Lectures, analyses et réflexions de Raphaël

Vous trouverez ici des comptes rendus de lectures livresques concernant essentiellement l'histoire des Noirs d'Afrique et celle des Afrodescendants des Amériques et d'Europe. Les actualités de la diaspora africaine ne sont pas oubliées.

19 octobre 2020

Comment Alassane Ouattara a préparé la Côte d'Ivoire à des lendemains douloureux (J. Katinan Koné / Raphaël ADJOBI)

  Justin Katinan KONE explique la manipulation des

       populations du Nord et celles de la CEDEAO

                      par Alassane Ouattara 

Justin Katinan Koné, ancien ministre de Laurent Gbagbo exilé au Ghana, est originaire du Nord de la Côte d’ivoire ; cette région de son pays dont les populations ont été présentées durant des décennies par Alassane Ouattara, la France et les pays du Sahel comme détestées et maltraitées par le reste des Ivoiriens. Après les aveux du député Konaté Zié (RDR – parti de Ouattara) en août dernier, lui aussi du Nord - (voir mon article «La Côte d’Ivoire en 2020 : le bilan politique sans perspective de Ouattara) – Justin Katinan Koné vient confirmer ce que Mamadou Koulibaly et Laurent Dona Fologo n’ont jamais présenté comme le principal problème de la Côte d’Ivoire dans les années à venir : la réconciliation des Ivoiriens après bientôt dix ans de confiscation de toutes les structures institutionnelles et administratives de la Côte d’Ivoire par les Nordistes et les populations issues des pays de la CEDEAO avec lesquelles ils ont créé des villages nordistes au sud du pays – et parfois même au sein des villes du Sud. Si la majorité des Ivoiriens parvient à chasser Alassane Ouattara du pouvoir malgré ses nombreux partisans nordistes, la réconciliation nationale passera forcément par l’éradication des traces du rattrapage ethnique. Quand on construit un pays sur la base d’un mensonge, on le prépare à des lendemains douloureux. Il faudra donc beaucoup de volonté et du courage aux Ivoiriens pour laver leur linge sale en famille ! Quand on lit l'ancien ministre de Laurent Gbagbo, fils du Nord du pays, tout est clair.

            Pourquoi la communauté étrangère de la CEDEAO doit s’associer

                                  au mot d’ordre de désobéissance civile

Koné Katinan

          Toute la logique de conquête et de conservation du pouvoir de monsieur Ouattara et de son clan repose sur deux piliers. La régionalisation du pouvoir d’Etat et l’instrumentalisation de l’épineuse question des nombreux ressortissants de la CEDEAO, notamment la communauté Burkinabée et malienne.

          Tout le monde se souvient des propos tenus par Ouattara, au cours d’une interview, lors de son tout premier voyage officiel en France en 2011. L’on se rappelle en effet qu’il justifiait la prééminence qu’il accordait aux cadres du Nord dans son administration par le fait qu’il s’était fait le devoir de faire rattraper le retard accusé par ces derniers du fait de leur exclusion de l’Etat par les régimes précédents. J’avais dénoncé en son temps cette vision extrêmement dangereuse pour la nation et pour l’Etat. J’avais même prévenu que les dernières et grandes victimes de ce nouveau mode de gestion du pouvoir d’Etat seraient nous, les ressortissants du nord. En effet, le risque était grand qu’une telle manipulation malicieuse de nos ressentiments réels ou suggérés n’incline nos esprits vers les réflexes de tribu assiégée qui aurait besoin, pour sa survie, d’une sentinelle ou d’un Robin des Bois. Une telle muraille érigée dans notre conscience nous séparerait définitivement du reste du pays et, une fois constitué en corps captif pour la conservation ou la conquête du pouvoir de monsieur Ouattara, les ambitions contradictoires au sein de la tribu porteraient l’estocade au Nord. Malheureusement la suite des évènements semble corroborer mes inquiétudes. Le décès du Premier Ministre Amadou Gon Coulibaly, la guéguerre mortelle entre messieurs Ouattara et Soro Guillaume, les nombreuses défections des autres cadres des autres régions du pays, anciens compagnons parfois de longue date de monsieur Ouattara découlent tous d’une seule et même source : la régionalisation du pouvoir d’Etat.

          Dans les faits, l’apologie de l’ethnicisme s’est opérée au RDR à partir des années 95. L’aile centriste, proche de la gauche, qui avait rompu avec le PDCI pour se muer en parti politique, a été très vite débordée par l’orientation ethnique et régionaliste qui a été donnée à ce groupement politique quelques instants avant le décès de Djeni Kobena. Ainsi, ont très vite disparu des sphères de décision, entre autres, Alexandre Ayé, Badaubré, Jacqueline Oble, Grah Claire, Hyacinthe Leroux, etc. Une fois l’épuration régionaliste achevée, au sein même de la famille régionale, il y a eu une sorte d’épuration de tout ce qui était de nature, intellectuellement parlant, à faire ombrage à Ouattara qui se voulait l’unique étoile brillante dans le ciel du RDR. Des brillants cadres du nord ont été poussés d’abord vers la périphérie du centre décision avant de s’éteindre définitivement. Aussi, tous ceux qui étaient capables de nourrir aussi des ambitions présidentielles ont-ils été écartés pour faire place nette à l’unique Ouattara. Nul ne sait ce que sont devenus le ministre Adama Coulibaly dit Adama Champion par exemple ou le sociologue Konaté Yacouba. Ben soumahoro est décédé en exil. Il y a très longtemps Zémoko Fofana et Ngolo Coulibaly sont réduits à jouir d’une retraite dorée qui les tient très loin des centres de décision. L’épuration de l’élite intellectuelle a fait place nette à la force brute et à la brutalité politique qui porteront Ouattara au pouvoir et il compte, bien entendu, sur cette brutalité pour préserver ce pouvoir. Après avoir éteint toute luminosité au Nord pour être seul maître, il s’en proclame le défenseur exclusif et universel. Cela ne constitue pas pourtant le seul paradoxe de la démarche du Président Ouattara. En 1991, des cadres du nord, se réclamant de lui, écrivent un document sous forme de chartre intitulé "Le Grand Nord en marche ». Ce brulot est un ramassis de récriminations contre le pouvoir central. Il fait ressortir un ensemble de ressentiments liés à des frustrations qu’auraient subies les populations du Nord écartées de la gestion politique de l’Etat. En 1991, il s’agit bien du bilan du Président Houphouët qui est ainsi attaqué. Parce que ni Bédié, encore moins Gbagbo, n’avaient géré l’Etat au sommet à cette date. Il y a quand même quelque chose d’assez paradoxal de s’affubler, après une telle attaque frontale de la gestion d’Houphouët, le titre d’houphouétiste. En 2011, quand Ouattara affirme, par ses nominations fortement tribalistes, vouloir réparer un tort causé aux nordistes, il fait absolument référence à la Chartre du Nord. Ce faisant, il joue fin même si le jeu est extrêmement dangereux pour la cohésion nationale. Conscient que la voie qu’il a empruntée pour accéder au pouvoir d’Etat lui a coupé la sympathie, et parfois définitivement, d’une grande partie de la population, il a besoin de se créer un bouclier. Il manie deux leviers aux effets convergents. Flatter le nord en lui faisant croire qu’il est effectivement le jouisseur exclusif du pouvoir ; provoquer symétriquement un sentiment de frustration et de révolte des autres populations contre les gens du Nord, de sorte à créer une peur permanente à ceux-ci dont il s’en sert pour renforcer leurs obligations vis-à-vis de lui. Malheureusement, sa manœuvre semble fonctionner. Très peu de nos compatriotes se rendent compte que le niveau de scolarisation bas de nos concitoyens du nord, du fait de l’arrivée tardive de l’école dans nos régions, en font à la fois des cibles privilégiées de toutes les formes d’endoctrinement, religieux et politique. Ouattara joue à fond sur cette réalité. Il appartient aux Ivoiriens de garder la vigilance haute afin de faire la différence nette entre la main qui divise et les victimes de cette division qui s’ignorent. Mais c’est surtout aux populations du Nord de prendre conscience que cette manœuvre de Ouattara est très dangereuse pour elles. C’est un piège mortel duquel nous devons sortir impérativement. Cette victimisation du Nord ne profite finalement qu’à une et une seule personne : Ouattara. Les nominations des cadres du nord dans la haute hiérarchie du pouvoir d’Etat ne date pas de Ouattara. A titre d’exemples, il convient de relever que :

