Lectures, analyses et réflexions de Raphaël

Vous trouverez ici des comptes rendus de lectures livresques concernant essentiellement l'histoire des Noirs d'Afrique et celle des Afrodescendants des Amériques et d'Europe. Les actualités de la diaspora africaine ne sont pas oubliées.

11 septembre 2008

Afrique : signes extérieurs de sous-développement

                            AFRIQUE :   

Signes extérieurs de sous-développement

Note au visiteur : Si le texte vous semble trop long, imprimez-le et lisez-le à tête reposée. Revenez plus tard déposer votre commentaire.

Abidjan_Plateau            A vrai dire, il est aisé de distinguer un pays sous-développé d’un pays qui ne l’est plus. Mais avant tout, il faut que chacun chasse de son esprit le lien étroit ordinairement établi entre la richesse et le développement ; même si à un certain degré la richesse y est d’un bon secours.

            Un pays sous-développé se reconnaît d’abord à l’inadéquation entre ses pensées et son comportement par rapport à son développement économique, industriel et social. Ainsi, l’on voit dans les contrées dites du « tiers monde » l’édification d’immeubles administratifs et de logement sans que l’on prévoie des places de stationnement pour les occupants et les visiteurs. Et pourtant, ces constructions avaient été entreprises pour satisfaire une population aisée disposant des moyens modernes pour se déplacer.

            On constate aussi que lorsque les villes s’étendent, on ne prend guère le soin de modifier le mode d’identification des demeures. Résultat : nous avons de grandes métropoles où il est impossible de retrouver un habitant en se fiant à sa seule adresse. Les rues portent certes des noms (souvent étrangers), mais les maisons ne sont point numérotées pour permettre d’affecter à chaque habitant une adresse précise. De grandes villes fonctionnent encore sous le mode de boîtes postales rendant toute recherche des individus impossible autrement que par un courrier. Le développement des techniques modernes de communication ou d’enquête ne peut se faire que de manière anarchique.

            Un pays sous-développé se reconnaît ensuite par son incapacité à prévoir et par conséquent à faire face à l’imprévu. La réactivité d’un pays face aux catastrophes de tout genre permet de juger de sa capacité à gérer l’avenir en emmagasinant des provisions suffisantes pour répondre aux catastrophes naturelles ou industrielles. Ainsi certains ont pu dire de l’attitude des Etats-Unis lors des désastres causés par le cyclone Catarina que ce pays a réagi à la manière d’un pays sous-développé parce que sa réaction n’était point proportionnelle aux moyens dont il disposait. Cette capacité à réagir nous renvoie aux premiers hommes au moment où ils ont cessé de ne vivre que de la cueillette et de la chasse et se sont mis à envisager des jours de grande famine en faisant des provisions de ce qu’ils trouvaient ou cultivaient grâces aux progrès techniques de l’époque. Plus un pays a les moyens techniques et scientifiques suffisants de résister ou de combattre l’imprévu, plus il démontre son degré de développement.

            Pour comprendre ce qui est dit plus haut, il suffit d’imaginer où serait un pays africain si l’Amoco Cadiz avait échoué sur ses côtes déversant le flot de pétrole qu’avaient reçu en son temps les plages bretonnes. Tout récemment, la Côte d’Ivoire n’a pas été capable à elle seule de réagir techniquement à la pollution de ses décharges publiques. D’autre part, les côtes africaines sont jonchées de boulettes de mazout sans que les pays prennent des mesures pour les limiter ou mettre en œuvre les moyens pour garantir la propreté des plages. Ce qui nous permet de dire que le manque de réaction des autorités africaines face aux dégazages sauvages des navires croisant dans les eaux du golfe de Guinée ne relève pas seulement de l’incompétence ou de l’impuissance mais d’une forme d’inconscience propre à l’esprit du sous-développé.

            En affirmant cela, nous abordons l’un des points les plus effrayants du sou-développement. Il y a en effet dans les pays sous-développés une sorte d’inconscience collective qui fait que ce qui paraît évident ne l’est pas. Pour mieux comprendre cette attitude, il convient de la rapprocher de la définition de l’Utopie selon l’écrivain français Stendhal : les utopies sont souvent des vérités prématurées, dit-il. Il semble en effet que devant la vérité brute, l’esprit humain qui la reconnaît refuse d’en faire sienne en appliquant les règles qu’elle impose. Tout le monde voit la vérité mais personne ne veut agir, dira-t-on. Une sorte d’inadéquation entre l’esprit humain et la vérité parce que le premier refuse de suivre la dernière qu’il admire. Ainsi tout le monde est d’avis que pour rendre la vie plus agréable et moins coûteuse, il serait nécessaire que chacun cède sa maison pour occuper celle qui est la plus proche de son lieu de travail. Mais devant une telle évidente vérité, chacun fera valoir des arguments flattant son égoïsme au point de rendre le projet utopique en le faisant tomber dans le domaine du rêve irréalisable.   

            C’est donc ainsi que cette inconscience collective produit des effets fort étonnants en Afrique : On voit des rues bordées d’arbres dans les grandes villes européennes mais pas dans les villes situées sous les tropiques où la végétation est bien dense. On voit des parcs publics immenses aux arbres gigantesques, mais pas sous les tropiques. On voit des pistes cyclables dans les villes riches du Nord mais pas dans les villes pauvres du sud où les populations ont du mal à s’offrir des voitures personnelles ou même les voyages en transport en commun. En Europe, les noms des rues évoquent la mémoire des hommes illustres de ce continent. En Afrique, ils rappellent toujours les immortels Européens. Le lecteur peut lui-même multiplier aisément les exemples illustrant cette situation aberrante que connaissent les pays sous-développés de manière plus aiguë que toute autre nation.

