Lectures, analyses et réflexions de Raphaël

Vous trouverez ici des comptes rendus de lectures livresques concernant essentiellement l'histoire des Noirs d'Afrique et celle des Afrodescendants des Amériques et d'Europe. Les actualités de la diaspora africaine ne sont pas oubliées.

04 février 2008

Ivoiriennes Ajourd'hui

Ivoirienne_aujourd_hui                                                     Ivoiriennes aujourd’hui

 

 

            Quelle est l’intention première des auteurs de ce livre ? Sans doute valoriser la femme Ivoirienne tout en soulignant la diversité ethnique du pays. Et au nombre des auteurs, je compte la photographe qui a tenu à présenter ses sujets dans leurs activités quotidiennes et dans leur beauté physique.

            En effet ce livre qui est aussi un album photos abondamment illustré est un voyage dans la géographie humaine de la Côte d’Ivoire. Les quatre grands groupes (Akan, Mandé, Gour, Krou) et leurs composantes ethniques sont clairement situés sur quatre cartes du pays. Les curieux découvriront ainsi la richesse ethnique de ce petit morceau d’Afrique. Les Ivoiriens quant à eux pourront tester leur connaissance en essayant de repérer la situation géographique de chacune des 59 ethnies qui peuplent leur pays ou tout simplement essayer de les énumérer. Pour ma part j’avoue avoir découvert pour la première fois 26 noms d’ethnies que j’ignorais totalement.

            Mais à travers la diversité ethnique du pays, c’est la femme qui est célébrée. Aux images montrant des femmesIvoirienne_2 dans leurs tâches quotidiennes sont associées des photos des moments de liesse populaire ou des images de femmes parfois trop apprêtées ou endimanchées. La photographe semble avoir résolument pris le parti de présenter la femme ivoirienne dans tout ce qui la valorise. Nous sommes ici très loin des images coloniales qui veulent offrir des sauvages en pâture à la curiosité occidentale.

            Ivoiriennes aujourd’hui est un beau livre d’images et de géographie ethnique de la Côte d’Ivoire qui peut faire l’objet d’un agréable cadeau. Chacun y découvrira un peuple varié et la beauté des femmes de ce bout d’Afrique. Les Ivoiriens s’y regarderont comme dans un miroir pour apprécier leurs traits distinctifs et l’harmonie diversité de leur pays à travers les regards de leurs sœurs, de leurs épouses et de leurs mères.

                                                                                                                       Ivoirienne_3

Raphaël ADJOBI                                                            

 

 

Titre : Ivoiriennes aujourd’hui

Photographies : Viviane Froger-Fortaillier            

Textes : Moussa Touré, Anna Manouan

              et Solange Diabagaté Atsé                         

Edition : Editions SEPIA 2007

 

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26 décembre 2007

La mémoire et l'histoire

                               La mémoire et l’histoire

 

 Deux histoires de mémoire qui osent enfin se révéler l’une comme une valise secrète que l’on finit par ouvrir un jour, et l’autre comme un oignon qu’on épluche. Telles sont les deux expériences qui viennent d’étoffer les interrogations sur la nécessité ou non de combler les pointillés (1), ou les trous béants de l’histoire de France.

 Günter Grass, sans doute l’auteur Allemand le plus sollicité et le plus écouté dans son pays, vient, à 79 ans, dans son autobiographie Pelures d’Oignon (En épluchant les oignons) de révéler son passé nazi. Il avoue qu’à 17 ans, séduit par Hitler, il s’est engagé volontairement dans les Waffen SS. En Allemagne, il semble que c’est une volée de bois vert qui a accueilli ses aveux tardifs de l’écrivain nobelisé. C’est donc un véritable malaise qui s’est installé dans ce pays depuis que l’auteur a fait cette révélation un mois avant la parution de son livre en septembre 2007 dans son pays.  

 Le dimanche 2 décembre, dans l’émission 7 à 8 de la première chaîne de télévision française, on nous présenta un Australien d’origine juive qui aurait servi de mascotte à l’armée allemande durant la deuxième grande guerre. Sauvé de la mort par un soldat Allemand qui le présenta à ses camarades d’armes comme un orphelin russe, le miraculé a attendu d’être un vieil homme pour avouer à son fils comment il a servi de fer de lance de la propagande à l’adresse de la jeunesse hitlérienne. Et effectivement on a retrouvé et diffusé ces images du jeune homme blond adulé par tous que l’on présentait comme le type allemand par excellence. 

 Pour ma part, je ne me joins pas aux cris de ceux qui réclament à Günter Grass de rendre son prix Nobel ; et je ne crierai pas non plus « salaud » au vieil Australien. On ne peut en vouloir ni à Günter Grass, ni au vieil Australien d’avoir pris la décision de révéler une page sombre de leur histoire personnelle. Bien au contraire, je ne peux qu’applaudir ce courage qui permet aussi aux victimes de dire au monde entier que leurs souffrances n’étaient pas imaginaires.

