Lectures, analyses et réflexions de Raphaël

Vous trouverez ici des comptes rendus de lectures livresques concernant essentiellement l'histoire des Noirs d'Afrique et celle des Afrodescendants des Amériques et d'Europe. Les actualités de la diaspora africaine ne sont pas oubliées.

07 décembre 2019

Mamadou Koulibaly enfin à la hauteur des attentes des Ivoiriens et des Africains !

Mamadou Koulibaly enfin à la hauteur des attentes

                des Ivoiriens et des Africains

Mamadou Koulibaly 3

            Depuis un ou deux ans, Monsieur Mamadou Koulibaly - président de LIDER, parti ivoirien - se distinguait des autres dirigeants de parti par ses comptes rendus réguliers de la situation politique de son pays tout en y ajoutant ses réflexions personnelles et ses projets de remplacement. Un travail sérieux qui retenait l'attention de nombreux Ivoiriens. Mais l'homme restait dans l'esprit de beaucoup le compagnon de route du président Laurent Gbagbo ayant quitté le navire au moment de la tempête. Il restait surtout dans l'esprit de ses amis de l'opposition le privilégié d'Alassane Ouattara. En effet, Mamadou Koulibaly était celui qui pouvait se permettre de critiquer le régime du «rattrapage ethnique» sans jamais subir les mauvais traitements infligés aux autres ; patronyme nordiste oblige. Oui, il est du nord de la Côte d'Ivoire ; et dans une république qui a juré de venger les nordistes du pays, l'attaquer serait se renier pour Dramane Ouattara. Mamadou Koulibaly prospérait donc depuis presque dix ans sous la bienveillance du préfet français Dramane Ouattara. Même ses multiples interventions contre le Franc CFA n'ont pas été suffisantes pour redorer considérablement son blason afin de faire de lui l'étendard idéal de la conquête de la dignité de la Côte d'ivoire bafouée par le pouvoir actuel. 

            Mais voilà que depuis le début de ce mois de décembre 2019, les propos de son porte-parole, Madame Nathalie Yamb, lors du sommet de Sotchi en Russie, en octobre dernier, sont venus ébranler la fragile cohabitation de Mamadou Koulibaly avec le pouvoir ivoirien. Nathalie Yamb - de nationalité suisse et camerounaise - vient d'être expulsée de Côte d'Ivoire pour trouble à l'ordre public français. Est-ce le bannissement de sa collaboratrice suite à ses propos très appréciés par l'ensemble des Africains qui a poussé Mamadou Koulibaly à franchir la ligne qui vaut à tout africain le courroux de la France - maître de l'Afrique francophone et de ses multiples valets-présidents ? Il semble de toute évidence que cette expulsion qui coïncide avec les récents propos du président français demandant depuis Londres - après le sommet de l'Otan - aux chefs d'Etats africains de faire en sorte « que les voix qui suscitent, portent et divulguent ce qu'il appelle le sentiment antifrançais dans les pays francophones se taisent» a été le déclencheur de son dernier discours d'une tonalité nouvelle sur la scène politique africaine.    

            En tout cas, l'homme est allé droit au but et se présente désormais non pas en candidat à la présidence de son pays mais comme l'adversaire officiellement déclaré des «relations incestueuses entre l'Etat français et nos autorités.» Des relations qui, selon lui, «étouffent la démocratie, des relations qui étouffent les droits de l'homme, des relations qui étouffent la possibilité que nous devons avoir de demander des comptes à nos dirigeants, des relations qui étouffent l'expression plurielle» en Afrique francophone !   

