Lectures, analyses et réflexions de Raphaël

Vous trouverez ici des comptes rendus de lectures livresques concernant essentiellement l'histoire des Noirs d'Afrique et celle des Afrodescendants des Amériques et d'Europe. Les actualités de la diaspora africaine ne sont pas oubliées.

09 juillet 2012

La chicotte, l'emblème de la colonisation

         La chicotte, l'emblème de la colonisation

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            Le mot "chicotte" désigne un fouet singulier beaucoup plus connu sous les tropiques qu'en Europe. Tel l'étendard que l'on brandit pour montrer sa fierté et son pouvoir de domination, voici la fabuleuse histoire de la chicotte, véritable emblème de la colonisation de l'Afrique et des Amériques. 

            Qui donc a eu l'idée d'inventer ce fouet terrible capable de vous déchirer la peau pour ensuite vous laisser d'horribles cicatrices indélébiles ? « Qui avait inventé cet instrument délicat, maniable et efficace, pour exciter, effrayer et châtier l'indolence, la maladresse ou la stupidité de ces bipèdes couleur d'ébène qui n'arrivaient jamais à faire les choses comme les colons les attendaient d'eux, que ce soit les travaux des champs, la fourniture de manioc, de viande d'antilope ou de cochon sauvage et autres aliments assignés à chaque hameau ou famille, ou que ce soit la levée des impôts pour financer les travaux publics entrepris par le gouvernent ? » (1)

            Un génie, celui-là ! Car la "chicotte" dépasse en efficacité du coup de fusil ou la machette qui vous prive d'un esclave. Le bâton est peu maniable. Les lianes sont capricieuses parce qu'elles éclatent et finissent par se casser en menus morceaux. La chicotte, non ! Son « inventeur, disait-on, avait été un capitaine de la force publique nommé Chicot, un Belge de la première vague [au Congo], un homme pratique, à l'évidence, et imaginatif, doté d'un sens aigu de l'observation, pour avoir remarqué avant tout le monde que de la peau très dure de l'hippopotame on pouvait fabriquer un fouet plus résistant et pernicieux que des boyaux de cheval et de félin, une corde sarmenteuse capable de produire plus de brûlure, de sang, de cicatrices et de douleur que n'importe quel autre fouet et, en même temps, légère et fonctionnelle car, nouée à un petit manche de bois, les contremaîtres, gardiens, soldats, geôliers ou chefs d'équipe pouvaient l'enrouler à leur ceinture ou la suspendre à l'épaule, sans presque se rendre compte qu'ils l'avaient sur eux tant la chose pesait peu » (2).

            Je parie que vous tremblez de frayeur en imaginant la silhouette d'un de ces porteurs de chicotte avancer vers vous. Mais continuez la lecture, sinon c'est moi qui vais vous chicoter ! 

            Bien sûr, « sa seule présence chez les membres de la Force publique produisait un effet d'intimidation : les yeux des Noirs, des Négresses et des Négrillons s'agrandissaient quand ils la reconnaissaient, le blanc, dans leur visage d'encre ou bleuté, en étincelait d'effroi à imaginer qu'à la moindre erreur ou faute, au moindre faux pas, la chicotte cinglerait l'air de son sifflement caractéristique et tomberait sur leurs jambes, leurs fesses et leur dos, en les faisant hurler » (3).

            Cet effroi dans les yeux, les nombreuses cicatrices sur le dos et sur les fesses, ce sont les marques visibles de la colonisation et de l'esclavage. Elles précèdent les mutilations.

(1), (2), (3) : Le rêve du Celte, édit. Gallimard (Mario Vargas Llosa).

 

Raphaël ADJOBI

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22 juin 2012

Le Sauvage et le Préhistorique, miroir de l'homme occidental (de Marylène Patou-Mathis)

                                    Le Sauvage et le Préhistorique,

                                     miroir de l’homme occidental

                                                (de Marylène Patou-Mathis)

Le sauvage et le Préh

             Si la parution de ce livre a échappé à l’attention de nombreux amoureux de l’histoire des sciences humaines, c’est assurément la faute de l’auteur et de son éditeur pour le choix fantaisiste de son titre. Derrière sa formulation à la fois très généraliste et poétique, Le Sauvage et le Préhistorique, miroir de l'homme occidental cache en réalité un véritable trésor : la foisonnante et passionnante histoire des théories scientifiques du XIXe et XXe siècles et leur transformation en idéologies dévastatrices dont les conséquences persistent aujourd'hui encore. En d'autres termes, Marylène Patou-Mathis explique ici la construction scientifique du racisme et de l’eugénisme (théorie de la race pure) qui ont servi de moteurs ou de justificatifs à des actions de grande envergure menées par les Européens contre les Noirs et les Juifs durant les deux derniers siècles.

            Quand il est question du racisme ou du nazisme, bien souvent les écrits nous donnent le sentiment de voir ces sujets sous un angle particulier ou comme des phénomènes circonscrits à une époque ou à un lieu. Et quand il s'agit de remonter à leurs sources, les informations s'avèrent souvent parcellaires, peu satisfaisantes ou trop générales pour servir d'arguments explicatifs dans un débat sérieux. Ainsi, dans notre société moderne, seules les expériences vécues demeurent depuis toujours les preuves les plus solides contre les négationnistes et les attitudes complaisantes à l'égard des personnes qui tiennent publiquement des propos racistes. Avec ce livre, nous remontons à la source du racisme et de l'eugénisme, idées prétendument scientifiques qui ont durablement modifié le comportement de l'Européen à l'égard de l'Autre, particulièrement le Noir qu'il a vu apparaître des confins des contrées lointaines. 

