Lectures, analyses et réflexions de Raphaël

Vous trouverez ici des comptes rendus de lectures livresques concernant essentiellement l'histoire des Noirs d'Afrique et celle des Afrodescendants des Amériques et d'Europe. Les actualités de la diaspora africaine ne sont pas oubliées.

04 avril 2008

La Graine et le mulet (Abdellatif Kechich)

                                La Graine et le mulet

                           (un film d’Abdellatif Kechich)

 

 

            Quand, au début du mois de décembre 2007, j’ai découvert la photo (ci-jointe) d’une scène de ce film dans le nouvel Observateur, je n’ai même pas pris la peine de lire l’article qui l’accompagnait. Certes, je ne suis absolument pas cinéphile ; mais j’avoue avoir eu un sentiment de rejet pour une histoire que j’imaginais forcément trop « typée ». « Une histoire de beurre ! » me suis-je certainement dis inconsciemment. Ô préjugé, quand tu nous tiens !

            La_Graine_et_le_mulet

            Abdellatif Kechich, j’en ai vaguement entendu parler sur les ondes des radios et télés. « L’Esquive » ? J’en ai entendu parler aussi. Un peu plus d’ailleurs. Mais jamais je n’aurais été capable de rapprocher le nom de l’homme et le film.

 

            Après l’Esquive (que je n’ai pas vu) sorti en 2003 et qui a obtenu quatre Césars, Abdellatif Kechich vient de sortir depuis le 12 décembre 2007 « La Graine et le mulet. » Un film magnifique couronné à Venise par le prix spécial du jury avec en prime une standing ovation que j’estime tout à fait méritée.

 

            « La Graine et le mulet » est une peinture sociale qui rend hommage à la génération de ces Français immigrés dont le besoin et le désir de réussir sont confrontés à la dure réalité de la société française : chômage, misère, administration tatillonne…

 

            Le film commence comme un reportage sur les mœurs d’une famille française d’origine maghrébine. C’est ensuite la quête du père (Habib Boufares) qui voulait ouvrir un restaurant qui va lui conférer son caractère émouvant qui lui a valu dix minutes d’applaudissements à Venise et le prix de la meilleure actrice à Hafsia Herzi, splendide dans son rôle.

 

            Outre le suspense captivant des derniers instants du film, deux scènes longues mais magnifiques en font un merveilleux bijou. A voir absolument ! Vous aurez alors l’explication du titre que je refuse de vous dévoiler. Que d’autres s’en chargent.

 

            Abdellatif Kechiche donne la preuve par ce film qu’il est absolument un grand cinéaste. Bravo monsieur !     

 

 

Raphaël ADJOBI

 

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01 avril 2008

Le racisme, le football et les Ch'tis

          Le racisme, le football et les Ch’tis

 

Stadium_Frce

            Le remous provoqué dans les milieux du football et de la politique en France suite à la banderole injurieuse déployée par les supporters parisiens lors de la finale de la coupe de la ligue le samedi 29 mars demande une sérieuse réflexion. Je dis bien que c’est le remous qui demande réflexion et non l’événement lui-même.

 

            Pour une fois en effet, après les insultes discriminantes dans un stade, on parle de prélèvement d’empreintes et d’analyse d’ADN. Cette fois, il est question de faire parler les caméras de surveillance. Une personnalité du Nord Pas-de-Calais dit qu’elle va porter plainte. De son côté, la ligue de football professionnel va porter plainte pour « incitation à la haine et à la violence. » Enfin, le chef de l’Etat lui-même y est allé de sa condamnation présidentielle et s’engage à recevoir les dirigeants de Lens ainsi que le député-maire Guy Delcourt.

 

            Au regard des mesures disciplinaires qui sanctionnent ordinairement les débordements racistes sur les stades, cette soudaine volonté de poursuivre les auteurs de la fameuse banderole apparaît à mes yeux tout à fait exceptionnelle pour ne pas dire injuste. Cette fois, on voudrait sanctionner des racistes et non point ou pas seulement le club dont ils sont les supporters. 