             Même si Les propos du Malien Salif Kéïta ont déjà quelque peu ébranlé la sphère politique franco-africaine ces derniers jours - compte tenu de sa notoriété internationale - ils étaient  ceux d'un artiste partisan d'une contrée de l'Afrique en proie à un mal local. La preuve en est l'usage de la langue bambara lors de son discours. Mamadou Koulibaly, quant à lui, a trouvé les mots justes, au moment opportun ! On peut dire qu'il a osé se hisser au diapason des aspirations profondes de ses compatriotes et des Africains en général. Pour la première fois, un homme politique africain - chef de parti et aspirant à la direction de son pays - ose publiquement et officiellement interpeller le président de la République française pour lui faire comprendre le sentiment de son pays et de l'Afrique francophone à l'égard de la politique africaine de la France. «Monsieur le président, dit-il, nous avons le sentiment que vous êtes complice avec nos chefs d'Etat pour nous brimer ! » Et pour rendre plus explicite sa pensée, il a rappelé les passés esclavagiste, colonial et néo-colonial des aïeux et des prédécesseurs de Monsieur Macron afin qu'il comprenne que les jeunes africains d'aujourd'hui ne veulent plus de cette vie quotidienne se résumant à l'histoire douloureuse de l'Afrique qui se poursuit dans le présent. Cette audace vaut bien un emprisonnement par Ouattara - bien sûr en suivant les recommandations de l'Elysée. Mais Ouattara n'osera pas ; et Macron non plus n'osera pas demander à son préfet ivoirien cet affront à la Côte d'ivoire et à l'Afrique ! Tout simplement parce que toute réplique radicale serait une déclaration de guerre officielle aux jeunes africains désireux de tourner la page des Houphouët-Boigny, Ali Bongo, Konan Bédié, Konan Bany... Laurent Gbagbo s'est avancé dans le combat avec franchise et beaucoup de courtoisie. Mais il parlait aux Ivoiriens et aux Africains. Ces derniers étaient d'ailleurs peu nombreux à l'avoir suivi et soutenu. Certains étaient même contents du sort qui lui a été infligé pour son audace. Aujourd'hui, l'Afrique est prête parce que partout elle parle le même langage : le langage de la liberté et de la dignité. Mamadou Koulibaly l'a bien compris et a osé le dire clairement au président français et non aux Africains ! Il ne dit pas aux Africains «levez-vous» ; il dit au président français «vous devez cesser la politique de prédation et de déstabilisation de l'Afrique avec la complicité de nos dirigeants !»

            Monsieur Mamadou Koulibaly vient donc d'entrer dans l'histoire de l'Afrique. La grande différence avec ses prédécesseurs, c'est d'avoir choisi de s'adresser directement au président de la République française pour lui demander de cesser d'être celui qui confère aux chefs africains leur légitimité faisant d'eux des adversaires de leurs propres populations. Il a osé dire au président français qu'il n'y a pas en Afrique un sentiment antifrançais mais «un ras-le-bol, une révolte, un refus de la mainmise de l'Etat français sur nos autorités et par ricochet sur nos peuples». Il a eu l'audace de dire au président français «LET MY PEOPLE GO !» C'était simple ; mais il fallait y penser et le dire.                     

Raphaël ADJOBI

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02 décembre 2019

Nathalie Yamb, expulsée de la Côte d'Ivoire pour trouble à l'ordre public français !

          Nathalie Yamb, expulsée de la Côte d'Ivoire

           pour trouble à l'ordre public français !

Nathalie Yamb

           Madame Nathalie Yamb - jouissant de la double nationalité Suisse et camerounaise aux dires de certain - est sommée par la justice ivoirienne de quitter la Côte d'ivoire pour trouble à l'ordre public français ; et cela, suite à son intervention très remarquée contre la France lors du sommet Russie-Afrique à Sotchi les 23 et 24 octobre 2019. De toute évidence, sous un régime qui a horreur de toute forme d'opposition, les adversaires de son indéfectible ami la France ne peuvent qu'être considérés comme les adversaires de la Côte d'ivoire et donc dignes d'une expulsion.  

            Que Madame Nathalie Yamb - conseillère de monsieur Mamadou Coulibaly, fondateur et président du parti politique ivoirien LIDER - s'estime très heureuse de ne pas être Ivoirienne. La sanction aurait été d'une autre mesure ! Madame Yamb est une africaine et par conséquent elle a le droit de s'attaquer à n'importe quelle puissance étrangère qu'elle juge prédatrice de ce continent et de la vie quotidienne des siens. Ce qui surprend donc, c'est la décision prise par un pays africain de bannir de son territoire une africaine qui se bat pour sa souveraineté contre la France. Il est à retenir que la Côte d'Ivoire d'Alassane Ouattara vient de déclarer de manière officielle la lutte pour la disparition du Franc cfa, celle pour le démantèlement des bases militaires françaises en Afrique comme des "activités incompatibles avec son intérêt national" ! C'est en clair ce qui a été notifié à Madame nathalie Yamb pour justifier son expulsion de la terre ivoirienne. Edifiant ! 

            Aux dires de Madame Nathalie Yamb, le seul représentant d'un pays étranger à s'être pratiquement jeté sur elle pour proférer des reproches dès la fin de son intervention fut un officiel français. En d'autres termes, cet accrochage fut la première réprobation officielle qui a suivi un discours fort apprécié par les africains sur place et sur les réseaux sociaux. Et cette réprobation émanait de la France. C'est donc à la France que profite la sanction ivoirienne qui frappe Madame Nathalie Yamb. Force est de constater que ce sont des rabatteurs africains - des dozos ivoiriens, chasseurs du gibier humain - qui, poursuivant une longue tradition de collaborateurs des négriers blancs, se chargent de convoyer la marchandise nègre au pied de l'homme blanc.