            Depuis le XVIe siècle - avec la découverte de l'Amérique et de l'intérieur de l'Afrique - l'idée "scientifique" la plus répandue était que « la civilisation est l'aboutissement d'un long cheminement marqué par des étapes successives, ayant débuté par la sauvagerie ». Dans cette vision d'une progression linéaire de l'humanité, l'homme blanc se plaçait au sommet de la chaîne, comme l'aboutissement de cette évolution, et le "Sauvage" (l'Amérindien et le Noir) relégué au premier étage visible de l'humanité. En effet, à la faveur de la grande passion de tout collecter, tout comparer et tout hiérarchiser pour trouver la diversité ou l'unité de la nature, les Européens vont hiérarchiser aussi les êtres humains.

            Dans son livre, Marylène Patou-Mathis montre que peu à peu, surtout à partir du XIXe siècle, les recherches scientifiques vont - grâce à l'esclavage et aux débats qu'il suscite - tendre essentiellement à démontrer la place des Noirs dans "l'échelle des êtres". Tout est alors bon pour charger le Noir de tout ce qui pourrait confirmer son infériorité et justifier sa mise en esclavage puis sa colonisation. Non seulement on s'efforcera de le rapprocher du singe, mais encore on fera de sa couleur qui se situe à l'opposé du blanc - considéré comme la couleur humaine parfaite - une preuve irréfutable de son caractère primitif. Il semblait donc évident d'affirmer que des êtres aussi proches de l'animalité ont une intelligence inférieure et sont incapables de pensées métaphysiques. L'auteur montre que la diffusion du livre de Darwin au milieu du XIXè siècle ne fera que dynamiser cette tendance à hiérarchiser les êtres et à inférioriser le Noir. En clair, la science biologique s'était octroyé le monopole de la définition de l'être humain.

            Il ne faut donc pas s'étonner qu'ainsi méprisés, déshumanisés, les Noirs aient subi la barbarie des Européens qui, dès lors, pouvaient pratiquer la traite et l'esclavage sans scrupule et sans remords. D'autre part, une fois convaincus de l'infériorité des peuples dits "Sauvages", coloniser leur territoire devient une entreprise civilisatrice. Pourtant, remarque l'auteur, « certaines valeurs humanistes comme les droits de l'homme ou la laïcité ne seront jamais introduites dans les colonies ». En clair, civiliser les Sauvages certes, mais il n'est pas question de les hisser sur un même pied d'égalité avec les Blancs en leur permettant de jouir des mêmes droits.   

            Le livre souligne aussi l'apparition au milieu du XIXè siècle d'une autre facette du racisme : l'eugénisme, ce néologisme inventé par Galton pour désigner la « science de l'amélioration des lignées humaines ». Cette idéologie se souciait de démontrer l'existence d'une race parfaite. C'est de cette époque que naît le concept de "race aryenne", ce peuple imaginaire idéal qui constituerait la race la plus évoluée de l'humanité ! L'Europe avait atteint, avec cette idéologie qui va passionner des groupes extrémistes (Ku Klux Klan, nazis puis néonazis et skinheads), le paroxysme de sa volonté de hiérarchiser les êtres.

            Mais n'allez surtout pas croire que les scientifiques étaient tous et toujours du même avis. Le foisonnement des théories est d'ailleurs la grande caractéristique de cet ouvrage. Le lecteur a d'ailleurs constamment le sentiment qu'il tient entre les mains un compte rendu de la chronologie des recherches scientifiques en archéologie (outils) et en paléontologie (fossiles d'animaux) avec les controverses qui les ont nourries. Malgré cette multiplicité de théories et de controverses, le livre demeure toujours passionnant ; surtout quand il touche aux méthodes de travail de l'époque. Les premiers scientifiques n'étaient nullement des hommes de terrain mais hommes de "cabinets" ou de bureaux. Leurs travaux étaient basés sur les récits des commerçants et des colons, en d'autres termes sur des récits plus ou moins fantaisistes. Afin d'illustrer leurs travaux, à partir de la fin du 18e siècle, le pillage des objets des colonies a été réalisé de manière très organisée. Derrière cette apparente volonté de faire avancer la science dans une meilleure connaissance des régions colonisées, se cachait en fait une autre réalité : ce pillage et « ces recherches scientifiques servaient avant tout à la nation colonisatrice, à forger son identité en particulier, et non à connaître les peuples lointains, l'Autre ». En clair, l'Européen s'offrait les moyens d'asseoir de manière définitive sa suprématie dans l'ordre humain. Et cela a abouti de manière très visible à cette multitude d'expositions coloniales à travers l'Europe et l'Amérique du Nord jusqu'au début du 20è siècle.