 J’ose espérer que les aveux que des individus sont capables de faire pourront servir de leçon à une grande nation comme

la France

qui se refuse pour l’heure à faire preuve d’humilité. On ne peut pas demander aux peuples qui ont subi les travaux forcés, le pillage de leurs arts et richesses de toutes sortes, qui ont souffert les humiliations quotidiennes de se contenter de la «  reconnaissance du caractère injuste de la colonisation » (Nicolas Sarkozy, le 3 décembre 2007 en Algérie) tout en affirmant et en donnant comme consigne d’enseignement, la recherche et la valorisation des « caractères positifs de la colonisation. »

 Le courage de dire et d’assumer son passé ne doit pas appartenir seulement aux individus. Il doit être aussi la marque des nations. Et c’est sans doute à cela que l’on reconnaît les Grandes !  Et si

la France

ne veut pas reconnaître et assumer son passé, qu’elle cesse au moins de polir son image coloniale. Elle a beau se laver les mains à la manière de Ponce Pilate, le sang des colonisés la hantera jusqu’à ce qu’elle en soit exorcisée par des aveux, via les archives, qui viendront combler les lacunes de notre histoire commune.  

 

(1) : J’emprunte cette expression à un auditeur d’une radio française qui a voulu signifier par ces termes l’absence de recherches sur certains événements ayant marqué

la France

; ce qui fait apparaître l’histoire de France comme faite de trous ou de vides consciemment entretenus.      

 

Raphaël ADJOBI

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24 septembre 2007

Des chiens et des chats

                                    Des chiens et des chats

                               (Brève réflexion sur l’éducation)

            Certains affirment préférer les chats aux chiens parce que les premiers sont plus indépendants. Ils reprochent aux seconds de se comporter en esclaves par leur trop grande obéissance à leurs maîtres. Quant à moi, je préfère les chiens aux chats car pour vivre en bonne entente dans une communauté – avec les hommes ou avec les animaux – il faut que chacun se plie aux règles de la maison : manger quand il faut manger, sortir quand il le faut et non point quand il ne le faut pas, aider aux tâches quand on a besoin de vous.

            Quoi qu’il en soit, le maître qui a un animal indépendant et peu respectueux des règles de la maison ne l’est pas lui-même. Que nous le voulions ou non, c’est nous qui avons la charge des animaux. Si leur indépendance doit nous occuper au point de nous empêcher de faire ce que nous voulons au moment où nous le désirons, il vaudrait mieux nous en séparer.

            Il en est de même de certains parents qui se pâment d’aise devant leurs enfants trop enjoués, prompts à répondre à tous et à opiner de tout, et qui voient dans leur désobéissance et insolence la marque d’une grande liberté. Intarissables sur leurs faits et gestes, ils se réjouissent presque de ne pouvoir canaliser cette énergie juvénile que ces chers et tendres trésors leur imposent comme la marque d’une grande intelligence. Ces parents-là ne se rendent pas compte qu’ils sont devenus, peu à peu, les esclaves de leur propre progéniture, oubliant que ceux qui sont à notre charge doivent absolument être gouvernés.         

Raphaël ADJOBI

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06 juillet 2007

Le choc amoureux

Le_choc_amoureux                   Le choc amoureux

 

 

            Ce livre ne se raconte pas. Il est même difficile d’en faire un commentaire car il est question de sentiment, et précisément du sentiment amoureux. Le lire, c’est comme se regarder dans un miroir que l’on tient devant sa face pour vérifier ses propres traits.

            Evidemment, on ne peut le conseiller à tout le monde. Une amie travaillant dans l’univers des livres l’a côtoyé pendant de nombreuses années mais ne s’est décidée à le lire qu’au moment où elle est tombée amoureuse. Avant, m’a-t-elle dit, je ne me sentais pas concernée. C’est exactement cela : il faut se sentir concerné par l’amour pour le lire ; il faut avoir été amoureux et, encore mieux, être amoureux pour savourer chaque ligne de ce livre.

            L’amoureux a un comportement déroutant pour qui ne l’est pas et un langage singulier. Tout à coup, on devient poète, on désire se confondre avec l’autre chez qui tout semble beauté, charme et perfection. Non, j’arrête là cette pâle description de l’amour. Si quelqu’un vous dit qu’il est amoureux, offrez-lui ce livre. Il pourra vérifier en le lisant s’il l’est vraiment. Il semble en effet que nous affirmons parfois trop hâtivement que nous sommes amoureux. Les derniers chapitres du livre vous situeront sur votre sort.

