Lectures, analyses et réflexions de Raphaël

Vous trouverez ici des comptes rendus de lectures livresques concernant essentiellement l'histoire des Noirs d'Afrique et celle des Afrodescendants des Amériques et d'Europe. Les actualités de la diaspora africaine ne sont pas oubliées.

24 mai 2017

La victoire du nègre (Daniel Picouly)

                               La victoire du nègre

                                                (Daniel Picouly)

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            Voici l’histoire la plus retentissante après l’invention du racisme proclamant la suprématie blanche dans tous les domaines, surtout physique et intellectuel. Peu après l’abolition de l’esclavage, la boxe, ce sport qualifié de « noble art », était « l’un des seuls endroits où Blancs et Noirs pouvaient s’affronter sur un pied d’égalité » ; égalité bien sûre inconcevable dans la conscience des Blancs et donc impossible à établir. Or, un jour, un noir est venu balayer toutes les théories pseudo-scientifiques, socle des convictions racistes sur lesquelles devaient prospérer la suprématie blanche durant des siècles et des siècles. Voici donc l’histoire que nos parents et grands-parents ne nous ont jamais racontée et que nous n’entretenons pas pour la postérité.

            On nous parle sans cesse de Jesse Owen parce que l’Occident a besoin d’exemple éclatant pour humilier Adolf Hitler et l’Allemagne nazie. Car Hitler, ce n’est pas l’Occident ; c’est non seulement l’incarnation du racisme absolu, mais encore l’ennemi politique de l’Occident. L’Amérique par contre, si elle est une autre incarnation du racisme absolu, elle est une alliée politique. Cela change tout ! Aussi, un nègre qui humilie l’Allemagne nazie propagatrice de la suprématie aryenne peut être sans cesse loué , tandis qu’un nègre qui humilie l’Amérique, chantre de la suprématie blanche et de la ségrégation raciale, mérite de ne pas être mis en valeur mais doit au contraire demeurer dans l’ombre.

Par Oliver W

            Vous connaissez l’Allemagne nazie humiliée par Jesse Owen ; voici l’Amérique raciste et ségrégationniste humiliée par Jack Johnson ! La victoire du nègre montre comment l’Amérique blanche et Jack Johnson ont vécu, chacun de son côté, l’événement.

            En nous plongeant d’une part dans les actualités américaines et d’autre part dans la conscience du héros noir, Daniel Picouly nous permet de visiter les lois racistes américaines dans leurs caractères les plus perfides. Saviez-vous par exemple que jusqu’en 1960, un Blanc qui tuait un Noir ne commettait pas un crime condamnable ? Saviez-vous qu’un Noir qui passait d’un état à un autre accompagné d’une Blanche allait en prison parce qu’il pratiquait de manière évidente la traite des Blanches ? Voici, à travers un héros noir, l’Amérique d’hier qui nous fait comprendre celle d’aujourd’hui.

Raphaël ADJOBI

Titre : La victoire du nègre, 168 pages.

Auteur : Daniel Picouly

Editeur : Flammarion, 2017 ; collection Incipit.

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18 mai 2017

Plus jamais esclaves ! (Aline Helg)

                          Plus jamais esclaves !

                         De l’insoumission à la révolte,

                       le grand récit d’une émancipation 1492 – 1838

                                            (par Aline Helg)

Plus jamais esclave 0001

            Voici le livre que tous ceux qui disent s’intéresser à l’esclavage des Noirs dans les Amériques et à son abolition doivent absolument lire. Un impératif intellectuel incontournable ! C’est le premier livre qui montre les différentes pratiques esclavagistes dans le Nouveau Monde et les différentes techniques utilisées par les esclaves, du XVIe au XIXe siècle, pour obtenir leur liberté.