            Nous voyons donc clairement que si certains éléments du sous-développement sont liés aux moyens dont il faut disposer, donc à une certaine richesse monétaire, technique et scientifique, globalement cet état tient plus à une certaine façon de fonctionner, de penser. En d’autres termes, le sou-développement n’est pas une fatalité puisque la volonté peut s’appliquer à réparer bon nombre d’aberrations sans porter atteinte aux libertés individuelles fondamentales.

Raphaël ADJOBI

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08 septembre 2008

De Sang et d'ébène

De_sang_et_d__b_ne__Donna_L_on_          De sang et d’ébène

                       (Roman)

            « Venise, un soir d’hiver, un vendeur à la sauvette africain est assassiné. […] Un groupe de touristes américains était sur place, marchandant les contrefaçons de sacs de marque, mais personne n’a rien vu qui puisse aider la police. Le commissaire Brunetti est chargé de l’enquête ».

            De sang et d’ébène est un livre policier très instructif qui nous découvre des aspects de l’immigration clandestine et par la même occasion le monde des sans-papiers vivant dans des squats insalubres. Il nous découvre aussi le visage de la contrefaçon, celui des diamantaires, celui aussi d’une société italienne dont les tricheries dans le domaine de la confection et de l’immobilier entretient tout un peuple étranger dans l’illégalité. 

            Ce livre est admirable par la justesse de la peinture sociale à travers laquelle s’affrontent humanisme et racisme primaire par le biais des opinions et des comportements des Européens blancs à l’égard des Noirs.

            Mais rapprochons le contenu du livre de l’Afrique. Le commerce des vendeurs ambulants en Europe comme en Afrique est un commerce parallèle aux mains des grands commerçants qui ont pignon sur rue. Pour l’auteur c’est une évidence. On peut alors imaginer qu’en Afrique noir, ce sont les Libanais, qui, pour ne pas payer des taxes pour plusieurs magasins qu’ils pourraient ouvrir, décident de n’en ouvrir qu’un et lancer le reste de leur commerce sur le marché ambulant. C’est une façon très simple pour ces entrepreneurs étrangers de faire des économies en évitant les taxes officielles. C’est simple, mais il fallait y penser.      

Raphaël ADJOBI    

Auteur : Donna Leon

Editeur : Calmman-Lévy

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02 septembre 2008

La France de Sarkozy et ses immigrés

                         La France

de Sarkozy et ses immigrés

Immigr_s_manif            Le 20 juin dernier ont été publiés les chiffres officiels d’un an de la politique du gouvernement Sarkozy en matière d’expulsion des sans-papiers. Le gouvernement s’est réjoui d’avoir procédé à 14 660 reconduites à la frontière, soit une augmentation de 80 %. Mais, selon le gouvernement, l’objectif à atteindre reste le chiffre de 25 000 reconduites à la frontière tous les ans. Malheureusement, il convient de noter que derrière ces chiffres et cette auto-satisfaction se peignent des drames humains face à une police que le « gouvernement envoie à la pêche aux sans-papiers » (1).          

            Chaque jour, des hommes et des femmes disposant d’un contrat se rendant à leur travail se retrouvent dans des commissariats de police parce qu’ils sont entrés illégalement en France même s’ils y sont depuis dix ou quinze ans.

Les immigrés traqués

            En avril 2008, à Joinville-le-pont, un malien de 29 ans s’est jeté dans

la Marne

pour échapper à la police. Il est mort d’un arrêt cardiaque suite à son séjour dans l’eau froide.

            Quelques jours auparavant, à Paris, une Chinoise s’est jetée de la fenêtre de son appartement situé dans un immeuble pour échapper à la police venue procéder à un contrôle d’identité. Elle a été grièvement blessée.

            Le 27 juin 2008 à Paris, un élève noir qui participait à une sortie scolaire et qui est arrivé en avance à la gare de train est contrôlé, arrêté et gardé à vue pendant cinq heures par les gendarmes. Le lendemain, le sénateur Jean-Claude Peronnet a interpellé le gouvernement et lui a demandé des explications. En vain. Il affirme – et nous pensons avec lui - que ce jeune homme a été arrêté parce qu’il était noir.

            Enfin, nous nous souvenons tous de l’Ivoirien qui, rentrant dans son pays après un séjour en France, a été renvoyé d’Italie en France pour être interné dans un centre de rétention. Il en a été sorti grâce à un sms qu’il a adressé à un ami au Canada et qui a fait par la suite beaucoup de bruit..

            Toutes ces personnes sont les victimes du quota institué par le gouvernement Sarkozy qui, pour aiguiser le zèle des forces de l’ordre, pratique une politique d’intéressement consistant à permettre aux policiers accompagnateurs des expulsés d’obtenir des bonus sur leur carte de fidélité Air France pour s’offrir des voyages gratuits ou en classe-affaire.

