Lectures, analyses et réflexions de Raphaël

Vous trouverez ici des comptes rendus de lectures livresques concernant essentiellement l'histoire des Noirs d'Afrique et celle des Afrodescendants des Amériques et d'Europe. Les actualités de la diaspora africaine ne sont pas oubliées.

19 février 2015

Sale temps pour les enfants d'Eburnie

           Sale temps pour les enfants d'Eburnie

 

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            Depuis que de la savane profonde

            La terreur s'est répandue sur Eburnie,

            S'exhale de nos terres un parfum de mort.

            Dans les champs, les récoltes sont tachées de sang.        

 

            Des plaines sèches, chaque jour,

            L'épouvante enfle, moutonne et vient

            Au sein de l'Ebrié déverser sa macabre moisson

            De corps d'enfants affreusement mutilés.

 

            Comme un souffle de l'harmattan,

            Les égorgeurs ont prospéré dans les bois du sud ;

            Et l'art de verser le sang a fait d'eux d'excellents maîtres.

            Les statues de leurs criminels enseignements font foi.

 

            Ce matin encore, on frappa à la porte. On ouvrit.

            Sur le seuil, un fossoyeur qui sourit.

            - Je ne suis pas encore prêt, dit l'enfant.

            - Il est déjà temps de partir, déclara l'ange moissonneur.

 

            Le garçon fit son rot en souvenir de son dernier repas ;

            L'intérêt de l'autre ne pouvait attendre.

            Les autels ont besoin de sang, on le crie.

            Il faut à la préférence ethnique cinq ans de garantie.

 

            Combien d'enfants encore faudra-t-il sacrifier ?

            Ici, un père veille son fils sans tête ni main.

            Là, une mère pleure une tête sans corps.

            Et nos sanglots interrogent le ciel et les palais muets.

 

            Parfois, du fond de nos cœurs, un espoir s'éveille ;

            Puis, de sa marche lente et pesante

            S'en va mourir dans l'Ebrié comme

            Accompagnant le voyage funèbre de nos tendres enfants.

 

            Raphaël ADJOBI

             (15 février 2015)   

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11 janvier 2015

Je refuse d'être Charlie ou pourquoi la totale liberté d'expression est une illusion

                                 Je refuse d'être Charlie

ou pourquoi la totale liberté d'expression est une illusion

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            Avant d'affirmer bêtement « je suis Charlie » à l'unisson avec le troupeau français, il serait bon que vous preniez le temps de découvrir par vous-même le vrai visage de Charlie Hebdo dont le siège a subi l'attentat meurtrier du 7 janvier 2015. Manifester de la compassion à l'égard des morts, condamner ouvertement et fermement cette mise à mort calculée ne doit pas vous empêcher de savoir qui est Charlie à qui on vous demande de vous identifier.

            Pour ma part, même si je suis solidaire de mes compatriotes dans la douleur, je refuse de prendre la place de Charlie pour mener son combat imbécile qui consiste à entretenir la division sociale par d'incessantes stigmatisations. Je refuse d'être Charlie parce que je refuse d'être un raciste et un islamophobe. Si demain Marine Le Pen était assassinée pour ses idées racistes, je dénoncerai le crime parce que tout le monde a le droit d'exister avec les idéaux qu'il défend. Mais que l'on ne vienne pas me demander de me mettre à sa place pour assumer et défendre son idéal. Les racistes mangent avec les racistes. Je ne veux pas être des leurs. Si demain je tombe au front dans mon combat contre l'impérialisme français en Afrique, ne demandez pas aux impérialistes français de se substituer à moi pour mener mon combat anti-impérialiste. Qu'ils me Plaignent s'ils veulent ; mais qu'ils laissent à mes compatriotes et amis anti-impérialistes le soin de mener mon combat. Nous avons le devoir de reconnaître à chaque individu le droit d'avoir des idées différentes des nôtres ; mais on ne doit pas nous mettre dans l'obligation d'approuver, sous le coup de l'émotion, celles que nous ne partageons pas. Et pire, embrasser des idéaux contraires aux nôtres.

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            Quant aux enseignants qui profitent de l'innocence des enfants pour les pousser dans cette mare aux relents nauséabonds en leur demandant d'affirmer qu'ils sont Charlie, je les mets en garde contre le reproche qui leur sera fait demain. Qu'ils imaginent ces êtres découvrant dans dix ou quinze ans les caricatures racistes et islamophobes de Charlie Hebdo auxquelles le professeur d'école ou de collège les a obligés à s'identifier. Le ressentiment pourrait être violent et leur image transformée en épouvantail !           

            Se contenter de dire qu' à travers le journal satirique Charlie Hebdo c'est la liberté d'expression qui est attaquée et qu'il faut la défendre, c'est nier que ce sont les multiples frustrations engendrées par nos comportements et nos politiques ici et ailleurs qui poussent certains à ces actes extrêmes que nous réprouvons. Se contenter de dire que c'est la liberté d'expression qui est attaquée et qu'il faut la défendre, c'est se boucher les yeux et refuser de se poser des questions, c'est embrasser nos certitudes habituelles au lieu de chercher à comprendre si ce qui nous arrive n'a pas une cause plus profonde. C’est ne voir jamais plus loin que le bout de son nez. C’est croire que quand on a bien mangé et bien bu, tout le monde devrait être content. 

