéquer notre avenir parce qu’elles ne veulent pas arrêter de s’enrichir ? Et les entreprises ne peuvent pas non plus arrêter de payer les corrompus parce qu’elles ne veulent pas arrêter de survivre parce qu’il leur faut aussi continuer à payer des salariés. Et qui sont ces salariés ? Ce sont tous ces jeunes à qui nous sommes en train de dire "Croyez au Mali ! Croyez en l’Afrique ! Croyez en l’avenir, n’allez pas sur les routes de l’émigration". Mais que leur offre-t-on en option ? Quelles solutions offre-t-on à leurs problèmes ? »

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23 octobre 2020

Les Africains, la diaspora africaine et le livre : appel à valoriser les écrivains d'origine africaine (Liss Kihindou)

     Les Africains, la diaspora africaine et le livre :

    le vibrant appel d'une écrivaine à valoriser les écrivains

                                    d’origine africaine                                

Liss Kihindou

         Lisons les nôtres ! Lisons les auteurs que nous apprécions ou que nous voulons soutenir ! Et pour manifester notre volonté de les encourager à poursuivre la quête littéraire entamée : achetons leurs ouvrages ! c'est le moins que l'on puisse faire. Je suis parfois surprise d'apprendre que tel(le) "ami(e)", que parfois je ne connais encore que de manière virtuelle, a fait l'acquisition d'un de mes livres. Je citerai par exemple le cas de Reine Poulain ou de Pauline Olivier, ou de Luce Macet. Je ne peux pas citer tout le monde, mais je veux dire que bien souvent ce sont des amis occidentaux, qui n'hésitent pas à soutenir (financièrement j'entends) les auteurs et toute la chaîne du livre (éditeurs, libraires, etc).

          Par contre, bien souvent, dans le milieu africain, on a les sous quand il faut faire la fête, acheter des vêtements ou des chaussures de qualité, c'est-à-dire des articles qui coûtent un certain prix... mais quand il faut acheter un livre d'une vingtaine d'euros, ou même d'une dizaine d'euros, on hésite, on fait des calculs, on remet à plus tard... Heureusement, Ce n'est pas le cas de tous, c'est sûr. Il y a des Africains qui font cet investissement financier en livres, et qui donnent l'exemple à leurs enfants. Résider en Afrique n'est pas pour eux une excuse pour dire qu'ils n'ont pas les moyens d'acheter, que c'est déjà difficile au quotidien. Quand je suis allée à Brazzaville, fin 2013, plusieurs amis auteurs ont acheté un de mes livres. Je citerai aussi, comme autre exemple, celui d'Eric Mavoungou (ancien camarade de Fac), qui depuis le pays avait passé la commande pour avoir "Mwanana la petite fille qui parlait aux animaux". D'autres au contraire se contentent de demander à ce qu'on leur envoie les livres, comme si l'auteur disposait d'une réserve infinie de ses propres ouvrages. Les gens oublient que si l'auteur lui-même veut avoir des exemplaires de son propre livre, il doit lui aussi les acheter, car l'ouvrage ne sort pas gratuitement de chez l'imprimeur… 

          Bref, je voudrais dire que acheter un livre, peu importe les moyens qu'on a, peu importe les temps qui sont difficiles, etc., cela reste une question de volonté, de priorité. En 1997, j'étais étudiante au Congo. J'étais boursière sans doute, mais déjà à l'époque la bourse ne tombait pas tous les mois. C'étaient 30 000 francs CFA (environ 45€) qui vous arrivaient de manière épisodique. Mais lorsque le défunt Léopold Pindy Mamonsono, animateur culturel et littéraire à Brazzaville, organisa une séance de dédicace au lycée Chaminade, je n'hésitai pas une seule seconde. Ce jour-là, j'achetai (entre autres) le livre de Dominique Ngoïe-Ngalla, "L'ombre de la nuit", à 2000 francs. Comme ma mémoire, c'est l'écrit, souvent je note sur le livre la date de l'achat et parfois aussi le coût. J'étais alors modestement vêtue parce que l'argent que je pouvais avoir, je m'en servais pour acheter des livres. 

          Mes plus grandes richesses : les livres et les photos…

Liss Kihindou et le livre

          Voici la photo prise le 10 avril 1997, à Chaminade. Dominique Ngoïe-Ngalla est en train de me dédicacer son livre. On peut reconnaître à gauche l'écrivain Matingou et à droite Léopold Pindy Mamonsono, l'organisateur de cette séance de dédicace.

Achetons les livres, les amis !