La France

de Sarkozy est définitivement synonyme de climat de peur ! C’est ce que confirme Hervé Jaffré du syndicat UNSA-Police : « La pression pour faire du chiffre produit une police qui fait plus peur qu’elle ne rassure. »

            Dans une telle atmosphère, les lois de

la République

ne protègent plus les noirs et les basanés. En 2007, le service juridique du Mrap a saisi 50 fois le procureur de

la République

sur des faits de violence policière estimés à caractères racistes par les plaignants. Résultat : 50 classement sans suite ! « Et si on s’adresse directement à la police, c’est simple, explique un conseiller du Mrap : la plainte est soit refusée, soit elle se retourne contre la victime, qu’on poursuit pour outrage ou rébellion. » (2)    

La France

fer de lance du combat anti-Noir en Europe

Immigr__et_la_retention            Le 18 juin 2008 à Strasbourg, l’Europe a étudié la directive « Retour » visant à une harmonisation des règles destinées à endiguer l’immigration clandestine. Cette loi a arrêté une durée de rétention de 18 mois des immigrés en situation irrégulière et une interdiction du territoire européen d’une durée de 5 ans après expulsion.

            Alors que les chefs d’états africains sont restés muets devant le sort qui est infligé à leurs ressortissants, le lendemain du vote de cette mesure, le Président vénézuélien Hugo Chavez a menacé de ne plus fournir de pétrole aux pays européens qui l’appliqueraient. Ce ne sont pas toujours les nôtres qui nous défendent le mieux.

            Pour ma part, devant cette « directive de la honte » (disent les opposants), je soupçonne l’Europe d’avoir une arrière pensée. On portant la durée de rétention de 12 à 18 mois, elle veut se constituer se constituer une main d’œuvre corvéable à merci en cas de besoin. Arrêter les immigrés illégaux certes, mais ne pas les renvoyer trop tôt parce que l’on peut avoir besoin d’eux dans des secteurs précis comme les entreprises qui fabriquent des produits hautement toxiques.

Une politique anti-noire qui date du 18 è siècle

Au 18 è siècle, afin d’empêcher les Noirs de quitter les plantations des Antilles et suivre leurs maîtres et aussi pour « protéger le sang blanc » des mariages mixtes, il leur fut purement et simplement interdit de résider en France. En août 1777, fut proclamé cette loi et l’on créa un « dépôts de Noirs » dans chaque port pour recevoir ceux qui y arrivaient jusqu’à ce qu’on puisse les renvoyer (3). Les centres de Rétention ne datent donc pas d’aujourd’hui. La différence c’est qu’en 2008, il en existe dans tous les pays européens. Ce sont donc des milliers de bras inutiles à l’Europe et à l’Afrique qui croupissent dans ces espèces de prisons pour étrangers. Un Africain retenu dans un centre en Allemagne depuis 1993 semble battre tous les records ! (France Inter du 1/09/2006).

Immigr_s_manif_2           Ce qui me réjouit le cœur, c’est de voir que les travailleurs immigrés ont compris que leur sort en Europe dépendra des résultats de leurs propres luttes. Les récentes manifestations qui tranchent avec l’habituelle passivité des Noirs en France ouvrent une nouvelle ère. Les Français non Blancs invisibles dans les services administratifs, économiques et politiques du pays doivent se dirent aussi que ce n’est pas une poignée de compatriotes blancs « négrophiles » qui doit les défendre pour les rendre visibles mais eux-mêmes.                   

(1) Dominique Voynet, députée Vert ; Radio France Inter, 5 juin 2008. (2) Nouvel Observateur n°2276 du 19 au 25 juin 2008, p.88-89 ; article de Alsa Vigoureux (Le tabou de la bavure). (3) Pierre H. Boulle ; Race et esclavage dans

la France

de l’Ancien Régime, p.78, édit. Perrin.      

Raphaël ADJOBI

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22 août 2008

Eloge des femmes mûres

Eloge_des_femmes_m_resEloge des femmes mûres

   (roman)

C’est un livre d’une profonde sincérité qui ne peut laisser aucun lecteur indifférent. Il oblige les adultes à repasser le film de leur adolescence et de leur jeunesse pour en tirer des réflexions personnelles. S’agissant des adolescents auxquels je recommande vivement les huit premiers chapitres, ils sont mis devant un choix délicat quant à la manière de vivre leur sexualité.

Une chose est sûre : ce livre fait apparaître les discours des sexologues et des prétendus conseillers en sexualité comme de vulgaires charlatans parce que rien ne vaut une bonne narration de l’expérience avec son lot de rêves, d’audaces et de déceptions. C’est un livre qui dédramatise la sexualité, surtout celle des adolescents. Et c’est à eux que l’auteur s’adresse en ces termes : «  … je continue à penser que, s’ils ont le choix, garçons et filles devraient rester chacun de leur côté. Aujourd’hui, les filles sont plus faciles – beaucoup trop pour leur bien – et le plus souvent ce sont elles qui en pâtissent, plutôt que les garçons. Mais dans un cas comme dans l’autre, l’adolescence peut être un enfer. Alors pourquoi vivre cet enfer à deux ? Essayer de faire l’amour avec quelqu’un qui a aussi peu d’expérience que l’on en a soi-même me semble à peu près aussi insensé que de s’aventurer en eau profonde avec quelqu’un qui ne sait pas nager non plus. Même si on ne se noie pas, le choc est terrible. »

Et il ajoute quelques chapitres plus loin : « A l’époque où j’étais étudiant à l’université de Budapest, […] j’eus quelques aventures avec quelques filles de mon âge, qui m’apprirent qu’à vingt ans, si intelligente et chaleureuse soit-elle, une fille ne possédera jamais, et de très loin, le savoir et la sensibilité qu’elle aura à trente-cinq. »

Ces quelques lignes vous laissent imaginer le ton du livre et les multiples expériences qui tendent à conforter l’auteur dans son sentiment. S’il est classé dans la littérature érotique dans les librairies, il ne serait pas inconvenant de hisser ce livre parmi les classiques de la littérature à conseiller au grand public par la sobriété et parfois l’élégance du style et surtout par la philosophie de la sexualité qu’il prône et qui mérite réflexion. Mais il est avant tout un roman autobiographique fort intéressant.