            On ne tue pas avec une telle sauvagerie pour une caricature blessante. Seul un fou peut commettre un tel acte ; à moins de considérer celui-ci sous l’angle d’un fanatisme exacerbé comme aux temps du catholicisme outrancier de la France où l’on vouait au bûcher des êtres simplement soupçonnés de faute moindre que des caricatures. Cette tuerie calculée et minutieusement préparée ne peut être l’œuvre d’un fou. Seule la vengeance ou l'implacable animosité peut l’expliquer. Cette preuve nous est donnée par le comportement des Français suite à l'attentat contre le siège du journal satirique français. Que voyons-nous depuis ? Des Français se vengent en attaquant des mosquées ! De nombreuses mosquées ont été lapidées, saccagées, mitraillées. Ces Français ont-ils agi ainsi parce qu'ils sont contre la liberté de culte en France ? Non ! Ils exprimaient une vengeance et une animosité. Il nous faut donc nous poser la question de savoir ce qui dans notre comportement a pu et peut nourrir ces sentiments chez l'autre. Et c’est ce que j’ai fait dans un précédent article.

           Un dessin peut-il être raciste ou islamophobe ? 

            Puisqu’il s’agit de parler ici de la liberté d’expression, il convient de retenir que de même que l’on ne fait pas toujours ce que l’on veut, nous devons apprendre à ne pas toujours dire ce que nous voulons. La liberté, ce n’est pas seulement agir et s’exprimer selon sa volonté ; c’est aussi savoir fixer des limites à ses actes et à ses mots. Tous les jours, les enseignants apprennent aux élèves - ces citoyens de demain - que dans les actes comme dans les mots, notre liberté s’arrête là où commence celle des autres. Quand l’autre dit que mon acte ou ma parole le blesse, je dois avoir l’intelligence de comprendre que j’ai franchi les limites de ma liberté d’expression ou d’agir. Est-ce que ridiculiser l’autre, l’humilier constamment est nécessaire à ma liberté ? Est-ce que ma vie n’aurait pas de sens si je n’entreprends jamais de stigmatiser l’autre, de le décrier par mes écrits, mes paroles et mes œuvres artistiques, par tous les moyens d’expression dont je dispose ? Et puis posons-nous cette autre question : est-ce qu’une parole ou un texte cesse d’être raciste parce que l’un ou l’autre est exprimé sous la forme d’un dessin ? Non ! Les enseignants qui, soudain, demandent aux élèves de défendre la liberté d'expression qui blesse et stigmatise se fourvoient dangereusement.   

            Toute liberté a une limite. Et selon les lieux et les époques, les limites des libertés diffèrent et fluctuent au gré de la morale, des institutions, des pratiques ordinaires, des pouvoirs et des caprices des gouvernants. La totale liberté d’expression est une illusion, un rêve semblable à un effet d’optique insaisissable parce qu’aux contours changeants et fuyants. Tous nos gouvernants qui nous parlent de liberté d’expression nous bercent d’illusions. Partout dans le monde nous sommes libres mais gouvernées ; c’est-à-dire qu’il y a toujours une volonté qui président ou prescrit des lois à notre liberté. Ne nous laissons pas bercer par l'illusoire liberté d'expression qui nous rendrait semblable à l’âne qui suit la carotte au bout du bâton de celui qui est sur son dos. La totale liberté d'expression que nous voulons atteindre fuit constamment devant nos yeux ; et toujours selon la volonté de nos gouvernants et des circonstances.

            Ainsi, la France octroie la liberté de dire et de faire à certains mais l'interdit à d'autres. De nombreux individus soudainement privés d'antenne ou affectées à d'autres fonctions - quand ils ne les perdent pas - ne me contrediront pas. On n'a pas le droit de dire ce que l'on veut sur les radios et les télévisions françaises. On peut même être interdit de spectacle public. Il y a des instances qui veillent à ce que ne s'exprime que ce que nos autorités tolèrent. En 2010, en Côte d'Ivoire, la liberté d'expression du conseil constitutionnel de ce pays a été contestée par la France qui a remplacé le président désigné par cette institution par l'homme qu'elle préfère. Combien de Français ont crié au scandale ? Il me plaît de signaler ici l'entrée dans l'espace européen qui est interdite à l'ancien ministre malien de la culture, Aminata Traoré, et à son compatriote le député Omar Mariko parce qu’ils soutiennent des idées qui ne sont pas favorables à la politique étrangère de la France en Afrique. Convenons donc que le spectacle des gouvernants d’hier et d’aujourd’hui manifestant pour défendre la liberté d’expression n’est rien d’autre qu’une fourberie.

°Une vidéo sur la liberté d'expression en france : https://www.facebook.com/video.php?v=780733235341250&pnref=story  

Raphaël ADJOBI

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10 janvier 2015

France : Michel Houellebecq met le feu à Charlie Hebdo !

