Lectures, analyses et réflexions de Raphaël

Vous trouverez ici des comptes rendus de lectures livresques concernant essentiellement l'histoire des Noirs d'Afrique et celle des Afrodescendants des Amériques et d'Europe. Les actualités de la diaspora africaine ne sont pas oubliées.

12 novembre 2008

Le Rancheador ( journal d'un chasseur d'esclaves)

El_Rancheador                    Le Rancheador

 

          Journal d’un chasseur d’esclaves

 

            J’ai été tout de suite séduit par la qualité de l’introduction du livre faite par Anne-Marie Brenot qui en est également la traductrice. On se rend très vite compte que cette introduction est le travail d’une spécialiste de l’Amérique latine. Son analyse du style du chasseur d’esclaves, celle des détails ayant retenu ou non l’attention de cet employé  témoignent de son habitude à sonder l’histoire des administrations coloniales sud-Américaines ainsi que les habitudes des esclaves.

            Nous savons tous que l’Histoire de l’Amérique latine, et particulièrement celle des îles, est avant toute chose une grande partie de l’Histoire de l’esclavage des Noirs. Mais ce livre qui est le journal d’un chasseur d’esclaves est très original parce qu’il est un rapport d’activité. C’est le rapport d’une activité officiellement reconnue par l’administration coloniale espagnole à Cuba. Cependant, l’auteur  de ce rapport, Francisco Estévez, l’a écrit avec l’intention de se « disculper en cas de médisances et à faire foi devant les autorités en cas de contestations. » Aussi n’hésite-t-il pas à souligner la dangerosité de sa tâche et la célérité dont il fait preuve pour répondre aux sollicitations des planteurs pour qui un esclave qui prend la fuite est un voleur puisqu’il constitue une perte énorme pour son maître.

            Tout en montrant qu’il fait consciencieusement son travail de chasseur d’esclaves marrons  (« Mon unique désire étant leur extermination ») il souligne l’immensité de sa tâche en dévoilant la bravoure et les ruses des esclaves. Il mentionne le nombre de jours qu’il consacre à chacune de ses opérations ou sorties, et il nous découvre par la même occasion que le marronnage n’est pas seulement le fait de quelques esclaves isolés puisqu’il découvre des campements qui comptent jusqu’à 19 cases (p.75), ou d’autres pouvant compter jusqu’à 80 ou 90 personnes (p.68). Le Ranchéador souligne aussi la difficulté qu’il a à trouver des guides, surtout parmi les Noirs libres (p.76).

            Les détails de ce journal montrent à quel point les esclaves qui prenaient la fuite étaient organisés et combien ceux qui restaient docilement dans les plantations étaient majoritairement solidaires de leurs activités nocturnes. Contrairement à ce que l’on croit, les esclaves marrons (en fuite) exerçaient même une pression réelle sur certaines populations blanches qui pour ne pas subir leurs représailles préféraient taire la fuite de leurs esclaves ou la perte des produits de leur élevage ou de leurs champs. Dans ce livre, les dociles esclaves qu’on nous a toujours peints apparaissent des êtres assoiffés de liberté qui sont prêts à tout braver pour la conserver. Ce livre confirme l’idée de certains chercheurs comme Pierre H. Boulle (Race et esclavage dansla France de l’Ancien Régime) et Odile Tobner (Du Racisme Français) qui croient que la multiplication des rebellions des esclavages qui menaçaient l’effondrement du commerce coloniale et la perte des pouvoirs coloniaux ont été les principaux moteurs de l’abolition de l’esclavage. On peut peut-être ajouter que la rencontre de ces rebellions sans cesse renouvelées avec les idées humanitaires de quelques Européens a fait le reste. Plus jamais on ne devrait enseigner aux Africains que l’abolition de l’esclavage est due à la volonté de quelques philanthropes et aux discours persuasifs des intellectuels Européens.

 

Raphaël ADJOBI

 

Titre   : Le Rancheador (journal d’un

             Chasseur d’esclaves)          

Auteur : Francisco Estévez

             ( Traduit par Anne-Marie Brenot)

Editions :Tallandier

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10 novembre 2008

Obama ou de l'appartenance raciale des métis

                                  Obama

          ou de l’appartenance raciale des métis

Obama_assis

            « Historique ! » est le qualificatif venu de tous les continents pour saluer l’élection de Barack Obama, le 4 novembre 2008, à la présidence des Etats-Unis d’Amérique. Selon les radios françaises, c’est le qualificatif qui est revenu le plus souvent à

la Une

des journaux américains. Une élection « historique » parce que l’élu est Noir ou métis. Une Française Blanche dit avoir été envoyée au lit par ses parents la nuit où l’homme a marché pour la première fois sur la lune. Aussi, pour rien au monde elle n’a voulu rater ça. Le parallèle n’est-il pas édifiant ? Une élection « historique » parce que, sans être directement issu de la minorité qui a vécu l’esclavage, l’élu en rappelle la marque visible dans son pays et aux yeux de l’humanité tout entière. Disons-le net, tout le monde reconnaît que le caractère historique de cette élection tient à la couleur de la peau de Barack Obama.