            Quelle image très désagréable de l'Afrique ! Nous sommes curieux de savoir ce que ces autorités ivoiriennes - issues des dozos, chasseurs traditionnels du gibier humain - se disent chaque matin devant leur miroir au moment de se préparer à aller servir la France au lieu de l'Afrique, au lieu de leurs parents, de leurs enfants qui vont vivre sur cette terre d'Afrique qu'elles s'appliquent à livrer mains et pieds liés à la France ! Que se disent-ils ces Ivoiriens, ces Africains serviles au moment de trahir les leurs pour bénéficier en retour des caresses de l'occident ? Quelles images se déroulent-elles dans leur tête ? De la fierté ? Une absolue négation de leur couleur de peau et de leur terre natale ? 

            Peut-être qu'il y a des nègres qui ne pensent pas. Peut-être qu'il y a des Noirs qui ignorent par nature le sens de la dignité humaine qui vous oblige à défendre ce qui appartient au groupe auquel vous appartenez. Mourir dans son lit sans jamais avoir proféré une parole contre le sort fait aux siens, à sa terre, c'est quitter ce mode comme un objet jeté au rebut. Quelle mort abominable ! Que Dieu vous en préserve !

Raphaël ADJOBI            *Article légèrement modifiée suite à la publication de l'identité ivoirienne de Mme Yamb.

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25 novembre 2019

Architecture de la contre-révolution ou comment coloniser par l'habitat (Samia Henni)

             Architecture de la contre-révolution

       ou comment coloniser les populations par l'habitat

  (analyse de l'essai de Samia Henni par Xavier de Jarcy / Tlélérama)

Architecture de la contre-révolution

            Voilà une vérité qui devait être dite. Pendant la guerre d'Algérie, de 1954 à 1962, la France entreprit une contre-révolution par l'urbanisme. Pour soustraire les Algériens à l'influence du FLN (Front de libération nationale) et briser les structures sociales traditionnelles, l'armée déplaça plus d'un million de villageois et les parqua dans ce qu'il faut bien appeler des camps de concentration. Construits hors de toute légalité, ces alignements de baraques où les «populations musulmanes» survivaient dans des conditions désastreuses, furent officiellement nommées «centres de regroupement». L'une des grandes qualités de ce premier ouvrage de l'historienne de l'architecture Samia Henni est d'ailleurs de s'attarder sur le vocabulaire : pour étouffer le scandale, les «centres», à peine améliorés, furent rebaptisés «villages». 

            Mais ce n'était qu'un début. En 1958, sous prétexte de résorber les bidonvilles, Paris lança le plan Constantine pour occidentaliser la société algérienne à grande vitesse. Toute une bureaucratie s'appliqué à définir des types de logements par catégories supposées d'habitants : «musulmans non évolués», «musulmans peu évolués», "population musulmane ayant atteint un certain degré d'évolution». comme les colons européens rejetaient le style architectural néomauresque, on imposa les mêmes quartiers de tours de barres qu'en métropole - mais avec des appartements encore plus petits - en espérant qu'un nouveau mode de vie en naîtrait, fondé sur l'endettement bancaire et la consommation. 

            S'appuyant sur des archives inédites, des plans et des photographies, Samia Henni restitue d'une écriture limpide l'ambiance poisseuse de l'époque, avec ses généraux putschistes, ses technocrates parachutés, ses anciens fonctionnaires du régime de Vichy, dont Maurice Papon, préfet du département de Constantine. En mesurant la somme de cynisme et de bêtise mobilisée dans cette lamentable affaire, on est partagé entre le chagrin et la honte. En fin de compte, ce livre raconte que derrière le labyrinthe de sigles et d'acronymes ésotériques, sous le neutre vocable technicien,  des «sections administratives spécialisées» ou des «zones d'aménagement cordonné», se cache une arme politique terriblement puissante : l'urbanisme.

Xavier de Jarcy

Titre : Architecture de la contre-révolution, 352 pages

 Auteur : Samia Henni

Editeur : B42

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18 octobre 2019

Profanation d'une sépulture de l'ancienne Egypte ou la course au commerce des momies

  Profanation d'une séputure de l'ancienne Egypte

                ou la course au commerce des momies  

Exhumation de sarcophages en Egypte Oct

            Le mardi 15 octobre 2019, des sarcophages de plus d'une vingtaine de corps momifiés ont été découverts à Luxor, en Egypte. L'ensemble des sarcophages a été extrait d'une même sépulture semblable à une grande pièce à deux étages.