 

Raphaël ADJOBI

 

Titre : Le choc amoureux

Auteur : Francesco Alberoni

édit : Presse Pocket

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29 juin 2007

Les victoires de Sarkozy

Les_femmes_de_Sarko          Les victoires de Sarkozy

            Les feux d’artifice et les bravos ont enfin laissé la place à la vie ordinaire. Nous voilà enfin sortis d’une longue période d’agitation qui nous a coûté beaucoup d’encre et de salive. Les présidentielles, les législatives, la formation du gouvernement puis son remaniement, tout est bel et bien fini. Cette fois, nous n’aurons même pas à garder le souvenir des pleurs des vaincus comme si pour ces derniers la défaite était prévue. Et dans le silence retrouvé, les socialistes se disent dans le secret de leur cœur que leur défaite a évité à la France le spectacle des querelles du couple présidentiel à l’Elysée. Ouf ! l’honneur est sauf. Et Ségolène Royale doit être soulagée d’avoir échoué si près du but pour ne pas avoir la lourde tâche d’appliquer un programme auquel elle n’a jamais cru. Elle peut donc dire merci à Sarkozy.

            Tout va donc pour le mieux dans le meilleur des mondes. Mais il suffit de jeter un regard en arrière pour voir l’état du champ de bataille et par la même occasion l’état de la France au terme des joutes politiques. Inutile de s’attarder sur la maison socialiste en ruine malgré quelques meubles précieux sauvés in extremis du sunami bleu avec en prime le scalp d’Alain Juppé qui n’avait déjà pas beaucoup de cheveux. 

            A côté des ruines de la maison socialistes, on peut faire deux constats qui constituent les véritables victoires de Sarkozy : les cendres du Front National et la présence d’éléments des minorités au sein du gouvernement.

Le Pen domestiqué

            Depuis près de trois décennies, les partis traditionnels négligeaient l’importance du Front National et de son idéologie sur la scène nationale. Même à droite, souvent on acceptait de cohabiter avec le Front National tout en refusant de s’afficher avec ses partisans. Profiter des voix du FN mais ne pas adhérer à sa politique. Ce qui est souvent ressenti comme du mépris par les amis de Jean-Marie Le Pen. Et pendant des décennies, le Front National ne cesse de marteler qu’il y a trop d’immigrés en France. Il fut même une époque où il faisait coïncider le nombre des chômeurs avec le nombre d’immigrés travaillant sur le territoire français au point de faire croire au petit peuple que le plein emploi et le bonheur social passent par une expulsion pure et simple des étrangers concernés. Et aux yeux de beaucoup de Français blancs, tous les Maghrébins et tous les Noirs étaient ces immigrés qui mangent le pain des Français. Petit à petit, le temps aidant, le Front National et son leader se sont installés dans le paysage politique comme un élément du folklore national, une spécificité française de la même façon que l’on parle du Parti Communiste aujourd’hui.

            Puis il y eut le tremblement de terre de 2005. Le Front National parvint au deuxième tour, contre toute attente. Un sursaut national hypocrite se produisit alors et lui barra la route. Tout le monde souffla avec soulagement. Mais à l’approche des élections de 2007, le spectre du Front National commença à hanter les esprits. A gauche, on se répétait : «  plus jamais ça ! Votons utile. » Le vote utile, c’était tout ce que la gauche proposait aux Français. Car le programme était si flou que personne aujourd’hui n’est capable d’en citer un seul projet concret.

            Nicolas Sarkozy, lui, a compris que la France est diverse et a donc des besoins divers. Les soucis des minorités vivant dans les quartiers surpeuplés, ceux des partisans du FN, et ceux des riches qui croient fermement que l’Etat français les détrousse sans cesse ne sont pas les mêmes. Il va donc s’adresser à chaque groupe et lui proposer de s’occuper de ses soucis. Au nom de quoi, en effet, doit-on négliger les soucis des 15 à 18 % des Français qui estiment que l’on doit stopper l’immigration sauvage ? Pourquoi doit-on continuer à fermer les yeux devant ses bateaux qui échouent quotidiennement sur les plages de l’Europe avec leur cargaison de malheureux en guenilles ? Lui, Nicolas Sarkozy, affirme que c’est une situation détestable auquel il faut trouver une solution. Dès lors, ce sont les partisans du FN qui vont voter utile afin que leurs idées aient des chances d’être appliquées. Le résultat, nous le connaissons : en quittant la bannière FN pour voter utile, les partisans de Jean-Marie Le Pen ont réduit ce parti en un groupuscule d’illuminés sans intérêt. Et pour parachever sa victoire sur un parti que lui seul a été capable de mater, Nicolas Sarkozy va se montrer en vainqueur magnanime. Il ne va pas humilier celui qu’il a réduit à presque rien. Il va, dans un geste très républicain, le recevoir à l’Elysée au même titre que les autres leaders des partis du pays. Hier, cette rencontre aurait fait couler beaucoup d’encre et de salive. Aujourd’hui elle est passée presque inaperçue comme si tout le monde lui était reconnaissant d’avoir réussi là où tous les partis ont échoué.

