Lectures, analyses et réflexions de Raphaël

Vous trouverez ici des comptes rendus de lectures livresques concernant essentiellement l'histoire des Noirs d'Afrique et celle des Afrodescendants des Amériques et d'Europe. Les actualités de la diaspora africaine ne sont pas oubliées.

20 septembre 2012

Zamore et Mirza ou l'esclavage des Noirs (Olympe de Gouges)

                                             Zamore et Mirza

                                        ou l'esclavage des Noirs

                                                (Olympe de Gouges)

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            L'une des premières grandes figures du féminisme en Europe, Olympe de Gouges, auteur de la célèbre Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne (1791), était aussi une grande militante de la cause des Noirs. Des deux combats qu'elle a menés de front, ce dernier est celui qui lui a coûté le plus d'énergie et d'ennemis. Une pièce de théâtre, Zamore et Mirza (1785), et un essai, Réflexions sur les hommes nègres (1788), sont les marques de son engagement qui nous permettent, aujourd’hui, de la compter au nombre des grands abolitionnistes. 

            Zamore et Mirza est une pièce assez brève, en trois actes, qui a pour but clair et net la dénonciation de l'esclavage des Noirs. Elle compte six personnages principaux dont un couple d'esclaves en fuite. L'intendant blanc du gouverneur de leur île avait jeté son dévolu sur la belle Mirza, amante de Zamore. Pour avoir été repoussé, il choisit ce dernier pour être l'instrument du supplice à infliger à Mirza. Le jeune esclave désobéit ; et  aux yeux du colon blanc, cela mérite la mort !

            Voilà donc Zamore et Mirza devenus des esclaves marrons. Leur isolement est propice à des réflexions sur la nature humaine et la place des esclaves dans la société coloniale. « Dis-moi, pourquoi les Européens et les habitants (1) ont-ils tant d'avantages sur nous, pauvres esclaves ? Ils sont cependant faits comme nous, nous sommes des hommes comme eux : pourquoi donc une si grande différence de leur espèce à la nôtre ? » demande Mirza. « Cette différence est bien peu de chose ; elle n'existe que dans la couleur, mais les avantages qu'ils ont sur nous sont immenses. L'art les a mis au-dessus de la nature : l'instruction en a fait des dieux, et nous ne sommes que des hommes », répond Zamore. Au cours de leur fuite, ils sauvent un couple de français naufragés d'un navire en provenance de l'Europe. Avec l'aide de ce couple de blancs, comment Zamore et Mirza vont-ils convaincre le gouverneur et les colons - qui exigent leur mort - de leur innocence ? 

            Certes, l'amour de Zamore et de Mirza est le reflet du romantisme du XVIII è siècle et rappelle à certains égards celui de Roméo et Juliette. Et certains sentiments évoquent ceux de Jean-Jacques Rousseau quant à la bonté naturelle de l'homme. Mais, dans un cas comme dans l'autre, rien n'apparaît excessif. Et si l'auteur oppose la pureté des sentiments des amoureux à la rigueur ou la férocité des colons, il ne manque pas de montrer qu'il y a des blancs qui ont non seulement le sens de la justice mais sont également capables de compassion. Le gouverneur est un homme bon et un maître exemplaire. Zamore fait la différence entre les colons, injustes et cruels, et les Français d'Europe qu'il imagine plus humains et prêts à changer leur sort : « Une morale douce et consolante a fait tomber en Europe le voile de l'erreur. Les hommes éclairés jettent sur nous des regards attendris ; nous leur devrons le retour de cette précieuse liberté, le premier trésor de l'homme, et dont des ravisseurs cruels nous ont privés depuis si longtemps ». 

Non, les Blancs ne sont pas tous mauvais ; et l'auteur a tenu à le souligner afin de bien montrer que la justice et l'amour entre les humains sont des combats qui dépassent la couleur de la peau. Ce sont des idéaux qui sont ancrés dans le cœur des humains - Blancs et Noirs - et qu'il convient de ne pas laisser supplanter par l'artifice et la cupidité de certains. Vous trouverez dans l'introduction de cette pièce une juste idée à la fois des remous suscités par sa représentation à la Comédie Française en décembre 1789, et de l'animosité des colons à l'égard de son auteur. Une abolitionniste et une humaniste, telle était Olympe de Gouges. N’oublions jamais que pour avoir dénoncé la violence sous toutes ses formes et plus particulièrement la peine de mort, elle est morte guillotinée.             

(1) : les Indiens 

Raphaël ADJOBI 

Titre : Zamore et Mirza, ou l'esclavage des Noirs ; 78 pages

Auteur : Olympe de Gouges

Editeur : Flammarion, collection Librio, 2007 (2 euros) 

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10 septembre 2012

Les petites mains d'Anvers et les têtes de nègres ou le cannibalisme dans la pâtisserie européenne

 Les petites mains d’Anvers et les têtes de nègres

                                                 ou               

          Le cannibalisme dans la pâtisserie européenne 

1. Les petites mains d’Anvers                                                                    

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          Un élément assez étrange de la pâtisserie belge, ce sont ces petits morceaux de chocolat représentant des petites mains. On les appelle communément les petites mains d’Anvers. Depuis quelque temps, elles ont été déclinées en petits biscuits. Une façon assez maladroite de cacher leur inspiration nègre ou africaine. 