 

            Cette révolte générale provoquée par ce qui était jusqu’au 29 mars considéré comme une imbécillité d’un groupuscule insignifiant et sans intérêt est la preuve que le racisme à l’égard des footballeurs noirs était devenu, aux yeux de la France, une pratique ordinaire. Une pratique ordinaire qui ne mérite jamais d’autres sanctions que celles relevant purement du monde du football lui-même. On se contente de quelques peines à l’encontre des clubs – pas trop lourdes pour que le spectacle continue sans perdre une once de son intérêt – et on laisse les individus renouveler en d’autres circonstances leur forfait. Des preuves ? En voici :

 

            1. Souvenons-nous de ce joueur noir, furieux, gesticulant au milieu de ses coéquipiers cherchant à quitter l’aire de jeu parce qu’il subissait sans cesse les injures et les quolibets des spectateurs. C’est une vielle image. Mais ce jour-là, la coupe semblait déjà pleine. Cependant, nombreux étaient ceux qui jugèrent la réaction du joueur noir comme excessive, épidermique.

 

            2. On peut également rappeler la banderole raciste et néonazie visant le joueur libérien Georges Weah au moment de son départ pour l’AC Milan. Il ne fallait pas prêter attention à quelques imbéciles excités, disait-on.                     

 

            3. Plus proche de nous, en septembre 2007, le joueur Burkinabé de Libourne-Saint-Seurin (Gironde), Boubakar Kébé, a été insulté par les supporters bastiais lors d’un match de ligue 2 en Gironde. Sanction : le club corse a perdu un point au classement.

 

            4. Février 2008, lors du match retour en Corse, des banderoles à caractère raciste et homophobe sont apparus sur le stade. Sanction : un match à huis clos pour le club corse. Le 20 mars 2008, la ligue de football professionnel elle-même fait appel à cette décision estimant que la peine est insuffisante pour ce flagrant délit de récidive.

 

            5. Le 16 février 2008, les supporters du club de Metz profèrent des insultes racistes à l’adresse du joueur de Valenciennes, Abdeslam Ouaddou. Sanction : le FC Metz est condamné à jouer un match à huis clos.

 

            Certains, comme Jean-Pierre Papin, jugent ces sanctions suffisamment sévères et ne demandent pas autre chose pour le PSG. C’est en clair une façon de classer le « PEDOPHILES, CHÔMEURS, CONSANGUINS : BIENVENUE CHEZ LES CH’TIS » au rang du racisme ordinaire qui sévit dans les stades de France. Et un auditeur de France Inter d’ajouter : « ce phénomène existe depuis des années et des années. On peut trouver ce qui vient de se passer révoltant à la seule condition que l’on condamne toutes les banderoles qui fleurissent sur les stades de France et que l’on poursuive leurs auteurs. » (France Inter, le 31/03/2008 à 19 h 30)

 

            Je crois avec cet auditeur de radio France Inter que si l’on ne veut pas - pour la première fois - se limiter à une sanction purement sportive pour ce dernier événement, il faudra prendre la ferme résolution de traquer et condamner à l’avenir les imbéciles qui n’aiment pas tout ce qui est noir et tout ce qui a un accent différent du leur. Car il faut que chaque Français arrive à se convaincre une fois pour toute que le racisme existe et prospère en France. Il serait bon que chaque citoyen se pose régulièrement cette question pour ne jamais oublier la réalité de la vie en France : « Quand ce n’est pas dans les stades que ces imbéciles s’expriment, où le font-ils ordinairement ? »

 

Raphaël ADJOBI

 

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27 mars 2008

L'Esclavage en Terre d'Islam (2)

L’Esclavage en Terre d’Islam (2)

              4 Arguments pour

perpétuer le commerce des esclavesPhoto_L_escl

            Consciemment ou inconsciemment, c’est la fable biblique de la malédiction de Cham, fils irrespectueux de Noé, dont la descendance (les kémites « brûlés par le soleil ») aurait été condamnée à servir celle de ses frères qui a conforté bien des peuples du monde chrétien ou arabe (oui !) dans leur entreprise de mise en esclavage des noirs. Mais au-delà de l’argument religieux, on retrouve ça et là dans les écrits des esclavagistes les arguments qu’ils semaient dans l’opinion publique pour justifier le commerce des Noirs. Le Livre de Malek Chebel nous en donne un aperçu.

            

Argument 1 : Les esclaves sont plus heureux dans leur condition que certains paysans d’Europe.