Les minorités Valorisées

            La deuxième victoire de Sarkozy s’était clairement dessinée  lors des campagnes pour les élections présidentielles. Pour la première fois en France, un candidat à l’élection présidentielle a un projet clair et net pour les minorités : la discrimination positive pour les rendre plus visibles dans les structures sociales, économiques et politiques du pays. Avant lui, les hommes politiques refusaient la notion de « minorité » importée, selon eux, des pays anglo-saxons et qu’ils substituaient volontairement par le mot « communautarisme » pour faire peur. D’autre part, Nicolas Sarkozy est le premier homme politique français à avoir confié une partie de sa campagne aux minorités du pays. En métropole comme aux Antilles, on ne voyait pas que des blancs défendre ses idées. Après sa victoire, trois femmes issues des minorités entrent au gouvernement, non pas pour s’occuper des problèmes des minorités, mais pour servir la République selon leurs compétences. Et à ceux qui pensent que ces nominations sont de la poudre aux yeux, il convient de répondre que c’est déjà beaucoup que d’habituer les Français à voir la diversité nationale dans les rangs de nos dirigeants.

            Ainsi donc, en quelques mois, Nicolas Sarkozy a réalisé là ce que la gauche laissait espérer depuis des décennies aux minorités sans jamais oser l’accomplir. Quelle gifle ! Le parti Socialiste qui dit se battre pour les égalités, ce parti qui attire les voix des minorités en criant partout prendre leur défense ne leur a jamais rien proposé. Ce parti n’a jamais compris que la France n’est point monobloc et monochrome. La France n’est plus blanche depuis des siècles et il faudra l’accepter une fois pour toutes en faisant tomber les verrous institutionnels hérités de l’histoire (napoléonienne pour la plupart) qui rendent ses minorités invisibles. Et comme 25 à 30 % des adhérents de ce parti sont des militants de « la diversité », il se doit de relever le défi que vient de lui lancer le nouveau président. Sinon, les minorités françaises voteront de plus en plus à droite. Comme disent les Ivoiriens, « qui est fou ? »

Raphaël ADJOBI

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15 juin 2007

Strange Fruit

Billie_Holiday                Strange fruit

 

                  (Un fruit étrange)

    

Les arbres du sud portent un fruit étrange.

 

Du sang sur les feuilles, du sang sur les racines,

 

Un corps noir se balançant dans la brise du Sud.            

 

Etrange fruit pendant aux peupliers.

 

 

Scène pastorale du vaillant Sud.

 

Les yeux exorbités et la bouche tordue, 

 

Parfum de magnolias, doux et frais.

 

Puis une odeur soudaine de chair brûlée.

 

 

Voici un fruit à picorer par les corbeaux

 

Que la pluie fait pousser, que le vent assèche.

 

Pourri par le soleil, il tombera de l’arbre.

 

Voilà une étrange et amère récolte !

 

              Abel Meeropol         

 

Lynchage_1

 

            Strange Fruit est un poème qu’il faut lire en ayant à l’esprit un paysage rural semé de champs de coton qui laissent voir ça et là quelques arbres isolés ou quelques bosquets procurant un peu de fraîcheur. Il faut imaginer qu’au siècle dernier, dans les années 30, au plus fort des lynchages dans les campagnes américaines, quand un promeneur empruntait une route serpentant dans ce paysage de rêves, au détour d’un chemin, il n’était pas rare qu’il voie suspendu à un arbre un étrange fruit. Un fruit noir qui ensanglantait les feuilles et les racines de l’arbre qui le portait. 

            Ce fruit étrange dont il est question désigne les corps des victimes noires des lynchages que l’on pendait aux arbres quand elles n’étaient pas brûlées vives. Ces images, Abel Meeropol, un enseignant juif d’origine russe, les avaient découvertes par le biais des photographies que les familles blanches s’adressaient sans vergogne et sur lesquelles on les voyait rayonnantes à côtés de leur victime. Choqué par cette pratique, il écrivit et publia un poème (Bitter Fruit) sous le pseudonyme de Aka Lewis Allan. Il en fera par la suite une chanson et la proposera à la chanteuse noire américaine de jazz et de bleues, Billie Holiday. Celle-ci, déjà célèbre, chantera pour la première fois ce texte, devenu Strange Fruit, au Café Society, seul club antiségrégationniste de New York.

            Dans une mise en scène sobre avec le public plongé dans le noir et un faisceau de lumière éclairant la silhouette de Billie Holiday, celle-ci chanta d’une voix déchirante accompagnée des seules notes d’un piano. A la fin de sa prestation, le public désorienté garda un silence de mort. Puis, un spectateur osa battre des mains entraînant peu à peu le reste du public dans un tonnerre d’applaudissements. Depuis, cette chanson compte parmi les réquisitoires artistiques les plus vibrants contre le lynchage couramment pratiqué dans le Sud et l’Ouest des Etats-Unis. Seize ans avant que Rosa Parks ne devienne célèbre en refusant de céder sa place dans un bus en Alabama, grâce à « sa voix déchirée et déchirante », Billie Holiday a permis à ce poème de faire prendre conscience du racisme et du pouvoir de l’art dans le combat pour les droits des noirs.