            Pourquoi donc l'auteur n'a-t-il pas intitulé son livre "La construction scientifique du racisme" ? Sans avoir entendu parler de son contenu, on peut passer à côté de cet excellent travail de recherche avec son passionnant foisonnement de théories et de contradictions. Pourtant, sur le racisme, ce livre mérite d'occuper un rang privilégié dans toutes les bibliothèques.

Raphaël ADJOBI            

Titre : Le Sauvage et le Préhistorique,

            Miroir de l'homme occidental, 399 pages

Auteur : Marylène Patou-Mathis

Editeur : Odile Jacob

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11 juin 2012

Alassane Ouattara cherche désespérément une opposition pour redorer son image

                                                  A lire sur

Alassane Dramane 0003           Mes pages politiques

   Alassane Ouattara cherche

désespérément une opposition

     pour redorer son image 

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09 juin 2012

Esclaves des îles françaises ou Lettre sur les Noirs de Bernardin de Saint-Pierre

                         Esclaves des îles françaises

     (ou Lettre sur les Noirs de Bernardin de Saint-Pierre)

Esclaves des îles Frç            Ce petit livre de 71 pages est une analyse de la Lettre XII, intitulée "Des noirs", extraite du Voyage à l'Îsle de France de Jacques-Henri-Bernardin de Saint-Pierre datant de 1769. Jean-Charles Pajou qui nous présente cette lettre nous donne l'occasion de découvrir un texte de l'auteur de Paul et Virginie qui nous permet d'aller beaucoup plus loin dans la connaissance de sa défense des Noirs.

            La Lettre sur les Noirs est un texte bref de 9 pages. Elle commence par la présentation de la population de l'île faite d'Indiens Malabares de Pondichéry et d'insulaires de Madagascar. Une description physique et le caractère de chacune de ces deux communautés noires sont donnés ; puis suit la narration de la vie des esclaves. Leur seul mauvais traitement montre excellemment la sauvagerie des colons. 

             Afin de frapper l'esprit de ses contemporains, Bernardin de Saint-Pierre fait usage de formules percutantes pour ponctuer chacune de ses descriptions. Pour montrer le ridicule des colons en matière de religion, on peut lire : « le soir, de retour dans leurs cases, on les fait prier Dieu pour la prospérité de leurs maîtres ». Pour souligner l'ignominie de la technique des colons pour entretenir l'esclavage : « Nous excitons parmi eux la guerre et la discorde, afin d'avoir des esclaves à bon marché ».  Ou pour montrer comment - afin d'obtenir le café et le sucre pour le bonheur des Européens - la culture de deux végétaux a fait le malheur de deux parties du monde : « on a dépeuplé l'Amérique afin d'avoir une terre pour les planter ; on dépeuple l'Afrique afin d'avoir une nation pour la cultiver ». Enfin, Bernardin de Saint-Pierre termine son texte par s'indigner de l'attitude des philosophes qui, selon lui, « (n'ont)  parlé de l'esclavage des Noirs que pour en plaisanter ». 

            C'est donc un beau texte au ton percutant que Jean-Charles Pajou nous invite à découvrir. Dans son introduction, il nous présente non seulement la vie de Bernardin de Saint-Pierre mais aussi la lettre sur les Noirs dans l'ensemble de l'oeuvre de l'auteur. Par ailleurs, la plus grande partie de ce petit livre est constituée par l'analyse détaillée qu'il donne des vues de l'auteur de Paul et Virginie sur la question coloniale au XVIII è siècle. Le lecteur appréciera les polémiques nées autour des idées de cet écrivain ainsi que les brèves histoires des îles de France (Maurice) et de Bourbon (Réunion).

Raphaël ADJOBI

Titre : Esclaves des îles françaises

(Lettre sur les Noirs de Bernardin de Saint-Pierre), 71 pages

Présentation : Jean-Charles Pajou

Editeur : Les éditeurs Libres, 2006

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03 juin 2012

Entretien avec Shlomit Abel

                               Entretien avec Shlomit Abel

                              (auteur du blog RésistanCIsraël)

Je poursuis ma série d'entretiens avec, pour la première fois, une blogeuse. Il faut avouer qu'elles ne sont pas légion sur le net. Je vous invite donc à découvrir Schlomit Abel qui tient le blog "RésistanCIsraël"Shlomit Abel 0003 résolument tourné vers les actualités ivoiriennes.

1. Qui est Shlomit Abel, derrière le blog "Résistancisraël" ?

Shlomit est une femme de 55 ans qui est montée de France en Israël il y a 17 ans, avec un époux, Eliahou Abel, et 4 enfants. C’est une aventure de foi et d’obéissance, un peu folle aux yeux de beaucoup, qui nous a poussés, mon mari et moi à nous solidariser d’Israël et du peuple juif, au point de vouloir être partie prenante de son destin, il y a plus de 26 ans de cela ; un chemin d’obéissance qui nous a poussés à faire des choix difficiles, familialement, socialement, culturellement, financièrement. 

2. Pourquoi appeler "Résistancisraël" un blog totalement dévoué aux actualités ivoiriennes ?

J’ai eu l’idée du Blog, Eliahou celle de son nom : résistanCIsraël ; c’est un seul mot, avec la Côte d’Ivoire « CI » au centre ; la résistance, pour moi à l’époque c’était le mot gravé par la huguenote Marie Durand  dans le roc,  pendant sa captivité de 38 ans (trente-huit ans !) à la « tour de Constance » d’Aigues-Mortes : une résistance que rien ni personne ne peut écraser ; elle ne dépend pas des hommes, c’est une attitude, on peut être libre, même dans les chaînes, parce que le pire dictateur ne pourra pas m’empêcher de penser, de prier, de m’élever, alors qu’il ne souhaite que m’écraser, m’anéantir... 