Argument 2 : Les esclaves pleurent et refusent la liberté quand on la leur offre. Certains vont même jusqu’à se suicider. Sur ce chapitre, les esclavagistes s’appuient sur une révolte qui serait survenue dans l’actuelle Barbade en 1830 alors îles des Petites Antilles. Des esclaves libérés se seraient révoltés pour demander le retour à leur condition d’esclaves. (p. 216)   

Argument 3 : « Une fois le nègre abandonné à lui-même, il a toujours rétrogradé. Comme un cheval en liberté, il devient sauvage ; assujettissez-le au harnais, et aucun animal n’est plus utile. » (p.214, propos attribués à Sir Samuel White Baker). Vous aurez reconnu là l’éternel argument selon lequel on ne peut tirer le meilleur du noir qu’en le traitant durement.    

Argument 4 : l’abolition de l’esclavage ne devrait se faire que progressivement, au fur et à mesure que les libérés trouvent du travail ; cela afin d’éviter de se retrouver avec un trop grand nombre de désoeuvrés. (p.282) Arguments repris aujourd’hui par les pays musulmans qui pratiquent encore l’esclavage. 

  La question de l’esclavage

En terre musulmane en 2007

Colloque de Rabat 17, 18, 19 mai 2007

Placé sous l’égide de l’Unesco, qui en a pris l’initiative et le financement, ce colloque s’est fixé comme objet « les interactions culturelles issues de la traite négrière et l’esclavage dans le monde arabo-musulman ». La vingtaine de chercheurs appelés à se réunir venaient des pays suivants : Maroc, Algérie, Egypte, Emirats Arabes unis, Mauritanie, Soudan, Somalie, Tunisie, Syrie, Turquie, Yémen. Malheureusement, la formulation du tract préliminaire permit à Malek Chebel de comprendre qu’en réalité, la rencontre de Rabat visait à mettre en valeur les « avantages secondaires » du système esclavagiste instauré dans les pays arabes et musulmans, quasiment avec l’accord des Etats africains concernés. (p.243 – 244) En d’autres termes, les éminents chercheurs de ces pays ont détourné le colloque de son objectif initial pour « montrer que les conséquences de l’esclavage n’avaient pas été aussi désastreuses qu’on le prétendait. » Attitude qui rappelle étrangement celle de la France qui veut enseigner dans ses écoles les aspects positifs de la colonisation.

Raphaël ADJOBI

(les italiques sont des remarques personnelles)

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17 mars 2008

L'Esclavage en terre d'Islam (Malek Chebel)

Photo_L_escl              L’Esclavage en Terre d’Islam

            A la lecture des premières pages de ce livre, on ne peut s’empêcher de penser à tous ces Noirs d’Afrique et des Etats-Unis d’Amérique qui ont rejeté le catholicisme qu’ils considéraient comme la religion des colons et des esclavagistes pour embrasser l’Islam. Au fil des pages, on ne peut cesser de penser à tous ces Africains, zélés défenseurs de l’Islam et qui durant leur vie entière jamais ne laissent échapper de leur bouche la moindre critique à l’adresse de la religion de Mohammed et des pays qui l’ont érigée en dogme d’état.

            Il semble en effet que l’esprit critique à l’égard de sa religion et de ses pratiques soit le privilège du chrétien. La critique de sa croyance et des pensées de sa religion apparaît inadmissible pour le musulman. Les multiples condamnations à mort lancées de nos jours contre des écrivains ou des penseurs à travers le monde le prouvent.

            On ne peut donc qu’être d’accord avec Malek Chebel quand il s’étonne du mutisme des musulmans sur la réalité de l’histoire de leur religion. Le monde musulman, selon lui, semble sciemment ignorer la culture religieuse musulmane. En d’autres termes, le musulman se complaît dans l’ignorance de son histoire religieuse incluant des pratiques sociales que la conscience humaine désapprouve aujourd’hui.

            Lire ce livre, c’est découvrir les multiples visages de l’esclavage en terre musulmane hier et aujourd’hui. Malek Chebel nous parle des esclaves chanteuses qui furent parfois puissantes. Il nous parle des énuques d’Europe et d’Afrique, des esclaves soldats, etc… L’auteur nous promène de l’Espagne à l’Europe centrale en passant par l’Afrique et le Moyen Orient. Il montre du doigt « l’esclavage de traîne » - autrement dit la survivance de l’esclavage – au Sénégal, en Mauritanie, au Maroc, en Algérie, en Tunisie, en Egypte, au Soudan, En Lybie, au Tchad, au Niger, au Sultanat de Brunei, en Arabie Saoudite,…. Il est écoeurant de lire que l’esclavage, souvent sous sa forme ancienne, existe aujourd’hui encore dans ces pays sans que les gouvernants osent s’attaquer franchement à l’éradication de ce phénomène honteux. 