          Avant Hamed Bakayoko, il y a eu Nalo Bamba ministre de l’intérieur. Il était du Nord. Avant Doumbia Chef d’État-major, il a eu Thomas d’Aquin et Timité Lassina. Ils étaient du Nord. Avant Soro Guillaume et Soumahoro Amadou Présidents de l’Assemblée Nationale il y a eu Mamadou Koulibaly. Avant KONE Mamadou au Conseil Constitutionnel, il y a eu Nemin Noel de Katiola et Lanzeni Coulibaly à la Cour Suprême. Avant Touré Apalo commandant Supérieur de la Gendarmérie, il y a eu Gaston Ouassénan KONE. Avant Koné Amadou ministre du transport, il y a eu Coulibaly Adama, tous les deux de Korhogo, avant Ly Ramatou présidente de l’université, il y a Tuo Valy, et Touré Bakary, avant Camara à la Sir, il y a eu Tounkara, avant Diaby à la PETROCI, il y a eu Fadiga Kassoum qui est en exil aujourd’hui. Avant KONE Adama au Trésor puis au ministère de l’Economie il y a eu Ngolo Coulibaly et Aboulaye KONE. Avant Kandia Camara à l’éducation nationale, il y a eu Balla Kéita. Avant Cissé Bacongo à l’Enseignement supérieur, il y a eu Saliou Touré. Avant KONE Tiémoko à la BCEAO, il y a eu Fadiga Aboulaye et Alassane Dramane Ouattara. Lamine Diabaté a dirigé la direction nationale de la BCEAO Côte d’Ivoire. Avant Issa Coulibaly Dg des Douanes, il y a Coulibaly Adama et madame Mlanhoro KONE etc. Sarata Touré, Malick Coulibaly, KONE Katinan, Demba Traoré, Amara Touré, Ouattara Gnonzié, Assana Ouattara, Soro Seydou dit Soro coton etc. ont tous été des proches collaborateurs de Laurent GBAGBO. Alors comment opère-t-on pour distinguer entre les bons et les mauvais fils du Nord sans tomber dans la manipulation des consciences.

          Il est donc illusoire de faire croire que le salut du Nord se trouve dans la présence continue de Ouattara à la tête de l’Etat. Plus nous soutenons Ouattara dans l’insoutenable, plus nous prenons le risque de servir d’instruments de sa politique de division nationale.

          La seconde catégorie de population, sur laquelle Ouattara et le RHDP ont également assis leur stratégie de conquête et de conservation de pouvoir, est composée de la forte communauté des ressortissants de la CEDEAO, notamment Burkinabé, Malienne, Guinéenne et, à un moindre degré, sénégalaise. La gestion de cette communauté, notamment les deux premières composantes citées, constitue un défi majeur pour tous les gouvernements parce que leur présence reste intimement liée à la nature de notre économie. En effet, l’économie cacaoyère, depuis son instauration à la fin du 19ème et début du 20èmesiècle, a attiré une forte population étrangère qui a migré à l’intérieur du pays en suivant le déplacement de la boucle du cacao. De ce point de vue, les villages de Garango, Koudougou, Koupela, Tingodogo, dans les alentours de Bouaflé, sont les répliques du gros village de SAMO. En effet, tout comme celui-ci, ceux-là ont été créés pour répondre au même besoin de main d’œuvre agricole pour l’aristocratie agricole naissante qui n’était pas, déjà à cette époque, exclusivement de la Côte d’Ivoire. Quand Verger créé ses plantations de cacao dans le Sud Comoé, il est imité par certains cadres locaux de l’administration coloniale. Tous ces exploitants ont besoin d’une forte main-d’œuvre que les autochtones Agni et autres ne peuvent leur fournir. Ceux-ci sont même taxés de paresseux comme l’on taxe aujourd’hui les autochtones de l’Ouest. Pour satisfaire leurs énormes besoins en main-d’œuvre, les exploitants agricoles créent un syndicat appelé Syndicat Inter-Agricole de la Main-d’œuvre (SIAMO) qui se charge de recruter la main d’œuvre dans toute la partie septentrionale de la Côte d’Ivoire, et au-delà dans la colonie de la Haute Volta. Une convention est même signée avec le Moro Naba de Ouagadougou à qui est versée une partie de la rémunération de ses sujets convoyés en Basse Côte pour servir de main d’œuvre agricole. Cette main d’œuvre, logée à proximité des plantations, va donner naissance à la bourgade cosmopolite de SAMO qui est une déformation de SIAMO. Quand Houphouët créé ses vastes plantations de café et de cacao entre Yamoussoukro et Bouaflé, il s’inspire de l’exemple de ses collègues planteurs du Sud-Comoé. Une forte population de la Haute Volta descend pour servir de main d’œuvre. C’est cette forte communauté qui se regroupe dans des bourgades à qui elle donne des noms qui se réfèrent à leur sphère d’origine en Haute-Volta. Ces villages serviront de point de départ de ladite communauté à la conquête des terres du grand Ouest ivoirien. La pression qui s’exerce sur la terre, qui se rétrécie comme peau de chagrin, nourrit de graves antagonismes qui débouchent sur des conflits qui deviennent au fil du temps très violents. Ces conflits sont favorisés par la faiblesse de la législation foncière qui a gardé tous ses habits de l’époque coloniale et la grande corruption de l’administration. Le peu d’intérêt accordé à l’état civil complète le cocktail explosif. A partir des années 90, cette forte communauté devient un enjeu important pour Ouattara et le RDR dans leur conquête du pouvoir d’Etat. S’autoproclamant son protecteur, Ouattara en a fait une communauté de soutiens captifs. Ce n’est donc pas étonnant qu’elle ait été l’une des pourvoyeuses de la main d’œuvre de la rébellion de 2002. C’est également la raison pour laquelle Ouattara entend lancer sa campagne à Bouaké qui abrite une très forte communauté de la CEDEAO, de loin plus nombreuse que les autochtones. La foule des non électeurs justifiera a posteriori sa victoire et sa supposée popularité. Mais la conservation du pouvoir par OUATTARA ne résoudra pas, pour autant, cet épineux problème. Il faut un consensus national sur cette question de sorte à faire sortir cette communauté du jeu des intérêts politiques. Autrement, elle sera toujours la proie de tous les aventuriers politiques et la cohésion sociale restera une faiblesse permanente dans le pays.