Raphaël ADJOBI

Tite : Eloge des femmes mûres

Auteur : Stephen Vizinczey

Editeur : Folio    

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05 août 2008

Du racisme français (Odile Tobner)

Photo_Du_racisme_fran_ais      Du racisme français

 

La couverture et le titre du livre d’Odile Tobner apparaissent à première vue racoleurs surtout dans cette période où il est de bon ton de parler du racisme dont font preuve un certain nombre de dirigeants et d’élus politiques sans oublier certains « peoples ». En réalité, c’est un ouvrage d’étude très sérieux et très complet que je conseille aux universitaires, aux hauts fonctionnaires et hommes politiques africains.

 

L’introduction du livre reprend les différents propos racistes de Nicolas Sarkozy, de Jacques Chirac, de l’académicienne Hélène Carrère d’Encausse à qui l’auteur décerne la palme (sans jeu de mots), de Alain Finkielkraut, de Pascal Sevran, de l’élu socialiste Georges Frêche et les confronte à la bonne conscience des intellectuels et des gens instruits et à leur impudence à nier le racisme en France. Odile Tobner y indique ensuite clairement son objectif : fouiller dans les bibliothèques et donc dans les textes pour mettre à jour « comment s’est constitué le racisme tranquille qui sous-tend toute opinion, même bienveillante, à l’égard des Noirs » et «  comprendre pourquoi, aujourd’hui, les affirmations les plus objectivement scandaleuses sont couvertes du voile d’une indulgence complice ». Comme l’écrit l’éditeur, « Odile Tobner révèle que la négrophobie fait partie de l’héritage français ».

 

C’est donc un livre de recherches qui part du 16è siècle où la traite négrière et l’esclavage font du racisme « une véritable innovation moderne » bâtie comme une idéologie au service du capitalisme pour s’approprier le monde. En effet, « une civilisation qui est prête, par tous les moyens, même les plus violents, à convertir le reste du monde à ses valeurs idéologiques doit avoir, selon l’auteur, une grande tranquillité d’âme, un grand sens de son bon droit ». Et c’est ce souci de la tranquillité de son âme et de son bon droit qui pousse la France à développer des idées de tout genre pour justifier son comportement. C’est exactement ce qui se passe dans la fable du Loup et de l’Agneau de La Fontaine : accuser faussement pour justifier l’injustice que l’on accomplit.

 

Elle présente et analyse les thèses racistes professées par les auteurs français à travers quatre siècles et donne à leur suite les réactions africaines et antillaises les plus vibrantes comme celles de Frantz Fanon, René Maran, Cheikh Anta Diop et de Aimé Césaire. Elle n’oublie pas non plus les réactions des Européens comme Anténor Firmin et Melville J. Herskovits que les Africains gagneraient à lire.

 

J’ai pour ma part particulièrement apprécié les analyses que fait l’auteur des théories racistes à prétentions scientifiques de Montesquieu, et l’étude très approfondie de la pensée de Frantz Fanon. J’ai également été très sensible à toutes ses réflexions personnelles que lui ont inspirées ses lectures des propos des auteurs français (Bossuet, Montesquieu, Lucien Lévy-Bruhl, Guillaume Apollinaire, Olivier Pétré-Grenouilleau …) qui sont parfois de véritables niaiseries qu’on hésiterait à attribuer à un enfant ou à un simple d’esprit. Toutes ces absurdités qui font que l’on lit ce livre la colère au ventre et l’esprit tendu comme un arc.

 

Raphaël ADJOBI

 

Titre : Du racisme français

          (quatre siècles de négrophobie)

Auteur : Odile Tobner

Editeur : Les arènes (2007)  

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28 juillet 2008

L'autobiographie d'une esclave

Autobiographie_EsclaveL’autobiographie d’une esclave

                                                   (Roman)

L’introduction de ce livre répond à une interrogation incontournable pour quiconque entreprend de se plonger dans la littérature noire américaine. Quel est le premier roman noir et qui en est l’auteur ?

L’on y découvre qu’aux Etats-Unis, au mois de février, le peuple noir de ce pays célèbre l’héritage afro-américain et encourage sa sauvegarde par des séminaires et commémorations diverses, des conférences et des cérémonies solennelles en hommage à leurs ancêtres dont les sacrifices ont permis d’obtenir la liberté dont ils jouissent aujourd’hui. Et durant ce mois est organisée une vente aux enchères de « documents imprimés, manuscrits et témoignages divers de l’héritage culturel afro-américain ». C’est au cours de la manifestation de 2001 qu’un professeur d’Harvard fait l’acquisition d’un manuscrit original présenté comme « une biographie romancée, rédigée dans un style fleuri, censée raconter l’histoire de la vie et de la fuite d’Hannah Crafts, mulâtresse née en Virginie ».