            Ce livre est donc l’historique de l’esclavage sous sa forme archaïque en pays musulman fait de chasseurs d’esclaves, de caravaniers, de riches commerçants de « bois d’ébène » prélevés dans le sud du Sahara, pour nous découvrir son visage actuel fait d’humiliations individuelles, presque invisibles, difficilement quantifiables dont il donne certains aspects criants et révoltants à l’aube du XXI è siècle.

            La note de l’éditeur fait remarquer que « l’auteur reconstitue avec minutie le développement d’une culture esclavagiste qui s’est greffée sur l’Islam. » Quant à moi, je dirais que c’est une culture esclavagiste à laquelle s’est adapté l’Islam avec complaisance pour ne rien changer à une pratique féodale. Ainsi l’Islam égalitariste qui prône le partage des richesses approuve et encourage le dispositif de dépendance de l’homme à l’homme. En ce qui concerne la polygamie, il ne fait que donner par le Coran un habit juridique à une pratique ancestrale qui prévalait. D’autre part, la libération de l’esclave que propose le Coran ne dépend que de la manifestation de la générosité ou de la repentance du maître ; ce qui fait dire à Malek Chebel que « la condition sine qua non de toute liberté humaine, à savoir la liberté de conscience, […] est inféodée à une croyance préalable, en l’occurrence l’Islam. »            

            Dès lors, on comprend avec l’auteur pourquoi la démocratie est impossible dans les pays qui ont fait de l’Islam une religion d’état, et pourquoi les régimes esclavagistes d’aujourd’hui sont généralement des régimes musulmans.    

 

Raphaël ADJOBI

Auteur : Malek Chebel

Editeur :Fayard

 

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06 mars 2008

Les banlieues et leurs élus

                        Les banlieues et leurs élus

« Sarcelles est à 1h 45 minutes de Paris par le RER alors que le trajet se fait en 15 minutes en voitures ; c’est démotivant, non ? » lance le jeune homme, simplement. En effet, on oublie bien aisément que tous ceux que l’on assimile à des paresseux et que l’on qualifie de « glandeurs » sont au départ les innocentes victimes de projets nés des esprits dits supérieurs de la nation. On oublie aisément qu’on a crée dans les années 60 des « banlieues sans usine, sans fumée, sans bureau », des cités justement appelées dortoirs et dépourvues de tout et qui exigeaient que pour tout l’on prenne la direction de Paris. La création d’un espace de vie spécifique a donc indiscutablement généré un comportement spécifique adapté à ce milieu.

            Mais aujourd’hui, afin de mieux isoler les habitants de ces contrées périphériques de la capitale française, lesBanlieues_France prétendus penseurs et concepteurs de la République ont créé un lexique propre à stigmatiser leurs populations. On ne les désigne que par « population issue de l’immigration » ou de « jeunes mal intégrés ». Dès lors, ces populations apparaissent aux yeux du reste de la France comme des étrangers. Ainsi, les agriculteurs et autres corps de métiers qui mettent le feu aux bâtiments publics ou les plastiquent tout simplement n’écoeurent personne ; les voitures qui brûlent dans les banlieues si. Tout cela ne choque point les intellectuels français qui ne rêvent aujourd’hui que de plateaux de télévision ou de réceptions chez les fortunes de la nation.              

            Mais voici venue l’heure d’élections nouvelles et nous voyons apparaître ça et là des faces blafardes et non point basanées dans ces lieux que l’on dit impropres aux progrès. Une fois encore l’on vient leur chanter que l’on sait ce qu’il leur faut pour leur arracher leur suffrage. Bientôt ces rejetés auront leurs chefs qu’ils auront démocratiquement choisis mais qui leur auront été imposés d’une certaine façon puisqu’ils auront été désignés par des appareils politiques aristocratiques. Même si je me réjouis de la désignation d’Aminata Konaté comme candidate UMP à Montreuil face à Dominique Voynet (Gauche dissidente) et au candidat désigné de la Gauche, je mesure le chemin qui reste à parcourir par les minorités pour entrer dans les cœurs de leurs compatriotes blancs comme leurs égaux.      

            Aussi, je ferme les yeux et je rêve à ce jour où ces Français de deuxième catégorie se décideront à se gouverner eux-mêmes sans compter sur les appareils politiques qui les ignorent et dans lesquels ils sont d’ailleurs absents.