            J’ai lu ça et là que certains Noirs refusent que l’on dise que le nouveau président Américain est noir. Ils préfèrent que l’on dise qu’il est métis parce qu’il y a du sang blanc qui coule dans ses veines. 

            Je me permets de dire ici que le sentiment de ses personnes importe peu parce que se situant très loin de la réalité des faits. Vous pouvez sous le toit de votre demeure être convaincu que cet homme n’est pas tout à fait noir, l’histoire et la vie quotidienne dans laquelle évolue l’homme le classent comme Noir. Selon la pratique des règles chez les blancs depuis les siècles de l’esclavage, quiconque a du sang noir est Noir ou n’est pas Blanc. Nulle part en Europe ou aux Etats-Unis, un métis issu d’un Noir n’a été considéré autrement qu’un Noir ou homme de couleur. En d’autres termes, les blancs ont toujours refusé d’accepter les métis comme des éléments de leur « race ». Que vous le vouliez ou non, il en est ainsi. Et ceux qui ont des enfants métis ou qui sont métis eux-mêmes le savent très bien. C’est comme si les blancs les obligeaient a choisir leur camp.

Qu’on le veuille ou non, dans la conscience collective des blancs, Obama est Noir. Et celui-ci se reconnaît lui-même comme un élément de la communauté Afro-Américaine et non point comme membre de la communauté Anglo-Américaine. Dans ce pays composite que sont les Etats-Unis d’Amérique, on a aucune honte à se définir comme Latino-Américain, Afro-Américain, Juif-Américain, Italo-Américain, Anglo-Américain, Sino-Américain etc. C’est, conscient du caractère composite et fièrement assumé par son pays que McCain a salué le vainqueur qu’il considère Afro-Américain en ces termes : « C’est une élection historique. Je reconnais la signification particulière qu’elle a pour les Afro-Américains, la fierté qui doit être la leur ce soir. […] nous savons tous les deux (Barack Obama et lui) que, même si nous avons fait un long chemin depuis les injustices anciennes qui ont entaché par le passé la réputation de notre nation et qui ont empêché des Américains de jouir pleinement de leur nationalité, leur mémoire reste une blessure […] Il n’y a plus aucune raison maintenant pour les Américains de ne pas chérir leur citoyenneté. »

            Aucun blanc ne dit qu’Obama est Anglo-Américain ; tous reconnaissent qu’il est Afro-Américain à cause de la couleur de sa peau qui ne peut selon eux que le classer dans la « race » noire. La couleur de la peau n’est pas si anodine qu’on veut le croire. Elle est la marque essentielle dans la manière dont les Blancs, les Jaunes, les Rouges ou les Noirs se reconnaissent et reconnaissent les autres races. A ce propos, Cheik Anta Diop affirme l’existence de l’idée de race dans la conscience collective de l’humanité, et cela qu’on le veuille ou non. « Une classification raciale est conférée à un groupe d’individus qui partagent entre eux un certains nombres de traits anthropologiques, ce qui est nécessaire pour qu’on ne puisse pas les confondre avec d’autres. Deux aspects doivent être distingués, le phénotype et le génotype. […] Si on ne considère que le génotype, je peux trouver un Noir qui, au niveau de ses chromosomes, se rapproche plus d’un suédois que Peter Botha. Mais ce qui compte dans la réalité c’est le phénotype. C’est l’apparence physique. Ce Noir, même s’il se rapproche plus au niveau de ses cellules du Suédois que Peter Botha, lorsqu’il se trouve en Afrique du Sud, c’est à Soweto qu’il vivra. Dans toute l’histoire, c’est du phénotype qu’il a toujours été question ; nous ne devons pas perdre ce fait de vue. Le phénotype est une réalité, l’apparence physique est une réalité. […] C’est le phénotype qui nous a causé tant de difficultés à travers l’histoire, c’est donc lui qui doit être considéré dans (les) relations. Il existe, est bien réel et ne saurait être nié. »

            Il est clair – parce que c’est une réalité de fait - que ce n’est point le sang qui coule dans nos veines qui détermine notre appartenance raciale mais bien la couleur de notre peau. Métis ou pas, lorsqu’il allait jouer en Afrique du Sud au temps de l’Aparteid, après les matchs, Yannick Noah était relégué au même statut que les Noirs, c’est à dire au même statut que les gens auxquels il est apparenté au regard de la couleur de sa peau. Récemment aux Etats-Unis d’Amérique, un Blanc qui faisait du porte-à-porte pour la campagne d’Obama avait sonné à la porte d’une maison en Virginie Rurale. Quand il a demandé à la dame pour qui elle comptait voter, elle a crié à son mari à l’intérieur : « Qui on soutient déjà ? – le nègre », a répondu une voix. Elle s’est alors tournée vers le bénévole et lui a dit : « On vote pour le nègre ! » (1)          

Raphaël ADJOBI

(1) Lu dans le journal Le Point.