L’acquéreur de ce manuscrit voit tout de suite l’intérêt que l’on peut tirer de ce manuscrit s’il s‘avérait qu’il n’a jamais été publié et si sa narratrice était noire. Car ce qui est vrai aux Etats-Unis, c’est que « la littérature noire » des récits d’esclavage comme la Case de l’oncle tom (Beecher Stowe) était le fruit du travail des blancs. Il savait que les textes rédigés à la main par les Noirs aux XIXè siècle sont excessivement rares. Les nombreux récits d’esclavage, les autobiographies et les pamphlets de cette époque étaient écrits grâce à l’intervention de rédacteurs ou d’éditeurs abolitionnistes. Surtout les œuvres de fiction éditées et diffusées avant la fin de la guerre de Sécession l’ont été par les membres du mouvement abolitionniste blanc.

L’Intérêt du Livre

L’intérêt de ce livre réside donc dans le fait qu’il est de manière incontestable l’œuvre romanesque d’une esclave mulâtre rédigée de sa propre main dans les années 1850. C’est l’authentique production d’une esclave nourrie de la littérature romanesque du XIXè siècle. La narratrice emprunte les descriptions particulièrement frappantes de la pauvreté et du dénuement à ses lectures livresques. Ses nombreuses références aux textes bibliques témoignent par ailleurs de l’esprit anglican qui dominait la littérature américaine.

Ce livre est donc l’occasion de pénétrer directement dans l’esprit d’une esclave en fuite et lire sa vision de la société. La manière de caractériser l’intimité entre les blanches et les noires laisse croire que seule une noire ayant connu la servitude est capable de tant de justesse. Elle est également très franche au sujet des sentiments que lui inspirent les autres esclaves. Elle est fidèle quant à la manière des Afro-américains de se parler entre quand les blancs ne les entendent pas. Enfin, ses propos sur l’esclavage sont d’une franche simplicité. Ainsi, elle estime que « le plus grand fléau de l’esclavage c’est son caractère héréditaire ». Ce qui l’emmène à juger scandaleux le mariage entre les esclaves. D’autre part, il faut connaître la servitude pour écrire «  ceux qui s’imaginent que les plus grands maux de l’esclavage résident dans la souffrance physique n’ont pas une idée juste et rationnelle de la nature humaine. »  Les péripéties de sa fuite nous éclairent sur la manière dont les noirs vivent leur condition d’esclave.

Raphaël ADJOBI

Auteur : Annah Crafts
Titre : Autobiographie d'une esclave
Edition : Petite Bibliothèque Payot
             (traduit de l'anglais)

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24 juin 2008

Joseph Kessel sur la piste des esclaves

           Joseph Kessel sur la piste des esclaves

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Au début du 20 è siècle, entre les deux grandes guerres, alors que sur le continent européen de jeunes étudiants africains, nourris aux idéaux de la liberté et de la dignité humaine, pourfendaient par des discours enflammés le colonialisme européen en Afrique,  sur la terre de leurs ancêtres sévissait un fléau qu’ils ne voyaient pas ou qu’ils ignoraient parce qu’il était d’un autre type : le commerce des esclaves.

Le romancier Joseph Kessel, l’ami des truands, des noctambules et de tous ceux qui aiment les aventures risquées, était devenu un journaliste célèbre après un reportage retentissant sur la guerre anglaise en Irlande. Dans un ouvrage volumineux (934 pages) mais magnifique, Yves Courrière retrace la vie de ce colosse né en Argentine de parents russes.    Des dizaines d’anecdotes sur sa vie fourmillent dans ce livre.

            En 1930, lors d’un séjour en Egypte, Joseph Kessel fait la connaissance d’un trafiquant d’armes et le voici embarqué comme grand reporter du journal Le Matin aux confins de l’Afrique pour découvrir la réalité du commerce des esclaves noirs. Plutôt que de commenter le livre, je vous offre ici quelques extraits qui se veulent le témoignage d’une réalité vécue et donc indiscutable. N’oubliez pas que les événements se déroulent au début du 20 è siècle et que les luttes pour la décolonisation de l’Afrique sont déjà en germes.

« Au cours de ses pérégrinations dans la ville à la recherche de Saïd, que personne ne semblait connaître, Kessel accumula les preuves des mauvais traitements infligés aux esclaves. Il entendit les cris déchirants d’un jeune garçon battu à mort pour avoir volé à son maître une demi-bouteille de tetch (1), il vit un homme et une femme pendus par les pieds au-dessus d’un feu où le maître jetait à poignée du piment rouge qui leur brûlait yeux et poumons… » (p. 359).

Au crépuscule, Kessel, ses amis et leur guide parvinrent à un village aragouba. « Tandis qu’ils parcouraient les ruelles du village [… ], Saïd révéla au journaliste français comment il se procurait les esclaves ;

 

- J’ai deux moyens. Quand un village est trop pauvre ou son chef trop avare pour payer l’impôt, il s’adresse à moi. Je donne l’argent et je prends des esclaves. L’autre moyen est d’avoir des chasseurs courageux. Quand j’ai le nombre de têtes suffisant, je les rassemble dans un entrepôt comme celui-ci.      

 

Ils étaient arrivés dans une cour où quelques planches traînaient par terre. Saïd les souleva et Kessel, en se penchant sur le trou profond qu’elles masquaient, vit quatre femmes endormies. Dans une cave voisine, gardés par un convoyeur au visage farouche, six esclaves étaient étendus. Dans la suivante, ils étaient trois. » (p.362-363).