          A propos justement de l’origine de ces petites mains en chocolat, ne vous laissez pas abuser par les explications fantaisistes que vous pourrez trouver çà et là. L’histoire des peuples est souvent un mensonge que l’on fabrique pour se donner bonne conscience. N’adhérez donc pas à l’idée qu’elles ont pour origine une légende romaine selon laquelle un individu aurait payé le passage d’un pont en se coupant la main. Combien de gâteaux européens ont un nom attaché à une légende romaine, mérovingienne ou gauloise ? 

          L’origine macabre de ces petites mains en chocolat – désormais déclinés en biscuit – est plus récente. Leur histoire se rattache directement aux mains des nègres que les colons belges du roi Léopold II coupaient en guise de punition dans son « Etat indépendant du Congo » ! Afin de s’assurer que les surveillants de la récolte du lait de caoutchouc utilisaient bien les balles pour traquer les paysans qui refusaient les travaux qu’on exigeait d’eux – au lieu d’aller chasser des animaux pour se nourrir – on leur demandait de justifier chaque coup de feu tiré par une main coupée. Résultat, ces surveillants tuaient des hommes et ramenaient leur main droite coupée ; et quand les balles avaient servi pour tuer des animaux, ils amputaient des vivants. Forcément, avec une telle pratique, au Congo, « la population baisse ; On raconte qu’une fois, on amena à Fiévez en un seul jour 1308 mains. 1308 mains droites. 1308 mains d’homme » (Eric Vuillard, Congo, p. 66, éd. Actes Sud). Les photographies de ces mains coupées, vous pouvez les voir aujourd’hui sur Internet.

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          Messieurs les Belges, vous aimez bien les petites mains nègres ! Ce cannibalisme était à l’origine une façon de montrer votre toute puissance, votre supériorité ! Vous pouvez sans vergogne continuer à manger des mains nègres de génération en génération pour montrer votre domination. Cependant, de grâce, n’inventez pas des mensonges pour vous donner bonne conscience. Les nègres seront là pour vous rappeler la vérité de génération en génération ! Bon appétit, messieurs les cannibales !

 

2. Les têtes de nègres  

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          Une autre étrangeté de la pâtisserie européenne, ce sont les « têtes de nègres » françaises. A chaque peuple son histoire avec les Noirs : les mains pour les Belges, les têtes pour les français. 

          Ici non plus il n’est pas nécessaire d’aller chercher une origine romaine au nom de ces boules de chocolat que vous proposent les pâtissiers. Certes, quand on remonte dans le passé, on découvre que les Romains avaient coutume de couper les têtes puis de les placer sur des pieux pour ensuite les exposer sur une place publique en signe d’exemple de châtiment auquel s’exposent tous ceux qui contreviendraient à leurs lois.

          Pendant la colonisation de l’Afrique, les Français se souviendront de cette pratique romaine

Tête de nègre

et l’appliqueront sans vergogne et sans retenue. Par malignité ou par une sorte de plaisanterie, ces têtes aux cheveux crépus vont devenir des petites boules en chocolat. C’était bien amusant ; même pour ceux qui ignoraient l’évocation macabre de ces gâteaux. Aujourd'hui, un débat est ouvert sur un éventuel changement de nom. Forcément, certains sont pour et d'autres contre. 

          « Une tête de nègre, s’il vous plaît ! » Ben quoi ? Ce n’est qu’un gâteau ! On n’a plus le droit de prononcer le mot nègre ? Ben si ! Mais au moins, sachez bien ce que vous dites. Les mots et les choses ont une histoire. Cannibale, va !

Raphaël ADJOBI

 

                             

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09 septembre 2012

La grande déprime des médias français

          La grande déprime des médias français

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  Lire l'article sur

          Les journalistes français n'en peuvent plus avec ce temps politique maussade ou trop "normal". Comment peut-on vendre par un temps pareil ? Plus précisément, que peut-on vendre par un temps pareil ? Qui achèterait de l'ordinaire en matière d'information ? Avec l'arrivée de François Hollande au pouvoir, force est de constater que les médias s'ennuient à mourir, au point qu'ils commencent à trépigner sérieusement. La grande déprime quoi !

           Avec le précédent locataire du palais de l'Elysée, au moins il y avait du mouvement, de l'action, des tempêtes ! Les journalistes avaient-ils à peine le temps de boucler un article qu'ils étaient appelés à d'autres affaires. Et les grands titres faisaient entrer l'argent dans les caisses. C'était la belle époque !

          Avec François Hollande, ils avaient vainement espéré tirer profit de l'action de la diplomatie française dans le conflit syrien pour garder le rythme pris avec Nicolas Sarkozy et ses déclarations tapageuses. Quotidiennement, ils nous avaient servi du "Bachar le dictateur" et du "martyr du peuple syrien" sans entraîner François Hollande dans un conflit ouvert avec ce pays. Une bonne guerre comme en Côte d'Ivoire et en Libye : voilà ce qu'ils espéraient. Quand les bombes éclatent et que ça saigne, c'est bon pour le moral des journalistes et leur portefeuille. Mais avec ce calme plat, le métier n'est plus ce qu'il était. Il devient franchement déprimant avec un président trop normal.  