            Tomber par hasard sur un trésor ancien et vouloir en faire la jouissance à notre époque est la plus belle chose que l'on puisse souhaiter à quelqu'un. Ainsi les statues nègres de l'ancienne Egypte font le bonheur des musées arabes de L'Egypte actuelle et des musées européens, tandis que les statues nègres de l'ancien Mexique profite aux populations du Mexique actuel. Mais quand il s'agit d'exhumer, non pas des ossements trouvés à même le sol, mais des corps dont les peuples anciens ont pris soin de leur préparer un voyage hors du temps des hommes, tout cela pour en tirer un bénéfice financier, alors on atteint l'irrespect du repos des ancêtres des autres.

Exhumation de sarcophages 2

            Les peuples arabes et européens, dont les ancêtres ignoraient la science de la conservation des corps, se précipitent aujourd'hui comme des rapaces sur la moindre dépouille nègre pour en tirer un profit commercial. Quelle attitude macabre pour ces peuples qui ignorent le repos des anciens qui ne sont pas les leurs. 

            Aujourd'hui, il suffit de faire une inscription sur une tombe en Europe ou dans un pays arabe pour mériter la prison ou la décapitation. Mais les sépultures nègres - non pas des ossements trouvés en pleine terre - peuvent être ouvertes et les dépouilles exposées au regard sacrilège de la multitude, donc commercialisées. C'est dire que même mort, le nègre rapporte gros aux yeux des Blancs et des Arabes ! Personne n'ose imaginer les cercueils d'un caveau des anciens Grecs ou Romains ouverts et les corps exposés et distribués à travers le monde pour satisfaire la curiosité morbide des humains. 

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            Depuis le VIIe siècle de notre ère que les arabes occupent l'Egypte, ils n'ont jamais été capables de quelque invention ou production particulière qui les caractériserait. Depuis plus de treize siècles, ils ne vivent que de l'exploitation des corps des Noirs et des Georgiennes et autres femmes du Caucase. Maintenant, ils vivent des tombes des ancêtres des Noirs. Quand se mettront-ils enfin à créer quelque chose qui leur soit propre ?

            Que ceux qui, aujourd'hui, entretiennent jalousement les tombes de leurs aïeux et de leurs ancêtres retiennent cette leçon - si toutefois elle peut susciter en eux un semblant d'humanité : si tu veux que l'on respecte ton passé, respecte celui des autres. Sinon, commençons par imaginer dès maintenant notre Panthéon entre les mains d'un peuple vainqueur faisant  des corps de nos hommes illustres le même commerce macabre qui nous passionne aujourd'hui - s'agissant des momies nègres de l'ancienne Egypte.      

Raphaël ADJOBI

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01 octobre 2019

Batouala, véritable roman nègre (René Maran) - Une analyse de Raphaël ADJOBI

                                                    BATOUALA

                                           Véritable roman nègre

                                                      (René Maran)

Batouala - René Maran

Quand on sait que ce classique de la littérature française a obtenu le prix Goncourt en 1921, et surtout qu'il a provoqué une indignation générale dans les milieux politiques de l'époque, on le lit avec la fièvre d'y découvrir un récit enflammé contre la colonisation, cette entreprise de «destruction des cultures africaines et de leurs modes d'expression» afin d'imprimer dans la conscience des Noirs "la supériorité de la culture occidentale". A vrai dire, cette critique est bien timide, pour ne pas dire à peine perceptible.

            Il est donc nécessaire de se plonger dans le contexte historique pour comprendre pourquoi Batouala a été à la fois salué par un prix et des cris d'horreur. En effet, à l'époque des expositions coloniales célébrant le rayonnement de son empire colonial, à l'heure où de nombreux intellectuels étaient convaincus du devoir de la France de civiliser les peuples de ses colonies africaines, présenter cette entreprise comme celle de la destruction des cultures africaines semblait alors totalement irrévérencieux et même antipatriotique.

            C'est donc cette singularité du discours introduisant ce récit - plus que le bref passage du livre où les Noirs jugent les colons - qui a retenti comme une détonation dans le beau paysage de l'esprit colonial de l'époque. En effet, si avant Cheik Hamidou Kane, avec L'aventure ambiguë (1961), René Maran a été le premier Français à faire des Noirs des personnages principaux jugeant les Blancs - les personnages secondaires - il a surtout été le premier, avant Aimé Césaire avec son Discours sur le colonialisme (1950), à pourfendre le colonialisme dans l'introduction de Batouala. C'est cette audace de René Maran qui lui a coûté son poste d'administrateur des colonies en Oubangui (actuelle Centrafrique) et a fait de lui l'un des précurseurs de la négritude.

© Raphaël ADJOBI

Titre : Batouala, 186 pages

Auteur : René Maran

Editeur : Magnard, Classiques contemporains, 2002.  

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26 août 2019

La lecture, cette bienfaisante richesse que l'on néglige !

    La lecture, cette bienfaisante richesse que l'on néglige !