Israël, c’était notre point d’ancrage ; “Pour que triomphe la vérité, et que de Sion soit béni, consolé et fortifié tout le peuple ivoirien”, dit l’en-tête du blog. ResistanCIsraël, c’est la Côte d’Ivoire dans sa vocation de résistance à l’oppresseur, adossée à Israël, au Dieu d’Israël.

Bien sûr, dans mon esprit, ce blog était destiné d’abord à mes amis et connaissances, chrétiennes et juives, en France et en Israël. Ce bouleversement que j’ai connu, que j’ai communiqué à Eliahou, que nous avons vécu ensemble quand la France a bombardé le palais de SEM Laurent Gbagbo, je pensais naïvement que d’autres personnes le partageraient, partageraient le même cheminement, et que ce blog s’adresserait prioritairement aux occidentaux désireux de s’informer. En fait, il est plus visité par les africains que par les blancs. Deux fois j’ai publié un article sur un site francophone israélien que j’avais écrit pour les ivoiriens, mais je ne le ferai plus. S’il y a eu quelques réactions neutres, voire positives, l’ensemble était tellement hostile, méprisant, tellement absurde, qu’il m’a fallu trois jours pour m’en remettre. 

3. Qu'est-ce qui pousse une non-ivoirienne ne résidant pas dans le pays à s'impliquer à ce point dans le combat de la "Résistance ivoirienne" ?

La Côte d’Ivoire s’est imposée à moi, à nous, aussi radicalement qu’Israël, 25 ans plus tôt ! La découverte d’une amie de France, très branchée sur Israël, puis brusquement  fiancée à un camerounais vivant à Abidjan, m’a poussée à faire des recherches sur la Côte d’Ivoire à l’automne 2010. C’est aussi à cette période, que j’ai eu des échanges très féconds avec un “journaliste” du Nouveau Courrier, l’unique ivoirien que je “connaissais” et qui a été le témoin de ces bouleversements que je vivais ! Cet ami a disparu dans la tourmente du 11 avril 2012 ; je l’ai retrouvé quelques semaines plus tard, il m’a écrit rapidement qu’il était à l’abri, en exil ; je lui ai écrit quelques fois, et puis je ne voulais pas le mettre en danger en communiquant avec lui, parce que je pense que nous sommes un peu surveillés,... et puis maintenant, beaucoup de choses sont censurées, même ici en Israël, dernière en date, l’hymne d’Éburnie qui a disparu de notre blog! 

            Mon implication dans ce combat n’est pas le seul fait de ma volonté, c’est une cause qui m’est tombée dessus, croyez moi ! Rien ne me prédisposait à l’épouser. L’hébreu, bien que nous le comprenions et le parlions,  n’est pas notre langue maternelle ; il reste difficile pour nous d’exprimer en hébreu nos convictions, nos attentes, nos nuances... avec la Côte d’Ivoire nous retrouvions le bonheur de pouvoir communiquer dans notre langue, celle de nos origines et celle comprise de tous les Ivoiriens ! 

Je n’ai jamais milité auparavant, si ce n’est pour Israël, mais jamais avec cette vigueur, cette conviction là ! En fait, c’est la justesse du combat, la personnalité du président Laurent Gbagbo, la maturité des Ivoiriens, leur réflexion, la qualité de leurs articles, leur enracinement dans la foi, qu’elle soit chrétienne ou musulmane qui m’ont mise en route.

4. Apparemment, vous avez choisi de relayer les informations que vous puisez dans des sources diverses plutôt que de publier des productions personnelles. Pourquoi ce choix ? Pourtant, votre dernière contribution à mon blog politique a retenu l'attention du Nouveau Courrier d'Abidjan. Cela ne vous incite-t-il pas à publier pour votre compte ? 

S’il est vrai que la majorité des articles publiés sur le blog sont repris d’autres sources, il m’arrive assez souvent d’écrire ; chez moi c’est généralement sous la forme d’un cri du cœur quand je lis des monstruosités ; Eliahou, c’est d’avantage des articles de fond, de réflexion. Bien souvent, le site Koaci.com  m’aide à sortir de mes gonds et me pousse à coucher sur le papier  ma révolte ! Nos articles sont souvent relayés par d’autres sites amis, et parfois même on les retrouve sur des sites du Moyen Orient, mais pas israéliens, malheureusement ; nous sommes trop anticonformistes, et la politique israélienne étant presque totalement alignée sur celle des Etats Unis...

Nous serions en vérité très heureux, mon mari et moi, de vivre de notre plume, parce que c’est un investissement énorme, si on compte le temps passé à écrire, à sélectionner des articles, les corriger, les surligner. Parfois il y a aussi des problèmes techniques...