          Sur le plan intérieur, malgré les règlements de compte à Marseille et les tueries çà et là, aucune déclaration fracassante - avec des lois inédites - ne vient dynamiser l'horizon politique et médiatique. C'est à croire que François Hollande fait exprès de pourrir la vie des journalistes. Il n'a absolument pas l'air de se rendre compte de la crise économique que sa présidence trop "normale" pourrait générer en France. Bientôt, les buralistes vont fermer boutique pour manque à gagner ; les imprimeries vont cesser de tourner. Tout un pan de l'économie française est donc sérieusement menacé. Pour éviter les grèves que cette menace fait peser sur le pays, les journalistes demandent au président de se réveiller. "Hollande secoue-toi, il y a le feu" clame l'un, "Et si Sarkozy avait raison ?" clame l'autre. Et un troisième de se demander "s'ils sont tous nuls" dans ce gouvernement. Et tout cela parce que le climat politique est calme et aussi parce que sur le plan social on ne voit aucune grève de grande ampleur poindre à l'horizon.

          Si les journalistes veulent nous faire croire que François Hollande et son gouvernement ne font pas l'affaire, le commun des Français se rend compte que ce jugement ne correspond pas à un climat social en ébullition. Ils espèrent de l'action pour ne pas voir leur métier courir à la catastrophe. C'est tout ! Avant, ils étaient dirigés, commandés ; il y avait quelqu'un pour leur dire ce qu'il fallait écrire et ce qu'il ne fallait pas dire. Nicolas Sarkozy reprenait fermement ceux qui ne lui obéissaient pas. Quelques rares insolents profitaient même de sa grande agitation pour se moquer de ses pitreries. Une chose était sûre : dans l'ensemble, tout le monde trouvait son compte.

          Mais maintenant, que faire d'un président normal ? Habitués à attendre les consignes de l'Elysée avant de se mettre en branle, les journalistes s'ennuient avec le nouveau président. Il ne savent plus quel sujet traiter pour égayer la population française. Ils ne savent plus s'il faut aller voir ce qu'est devenue la démocratie que Nicolas Sarkozy a installée à grands coups de canons suivis de fanfares et trompettes en Côte d'Ivoire et en Libye. Ils ne savent plus s'il faut parler ou non des disparitions quotidiennes des civils, des tortures des jeunes, des arrestations des opposants, des camps de refugiés brûlés en Côte d'Ivoire. On ne trouve plus trace de Simone Gbagbo, dit-on. Les médias français semblent de toute évidence attendre que François Hollande parle publiquement de ces questions-là pour le suivre. En effet, les paroles d'un président confèrent aux événements plus de gravité. Sans elles, l'enfer quotidien des Ivoiriens ou des Libyens n'est qu'un fait divers sans aucune importance. Qui cela peut-il intéresser en France. Que le président en parle et cela devient important pour le peuple français.

          Vivement une guerre donc ! Mais sous d'autres cieux, bien sûr. Et si Hollande décidait de renverser Ouattara ? De toutes les façons, ce dernier est plus souvent en France que dans le pays qu'il est supposé gouverner. Pire, en Côte d'Ivoire, c'est l'armée française qui joue tous les rôles jusqu'à celui de la police, tout simplement parce le peuple a peur de l'armée de Ouattara dite "Force Républicaine". Un coup d'état rendrait la situation plus claire et pourrait être l'occasion pour François Hollande de se faire remarquer sur le plan international et permettrait aux médias français de sortir enfin le grand jeu de l'informateur du peuple avec des débats et des interventions de grands spécialistes. Les plaisirs du métier quoi !

Raphaël ADJOBI

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04 septembre 2012

L'armée française assure l'intérim du président des Ivoiriens

                L'armée française assure l'intérim

                       du président des Ivoiriens       

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          La terreur que les rebelles du Nord - pompeusement rebaptisés Force Républicaine de Côte d’Ivoire (FRCI) - exercent dans des zones qui n’ont pas voté pour Ouattara aux dernières élections présidentielles a fini par obliger les populations à se terrer chez elles, à raser les murs, ou à ne jamais ouvrir la bouche une fois dans les rues. Et comme il a été poliment demandé à ceux qui ont peur de cette nouvelle armée de quitter la Côte d’Ivoire, les exilés au Libéria et au Ghana sont aujourd’hui légions. Depuis un an, chaque jour qui se lève est accompagné de son crime accompli par les FRCI et leurs complices dozos. La pratique est devenue si ordinaire que certains journaux locaux ont fini par perdre le compte de leurs forfaits. Voilà l'incroyable tableau qu'offre la Côte d'Ivoire !

          Même les populations nordistes qui vivent dans le sud se demandent pourquoi Monsieur le préfet continue de soigner son image auprès des Blancs en Europe plutôt que de s'occuper du pays. Un camp de refugiés attaqués par son armée ? Pas d’inquiétude ! Ce n’est que de la routine. Un camp militaire dévalisé par des inconnus. Pas d’inquiétude ! Il n’y a que les chefs d’Etat peu sûrs de leur pouvoir et devant soigner leur avenir politique – comme le président sud-africain - qui courent consoler leur peuple en pareille circonstance. Intouchable, notre homme reste toujours absent, indifférent aux maux des Ivoiriens.

          Mais voilà : non seulement les attaques armées se multiplient, mais en plus les civiles pro-Ouattara s'en prennent aux biens des populations et des partis de l'opposition en toute impunité. Dans l'ouest de la Côte d'Ivoire, dans une ambiance de carnaval, les Frci et les dozos organisent l'immigration et l'installation des Burkinabés sur les terres abandonnées par les autochtones en fuite. Leur vacarme, la vue de leurs tenues et de leurs armes font trembler les populations de frayeur. 

          Paradoxalement, devant ce chaos généralisé, c'est la présence de l'armée française qui donne au commun des ivoiriens un semblant de protection. Du moins cette armée étrangère ne l'effraie pas ; même s'il ne sait pas vraiment pourquoi elle est là. Il lui semble tout simplement que c'est elle qui tient la situation en main pour ne pas donner le sentiment qu'il n'y a personne au volant de la voiture Côte d'ivoire.