            Dans Plus jamais esclaves ! Aline Helg montre qu’il y a des différences dans le traitement des esclaves dans chaque colonie ; et cela selon le royaume européen dont elle dépend. Ces différences de traitement expliquent par exemple pourquoi il y a plus d’infanticides et plus de révoltes dans les colonies françaises, anglaises ou néerlandaises que dans les colonies espagnoles ou portugaises. D’autre part, l'auteur montre que le marronnage ou la fuite est le moyen privilégié par les esclaves pour recouvrer leur liberté et non pas la révolte comme certains colons le faisaient croire à leur royaume ; car contre des soldats européens bien armés et entraînés, les esclaves disposant au mieux de machettes et de bâtons savaient qu’ils n’avaient aucune chance lors des rares insurrections qui se terminaient toujours par des massacres et des mises à mort théâtrales et atroces. Même si les rebellions se sont multipliées à la fin du XVIIIe et surtout au début du XIXe siècle, Aline Helg note que « un peu partout, l’approche de l’abolition suscita une recrudescence de fuites, montrant que beaucoup d’esclaves voulaient gagner leur liberté avec leurs pieds plutôt que de la recevoir passivement des mains d’un maître auquel ils ne faisaient pas confiance ».

            Outre le marronnage ou la fuite, l’engagement militaire et l’achat de leur liberté constituaient pour les esclaves des moyens légaux par lesquels ils sortaient de la servitude que leur imposaient les Blancs. Les exemples abondent dans ces deux domaines. C’est ainsi que l’on découvre que le Mexique et le Chili ont été conquis par des soldats Noirs en échange de leur liberté.

            Ce livre fait surtout apparaître de manière éclatante pourquoi l’esclavage des Noirs dans les Amériques a été d’une brutalité inimaginable et sûrement jamais égalée. « Partout minoritaires, [les Blancs] vivaient dans l’angoisse [que] les Indiens pouvaient surgir à tout moment de l’arrière-pays, tandis que les Africains […] dont ils connaissaient la soif de la liberté, les entouraient jusque dans l’intimité de leurs foyers […] Dans ce contexte inquiétant, ils transformèrent souvent les manifestations discrètes de mécontentement d’esclaves en conspirations qu’ils assimilèrent ensuite à des révoltes et réprimèrent cruellement. » Et quand une décision venant de l’Europe n’était pas du goût des colons esclavagistes, ils « initiaient eux-mêmes des rumeurs de complots » pour ensuite se livrer à des condamnations atroces ; toujours les mêmes : les prétendus conspirateurs ou rebelles étaient brûlés vifs, décapités, pendus ou flagellés, avec femmes et enfants. Les propriétaires d’esclaves sacrifiés pour ces faux complots étaient ensuite indemnisés.

Riche en exemples, très détaillé et profond en analyses, ce livre devient vite un bréviaire.

Raphaël ADJOBI

Titre : Plus jamais esclave ! 413 pages.

Auteur : Aline Helg

Editeur : Editions La Découverte, 2016

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13 mai 2017

La France noire commémore l'abolition de l'esclavage à Joigny - 2017

                     La France noire commémore

                     l'abolition de l'esclavage à Joigny

En attendant les images de la cérémonie, voici le reportage de France3 Bourgogne.

 

Capture Commémoration

 http://france3-regions.francetvinfo.fr/bourgogne-franche-comte/yonne/joigny-exposition-mieux-comprendre-abolition-esclavage-1251427.html

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05 mai 2017

Commémoration de l'abolition de l'esclavage 2017 à Joigny

     L'affiche officielle de la commémoration de l'abolition

                            de l'esclavage 2017 à Joigny

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     La commémoration de l’abolition de l’esclavage à Joigny est un moment très original. Outre les deux discours d’usage, le public est invité à découvrir une exposition. Cette année, celle qui lui sera proposée est exceptionnelle parce qu’elle montre pour la première fois les résistances africaines à la traite et les luttes des esclaves pour leur liberté dans les Amériques. Par ailleurs, la cérémonie est animée par une chorale. Nous avons été accompagnés l’année dernière par le groupe Ébène. Cette année, c’est la chorale Les Croq’notes de Brion dirigée par Christian Loubat qui a accepté d’animer la cérémonie. D’avance nous disons merci aux choristes et à leur chef.

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Raphaël ADJOBI

 

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29 avril 2017

Jardin des colonies (Thomas B. Reverdy et Sylvain Venayre)

                Jardin des colonies

                (Thomas B. Reverdy & Sylvain Venayre)

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            Jardin des colonies est un roman tout à fait original. Qui aurait imaginé qu’une conversation entre deux personnes visitant un jardin pouvait constituer un roman passionnant ? Eh bien, c’est la prouesse que Thomas Reverdy et Sylvain Venayre réalisent avec Jardin des colonies. Mais reconnaissons tout de suite que c’est le lieu de la promenade et sujet de cette conversation qui intrigue, interroge et passionne.