  France : Michel Houellebecq met le feu à Charlie Hebdo

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Le dernier livre de Michel Houellebecq, le Blanc créole originaire de l'île de la
Réunion, vient de toute évidence de créer l'événement en France. A la grande
propagande que font les journalistes à la sortie de son dernier livre -
propagande qui entretient l'islamophobie et donc la stigmatisation de l'autre - semble
répondre l'action terroriste contre le journal Charlie Hebdo.  On tentera
par tous les moyens de laver l'écrivain de ce crime parce qu'il est Blanc et
parce que nous sommes en France. Mais tout le monde n'est pas dupe : sa part de
responsabilité et de ses propagandistes est réelle. Mais il n'est pas seul responsable.

Lire l'article sur Le blog politique de Raphaël ou l'article suel

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08 janvier 2015

Notre-Dame du Nil (Scholastique Mukasonga)

                                          Notre-Dame du Nil

                                      (Scholastique Mukasonga)

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            Que n'a-t-on pas dit et écrit sur l'historique génocide des Tutsi au Rwanda en 1994 ? Quand un drame de ce type survient, nombreux sont ceux qui tremblent d'effroi et se posent des questions sur la marche du genre humain en ce bas-monde. Certains, momentanément, font vibrer leur fibre humanitaire ou sentimentale en se perdant dans des imprécations inintelligibles retenant toutes les attentions. D'autres enfin se font les experts de l'histoire du pays frappé par le drame et se perdent dans des discours insondables.

            Pendant dix ans, je me suis contenté d'être au nombre de la première catégorie de ces personnes, refusant de juger les protagonistes de cet événement historique avant d'avoir une juste idée de ce qui a pu pousser des hommes – des concitoyens – à cette extrémité au seuil du XXIe siècle. Tous ceux qui, comme moi, veulent savoir comment on peut en arriver là doivent lire Notre-Dame du Nil

            Scholastique Mukasonga nous livre dans ce livre un récit simple avec quelques longueurs qui, heureusement, ne lui font pas perdre son caractère agréable. Adroitement, elle nous fait remonter aux premiers signes annonciateurs du déferlement des tueries dont ont été victimes les Tutsi, tout en rattachant intimement cette ignominie à l'histoire du pays sous la colonisation belge empreinte des théories du XVIIIe siècle sur la hiérarchie des races et des peuples.

            Notre-Dame du Nil est un lycée de jeunes filles en fleurs destinées au rôle d'épouses des cadres supérieurs de la nation rwandaise. Fières et sûres de leur avenir, elles se plient volontiers à l'enseignement intellectuel et religieux sans oublier les multiples conseils – ô combien importants et formateurs ! – de la sœur supérieure et de l'aumônier de l'établissement. Les premières pages du livre peignant leur univers et leurs rêves juvéniles sont tout à fait plaisantes ; sans doute les plus belles et les plus attachantes.

            Malheureusement, dans ce lycée où domine une apparente innocence rôde un mal historique : l'opposition des Hutu – autoproclamés « peuple majoritaire » – et des Tutsi, les préférés des Belges à l'époque coloniale ; opposition astucieusement entretenue par la jeune militante Gloriosa. 

            Effectivement, au-delà des belles pages sur la vie quotidienne des jeunes filles dans ce lycée qui a parfois des airs de couvent, l'intérêt de ce livre réside dans les multiples détails qui structurent l'antagonisme Hutu-Tutsi né à une époque où ces derniers étaient élevés au rang de dieux égyptiens par le colonisateur belge. Se proclamant désormais « le peuple majoritaire » et prônant « une démocratie majoritaire », les Hutu soumettent les Tutsi à une politique de quotas savamment distillés qui apparaissent comme un mal ordinaire rythmant tous les discours quotidiens et tous les types de relations : amoureuses, amicales, culinaires, scolaires et estudiantines, administratives. Ce roman montre que ce mal rwandais était si profond qu'il était incomparable à tout autre en Afrique. Sauf peut-être dans les pays où est encore pratiqué l'esclavage. Ce mal ne peut que nous renvoyer à l'antagonisme entre protestants et catholiques en Irlande dans les dernières décennies du XXe siècle ou en France au XVIe siècle illustré par le massacre de la Saint-Barthélemy. 

            On comprend donc que dans un tel contexte, il suffisait que quelqu'un ayant une vengeance à assouvir criât au complot contre sa personne et donc sa communauté pour mettre le feu aux poudres. Et d’ordinaire, celui qui procède de la sorte pour embraser la société prend soin de fabriquer des preuves pour justifier ses propres crimes aux yeux du reste de l’humanité. Et c'est ce message universel que Scholastique Mukasonga semble nous rappeler dans ce récit sobre illuminé par la jeunesse pétillante des protagonistes.

Raphaël ADJOBI         

Titre : Notre-Dame du Nil, 275 pages, Prix Renaudot 2012

Auteur : Scholastique Mukasonga

Editeur : Gallimard, collection Folio, 2012.

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28 décembre 2014

CACAO (un roman de Jorge Amado)

                                                      CACAO

                                   (un roman de Jorge Amado)

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            Hier comme aujourd'hui, en ce XXIe siècle, on jette aux pauvres ces paroles amères qui résonnent comme des coups de pistolet : « Si vous êtes pauvres, c'est parce que vous ne travaillez pas assez ! » Et pourtant, aucun pauvre n'est devenu riche en travaillant comme un forçat au service d'un maître, planteur ou industriel. Et cela parce que c'est la force des bras des pauvres qui fait la fortune de ceux pour qui le mot « travail » se confond avec les chiffres des comptes en banque. En effet, pour un « capitaliste », il faut surveiller et parfois battre ceux qui triment dans les champs ou sur les machines afin que le capital prospère. 