            Voilà donc une œuvre que les écoliers noirs d’Afrique et d’ailleurs devraient étudier afin de ne jamais oublier ce qu’ont vécu ceux qui ont quitté brutalement la terre d’Afrique pour l’Amérique lointaine. Et il faut qu’ils sachent aussi que si l’on ne pend pas toujours des noirs, aujourd’hui on plastique leurs maisons, on les abat toujours au fusil, et on les frappe jusqu’à ce que mort s’en suive à la batte de base-ball. Ainsi, entre 1980 et 1986, on a recensé cent vingt et un meurtres imputables à l’ultra droite américaine (source : Centre du renouveau démocratique, basé en Alabama). Les morts motivées par la haine raciale n’ont donc pas disparu du sol américain.   

 

Raphaël ADJOBI

 

(Sources : Article de Dirk Ingo Franke publié par Arte.tv. / Article de Jeannine Dath pour Théâtre Varia / Articles de Torpedo et Wikipedia / Photos : Wikipédia et Afrostyly)         

Livres à retenir : 1) Without Sanctury, Le lynchage aux Etats-Unis en cent trente photographies. 2) Freedom, histoire photographique de la lutte des Noirs américains, édit. Phaiton, 2003. 3) L’empire du mal, dictionnaire iconoclaste des Etats-Unis ; auteur : Roger Martin, éditions Cherche-Midi, 2005. 

 

 

               Strange Fruit

 

 

Southern trees bear strange fruit,                       
Blood on the leaves and blood at the root,             
Black bodies swinging in the southern breeze,
Strange fruit hanging from the poplar trees.

Pastoral scene of the gallant south,
The bulging eyes and the twisted mouth,
Scent of magnolias, sweet and fresh,
Then the sudden smell of burning flesh.

Here is the fruit for the crows to pluck,
For the rain to gather, for the wind to suck,
For the sun to rot, for the trees to drop,
Here is a strange and bitter crop
.

 

 

Composed by Abel Meeropol (Aka Lewis Allan)

 

        Originally sung : Billie Holiday

 

 

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06 juin 2007

Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur

Ne_tirez_pas_sur_l_oiseau_moqueur        Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur

 

 

                        (Roman de Harper Lee)

 

Ce roman est à inscrire au nombre des plus belles narrations de la littérature du XXè siècle. Il y a des livres qui rencontrent indiscutablement l’unanimité des lecteurs. Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur est de ceux-là.   

            Ce qui fait le charme du livre, c’est avant tout le style de la narration : il est empreint d’une fraîcheur due au fait que tout est mené sous le point de vue d’une enfant d’à peine neuf ans mais qui est pleine d’humour. Cet humour tient d’ailleurs à la naïveté ou à l’innocence du regard de l’enfant qui ne peut que surprendre les adultes que nous sommes. Et cette naïveté ou innocence va admirablement servir le sujet de ce livre qui est tout simplement une évidente et affreuse injustice qui ne sera présentée que dans la deuxième partie du roman..

            Le sujet du livre : Dans les années 30, dans une petite ville d’Alabama nommée Maycomb, le père de la petite Jean Louise est commis d’office pour défendre un jeune noir accusé du viol d’une jeune blanche de 19 ans. Atticus Finch, cet avocat intègre et rigoureux qui élève seul ses deux enfants, Jem et Scout (Jean Louise), va tenter d’accomplir sa tâche tout en essayant de préserver l’innocence de ses enfants confrontés aux préjugés et au mensonge des blancs.             

            Si donc ce livre est une véritable peinture du monde de l’arbitraire qu’était cette Amérique dans laquelle étaient perdus les noirs et contre laquelle ils mèneront leurs plus grandes luttes dans les années 60, il se veut également le témoignage d’une profonde humanité qu’un père veut laisser croître dans le cœur de ses enfants. En effet, cette relation entre Atticus Finch et ses enfants, ressemble beaucoup plus à une éducation à la Jean-Jacques Rousseau dans laquelle l’on laisse faire la nature ; ce qui aux yeux du commun des hommes ressemble plutôt à un manque d’éducation. C’est donc bien avec l’innocence de leur cœur que Jem et Scout découvrent l’injustice des hommes et non point avec les idées de leur père.

 

Titre : Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur

 

Auteur : Harper Lee

 

Edition : Le livre de poche

 

Raphaël ADJOBI

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03 juin 2007

Comment la France a perdu l'Afrique

Livre_de_Glaser_et_SmithComment la France a perdu l’Afrique

                            

       (Antoine Glaser et Stephen Smith)

            Ce livre est vivement conseillé à tous ceux qui veulent avoir une vision globale de la politique africaine de la France depuis le début du XX è siècle. C’est en réalité essentiellement l’historique des relations entre la France et l’Afrique sub-sahélienne. On ne peut qu’être conquis par la qualité des analyses d’Antoine Glaser et Stephen Smith qui peignent ici les liens trop étroits entre l’ancien colonisateur et ses anciens colonisés.