Liss Kihindou, écrivaine.

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19 octobre 2020

Comment Alassane Ouattara a préparé la Côte d'Ivoire à des lendemains douloureux (J. Katinan Koné / Raphaël ADJOBI)

  Justin Katinan KONE explique la manipulation des

       populations du Nord et celles de la CEDEAO

                      par Alassane Ouattara 

Justin Katinan Koné, ancien ministre de Laurent Gbagbo exilé au Ghana, est originaire du Nord de la Côte d’ivoire ; cette région de son pays dont les populations ont été présentées durant des décennies par Alassane Ouattara, la France et les pays du Sahel comme détestées et maltraitées par le reste des Ivoiriens. Après les aveux du député Konaté Zié (RDR – parti de Ouattara) en août dernier, lui aussi du Nord - (voir mon article «La Côte d’Ivoire en 2020 : le bilan politique sans perspective de Ouattara) – Justin Katinan Koné vient confirmer ce que Mamadou Koulibaly et Laurent Dona Fologo n’ont jamais présenté comme le principal problème de la Côte d’Ivoire dans les années à venir : la réconciliation des Ivoiriens après bientôt dix ans de confiscation de toutes les structures institutionnelles et administratives de la Côte d’Ivoire par les Nordistes et les populations issues des pays de la CEDEAO avec lesquelles ils ont créé des villages nordistes au sud du pays – et parfois même au sein des villes du Sud. Si la majorité des Ivoiriens parvient à chasser Alassane Ouattara du pouvoir malgré ses nombreux partisans nordistes, la réconciliation nationale passera forcément par l’éradication des traces du rattrapage ethnique. Quand on construit un pays sur la base d’un mensonge, on le prépare à des lendemains douloureux. Il faudra donc beaucoup de volonté et du courage aux Ivoiriens pour laver leur linge sale en famille ! Quand on lit l'ancien ministre de Laurent Gbagbo, fils du Nord du pays, tout est clair.

            Pourquoi la communauté étrangère de la CEDEAO doit s’associer

                                  au mot d’ordre de désobéissance civile

Koné Katinan

          Toute la logique de conquête et de conservation du pouvoir de monsieur Ouattara et de son clan repose sur deux piliers. La régionalisation du pouvoir d’Etat et l’instrumentalisation de l’épineuse question des nombreux ressortissants de la CEDEAO, notamment la communauté Burkinabée et malienne.

          Tout le monde se souvient des propos tenus par Ouattara, au cours d’une interview, lors de son tout premier voyage officiel en France en 2011. L’on se rappelle en effet qu’il justifiait la prééminence qu’il accordait aux cadres du Nord dans son administration par le fait qu’il s’était fait le devoir de faire rattraper le retard accusé par ces derniers du fait de leur exclusion de l’Etat par les régimes précédents. J’avais dénoncé en son temps cette vision extrêmement dangereuse pour la nation et pour l’Etat. J’avais même prévenu que les dernières et grandes victimes de ce nouveau mode de gestion du pouvoir d’Etat seraient nous, les ressortissants du nord. En effet, le risque était grand qu’une telle manipulation malicieuse de nos ressentiments réels ou suggérés n’incline nos esprits vers les réflexes de tribu assiégée qui aurait besoin, pour sa survie, d’une sentinelle ou d’un Robin des Bois. Une telle muraille érigée dans notre conscience nous séparerait définitivement du reste du pays et, une fois constitué en corps captif pour la conservation ou la conquête du pouvoir de monsieur Ouattara, les ambitions contradictoires au sein de la tribu porteraient l’estocade au Nord. Malheureusement la suite des évènements semble corroborer mes inquiétudes. Le décès du Premier Ministre Amadou Gon Coulibaly, la guéguerre mortelle entre messieurs Ouattara et Soro Guillaume, les nombreuses défections des autres cadres des autres régions du pays, anciens compagnons parfois de longue date de monsieur Ouattara découlent tous d’une seule et même source : la régionalisation du pouvoir d’Etat.