            Cacao est un récit simple et dur dont l'action se déroulant dans une cacaoyère au sud de l'Etat brésilien de Bahia illustre admirablement cette vision du monde où l'ouvrier est le damné de la terre sans aucune chance d'émerger de son état. C'est dans cet univers où l'on loue la force de ses bras pour travailler à la journée avec un salaire dérisoire qu'un revers de fortune va plonger un jeune Blanc au début du XXe siècle. Très vite, il découvre la dure loi des immenses plantations, véritables sociétés où les ouvriers sont obligés de faire leurs courses à l'économat du domaine, une sorte de magasin appartenant au maître lui permettant de reprendre l'argent qu'il a donné.

            Au-delà de l’organisation sociale qui ressemble à un engrenage parce que l'ouvrier est privé de toute possession particulière pouvant générer une entreprise particulière hors de la domination du maître, ce qui retient l'attention du narrateur blanc et donc du lecteur, ce sont les limites étroites de la vie et de l'avenir des hommes dans ces hameaux des plantations faits de cabanes à une seule pièce où ils s'entassent. Chaque jour, les pères désespèrent de voir leurs filles de douze ou treize ans dépucelées par les fils des maîtres et condamnées ensuite à aller grossir les rangs des prostituées. Tous vivent avec un attachement excessif à la pratique de la religion car la morale chrétienne leur tient lieu de boussole quand il s'agit de défendre leur honneur et surtout celui de leurs filles. Dans ce monde où l’on subit le mépris sans pleurer, on n’apprend qu’une chose : la haine.

            Cette peinture de la société du monde paysan brésilien révèle deux choses : aucun pauvre ne peut devenir riche s'il n'a pas de bien à faire fructifier. Et c'est dans l'intérêt du capitaliste de faire en sorte que le pauvre ne soit pas le maître de lui-même : il ne peut servir deux maîtres à la fois ! D'autre part, la liberté qu'avaient tous les riches Blancs, ainsi que leurs enfants mâles, de coucher avec les filles noires et métisses a très largement contribué à faire du Brésil une société métissée. On peut tout simplement ajouter que cette pratique n'est que la résultante d'une autre remontant à l'époque de l'esclavage : les riches propriétaires constituaient des haras humains où ils ensemençaient eux-mêmes leurs esclaves femelles pour obtenir des espèces métissées vendues à un meilleur prix. Résultat : aujourd'hui, dans ce pays où les Noirs ne représentent que 7,7% de la population, les métis dépasse le seuil de 43% alors que la population blanche se situe à 47,7%. 

            Assurément, Cacao est un roman fait pour la réflexion sur le sort de ceux qu'on appelle les damnés de la terre et qui sont légions en Amérique latine et en Afrique où prospère, depuis des siècles, le capitaliste blanc.

Raphaël ADJOBI

Titre : Cacao, 155 pages

Auteur : Jorge Amado

Editeur : J'ai lu, 2012

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23 décembre 2014

Dyslexique... Vraiment ? Et si l'on soignait l'école (Colette Ouzilou)

                                     Dyslexique... Vraiment ?

                                        Et si l'on soignait l'école

                                              (Colette Ouzilou)

Dyslexique

            S'il y a un mot qui revient souvent dans le vocabulaire du monde de l'enseignement depuis quelques années, c'est bien « dyslexie », c'est-à-dire le dysfonctionnement du lexique chez « l'apprenant ». On use et on abuse de ce terme dans les écoles et les collèges au point que cela devient lassant et exaspérant pour la simple raison que ceux qui l'affectionnent ne sont généralement pas capables de dire ce qu'il recouvre dans la réalité.

            A tous ceux qui ne savent rien de ce phénomène, de « cette pathologie très à la mode qu'est devenue la dyslexie », Colette Ouzilou voudrait clairement assurer ceci : la très grande majorité des élèves que l'on envoie dans les cabinets d'orthophonistes ne sont nullement atteints de dyslexie – qui est un handicap exceptionnel. En réalité, le mal de presque tous ces enfants se résume en un mauvais apprentissage de la lecture ! La méthode globale puis semi-globale dont l'inefficacité a été très vite reconnue et décriée par les familles – mais que les néo-pédagogues et l'Education nationale se sont évertués à poursuivre pour ne pas perdre la face – ont conduit à la fabrique de faux dyslexiques en série. Au nombre de ceux-là, il faut – selon moi – ajouter les enfants privés du savoir qu'ils étaient venus chercher à l'école parce que la trop grande dispersion ou agitation de quelques camarades a transformé les enseignants du primaire en véritables gendarmes et donc inutiles à leur fonction première. Résultat : les cabinets d'orthophonie se sont multipliés pour « rééduquer (...) des écoliers ignorants, et déprimés de l'être » – aux frais de la sécurité sociale – et non pour s'occuper d'enfants véritablement atteints de ce handicap rare qu'est la dyslexie.