4_Esclaves___Zanzibar

 

Une scène de chasse : Après une longue marche, harassés et ruisselants, Kessel et ses amis « se retrouvèrent au crépuscule devant une vallée miraculeuse où serpentait un petit cours d’eau. L’herbe y était grasse, les bouquets d’arbres verdoyants. Sur le versant opposé, de minuscules silhouettes de femmes conduisaient un troupeau tintinnabulant du pâturage vers quelque hameau perdu dans la montagne. Incapable de communiquer avec Sélim, qui parlait un idiome inconnu (…), Kessel renonça à lui demander de quel animal il préparait l’affût. […] Jef se sentait plein d’admiration pour ce jeune chasseur assez habile pour affronter un animal, seulement armé d’un poignard. […]

 

Au réveil,, les quatre hommes virent Sélim à plat ventre à l’entrée du couloir étroit. Tel un jaguar, il épiait, les muscles immobiles, les yeux rivés au sentier, la main crispée sur un morceau de cotonnade. Comme la veille au soir les clochettes du troupeau tintèrent faiblement… leur bruit se rapprocha… des bœufs puis des chèvres passèrent près du buisson d’épineux… et Sélim bondit.

 

La fillette qui suivait le troupeau n’avait pas eu le temps de pousser un cri. Bâillonnée, entravée par la cotonnade, elle n’était qu’un mince paquet sans défense sur l’épaule de Sélim qui gravissait la sente avec l’agilité d’un chamois […] abandonnant l’équipe du Matin qui venait d’assister à un rapt comme cette région du monde en connaissait depuis des millénaires ! » (p.363-364)

            Les images que je joins à ce récit sont également du 20 è siècle. Si les pays européens qui ont également Kessel_par_Ypratiqué l’esclavage l’ont déclaré « crime contre l’humanité », nous ne devons pas oublier qu’au 21 è siècle des pays africains et du Moyen Orient ne lui reconnaissent toujours pas ce caractère criminel. Ainsi, l’esclavage a été aboli trois fois en Mauritanie : en 1905 sous la colonisation française ; en 1960 lors de l’indépendance, et en 1980 par le pouvoir militaire. C’est dire la difficulté pour ce pays et d’autres à éradiquer cette pratique. Mais en réalité, s’il y a difficulté à éradiquer le mal, c’est parce que la loi officielle n’est jamais accompagnée de mesures de réhabilitation des personnes en état d’esclavage ; ce qui les obligent donc à demeurer sous le joug de leurs maîtres.

            

1. Hydromel violent qui porte vite à la tête. Boisson nationale éthiopienne.

 

 

Raphaël ADJOBI

 

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18 juin 2008

Les Sarkozygirls

           Les Sarkozygirls

            Que penser des trois ministres françaises issues des minorités que Nicolas Sarkozy a placées au devant de la scène politique nationale comme une esquisse de sa politique de discrimination positive qui n’aura jamais lieu ?

            Soyons francs ! Nombreux étaient les Français, surtout les Afrodescendants, qui avaient peur que cette expérience se solde prématurément par un échec retentissant ou tout simplement par une présence invisible. A notre grande surprise, ce sont ces femmes qui font l’actualité. Exit Alliot Marie devenue transparente. Depuis un an, des femmes au gouvernement, on ne parle que de Rachida Dati, de Rama Yade et de Fadela Amara dans une moindre mesure.

Rachida_Dati_ARachida Dati : Que n’a-t-on pas dit sur cette dame et que ne continue-ton pas de raconter sur elle ! Très vite, la Garde des sceaux et ministre de la justice a suscité la rébellion des magistrats. Ce n’était pas la politique du gouvernement que l’on critiquait mais bien la personne que l’on trouvait cassante, peu conciliante. Elevée au rang de favorite du Président, elle était invitée partout ; et les journalistes se plaisaient à la photographier, à épier ses moindres gestes, à interpréter ses moindres paroles. Après le divorce du Président et la disparition de Cécilia Sarkozy des projecteurs des journalistes, l’opinion publique a fait d’elle l’amie intime du Président, voir son amante et parfois même la future épouse du Président.

            Après le remariage du Sarkozy avec Carla Bruni, Rachida Dati est tombée en disgrâce auprès des médias. Désormais on ne voit en elle qu’une dépensière, la « cigale » du gouvernement selon une revue people. Le président lui-même a fini par croire à un lynchage injustifié et a volé à son secours lors d’un conseil des ministres.

Ramayade_soucieuse

Rama Yade : C’est la rebelle de l’équipe Sarkozy, se plaît-on à le souligner. Souvenons-nous de sa sortie retentissante quelques jours avant la visite officielle du Président libyen Kadaffi. Elle a estimé que la France n’était pas un paillasson sur lequel les dictateurs pouvaient venir essuyer leurs pieds. Les journalistes en ont alors fait la conscience de la France. Cela ne l’a pourtant pas empêchée de les traiter de charognards prêts à faire de la vie du président de la République une pitance facile. Souvent invitée en province où on se bouscule pour la voir, Rama Yade est devenue en un an une image de la vie publique française alors qu’elle n’est qu’une Secrétaire d’Etat.