          Dans les faits, l’apologie de l’ethnicisme s’est opérée au RDR à partir des années 95. L’aile centriste, proche de la gauche, qui avait rompu avec le PDCI pour se muer en parti politique, a été très vite débordée par l’orientation ethnique et régionaliste qui a été donnée à ce groupement politique quelques instants avant le décès de Djeni Kobena. Ainsi, ont très vite disparu des sphères de décision, entre autres, Alexandre Ayé, Badaubré, Jacqueline Oble, Grah Claire, Hyacinthe Leroux, etc. Une fois l’épuration régionaliste achevée, au sein même de la famille régionale, il y a eu une sorte d’épuration de tout ce qui était de nature, intellectuellement parlant, à faire ombrage à Ouattara qui se voulait l’unique étoile brillante dans le ciel du RDR. Des brillants cadres du nord ont été poussés d’abord vers la périphérie du centre décision avant de s’éteindre définitivement. Aussi, tous ceux qui étaient capables de nourrir aussi des ambitions présidentielles ont-ils été écartés pour faire place nette à l’unique Ouattara. Nul ne sait ce que sont devenus le ministre Adama Coulibaly dit Adama Champion par exemple ou le sociologue Konaté Yacouba. Ben soumahoro est décédé en exil. Il y a très longtemps Zémoko Fofana et Ngolo Coulibaly sont réduits à jouir d’une retraite dorée qui les tient très loin des centres de décision. L’épuration de l’élite intellectuelle a fait place nette à la force brute et à la brutalité politique qui porteront Ouattara au pouvoir et il compte, bien entendu, sur cette brutalité pour préserver ce pouvoir. Après avoir éteint toute luminosité au Nord pour être seul maître, il s’en proclame le défenseur exclusif et universel. Cela ne constitue pas pourtant le seul paradoxe de la démarche du Président Ouattara. En 1991, des cadres du nord, se réclamant de lui, écrivent un document sous forme de chartre intitulé "Le Grand Nord en marche ». Ce brulot est un ramassis de récriminations contre le pouvoir central. Il fait ressortir un ensemble de ressentiments liés à des frustrations qu’auraient subies les populations du Nord écartées de la gestion politique de l’Etat. En 1991, il s’agit bien du bilan du Président Houphouët qui est ainsi attaqué. Parce que ni Bédié, encore moins Gbagbo, n’avaient géré l’Etat au sommet à cette date. Il y a quand même quelque chose d’assez paradoxal de s’affubler, après une telle attaque frontale de la gestion d’Houphouët, le titre d’houphouétiste. En 2011, quand Ouattara affirme, par ses nominations fortement tribalistes, vouloir réparer un tort causé aux nordistes, il fait absolument référence à la Chartre du Nord. Ce faisant, il joue fin même si le jeu est extrêmement dangereux pour la cohésion nationale. Conscient que la voie qu’il a empruntée pour accéder au pouvoir d’Etat lui a coupé la sympathie, et parfois définitivement, d’une grande partie de la population, il a besoin de se créer un bouclier. Il manie deux leviers aux effets convergents. Flatter le nord en lui faisant croire qu’il est effectivement le jouisseur exclusif du pouvoir ; provoquer symétriquement un sentiment de frustration et de révolte des autres populations contre les gens du Nord, de sorte à créer une peur permanente à ceux-ci dont il s’en sert pour renforcer leurs obligations vis-à-vis de lui. Malheureusement, sa manœuvre semble fonctionner. Très peu de nos compatriotes se rendent compte que le niveau de scolarisation bas de nos concitoyens du nord, du fait de l’arrivée tardive de l’école dans nos régions, en font à la fois des cibles privilégiées de toutes les formes d’endoctrinement, religieux et politique. Ouattara joue à fond sur cette réalité. Il appartient aux Ivoiriens de garder la vigilance haute afin de faire la différence nette entre la main qui divise et les victimes de cette division qui s’ignorent. Mais c’est surtout aux populations du Nord de prendre conscience que cette manœuvre de Ouattara est très dangereuse pour elles. C’est un piège mortel duquel nous devons sortir impérativement. Cette victimisation du Nord ne profite finalement qu’à une et une seule personne : Ouattara. Les nominations des cadres du nord dans la haute hiérarchie du pouvoir d’Etat ne date pas de Ouattara. A titre d’exemples, il convient de relever que :