Il convient de dire ici que tous ceux qui cherchent auprès des professeurs de français des solutions à la vraie dyslexie de leur enfant se trompent complètement d'adresse. Les professeurs des écoles et des collèges ne sont nullement des médecins ou des spécialistes de ce mal qui nécessite un enseignement particulier.  Aucun enseignant ne peut dans une classe d'une trentaine d'élèves accorder à l'enfant vraiment dyslexique les attentions que prescrivent les médecins. D'ailleurs, il serait juste que ce soit l'enseignant qui, constatant son incapacité à vaincre un mal singulier auquel il n'a pas été préparé, se tourne vers le chef d'établissement et ce dernier vers les autorités extérieures pour une prise en charge de l'enfant concerné. Le mouvement inverse auquel nous assistons couramment est donc tout à fait insensé. Et les analyses de Colette Ouzilou sont sans équivoque sur ce point.

            Le livre que nous vous présentons ici montre combien les concepteurs des méthodes de lecture globale et semi-globale – méthode très pratiques pour les sourds – ont du mal à les théoriser et produisent parfois des analyses frisant l'inconscience. Aujourd'hui, on s'applique à soigner un mal qu'ils ont fabriqué avec la complicité de l'Education nationale mais on ne cherche pas à savoir « si l'échec revient au seul déficit de l'enfant » (vraie dyslexie) ou à l'enseignement reçu dont les traces sont mauvaises (fausse dyslexie). On ne cherche pas à savoir si l'enfant « échoue parce qu'il n'a pas appris, ou parce qu'il ne peut pas apprendre ». L'Education nationale ne cherche pas parce qu'elle connaît le responsable de la catastrophe que vit l'enseignement français.

            Oui, il faut le dire franchement : tous ces enfants - considérés comme des handicapés par leurs familles et certains professeurs - qui remplissent les classes des écoles et des collèges ont malheureusement modifié, de manière très évidente, le rôle de l’enseignant à tel point que l’on oublie que celui-ci est essentiellement un passeur de savoir ; et que la pédagogie se résume à la recherche de toutes les techniques susceptibles de rendre efficace le passage du savoir du maître à l'enfant. Non, l'enseignement ne doit pas consister à perdre son temps à réparer les mauvaises pratiques – à soigner cette prétendue maladie due aux nouvelles méthodes de lecture nées dans les années soixante-dix – mais à affûter les techniques pédagogiques pour mieux conduire l'enfant à la fontaine de la science. Les solutions à bon nombre de défaillances de l'enfant ne sont pas à chercher dans le cadre de la classe et dans la pédagogie de l'enseignant. C'est souvent ailleurs, par d'autres moyens, par d'autres techniques et donc auprès de professionnels qualifiés qu'il faut aller chercher ces solutions. Mais il semble que l'Education nationale préfère payer les professeurs des collèges pour tenter de réparer les mauvais effets d'une mauvaise pratique ou d'une mauvaise éducation plutôt que de former le personnel qui convient et créer les structures adéquates pour cette charge ; mesures qui permettraient à l'école de la République de se consacrer à l'essentiel : enseigner, qui veut dire faire passer le savoir ou littéralement « montrer en indiquant ».  

Raphaël ADJOBI

Titre : Dyslexique... Vraiment ? Et si l'on soignait l'école, 208 pages.

Auteur : Colette Ouzilou.

Editeur : Albin Michel, 2014.

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20 novembre 2014

Debout-payé (Un roman de Gauz)

                                                DEBOUT-PAYE

                                            (Un roman de Gauz)  

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            Nous ne regarderons certainement plus du même œil le vigile noir de notre grande surface, après la lecture de ce roman. Qui aurait pensé que cet homme du silence – payé pour rester debout – dont le regard semble s'accrocher à notre silhouette chaque fois que nous franchissons le seuil d'un magasin, pouvait recueillir sur nous des renseignements suffisants pour bâtir une œuvre romanesque ?

            Le texte donne d'abord l'impression d'une écriture inégale : on salive à la fin du premier chapitre ; on est impatient de sortir du second. Mais, très vite, on apprécie cette alternance du récit et du chapelet d'anecdotes, véritables saisies instantanées de scènes ou d'images de nos chers temples de la consommation. On s'amuse, on sourit, on rit et on s'instruit en même temps.

            En effet, tout le plaisir que procure ce roman est dans le regard du vigile. Car le vigile, c'est le narrateur du récit à la troisième personne. C'est l’œil omniprésent et omniscient, plus perçant que celui du persan Usbek peignant les mœurs de la société française du XVIIIe siècle. Les singularités des Africaines, des Antillaises, des Asiatiques, des Arabes ne lui échappent pas. Par exemple, son regard analytique sur l'homme arabe du golfe persique est tout à fait plaisant et édifiant. D’autre part, aucun homme politique français, aucun journaliste, n'a expliqué avec autant de justesse l'apparition des « sans-papiers » sur notre territoire que le vigile ! Debout-payé est absolument un livre amusant et instructif. 

            Ce livre se veut avant tout le récit de la vie d'un immigré d'une ancienne colonie française. C'est l'histoire d'un jeune Ivoirien qui, profitant du « ramassis de clichés du bon sauvage qui sommeille de façon atavique » en chaque homme blanc – « les Noirs sont costauds, les Noirs sont grands, les Noirs sont forts, les Noirs sont obéissants, les Noirs font peur » - finit par s'en convaincre au point de considérer son métier de vigile comme celui qui convient le mieux à sa mélanine. Ce livre nous permet aussi de découvrir que dans le monde de la vente où le grand public imagine un personnel harassé et blasé par un travail répétitif, les hommes et les femmes se prennent très au sérieux et sont même impitoyables. Enfin, il constitue un petit trésor de connaissances sur le monde. Où peut-on trouver la plus grande concentration de spécimens humains que dans les magasins parisiens ? Vous salivez ? Vous avez raison et vous allez être comblé. 