 

            Si le commun des Français est loin d’avoir saisi l’importance des événements qui se sont déroulés en Côte d’Ivoire en novembre 2004, les deux auteurs voudraient l’imprimer dans la tête de leurs lecteurs. Ils n’hésitent pas à comparer le massif encerclement de l’armée française devant l’Hôtel Ivoire à une véritable prise de la Bastille. Les événements de cette journée qui se sont poursuivis jusque tard dans la nuit avec le safari des hélicoptères français tirant sur les manifestants massés sur les deux ponts enjambant la lagune Ebrié ont véritablement sonné, à leurs yeux, la fin d’une ère française en Afrique. Jamais, nulle part en Afrique noire, la France n’a été autant bousculée, huée ! Et sans doute jamais depuis 1960, l’armée française n’a réprimé aussi sauvagement une manifestation dans ces anciennes colonies.

 

            A ceux qui pensent que l’Afrique n’apporte rien à la France et qu’elle n’est pour celle-ci qu’un boulet, ils voudraient leur faire comprendre que c’est l’Afrique qui confère à la France sa notoriété dans le concert des grandes nations. Sans elle, le veto de la France à l’ONU n’aurait aucun sens ; et cela tout simplement parce que la France s’est toujours présentée devant les grandes nations du monde comme le parrain et le porte-parole des pays pauvres d’Afrique. D’autre part, l’Afrique est un marché de consommation pour la France. Enfin, la France s’est toujours octroyé le monopôle des investissements dans ces anciennes colonies ; en d’autres termes, c’est un marché où les investisseurs français ne souffrent pas la concurrence des autres pays développés. Et ce n’est pas rien d’avoir le monopôle des exploitations et des grands travaux dans tous les pays francophones d’Afrique. Enfin, ici et ailleurs dans les revues économiques, on souligne que malgré la crise qui sévit en Côte d’Ivoire, ce pays reste toujours la locomotive économique de l’Afrique de l’Ouest ; ce qui fait prendre conscience de la pauvreté des autres nations africaines.

 

            Les lecteurs africains trouveront dans ce livre toutes les explications quant à la manière dont la France a été impliquée dans les différents coups d’état survenus en Afrique. Ils sauront également comment la France organise officiellement la désinformation pour rendre les dirigeants africains responsables de tout ce qui leur arrive. En clair, presque rien ne se fait en Afrique francophone sans la bénédiction de la France ou son bon vouloir.

 

            Tous ces éléments et bien d’autres fournis avec force détails - dates et chiffres – font de cet ouvrage un précieux auxiliaire pour tous ceux que passionnent les aventures de la France sur la terre d’Afrique. D’autre part, les auteurs ne manquent pas de citer les sources des informations qu’ils donnent pour appuyer leurs analyses. Sources qui peuvent faire l’objet d’autres lectures.

 

Titre       : Comment la France a perdu l’Afrique

Auteur    : Antoine Glaser et Stephen Smith

Edition   : Calman-Lévy   

 

Raphaël ADJOBI

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22 mai 2007

France : que faire du passé qui empoisonne le présent ?

               France : que faire du passé

                         qui empoisonne le présent ?

 

 

Analyse inspirée d’une interview accordée par Toni Morrison a France inter le 10 novembre 2006 à 8 h 45. Elle fait aussi écho à la demande de repentance formulée par le CRAN. Demande reprise et défendue par le journaliste ivoirien Théophile Kouamouo dans un article publié sur Agoravox.

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            On peut noter que depuis environ trois ou quatre ans, face au peu de place qui leur est faite dans la société française, les Français d’origine antillaise et africaine donnent de la voix pour exprimer un certain nombre de revendications. Débats, colloques, blogs, textes de rappeurs, films, sont les canaux par lesquels ils expriment de plus en plus leur malaise et leur colère. La dimension prise par la commémoration de l’abolition de l’esclavage le 10 mai 2007 du fait de la présence de deux présidents de la République ne doit pas nous faire oublier l’ampleur des frustrations que connaît cette minorité française. Ces français ont fini par croire que si la communauté blanche refuse de leur faire de la place, c’est parce qu’elle vit dans l’ignorance de leur histoire commune : l’esclavage puis la colonisation. Il serait par conséquent bon, estiment-ils, que celle-ci soit reconnue et occupe autant de place que les autres événements qui ont marqué et façonné la France, et aussi qu’ils soient mieux représentés dans les paysages administratif et politique.

A contre courant de ce mouvement, contre toute attente, ce sont des députés du peuple français et des hommes politiques qui se sont levés, le 25 février 2005, pour réclamer qu’il soit introduit dans l’enseignement du pays la reconnaissance des bienfaits de la colonisation.