Photo : Drancy (région parisienne). Je vous laisse apprécier la subtile séparation entre zone pavillonnaire et zone à loyers modérés. 

Cet état de chose m’a inspiré cette réflexion il y a quelques années

Il nous plaît de blâmer ces hommes politiques qui jamais n’ont connu la pauvreté ni la misère mais qui s’érigent en défenseurs du pauvre et du miséreux en repassant, la nuit venue, les grandes théories salvatrices du genre humain apprises dans les grandes écoles qui font la fierté de la République. Drapés dans leur suffisance et certitudes, ils nous promettent le bonheur et clament à qui veut les entendre que leur intelligence attestée par leurs diplômes enluminés les en approche. 

            Et pourtant chaque jour, nous constatons que leur manque d’humanité les éloigne de nous et nous rend leur voix étrangère. Heureusement, pour cette classe d’hommes, à l’heure du choix de ceux qui doivent nous gouverner, leur enluminure nous éblouit et nous arrache notre suffrage. Ne me demandez pas par quel miracle ou imbécillité nous les choisissons pour les blâmer plus tard.

Raphaël ADJOBI                

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06 février 2008

Obama, Bill et Hillary

Barack_Obama                                 Obama, Bill et Hillary

    Ou les coups bas portés à Obama

            Dans cette campagne des primaires qui passionne l’Amérique et qui doit aboutir à la désignation des deux finalistes à l’investiture présidentielle, tout semble trop lisse et trop beau, trop démocratique.

            Sans doute pour la première fois, les Américains et les observateurs étrangers ont le sentiment que cet immense pays vit une vraie histoire démocratique parce que les Etats-Unis n’ont pas à choisir entre deux camps aristocratiques. Tout le monde s’accorde à dire que les visages de Hillary Clinton, la femme, et celle de Barack Obama, le Noir, bouleversent les habitudes séculaires.

            Mais une fois ce beau voile replié, on se rend compte que ces primaires américaines gardent leur caractère premier, c'est-à-dire une espèce de combat dans lequel il faut porter des coups qui font mal, des coups qui font chanceler l’adversaire et semer le trouble dans l’esprit de ses ardents supporteurs comme dans celui des électeurs en général.

            Et l’arme d’Hillary, c’est Bill qui l’a trouvée et la manie à tout bout de champ : Obama, répète-t-il, c’est le candidat des Noirs ! C’est ce qu’on appelle un coup sous la ceinture dans un combat de boxe. Les Clinton jouent donc la carte raciale sachant très bien qu’un nombre non appréciable de blancs peuvent se ranger derrière Hillary pour cette unique raison. Obama savait l’efficacité de cette carte dans ce pays. C’est pourquoi il a tenu à mener une campagne dénuée de toute connotation raciale. Toutefois, son camp ne pensait pas que les Clinton s’abaisseraient à user de cette arme efficace mais nullement honorable.

            D’autre part, les adversaires d’Obama ne se privent pas de pratiquer l’amalgame. Ils font circuler la fausse information selon laquelle Obama serait musulman et prêterait serment sur le Coran s’il était envoyé au Capitole à Washington. Du coup, les juifs, même s’ils sont très minoritaires, ont mis en mouvement leurs lobbies très puissants pour présenter le jeune démocrate noir comme l’épouvantail à fuir, le danger qui menace l’Amérique.

            Et pourtant, Obama qui n’a presque pas connu son père, lui qui a été élevé dans le christianisme et loin des luttes des Noirs pour les droits civiques, est demeuré dans cette campagne l’incarnation de la nouvelle Amérique désireuse de transcender les images qui blessent ou qui vous attachent à des clans trop voyants. Mais les préjugés ont la vie dure ; surtout quand il y a des gens à la moralité douteuse qui s’appliquent à les entretenir.

Raphaël ADJOBI

Le 6 / 02 / 08

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04 février 2008

Ivoiriennes Ajourd'hui

Ivoirienne_aujourd_hui                                                     Ivoiriennes aujourd’hui

 

 

            Quelle est l’intention première des auteurs de ce livre ? Sans doute valoriser la femme Ivoirienne tout en soulignant la diversité ethnique du pays. Et au nombre des auteurs, je compte la photographe qui a tenu à présenter ses sujets dans leurs activités quotidiennes et dans leur beauté physique.