            En tout cas, rien que le regard du dominé noir sur le dominant blanc fait de ce livre une belle fenêtre qui permet à l'Européen de "se voir de bon biais" ; même si le vigile s'interdit toute discrimination.

Raphaël ADJOBI

Titre : Debout-payé, 172 pages

Auteur : Gauz

Editeur : Le Nouvel Attila, 2014.

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08 novembre 2014

Du combat de Laurent Gbagbo et de la crise au sein du FPI

Du combat de Laurent Gbagbo et de la crise au sein du FPI*

Laurent G

          Suite aux propos de messieurs Koudou Kessié et Paul Okou Zago, tous deux membres du FPI, se contredisant dans le journal de leur parti (Notre Voie du 16 et 20 octobre 2014), l'AIRD-France souhaite vivement que le FPI définisse clairement la ligne de combat qu'il envisage de suivre afin d'éclairer ses alliés. L'AIRD-France n'a nullement l'intention de se mêler d'un débat interne à un parti frère. Toutefois, engagés dans la coalition des partis de l'opposition dénommée « Alliance des Forces Démocratiques » (AFD), nous savons que toute décision émanant du FPI quant à sa participation ou non aux prochaines élections présidentielles – aux contours pour l'heure inquiétants – aura des conséquences directes sur ses alliés.

LIRE MON ANALYSE SUR : http://leblogpolitiquederaphael.ivoire-blog.com/ ou L'article seul : http://leblogpolitiquederaphael.ivoire-blog.com/archive/2014/11/08/du-combat-de-laurent-gbagbo-et-de-la-crise-au-sein-du-fpi-452580.html#comments 

*FPI : Front Populaire Ivoirien ; le parti de Laurent Gbagbo 

Raphaël ADJOBI

 

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24 octobre 2014

Réflexions sur l'Enseignement français autour de La frabrique du crétin de Jean-Paul Brighelli

            Réflexions sur l'enseignement français  

 autour de La fabrique du crétin de Jean-Paul Brighelli                            

La fabrique du crétin 0002

            Depuis mon entrée dans l'enseignement, hormis un travail de recherche universitaire terminé en 1987, je n'ai rien écrit sur les programmes de l'école ou la pédagogie en général. Je me suis abstenu d'émettre, par des écrits, une quelconque opinion sur la politique de l'Education nationale, sur les pédagogies ou méthodes d'enseignement pratiquées en France. Fermement opposé aux néo-pédagogues dont les idées et les méthodes – sans doute salutaires pour quelques nécessiteux – ont été généralisées à l'ensemble des élèves, je n'ai jamais osé porter mes jugements personnels au-delà de mes cercles d'amis. Pourtant, ce n'était pas l'envie qui me manquait.

            Je me souviens avec irritation de cette institutrice de mon fils, alors en première année du cours élémentaire, qui m'expliqua très doctement qu'elle faisait travailler ses élèves étendus sur les couvertures étalées dans le grand espace central de sa classe  afin de leur apprendre à se respecter les uns les autres lors de leurs nombreux déplacements. Par ailleurs, elle s'étonna – sur un ton qui se voulait sentencieux – que mon fils n'eût pas la spontanéité – à six ans – de venir la solliciter à son bureau afin de lui permettre de connaître ses besoins particuliers éventuels.

            En moins d'une semaine, j'avais changé mon fils d'établissement. Après des années universitaires passées à réfléchir sur les théories pédagogiques, je ne pouvais souffrir que l'on m'en propose une sortie de je ne sais quel esprit déraisonnable forgeant des projets déraisonnables pour l'école qui devrait garder sa vocation de former des têtes bien faites et bien pleines. Comme à mon ordinaire, sûr de pas être compris par une disciple des néo-pédagogues, j'ai battu en retraite, la laissant patauger dans ce que je crois aujourd'hui encore, plus que jamais, être une mare d'erreurs.

            C'est dire combien je me sentais bien seul, avant la lecture de La fabrique du crétin de Jean-Paul Brighelli, à soutenir la décadence certaine de l'enseignement français et par voie de conséquence la décadence du niveau général de la France en orthographe, en culture et en valeurs morales. Je me sentais bien seul à croire que le savoir-être et le savoir-faire résident dans le Savoir, et que sans celui-ci tout le reste n'est que fumée et vent. Combien sommes-nous encore en France à croire en la maxime "Per litteras ad humanitatem" ? (littéralement : par la littérature à l'humanité).