Si je viens d’être publiée par le Nouveau Courrier d’Abidjan, c’est vous qui me l’apprenez... Par le passé déjà, - deux fois je crois -, un article paru sur d’autres sites, avait retenu leur attention ; mais ce n’est pas le journal qui me l’a appris, ce sont d’autres blogueurs ! En fait je n’y suis pas abonnée, tout simplement parce qu’en Israël la vie est très chère, et notre situation financière loin d’être mirobolante ! Mais être relayée par le Nouveau Courrier d’Abidjan, oui c’est un honneur! 

5. Que pensez-vous des blogs africains et ivoiriens en particulier ?

L’hiver dernier, au fort de la crise ivoirienne, beaucoup de blogs africains étaient solidaires de ce que j’appellerai le viol de la Côte d’Ivoire ; d’ailleurs je les remarquais souvent à cause de leur engagement aux côtés du président Gbagbo, avant de remarquer qu’ils n’étaient pas ivoiriens ! Mon premier souvenir, c’est Cameroonvoice, Lynxtogo, Ivoirebusiness… Au fil du temps, il s’est même noué une affection, sensible parfois juste par un retour, un merci chaleureux pour une contribution, des encouragements… Pareil pour beaucoup de sites ivoiriens, où des blogueurs sont devenus des amis, des confidents : regards croisés, Abidjandirect, infodabidjan, la Côte d’Ivoire Debout, les blogs français de Saper Aude et Jean Delugio. Il y en a aussi avec lesquels je n’ai aucun lien, aucun contact, peut-être se méfient-ils de moi, peut-être est-ce le fait que je sois juive, et surtout israélienne... Au delà des blogs, il y a aussi le réseau social Facebook qui fonctionne comme une plateforme d’échanges d’informations, et où se nouent beaucoup de relations chaleureuses.

6. On dit souvent que s'engager pour une cause est formateur. Pensez-vous avoir déjà tiré quelque bénéfice de votre engagement dans la "Résistance ivoirienne" ? 

Oui certainement, cet engagement m’a ouvert les yeux sur une réalité insoupçonnée : celle d’un militantisme où il n’y a pas d’un côté ma vie privée et de l’autre les choix politiques. Étant bien entendu que ces choix sont déterminés moins par l’opposition droite-gauche – nous savons malheureusement ce qu’il en est, en France de la « gauche caviar », celle de BHL, de Jack Lang ou de Fabius… -, que par l’opposition vérité-mensonge, justice-injustice. Il en est de même en Israël, où, au fil des alternances politiques, ce qui ressort avant tout, ce sont des intérêts à sauvegarder, une indifférence presque totale à la pauvreté, à la misère et à l’injustice, des promesses jamais tenues, l’ajournement sans fin des mesures destinées au mieux être des populations fragiles.

Depuis que je suis entrée en résistance ivoirienne, je ne suis plus la même: j’ai découvert le mensonge, la fraude, la corruption et l’esclavage érigés en raison d’état !

La parole « Consolez, consolez mon peuple »,(Ésaïe 40) avait scellé mon engagement aux côtés d’Israël, quarante ans après la shoah, parce que j’avais besoin d’apporter ma réparation, une bien piètre contribution par rapport à tout le gâchis qui avait été commis, mais voilà je ne pouvais plus tourner les yeux vers le seul crucifié alors que j’avais découvert tout un peuple crucifié par ceux là même qui s’érigeaient en censeurs et qui lui avaient volé sa place ! 

« Plus jamais cela », et voilà que la France - que l’on ne peut à ce moment-là accuser d’antisémitisme puisqu’elle  vient d’être  victime de la barbarie nazie -, met en place le 25 décembre 1945, le franc CFA qui va plomber sans aucune chance de s’en sortir les colonies françaises d’Afrique - comme cadeau de Noël - à la sortie de ce traumatisme d’une guerre mondiale qui n’a pas épargné beaucoup de familles ; ça vous douche, et vous enlève vos dernières illusions!

Depuis que je suis enfant, un texte biblique a toujours été présent à mes côtés, c’est Michée 6, v. 8 « On t’a fait connaître ô homme ce qui est bon et ce le Seigneur demande de toi, c’est de pratiquer la justice, d’aimer le bien et de marcher humblement avec ton Dieu.» J’ai l’impression de le vivre pleinement dans mon engagement avec la Côte d’Ivoire. A travers lui, je renoue tout simplement avec mon véritable appel, celui d’être au service du Dieu Créateur et libérateur, et ce, depuis Israël qui est si important pour beaucoup d’ivoiriens. Avec eux et le président Gbagbo, j’ose le pari d’affirmer qu’avec Dieu, le Dieu d’Israël, il est possible de remporter la guerre contre le néo nazisme de l’Occident, contre cet asservissement totalement indigne d’une France qui a dévoyé des expressions aussi nobles qu’ « ingérence humanitaire », « communauté » internationale, pour désigner, comme lors de la conférence de Wannsee en 1941, en version déguisée, la plus horrible des dictatures en marche, qui déshumanise l’homme pour mieux l’avilir et le dépouiller. 

Je ne suis rien, je veux simplement proclamer cette vérité qui vient de Sion, cette justice qui vient d’en Haut et qui va rétablir le peuple de Côte d’Ivoire dans son droit, lui ramener son Chef. Comme dit dans l’entête du blog, depuis Jérusalem “bénir, consoler, fortifier”, c’est mon unique ambition ; et par delà mon engagement, c’est moi qui ai été infiniment comblée dans cette quête de sens pour ma vie et celle des Ivoiriens qui veulent que justice leur soit faite, ici et maintenant. 