          En effet, si les FRCI attaquent les partisans de Gbagbo et les jettent en prison, qui peut protéger ces derniers quand des civils les poursuivent jusque dans leur siège officiel à Abidjan ? De toute évidence, aucune autorité locale - ni le président toujours en voyage, ni son armée, ni sa justice - n'est en mesure d'assurer la sécurité des biens et des personnes en Côte d'Ivoire. Finis les temps bénis où les gens pouvaient descendre dans les rues pour crier leur peine et réclamer quelque chose à leurs gouvernants. On affronte une démocratie les mains nues ; pas une dictature ! Alors tout le monde vit la peur au ventre. C'est pourquoi l'armée française est intervenue à Dabou et aux abords de la maison du FPI, assurant ainsi l'intérim du président de la république absent. A vrai dire, tout porte à croire que celui-ci s'absente pour cacher son incapacité à maîtriser la situation qui prévaut dans le pays. 

          Bonne gouvernance donc à l'armée française ! Mais pour combien de temps ? Cette "démocratie" sarkozienne qu'on l'a obligée à installer va-t-elle lui rester indéfiniment sur les bras ? Si la population se cache dans les hautes herbes à la vue des FRCI, alors qu'elle ose se montrer quand elle voit l'armée française, c'est que la Côte d'Ivoire est perdue ! Elle est perdue parce que les ivoiriens vivent dans la peur de tous les signes qui représentent l'autorité de Ouattara. Elle est perdue parce que l'armée française est obligée de protéger les populations contre l'armée de Ouattara. Elle est perdue parce que les Ivoiriens ont peur de Ouattara !

Raphaël ADJOBI

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01 septembre 2012

Sexe, harems, haras et esclavage des nègres Outre-Atlantique

        Sexe, harems, haras et esclavage des nègres

                                        Outre-Atlantique

                                          (par Raphaël ADJOBI)

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            D'une façon générale, dans la conscience populaire européenne, le harem évoque l'Orient et la liberté sexuelle des sultans, des rois et des princes. En d'autres termes, le pouvoir sans conteste du sexe fort sur le sexe faible ! Aussi, le mot et les images qu'il évoquait ont généré en Europe toute une littérature et des oeuvres artistiques des plus fantaisistes. Une véritable débauche de fantasmes sexuels masculins dont il serait difficile aujourd'hui de faire aisément la somme. Grâce à la littérature, on peut découvrir en ce XXIe siècle que la traite atlantique a offert aux Européens l'occasion de satisfaire les fantasmes qu'ils cachaient sous le vernis de l'art. 

            Il importe, avant toute chose, de connaître les gestes qu'accomplissaient les acheteurs d'esclaves au moment de prendre possession de leur marchandise. Précisément quand il s'agissait d'esclaves mâles.  N’est-il pas vrai que chacun de nous pense tout de suite à la vérification de la dentition et l'apparence physique du captif ? C’est, en effet, ce que nous montrent tous les livres d’histoire. Eh bien, les connaisseurs ne se limitaient pas à cela. Selon eux, le goût de la sueur du nègre permettait d'apprécier sa santé. Aussi avaient-ils coutume de s'en imprégner le doigt puis le porter à leur langue. Deuxième geste qu’ils ne négligeaient sous aucun prétexte : tâter les parties intimes du nègre. Cela leur permettait de vérifier s’il n'avait pas été l’objet de quelque mutilation. De nombreux individus ayant subi l'ablation de leur sexe par les arabes parce qu'ils voulaient en faire des eunuques ont, par la suite, fui ou été abandonnés. Il fallait donc s'assurer que la marchandise était entière. Imaginez l’humiliation que cela constitue pour tout homme ; surtout quand le geste est accompli par une femme ! 

            Compléter sa fortune en faisant de son esclave un étalon reproducteur que l’on peut louer à telle ou telle plantation était une pratique connue de tous les colons (Voir dans Belovedde Toni Morrison P. 135-136 ; p. 198 et 315 . éd. 10/18 ). Violer les esclaves noires, les séquestrer dans des cachettes pour abuser d'elles en temps voulu, les entretenir comme concubines dans des habitations loin du regard de leurs épouses, étaient des pratiques ordinaires des colons que l'on retrouve çà et là dans les littératures caraïbéenne et américaine. Presque toujours, les enfants nés de ces unions étaient vendus vers l'âge de 9-10 ans ; une façon aussi pour le maître de les éloigner afin de ne pas ternir sa réputation.

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            Comme l’appétit vient en mangeant, « certains colons du Brésil - remarque le cubain Lino Nova Calvo, en 1933 dans Pedro Blanco, el Negrero, - avaient (…) découvert que des enfants obtenus de ces unions avec de bons spécimens de négresses s'avéraient extrêmement beaux, au point que de riches brésiliens se les disputaient » (Le Négrier roman d'une vie ; traduction française publiée en 2011). Dès lors, ils décidèrent d'avoir le plus d'enfants possible avec des Noires et de les vendre. Très vite la nouvelle pratique se répandit dans toute l’Amérique latine et dans les îles Caraïbes. Plutôt que d'acheter des esclaves mâles pour leur force de travail, des colons se mirent à acquérir des filles noires pour les ensemencer eux-mêmes ! Ainsi naquirent les premiers haras humains. 