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23 octobre 2008

Le génocide voilé

Le_g_nocide_voil_        Le génocide voilé

 

            Le génocide dont il est ici question est la traite négrière que les arabo-musulmans ont infligée à l’Afrique durant plus de treize siècles et qui subsiste encore sur le continent sous des formes très sournoises. Le ton ferme de l’introduction du livre faite par l’auteur est historique à mes yeux. Il me plaît en effet de savoir qu’un Africain noir de confession musulmane prenne enfin le passé de l’Afrique en main en osant dire clairement ce que fut l’Islam et ce qu’il est aujourd’hui comme héritage pour les Noirs d’Afrique. Après avoir lu le livre de Malek Chebel (L’esclavage en Terre d’Islam), je suis heureux de découvrir celui de Tidiane N’diaye. Nous sommes loin des discours traditionnels qui nous peignent le passé de l’Afrique sous ses atours idylliques.

            L’esclavage, forme suprême de la domination de l’homme par l’homme, est absolument une des caractéristiques fondamentales de l’histoire de l’Humanité. Et le premier chapitre du livre décrit scrupuleusement les formes d’asservissements pratiquées par les sociétés traditionnelles d’Afrique Noire. Cependant, comme l’affirme si bien Tidiane N’diaye sans toutefois tomber dans la hiérarchisation victimaire, « force est de reconnaître que la dimension prise par la traite et l’esclavage qu’ont subi les peuples noirs dépasse en nombre de victimes, en durée et en horreurs tout ce qui avait précédé. Et dans la genèse de ces malheurs, historiquement la traite négrière est une invention du monde arabo-musulman. » (p.16) La dimension et l’intensité de l’esclavage pratiqué par les arbo-musulmans semblent ici d’une cruauté rarement peinte, sinon jamais, dans les manuels proposés dans l’enseignement en Afrique. Préservation de la susceptibilité des musulmans ?

            A certains passages, ce livre rappelle dans son esprit celui d’Odile Tobner (Du racisme français) et nous oblige à nous demander lequel des deux esclavages – la traite atlantique (4 siècles) et l’esclavage arabo-musulman (13 siècles) – fut le plus cruel, le plus intense, le plus raciste. La cruauté de l’esclavage outre-atlantique se révélait dans les conditions de l’exploitation des Noirs entre les mains de leurs maîtres dans les plantations. La cruauté de la traite négrière des arabo-musulmans apparaît surtout dans les conditions d’enlèvement des Noirs sur leurs terres natales. Les conditions des voyages à travers le désert sont extrêmement déshumanisantes et mortelles. La peinture qu’en fait l’auteur donne à réfléchir sur la barbarie qu’a vécue l’Afrique. Las razzias que les chefs des tribus musulmanes du Nord, du Sahara et du Sahel opéraient ont contribué à détruire des villes noires entières. Ce commerce généralisé dans le monde musulman africain, Tidiane N’diaye ne le tait pas et cite les figures historiques des noirs qui ont été des ardents esclavagistes mais qui sont aujourd’hui louées dans certains pays. Il n’oublie pas non plus la castration massive des Noirs convoyés dans les royaumes du Moyen Orient et qui servent aujourd’hui encore comme gardes au Maroc et à la Mecque. Il parle également des armées essentiellement noires constituées au Moyen-Orient et en Afrique du Nord grâce à la traite des Noirs.

            Les arabo-musulmans, venus nombreux de Perse et de Turquie, ont fait de chaque noir musulman un mercenaire pour la cause esclavagiste avec la bénédiction de l’Islam. L’aveugle solidarité musulmane qui poussent les noirs à tenir plus compte de la consonance du nom que des idées politiques vient de cette colonisation selon laquelle les bons musulmans peuvent faire la guerre aux mauvais musulmans et aux non musulmans. L’autre intérêt du livre est de nous permettre de comprendre le drame qui se joue au Soudan. Il nous montre que la crise humanitaire qui sévit dans cet immense pays est indissociable de la pratique de l’esclavage par les arabo-musulmans et les Touregs. D’autre part, les pirates Somaliens qui, dans l’Océan Indien prennent aujourd’hui les équipages des navires européens en otage pour obtenir des rançons vivaient dans un passé récent de la traite négrière vers l’Asie et le Moyen Orient. Le comptoir turc de Zanzibar était encore florissant au 20è siècle. Et tout cela, gouvernants africains et européens le savaient mais fermaient les yeux.

 

Raphaël ADJOBI

Auteur  :  Tidiane N’diaye

Titre     :  Le génocide voilé (enquête historique)

Edition : Continents Noirs NRF Gallimard.

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16 octobre 2008

Aya de Yopougon (Marguerite Abouet)

Aya_de_Yopougon                                     Aya de Yopougon

 

                                                   (bande dessinée)

 

 

            Enfin une bande dessinée africaine qui tient la route.  Marguerite Abouet raconte ici les histoires ordinaires des filles d’Abidjan. Mais elle a choisi de situer les aventures de son héroïne dans le quartier populaire de Yopougon ; Yop City, pour les intimes !

            Avec son coéquipier Clément Oubrerie qui signe les dessins, Marguerite Abouet révèle dans ce premier tome non seulement un talent de grande observatrice des faits de la société ivoirienne mais aussi une excellente narratrice qui manie agréablement l’humour. Aya de Yopougon est un récit plein de fraîcheur africaine aussi bien au niveau du texte que des situations mises en scène.