            Nous savons tous qu’évoquer le passé colonial de la France suscite immédiatement les envolées lyriques des politiciens de droite qui se croient obligés de penser à la place des populations et par conséquent leur indiquent souvent comment elles doivent lire et comprendre notre Histoire. Certains parmi eux clament haut et fort les bienfaits de la colonisation et d'autres considèrent celle-ci comme un partage de culture. C’est dire que les uns et les autres veulent nous laisser croire qu’ils rêvent de voir la France colonisée par un autre peuple afin de jouir des trésors cachés de l’impérialisme subi. Comme je l'ai écrit ailleurs, ils semblent de toute évidence regretter l’échec de la tentative de colonisation de la France par l’Allemagne nazie.

            Malgré cette apologie du colonialisme français par des politiques qui semblent ne pas voir passer le temps et évoluer les pensées, nous découvrons avec ce roman que dans les faits la France est profondément honteuse de son passé colonial.

            Oui, la France ne sait pas quoi faire de tous les vestiges qui témoignent de façon trop insolente de l'affirmation de sa supériorité sur d’autres peuples, sur d’autres cultures ; sentiment qui l’avait conduite non seulement au pillage de ses colonies mais encore à asseoir des théories que l’on a du mal à croire aujourd’hui sorties de l’esprit de personnes douées de raison. La honte qu’éprouve la France par rapport à ce passé se voit dans l’abandon des monuments de cette époque coloniale dans le jardin de Nogent. Ce « jardin colonial » administré par Jean Thadée au début du XXe siècle et qui célébrait la gloire de l’empire français présente aujourd’hui quelque chose de honteux pour notre conscience républicaine et de profondément blessant pour la laborieuse construction de notre fraternité nationale*. Aussi, de même que « La chasse au nègre » - la sculpture de Félix Martin évoquant la brutalité des esclavagistes européens dans les colonies - avait été débaptisée pour devenir « Un noir attaqué par un molosse », de même le « Jardin des colonies » est devenu aujourd’hui le « Jardin d’agronomie tropicale ». La France semble dire : Cachez-moi ce passé que je ne saurais voir !

            Les vestiges du passé colonial de la France devenus indubitablement encombrants sont donc la trame de ce roman très instructif. Un récit agréable plein de belles réflexions sur la puissance et la gloire coloniales, la représentation de l’autre dans l’Histoire, les jugements de valeur hâtivement prononcés… Un roman qui donne envie de découvrir le « Jardin des colonies » à Nogent dans l’importante parcelle du bois de Vincennes qui lui est concédée. Un vrai livre d'histoire.

* Je paraphrase ici la formule qui justifiait aux yeux de l'état le changement du nom de la sculpture de Félix Martin.

Raphaël ADJOBI

Auteur : Thomas B. Reverdy& Sylvain Venayre

Titre : Jardin des colonies,206 pages

Editeur : Flammarion, 2017.    

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24 avril 2017

Le parti socialiste, les Noirs Français et Jean-Luc Mélenchon

              Le parti socialiste, les Noirs Français
                             et Jean-Luc Mélenchon

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Le rêve de beaucoup que portait Jean-Luc Mélenchon s'est brisé. Nous avons une fois encore le changement dans la continuité. Ma seule satisfaction, c'est d'avoir vu la mort du parti socialiste avant les socialistes eux-mêmes. J'ai publié l'article ci-dessous le samedi 22 avril, c'est-à-dire la veille du premier tour des élections présidentielles 2017. Mais cet article faisait écho à un autre écrit en 2013 dans lequel je disais : "ou les socialistes se réveillent ou ils disparaissent".
                   
          Le parti socialiste est mort depuis longtemps mais ses dirigeants l’ignorent. La maison socialiste a d’abord été désertée par ceux qui faisaient sa force, c’est-à-dire ses partisans et ses sympathisants qui sont ses électeurs ; puis le temps a fait le reste, comme il convient à toute maison abandonnée : sa ruine était devenue visible et inéluctable.