          Le consensus national est nécessaire pour régler définitivement la question de la communauté étrangère en vue de son intégration suivant des modalités précises. La solution passe absolument par une consultation du peuple par référendum. La solution par la petite porte, comme celle que l’on propose actuellement à Bouaflé et qui consiste à donner automatiquement des pièces d’identité à la forte communauté d’origine burkinabé, va aggraver la méfiance entre les populations. La communauté étrangère sera toujours perçue comme usurpatrice de la nationalité. Le problème est plus que l’établissement d’une pièce d’identité. Il s’agit d’un problème de conscience sociale qui doit être résolu avec l’implication des populations ivoiriennes elles-mêmes. Si les grands partis politiques appellent à voter oui à ce référendum, nous aurons débarrassé le pays d’une tumeur qui est devenue menaçante pour l’équilibre de la nation et l’arme de prédilection de Ouattara. L’exploitation malhonnête de ce problème a fragilisé la cohésion sociale. Ouattara y a assis toute sa stratégie de conquête et de conservation du pouvoir. Pourtant il ne l’a pas résolu ou, du moins, ses tentatives de résolution sont mal perçues par les populations nationales autochtones. C’est pourquoi, celles-ci doivent être associées à tout mécanisme d’intégrations des communautés étrangères qui vivent dans le pays depuis plusieurs décennies et dont la présence est une réalité sociologique qu’on ne peut ignorer. C’est une erreur pour les membres de cette communauté de penser que leur salut se trouve dans la pérennisation du pouvoir de Ouattara. C’est plutôt un statut juridique solide, construit à partir de la volonté populaire des autochtones, qui va assurer leur intégration parfaite à la communauté nationale. C’est pourquoi, cette communauté a tout intérêt à soutenir l’appel à la désobéissance civile qui devra déboucher sur un nouveau contrat social qui tiendra forcément compte, pour l’intérêt de la nation, de l’intégration de ses membres.

          Prenons une fois courage et dans un élan de solidarité nationale, posons les fondements d’un nouveau contrat social. Le problème de la Côte d’Ivoire n’est pas d’avoir son parent ou son coreligionnaire à sa tête. Il n’est même pas d’ordre électoral. Le pays a besoin d’un nouveau départ. 30 années de manipulation ethnico- religieux ou de repli identitaire clanique, ça suffit.

Le ministre Justin Katinan KONE

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15 octobre 2020

Raphaël ADJOBI (par Raphaël ADJOBI)

              Raphaël ADJOBI par Raphaël ADJOBI

 

Raphaël Juin 2013 0005

          Titulaire d’un doctorat de troisième cycle en littérature française, je suis le fondateur de l’association La France noire, créée en mai 2015. C’est à partir de 2006 que j’ai commencé à mettre mes qualités de chercheur au service de la vulgarisation de l’Histoire des Français noirs ainsi que celle de la traite et de l’esclavage des Noirs dans les Amériques. En effet, après le médiatique historien Pascal BLANCHARD, je suis sans doute le deuxième chercheur à vulgariser le fruit de ses travaux par des expositions pédagogiques itinérantes. Mais, contrairement à mon devancier qui s’adresse avant tout à un public d’adultes, j’ai préféré adapter mes expositions aux collégiens et aux lycéens en misant davantage sur la force des images et en réduisant le plus possible le poids des textes. Ce qui explique pourquoi ma présence devant les élèves pour leur apporter des compléments d’information et répondre à leurs questions est absolument fondamentale.

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          Autre fait qui me distingue de celui qui est en réalité mon mentor, Pascal BLANCHARD est un historien qui a décidé très tôt de vulgariser ses travaux par des expositions et des films, si je me fie à la création du groupe ACHAC (1989) qui est antérieure à la soutenance de sa thèse, alors que j’ai dû changer de voie plusieurs années après mon doctorat (1987) et passer douze années de ma vie à faire de la recherche en histoire avant de produire ma première exposition pédagogique. Avant cela, j’avais créé en 2006 un blog intitulé «Lectures, analyses et réflexions de Raphaël» destiné à sauvegarder mes comptes rendus de lectures ainsi que mes réflexions personnelles en lien avec les débats de société, avec le souci de permettre au public de les suivre. Bien sûr, à l’époque, je n’avais nullement la prétention de devenir un jour un spécialiste de l’histoire de l’esclavage et le promoteur des héros des luttes pour son abolition. Si peu à peu cette passion pour l’histoire esclavagiste et coloniale de la France a changé quelque peu mon enseignement quant aux lectures que je proposais à mes élèves, c’est seulement à partir de 2017 que je vais exploiter le contenu de mes recensions à des fins pédagogiques à travers des expositions faites d’images et textes.

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          Ce qui m’a poussé à penser à Pascal BLANCHARD et à le rencontrer à deux reprises pour bénéficier de ses conseils, c’est que j’avais noté que nous étions animés tous les deux par la même volonté : sortir l’histoire des essais souvent inaccessibles au plus grand nombre et la présenter au public sous son visage cru. N’est-ce pas par la vulgarisation, durant près d’un siècle par les expositions coloniales, que les théories pseudo-scientifiques racistes ont durablement influencé les populations européennes ? Vulgariser notre histoire, ou nos histoires, m’avait donc semblé une nécessité. C’est pourquoi, comme mon devancier, j’ai décidé d’en faire le moteur de l’action de l’association La France noire.

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09 octobre 2020

Les racistes ne savent pas pourquoi ils sont racistes !

 Les racistes ne savent pas pourquoi ils sont racistes !