            Le format choisi par l’éditeur confère à cette bande dessinée un aspect presque luxueux. C’est peut-être le prix qui pourrait être dissuasif sur le marché africain. Pour ma part, je me réjouis de voir sur le marché des livres écrits par les africains. Plus il y en aura, moins le public africain sera tenté de lire des histoires européennes qui n’ont rien à voir avec son mode de vie.

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Raphaël ADJOBI

 

Titre   : Aya de Yopougon

Auteur : Marguerite ABOUET

Dessinateur : Clément OUBRERIE

Editeur : Gallimard (Collection : Bayou)

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14 octobre 2008

Les démocraties contestées

Elections : Les démocraties contestées

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            En novembre prochain, deux élections majeures auront lieu dans le monde : aux Etats-Unis et en Côte d’Ivoire (si le miracle se produit). Aux Etats-Unis, nous saurons si dans le secret de l’isoloir les Américains auront vaincu la question raciale et auront envoyé un noir à

la Maison Blanche.

En Côte d’Ivoire, nous saurons si pour la première fois un peuple africain aura donné tort à

la France

et aux institutions internationales en refusant de donner la direction de leur pays à celui que l’ancien colonisateur a choisi. En d’autres termes, nous saurons si

la Côte

d’Ivoire a entériné la première révolution en Afrique Francophone depuis 1960 lorsqu’elle a bravé l’armée française en 2004 devant l’Hôtel Ivoire d’Abidjan.

            Puisque les Africains sont prompts à décrier les premiers pas de la démocratie moderne sur le continent, je voudrais leur rappeler ici que les élections présidentielles ou autres ne sont presque jamais parfaites ; même dans les pays où le suffrage universel est devenu une tradition électorale. Les Ivoiriens – particulièrement ceux qui ont versé leur venin sur leur pays et en ont fait le pays le plus raciste et le plus xénophobe de la planète depuis six ans -  ont tout intérêt à réfléchir sur cette liste d’élections contestées que je donne ici mais qui n’ont pas donné lieu à une guerre armée.

            1) En Colombie, en octobre 2004, malgré une commission internationale qui a surveillé le bon déroulement des votes, l’opposition a crié à la fraude et à la reprise des élections. Elle ne fut pas écoutée.                        

            2) En Afghanistan, à la fin du mois d’Octobre 2004, les partis d’opposition ont manifesté contre les irrégularités des votes.               

            3) Aux Etats-Unis, dès le 29 octobre, les Républicains ont dénoncé la présence sur les listes électorales de près de 100 mille faux électeurs. Le camp adverse a crié à la manipulation de l’opinion publique. Les deux camps ont fait appel à leurs avocats.

            4) Le 22 novembre 2004, après le premier tour des élections en Ukraine (48 millions d’habitants), l’opposition est descendue dans la rue en criant à la fraude. Le chef de l’opposition est proclamé Présidents par ses députés. 

            5) Le 5 janvier 2008, suite aux élections contestées au kénya, le Président élu mais contesté accepte de former un gouvernement d'union nationale ; ce que refuse son opposant direct qui réclame sa démission avant toute négociation. Une façon de s'enfermer dans l'impasse.

            6) Toujours en janvier 2008, en Georgie, on parle de preuves en images des fraudes électorales : images d'électeurs qui viennent voter à plusieurs reprises ; images de personnes tenant les urnes en train de les ouvrir avant la fin des votes.

            7) le 2 mai 2008, cinq semaines après les élections au Zimbabwé (29 mars 2008), la commission électorale livre enfin les résultats. Le président Mugabé est dévancé par son opposant qui n'obtient pas la majorité absolue (47 %). Celui-ci refuse un deuxième tour. Que prévoyait la constitution ? Election du président à la majorité absolue ou relative ?

            8) le 27 juillet 2008, élections aux Cambodge. Selon les médias, le gouvernement en place a institué dans le pays un système de rachat des voix ; ce qui lui permet d'influencer les votes et pérenniser sa mainmise sur le pays.

            9) Le 5 septembre 2008, élections en Angola. On déplore le manque de listes d'émargement dans de nombreux bureaux de vote.

10) Inutile de revenir en détails sur les conditions de la première élection de George Bush qui a permis au monde entier de voir et comprendre que même les vieilles démocraties reposent sur des fondements qui ne sont pas parfaits. En France, plus personne ne s'amuse à comptabiliser les votes nuls ou à faire des commentaires sur les bulletins d’électeurs non reçus. Cependant, suite à l’annulation de l’élection du maire de Perpignan en raison d’une fraude à « la chaussette » (le 16 mars 2008, le président du bureau de vote n°4, frère d’un colistier du maire sortant, a été pris en flagrant délit de fraude avec des bulletins dans ses chaussettes), le journal français

La Croix

a publié une liste de toutes les élections des maires annulées ou contestées mais non annulées en 2008. Le recours en annulation représente une commune sur dix en France, soit 300 requêtes sur le territoire ; 10 % des maires voient donc leur élection contestée après chaque scrutin. En ce mois d’octobre, dix annulations et une confirmation ont été prononcées par les tribunaux administratifs qui ont six mois (à partir des élections) pour statuer sur  les recours en invalidation des élections municipales. Mais, précise le journal, « si les recours sont fréquents, les annulations sont rares ». Cependant, aux yeux d’un africain qui regarde une vielle démocratie, cela est beaucoup, sinon trop pour tempérer ses ardeurs à recourir aux armes afin d’obtenir justice.