          Avant Hamed Bakayoko, il y a eu Nalo Bamba ministre de l’intérieur. Il était du Nord. Avant Doumbia Chef d’État-major, il a eu Thomas d’Aquin et Timité Lassina. Ils étaient du Nord. Avant Soro Guillaume et Soumahoro Amadou Présidents de l’Assemblée Nationale il y a eu Mamadou Koulibaly. Avant KONE Mamadou au Conseil Constitutionnel, il y a eu Nemin Noel de Katiola et Lanzeni Coulibaly à la Cour Suprême. Avant Touré Apalo commandant Supérieur de la Gendarmérie, il y a eu Gaston Ouassénan KONE. Avant Koné Amadou ministre du transport, il y a eu Coulibaly Adama, tous les deux de Korhogo, avant Ly Ramatou présidente de l’université, il y a Tuo Valy, et Touré Bakary, avant Camara à la Sir, il y a eu Tounkara, avant Diaby à la PETROCI, il y a eu Fadiga Kassoum qui est en exil aujourd’hui. Avant KONE Adama au Trésor puis au ministère de l’Economie il y a eu Ngolo Coulibaly et Aboulaye KONE. Avant Kandia Camara à l’éducation nationale, il y a eu Balla Kéita. Avant Cissé Bacongo à l’Enseignement supérieur, il y a eu Saliou Touré. Avant KONE Tiémoko à la BCEAO, il y a eu Fadiga Aboulaye et Alassane Dramane Ouattara. Lamine Diabaté a dirigé la direction nationale de la BCEAO Côte d’Ivoire. Avant Issa Coulibaly Dg des Douanes, il y a Coulibaly Adama et madame Mlanhoro KONE etc. Sarata Touré, Malick Coulibaly, KONE Katinan, Demba Traoré, Amara Touré, Ouattara Gnonzié, Assana Ouattara, Soro Seydou dit Soro coton etc. ont tous été des proches collaborateurs de Laurent GBAGBO. Alors comment opère-t-on pour distinguer entre les bons et les mauvais fils du Nord sans tomber dans la manipulation des consciences.

          Il est donc illusoire de faire croire que le salut du Nord se trouve dans la présence continue de Ouattara à la tête de l’Etat. Plus nous soutenons Ouattara dans l’insoutenable, plus nous prenons le risque de servir d’instruments de sa politique de division nationale.

          La seconde catégorie de population, sur laquelle Ouattara et le RHDP ont également assis leur stratégie de conquête et de conservation de pouvoir, est composée de la forte communauté des ressortissants de la CEDEAO, notamment Burkinabé, Malienne, Guinéenne et, à un moindre degré, sénégalaise. La gestion de cette communauté, notamment les deux premières composantes citées, constitue un défi majeur pour tous les gouvernements parce que leur présence reste intimement liée à la nature de notre économie. En effet, l’économie cacaoyère, depuis son instauration à la fin du 19ème et début du 20èmesiècle, a attiré une forte population étrangère qui a migré à l’intérieur du pays en suivant le déplacement de la boucle du cacao. De ce point de vue, les villages de Garango, Koudougou, Koupela, Tingodogo, dans les alentours de Bouaflé, sont les répliques du gros village de SAMO. En effet, tout comme celui-ci, ceux-là ont été créés pour répondre au même besoin de main d’œuvre agricole pour l’aristocratie agricole naissante qui n’était pas, déjà à cette époque, exclusivement de la Côte d’Ivoire. Quand Verger créé ses plantations de cacao dans le Sud Comoé, il est imité par certains cadres locaux de l’administration coloniale. Tous ces exploitants ont besoin d’une forte main-d’œuvre que les autochtones Agni et autres ne peuvent leur fournir. Ceux-ci sont même taxés de paresseux comme l’on taxe aujourd’hui les autochtones de l’Ouest. Pour satisfaire leurs énormes besoins en main-d’œuvre, les exploitants agricoles créent un syndicat appelé Syndicat Inter-Agricole de la Main-d’œuvre (SIAMO) qui se charge de recruter la main d’œuvre dans toute la partie septentrionale de la Côte d’Ivoire, et au-delà dans la colonie de la Haute Volta. Une convention est même signée avec le Moro Naba de Ouagadougou à qui est versée une partie de la rémunération de ses sujets convoyés en Basse Côte pour servir de main d’œuvre agricole. Cette main d’œuvre, logée à proximité des plantations, va donner naissance à la bourgade cosmopolite de SAMO qui est une déformation de SIAMO. Quand Houphouët créé ses vastes plantations de café et de cacao entre Yamoussoukro et Bouaflé, il s’inspire de l’exemple de ses collègues planteurs du Sud-Comoé. Une forte population de la Haute Volta descend pour servir de main d’œuvre. C’est cette forte communauté qui se regroupe dans des bourgades à qui elle donne des noms qui se réfèrent à leur sphère d’origine en Haute-Volta. Ces villages serviront de point de départ de ladite communauté à la conquête des terres du grand Ouest ivoirien. La pression qui s’exerce sur la terre, qui se rétrécie comme peau de chagrin, nourrit de graves antagonismes qui débouchent sur des conflits qui deviennent au fil du temps très violents. Ces conflits sont favorisés par la faiblesse de la législation foncière qui a gardé tous ses habits de l’époque coloniale et la grande corruption de l’administration. Le peu d’intérêt accordé à l’état civil complète le cocktail explosif. A partir des années 90, cette forte communauté devient un enjeu important pour Ouattara et le RDR dans leur conquête du pouvoir d’Etat. S’autoproclamant son protecteur, Ouattara en a fait une communauté de soutiens captifs. Ce n’est donc pas étonnant qu’elle ait été l’une des pourvoyeuses de la main d’œuvre de la rébellion de 2002. C’est également la raison pour laquelle Ouattara entend lancer sa campagne à Bouaké qui abrite une très forte communauté de la CEDEAO, de loin plus nombreuse que les autochtones. La foule des non électeurs justifiera a posteriori sa victoire et sa supposée popularité. Mais la conservation du pouvoir par OUATTARA ne résoudra pas, pour autant, cet épineux problème. Il faut un consensus national sur cette question de sorte à faire sortir cette communauté du jeu des intérêts politiques. Autrement, elle sera toujours la proie de tous les aventuriers politiques et la cohésion sociale restera une faiblesse permanente dans le pays.