          La seule question qui mérite d’être posée est donc celle-ci : pourquoi cette belle maison a-t-elle été désertée ? Cette question permet d’aller à l’essentiel qui se résume à ce constat : le parti socialiste n’a plus d’idéal ! Il n’a plus cet élément galvaniseur permettant à tous les partisans et sympathisants d’un mouvement politique de regarder dans la même direction, cet idéal vers lequel on tend ses forces et ses désirs en toute circonstance. Et un parti politique sans idéal est comme un navire sans boussole et sans cap à viser.

           A vrai dire, le parti socialiste a renoncé à son idéal en vendant son âme au capital, aux financiers ! Comme tous les présidents, un président issue des rangs socialistes n’est plus qu’un démarcheur à la solde des entreprises françaises. La horde de financiers que François Hollande traîne dans son sillage lors de chacun de ses déplacements à l’étranger en est la preuve flagrante. Sur le plan national comme sur le plan international, plus rien ne distingue un président socialiste d’un président de la droite financière ou aristocratique.

           En 2013, je faisais déjà remarquer que les socialistes ne portaient plus aucun espoir, qu'ils vivaient une véritable crise morale parce qu'ils s’étaient éloignés de leurs valeurs premières (1) : la construction d’une humanité plus juste, la défense du faible contre le puissant, du pauvre contre le riche ! Non contents de fouler au pied l’idéal social et humain qui caractérise le socialisme, les élus de cette belle maison déjà en décrépitude se sont permis un acte de traîtrise hier inimaginable : c’est en chœur et dans l’enthousiasme qu’ils ont livré leur camarade ivoirien Laurent Gbagbo à la droite chiraquienne et sarkozyenne pour être immolé sur l’autel de leurs amis financiers. Les Noirs Français n'oublieront jamais cette énième humiliation infligée à l'Afrique. D'ailleurs, ce pas franchi, plus rien n'aura de la valeur aux yeux des socialistes.

           Jamais dans l’histoire de la France les partisans d’un président en exercice n’ont montré autant d’indifférence à son égard. Oui, depuis que ceux que l’on a appelés « les frondeurs » - parce qu’ils tentaient de le raisonner – l’ont quitté, François Hollande est apparu comme vidé de sa substance ; il est devenu un homme fade, insipide, sans intérêt. Alors il a sombré dans l’incohérence croyant susciter un nouvel intérêt : Manuel Valls dont le projet de gouvernement n‘avait obtenu que 5% d’adhésion aux primaires du parti socialiste fut appelé pour appliquer son programme. Être ridicule ou risible n’a plus d’importance pour un socialiste ! De toutes les façons, à pied, à vélo ou en scooter, François Hollande ne rencontre que des quolibets. Alors essayer un programme qui n’a recueilli que 5% d’adhésion des membres de son parti...

           A l’approche des élections présidentielles de 2017, les socialistes avaient cru avoir mis un peu d’ordre dans la maison en recourant à la nouvelle tradition de la pseudo démocratie française avec l’organisation des primaires qui ont vu triompher Benoît Hamon. A l’issue de cette épreuve, on s’attendait à les voir tous en rang serrés derrière leur porte-étendard ; même si le cœur n’y était pas vraiment. La discipline, c’est rassurant ; on le sait.
          Malheureusement, comme plus rien n’a de la valeur dans la maison socialiste, tout le monde a déserté les rangs, laissant Benoît Hamon agiter tout seul piteusement une bannière devenue un épouvantail. Et qui a été le premier à quitter les rangs ? Monsieur 5%, bien sûr ! Il a précipitamment rejoint Emmanuel Macron qui ne s’était pas suffisamment estimé socialiste pour concourir avec ceux que l’on croyait les siens. Maintenant que tous les déserteurs ont trouvé un refuge, ils crient sur tous les toits que Benoît Hamon fait mal le boulot, qu’il n’est pas suffisamment percutant, qu’il est inaudible. Ils sont comme ça les socialistes : ils vous plantent un couteau dans le dos puis vous accusent d’être moribond.

           Puisque plus rien ne distingue un gouvernement de gauche socialiste d’un gouvernement de droite capitaliste, il faut absolument changer le système qui a permis de fondre tous les hommes politiques dans un moule affairiste peu respectueux de la parole donnée, de la condition sociale ainsi que de l'humanité de l’autre. Il faut changer de république !