L’ignorance donne souvent à certaines pratiques le visage de la religion dans son sens ordinaire. Elle les fait apparaître comme des habitudes familiales, sociales dont vous devez être le répétiteur soucieux de ne pas rompre une chaîne ancestrale. Ces pratiques ou habitudes, on y croit et on y tient sans se préoccuper de leur sens précis. Il en est ainsi du racisme, cette capacité à haïr une personne que l’on ne connaît pas, cette capacité à se convaincre que la création a fait de vous un être supérieur au reste de l’humanité et que vous avez le devoir de perpétuer cet ordre que vous considérez naturel. Dans un entretien accordé à Télérama (N° 3691, du 10 au 16 octobre 2020), le pianiste américain Daryl Davis montre comment en apprenant à mieux connaître l’Autre on parvient à respecter sa différence. En d’autres termes, c’est l’ignorance qui fait le raciste qui souvent s’ignore comme tel.

Entretien réalisé par Alexis Buisson

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«Dans un bar du Maryland, en 1983. Daryl Davis n’a que 25 ans mais il est déjà un pianiste réputé, ayant joué avec les plus grands noms du blues. A l’issue de son concert, un inconnu l’approche pour le féliciter. De fil en aiguille, l’homme avoue au musicien noir qu’il est membre du Ku Klux Klan (KKK), l’organisation de suprématie blanche. «Je pensais que c’était une blague. Puis il m’a montré sa carte de membre.» Depuis ce jour-là, l’Afro-Américain s’est lancé dans une improbable croisade : rencontrer des «Klansmen» pour comprendre leur idéologie et les amener à remettre en question leurs croyances racistes. Trente-sept ans après, il dit avoir conduit plus de deux cents membres du Klan à quitter l’organisation. «On a dit de moi que j’étais dans une démarche d’évangélisation. Ce n’est pas vrai. Je ne fais que leur poser des questions pour les amener à s’interroger».

Fils d’un diplomate, Daryl Davis grandit entre plusieurs pays et cultures. Et c’est en revenant vivre aux Etats-Unis, dans les années 1960, qu’il découvre le sens du mot «raciste». A dix ans, il participe à un défilé de scouts. Seul noir de son groupe il est visé par des jets de pierres et des insultes. Sans comprendre. «Mes parents m’ont assis et m’ont raconté que certaines personnes n’aimaient pas les autres à cause de leur couleur de peau. Je ne pensais pas que c’était possible. Mes interactions avec les Blancs avaient été bonnes.» Cet épisode donne à Daryl la soif d’en savoir plus. «J’ai lu beaucoup de livres sur le racisme et le suprémacisme, noir* comme blanc, mais aucun ne répondait à cette question de base : comment pouvez-vous me haïr si vous ne me connaissez pas ?»

Cette question, il la posera à ceux qui propagent la haine, à commencer par Grand Dragon, alias Roger Kelly, chef du KKK dans le Maryland. Daryl Davis décroche un rendez-vous en prétextant écrire un livre. «J’avais demandé à ma secrétaire, Blanche, de l’appeler car il aurait reconnu à ma voix que j’étais noir.» Le jour J, «il y avait de la tension, d’autant plus qu’il est venu avec un garde du corps armé». Mais Kelly se prête au jeu. «J’avais fait mon boulot. Je connaissais le KKK parfois mieux que certains de ses membres.» L’entrevue se prolonge… tant et si bien que Roger Kelly finira par prendre Daryl Davis sous son aile. Il l’invite à des rassemblements dans le Maryland, l’introduit auprès d’autres «Klansmen» qui, eux aussi, deviendront ses amis.Quelques années plus tard, Grand Dragon a changé d’horizon politique. «Il m’a dit qu’il ne se rappelait même pas pourquoi il me détestait à la base !» En signe de renoncement au racisme, Roger Kelly lui remet sa tenu du Klan.

Avec les autres robes blanches et chapeaux pointus qu’il continue de récupérer, le musicien entend ouvrir un musée. «C’est un pan honteux de notre histoire, mais cela en fait partie.» Depuis la mort de George Floyd, Afro-Américain tué par un officier de police blanc à Minneapolis fin mai, un mouvement inédit pour la justice raciale s’est fait jour. Daryl Davis se veut optimiste : «Nous entamons un nouveau chapitre».

* Pour braver le suprémacisme blanc, des Noirs entreprennent çà et là de se construire une idéologie de race supérieure sans former pour le moment un mouvement reconnaissable socialement. Ils se disent : quelle «race » n’aurait-elle pas le droit de se considérer supérieure, l’élue de Dieu, si d’autres races y croient ?

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02 octobre 2020

"Que diable allait-il faire dans cette galère ?"

        "Que diable allait-il faire dans cette galère ?"

Une galère

Chacun de nous se souvient sûrement de cette réplique de Géronte, l’un des personnages principaux des Fourberies de Scapin de Molière, répétée sept fois dans la scène VII de l’acte II. Afin de se venger de son maître, Scapin prétend que son fils Léandre a été capturé par des Turcs qui lui demandent une rançon en échange de sa libération. Géronte doit – bien sûr par l’intermédiaire de Scapin lui-même – donner cinq cents écus aux ravisseurs s’il veut revoir son fils. C’est donc bien naturellement que l’avare Géronte, plein de désespoir, se demande constamment «Que diable allait-il faire dans cette galère ?» Cette réplique souvent accentuée aujourd’hui pour provoquer l’hilarité des jeunes publics renvoie pourtant à une réalité d’un passé pas si lointain qui n’était pas drôle du tout. LIRE LA SUITE DE L'ARTICLE SUR LE BLOG DE L'ASSOCIATION LA FRANCE NOIRE : "Que diable allait-il faire dans cette galère". VISITEZ LE BLOG DE L'ASSOCIATION : www.lafrancenoire/blog 

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17 septembre 2020

La sonate à Bridgetower (Emmanuel Dongala)

               La sonate à Bridgetower

                                     (Emmanuel Dongala)

La sonate à Bridgetower

          Ce roman sur la vie musicale européenne de la fin du XVIIIe siècle et du début du XIXe révèle l’indéniable talent d’Emmanuel Dongala : un excellent narrateur qui parvient à faire oublier au lecteur qu’il parcourt avec lui les archives d’une époque. En effet, jamais il ne donne l’impression de se livrer à une reconstitution de faits historiques. Le doute reste permanent. Cette belle et agréable fiction est pourtant construite à partir des éléments de la vie d’un jeune garçon de la société musicale européenne du siècle des Lumières. A ceux qui pourraient penser au chevalier de Saint-Georges, disons qu’ils doivent désormais retenir qu’à l’époque du célèbre violoniste métis français il y avait aussi le jeune Autrichien métis George de Bridgetower.