      

Raphaël ADJOBI

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03 octobre 2008

La fin du capitalisme roi

                           La fin du capitalisme roi

 

 

            Nous avons vu s’effondrer les fondements du communisme. Depuis la fin de cet idéal de gouvernement, tout le monde ne jurait que par le libéralisme qui était devenu aux yeux de tous le système économique qui convient le mieux au genre humain. Et voici que celui-ci s’écroule révélant toutes les perversités qui constituent ses fondements.

            Aux Etats-Unis, c’est un véritable hold-up légal que le gouvernement organise avec la complicité des députés et des Sénateurs pour éponger les frasques de Wall street avec l’argent du contribuable américain. On croit rêver en apprenant que le pays de l’oncle Sam nationalise à tour de bras comme un vulgaire pays communiste.

            Les états européens, avec leurs démocraties des apparences complaisantes à l’égard des circuits financiers et de l’argent sale ou des fortunes volées venues d’Afrique, se préparent à agir de la même façon que les Américains mais de manière plus sectorielle. Les organismes bancaires Daxia et Fortis sont nationalisés. En d’autres termes, c’est l’état ou le contribuable européen qui éponge les dettes et reprend la gestion de ces entreprises. Il semble que le mouvement va se poursuivre.

Cartes_bancaires

La situation en Europe

 

            Nous y sommes donc ! C’est la fin du Capital roi ! C’est la fin du libéralisme ! Voici venu l’ère du retour à l’état. Cet état que tout le monde critiquait l’accusant de freiner le développement des entreprises par des contraintes sociales trop lourdes. Devant ces accusations, l’état non seulement desserrait les freins, mais en plus il leur octroyait des avantages fiscaux énormes pour leur permettre de s’implanter ça et là. Devant le ralentissement de la croissance économique, les entreprises disaient aux états que si elles pouvaient licencier plus librement que dans les pays anglo-saxons, elles embaucheraient plus. Là encore l’état plie l’échine avalisant la multiplication des emplois à mi-temps et les contrats à durée déterminée jetant ainsi des familles entières dans la précarité. Au bout du compte, on entend parler de délocalisation des entreprises qui ont empoché l’argent de l’état. En France, un million de personnes cumulent plusieurs emplois pour parvenir à un revenu correct pendant que les patrons ayant mené des sociétés à la faillite sont grassement payés pour les abandonner. On parle sans vergogne de parachutes dorés alors que la situation devenait de plus en plus difficile pour le commun des européens. Mais tout le monde vit à crédit avec des cartes bancaires qu’il suffit de présenter comme le passeport pour un monde virtuel quand on n’a rien en banque.

            En France, comme certainement ailleurs en Europe, fleurissent donc depuis un an sur les maisons les pancartes « A vendre ». Pour le moment, les familles ne sont pas sommées de rembourser et jetées à la rue comme aux Etats-Unis. Mais une chose est sûre : les banque ne prêtent plus, et donc on n’achète plus. On voit aussi apparaître chez les concessionnaires automobiles, des grosses cylindrées que les propriétaires cèdent à bas prix. Prix élevé du carburant oblige. Il y a quelques mois encore, les images des émeutes de la faim en Afrique et ailleurs dans le tiers monde, celles des Haïtiens mangeant des galettes de boue, semblaient très loin de l’Europe. Bertrand Delanoé, le Maire de Paris, était encore sûr de se valoriser en disant qu’il était libéral. Aujourd’hui, tous les libéraux le sont dans de nombreux domaines mais ne le sont plus totalement dans le domaine de l’économie où ils voudraient voir l’état jouer un rôle de soupape de sécurité. En France, ce ne sont pas les gauchistes qui pourfendent le libéralisme ; ce sont les libéraux eux-mêmes. Il suffit pour cela de lire le récent discours de Nicolas Sarkozy au Zénith de Toulon. Ne lui volons donc pas la vedette en le paraphrasant. Il est, selon moi, bien agréable de lire ces propos venant d’un homme qui a fait du libéralisme l’idéal de son projet de candidature à la présidence et au nom duquel ses opposants apparaissaient jusqu’à hier comme des arriérés ramant à contre courant du monde.

 

Nicolas Sarkozy clame la fin du Libéralisme économique

 

            « Dire la vérité aux Français, c’est leur dire […] que

la France

est trop engagée dans l’économie mondiale pour que l’on puisse penser un instant qu’elle pourrait être à l’abri des événements qui sont en train de bouleverser le monde […] La génération qui avait vaincu le communisme avait fait rêvé d’un monde, où la démocratie et le marché résoudraient tous les problèmes de l’humanité. Elle avait rêvé d’une mondialisation heureuse qui vaincrait la pauvreté et la guerre. […] le rêve s’est brisé sur le retour des fondamentalismes religieux, des nationalismes, des revendications identitaires, sur le terrorisme, les dumpings, les délocalisations, les dérives de la finance globale, les risques écologiques, l’épuisement annoncé des ressources naturelles, les émeutes de la faim. »                      

            Ne nous trompons pas : c’est le capitalisme et ses malversations qui ont entraîné le monde dans cette farandole enivrante et généré les maux dont il est question ici. Les risques écologiques, l’épuisement des ressources naturelles et la faim dans le monde sont les marques évidentes de son échec. Il fallait faire confiance au libéralisme et la laisser mener le monde, nous disait-on.