            Cette demande officielle des élus de la République ne doit nullement être interprétée comme une provocation. Elle est tout simplement à la fois la conséquence de l’ignorance de leur propre histoire et aussi une volonté délibérée de nier certaines vérités de l’histoire afin de perpétuer l’intolérance à l’égard des afro français. Disons-le net : A force de parler à la place des minorités, et souvent même sans les regarder, la classe politique française a fini par agrandir le fossé qui la sépare de ceux dont elle voudrait faire le bonheur. Ce que l’on attend de la communauté blanche française désormais, c’est qu’elle se taise enfin et qu’elle se mette un instant à l’écoute des autres communautés. Qu’elle cesse de leur inventer des maux auxquelles elle invente ensuite des solutions ! Ces solutions sont toujours mauvaises parce que les maux sont imaginaires.

            Mais arrivons à la question essentielle : Faut-il qu’un ancien pays colonisateur comme la France reconnaisse officiellement ses crimes du passé ? Lisez bien que je ne pose pas la question de savoir si un ancien pays colonisateur doit faire acte de repentance de son passé. Que l’on comprenne une fois pour toutes que la question posée ne vise que la recherche et la reconnaissance de la vérité. C’est tout ! Vous comprendrez plus loin pourquoi.

            Je vois déjà certains compatriotes blancs lever les bras au ciel criant qu’il faut faire table rase du passé et voir l’avenir. Ils oublient que les drames, les conflits et les inégalités qui sévissent dans notre société ont leur source dans une histoire tronquée, falsifiée - quand elle n’est pas occultée - qui permet à certains de justifier la prépondérance de la communauté blanche sur le reste des citoyens français. Il est donc bon que les uns et les autres connaissent le vrai visage du passé afin de mieux avancer vers nos idéaux communs : la liberté, l’égalité et la fraternité.

            Quel est l’intérêt de cette recherche de la vérité du passé, de la vérité de l’histoire ? En quoi cette vérité historique est-elle nécessaire ? Sous tous les cieux, et plus autour de nous qu’ailleurs, il n’est pas rare de voir des familles exiger de connaître la vérité sur la perte d’un des leurs. Au-delà de la sanction qui relève du devoir de la justice, elles exigent des criminels qu’ils disent exactement ce qu’ils ont fait à leur fils, à leur fille ou à leur parent ; elles veulent « savoir » pour faire devoir de mémoire, c’est à dire pour ranger définitivement le vécu dans le passé, dans « leur histoire » afin de tourner la page. Et dans leur démarche, on voit chaque jour des élus, des hommes politiques leur apporter leur soutien jugeant ce devoir de mémoire absolument nécessaire à la construction ou reconstruction de ceux qui survivent aux morts.

            D’autre part, nous notons que les enfants nés sous X devenus adultes sont nombreux à ressentir cruellement le besoin de connaître la vérité sur leur naissance et par la même occasion la place qu’ils occupent dans la chaîne humaine. Inutile de vous parler des nombreuses commémorations et les nombreux voyages sur des lieux de crimes ou de tortures en guise de devoir de mémoire générés par la dernière guerre mondiale.

Nous voyons donc qu’il est communément admis que pour dépasser un traumatisme, il est nécessaire de dépasser la honte, le sentiment de vaine culpabilité, le sentiment du vide intérieur, de l’être de nulle part, il est nécessaire de vaincre les blessures sans cesse ressassées qui en découlent pour aller de l’avant. Pour guérir de tout traumatisme, tout individu a besoin de parler ou d’entendre la vérité ou d’avoir un élément qui puisse lui signifier ce qu’il a été ou d’où il vient. Et il en est de même des individus comme des peuples. Dans le concert des nations, un seul pays a osé ce devoir de mémoire : c’est l’Afrique du sud. Mais personne en France ne demande un traitement de notre passé à la manière de l’Afrique du sud. Il suffit, il me semble, que la vraie histoire des Afro Français soit portée à la connaissance du peuple français par les canaux traditionnels de la formation et de l’information que sont l’enseignement et les médias. Je ne veux point énumérer ici les éléments de cette histoire qui méritent d’être connus. Les ouvrages qui les contiennent existent dans les bibliothèques et les archives administratives de France. Il manque tout simplement la volonté politique de les faire sortir au grand jour pour qu’ils participent à l’instruction et à l’information des individus.

            La prise en compte du passé de la minorité afro française est donc un impératif puisque sa négation est synonyme d’oubli d’une longue page de l’histoire du peuple français tout entier.                                    