          Au XVIIIe siècle, parmi les petits génies de la musique, il n’y avait pas que Mozart ! C’était même une mode de repérer de petits génies pour les concerts privés qu’organisaient de riches aristocrates. Et le père du petit Mozart, qui avait très tôt compris que son fils était un prodige et «l’avait traîné avec lui et l’avait exhibé dans les grandes cours européennes en exploitant pécuniairement son talent», était considéré comme le modèle à suivre par Frédérik le père du jeune George Bridgetower. Sûr du talent de son fils qui a été l’élève de Haydn, en 1789, il décide de tenter sa chance à Paris. Il sait que le talent seul suffit rarement à rendre un homme célèbre au point de lui permettre de vivre de son art. Il lui faut aussi des connaissances, à défaut de mécènes. D’autre part, partant du principe que «pour réussir dans un pays étranger, il fallait être lisse, il fallait raboter toute rugosité héritée de ses origines», lui, le valet de confiance et interprète auprès d’un prince serait «Frédérik de Augustus Bridgetower, prince d’Abyssinie, envoyé plénipotentiaire auprès du prince Nikolaus Esterhazy en son château d’Einsenstadt en Autriche».

          Très vite, le jeune George triomphe à Paris où - selon la jeune reine Marie-Antoinette - pour la passion de la musique «on se divise, on s’attaque, comme si c’était une affaire de religion». Il y rencontre le brillant chevalier de Saint-George avec qui il joue, fait la connaissance de célèbres musiciens et compositeurs, des hommes de science, des femmes et des hommes de lettres allant à contre-courant des idées communément admises ; des pages magnifiques sur la vie culturelle parisienne que les lecteurs apprécieront. Mais voilà que la Révolution de 1789 oblige le père et le fils à gagner l’Angleterre. Autre lieu, autres mœurs ; cependant le succès est toujours au rendez-vous. Mieux, voilà que le prince de Galles se fait le mécène du jeune George. Malheureusement, cette alliance inespérée devient bientôt pour Frédérik de Augustus Bridgetower une source de désespoir parce qu’il voit ce fils qu’il avait choisi d’élever pour réaliser son rêve, «celui dont le talent devait le sortir des expédients auxquels le sort avait voulu le condamner» lui échapper. La rupture devient inévitable. Mais comment le jeune George peut-il continuer à grandir à l’ombre du prince de Galles quand la santé de sa mère décline ? Il rentre en Autriche, lie une belle amitié avec le fantasque Beethoven qui l’introduit dans le milieu musical viennois. Pour sceller leur amitié musicale, Beethoven compose pour lui la sonata mulattica.

          A première vue, le lecteur pourrait se contenter de dire qu’avec La Sonate à Bridgetower, Emmanuel Dongala réalise un passionnant récit de la vie artistique d’un prodige noir au XVIIIe siècle. Selon nous, ce serait un tort de s’arrêter à cette première perception. Ce livre est en réalité la peinture de la vie culturelle d’une époque où la présence des Noirs dans les milieux aristocratiques européens interroge les consciences du fait de l’opposition des sentiments autour de la question de l’esclavage de leurs semblables dans les colonies des royaumes. Ainsi, malgré toutes les belles rencontres que fera George Bridgetower, un exemple concret l’obligera à retenir cette amère leçon que de nombreux Noirs et métis devront méditer : en Europe, un Noir qui de son vivant surpasse tous les Blancs dans l’art qu’il exerce ne survit pas dans la mémoire de leurs descendants ; dès sa mort, la société ne manque pas de le ranger au nombre des curiosités exotiques. Quand le lecteur découvre l’exemple qui illustre cette leçon et qu’il prend la peine de sonder les pages de l’histoire des nations européennes, il ne peut s’empêcher de donner raison à George et de croire aussi que c’est là le message de cette injustice faite aux Noirs célèbres à leur époque que l’auteur aimerait que chacun retienne.

Raphaël ADJOBI 

Titre / La Sonate à Bridgetower, 425 pages

Auteur : Emmanuel Dongala

Editeur : Acte Sud 2017 – coll. Babel n° 1600.

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12 septembre 2020

Des expositions pédagogiques pour les collèges et les lycées (Association La France noire)

 Les expositions pédagogiques de La France noire

                     pour les collèges et les lycées 

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Découvrez notre association et nos trois expositions en cliquant ici : "LA FRANCE NOIRE"

St-Jacques novembre 2019

Dépliant 2 Face extér

Raphaël ADJOBI

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19 août 2020

La Martinique, Victor Schoelcher et Joséphine de Beauharnais (Raphaël ADJOBI)

La Martinique, Victor Schoelcher et joséphine de Beauharnais

Victor Schoelcher sur la savane 2

La chute des statues de Victor Schoelcher et de l'impératrice Joséphine de Beauharnais nous oblige à revenir sur l'histoire de l'abolition de l'esclavage telle qu'elle doit être connue pour comprendre ce que les activistes martiniquais reprochent à ces deux personnages. lIRE L'ARTICLE SUR www.lafrancenoire.com

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14 août 2020

Le bilan politique sans perspective d'Alassane Ouattara

                                   La Côte d’Ivoire en 2020 :

         le bilan politique sans perspective de Ouattara

Ouattara et les Blancs

          Imposé à la tête de la Côte d’Ivoire par la France en 2011 – après avoir extirpé Laurent Gbagbo du palais présidentiel – Alassane Dramane Ouattara a gouverné ce pays pendant près de 10 ans avec arrogance et mépris dans le silence d’une population hébétée. Deux facteurs expliquent cet état d’esprit des Ivoiriens ayant permis au pouvoir de cet homme de ne jamais chanceler malgré ses innombrables injustices. D’une part, le prix payé en vies humaines lors des manifestations massives de 2000 (contre Robert Guéhi), de 2004 (contre la France après la destruction au sol de l’aviation ivoirienne) et de 2011 (contre le soutien de la France à Ouattara), a plongé le coeur et l’esprit des Ivoiriens dans une profonde lassitude. D’autre part, la neutralisation de l’armée régalienne locale par la France - de toute évidence sa prise en main de la chute de Laurent Gbagbo - a permis aux rebelles de Guillaume Soro et d’Alassanne Ouattara de se livrer à des assassinats et à des exactions publiques théâtrales qui ont précipité la jeune nation dans un traumatisme sans précédent. Si on ajoute à cela l’exil des populations de l’Ouest, l’emprisonnement massif des autorités de l’Etat et des militaires leur ayant opposé de la résistance, c’est un pays politiquement et socialement exsangue dont Ouattara a pris la direction en 2011 et a maintenu en l’état jusqu’en 2020.

          Evidemment, ce pouvoir – incontesté par faute d’adversaires politiques - a permis à la France de prospérer non seulement en Côte d’Ivoire mais également dans l’ouest africain. Toutes les actions menées sur la scène internationale pour dénoncer ses méfaits n’ont jamais porté de fruits parce qu’il jouissait de la confiance et du soutien des autorités françaises et de leurs fervents journalistes. De 2011 à 2020, jamais les Français n’ont trouvé la moindre injustice à fustiger dans les mesures prises ou les actions engagées par le président de la Côte d’ivoire. Le fameux principe de la démagogie – des contrats et l’aveugle soumission à la France pour défendre le franc CFA – adoptée par Alassane Dramane Ouattara lui a permis de s’assurer une bonne image ou un silence complice à l’international. A l’intérieur du pays, les rebelles d’hier, constituant désormais une garde prétorienne du président, ont bénéficié d’une formation militaire française pour contrer toute velléité. Dans ces conditions, oubliant les élections n’ayant rien de démocratique sous un tel régime, les Ivoiriens ne se posaient qu’une question : combien de temps Ouattara restera-t-il au pouvoir ? Dix ans, quinze ans, vingt ans ? Seule sa mauvaise santé laissait espérer un changement plus ou moins lointain à la tête du pays.