           Oui, Jean-Luc Mélenchon a raison sur toute la ligne. Cela fait des années que tout le monde s’accorde à dire qu’il n’est pas normal qu’un président ait le droit de disposer librement de notre armée hors de nos frontières sans que nos élus aient leur mot à dire. Nous ne sommes en guerre avec aucun pays africain et pourtant nous entretenons des milliers de soldats dans chacun d'eux tout en négligeant nos propres frontières. Cela fait des décennies que tout le monde dénonce la perpétuation d'une élite dans la haute sphère de l’État grâce à un système qui permet aux pauvres de croire que les riches sont leurs bienfaiteurs et qu'ils doivent les entretenir pour pouvoir continuer à vivre. Puisque les socialistes sont arrivés à aimer ce « coup d’État permanent » mis en place par la droite au point où ils n’ont jamais jugé utile de modifier aucun de ses rouages, ils se sont définitivement disqualifiés aux yeux de tous ceux qui sont soucieux d'une société plus juste et plus respectueuse de l'autre. Noirs de France, refusons le fonctionnement de la cinquième République et déclarons avec Jean-Luc Mélenchon que nous sommes « La France insoumise ! »

           Il ne faut jamais renoncer à ses rêves ! Parce que Jean-Luc Mélenchon est le seul candidat à ne pas considérer les Noirs Français comme une génération spontanée sortie de nulle part, parce qu'il est respectueux de la contribution de leurs ancêtres à l'Histoire de France, prenons le pouvoir avec lui ! Et si demain nos efforts pour atteindre nos rêves s’avèrent vains, nous aurons le mérite aux yeux de tous d’avoir essayé. Poursuivons donc avec Jean-Luc Mélenchon le rêve d’une société française plus juste et d’une relation avec le reste du monde plus humaine, moins arrogante. Vite, la sixième République !

(1) La crise morale des socialistes français et le camarade Laurent Gbagbo.

Raphaël ADJOBI

En savoir plus sur http://leblogpolitiquederaphael.ivoire-blog.com/archive/2017/04/22/le-parti-socialiste-les-noirs-francais-et-jean-luc-melanchon-471175.html#kJV5dIsuRAAYLbe2.99

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15 avril 2017

La France noire appelle à la commémoration de l'abolition de l'esclavage 2017 à Joigny !

        La France noire appelle à la commémoration

             de l'abolition de l'esclavage 2017 à Joigny

 

Prospectus 2017 0003

La France noire a le plaisir de vous appeler à la deuxième cérémonie de commémoration de l'abolition de l'esclavage qui aura lieu le 10 mai 2017 sous le patronage de Monsieur Bernard Moraine, maire de Joigny. La manifestation sera animée par la chorale Croq'Notes de Brion.

L'exposition sur la traite et l'esclavage des Noirs dans les Amériques sera présentée au public ce jour-là et sera visible dans le hall de la mairie jusqu'au 16 mai. Elle sera ensuite à la disposition des lycées et collèges. Les enseignants et les responsables des centres de documentation et d'information (CDI) intéressés peuvent dès maintenant prendre contact avec La France noire.

Notre exposition, à caractère pédagogique, a la particularité de mettre l'accent sur les résistances africaines à la traite ainsi que les procédés par lesquels les esclaves obtenaient leur liberté avant les abolitions officielles.

  Le président

Raphaël ADJOBI

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06 avril 2017

L'Africain du Groenland (Tété-Michel Kpomassie)

                                L’Africain du Groenland

                                    (Tété-Michel Kpomassie)

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            La lecture de ce livre élargit grandement notre horizon à la fois physique et humain ; il nous permet de mieux connaître notre propre dimension dans ce monde. Oui, en ce XXIe siècle, il est encore possible d’éprouver ce sentiment grâce à la qualité de ce récit de voyage que nous propose Tété-Michel Pkomassie. Un récit dont l'esprit se situe très loin de celui qui a permis aux Européens voyageurs des siècles passés de conclure à la supériorité de leur civilisation sur les peuples lointains.