Entretien réalisé par

Raphaël ADJOBI

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28 mai 2012

Exhibitions, l'invention du sauvage

                               L’invention du sauvage

       et les exhibitions coloniales ou zoos humains

numérisation0001            Le dimanche 3 juin 2012 s'achèvera l'exposition "Exhibitions, l'invention du sauvage" au musée du quai Branly. Toutes mes excuses à mes lecteurs - surtout à mon amie et blogueuse Liss qui vient de la visiter -  pour cette présentation tardive de cet événement. Que ceux qui peuvent encore effectuer le déplacement y courent car il vaut et mérite une halte.   

            C'est la lecture de "Le sauvage et le préhistorique, miroir de l'homme occidental" de Marylène Patou-Mathis qui m'a permis de prêter attention à cette exposition qui a débuté le 29 novembre 2011. Et c'est avec beaucoup d'enthousiasme que je l'ai visitée trois semaines plus tard. Ceux qui n'ont pas osé y aller ou qui hésitent à le faire devraient franchir le pas sans plus attendre. Cette exposition est à mon avis, l'une des plus belles que la France organise dans le cadre de l'évocation de son passé colonial. 

            Si l'exhibition publique des singularités ou des malformations humaines a participé aux succès des foires en Europe et aux Etats-Unis au début du 19è siècle, la construction scientifique du racisme pour justifier l'esclavage avait orienté le regard de l'Européen vers les contrées nouvelles comme l'Afrique, l'Océanie et le Nouveau Monde. Avec la fin de la traite atlantique et l'avènement des expansions coloniales, - vers la fin de la deuxième moitié du 19è siècle - une nouvelle passion s'était emparé de l'Europe : l'étalage de son empire par des expositions coloniales ! Partout en Europe, des milliers d'Africains, d'Indonésiens et de natifs des Amériques étaient exhibés dans des foires que les états organisaient pour montrer à leurs populations la grandeur de leur oeuvre civilisatrice. Tout cela contribuera, bien sûr, au sentiment de supériorité que certains Blancs manifestent encore aujourd'hui dans des discours qui semblent remonter à un autre âge. 

            Aujourd'hui, le succès de "Cannibale" de Didier Daeninckx, qui a pour cadre l'une de ces expositions coloniales avilissantes pour tous ces êtres venus des continents lointains, montre la curiosité des jeunes français pour un passé de leur pays qu'ils n'ont pas l'occasion de découvrir dans les programmes d'enseignement de l'histoire et de la géographie. Par ailleurs, le retentissement de La Venus noire (film d'Abdellatif Kechiche) a permis pour un temps à la France entière de s'étonner de la passion étrange que l'homme blanc manifestait à l'égard de son semblable de couleur différente. 

numérisation0013            Mais comme à chaque époque les hommes se disent avoir acquis une moralité supérieure à leurs prédécesseurs, ils s'enfoncent sans le savoir dans d'autres formes de mépris de l'Autre. La connaissance de cet état de chose doit nous inciter à la vigilance. Et le rôle d'une exposition comme celle que le musée Branly propose depuis six mois est d'interpeller chacun sur l'état de sa propre conscience par rapport à son semblable, à son voisin différent par sa couleur ou sa culture.

Raphaël ADJOBI

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24 mai 2012

France : la fin du pouvoir des incultes

Pauvrecon0013           Lire sur 

Mes pages politiques

      F R A N C E 

 La fin du pouvoir

     des incultes  

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19 mai 2012

L'Allée des Soupirs (Raphaël Confiant)

                                       L'allée des soupirs

                                           (Raphaël Confiant) 

L'Allée des Soupirs 0001            Quel merveilleux roman ! Il révèle l'âme antillaise dans laquelle les Africains reconnaîtront toute l'affection qu'ils mettent dans leurs sarcasmes. Raphaël Confiant confirme ici qu'il y a dans la manière de raconter des Antillais une grande part de dérision qui fait de la vie, même triste, un vrai spectacle ou un conte magnifique. L'Allée des Soupirs est une histoire d'amour contrarié par une émeute qui va mettre en évidence toute la beauté pittoresque des figures apparemment insignifiantes de Fort-de-France, et par la même occasion un pan de l'histoire de la Martinique. 

            Quelques jours avant les fêtes de Noël de l'an 1959,  Ancinelle Bertrand, la jeune et « belle chabine dorée aux yeux verts de dix-sept carats », court à un rendez-vous galant à l'Allée des Soupirs quand elle tombe sur une révolte populaire qui venait d’éclater. Son amoureux, monsieur Jean, un quinquagénaire fou de Saint-John Perse, est également retardé par le même événement. Devant les difficultés qui semblent compromettre ce rendez-vous « tant prometteur d’heureuseté », le récit laisse la place à un dialogue imaginaire entre les amants. Ancinelle est lancée dans toutes les explications qu'elle pourrait donner à l’élu de son cœur pour qu’il lui pardonne son retard ou son absence. Monsieur Jean, de son côté, dresse un portrait négatif des multiples prétendants au cœur de sa belle afin que celle-ci les écarte de son chemin. Ainsi, d’une part, le lecteur découvre les origines du conflit et ses différentes péripéties auxquelles Ancinelle va finalement prendre part de manière active, et d’autre part il fait connaissance avec les différents personnages qui sont impliqués dans tous les événements qui constituent la vie quotidienne aux Terres-Sainville, ce quartier populaire de Fort-de-France. Et si on ajoute à ce récit et à ces portraits le regard du narrateur, c’est une joyeuse polyphonie dans laquelle le lecteur demeure constamment plongé. 