La lecture 4

            Le 24 août 2019, quelle ne fut pas ma surprise d'entendre une radio annoncer que, selon quelques chercheurs, la lecture serait un remède contre la dépression ! Fallait-il comprendre que la science ignorait le rôle thérapeutique de la lecture que les hommes de lettres et les amoureux des livres pratiquent et conseillent depuis si longtemps ? Maintenant qu'ils nous donnent raison contre les industries pharmaceutiques qui incitent les médecins à soumettre à un traitement médical fait de psychotropes tout enfant quelque peu agité ou instable, impulsif, étourdi ou tête-en-l'air, nous pouvons nous mettre à espérer que nous verrons bientôt des ordonnances rédigées en ces termes : «3 à 5 pages de lecture le matin ; 3 à 5 pages de lecture le soir». Une prescription à insérer dans la panoplie d'une éducation rigoureuse pour canaliser les caprices et les débordements des plus jeunes. 

            C'est ici l'occasion de rendre hommage à cette chef d'établissement qui a instauré dans son collège un temps de lecture pour tous - élèves, enseignants, les personnels de l'administration, de la restauration et de l'entretien ; et cela sans attendre l'avis des énarques qui empoisonnent notre système pédagogique par leurs réformes toujours incohérentes jamais précédées d'un état des lieux pouvant montrer que l'objectif visé correspond bien à un besoin réel des enfants ou de la société. 

            Le livre est non seulement un trésor de connaissances et donc de richesses mais il est aussi un soutien individuel parce qu'il est un instrument d'évasion, de voyages dans des contrées insoupçonnées pour vivre des vies et jouir de délices nécessaires à la régénération de notre esprit. Oui, la lecture, comme le disait si bien Arlette Laguiller, est le seul moyen de s'enrichir sans jamais rien voler à personne. Encourageons donc les jeunes générations à s'enrichir sans modération et sans scrupule ! Quant au pouvoir thérapeutique de la lecture, nous pensons qu'il est préférable de laisser la parole à quelqu'un qui l'a expérimenté. Voici ce qu'en dit l'écrivain Lionel Duroy : «Quand vous souffrez intensément, il y a toujours un livre essentiel pour venir à votre rencontre et vous sauver du désespoir. En 1990, au moment où j'ai rompu avec toute ma famille, je vivais avec Extinction, de Thomas Bernard, dans ma poche. Je relisais sans cesse ce passage où il parle de la haine que lui portent ses proches, et de sa façon de détourner cette haine contre eux [...] Quand je vais très mal, j'entre dans une librairie, je demande un livre de secours, puis je me mets à lire et je ne suis plus là. Voilà toute la magie de la littérature : vous disparaissez de la réalité» (Propos recueillis par Marine Landrot ; Télérama n°3632 du 24 août 2019).

            Tous les amoureux de la lecture savent, comme Lionel Duroy, que quand la vie nous apparaît profondément décevante, le livre devient un îlot de sauvetage, un lieu vivable. Apprenons donc à prendre le temps de nous asseoir, le temps d'ouvrir un livre et d'entreprendre un voyage vers un univers toujours vivable pour notre esprit et pour le bien notre corps. 

Raphaël ADJOBI

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15 juillet 2019

Le Code noir de Louis XIV (Théâtre - Léandre SAHIRI)

                                  Le Code Noir de Louis XIV

                                     (Théâtre - Léandre SAHIRI)

Le Code noir de Louis XIV - Léandre Sahiri

            Si vous trouvez la longue enfilade d'articles du Code noir imbuvable, préférez Le Code Noir de Louis XIV qui est sa version théâtralisée. Cette pièce de Léandre Sahiri aurait pu s'intituler "la controverse de Versailles" - en écho à la fameuse Controverse de Valladolid. Malheureusement, aucun des protagonistes de la pièce ne contrecarre la réglementation de l'esclavage des Noirs dans les Amériques présentée à Louis XIV par le marquis de Seignelay à la place de feu son père le ministre Jean-Baptiste Colbert ; et cela pour deux raisons : d'une part, elle affirme l'autorité du roi sur les colonies américaines du royaume qui ne peuvent continuer à vivre sans loi ; d'autre part, réglementer l'esclavage des Noirs signifie que le roi est soucieux de l'état de la source essentielle de ses finances.

            Cependant, l'absence de toute réelle volonté de s'opposer aux défenseurs du Code noir ne rend pas du tout monotone la pièce de Léandre Sahiri. Bien au contraire le ton est dynamique et varié grâce aux questions délibérément pleines de doutes formulées par Louis XIV - parfois relayé par le Duc d'Orléans et le Père Lachaise - et aux explications savoureuses des défenseurs du code noir.  