            Bien sûr, ceux qui pensent que le manque généralisé de la maîtrise de l'orthographe - avec ses corollaires que sont la difficulté à comprendre les textes et l'appauvrissement du niveau de  culture - n'est rien d'autre qu'une mutation de la société qui aboutira à quelque chose qui sera jugé normal et ordinaire par les générations futures, n'ont pas tort dans l'absolu. Toutefois, cet optimisme ne peut cacher l'action des élites françaises qui œuvrent discrètement dans les écoles de qualité à préserver leur progéniture de cette décadence que l'on s'applique à nous faire regarder comme une mutation sociale ordinaire dans toute société humaine. Cette attitude est la preuve que ce discours est trompeur. C'est dire que l'élite du pays n'a pas foi en cette mutation dite normale mais la croit juste bonne pour les pauvres.

            Si aujourd'hui, je me permets d'exprimer publiquement mon sentiment sur la décrépitude de l'enseignement français, c'est, comme je l'ai dit, parce que je me sens désormais moins seul à soutenir une telle idée. Par ailleurs, je pense qu'il serait bon que ceux qui éprouvent le même sentiment soient plus nombreux à s'exprimer afin que l'alarme soit plus retentissante pour enfin précipiter les secours compétents au chevet de l'Ecole de la République.

            Car il est surprenant de voir que neuf ans après la publication de La fabrique du crétin, qui connut un immense succès, aucun des grands décideurs de notre système d'enseignement n'a daigné considérer les analyses qu'il présente afin d'opérer un changement des choses. Depuis que l'Etat adapte l'enseignement à notre environnement économique - hautement imprévisible - en multipliant les Bac, a-t-on éradiqué le chômage ? Le combat-on mieux ? Non ! En vidant les filières générales de leur contenu culturel, ne participe-t-on pas à l'appauvrissement général de la France ? Si ! En jugeant les populations des banlieues incapables d'assimiler les grands textes littéraires et en les laissant patauger dans une langue et une culture qu'elles sécrètent elles-mêmes, n'a-t-on pas fini par construire une autre France privée des atouts nécessaires à l'exercice des responsabilités exigées au sommet de l'Etat ? La création des grandes écoles où 80% des étudiants sont issus des grandes familles du pays ne contribue-t-elle pas à pérenniser leur pouvoir sur les plus pauvres ? Enfin, l'illettrisme galopant auquel on refuse les remèdes élémentaires - qui sont le travail régulier et l'octroi à l'enseignement du français des heures qu'il a perdues dans le primaire - ne laisse-t-il pas croire à "la mort programmée de l'école" ?

            Oui, je pense comme Jean-Paul Brighelli que les nouveaux pédagogues semblent les outils très efficaces d'une volonté délibérée des élites dirigeantes françaises de retirer l'échelle qui permet aux pauvres d'accéder aux hautes sphères de la société et de l'Etat.

            L'image de la société française après des décennies d'application des "nouveaux programmes" et des "nouvelles méthodes" d'apprentissage est affligeante. Toutes ces générations conduites comme un troupeau de moutons au Brevet et aux baccalauréats, et auxquelles on a épargné les plus petites peines et qui ont évolué à l'abri de ce fond intellectuel qui seul permet de se battre, sont arrivées inadaptées dans une société qui ne fait pas de cadeau. Mais, comme "il faut du savoir pour oser une protestation", ces générations constituant pour l'économie de marché une masse de travailleurs déqualifiés qui survit, avance dans la vie le dos courbé, la tête entre les épaules, incapable d'émettre le moindre cri. Tous ces hommes muets, bredouillant des futilités pour ne pas trahir leur inculture ou leur illettrisme en se mêlant de discussions sérieuses, s'en vont poussant benoîtement vers leur chère voiture leur caddie débordant de victuailles qui leur donne encore l'illusion d'appartenir à la France des riches quand ils entendent parler de pays pauvres.

            Afin de sortir de la torpeur dans laquelle nous a plongés l'Education nationale pour tout ce qui touche à l'école, aux outils pédagogiques et aux résultats de leurs productions, je vous recommande vivement La fabrique du crétin de Jean-Paul Brighelli que j'ai eu tort de ne pas avoir ouvert plus tôt. Vous y trouverez des analyses profondes de nombreuses décisions et pratiques qui ont orienté ou modifié l'Education nationale et par voie de conséquence le visage de l'école et la vie ordinaire de la jeunesse de ce début du XXIe siècle. Une jeunesse visiblement condamnée à l'immobilisme et à la satisfaction immédiate par une volonté supérieure.

Raphaël ADJOBI

° La Fabrique du crétin (Jean-Paul Brighelli) ; éditeur : Jean-Claude Gawsewitch, 2005.

° Le nouveau livre de Jean-Paul Brighelli : Tableau noir ; sorti en 2014 chez Hugo & Doc.

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28 septembre 2014

Pour la vérité et la justice ; Côte d'Ivoire : révélations sur un scandale français (Laurent Gbagbo et François Mattei)

                       Pour la vérité et la justice

                    Révélations sur un scandale français

                      (Par Laurent Gbagbo et François Mattei)

L

            Ce livre à deux voix est à classer dans la catégorie "Histoire", rubrique "Relations entre la France et ses anciennes colonies". Même si la Côte d'Ivoire des années 2000 à 2011 constitue son noyau central, elle n'est rien d'autre que le microcosme permettant de bien cerner les périlleux tâtonnements de l'Afrique francophone sur le chemin du développement économique d'une part et de l'expérience institutionnelle et politique sur le modèle européen d'autre part. Un livre incontournable donc pour tous les Africains francophones - généralement très sectaires, se désintéressant des malheurs des voisins jusqu'à ce qu'ils en soient frappés eux-mêmes. 