            Je crois sincèrement que c’est seulement lorsque le Français blanc aura intégré dans sa conscience la vérité relative à l’histoire des Afro Français comme étant également la sienne qu’il sera en mesure d’esquisser le geste du pardon sans qu’on le lui demande. Il en sentira le besoin au nom de la seule fraternité. Tout récemment – au début de ce mois de mai 2007 - la Reine d’Angleterre a demandé publiquement pardon, au nom des Anglais blancs, aux noirs et aux indiens pour tous les crimes commis dans le nouveau monde. Si dans ce pays, cet acte a été possible, c’est parce que le chemin parcouru pour l’équité avec les minorités dans les institutions, dans l’administration et dans les entreprises est largement en avance par rapport à la France. Vivant encore dans la honte, la France se sent obligée d’inventer des subterfuges qui ne permettent pas à un français blanc de demander pardon à un Français noir quand il le blesse et vice versa. Voilà pourquoi il importe que l’étape essentielle de la connaissance de la vérité et de son enseignement qui seule peut décrisper le présent soit d’abord franchie. La vérité librement acceptée changera énormément le regard des uns sur les autres et contribuera à la marche vers l’égalité dans tous les domaines. Et par voie de conséquence, les progrès de l’égalité favoriseront à leur tour la liberté et la fraternité entre les citoyens.

            Mais s’il est vrai que la prise en compte de la vérité de l’histoire de la minorité afro française appartient aux autorités politiques, je suis de l’avis de Toni Morrison ( Américaine, auteur de Beloved) pour dire qu’il n’appartient pas au colonisateur d’écrire l’histoire des colonisés. Car tout le monde sait que les histoires de chasse glorifient toujours le chasseur. C’est pourquoi, je loue, pour ma part, les talents du Béninois Dieudonné Gnammangou, du Français (Guadeloupéen) Claude Ribbe, et de l’Américain Runoko Rashidi qui se sont lancés dans l’entreprise de reconstitution de l’histoire des noirs.

 

Raphaël ADJOBI

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16 mai 2007

Sarkozy, Bolloré et Gbagbo

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    Sarkozy, Bolloré et Gbagbo

 

            Sarkozy vient d’être officiellement installé à l’Elysée. Chirac est parti sans avoir triomphé de Laurent Gbagbo. Nombreux sont les Ivoiriens qui attendaient cette petite victoire du dernier sur le premier. Mais la voie est-elle pour autant suffisamment dégagée pour que le président ivoirien et ses compatriotes aient le temps de mener à bien la paix qu’ils ont initiée ?

            D’abord, la récente rencontre entre Nicolas Sarkozy et le président gabonais Omar Bongo lors d’un séjour privé à Paris m’avait enlevé l’espoir de voir progressivement la françafrique perdre un peu de sa superbe avec le départ de Chirac. En effet, j’ai vu dans cette rencontre entre les deux hommes le passage du témoin pour la poursuite du système français d’exploitation de ses anciennes colonies aujourd’hui très décrié sur le continent africain. Ensuite, c’est l’escapade à Malte de Nicolas Sarkozy au lendemain de son élection qui m’a plongé dans une profonde inquiétude qui devient peu à peu une véritable peur du lendemain pour la Côte d’Ivoire. Et pourquoi donc ? me direz-vous.

            Tout d’abord parce que si la collusion entre Nicolas Sarkozy et le monde des finances est connue, la découverte de son amitié avec le milliardaire Bolloré me renvoie à la Côte d’Ivoire et la crise qui la secoue depuis cinq ans. En effet Bolloré est le milliardaire français dont le tiers de la fortune est réalisé en Côte d’Ivoire (in la revue Challenges n° 237 du 16 décembre 2004 au 5 janvier 2005, p. 29). Inutile de rappeler que désormais tout le monde, en Europe et en Afrique, est d’avis que la revendication essentielle des loyalistes ivoiriens est l’indépendance économique de leur pays. Une question se pose donc. Comment Sarkozy s’y prendra-t-il pour ne pas décevoir son ami ? Tout porte à croire, qu’il fera tout ce qui est en son pouvoir de Président des français pour défendre les intérêts de ses compatriotes en aidant la venue au pouvoir en Côte d’Ivoire des hommes qui leur sont favorables.

            D’autre part, n’oublions pas que Sarkozy est le parrain de mariage de Alassane Ouattara et qu’il ne cache pas son amitié pour ce dernier. C’était bien pour Ouattara - par l’intermédiaire de Soro Guillaume - que Chirac a voulu dépouiller Gbagbo de ses fonctions essentielles en vue de le faire chuter. Et aujourd’hui Soro se croit bien placé pour mener ce dessein à bien. Il le confiait au journal Le Monde dans son édition du 19 mars 2007 en des termes très explicites en parlant de Laurent Gbagbo au moment même où celui-ci venait de lui proposer le poste de Premier Ministre : Je vais « le feinter, le dribbler ».

            Les éléments d’un scénario explosif semblent donc réunis. Le sentiment national sera-t-il assez fort chez Soro pour qu’il poursuive l’entreprise de paix commencée avec Laurent Gbagbo ou cédera-t-il à l’appel de ses amis qui ont fait sa fortune et lui ont permis de vivre jusque là comme un prince alors qu’il n’avait jamais exercé de fonction rémunérée ? En tout cas, des nuages bien sombres s’amassent sur la Côte d’Ivoire.   

 

Raphaël ADJOBI

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