            En effet, en lisant cette pièce, on a l'impression d'être plongé dans Les animaux malades de la peste de Jean de La Fontaine. Dans cette fable célèbre, le lion - le roi des animaux - est celui qui reconnaît que manger les moutons et parfois même le berger comme il le fait pourrait être la cause du courroux du ciel qui les frappe par le biais de la peste. C'est effectivement l'attitude qu'adopte Louis XIV quand il dit : «Mais [...] Honorables conseillers, aurions-nous le droit de traiter les Noirs ainsi ? Aurions-nous, ma foi ! le droit de nous enrichir de cette manière, par ces voies ? Pourrait-il être permis de devenir opulent, en rendant malheureux ces individus, sous prétexte qu'ils ne sont pas des Blancs ? [...]» (Acte I, scène 2). Et une fois que ses conseillers l'ont convaincu que rien de tout cela n'est contre les lois de la nature puisque le noir est la négation du «blanc (qui) est la couleur de la nature», Louis XIV dit, rassuré : «A vrai dire, [...] moi-même, le noir me trouble. La noirceur, je l'avoue, m'hérisse les poils. Je ne sais pas pourquoi, mais par exemple, quand je regarde un tableau, j'ai toujours l'impression qu'un fardeau peint en noir est plus lourd qu'un fardeau peint en blanc». 

            En tout cas, Le Code noir qui a officiellement précipité les Africains hors de l'humanité est présenté ici sous un jour qui n'arrache pas des indignations mais plutôt des sourires. Une réunion de hauts dignitaires d'un royaume qui préparent en toute légalité et en toute quiétude un crime contre l'humanité peut effectivement paraître drôle rétrospectivement. 

Raphaël ADJOBI 

Titre : Le Code Noir de Louis XIV (Théâtre), 155 pages

Auteur : Léandre Sahiri

Editeur : Editions Menaibuc, 2008.

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08 juillet 2019

Barracoon (Zora Neale Hurston)

                                                   Barracoon

                                             (Zora Neale Hurston)

Barracoon

            Barracoon est le témoignage d'un Africain de la dernière cargaison américaine de la traite atlantique. Enlevé à 19 ans lors d'une razzia en 1859 et arrivé aux Etats-Unis en 1860, Lewis Cudjo - Kossoula (son nom africain) - sera un homme libre cinq ans et demi plus tard à la faveur de la guerre de Sécession. Ce n'est donc pas sa vie d'esclave qui constitue l'élément important de ce récit, mais son passé africain, l'attaque de son village et sa captivité dans un baracon de Ouidad dans l'actuel Bénin.

            Le mot barracoon - baracon en français - vient de l'espagnol "barracón" désignant à l'origine une "cabane" (du Catalan "barraca"). Cela laisse imaginer que les premiers comptoirs européens établis sur les côtes africaines étaient des constructions rudimentaires - mais déjà armées - où étaient entassées les victimes des razzias pratiquées par les Espagnols et les Portugais eux-mêmes. Mais bien vite, ces baracons vont devenir de véritables forts hautement sécurisés à la fois contre les Africains et surtout contre la cupidité des concurrents européens. Ces constructions étaient aussi appelés "captiveries". De mauvaise foi, les Français emploient aussi le mot "esclaverie" pour laisser croire que les Africains étaient déjà esclaves en Afrique ; alors qu'aucun historien n'a prouvé la pratique de l'esclavage dans les communautés vivant dans les forêts où les Européens pratiqueront la traite. Dans cette partie de l'Afrique, selon l'historien malien Tidiane Diakité, le captif de guerre devenait un membre de la famille et non un esclave. Malheureusement, les Européens emploient presque toujours le mot esclave à la place du mot captif, s'agissant des victimes de la traite atlantique.   

Fort négrier Ghana 3

            En tout cas, ce livre confirme les propos de l'historien Marcus Rediker qui écrivait en 2007 que «le premier moyen d'asservissement en Afrique était "le grand pillage" de villages entiers, auxquels on mettait le feu au milieu de la nuit. Les maraudeurs ennemis s'emparaient donc de familles, de clans et parfois même de communautés entières [...] et les vendaient généralement en gros - et non en détail - comme "prisonniers de guerre"» aux Européens des comptoirs qui les avaient armés. Une vente qui était en réalité le troc d'êtres humains contre de l'alcool, des parasols, des cotonnades et de la coutellerie (Théodre Canot - Confessions d'un négrier). 