            Rarement une aventure humaine s’est avérée immédiatement formatrice de la conscience particulière et universelle. Tété-Michel nous confirme très rapidement, par exemple, que sur toutes les îles du monde – ou les terres les plus isolées – les grandes puissances occidentales versent des allocations aux autochtones valides pour qu’ils acceptent que leurs territoires soient à elles. Dénaturer les autochtones en les rendant inutiles à eux-mêmes dans leur cadre naturel est l’un des premiers enseignements que nous retenons de ce livre. « Jusque dans l’Arctique, tu n’es qu’un vain mot, ô égalité ! » s’écrie-t-il.

            Outre ce constat, ce livre a deux intérêts essentiels qui méritent que chacun le lise avec une grande attention. C’est avant tout le premier travail ethnographique accompli par un Africain hors de son continent, et surtout dans une zone du monde où sûrement aucun autre Noir n’a rêvé de vivre. Ajoutons à cela que le regard de l'Africain s’attache ici à des choses que l'Européen aurait sûrement négligées.

            En effet, ce livre n’est pas le récit d’une expérience humaine dans une contrée que tout le monde imagine hostile ; en d’autres termes, ce n’est pas le récit d’un exploit mais celui de la découverte de la vie humaine adaptée à un univers particulier où tout est glace et icebergs ! Tété-Michel Kpomassie nous plonge dans la vie quotidienne et les traditions des Inuit du Groenland et établit des relations – non pas des comparaisons – avec les coutumes africaines de son Togo natal. Avec ce livre, le dépaysement commence à la porte de chacune des maisons des Inuit !

            L’autre intérêt du livre réside dans le chemin parcouru par le narrateur depuis que, à seize ans, il a pris la décision de gagner le Groenland et a commencé à mettre en œuvre les moyens de réaliser ce projet. Contrairement à toute attente, ce n’est pas la grande volonté du jeune homme et les efforts qu’il déploie qui séduisent mais les rencontres humaines faites hors d’Afrique, précisément en France ! Le lecteur africain en particulier découvrira une qualité humaine qui fait grandement défaut au continent noir en ces temps modernes : l’altruisme s’exprimant sous la forme de la philanthropie.

            On est tenté de souhaiter « bon voyage et bonne découverte ! » à tous ceux qui, un jour, tiendront ce livre entre les mains. Avec L’Africain du Groenland, le monde des Esquimaux ne rime pas avec des traîneaux tirés par des chiens beaux et courageux, image de la littérature classique européenne. C’est une vie palpitante, drôle, surprenante et parfois amusante qui nous est racontée ici. On retient aussi que pour accomplir une grande œuvre, il faut presque toujours une belle rencontre !

Raphaël ADJOBI

Titre : L’Africain du Groenland, 434 pages (Préface de Jean Malaurie)

Auteur : Tété-Michel Kpomassie

Editeur : Arthaud (poche), mars 2015/ 1ère édition : Flammarion, 1981.

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30 mars 2017

Guyane : le courroux de Kourou, sous le regard d'Ariane !

  Guyane : le courroux de Kourou, sous le regard d’Ariane !

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            Quelle honte pour la France ! Il faut vraiment ne pas avoir le sens de la dignité pour s’exposer effrontément dans la merde des nègres avec des bijoux en or ! Il faut avoir le colonialisme vissé au cœur pour braver ainsi le jugement de la terre entière en brandissant haut le sceptre de l’excellence alors qu’on a les pieds dans la fange.

            Kourou ! Même les Français métropolitains réputés pour leur ignorance en géographie associent ce nom à la Guyane. Bien sûr, certains croient que ce département français est une île africaine ; mais une chose est certaine : ils savent que cette cité, ce village ou ce hameau nègre abrite la base de lancement de la fusée Ariane qui fait notre fierté nationale.

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            Kourou, orgueil de la France ! Kourou, la prunelle des yeux de notre Ariane que nous confondons  inconsciemment ou consciemment – parce que cela fait du bien – avec notre chère et tendre Marianne. Après tout, au son, il n’y a que la lettre « M » qui les distingue ; la faute sûrement à un nègre du coin qui avait du mal à prononcer le nom de notre déesse républicaine.

            En effet, nous nous imaginions tous Kourou comme  le bled le plus magnifique de France ; le plus beau hameau, le plus beau village, la plus belle ville…. Qu’importe, un cadre de vie qui bénéficie des largesses de la reine Ariane, comme cela sied à tous les pauvres qui vivent à l’ombre des reines et des rois.