          Le consensus national est nécessaire pour régler définitivement la question de la communauté étrangère en vue de son intégration suivant des modalités précises. La solution passe absolument par une consultation du peuple par référendum. La solution par la petite porte, comme celle que l’on propose actuellement à Bouaflé et qui consiste à donner automatiquement des pièces d’identité à la forte communauté d’origine burkinabé, va aggraver la méfiance entre les populations. La communauté étrangère sera toujours perçue comme usurpatrice de la nationalité. Le problème est plus que l’établissement d’une pièce d’identité. Il s’agit d’un problème de conscience sociale qui doit être résolu avec l’implication des populations ivoiriennes elles-mêmes. Si les grands partis politiques appellent à voter oui à ce référendum, nous aurons débarrassé le pays d’une tumeur qui est devenue menaçante pour l’équilibre de la nation et l’arme de prédilection de Ouattara. L’exploitation malhonnête de ce problème a fragilisé la cohésion sociale. Ouattara y a assis toute sa stratégie de conquête et de conservation du pouvoir. Pourtant il ne l’a pas résolu ou, du moins, ses tentatives de résolution sont mal perçues par les populations nationales autochtones. C’est pourquoi, celles-ci doivent être associées à tout mécanisme d’intégrations des communautés étrangères qui vivent dans le pays depuis plusieurs décennies et dont la présence est une réalité sociologique qu’on ne peut ignorer. C’est une erreur pour les membres de cette communauté de penser que leur salut se trouve dans la pérennisation du pouvoir de Ouattara. C’est plutôt un statut juridique solide, construit à partir de la volonté populaire des autochtones, qui va assurer leur intégration parfaite à la communauté nationale. C’est pourquoi, cette communauté a tout intérêt à soutenir l’appel à la désobéissance civile qui devra déboucher sur un nouveau contrat social qui tiendra forcément compte, pour l’intérêt de la nation, de l’intégration de ses membres.

          Prenons une fois courage et dans un élan de solidarité nationale, posons les fondements d’un nouveau contrat social. Le problème de la Côte d’Ivoire n’est pas d’avoir son parent ou son coreligionnaire à sa tête. Il n’est même pas d’ordre électoral. Le pays a besoin d’un nouveau départ. 30 années de manipulation ethnico- religieux ou de repli identitaire clanique, ça suffit.

Le ministre Justin Katinan KONE

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15 octobre 2020

Raphaël ADJOBI (par Raphaël ADJOBI)

              Raphaël ADJOBI par Raphaël ADJOBI

 

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          Titulaire d’un doctorat de troisième cycle en littérature française, je suis le fondateur de l’association La France noire, créée en mai 2015. C’est à partir de 2006 que j’ai commencé à mettre mes qualités de chercheur au service de la vulgarisation de l’Histoire des Français noirs ainsi que celle de la traite et de l’esclavage des Noirs dans les Amériques. En effet, après le médiatique historien Pascal BLANCHARD, je suis sans doute le deuxième chercheur à vulgariser le fruit de ses travaux par des expositions pédagogiques itinérantes. Mais, contrairement à mon devancier qui s’adresse avant tout à un public d’adultes, j’ai préféré adapter mes expositions aux collégiens et aux lycéens en misant davantage sur la force des images et en réduisant le plus possible le poids des textes. Ce qui explique pourquoi ma présence devant les élèves pour leur apporter des compléments d’information et répondre à leurs questions est absolument fondamentale.