          Soudain, le 5 mars 2020, alors qu’on ne lui avait rien demandé – puisqu’il avait tous les droits depuis bientôt dix ans - voilà que l’homme annonce qu’il ne se représente pas aux prochaines élections présidentielles pour un troisième mandat. Stupeur chez ses partisans regroupés dans un club appelé RHDP qui se veut l’habit consensuel du RDR (le parti du président) et soulagement du côté de ses opposants qu’il vaut mieux appeler ses attentifs spectateurs. Mais cinq mois après, dans la population, les sentiments s’inversent : le 6 août, veille de la fête de l’indépendance du pays, prenant prétexte de la mort de son dauphin désigné devant représenter son parti aux élections, Alassane Dramane Ouattara décide d’être candidat pour un troisième mandat. C’est, selon lui, un cas de force majeure, compte tenu de l’absence d’une figure compétente au sein de son parti pour briguer la présidence de la république en octobre prochain. Lorsque le pouvoir initiait la nouvelle constitution nationale en 2016, chacun s’était pris à espérer que, cette fois, l’homme respectera les règles qu’il édictait lui-même. Mais il est clair que quand on n’a pas respecté la Constitution une première fois, et cela sans préjudice, on peut se permettre de ne pas la respecter une seconde fois. Aussi, il nous semble inutile de perdre du temps à discuter de la légitimité ou non de cette candidature qui semble ébranler les coeurs. Il faut plutôt s’attacher à étudier sérieusement l’état de la Côte d’Ivoire qui est inacceptable et pour lequel Alassane Dramane Ouattara mérite une ferme condamnation, si toutefois les Ivoiriens tiennent à faire de la réconciliation la pièce maîtresse de la vie dans leur pays et le moteur de la démocratie qu’ils ont laissé leur échapper en écoutant les boniments de ce répétiteur des financiers européens.

Ouattara et ses alliés d'hier

          Les Ivoiriens sont aujourd’hui unanimes – les Nordistes le proclament désormais régulièrement de manière publique : c’est par la seule volonté d’Alassane Ouattara que la Côte d’Ivoire a été dirigée pendant près de dix ans par un régime exclusivement nordiste ! Toutes les institutions du pays, toutes les structures administratives de quelque importance stratégique ont été et sont entre les mains des ressortissants du Nord depuis 2011 ! Telle est l’irréfutable réalité de la Côte d’Ivoire. La présence dans leurs rangs de quelques personnes du camp du PDCI d’Henri Konan Bédié n’est qu’une récompense du sacrifice que celui-ci a consenti en cédant à Alassance ouattara – à la demande de la France – sa place de deuxième aux élections présidentielles de 2010 lui permettant d’affronter Laurent Gbagbo au deuxième tour ; ce qui bien sûr lui a permis de prétendre avoir remporté la victoire finale. Et c’est d’ailleurs le non-respect des accords de ce pacte oral prévoyant le partage équitable du pouvoir et aussi l’alternance au sommet de l’État qui, en 2016, a éloigné Henri Konan Bédié de celui qu’il a contribué à faire roi.

          Définitivement séparé de son vassal Henri Konan Bédié, Alassane Ouattara et quelques éléments de son fan club (le RHDP) commencèrent alors à se montrer plus brutaux que jamais à l’égard des leurs dont la fidélité ne semblait plus certaine. A partir de 2019, tout se brouilla entre le tandem Soro-Ouattara ! Sommé par le second de rejoindre le RHDP, le premier refusa d’obtempérer. La rupture devint totale ! Contraint de céder la présidence de l’assemblée nationale destinée à un fidèle du fan club du chef, Guillaume Soro entraîna dans son sillage tous ses partisans. Ainsi, le 6 août 2020, au moment où Ouattara officialisait sa candidature, le RHDP n’était aux yeux de tous qu’une coquille presque vide. Mais l’homme reste convaincu qu’il n’a pas besoin d’un parti ou même des voix des Ivoiriens pour être reconduit à la tête de la Côte d’Ivoire. La seule caution de la France et le soutien militaire des ex-rebelles dont il vient d’acheter la fidélité – selon le commandant Abdoulaye Fofana qui a dénoncé cette corruption via une vidéo - lui suffisent amplement. 

          Force est de constater que toutes ces agitations au sommet de l’Etat et dans les alliances n’ont rien changé au visage grimaçant de la Côte d’Ivoire depuis les tueries et les exations de 2011 qui ont installé une terreur favorable à la pérennisation de ce qu’il est désormais convenu d’appeler la dictature ouattariste : les populations de l’Ouest sont toujours exilées dans les pays voisins ; les adversaires politiques demeurent exilés dans certains pays africains ou en Europe quand ils ne sont pas emprisonnés ; les militaires ayant opposé de la résistance à la rébellion de 2010 sont toujours en prison ; et récemment les compagnons de route du chef Ouattara dont la fidélité est jugée douteuse ont été emprisonnés ou contraints à l’exil. Dans ces conditions, comment la France et Alassane Dramane Ouattara ne pourraient-ils pas continuer à clamer que la paix et la démocratie règnent en Côte d’Ivoire ? La seule réelle nouveauté dans le paysage ivoirien est la multiplication des aveux et des regrets des populations du Nord du pays. Enfin, par la bouche du député Konaté Zié (RDR), nous avons la confirmation de l’existence, avant 2000, de l’union sacrée des ressortissants du Nord pour un pouvoir exclusivement nordiste à installer en Côte d’Ivoire par la force des armes. Oui, vous avez bien lu : un pouvoir constitué exclusivement de ressortissants du Nord à imposer à l’ensemble des populations du pays était le projet initial devenu enfin une réalité en 2011 ! Le journaliste Théophile Kouamouo fut le premier (J’accuse Ouattara, éd. Gri-Gri, 2012) à présenter ce «brûlot ethnocentriste datant de 1991» comme la racine principale de ce qu’il est désormais convenu d’appeler le conflit ivoirien. Le député Konaté Zié avoue que pour parvenir à leur fin, on leur a appris à répéter que «les autres Ivoiriens n’aiment pas les gens du Nord, qu’ils n’aiment pas les dioulas, les Ivoiriens d’origine étrangère, les populations originaires des pays de la CEDEAO…» N’est-ce pas le refrain repris dans les médias français à cette époque ? Selon lui, cela était un mensonge condamnable puisque dans tous les villages des autres ethnies de Côte d’Ivoire des communautés nordistes vivent dans la paix. Et il poursuit en ces termes : «On nous a emballés avec çà… on nous a grossi le ventre avec çà et on s’est mis en bloc contre les autres Ivoiriens. Quand quelqu’un issu du Nord se mettait avec un autre parti – le FPI, le PDCI… - on le traitait de maudit». Monsieur Konaté Zié ne manque pas de citer leurs cibles tout en leur demandant pardon : feu Ben Soumahoro, Koné Katina, Issa Malick… maudits parce qu’ils ne défendaient pas «la cause». L’existence de ce complot ethnocentriste explique la ferme volonté exprimée par de nombreux Nordistes de tout faire pour conserver le pouvoir afin de ne jamais s’exposer à une éventuelle vengeance du reste deIvoiriens. Les cris de désespoir bruyamment exprimés à l’assemblée nationale à l’annonce de Ouattara de ne pas briguer un troisième mandat ainsi que les supplications et les larmes de sa ministre de l’Education – Madame Kandia Kamara – pour qu’il revienne sur sa décision après la mort de son dauphin, en sont les preuves données au sommet de l’État. Quelle belle image d’un pouvoir se disant démocratique et présenté par la France et ses journalistes comme tel ! 