            En effet ce livre qui est aussi un album photos abondamment illustré est un voyage dans la géographie humaine de la Côte d’Ivoire. Les quatre grands groupes (Akan, Mandé, Gour, Krou) et leurs composantes ethniques sont clairement situés sur quatre cartes du pays. Les curieux découvriront ainsi la richesse ethnique de ce petit morceau d’Afrique. Les Ivoiriens quant à eux pourront tester leur connaissance en essayant de repérer la situation géographique de chacune des 59 ethnies qui peuplent leur pays ou tout simplement essayer de les énumérer. Pour ma part j’avoue avoir découvert pour la première fois 26 noms d’ethnies que j’ignorais totalement.

            Mais à travers la diversité ethnique du pays, c’est la femme qui est célébrée. Aux images montrant des femmesIvoirienne_2 dans leurs tâches quotidiennes sont associées des photos des moments de liesse populaire ou des images de femmes parfois trop apprêtées ou endimanchées. La photographe semble avoir résolument pris le parti de présenter la femme ivoirienne dans tout ce qui la valorise. Nous sommes ici très loin des images coloniales qui veulent offrir des sauvages en pâture à la curiosité occidentale.

            Ivoiriennes aujourd’hui est un beau livre d’images et de géographie ethnique de la Côte d’Ivoire qui peut faire l’objet d’un agréable cadeau. Chacun y découvrira un peuple varié et la beauté des femmes de ce bout d’Afrique. Les Ivoiriens s’y regarderont comme dans un miroir pour apprécier leurs traits distinctifs et l’harmonie diversité de leur pays à travers les regards de leurs sœurs, de leurs épouses et de leurs mères.

                                                                                                                       Ivoirienne_3

Raphaël ADJOBI                                                            

 

 

Titre : Ivoiriennes aujourd’hui

Photographies : Viviane Froger-Fortaillier            

Textes : Moussa Touré, Anna Manouan

              et Solange Diabagaté Atsé                         

Edition : Editions SEPIA 2007

 

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26 décembre 2007

La mémoire et l'histoire

                               La mémoire et l’histoire

 

 Deux histoires de mémoire qui osent enfin se révéler l’une comme une valise secrète que l’on finit par ouvrir un jour, et l’autre comme un oignon qu’on épluche. Telles sont les deux expériences qui viennent d’étoffer les interrogations sur la nécessité ou non de combler les pointillés (1), ou les trous béants de l’histoire de France.

 Günter Grass, sans doute l’auteur Allemand le plus sollicité et le plus écouté dans son pays, vient, à 79 ans, dans son autobiographie Pelures d’Oignon (En épluchant les oignons) de révéler son passé nazi. Il avoue qu’à 17 ans, séduit par Hitler, il s’est engagé volontairement dans les Waffen SS. En Allemagne, il semble que c’est une volée de bois vert qui a accueilli ses aveux tardifs de l’écrivain nobelisé. C’est donc un véritable malaise qui s’est installé dans ce pays depuis que l’auteur a fait cette révélation un mois avant la parution de son livre en septembre 2007 dans son pays.  

 Le dimanche 2 décembre, dans l’émission 7 à 8 de la première chaîne de télévision française, on nous présenta un Australien d’origine juive qui aurait servi de mascotte à l’armée allemande durant la deuxième grande guerre. Sauvé de la mort par un soldat Allemand qui le présenta à ses camarades d’armes comme un orphelin russe, le miraculé a attendu d’être un vieil homme pour avouer à son fils comment il a servi de fer de lance de la propagande à l’adresse de la jeunesse hitlérienne. Et effectivement on a retrouvé et diffusé ces images du jeune homme blond adulé par tous que l’on présentait comme le type allemand par excellence. 

 Pour ma part, je ne me joins pas aux cris de ceux qui réclament à Günter Grass de rendre son prix Nobel ; et je ne crierai pas non plus « salaud » au vieil Australien. On ne peut en vouloir ni à Günter Grass, ni au vieil Australien d’avoir pris la décision de révéler une page sombre de leur histoire personnelle. Bien au contraire, je ne peux qu’applaudir ce courage qui permet aussi aux victimes de dire au monde entier que leurs souffrances n’étaient pas imaginaires.