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          Autre fait qui me distingue de celui qui est en réalité mon mentor, Pascal BLANCHARD est un historien qui a décidé très tôt de vulgariser ses travaux par des expositions et des films, si je me fie à la création du groupe ACHAC (1989) qui est antérieure à la soutenance de sa thèse, alors que j’ai dû changer de voie plusieurs années après mon doctorat (1987) et passer douze années de ma vie à faire de la recherche en histoire avant de produire ma première exposition pédagogique. Avant cela, j’avais créé en 2006 un blog intitulé «Lectures, analyses et réflexions de Raphaël» destiné à sauvegarder mes comptes rendus de lectures ainsi que mes réflexions personnelles en lien avec les débats de société, avec le souci de permettre au public de les suivre. Bien sûr, à l’époque, je n’avais nullement la prétention de devenir un jour un spécialiste de l’histoire de l’esclavage et le promoteur des héros des luttes pour son abolition. Si peu à peu cette passion pour l’histoire esclavagiste et coloniale de la France a changé quelque peu mon enseignement quant aux lectures que je proposais à mes élèves, c’est seulement à partir de 2017 que je vais exploiter le contenu de mes recensions à des fins pédagogiques à travers des expositions faites d’images et textes.

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          Ce qui m’a poussé à penser à Pascal BLANCHARD et à le rencontrer à deux reprises pour bénéficier de ses conseils, c’est que j’avais noté que nous étions animés tous les deux par la même volonté : sortir l’histoire des essais souvent inaccessibles au plus grand nombre et la présenter au public sous son visage cru. N’est-ce pas par la vulgarisation, durant près d’un siècle par les expositions coloniales, que les théories pseudo-scientifiques racistes ont durablement influencé les populations européennes ? Vulgariser notre histoire, ou nos histoires, m’avait donc semblé une nécessité. C’est pourquoi, comme mon devancier, j’ai décidé d’en faire le moteur de l’action de l’association La France noire.

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09 octobre 2020

Les racistes ne savent pas pourquoi ils sont racistes !

 Les racistes ne savent pas pourquoi ils sont racistes !

L’ignorance donne souvent à certaines pratiques le visage de la religion dans son sens ordinaire. Elle les fait apparaître comme des habitudes familiales, sociales dont vous devez être le répétiteur soucieux de ne pas rompre une chaîne ancestrale. Ces pratiques ou habitudes, on y croit et on y tient sans se préoccuper de leur sens précis. Il en est ainsi du racisme, cette capacité à haïr une personne que l’on ne connaît pas, cette capacité à se convaincre que la création a fait de vous un être supérieur au reste de l’humanité et que vous avez le devoir de perpétuer cet ordre que vous considérez naturel. Dans un entretien accordé à Télérama (N° 3691, du 10 au 16 octobre 2020), le pianiste américain Daryl Davis montre comment en apprenant à mieux connaître l’Autre on parvient à respecter sa différence. En d’autres termes, c’est l’ignorance qui fait le raciste qui souvent s’ignore comme tel.

Entretien réalisé par Alexis Buisson

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«Dans un bar du Maryland, en 1983. Daryl Davis n’a que 25 ans mais il est déjà un pianiste réputé, ayant joué avec les plus grands noms du blues. A l’issue de son concert, un inconnu l’approche pour le féliciter. De fil en aiguille, l’homme avoue au musicien noir qu’il est membre du Ku Klux Klan (KKK), l’organisation de suprématie blanche. «Je pensais que c’était une blague. Puis il m’a montré sa carte de membre.» Depuis ce jour-là, l’Afro-Américain s’est lancé dans une improbable croisade : rencontrer des «Klansmen» pour comprendre leur idéologie et les amener à remettre en question leurs croyances racistes. Trente-sept ans après, il dit avoir conduit plus de deux cents membres du Klan à quitter l’organisation. «On a dit de moi que j’étais dans une démarche d’évangélisation. Ce n’est pas vrai. Je ne fais que leur poser des questions pour les amener à s’interroger».