            Le lecteur ne s'étonnera donc pas de constater que la colère de Lewis Cudjo soit portée avant tout sur le peuple africain qui l'a razzié avec les siens. Nous pensons que la rédactrice de l'avant-propos du livre, Alice Walker, a tort de voir dans la violence de la contribution des Africains à la déportation des leurs peinte par Cudjo un fait inédit qui ferait d'eux les grands responsables de la traite et de l'esclavage des Noirs dans les Amériques. Si Cudjo charge durement les ravisseurs africains c'est parce qu'il a le net sentiment que sa capture coïncide avec la perte de sa liberté ; et c'est parce qu'il est humain d'en vouloir avant tout à celui qui vous ressemble, qui est de votre terre et qui pourtant vous livre à l'étranger. Pour preuve, à la libération de la France en 1945, ce ne sont pas les Allemands qui ont subi la vindicte populaire des Français mais les Français qui ont collaboré avec l'ennemi. De même que la colère des Français contre ceux des leurs qui ont collaboré ne diminue en rien les crimes de l'Allemagne nazie, de même la colère des déportés africains contre les leurs ne diminue en rien le crime des Européens qui sont les planificateurs, les instigateurs et les bénéficiaires de la traite négrière atlantique. D'autre part, la collaboration des Africains à la traite atlantique n'a jamais été cachée ; Tidiane Diakité l'a affirmée et démontrée en 2010 dans La traite négrière et ses acteurs africains

            Le grand intérêt de ce livre est donc la confirmation de ce que tous ceux qui s'intéressent à l'esclavage savent déjà. Quant à ce qui rend ce témoignage émouvant, c'est le fait que Lewis Cudjo a gardé presque intact le souvenir de sa terre natale au point d'avoir vécu sa vie américaine avec la tête chargée d'images africaines.

Raphaël ADJOBI

Auteur : Zora Neale Hurston

Titre : Barracoon, 220 pages

Editeur : CC Lattès, 2019 (édition française)

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13 juin 2019

La note américaine (David Grann)

                                   La note américaine

                                              (David Grann)

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            Ce roman de David Grann fait écho au bel essai de Ta-Nehisi Coates, le procès de l'Amérique, qui est un effrayant exposé des multiples techniques mises en place à travers le temps pour permettre la prédation contre les Noirs aspirant à vivre comme les citoyens blancs. La note américaine est en effet, pour sa part, la peinture d'une cynique organisation blanche prédatrice d'une communauté autochtone des Amériques.

            Déplacée de force par le gouvernement fédéral dans les années 1870 du Kansas vers une réserve rocailleuse d'Oklahoma, censée être de moindre valeur, voici que la tribu Osage apprend bientôt qu'elle repose sur le plus grand gisement pétrolifère des Etats-Unis. Comme des mouches attirées par le miel, cow-boys, chercheurs d'or, contrebandiers, hommes d'affaires et magnats du pétrole accourent de partout. Et dès le début des années 1900, la tribu Osage est devenue «le peuple le plus riche par individu au monde». Quel Blanc américain peut supporter cela ? Pour favoriser la prédation de la tribu, la loi attribua un tuteur à tous les Indiens que le ministère de l'Intérieur jugeait «incompétents». Et tous les Indiens non métissés étaient jugés «incompétents» ! Ainsi, contrairement aux autres Américains prospères, non seulement les Osages ne pouvaient pas dépenser leur argent comme ils l'entendaient mais ils devenaient la proie de la cupidité des Blancs.

            Bientôt, malgré leur qualité de vie largement au-dessus de la moyenne des Américains, le taux de mortalité des Osages va devenir le plus élevé du pays ! Et comme le système judiciaire américain - tout comme ses services de police - était gangrené par la corruption, les Osages ne cessaient de se demander avec raison à chaque procès si le jury composé exclusivement de Blancs considérait ses morts comme des meurtres ou simplement comme de la maltraitance envers des animaux.

            La note américaine est l'histoire vraie de la tribu Osage décimée par l'avidité des Blancs au début du XXe siècle ; elle est racontée ici sous la forme d'une enquête policière laissant intacts, les sentiments et les passions apparemment tendres. Une peinture sociale qui révèle non seulement la politique d'extermination des Indiens - «chaque bison mort est un Indien en moins» -  puis leur assimilation forcée, mais aussi les préjugés qui pèsent sur eux et en font les éternels victimes des Blancs. Ce récit montre aussi, dans un pays où les médias blancs ont tendance à transformer les crimes des leurs en épopée romantique, la difficile mise en place de la police fédérale qui va devenir le FBI.

            Après Ta-Nehisi Coates, David Grann nous prouve ici que la note des crimes des Blancs dans le Nouveau Monde est vraiment bien salée.    