 J’ose espérer que les aveux que des individus sont capables de faire pourront servir de leçon à une grande nation comme

la France

qui se refuse pour l’heure à faire preuve d’humilité. On ne peut pas demander aux peuples qui ont subi les travaux forcés, le pillage de leurs arts et richesses de toutes sortes, qui ont souffert les humiliations quotidiennes de se contenter de la «  reconnaissance du caractère injuste de la colonisation » (Nicolas Sarkozy, le 3 décembre 2007 en Algérie) tout en affirmant et en donnant comme consigne d’enseignement, la recherche et la valorisation des « caractères positifs de la colonisation. »

 Le courage de dire et d’assumer son passé ne doit pas appartenir seulement aux individus. Il doit être aussi la marque des nations. Et c’est sans doute à cela que l’on reconnaît les Grandes !  Et si

la France

ne veut pas reconnaître et assumer son passé, qu’elle cesse au moins de polir son image coloniale. Elle a beau se laver les mains à la manière de Ponce Pilate, le sang des colonisés la hantera jusqu’à ce qu’elle en soit exorcisée par des aveux, via les archives, qui viendront combler les lacunes de notre histoire commune.  

 

(1) : J’emprunte cette expression à un auditeur d’une radio française qui a voulu signifier par ces termes l’absence de recherches sur certains événements ayant marqué

la France

; ce qui fait apparaître l’histoire de France comme faite de trous ou de vides consciemment entretenus.      

 

Raphaël ADJOBI

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24 septembre 2007

Des chiens et des chats

                                    Des chiens et des chats

                               (Brève réflexion sur l’éducation)

            Certains affirment préférer les chats aux chiens parce que les premiers sont plus indépendants. Ils reprochent aux seconds de se comporter en esclaves par leur trop grande obéissance à leurs maîtres. Quant à moi, je préfère les chiens aux chats car pour vivre en bonne entente dans une communauté – avec les hommes ou avec les animaux – il faut que chacun se plie aux règles de la maison : manger quand il faut manger, sortir quand il le faut et non point quand il ne le faut pas, aider aux tâches quand on a besoin de vous.

            Quoi qu’il en soit, le maître qui a un animal indépendant et peu respectueux des règles de la maison ne l’est pas lui-même. Que nous le voulions ou non, c’est nous qui avons la charge des animaux. Si leur indépendance doit nous occuper au point de nous empêcher de faire ce que nous voulons au moment où nous le désirons, il vaudrait mieux nous en séparer.

            Il en est de même de certains parents qui se pâment d’aise devant leurs enfants trop enjoués, prompts à répondre à tous et à opiner de tout, et qui voient dans leur désobéissance et insolence la marque d’une grande liberté. Intarissables sur leurs faits et gestes, ils se réjouissent presque de ne pouvoir canaliser cette énergie juvénile que ces chers et tendres trésors leur imposent comme la marque d’une grande intelligence. Ces parents-là ne se rendent pas compte qu’ils sont devenus, peu à peu, les esclaves de leur propre progéniture, oubliant que ceux qui sont à notre charge doivent absolument être gouvernés.         

Raphaël ADJOBI

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06 juillet 2007

Le choc amoureux

Le_choc_amoureux                   Le choc amoureux

 

 

            Ce livre ne se raconte pas. Il est même difficile d’en faire un commentaire car il est question de sentiment, et précisément du sentiment amoureux. Le lire, c’est comme se regarder dans un miroir que l’on tient devant sa face pour vérifier ses propres traits.

            Evidemment, on ne peut le conseiller à tout le monde. Une amie travaillant dans l’univers des livres l’a côtoyé pendant de nombreuses années mais ne s’est décidée à le lire qu’au moment où elle est tombée amoureuse. Avant, m’a-t-elle dit, je ne me sentais pas concernée. C’est exactement cela : il faut se sentir concerné par l’amour pour le lire ; il faut avoir été amoureux et, encore mieux, être amoureux pour savourer chaque ligne de ce livre.

            L’amoureux a un comportement déroutant pour qui ne l’est pas et un langage singulier. Tout à coup, on devient poète, on désire se confondre avec l’autre chez qui tout semble beauté, charme et perfection. Non, j’arrête là cette pâle description de l’amour. Si quelqu’un vous dit qu’il est amoureux, offrez-lui ce livre. Il pourra vérifier en le lisant s’il l’est vraiment. Il semble en effet que nous affirmons parfois trop hâtivement que nous sommes amoureux. Les derniers chapitres du livre vous situeront sur votre sort.

 

Raphaël ADJOBI

 

Titre : Le choc amoureux

Auteur : Francesco Alberoni

édit : Presse Pocket

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