Fils d’un diplomate, Daryl Davis grandit entre plusieurs pays et cultures. Et c’est en revenant vivre aux Etats-Unis, dans les années 1960, qu’il découvre le sens du mot «raciste». A dix ans, il participe à un défilé de scouts. Seul noir de son groupe il est visé par des jets de pierres et des insultes. Sans comprendre. «Mes parents m’ont assis et m’ont raconté que certaines personnes n’aimaient pas les autres à cause de leur couleur de peau. Je ne pensais pas que c’était possible. Mes interactions avec les Blancs avaient été bonnes.» Cet épisode donne à Daryl la soif d’en savoir plus. «J’ai lu beaucoup de livres sur le racisme et le suprémacisme, noir* comme blanc, mais aucun ne répondait à cette question de base : comment pouvez-vous me haïr si vous ne me connaissez pas ?»

Cette question, il la posera à ceux qui propagent la haine, à commencer par Grand Dragon, alias Roger Kelly, chef du KKK dans le Maryland. Daryl Davis décroche un rendez-vous en prétextant écrire un livre. «J’avais demandé à ma secrétaire, Blanche, de l’appeler car il aurait reconnu à ma voix que j’étais noir.» Le jour J, «il y avait de la tension, d’autant plus qu’il est venu avec un garde du corps armé». Mais Kelly se prête au jeu. «J’avais fait mon boulot. Je connaissais le KKK parfois mieux que certains de ses membres.» L’entrevue se prolonge… tant et si bien que Roger Kelly finira par prendre Daryl Davis sous son aile. Il l’invite à des rassemblements dans le Maryland, l’introduit auprès d’autres «Klansmen» qui, eux aussi, deviendront ses amis.Quelques années plus tard, Grand Dragon a changé d’horizon politique. «Il m’a dit qu’il ne se rappelait même pas pourquoi il me détestait à la base !» En signe de renoncement au racisme, Roger Kelly lui remet sa tenu du Klan.

Avec les autres robes blanches et chapeaux pointus qu’il continue de récupérer, le musicien entend ouvrir un musée. «C’est un pan honteux de notre histoire, mais cela en fait partie.» Depuis la mort de George Floyd, Afro-Américain tué par un officier de police blanc à Minneapolis fin mai, un mouvement inédit pour la justice raciale s’est fait jour. Daryl Davis se veut optimiste : «Nous entamons un nouveau chapitre».

* Pour braver le suprémacisme blanc, des Noirs entreprennent çà et là de se construire une idéologie de race supérieure sans former pour le moment un mouvement reconnaissable socialement. Ils se disent : quelle «race » n’aurait-elle pas le droit de se considérer supérieure, l’élue de Dieu, si d’autres races y croient ?

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02 octobre 2020

"Que diable allait-il faire dans cette galère ?"

        "Que diable allait-il faire dans cette galère ?"

Une galère

Chacun de nous se souvient sûrement de cette réplique de Géronte, l’un des personnages principaux des Fourberies de Scapin de Molière, répétée sept fois dans la scène VII de l’acte II. Afin de se venger de son maître, Scapin prétend que son fils Léandre a été capturé par des Turcs qui lui demandent une rançon en échange de sa libération. Géronte doit – bien sûr par l’intermédiaire de Scapin lui-même – donner cinq cents écus aux ravisseurs s’il veut revoir son fils. C’est donc bien naturellement que l’avare Géronte, plein de désespoir, se demande constamment «Que diable allait-il faire dans cette galère ?» Cette réplique souvent accentuée aujourd’hui pour provoquer l’hilarité des jeunes publics renvoie pourtant à une réalité d’un passé pas si lointain qui n’était pas drôle du tout. LIRE LA SUITE DE L'ARTICLE SUR LE BLOG DE L'ASSOCIATION LA FRANCE NOIRE : "Que diable allait-il faire dans cette galère". VISITEZ LE BLOG DE L'ASSOCIATION : www.lafrancenoire/blog 

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17 septembre 2020

La sonate à Bridgetower (Emmanuel Dongala)

               La sonate à Bridgetower

                                     (Emmanuel Dongala)

La sonate à Bridgetower

          Ce roman sur la vie musicale européenne de la fin du XVIIIe siècle et du début du XIXe révèle l’indéniable talent d’Emmanuel Dongala : un excellent narrateur qui parvient à faire oublier au lecteur qu’il parcourt avec lui les archives d’une époque. En effet, jamais il ne donne l’impression de se livrer à une reconstitution de faits historiques. Le doute reste permanent. Cette belle et agréable fiction est pourtant construite à partir des éléments de la vie d’un jeune garçon de la société musicale européenne du siècle des Lumières. A ceux qui pourraient penser au chevalier de Saint-Georges, disons qu’ils doivent désormais retenir qu’à l’époque du célèbre violoniste métis français il y avait aussi le jeune Autrichien métis George de Bridgetower.