            « L’autorégulation pour régler tous les problèmes, c’est fini. […] Le laisser-faire, c’est fini. […] Le marché a toujours raison, c’est fini. L’idée de la toute puissance du marché qui ne devait être contrarié par aucune règle, par aucune intervention politique, était une idée folle. L’idée que les marchés ont toujours raison était une idée folle. […] On a financé le spéculateur plutôt que l’entrepreneur. […] On a laissé sans aucun contrôle les agences de notation et les fonds spéculatifs. […] on a obligé les entreprises, les banques, les compagnies d’assurances à inscrire leurs actifs dans leurs comptes au prix du marché qui monte et qui descend au gré de la spéculation. […] Ce système a creusé les inégalités, il a démoralisé les classes moyennes et alimenté la spéculation sur les marchés de l’immobilier, des matières premières et des produits agricoles. »

            Tout est donc bel et bien fini.  Les pays africains qui croyaient s’appuyer sur l’expérience européenne en matière de gestion des capitaux et s’en remettaient pieds et mains liés au FMI en cas de difficulté, doivent se dire qu’ils ont été bernés par des farceurs, des charlatans. Aucun n’a émergé du sous-développement. Tous ont été ruinés et sont donc devenus plus pauvres.  Plus qu’une critique sévère du capitalisme, c’est une remise en cause de son principe même qui est – comme le dit si bien un internaute - de « chercher à obtenir un gain ou éviter une perte ».

            Après avoir demandé aux états de laisser les affaires entre les mains des seules entreprises, des banques et des spéculateurs, voilà que, après la faillite retentissante du capitalisme, des hommes politiques européens comme Nicolas Sarkozy rejoignent les gauchistes, les tiers-mondistes et autres alter mondialistes pour demander « un nouvel équilibre entre l’état et le marché, alors que partout dans le monde les pouvoirs publics sont obligés d’intervenir pour sauver le système bancaire de l’effondrement. »     

            La leçon que doivent retenir les gouvernants africains, c’est que l’état doit absolument garder la mainmise sur certains services qui sont nationalement très proches des populations comme la poste, les hôpitaux, l’eau, l’électricité. Tout ce que

la France

s’apprêtait à privatiser et qui fera désormais – j’ose le croire – l’objet de sérieux débats et longues réflexions si toutefois le mal n’est pas déjà fait.       

                                    

Raphaël ADJOBI   

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29 septembre 2008

Des enfants mal-aimés

                            Des enfants mal-aimés

 

                                               (Réflexion)

            On se plaît à plaindre les enfants mal-aimés. Le récit de leur vie malheureuse nous arrache des larmes et nous fait maudire au plus profond de nous-mêmes ces parents qui n’ont pas su accomplir leur devoir ou l’ont accompli en faisant l’économie des sentiments. Comment peut-on ne pas aimer un enfant ? Cet être innocent ; cet être qui n’a pas demandé à naître ? On les imagine tous ces parents avec la tête hideuse de Folcoche (1). On oublie que ces parents sont presque toujours les victimes – comme Folcoche – de la dureté des sentiments qu’ils traînent durant toute leur vie.

 

            Nous oublions aisément que les mariages forcés ou arrangés, les grossesses non désirées, les amours contrariés, les grossesses volées aux hommes sont les causes, le plus souvent, de la dureté des sentiments que ces hommes ou ces femmes manifestent à l’égard de leurs enfants. Ces enfants qu’ils regardent d’un œil dur, ces enfants qu’ils mènent d’une main trop ferme, c’est l’autre qu’ils voudraient mépriser, rejeter ; c’est l’amour de l’autre qu’ils regardent comme une souillure qu’ils traînent avec eux.

Folcoche_1

            J’entends certains crier : « Mais si ces pères et mères sont si malheureux, rien ne leur interdit de divorcer de leur conjoint ! » Croyez-moi que ce sont les même individus qui, sentencieux et moralisateurs, jugent que les familles éclatées sont cause de tous les maux des enfants. Alors qu’ils sachent que bien souvent, c’est parce que ces pères et mères malheureux ont placé la réussite sociale de leur progéniture au-dessus de tout qu’ils supportent douloureusement les chantages et les humiliations jusqu’à ce que les enfants quittent le nid familial avant d’entreprendre de vivre enfin.

 

Raphaël ADJOBI 

                                                 

Conseil de lecture

Vipère au poing (Hervé Bazin)

Voir aussi le film FOLCOCHE (1)

( 1ère version avec Alice Sapritch)

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26 septembre 2008

La mère de ma mère (Vanessa Schneider)

La_m_re_de_ma_m_re           La mère de ma mère

 

            Un titre surprenant. Pourquoi pas tout simplement « ma grand-mère » ? Non. Ce n'est tout simplement pas possible. Cela n'a pas de sens. La mère de ma mère traduit exactement l'absence de relation affective entre Vanessa Schneider et sa grand-mère. Mais l'élément qui a suscité mon intérêt pour ce livre est ailleurs.