            Voici ce qu'écrit Lino Nova Calvo, à propos d'un des colons qui tenait ce type d'établissement : « Il se lança dans des opérations de croisements et obtint des espèces rarissimes, dont il tirait des femmes qu'on lui payait à prix d'or. » Mais comme le génie de l'homme ne connaît pas de limite quand il est aiguillonné par la cupidité, les propriétaires de ces haras vont perfectionner la marchandise. Un bel esclave métissé qui maîtrise un métier vaut forcément encore plus cher.  L'écrivain cubain dit donc du même colon : « Son établissement comprenait des écoles où il préparait la progéniture à différentes fonctions. Il élevait des cochers, des demoiselles de compagnies, des houris, des éphèbes, des danseuses, tout ce qu'on lui demandait ». Remarquez que l'auteur ne dit pas "sa progéniture" mais "la progéniture" afin de montrer l'absence de tout sentiment paternel dans cette entreprise industrielle. Voilà la réalité que vivaient certaines contrées de l'Amérique comme le Brésil où l'on compte un très grand nombre de personnes métissées. 

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            Poursuivons avec Lino Novas Calvo : « Beaucoup d'Anglais vivaient de ça [...]. Dans leurs îles, ils avaient des pépinières où ils élevaient ces belles créatures pour les harems hollandais. Ils avaient des haras d'hommes aux yeux bleus et aux corps de palmier, dont ils sélectionnaient la semence pour les croiser avec des mulâtresses, choisies elles aussi, et qui donnaient des sirènes. » Vous savez désormais d'où vient la ferme croyance selon laquelle une seule goutte de sang noir suffit à faire de n'importe quel Blanc un nègre. Dans L’autobiographie d’une esclave de Hannah Crafts, nous avons l’exemple édifiant de la veuve blanche d’un colon menacée par son notaire de révéler sa goutte de sang nègre s’il n’obtenait pas ses faveurs.  

            Tous les enfants - filles ou garçons - nés de ces unions industrielles entre les Blancs et les négresses devenaient donc très utiles dans tous les domaines et étaient très recherchés. Les filles métissées servaient souvent de concubines ou d'amantes et rendaient follement jalouses les épouses des colons. C'est encore dans Autobiographie d'une esclave d'Annah Crafts (Petite bibliothèque payot, 2007) que le lecteur trouvera le plus bel exemple. Mais les femmes de leur côté savaient aussi tirer profit de ce commerce. C'est, dit Lino Novas Calvo, dans ces haras que les grandes dames du Brésil, de Guyane et d'ailleurs venaient chercher leurs amants. Voilà ce qu'il dit en particulier des veuves : « Il y avait alors beaucoup de Hollandaises en Guyane. Certaines devenaient veuves jusqu'à six et même sept fois. Des femmes louves. Elles étaient plus résistantes que les hommes et vivaient vieilles. Il y en avait qui héritaient de nombreux maris et qui se retrouvaient avec un important personnel de nègres triés sur le volet. Des harems d'hommes déguisés ». En clair, des femmes blanches s'offraient plusieurs amants nègres. De toutes les façons, « la loi punissait sévèrement l'infidélité d'une femme avec un Blanc, mais elle fermait les yeux quand la femme du maître forniquait avec ses esclaves », conclut-il. 

            Le sexe, vous n’y pensiez certainement pas quand il vous arrivait de parler de l’esclavage. Alors cher lecteur, retenez pour votre gouverne et une fois pour toute ces paroles de l’esclave métisse Hannah Crafts, l’auteur de L’autobiographie d’une esclave : « Ceux qui s’imaginent que les plus grands maux de l’esclavage résident dans la souffrance physique n’ont pas une idée juste ou rationnelle de la nature humaine ». C’est dans la réglementation de la sexualité des esclaves par les Blancs, dans les humiliations publiques ou privées qui y ont été attachées qu’il faut aller chercher le vrai crime de l’esclavage. Ce sont ces humiliations sans retenue qui ont contribué à la négation du nègre au point d’en faire un animal ou un meuble.  Et pour comble de tout, cet animal ou ce meuble se transmettait de génération à génération ! Ce qui fait dire à Hannah Crafts que « le plus grand fléau de l’esclavage, c’est son caractère héréditaire. » Ainsi, le crime de l'esclavage était parfait !

Raphaël ADJOBI       (Pour contacter l'auteur du blog, cliquer sur sa photo)

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25 août 2012

Ouattara "a perdu le volant" de la Côte d'Ivoire, ou Quand le peuple découvre les porteurs du trône du préfet

Dramane Ouattara "a perdu le volant" de la Côte d'Ivoire

    ou Quand le peuple découvre les porteurs du trône du préfet

Dramane A           Lire l'article ici

                    ou sur 

Le blog politique de Raphaël

 

 

 

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20 août 2012

Catfish, une histoire de combats, de liberté et de courage (de Maurice Pommier)

                                                 Catfish

        Une histoire de combats, de liberté et de courage

                                     (de Maurice Pommier)

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                       Voici un livre qui ravira les collégiens ! Un livre qui séduit d'abord par sa présentation : cartonné, large (format bande dessinée) et plein de belles illustrations - souvent pleine page - accompagnant le texte écrit en caractères suffisamment gras pour ne pas obliger le lecteur à écarquiller les yeux. Le récit est l'histoire d'un petit garçon qu'un vieil esclave d'Amérique du Nord a, un jour, trouvé dans la porcherie dont il a la charge.