            Quelle ne fut pas notre stupéfaction à la vue des rues défoncées, inondées, les maisons aux tôles froissées… ! Que dis-je, la misère au pied de notre gloire républicaine, de notre instrument de conquête spatiale ! Mon Dieu ! Trois fois, j’ai dit « mon Dieu ! ». Trois fois, j’ai dit « non ! » Trois fois, j’ai dit « incroyable ! »

            Bien sûr, les habitants de Kourou ne sont pas des ingénieurs employés à la station spatiale. Bien sûr, cette population n’est pas blanche ; elle est nègre ou presque et descendante d’esclaves, et par conséquent digne du mépris habituel des dirigeants et décideurs de la République. Mais quand on est roi ou reine – ou que l’on croit en avoir les attributs – on prend soin d’habiller correctement ses domestiques nègres ou presque, ne serait-ce que pour faire bonne figure devant ses visiteurs et invités. Par cette attention singulière, on signifie à ceux-ci qu’on est suffisamment à l’aise pour prendre soin de sa valetaille au point de lui faire préférer notre domination plutôt que celle de n’importe qui d’autre.

            Eh bien, NON ! La France n’a même pas le sens de cet orgueil-là ! Quelle honte pour Ariane, pour Marianne, pour chacun de nous ! Kourou ou la Guyane, c'est toujours l'image du "Blanc-France"  en territoire conquis ! Nous comprenons donc que ces Noirs ou presque Noirs "lassés de manger leur âme en salade et de subir crachats, insultes, méprisations, ricanenements, claironnent qu'en terre créole, seule la folie est raisonnable, oui." (Raphaël Confiant, in Case à Chine).    

Raphaël ADJOBI

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28 mars 2017

Petit pays (Gaël FAYE)

                                           Petit pays

                                              (Gaël Faye)             

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                « De quel pays es-tu ? » Un jeune métis français n’échappe pas à cette « question banale, convenue, passage obligé pour aller plus loin dans la relation » à laquelle les Français blancs soumettent quotidiennement leurs compatriotes noirs. Et puisque « (sa) peau caramel est souvent sommée de montrer patte blanche en déclinant son pedigree », Gaël Faye a décidé d’aller plus loin en remontant lentement, posément, dans les moments les plus heureux et les plus terribles de son enfance.

            Petit pays est le récit de cette enfance menée dans un minuscule pays africain : le Burundi ; pays voisin d’un autre encore plus petit et dont le nom évoque dans la conscience collective le génocide des Tutsis, le Rwanda. On comprend tout de suite que cette enfance burundaise sera imprégnée des événements survenus dans le pays voisin ; surtout quand on découvre l'identité de la mère du narrateur.

            Toute la beauté du livre tient au fait que c’est le bonheur de la vie quotidienne d’un garçon immergé dans les différentes activités de sa bande de quartier qui domine le récit. En effet, Gaël Faye nous plonge dans le rythme infernal d’une enfance africaine faite de liberté, de chapardages de fruits, de tours pendables joués aux voisins ; une vie de grande camaraderie qui semble préserver les enfants de l’ambiance parfois pesante ou énigmatique de chacune de leur famille. Puisque c’est un univers d’enfants qui nous est donné et non pas celui des adultes, on finit par croire que le livre est destiné à de jeunes lecteurs. Et c’est à ce moment-là que se produit l’irréparable de manière crue, violente, inimaginable !

            On quitte alors le livre en se disant : « ce n’est pas vrai ! Non, ce n’est pas possible ! » Et pourtant… La guerre ne se vit pas seulement au front, dans une forêt lointaine, une tranchée lugubre et humide, une plaine immense aux collines menaçantes, une ville aux tours déchiquetées. La guerre semble encore plus effroyable quand elle est partout mais invisible, quand on la côtoie quotidiennement sans la voir vraiment jusqu’au jour où tout s’écroule.

            Ce premier roman de Gaël Faye est à la fois surprenant par son intensité – surtout dans les derniers chapitres – et très émouvant. On en ressort sans voix.

Raphaël ADJOBI

Titre : Petit pays, 216 pages 

Auteur : Gaël FAYE

Editeur : Editions Grasset et Fasquelle, 2016

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