   

            La grand-mère de Vanessa Schneider est noire. Là encore, vous me direz qu'il n'y a rien de vraiment extraordinaire. Il y a déjà plusieurs siècles que la France n'est pas blanche, même si la majorité des français blancs continuent à croire que tout ce qui est noir est étranger à la terre de France. Beaucoup de Français blancs pourraient découvrir en remontant dans le passé qu'ils ont eu un ancêtre noir. Mais nous savons que dans ce cas, très souvent, les familles mettent une croix sur ce passé. L'intérêt de ce livre se trouve dans le fait que Clara, cette grand-mère noire, a vécu sa vie entière en reniant la couleur de sa peau et sa race par la même occasion.

 

            « Dans la famille de ma mère, écrit Vanessa Schneider, on n'aimait pas les Noirs. Clara en parlait avec mépris, comme si elle n'en faisait pas partie. [...] elle interdisait à ses propres enfants de prononcer le mot noir. [...] Ma mère a toujours entendu dire qu'elle n'était pas noire. Elle entretient une relation confuse avec sa couleur de peau, Elle se dit typée mais ne se sent aucun lien avec les Africains ou les Antillais. (...) Elle ne s'estime concernée par aucune de ces catégories. » (p. 57-58).

 

            Comment vivre dans la France du début du XXè siècle quand on est noire et que l'on n'aime pas les Noirs ? Ce sentiment chevillé au corps, Clara mènera sa vie comme un métronome. Les conséquences d'une telle attitude sont le cadet de ses soucis. C'est sa petite fille - Vanessa Chneider – qui, dans la narration de la vie de cette grand-mère et de l'absence de relation entre elle et sa fille (la mère de l'auteur), montre le mieux les dégâts d'une vie construite sur la seule négation de sa couleur de peau et de celle de ses enfants.

 

            C'est un récit rapidement mené. Trop rapidement à mon goût. Tant que le livre garde pour visée la recherche de la personnalité de la grand-mère noire, il a retenu mon attention. Dès qu'il a sombré dans la narration des non-dits ordinaires des familles, il a perdu à mes yeux tout son intérêt.

 

Raphaël ADJOBI

 

 

Titre     : La mère de ma mère,133 pages

Auteur  : Vanessa Schneider

Edition : Stock, 2008 

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11 septembre 2008

Afrique : signes extérieurs de sous-développement

                              AFRIQUE :   

Signes extérieurs de sous-développement

 

Abidjan_Plateau            A vrai dire, il est aisé de distinguer un pays sous-développé d’un pays qui ne l’est plus. Mais avant tout, il faut que chacun chasse de son esprit le lien étroit ordinairement établi entre la richesse et le développement ; même si à un certain degré la richesse y est d’un bon secours.

            Un pays sous-développé se reconnaît d’abord à l’inadéquation entre ses pensées et son comportement par rapport à son développement économique, industriel et social. Ainsi, l’on voit dans les contrées dites du « tiers monde » l’édification d’immeubles administratifs et de logement sans que l’on prévoie des places de stationnement pour les occupants et les visiteurs. Et pourtant, ces constructions avaient été entreprises pour satisfaire une population aisée disposant des moyens modernes pour se déplacer.

            On constate aussi que lorsque les villes s’étendent, on ne prend guère le soin de modifier le mode d’identification des demeures. Résultat : nous avons de grandes métropoles où il est impossible de retrouver un habitant en se fiant à sa seule adresse. Les rues portent certes des noms (souvent étrangers), mais les maisons ne sont point numérotées pour permettre d’affecter à chaque habitant une adresse précise. De grandes villes fonctionnent encore sous le mode de boîtes postales rendant toute recherche des individus impossible autrement que par un courrier. Le développement des techniques modernes de communication ou d’enquête ne peut se faire que de manière anarchique.

            Un pays sous-développé se reconnaît ensuite par son incapacité à prévoir et par conséquent à faire face à l’imprévu. La réactivité d’un pays face aux catastrophes de tout genre permet de juger de sa capacité à gérer l’avenir en emmagasinant des provisions suffisantes pour répondre aux catastrophes naturelles ou industrielles. Ainsi certains ont pu dire de l’attitude des Etats-Unis lors des désastres causés par le cyclone Catarina que ce pays a réagi à la manière d’un pays sous-développé parce que sa réaction n’était point proportionnelle aux moyens dont il disposait. Cette capacité à réagir nous renvoie aux premiers hommes au moment où ils ont cessé de ne vivre que de la cueillette et de la chasse et se sont mis à envisager des jours de grande famine en faisant des provisions de ce qu’ils trouvaient ou cultivaient grâces aux progrès techniques de l’époque. Plus un pays a les moyens techniques et scientifiques suffisants de résister ou de combattre l’imprévu, plus il démontre son degré de développement.