          Répétons-le : ce qu’il convient de ne pas accepter, c’est moins la candidature de Ouattara que la destruction continue du tissu social et politique de la Côte d’Ivoire qui lui a permis d’installer la peur parmi les Ivoiriens. Il faut absolument arrêter le bras du destructeur de la nation ivoirienne et entreprendre la réconciliation des populations autour de valeurs et de règles nouvelles ! Un gouvernement d’union nationale provisoire s’impose pour organiser des élections justes et équitables. C’est une nécessité de salut public ! A la place de la «croissance soutenue» de la côte d’ivoire que nous chantent les médias et les hommes politiques français, les Ivoiriens entendent «endettement soutenu» ! La mission de cet homme, inconnu de tous, qui a surgi sur la scène nationale poussé par la France, était de condamner les Ivoiriens à vivre pour payer des dettes ! Pour y parvenir, il a terrorisé les populations et a pu travailler dans le calme absolu. Depuis la fin des années soixante, l’écrivain et dramaturge Bernard Dadié nous avait annoncé que cet homme sera un jour parmi nous. Nos yeux l’ont vu et reconnu ! Chacun de nous sait désormais que «l’autochtonie a toujours été [et est] bien présente dans le langage même de la politique [et que] le parachutage s’oppose radicalement à l’enracinement. Est parachuté celui qui, littéralement tombe du ciel, par opposition à celui qui a poussé sur la terre de ses ancêtres. […] Le fait de tomber du ciel, outre qu’il implique une extériorité, voire une étrangeté radicale, est producteur de déséquilibre […] Le parachuté se trouve dans une situation instable, et par conséquent vecteur potentiel de désordre» (Marc Abélès – Carnets d’un anthropologue, éd. Odile Jacob, 2020). Alassane Dramane Ouattara a été et est synonyme de désordre. Les Ivoiriens doivent l’obliger à partir pour commencer enfin à se réconcilier et à construire leur pays dans le respect de leur diversité !

Raphaël ADJOBI

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10 août 2020

La désobéissance civile (Henry David THOREAU)

                                 La désobéissance civile

                                           (Henry David THOREAU)

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          Afin de mieux faire comprendre au lecteur l’importance de l’affirmation par laquelle débute le texte de Henry David Thoreau, publié en 1849, je voudrais que nous retenions ce constat : dans les sociétés traditionnelles africaines, il n’y a ni gouvernement permanent ni armée permanente ! On comprend alors très bien l’affirmation de Thoreau selon laquelle quand les deux institutions deviennent permanentes, forcément «l’armée permanente n’est que le bras du gouvernement permanent». Ce qui explique pourquoi le gouvernement n’est doué que de la force physique.

          Le problème principal de nos sociétés, selon l’auteur, découle de là. Cette modalité permet à un petit nombre d’individus de se servir du gouvernement comme leur outil alors que le peuple ne le voyait au départ que comme un expédient, un moyen provisoire pour exécuter sa volonté. Le gouvernement de nos sociétés modernes est donc «une sorte de pistolet en bois que le peuple se donne lui-même». Et le mal est si profond qu’au lieu de souhaiter sa disparition, il faut, dit-il, se contenter de réclamer un gouvernement meilleur, respectueux de chacun ; un gouvernement dans lequel domine la conscience, le respect du bien moral, et non la loi, parce que «nous devrions être d’abord des hommes, et ensuite des sujets». En effet, «la loi n’a jamais en rien rendu les hommes plus justes». Nombreux sont les honnêtes gens qui deviennent injustes une fois le pouvoir en main. «Rares sont les patriotes, les martyrs, les réformateurs et les hommes qui servent l’Etat […] avec conscience» résistant ainsi à l’État «qui les traite donc fréquemment en ennemis».

          Nous savons tous que nous avons «le droit de refuser de prêter allégeance au gouvernement, le droit de lui résister» lorsque ses décisions et son inefficacité nous sont insupportables, mais combien sommes-nous à passer à l’action ? s’interroge Thoreau. Combien sommes-nous à joindre l’acte à la parole, à la philosophie ? Il est clair que la peur de perdre ce que nous avons déjà nous réduit à l’inaction. Nos petits calculs nous poussent à attendre «pleins de bonnes dispositions, que d’autres remédient au mal» en prenant le risque de descendre dans les rues. Nombreux parmi nous sont ceux qui s’en remettent au vote lors des élections pour régler les questions morales, pour trancher entre le bien et le mal. Chacun d’eux se dit : «je vote pour ce qui me semble juste – mais je n’engage pas ma vie sur la victoire ou la défaite de cette justice». Bien sûr, nous ne menons pas tous le même combat, nous ne visons pas tous l’éradication de l’injustice. Cependant, chacun doit s’assurer que le but qu’il poursuit, il ne le fait pas «en étant assis sur les épaules d’un tiers. [Il] doit en descendre, afin que lui aussi puisse se consacrer à ses propres projets».