            Le vieux George, qui comptait finir sa vie d'esclave sans plus d'histoire, est donc obligé de s'occuper de l'éducation d'un petit inconnu qui ne parle même pas. Selon la volonté de son maître blanc, l'enfant sera baptisé ; il s'appellera Scipio et apprendra toutes les corvées de la plantation pour être un bon esclave. Très vite, l'enfant et le vieil homme deviennent inséparables. Et quand Scipio retrouve l'usage de la parole, c'est avec fascination que le vieux George écoute les mésaventures qui l'ont conduit des Antilles à la porcherie de son maître. A son tour, sous l'insistance de l'enfant, le vieil homme lui raconte les conditions de sa capture en Afrique puis le voyage jusqu'aux côtes du Nouveau Monde. Deux récits qui plongent le lecteur non seulement dans les conditions de la traite mais aussi celles du travail épuisant et parfois dangereux des esclaves noirs.

            Cependant à cette époque, on ne passait pas son temps à se raconter des histoires. Le travail n'attendait jamais ! Comme Scipio est très habile de ses mains, il sera placé chez le tonnelier Jonas, un ancien esclave blanc, que la misère a entraîné en Amérique avec ses parents alors qu'il était enfant. Scipio - appelé Catfish par un vieil apprenti noir (vous saurez pourquoi en lisant le livre) - va donc grandir en apprenant à fabriquer des tonneaux et des barriques pour l'exportation du tabac vers l'Europe. Un vrai métier, un métier de blanc, selon le vieux George. 

            Malheureusement, un jour, Jonas, l'ancien esclave blanc, est obligé de quitter précipitamment son employeur. Il emmène Catfish avec lui. Ensemble, ils vont çà et là proposer aux planteurs leurs services. Mais c'est alors qu'éclate la guerre entre les colons et le roi de leur pays d'origine, l'Angleterre.

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            Ce livre allie excellemment l'histoire et l'aventure. Au-delà de la traite négrière et de l'esclavage avec les atrocités et les souffrances qui en découlent, c'est l'histoire de la naissance des Etats-Unis d'Amérique que les jeunes lecteurs découvriront ici. Ils apprendront comment des européens devenaient esclaves en Amérique, comment les esclaves blancs et noirs obtenaient leur liberté, comment était la vie dans les campagnes au moment de la guerre d'indépendance des Etats-Unis. Un livre très instructif mais écrit comme un roman d'aventure et non pas comme un livre d'histoire. C'est exactement ce qui le rend passionnant et fera sûrement son succès auprès des enfants dès la première année de collège. 

Raphaël ADJOBI

Titre : Catfish, une histoire de combats,                                                                                                  

            de liberté et de courage, 84 pages

Auteur : Maurice Pommier

Editeur : Gallimard Jeunesse, 2011 (20 euros)

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18 août 2012

Un été en Espagne ou les beautés du nord de la Catalogne

                                          Un été en Espagne

                        ou les beautés du nord de la Catalogne

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Les vacances ne sont pas toujours faites pour se reposer. Je dirais même rarement. Mais la fatigue qu'elles engendrent doit être prise pour de la "bonne fatigue" ; c'est-à-dire une fatigue forcément associée aux plaisirs. Je voudrais ici partager avec vous les plaisirs de mes récentes vacances et les observations que j'ai faites durant les différentes visites. Mon reportage s'organise en deux parties, parce que mes escales ont autant retenu mon attention que ma destination finale. 

          A - Sur la route de l'Espagne, les petits coins de France

            Puy-en-Vellay : Partis de Dijon le 13 juillet au matin, nous avions prévu une escale de deux nuits à Marvejols. Comme notre arrivée était arrêtée pour 19 h et que nous avions du temps à perdre, nous nous sommes arrêtés à Puy-en-Vellay. Une belle cité aux constructions en pierres d'un gris-clair magnifique ! L'église, construite au sommet d'une montagne aux pentes extrêmement raides mérite le détour. Quant au centre-ville, il retient l'attention par les couleurs différentes qui délimitent chacune des maisons des immeubles anciens. Une ville belle et très agréable mais où les automobilistes ne sont guère sympathiques. 

            Marvejols, Les Gorges du Tarn et Sainte-Enimie : Après la première nuit à Marvejols, le lendemain après-midi, nos amis nous ont emmenés visiter Les Gorges du Tarn. Combien de fois j'ai entendu vanter la beauté de ces lieux ? Eh bien, cette renommée n'est absolument pas usurpée ! Des vallées profondes et vertigineuses devant lesquelles l'être humain se sent petit, presqu'insignifiant ! Il faut presque regarder son voisin pour avoir conscience d'exister. On ne peut s'empêcher de penser à ceux qui vivaient ça et là, dans ces vallées, loin de tout, sans les moyens modernes de communication. Il fallait assurément plusieurs jours de marche pour aller d'un village à l'autre. L'autarcie était, de toute évidence, le mode de vie qui s'imposait à tous. Oui, assurément, l'homme est capable de s'adapter à toutes les formes de la nature ! 

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            Nous descendons ensuite dans la vallée pour découvrir Sainte-Enimie. De tous côtés, la montagne semblait un rempart à un jet de pierre et le ciel un simple morceau de drap bleu tendu au-dessus de nous. Le cadre est tout simplement impressionnant ! Sainte-Enimie est aussi le nom de la belle église -  très dépouillée - du village, le nom d'une princesse mérovingienne, soeur du Roi Dagobert (vous savez, celui qui a mis sa culotte à l'envers !) miraculeusement guérie de la lèpre en ce lieu à la fontaine de Burle. Reconnaissante à Dieu, elle avait fondé là un monastère. Les touristes se bousculent dans la partie basse du village où coule une rivière qui fait la joie des kayakistes.