            Pour comprendre ce qui est dit plus haut, il suffit d’imaginer où serait un pays africain si l’Amoco Cadiz avait échoué sur ses côtes déversant le flot de pétrole qu’avaient reçu en son temps les plages bretonnes. Tout récemment, la Côte d’Ivoire n’a pas été capable à elle seule de réagir techniquement à la pollution de ses décharges publiques. D’autre part, les côtes africaines sont jonchées de boulettes de mazout sans que les pays prennent des mesures pour les limiter ou mettre en œuvre les moyens pour garantir la propreté des plages. Ce qui nous permet de dire que le manque de réaction des autorités africaines face aux dégazages sauvages des navires croisant dans les eaux du golfe de Guinée ne relève pas seulement de l’incompétence ou de l’impuissance mais d’une forme d’inconscience propre à l’esprit du sous-développé.

            En affirmant cela, nous abordons l’un des points les plus effrayants du sou-développement. Il y a en effet dans les pays sous-développés une sorte d’inconscience collective qui fait que ce qui paraît évident ne l’est pas. Pour mieux comprendre cette attitude, il convient de la rapprocher de la définition de l’Utopie selon l’écrivain français Stendhal : les utopies sont souvent des vérités prématurées, dit-il. Il semble en effet que devant la vérité brute, l’esprit humain qui la reconnaît refuse d’en faire sienne en appliquant les règles qu’elle impose. Tout le monde voit la vérité mais personne ne veut agir, dira-t-on. Une sorte d’inadéquation entre l’esprit humain et la vérité parce que le premier refuse de suivre la dernière qu’il admire. Ainsi tout le monde est d’avis que pour rendre la vie plus agréable et moins coûteuse, il serait nécessaire que chacun cède sa maison pour occuper celle qui est la plus proche de son lieu de travail. Mais devant une telle évidente vérité, chacun fera valoir des arguments flattant son égoïsme au point de rendre le projet utopique en le faisant tomber dans le domaine du rêve irréalisable.   

            C’est donc ainsi que cette inconscience collective produit des effets fort étonnants en Afrique : On voit des rues bordées d’arbres dans les grandes villes européennes mais pas dans les villes situées sous les tropiques où la végétation est bien dense. On voit des parcs publics immenses aux arbres gigantesques, mais pas sous les tropiques. On voit des pistes cyclables dans les villes riches du Nord mais pas dans les villes pauvres du sud où les populations ont du mal à s’offrir des voitures personnelles ou même les voyages en transport en commun. En Europe, les noms des rues évoquent la mémoire des hommes illustres de ce continent. En Afrique, ils rappellent toujours les immortels Européens. Le lecteur peut lui-même multiplier aisément les exemples illustrant cette situation aberrante que connaissent les pays sous-développés de manière plus aiguë que toute autre nation.

            Nous voyons donc clairement que si certains éléments du sous-développement sont liés aux moyens dont il faut disposer, donc à une certaine richesse monétaire, technique et scientifique, globalement cet état tient plus à une certaine façon de fonctionner, de penser. En d’autres termes, le sou-développement n’est pas une fatalité puisque la volonté peut s’appliquer à réparer bon nombre d’aberrations sans porter atteinte aux libertés individuelles fondamentales.

 

Raphaël ADJOBI

Posté par St_Ralph à 10:18 - Actualités Monde - Commentaires [10] - Permalien [#]

08 septembre 2008

De Sang et d'ébène

De_sang_et_d__b_ne__Donna_L_on_          De sang et d’ébène

                       (Roman)

            « Venise, un soir d’hiver, un vendeur à la sauvette africain est assassiné. […] Un groupe de touristes américains était sur place, marchandant les contrefaçons de sacs de marque, mais personne n’a rien vu qui puisse aider la police. Le commissaire Brunetti est chargé de l’enquête ».

            De sang et d’ébène est un livre policier très instructif qui nous découvre des aspects de l’immigration clandestine et par la même occasion le monde des sans-papiers vivant dans des squats insalubres. Il nous découvre aussi le visage de la contrefaçon, celui des diamantaires, celui aussi d’une société italienne dont les tricheries dans le domaine de la confection et de l’immobilier entretient tout un peuple étranger dans l’illégalité. 

            Ce livre est admirable par la justesse de la peinture sociale à travers laquelle s’affrontent humanisme et racisme primaire par le biais des opinions et des comportements des Européens blancs à l’égard des Noirs.

            Mais rapprochons le contenu du livre de l’Afrique. Le commerce des vendeurs ambulants en Europe comme en Afrique est un commerce parallèle aux mains des grands commerçants qui ont pignon sur rue. Pour l’auteur c’est une évidence. On peut alors imaginer qu’en Afrique noir, ce sont les Libanais, qui, pour ne pas payer des taxes pour plusieurs magasins qu’ils pourraient ouvrir, décident de n’en ouvrir qu’un et lancer le reste de leur commerce sur le marché ambulant. C’est une façon très simple pour ces entrepreneurs étrangers de faire des économies en évitant les taxes officielles. C’est simple, mais il fallait y penser.      

Raphaël ADJOBI    

Auteur : Donna Leon

Editeur : Calmman-Lévy

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