          Au XVIIIe siècle, parmi les petits génies de la musique, il n’y avait pas que Mozart ! C’était même une mode de repérer de petits génies pour les concerts privés qu’organisaient de riches aristocrates. Et le père du petit Mozart, qui avait très tôt compris que son fils était un prodige et «l’avait traîné avec lui et l’avait exhibé dans les grandes cours européennes en exploitant pécuniairement son talent», était considéré comme le modèle à suivre par Frédérik le père du jeune George Bridgetower. Sûr du talent de son fils qui a été l’élève de Haydn, en 1789, il décide de tenter sa chance à Paris. Il sait que le talent seul suffit rarement à rendre un homme célèbre au point de lui permettre de vivre de son art. Il lui faut aussi des connaissances, à défaut de mécènes. D’autre part, partant du principe que «pour réussir dans un pays étranger, il fallait être lisse, il fallait raboter toute rugosité héritée de ses origines», lui, le valet de confiance et interprète auprès d’un prince serait «Frédérik de Augustus Bridgetower, prince d’Abyssinie, envoyé plénipotentiaire auprès du prince Nikolaus Esterhazy en son château d’Einsenstadt en Autriche».

          Très vite, le jeune George triomphe à Paris où - selon la jeune reine Marie-Antoinette - pour la passion de la musique «on se divise, on s’attaque, comme si c’était une affaire de religion». Il y rencontre le brillant chevalier de Saint-George avec qui il joue, fait la connaissance de célèbres musiciens et compositeurs, des hommes de science, des femmes et des hommes de lettres allant à contre-courant des idées communément admises ; des pages magnifiques sur la vie culturelle parisienne que les lecteurs apprécieront. Mais voilà que la Révolution de 1789 oblige le père et le fils à gagner l’Angleterre. Autre lieu, autres mœurs ; cependant le succès est toujours au rendez-vous. Mieux, voilà que le prince de Galles se fait le mécène du jeune George. Malheureusement, cette alliance inespérée devient bientôt pour Frédérik de Augustus Bridgetower une source de désespoir parce qu’il voit ce fils qu’il avait choisi d’élever pour réaliser son rêve, «celui dont le talent devait le sortir des expédients auxquels le sort avait voulu le condamner» lui échapper. La rupture devient inévitable. Mais comment le jeune George peut-il continuer à grandir à l’ombre du prince de Galles quand la santé de sa mère décline ? Il rentre en Autriche, lie une belle amitié avec le fantasque Beethoven qui l’introduit dans le milieu musical viennois. Pour sceller leur amitié musicale, Beethoven compose pour lui la sonata mulattica.

          A première vue, le lecteur pourrait se contenter de dire qu’avec La Sonate à Bridgetower, Emmanuel Dongala réalise un passionnant récit de la vie artistique d’un prodige noir au XVIIIe siècle. Selon nous, ce serait un tort de s’arrêter à cette première perception. Ce livre est en réalité la peinture de la vie culturelle d’une époque où la présence des Noirs dans les milieux aristocratiques européens interroge les consciences du fait de l’opposition des sentiments autour de la question de l’esclavage de leurs semblables dans les colonies des royaumes. Ainsi, malgré toutes les belles rencontres que fera George Bridgetower, un exemple concret l’obligera à retenir cette amère leçon que de nombreux Noirs et métis devront méditer : en Europe, un Noir qui de son vivant surpasse tous les Blancs dans l’art qu’il exerce ne survit pas dans la mémoire de leurs descendants ; dès sa mort, la société ne manque pas de le ranger au nombre des curiosités exotiques. Quand le lecteur découvre l’exemple qui illustre cette leçon et qu’il prend la peine de sonder les pages de l’histoire des nations européennes, il ne peut s’empêcher de donner raison à George et de croire aussi que c’est là le message de cette injustice faite aux Noirs célèbres à leur époque que l’auteur aimerait que chacun retienne.

Raphaël ADJOBI 

Titre / La Sonate à Bridgetower, 425 pages

Auteur : Emmanuel Dongala

Editeur : Acte Sud 2017 – coll. Babel n° 1600.

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Posté par St_Ralph à 20:43 - Littérature : romans - Commentaires [2] - Permalien [#]

12 septembre 2020

Des expositions pédagogiques pour les collèges et les lycées (Association La France noire)

 Les expositions pédagogiques de La France noire

                     pour les collèges et les lycées 

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Découvrez notre association et nos trois expositions en cliquant ici : "LA FRANCE NOIRE"

St-Jacques novembre 2019

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Raphaël ADJOBI

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