            Collioure fait son cinéma : Le 15 juillet à 11 h, nous reprenons notre route à destination de l'Espagne. Nous nous arrêtons environ une heure à Collioure. Je ne sais plus quelle chanson a popularisé le nom de ce village tant aimé des artistes peintres. Mais quelle déception ! La minuscule plage surpeuplée donne l'impression d'être aux abords d'une foire. Quant au village, il semble que tout à été fait pour séduire l'oeil et non point le coeur. Une propreté de décor de cinéma qui vous fait croire que vous êtes sur le tournage d'un film. Ici, tout est dans l'artifice. Collioure ne mérite pas qu'on s'y attarde !

                         B - Les beautés du Nord de la Catalogne 

            La Catalogne et sa Costa Brava : Le 15 juillet à 17 h, nous arrivons enfin à destination à El Port de la Selva, voisine de Llança, située à une vingtaine de kilomètres de Figueras. C'est là que durant notre séjour fait de baignades et de visites des environs, matin, midi et soir, nous avons pris nos repas sur une grande terrasse avec vue sur la mer ! Rien que d'écrire cela me permet de revivre le bonheur d'y avoir été. 

Llança : Entre El Port de la Selva et Llança, la dernière est la plus grande. C'est là où se trouvent les grands commerces alors que la première n'abrite que des épiceries. Llançaa su se moderniser de la plus belle des manières : la principale rue qui va du port à la vieille ville est désormais plus large grâce à une piste cyclable et une piste piétonnière. Bravo ! Le port est plus joli avec ses belles terrasses. La plage a été repoussée et les baigneurs ne déboulent plus dans les pieds des promeneurs.  

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El Port de la Selva : Désormais, on peut aller de Llança à El port de la Selva (Photo ci-dessus / environ 8 km) à pied ou à vélo sans côtoyer les automobilistes. Bravo ! Une piste longe toute la côte et constitue une limite entre les nombreuses criques et les habitations. Avant de venir se désaltérer sur l'une des cinq ou six terrasses du bord de mer, il faut pénétrer dans les ruelles de la ville construite en escalier sur le flanc de la montagne. Des maisons blanches aux fenêtres bleues ou vertes ; des rues propres et silencieuses parce que souvent vides. Forcément, les après-midis, ou les gens font la sieste ou il sont à la plage. Ici, on a évité les grands ensembles d'habitations. Pas d'immeuble de plusieurs étages ! L'esprit "village" est préservé. Bravo !

Sant Pere de Rodes : On ne peut pas séjourner dans la région sans visiter ce monastère bénédictin construit sur l'un des sommets de El Port de la

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Selva. Attention, "ça grimpe sec" ! En moins de dix minutes, vous allez vous trouver à 600 m d'altitude ! En zigzaguant, bien sûr ! Lors de ma première visite, - il y a une dizaine d'années - c'était une ruine que l'on tentait de restaurer. Aujourd'hui, c'est un joyau qui séduit tous les visiteurs. Une restauration très réussie qui n'a pas cherché à laisser croire que le neuf est de l'ancien ! Elle a surtout privilégié l'harmonie.         

Figueras : L'entrée de la ville est désormais très belle. Une très belle avenue traverse deux allées d'arbres. De chaque côté de cette avenue, deux pistes piétonnières. Bravo ! Sur la gauche, un long parking - non encore bitumé - invite l'automobiliste à préférer ne pas entrer en ville avec sa voiture. Le centre-ville et le marché sont à environ dix minutes de marche. Une bonne partie du centre-ville est désormais faite de rues piétonnières magnifiques avec de jolis vitrines de magasin et des restaurants en plein air. On peut désormais se promener dans le centre de Figueras en levant la tête. Bravo ! L'entrée du musée Dali est excessivement chère ; près de 15 euros ! Longue file d'attente (photo) et foule à l'intérieur à prévoir.            

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Cadaqués : Dès l'entrée de la ville, laissez votre voiture dans l'un des parking payants. Marchez et découvrez les beautés de cette ville : elles résident dans les maisons blanches et dans les rues pavées de pierres non travaillées. Tout ici respire le calme d'un village. Par contre, le port est quelconque même s'il est très spacieux et permet de se promener sans être bousculé. 

conclusion : Je retiens de mon voyage deux choses : 1) On ne peut mieux découvrir une cité qu'en

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se promenant ; mais surtout en s'écartant des lieux qui semblent des appâts pour touristes. Il faut oser prendre les ruelles et ne pas oublier de lever la tête. Il faut oser prendre les rues vides pour profiter de la beauté des détails des maisons. 2) Je retiens aussi (à vrai dire, je confirme) que l'on ne doit pas entreprendre la construction d'une cité sans un projet d'aménagement du territoire bien pensé. Pendant longtemps - et aujourd'hui encore dans certaines villes de France - les villes ont été construites pour la voiture. Désormais, les projets semblent intégrer L'Homme et les divers moyens qu'il utilise pour se déplacer. L'Espagne l'a compris et c'est ce qui retient l'attention du visiteur attentif.         

Raphaël ADJOBI

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13 août 2012

La Caravane de la Liberté s'est arrêtée à Paris au cri de "Libérez Gbagbo !"

                           La Caravane de la Liberté

                           s'est arrêtée à Paris le 11 août 2012

                                    au cri de "Libérez Gbagbo !"