Fadela_Amara

Fadela Amara : Son opposition à son ministre de tutelle Christine Boutin qui semblait ne pas apprécier son plan banlieue a fait d’elle une rebelle. Madame Boutin voulant absolument jouer à la patronne qui supervise le travail de sa Secrétaire d’Etat a tout de suite été dépassée. D’autre part, il faut avoir du courage comme Fadela Amara pour affirmer ne pas voter pour Nicolas sarkozy en 2012.   

            Il apparaît finalement que si les minorités sont absentes de la scène politique française, ce n’est point parce que l’on a peur qu’elles ne soient pas à la hauteur mais tout simplement par discrimination raciale. D’autre part, si ces populations sont absentes de ces postes de responsabilité, c’est parce qu’elles souffrent elles-mêmes du complexe de l’étranger qui ne doit pas se mêler des affaires des autochtones. Il est donc temps de vaincre ce sentiment et oser entreprendre des conquêtes politiques en militant nombreux dans les structures qui y mènent ou en créer.    

Raphaël ADJOBI

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10 juin 2008

Obama et l'ombre de Kennedy

Le_Kennedy_noir Obama et l’ombre de Kennedy

 

            

            Pour justifier sa persistance à poursuivre les primaires jusqu’en juin – ce qu’elle a fait – Hillary Clinton avait rappelé que Bobby Kennedy avait été assassiné en juin 1968. En d’autres termes, elle voulait que l’on comprenne qu’elle se positionnait comme l’alternative incontournable « au cas où ». Un tel argument de campagne avait glacé plus d’un.

            Cependant, si du côté de l’Europe ces propos ont été perçus comme une maladresse, de l’autre côté de l’Atlantique l’éventualité d’une atteinte à la vie du sénateur de l’Illinois était depuis longtemps une réalité dans l’esprit des populations et dans les milieux politiques.

Dans son édition d’avril 2008, le luxueux magazine de mode « L’optimum » avait déjà repris le sujet sur la forme d’une interrogation : « Barak Obama le Kennedy noir ? » Le contenu de l’article de David Martin Castelnau est sans équivoque : Dans le style élégant et le charisme, Obama est, selon lui, le Kennedy Black. Et il ajoute : « a vouloir vivre, marcher, parler, promettre et vaincre comme Kennedy, Obama risque de finir comme lui. La cervelle sur le capot. »

            Au début des primaires, cette éventualité m’avait à peine effleuré l’esprit. Mais depuis la lecture de cet article, je ne cesse de penser à John F. Kennedy, à son frère et aussi Martin Luther King. Il semble qu’en pensant à ces trois-là, je ne fais qu’imiter les supporters américains d’Obama qui, selon Philippe Coste (l’Express du 29 mai), représentaient les Kennedy et le célèbre pasteur noir en effigies fantomatiques au-dessus du candidat démocrate sur les pancartes de campagne, persuadés qu’un drame se prépare.  Barak_et_les_Kennedy

            Quand les services de sécurité américaine ont attaché au service du candidat Obama une escouade comparable à celle de Georges Bush alors qu’il n’était pas encore le candidat officiel des démocrates, le camp Clinton a crié à la paranoïa. Et quand Hillary Clinton évoquait la mort tragique de Bobby Kennedy, elle ne faisait que surfer pour ainsi dire sur la vague d’une opinion qui jouait à un jeu macabre.

            Loin de l’Amérique, chaque jour je redoute le drame. Ai-je tort ? Ce serait trop bête de gâcher tant de rêves, tant d’espoirs qui animent des cœurs en Amérique et ailleurs ! Devant cette hypothèse, il m’est difficile d’imaginer Obama vainqueur de McCain en novembre prochain.

Et puis, le 4 juin dernier sur Antenne2, en entendant Ted Stanger – l’auteur de Sacrés Français – je me suis dit qu’une autre sortie est possible. Ted Stanger pense que le rêve de beaucoup de gens, dont moi, va se heurter au mur du racisme. Il affirmait ce soir-là qu’en novembre, dans l’isoloir, c’est McCain qui aura la préférence des Américains. Car, selon lui, loin des yeux, dans leur for intérieur, la majorité blanche profondément raciste ne votera pas Obama. « Le racisme est encore très vivant dans mon pays », ajoutait-il. Je me suis dit que ce sera tout de même une sortie démocratique parce que les urnes auront parlé. 

Obama_lunettesMais que m’arrive-t-il ? voilà que tout à coup j’ai comme le sentiment que ce sénateur Obama est devenu un familier, un ami, un frère. Peut-être que vous êtes comme moi à croiser les doigts et à trembler pour lui. Même la presse française qui s’était jetée à corps perdu dans le soutien à John Kerry lors des dernières élections où celui-ci a échoué joue la prudence alors qu’elle est pro-Obama (sauf le journal chrétien La Croix). Elle ne voudrait pas lui porter malheur.

Comme beaucoup, je prie pour avoir tort de m’inquiéter, pour avoir tort de ne pas faire totalement confiance aux efforts faits par les Américains pour la réconciliation entre les noirs et les blancs. Je prie pour que la course au capitole soit loyale et non pas freinée par l’entreprise d’un raciste ou d’un malade rêvant de célébrité. Obama n’est rien pour moi. Mais si je tremble pour lui, c’est sans doute que j’ai le secret espoir que sa victoire servirait la cause des noirs à travers le monde et particulièrement en France où peu de noirs accèdent à de hautes fonctions administratives et politiques pour cause de racisme.                                                    

 

Raphaël ADJOBI

Posté par St_Ralph à 13:33 - Actualités Monde - Commentaires [3] - Permalien [#]

03 juin 2008

Les Codes Noirs

Codes_noirs     Les Codes Noirs

            Celui qui désire comprendre l’esprit qui animait les autorités françaises à l’époque de la traite négrière sera heureux d’avoir ce petit livre en sa possession. Outre les deux Codes Noirs, il contient également différents Arrêtés, Décrets, Proclamations et Protocoles français et internationaux touchant les esclaves du XVII è au XX è siècle.