Raphaël ADJOBI 

Titre : La note américaine, 377 pages

Auteur : David Grann

Editeur : Pocket, 2019 

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05 juin 2019

Bordeaux l'ingrate ne cache plus son passé négrier (Raphaël ADJOBI)

   Bordeaux l'ingrate ne cache plus son passé négrier

Bordeaux statue

            Pendant plus d'un siècle et demi après l'abolition définitive de l'esclavage en 1848, la ville de Bordeaux est restée drapée dans son orgueilleuse suffisance qui lui faisait regarder son passé négrier comme une simple tractation commerciale. Depuis la naissance de la Ve République, les deux premiers maires de la ville - Jacques Chaban Delmas (40 ans de mandat) et Alain Jupé (près de 22 ans de mandat) - sont restés les dignes héritiers d'une France où la tradition voudrait que les enfants portent les sabots et les habits de leurs aïeux et s'obligent à faire usage, à table, de l'argenterie qu'ils leur ont laissée. Même quand la République déclara la traite et l'esclavage des Noirs un crime contre l'humanité, la ville ne se sentit pas concernée. L'altération de son jugement était confirmée par le déni constant de ses crimes par ses élus. Heureusement, nous voyons arriver une nouvelle génération de Français capables de regarder la vérité de l'histoire en face - si désagréable soit-elle.

            En effet, «l'histoire est un juge impitoyable. Elle expose au grand jour nos erreurs les plus tragiques, nos imprudences et nos secrets les plus intimes ; elle jouit de son recul sur les événements avec l'arrogance d'un détective qui détiendrait la clef du mystère depuis le début» (David Grann, La note américaine). Avec l'histoire, le déni ne tient pas indéfiniment ; il finit par perdre de sa superbe et s'écrouler ! 

            Depuis le début des années 2000, l'association "Mémoires et Partages" et son président Karfa Dialo désespéraient de voir un signe officiel évoquant la mémoire de toutes les victimes africaines qui ont fait la fortune de Bordeaux durant des siècles. Ce fut finalement Haïti qui ouvrit les yeux aux élus de la capitale girondine en leur forçant adroitement la main. A l'occasion du bicentenaire de sa fondation, la république de Haïti fit don d'un buste de Toussaint Louverture à la ville. Les élus trouvèrent-ils ce cadeau encombrant ? En tout cas, ils prirent soin de tenir le buste du célèbre révolutionnaire et abolitionniste loin de la rive gauche, loin du cœur historique de Bordeaux ; en 2005, ils l'installèrent dans un parc de la rive droite où les rares personnes qui viennent y faire leur jogging l'ignoraient superbement. Pour accroître l'indifférence du public, jusqu'à la fin de l'année 2018, aucune signalétique ne précisait ni l'identité ni l'œuvre accomplie par cette figure isolée dans ce coin de la cité.

            Enfin, officiellement, depuis le 10 mai 2019, une statue représentant une esclave noire affranchie trône de manière très visible sur une place publique de Bordeaux ! Et pour que la symbolique soit totale, elle a été érigée en face de la Bourse maritime. Même si la décision d'installer ce monument en mémoire des victimes de l'esclavage a été prise sous le mandat de l'ancienne municipalité, nous nous réjouissons que ce soit un maire représentant la nouvelle génération de français qui ait eu l'honneur de l'inaugurer. Nous espérons que le nouveau maire, Monsieur Nicolas Florian, sera plus prompt à installer une signalétique explicative afin de répondre aux interrogations déjà très nombreuses des Bordelais et des touristes ou visiteurs.

Bordeaux touriste 5

            A propos justement de l'importance des signalétiques explicatives, il convient d'évoquer ici une cérémonie émouvante qui a eu lieu le 28 mai 2019 dans une rue de la capitale girondine. Suite à la visite du "Bordeaux-nègre" organisée par le président de l'association "Mémoires et Partages", les élèves du collège Goya ont été sensibles à l'indignation de leur guide quant au fait que certaines rues de leur ville portent les noms d'anciens négriers sans que cette précision soit portée à la connaissance du public. Dans le secret et avec l'accord du principal de l'établissement, les élèves et leur enseignante ont réalisé - avec l'aide d'une artiste - une plaque explicative qui a été déposée à l'angle des rues des négriers Broca et Gradis. L'inauguration symbolique de cette plaque en présence du président de "Mémoires et Partages" fut absolument un moment historique : pour la première fois, la jeunesse française manifestait publiquement sa volonté de ne pas demeurer dans un récit national qu'elle ne comprend pas.

Collège GOYA 1

            Les lieux de mémoire sont absolument nécessaires pour donner des repères historiques de notre passé aux générations présentes et futures. Quant aux rues et aux œuvres d'art, sans les débaptiser, des signalétiques s'avèrent absolument nécessaires pour bien montrer l'esprit de ceux qui nous ont précédés, l'esprit propre à certaines époques. Laissons l'histoire faire son travail : exposer au grand jour les erreurs les plus tragiques, les imprudences et les secrets intimes de tous nos aïeux. Ainsi instruits de notre passé, nous pourrons regarder l'avenir d'un cœur plus serein et plus fraternel.

Raphaël ADJOBI

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