            Si à l’arrière plan nous avons la narration de faits historiques comme la guerre d'Algérie et l'établissement des Pieds-Noirs dans les Antilles ou le séjour du général De Gaulle en Martinique, tout le livre se révèle être essentiellement un magasin hétéroclite de portraits aussi savoureux les uns que les autres émergeant de ces quatre jours d'émeute de l'an 1959. Et ce qui fait son charme, c’est ce retour incessant sur les différents personnages qui sont peints selon des ouï-dire ; c’est-à-dire que sur un même portrait, le narrateur nous livre les deux ou trois versions connues dans le quartier des Terres Sainville. Car dans cette société martiniquaise, tout laisse à penser que rien n’est totalement vrai, mais rien n’est totalement faux non plus. 

            Qui peut, en effet, dire qu’il connaît la vraie histoire de Fils-du-Diable-en-Personne ou celle de Ziguinote, l’Indien gardien du cimetière des riches ? Qui est vraiment Sidonise vincent, dite Shirley Vingrave alias Sylvia Menendez, qui court d’une île des Caraïbes à l’autre pour se fournir en marchandises de toutes sortes ? Eugène Lamour est-il vraiment le don juan que l’on dit ? Et Cicéron, cet ancien étudiant en médecine devenu fou dans le mitan de la tête l’est-il vraiment, si philosophe qu'il est ? En tout cas, celui-ci est plaisant à suivre ; et sa déclaration universelle de désamour de la langue française est un pur délice ! Sait-on toutes les facettes de la vie de Madame Villormin, la vendeuse de bonbon et tenancière de boxon, en d’autres termes « pâtissière par-devant et mère-maquerelle par-derrière » ? Et le camarade Angel, qui est-il vraiment ? Heureusement, les dernières pages qui élargissent la dimension politique de la révolte de décembre 1959 nous le révèlent davantage. 

            Au fur et à mesure que l’on avance dans le roman, on se rend compte que les personnages qui nous sont devenus familiers n’ont pas fini de nous livrer la totalité de leur caractère ou de leur histoire. D'ailleurs, Ancinelle Bertrand étonnera le lecteur comme elle a surpris les autres personnages du roman. Il faut dire que sur cette île de la Martinique, les relations amoureuses - aussi bien que les liens de parenté - se croisent et s’entrecroisent au point que tout le monde connaît un peu la vie de chacun. 

            Sous son abord très disparate, L’Allée des Soupirs séduit à la fois par la beauté des portraits et le chatoiement du français des Antilles. L’on pourrait même dire que c’est la beauté de cette langue qui constitue le suc du livre. Les lecteurs Africains – je pense particulièrement aux Ivoiriens - trouveront dans ce roman ce penchant qu’ils ont à tout présenter sous l’angle de la plaisanterie. Le créole n'est en en réalité que cette âme africaine pétrie dans le creuset de la multitude des peuples des Caraïbes et qui a donné une langue française fleurie « pleine de gamme et de dièse ». Il y a d’ailleurs dans le livre une défense du créole par le  personnage de Jacquou Chartier, le Blanc-France, qui lui voue un vrai culte et refuse de le considérer comme un patois vulgaire. Il affirme même que « la haine du créole n’est qu’un aspect de la négrophobie ». Quant à la langue française des Antilles, le lecteur se rendra lui-même compte que l'Antillais est un grand « fabriqueur » de mots. Il comprendra que  lorsque les chanteurs et les hommes politiques disent « l’avoir dans la peau », « toute la sainte journée », « bravitude » ou « méprisance », c’est la promotion du français antillais qu’ils font. Une langue d’une extraordinaire beauté que nous gagnerons tous à découvrir et à aimer. Le Nouveau Monde est assurément formidable : il a donné l'anglais américain que nous connaissons et le français antillais qu'il nous reste à découvrir.   

Raphaël ADJOBI          (pour contacter l'auteur du blog, cliquer sur sa photo)                              

Titre : L'Allée des Soupirs, 547 pages

Auteur : Raphaël Confiant

Editeur : Gallimard, Collection Folio, 2010

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17 mai 2012

Vacherie Sarkozienne

              A lire sur Mes pages politiques

                        Vacherie sarkozienne  

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24 avril 2012

Les dozos de Côte d'Ivoire, dernier vestige de la contribution des Noirs aux traites négrières

       Les dozos de Côte d’Ivoire, dernier vestige

de la contribution des Noirs aux traites négrières

Dozos de C            On les appelle communément « chasseurs traditionnels ». Mais rares sont ceux qui savent ce que cache ce vocable. De quelle chasse s’agit-il, en effet ? Dans cette zone de savane du nord de la Côte d’Ivoire, quel gibier chassait cette confrérie armée de fusils et de coupe-coupe et vêtue d’un uniforme reconnaissable de loin ? Naïfs sont ceux qui, aujourd’hui, ont vite cru que ces hommes subissaient des rites sensés les rendre invulnérables aux balles pour aller à la chasse aux sauterelles ou aux serpents pullulant dans ce nord peu peuplé. Il convient de tourner son regard plus loin vers le passé pour découvrir la vraie histoire de cette confrérie qui, faisant de son habillement un réel épouvantail, ne peut en aucun cas être prédatrice du monde animal. 