    

            A la lecture des deux Codes Noirs, je n’ai pas cessé de me demander pourquoi les dirigeants africains ont laissé leur peuple dans l’ignorance de faits historiques aussi importants. Je suis certain que la connaissance de telles règles esclavagistes nous auraient aidés à une meilleure compréhension du message des chantres de la négritude.

            Par ailleurs, en lisant le texte de Christiane Taubira en introduction de ces deux Codes Noirs, je me suis posé cette question : combien d’hommes politiques français connaissent réellement la vraie histoire de France au-delà des notions classiques sur Jeanne d’Arc, Napoléon, Charles De Gaulle, la vie des rois et des reines, et les histoires de résistants durant les deux grandes guerres ? Sincèrement, je crois que peu de Français s’aventurent hors des sentiers battus. Le racisme qui persiste dans ce pays malgré les bonnes intentions des textes et des discours officiels confirme cette méconnaissance d’un pan entier de l’histoire de France.

Deux Codes Noirs, un même esprit

Le premier Code Noir date de mars 1685 et a été signé par Louis XIV. Trente-huit ans plus tard – décembre 1723 - Louis XV signe le deuxième Code Noir.

            Aujourd’hui, bon nombre d’historiens et de commentateurs publics voudraient nous faire croire que les deux Codes visaient essentiellement à améliorer la vie des esclaves violentés par leurs maîtres. Quiconque professe cela est un menteur ; et c’est ce que Christiane Taubira a démontré dans son introduction.     

            Il apparaît en effet dans les deux Codes que l’esprit du royaume de France était de réglementer le joug de l’esclave ; en d’autres termes déterminer de façon claire le champ d’action de l’esclave dans lequel le maître doit le maintenir. Celui-ci a peu de devoirs. Au regard des codes, le maître « criminel, barbare et inhumain » (art. 26 du 1er Code, art. 17 du 2è Code) est celui qui ne fournit pas le nombre de vêtements fixé par la loi à ses esclaves. C’est tout ! On croit rêver ! Et il doit veiller à ce que son esclave ne nuise pas à son voisin. Si le dimanche le maître ne doit pas faire travailler son esclave dans les champs, il ne doit pas non plus l’autoriser à vaquer à des occupations champêtres ou artisanales pour son propre compte. C’est à peine croyable !

            Cela montre tout simplement que toute initiative personnelle est interdite à l’esclave par les deux codes : il ne doit pas fabriquer ou produire pour son compte. Il ne peut ni vendre, ni acheter, ni aller librement d’une cité à l’autre, il ne peut se marier sans le consentement de son maître. Il ne doit pas avoir de bien propre : la quantité des produits de consommation dont il dispose est rigoureusement contrôlée par le maître. Il n’a pas le droit de disposer d’une journée libre pour vaquer à des occupations personnelles. La parole d’un esclave est nulle devant les tribunaux ; ils ne sont donc pas autorisés à témoigner. En clair, ils sont les objets de leurs maîtres et ne doivent donc jamais décider ou entreprendre librement. Les deux Codes déclarent « les esclaves être meubles et comme tels entrer dans la communauté, (…) se partager également entre cohéritiers » (Art. 44 du 1er Code, art. 39 du 2è Code).

Pourquoi un deuxième Code Noir 38 ans après ? 

Trente-huit ans après le premier Code, celui du 18è siècle insiste sur deux éléments qui semblent montrer une certaine évolution de la société. Cependant, il convient de rappeler que les deux Codes n’avaient pas la même destination géographique. Le Code de mars 1685 se rapporte aux esclaves des îles  de l’Amérique et celui de décembre 1723 concerne les esclaves des Îles de France et de Bourbon (Île Maurice et la Réunion). Il ne faut donc pas parler d’évolution de la société mais de situation légèrement différente.

            Si le deuxième Code reprend les termes du premier et en garde l’esprit, on constate l’insistance sur l’interdiction des mariages entre « les sujets blancs de l’un et l’autre sexe (…) avec des noirs » ainsi que le concubinage. D’autre part – toujours dans le deuxième code – il est interdit aux esclaves de travailler dans la fonction publique.

            Le simple faite que ces éléments soient mentionnés dans ce dernier Code laisse croire que des esclaves avaient atteint un certain degré d’instruction pour prétendre (aux yeux de quelques individus) accéder à certaines fonctions publiques. On peut aussi croire que des relations particulières entre noirs et blancs avaient tendance à s’afficher ouvertement. Le Code était donc là pour permettre aux détracteurs de ces liaisons d’avoir les moyens de punir ceux qui oseraient élever par leurs liaisons des esclaves au rang d’êtres humains.

Raphaël ADJOBI                  

Titre : Codes Noirs

           De l’esclavage aux abolitions

Introduction : Christiane Taubira

Edition : Dalloz 2006 (150 pages ; petit format / 2 €)

Posté par St_Ralph à 16:00 - Littérature (Essais, romans) - Commentaires [3] - Permalien [#]