          Certes, nous sommes nombreux à être contre la guerre, remarque l’auteur, mais nous acceptons tous que nos impôts financent celles que nos gouvernants lancent sous d’autres cieux sans notre consentement. Tout le monde devrait, pense-t-il, faire sienne cette devise : «Il est de mon devoir, en tout état de cause, que je ne contribue pas au mal que je condamne». Et il ajoute : «Ceux qui, tout en désapprouvant le caractère et les actes d’un gouvernement, lui offre leur allégeance et leur soutien sont sans doute ses plus solides piliers, et sont par ce fait même les plus sérieux obstacles à la réforme». Par ailleurs, comment peut-on constater l’injustice et l’oppression et se contenter de l’indignation ? Ne peut-on pas modifier les choses et les relations humaines en s’attachant à des principes clairs pour que justice se fasse ? Ce qui exige évidemment de l’action, reconnaît-il. Une action que l’on appréhende presque toujours comme un remède pire que le mal. Mais alors pourquoi le gouvernement ne chérit-il pas la sagesse de sa minorité en anticipant ses besoins et en organisant les réformes qu’elle demande ? Pourquoi attend-il que la minorité se rebelle pour crier avant même d’avoir mal en faisant intervenir les forces de l’ordre ? En tout cas, il convient de retenir que «toute minorité est impuissante tant qu’elle se conforme à la majorité. Elle n’est alors même pas une minorité. Mais elle est irrésistible lorsqu’elle fait obstruction de tout son poids». Pour Thoreau, tout laisse penser que si l’Etat avait à choisir entre mettre en prison tous ceux qui estiment leurs revendications justes ou les satisfaire, il n’hésiterait pas. Retirez, par exemple, la part d’impôt destinée à nos armées et vous serez convaincus que «sous un gouvernement qui emprisonne injustement, c’est en prison que l’homme juste est à sa place».

          Avec l’État, c’est constamment la bourse ou la vie, poursuit l’auteur. Et pour cela, «[il] ne tente jamais de s’adresser au jugement, intellectuel ou moral, de l’homme, mais seulement à son corps ou à ses sens. L’État n’est doué uniquement [que] d’une force physique supérieure». Le lecteur d’aujourd’hui ne peut qu’être d’accord avec lui. N’est-il pas vrai que le gouvernement se sert de cette force comme hier les Etats-Unis s’en servaient pour défendre leur Constitution sur la question de l’esclavage ? Ces derniers disaient de l’institution de l’esclavage : «considérant qu’elle faisait partie de l’ensemble des dispositions originelles, gardons-la telle qu’elle est» (Daniel Webster, 1782 – 1852). Hier comme aujourd’hui, le gouvernement pense que les choses doivent demeurer immuables, que «les associations fondées sur un sentiment d’humanité ou sur tout autre cause, n’ont absolument rien à voir (dans les règles existantes)». Et il assure qu’il «ne tentera jamais de modifier les dispositions originelles».

          Dès lors, fait remarquer Henry David Thoreau, la friction avec la machine du gouvernement devient obligatoire et nécessaire pour les minorités. Puisque la machine du gouvernement «est d’une nature telle qu’elle vous oblige à vous faire l’agent d’une injustice à l’égard d’autrui», un seul conseil s’impose : «Enfreindre la loi ! Faire de sa vie une contre-friction pour gripper la machine».

Raphaël ADJOBI

Titre : La désobéissance civile, 38 pages

Auteur : Henry David Thoreau (1817 - 1862)

Editeur : Gallmeister, 2017, pour la traduction française

 

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01 août 2020

La ferme des animaux (George Orwell)

                                  La ferme des animaux

                                                (George Orwell)

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          Quel plaisir de découvrir ce classique de la littérature ! A la suite de Comment nous vivons, comment nous pourrions vivre de William Morris, ce livre vient démentir – si besoin est – l’idée selon laquelle il y a des pensées et des comportements propres à des époques que l’on peut circonscrire, et que par conséquent nous ne devons pas juger les gens de notre passé récent avec nos yeux d’aujourd’hui. Assurément, d’un siècle à l’autre, l’esprit des dominants ne change guère. Et à toutes les époques, il y a eu des personnes qui se sont soulevées ou se sont exprimées contre la pensée dominante. Si aujourd’hui les contradicteurs des dominants du passé triomphent parmi nous, ce sont eux qui méritent notre admiration et leurs ennemis ou adversaires notre condamnation. Ce n’est que justice.

          Dans la démonstration de cette pensée, George Orwell (1903 - 1950) donne ici la preuve qu’il est un excellent conteur. Dès les premières pages, le lecteur ne peut qu’en être convaincu. Et quand l’auteur aborde le deuxième chapitre, il ne peut qu’être littéralement sous son charme. La ferme des animaux est le récit d’une révolution populaire réussie qui aboutit à l’établissement d’un pouvoir fait de débats publics pour arrêter les objectifs devant animer la vie des populations. Bien entendu, ici comme ailleurs, on appelle l’ancien régime une dictature et le nouveau une république démocratique. Très vite, la victoire du peuple des animaux passe par «La controverse de Valladolid» pour savoir qui est véritablement animal ou pas, et cela afin d’établir les principes de l’animalisme ou la «déclaration des droits de l’animal». Et pour cimenter cette union sacrée que cultiveront les générations suivantes, on crée l’hymne national révolutionnaire : «Bêtes d’Angleterre» ! Les institutions se mettent en place et tout semble aller pour le mieux dans la République des animaux où il est décrété que «un homme n’est à prendre en considération que changé en cadavre» ; exactement comme les Européens clamaient dans les Amériques que «un bon Indien est un Indien mort»

          Mais une telle société n’échappe pas aux tentations suprématistes. Bientôt, les animaux subissent, stupéfaits, le coup d’État de Napoléon qui abolit les débats publics et institue progressivement une classe de privilégiés – les cochons - s’appliquant à modifier la constitution pour élargir leur pouvoir. Puis les nouveaux dirigeants mettent en place la mécanisation du travail censée libérer les animaux et leur permettre de «paître à loisir ou se cultiver l’esprit par la lecture et la conversation». Mais, sans cesse, les corvées se multiplient, exigeant davantage de temps et la flexibilité de la main d’oeuvre. Désormais, il n’est plus question que de justifier l’élitisme, l’absolue nécessité de l’existence et de la pérennisation des «têtes pensantes de la ferme» jouissant du confort et de la quiétude pour travailler ; le confort étant considéré «conforme à la dignité du chef». Et pour maintenir à tout prix ce pouvoir, on voit se multiplier parmi les animaux les injustices et les crimes des anciens jours perpétrés par l’homme contre leur race. Pour détourner l’attention des populations animales et maintenir sur elles leur domination, les dirigeants fomentent des révolutions chez les autres. A la fin, «la bataille du moulin» semble révéler à tous qu’une politique basée sur la domination d’une élite qui procurerait le bonheur aux populations contre leurs volontés est illusoire.

          La Ferme des animaux est un très beau texte, plein d’histoires politiques de l’Histoire de l’humanité. C’est, selon nous, un tort de le proposer aux collégiens. Du moins, aux moins de 15 ans. Et même à cet âge, les références politiques seront loin d’être évidentes. Toutefois, ce livre est absolument un bon outil pour initier les jeunes au fonctionnement de la société et les dangers qui la menacent en permanence. 

Raphaël ADJOBI

Titre : La ferme des animaux, 146 pages

Auteur : George Orwell (1903 - 1950)

Editeur : Gallimard, 1984 (traduction française en 1981).

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