            Non, quand on travaille à se rendre invulnérable aux armes à feu, on ne va pas à la chasse aux animaux qui, jusqu'à preuve du contraire, ne portent pas de fusils. La formation de ces groupuscules aux déguisements effrayants remonte, de toute évidence, à la traite négrière musulmane, entre le 8è et le 16è siècle. Avant les peuples côtiers qui ne jouiront d’armes à feu qu’à l’avènement de la traite atlantique, les populations du Sahel, elles - avec les zones de savane, pour être plus large - vont, au contact des arabes, très tôt apprendre leur maniement. Aujourd’hui encore, dans tous les pays d’Afrique occidentale sahélienne de confession musulmane, jusqu’au Maroc et en Algérie, les fêtes au cours desquelles l’on tire des coups de fusils en groupe sont choses courantes. 

            Les dozos de Côte d'Ivoire ne sont en réalité qu'une survivance de la contribution des Noirs aux traites négrières musulmane et atlantique. Leur vocation première était la chasse à l'homme. Enlever hommes et femmes dans les champs, incendier les villages et faire des captifs, voilà ce à quoi ils étaient formés. Leur présence aujourd'hui dans le paysage  militaire du pays ne peut donc que réveiller des souvenirs peu agréables pour l'Afrique, des souvenirs dont notre continent ne tire aucune fierté. Certes, si le crime de l'esclavage a toujours été préparé et financé dans des cercles à l'étranger, s'il est vrai qu'il y a eu à chacune de ses étapes des résistants, force est de reconnaître que les réseaux de Noirs africains attirés par l'appât du gain ont prêté main forte aux Arabes et aux Européens pour leur faciliter la tâche. De même qu'aujourd'hui, malgré les mouvements de résistance à la recolonisation de l'Afrique, certains Noirs se prêtent volontairement comme instruments locaux aux actes de prédation des Européens sur le continent.

            Les Ivoiriens ne peuvent donc nullement être fiers d'abriter en leur sein un vestige du passé qui n'honore pas la mémoire de l'Afrique. Quand, il y a plus de dix ans, les dozos ont commencé à défrayer les chroniques des médias locaux, c'est avec des quolibets que le public accueillait leurs aventures qu'il jugeait pittoresques. On redoutait leur violence, certes ; mais c'était tout. Et parfois même, pour se garantir des vols et des intrusions nocturnes à leur domicile, certains riches propriétaires louaient leurs services et en faisaient des gardiens. Personne n'osait alors s'indigner de l'existence d'une telle milice au sein d'une nation moderne comme la Côte d'Ivoire. Cela dura jusqu'au moment où ces dozos s'engagèrent aux côtés des rebelles ivoiriens venus du Burkina Faso et qu'on les vit égorger allègrement les populations. Dès lors, tout le monde prit peur. Mais qui aurait à l'époque osé demander leur disparition ? Les Nordistes ivoiriens auraient crié à la chasse aux diaoulas ! On se tut donc et on se mit à serrer les fesses. Malheureusement, en 2011, l'irréparable se produisit : les dozos massacrèrent la population de Doukoué dans le seul but de permettre aux populations du nord (communément appelées "dioula"), du Mali et du Burkina de s'approprier des terres nouvelles. Devenus les supplétifs de l'armée des rebelles au service du prétendant de la France et de l'Onu au fauteuil de président de la République, ils ont eu le sentiment qu'ils avaient une mission sacrée à accomplir puisqu'ils étaient désormais intouchables. 

Dozos de C            Les Ivoiriens ont toutes les raisons d'avoir honte de voir que les gouvernants actuels, installés par des forces étrangères, s'appuient sur les FRCI, des soldats issus d'une ethnie ou d'une ère géographique spécifique, pour gouverner. Mais plus grande encore doit être leur honte de voir ces dozos, vestige du passé esclavagiste de l'Afrique, devenir les supplétifs d'une armée que l'on voudrait nationale. Comment une confrérie de chasseurs d'esclaves ayant des pratiques occultes et sanguinaires peut-elle servir une nation parallèlement à son armée qu'on voudrait républicaine ? N'est-ce pas laisser le diable entrer dans nos rangs ?  Seule une dictature peut faire de ces êtres singuliers un organe d'utilité publique parce que leurs moeurs violentes immuables lui sont nécessaires. Et qu'aucune presse étrangère ne s'interroge sur l'existence dans les FRCI de cette excroissance dépareillée aux moeurs sauvages et non point militaires - alors que les patriotes sont qualifiés de miliciens antidémocrates - est assez troublant. Oui, trop troublant pour ne pas ressembler à de la complicité avec le nouveau pouvoir aux allures dictatoriales.    

Raphaël ADJOBI   

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