            Avec ce livre, « Elle n'est pas belle, la France ! » Pas du tout. Nous avons ici un excellent résumé de la Françafrique et d'éclatantes illustrations de ses pratiques. Ce système d'ingérence de la France dans les affaires africaines nous laisse voir « sa classe politique – formée dans le moule étroit de l'ENA – plus habituée à gérer les acquis du passé qu'à imaginer un avenir » hors de l'Afrique. Elle préfère donc continuer à traire sa vache africaine. Comme le dit si bien François Mattei, dans l'Afrique, c'est comme dans le cochon : tout est bon ; même les dettes dont on la couvre rapportent gros à la France.           

            Ce livre montre surtout l'outrageante franchise des Français dans l'accomplissement de leurs forfaits en Afrique. Ils n'ont pas foi en l'ONU, mais ils aiment en faire la précieuse couverture de leurs actions destructrices. « L'ONU, [...] c'est une vue de l'esprit, ça n'existe pas », dit Jean-Marc Simon, ancien ambassadeur en Côte d'Ivoire ; propos qui fait écho à « ce machin » de Charles de Gaulle. Quant à l'affirmation de leur volonté délibérée  de se défaire de Laurent Gbagbo - pour le simple fait qu'il n'était pas prévu dans leur plan - est absolument sidérant !  On a tout inventé pour le salir, alors que, comme le remarque François Mattei d'un ton moqueur, « il n'y a pas plus de réseau pro-Gbagbo que de chocolaterie en Côte d'Ivoire, premier producteur mondial de cacao ».

                               Des portraits très instructifs

            Outre les multiples traces de l'acharnement destructeur et calomniateur de la France contre Laurent Gbagbo, ce livre retient aussi l'attention par les nombreux portraits savoureux qu'il propose. D'une façon générale, un ambassadeur français en Afrique est « une barbouze en cravate » ; rien de plus ! Nicolas Sarkozy, connu en France pour être le premier président inculte, est peint par Laurent Gbagbo comme celui qui « ne prend pas le temps de réfléchir [...]. Chez lui, à la place des idées, il y a l'arrogance ». Quant à Henri Konan Bédié - le président du PDCI-RDA - aucun de ceux qui l'ont côtoyé ne lui a découvert la moindre qualité ! A ceux qui pensent qu'il serait le fils naturel d'Houphouët-Boigny, la veuve du "vieux" répond qu' « il est trop laid pour être le fils de [son] mari ». Les Français de leur côté estiment qu'il est une vraie pâte à modeler : « Bédié – selon l'ambassadeur Jean-Marc Simon – il compte les enveloppes » ; un peu d'argent et il vous suit comme un petit "chien-chien". Et Laurent Gbagbo de compléter ce portrait en ajoutant que Konan Bédié s'accroche à la direction du PDCI parce qu' « il veut qu'on continue de l'acheter ». 

            Vous découvrirez d'autres portraits fort intéressants dans ce livre : celui de Dominique de Villepin, du général Doué, et une magnifique peinture de la CPI et de l'ONUCI. Bien sûr vous aurez droit à celui d'Alassane Ouattara qui n'a rien d'un homme politique mais tout d'un affairiste calculateur. Son caractère ignoble n'échappera pas au lecteur : ou bien il ne s'est jamais soucié du mauvais traitement que Laurent Gbagbo subissait, ou bien c'est lui-même qui a donné l'instruction pour qu'on le prive de la lumière du jour dans sa prison de Korhogo et surtout pour qu'on l'envoie à La Haye en plein hiver en petite chemise et en sandales. Cette absence de précautions particulières pour un haut dignitaire, fût-il prisonnier, fait de Ouattara un véritable monstre, indigne de toute considération.  

            Retenez aussi que dans le contexte des relations françafricaines et ivoiro-françaises, devant l'adversité étrangère ou locale, Henri Konan Bédié et Alassane Ouattara ont fui en se refugiant dans le giron d'une ambassade étrangère. Seul Laurent Gbagbo est demeuré ferme dans ses convictions face à l'armée ennemie. Il a été incontestablement le meilleur des politiciens dans une situation de crise ! Leçon que tous les Ivoiriens devraient retenir au moment de se choisir un président pour les diriger. 

            Combien d'Ivoiriens, combien d'Africains et combien de Français liront ce livre ? Que ceux qui n'oseront pas le lire se taisent à jamais quand ils entendront parler de la France en Afrique ou de Laurent Gbagbo. Cependant, qu'ils n'oublient pas que la France est le véritable ennemi de toute l'Afrique francophone. Car « tant que les piliers de la Françafrique seront debout – la présence de l'armée française, le franc Cfa, le choix des présidents par l'Elysée – la souveraineté des pays d'Afrique ne sera qu'un leurre, et la Françafrique, la réalité ». 

Raphaël ADJOBI

Titre : Pour la vérité et la justice ; Côte d'Ivoire : révélations sur un scandale français, 316 pages.

Auteur : Laurent Gbagbo et François Mattei.

Editeur : Editions du moment, 2014.     

Posté par St_Ralph à 21:08 - Littérature politique - Commentaires [2] - Permalien [#]