Agir et "faire savoir au monde qu'on ne peut plus tuer les leaders noirs dans le secret" (Maya Angelou / Militante noire-américaine

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   La caravane de la liberté

 

 

 

 

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09 août 2012

J'accuse Ouattara (Théophile Kouamouo)

                                                         J'accuse Ouattara

                                                       (Théophile Kouamouo) 

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            Dans la courte liste des livres qui tentent de nous faire comprendre à la fois les pans obscurs du conflit ivoirien et la responsabilité d'Alassane Ouattara, ce dernier essai de Théophile Kouamouo est assurément le plus audacieux et celui qui s'adresse au grand public et non point à des spécialistes de la chose politique. Sur un ton franc et admirablement clair, l'auteur suit non seulement la ligne chronologique des événements et des discours qui les ont préparés puis nourris mais aussi la savante construction des propos qui, çà et là, ont tenté de "blanchir" Ouattara et souiller Laurent Gbagbo, dernier adversaire devenu son ennemi. 

            L'indignation de Théophile Kouamouo devant la justice des vainqueurs est d'autant plus grande qu'ayant fait du traitement de l'information sur la Côte d'Ivoire sa spécialité, il a été très attentif aux propos partiaux de certains de ses confrères français et aux malignités avec lesquelles certaines organisations non gouvernementales, - comme Human Rights Watch - fabriquent de toutes pièces des faux pour discréditer ou disculper selon leur bon vouloir. Conscient du caractère ouvertement accusateur de son ouvrage, en bon tacticien, l'auteur remonte dans le passé jusqu'aux premiers signes annonciateurs du cataclysme ivoirien. Et là, que découvre-t-on ? Non pas "l'ivoirité" - la prétendue cause de tous les maux des Ivoiriens - mais bien la "charte du Nord" qui lui est antérieure et qui avait clairement dans ses lignes choisi Alassane Ouattara comme son étendard alors qu'aucune élection présidentielle n'était annoncée. Jamais la "Charte du Nord", ce "brûlot ethnocentriste datant de 1991", n'a été replacée avec autant de justesse dans l'histoire du conflit ivoirien pour en montrer les racines locales. Cette démarche fait apparaître de façon éclatante que, dès le départ, Alassane Ouattara avait choisi la voie tribale pour conquérir le pouvoir. 

            De toute évidence, c'est dans le chapitre intitulé "MPCI = RDR" que l'auteur fait éclater son talent d'enquêteur didacticien. Prenant sans cesse le lecteur à témoin, il le tient par la main, l'interroge, lui explique les liens existants entre tel discours et telle action qui le suit, puis le conduit logiquement à l'implacable conclusion. Il démontre ainsi l'implication de nombreuses personnalités issus du Nord dans toutes les actions conduites par les forces rebelles contre la Côte d'Ivoire. Le lecteur ne peut alors que se poser la question de savoir si le mutisme des personnalités nordistes qui n'ont pas suivi Ben Soumahoro et Balla Keïta dans leur refus de ce contrat tribal n'était pas un mutisme complice. N'oublions pas qu'ils ne se sont désolidarisés de manière collective et officielle de la rébellion qu'après les élections et le verdict du Conseil Constitutionnel. Jamais auparavant ils n'avaient démenti de la même manière les rebelles qui disaient s'exprimer au nom de tous les Nordistes ! Jamais ils n'avaient jugé offensant et dangereux l'attitude des leaders de leur bord qui, souvent, dans leur fief, abandonnant tout à coup le discours officiel en langue française, s'exprimaient en langue locale pour annoncer le projet de reconquête du pouvoir ! 

            Après la démonstration que la guerre ivoirienne était programmée intérieurement et extérieurement, Théophile Kouamouo s'attache, dans les derniers chapitres de cet ouvrage, à nous faire comprendre pourquoi malgré tous les crimes commis - (les gendarmes de Bouaké - les massacres de Petit-Douékoué et de Guitrozon - le massacre d'Anonkoua kouté - les massacres dans l'Ouest et à Douékoué - Les violences à l'hôtel du Golf) - et reconnus par Amnesty International et l'Agence Reuters, Alassane Ouattara ne sera jamais jugé par la justice internationale. Il ne le sera pas parce que "dans sa structure, [cette institution] est fondamentalement plus un instrument politique aux mains de ses bailleurs de fonds qu'une véritable institution judiciaire telle que conçue par les grandes démocraties" ; et aussi parce que "par une transitivité presque parfaite, (...) Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et un certain nombre de dignitaires onusiens, sont aussi coupables"de ces crimes contre l'humanité. Le livre montre d'ailleurs comment, sur place, le représentant de l'ONU a travaillé pour garantir à Ouattara une parfaite impunité. 

            Théophile Kouamouo nous montre donc qu'en prêtant attention aux propos des uns et des autres, les événements qui ont marqué le conflit ivoirien font indiscutablement d'Alassane Ouattara le grand bénéficiaire de tous les crimes des mouvements rebelles. La démarche analytique dont il fait preuve ici rend ce conflit compréhensible par tous : Africains, Européens, Ivoiriens. La richesse de la documentation et cette manière d'interpeller constamment le lecteur font de l'auteur un excellent juge d'instruction, conscient que son rôle est de s'attacher à tous les actes utiles à la manifestation de la vérité. Une vérité qui condamne Alassane Ouattara et qui est désormais à la portée de tous !

Raphaël ADJOBI               

Titre : J'accuse Ouattara, 114 pages

Auteur : Théophile Kouamouo

Editeur : Le Gri-Gri, mai 2012 (10 euros)

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