Lectures, analyses et réflexions de Raphaël

Vous trouverez ici des comptes rendus de lectures livresques concernant essentiellement l'histoire des Noirs d'Afrique et celle des Afrodescendants des Amériques et d'Europe. Les actualités de la diaspora africaine ne sont pas oubliées.

13 mai 2014

Commémoration de l'abolition de l'esclavage 2014 : de Villers-Cotterêts à Paris

Commémoration de l'abolition de l'esclavage 2014 :

                     de Villers-Cotterêts à Paris          

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            De Villers-Cotterêts à Paris, place du général Catroux, la commémoration de l'abolition de l'esclavage a tourné autour de la figure historique du général Alexandre Dumas qui, peu à peu, fait surface dans l'Histoire de France. 

            A Villers-Cotterêts, c'est sous la pluie qu'a débuté à 11h la cérémonie devant l'ancienne résidence de la famille du général Dumas. C'est Claude Ribbe, le nouveau président de l'association Les Amis d'Alexandre Dumas qui, le premier, s'est adressé au public. L'écrivain n'a pas manqué de rappeler le parcours du valeureux général mort à 46 ans, oublié de la France, dans cette petite ville de Picardie. Oublié parce qu'en 1802, la mise en place de l'arrêté consulaire de Bonaparte avait rayé les nègres de l'armée, les excluant par la même occasion de tout hommage de la nation. Puis Claude Ribbe a souligné les efforts de son fils - l'écrivain Alexandre Dumas - pour venger, par son oeuvre, ce père qu'il vénérait mais qui ne l'a pas vu grandir.

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            Puis l'orateur s'est attardé sur l'attitude antirépublicaine du maire de Villers-Cotterêts qui a refusé de prendre part à la cérémonie qu'il assimilait à de la repentance. Aux yeux de Claude Ribbe et de l'assistance qui l'a fortement applaudi, le maire s'est totalement déshonoré. Il a rappelé que toutes les personnes présentes n'avaient rien à se reprocher  parce que personne, dans l'assistance, n'est coupable du crime de l'esclavage. De toute évidence, seul le maire qui parle de repentance à quelque chose à se reprocher. Il a été également rappelé que la commémoration de l'abolition de l'esclavage est nécessaire parce qu'elle nous ramène aux origines du racisme qui fait tant de mal dans notre pays. Se soustraire à cette cérémonie équivaut donc à une faute, comme le soulignera le Premier ministre à Paris, quelques heures plus tard. 

            Puis l'ancien maire de la ville a pris la parole pour rappeler le sens de la commémoration de l'abolition de l'esclavage avant de dénoncer l'absence de son successeur qui prône par son attitude une idéologie pour son parti. Il a lancé un appel à "regarder notre histoire en face pour la dépasser sans rien effacer". Selon lui, ce sont les mémoires réconciliées qui construiront la France. 

            Puis deux jeunes sont passés devant l'assistance pour lire un poème. Leur prestation a été suivie par l'intervention du président de la ligue des droits de l'homme qui a justifié la présence de son mouvement par l'affront fait à la souffrance humaine par le maire FN. 

            Malgré la pluie, la cérémonie de Villers-Cotterêts fut une belle fête populaire avec un public plus nombreux qu'à Paris où il fallait être officiellement invité. 

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                                       Paris, une cérémonie pour les officiels

            La cérémonie de Paris, à la place du général Catroux (17e) a débuté à 18 h en présence du Premier ministre, du ministre de la justice et du ministre des Outremers. Etaient également présentes, Mme le maire de Paris (Anne Hidalgo) et Mme le maire du 17e arrondissement (Brigitte Kuster). Cette dernière nous a d'ailleurs remis en mémoire le fait que derrière l'esclavage dont on commémore l'abolition, il y a bien le racisme et la discrimination qui perdurent. 

            A son tour, comme à Villers-Cotterêts, Claude Ribbe a rappelé que nul n'est coupable des crimes du passé. Et comme pour faire écho aux propos de ceux qui voyaient dans le rapt des filles du Nigéria la permanence de l'esclavage en Afrique, il a tenu à dissiper tout amalgame en rappelant que l'on ne peut mettre sur le même pied d'égalité ce crime de bandits de grand chemin et le crime d'Etat, légalisé et codifié qu'était l'esclavage outre-Atlantique. Mise au point absolument nécessaire pour ceux qui ont tendance à s'appuyer sur les crimes des individus pour pardonner ceux des Etats. 

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            Puis Claude Ribbe a rappelé au premier ministre quelques attentes des Noirs de France : la mise en place d'un véritable plan de lutte contre le racisme, la création d'un centre de culture du monde Noir et l'introduction de l'histoire des Noirs dans notre enseignement ; en d'autres termes, apprendre à nos enfants l'Histoire de la France sans rien leur cacher. 

            Mme Anne Hidalgo, nouveau maire de la ville de Paris a dit pour sa part que commémorer l'abolition de l'esclavage, c'est commémorer la mémoire des femmes et des hommes d'Afrique qui ont été déportés, assassinés, des femmes et des hommes morts dans les comptoirs, au fond des Océans. C'est également, selon elle, commémorer la mémoire de ceux qui se sont levés pour revendiquer leur liberté.

            Quant au premier ministre, il a d'abord dénoncé l'outrage du maire de Villers-Cotterêts avant de dire que la traite Atlantique a déshonoré l'Europe. "Notre histoire connaît des pages de gloire et des pages sombres", et la Shoa comme l'abolition de l'esclavage des Noirs doivent bénéficier de la même attention et des mêmes soutiens de la part de la république,  a-t-il tenu à préciser. 

            On ose espérer que de commémoration à commémoration, les attentes des Noirs de France seront satisfaites. Chose nécessaire pour que leurs compatriotes blancs prennent non seulement réellement conscience de leur contribution à l'Histoire de notre pays mais aussi qu'ils leur témoignent la reconnaissance dont ils ont besoin pour avancer d'un pas plus assuré dans la société française. On ose aussi espérer que la diaspora africaine s'impliquera davantage dans cette commémoration annuelle au lieu de la laisser aux seuls descendants d'esclaves. L'abolition de l'esclavage est l'affaire des Africains, des Noirs enlevés d'Afrique et des Européens. C'est assurément notre mémoire commune que notre pays veut commémorer chaque 10 mai.

Raphaël ADJOBI

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10 mai 2014

Paroles de liberté (Christiane Taubira)

                                   Paroles de liberté

                                         (Christiane Taubira)  

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           Jamais en France une personnalité politique n'a cristallisé autant de haine raciale que Christiane Taubira. Dès son entrée au gouvernement en 2011, on a eu le sentiment que tout le racisme diffus qui s'insinuait dans les médias et les couloirs des réunions politiques avait trouvé en sa personne l'ancre à laquelle il fallait se fixer pour enfin avoir un sens. Et en moins de deux ans, elle est devenue le bouc émissaire de la frange de la France qui s'est déclarée ouvertement raciste.  

            Mais cette dame de qualité et de grande envergure intellectuelle n'en est pas à ses premières égratignures racistes. Le parcours scolaire et estudiantin qu'elle nous livre ici en témoigne. Malheureusement, on ne s'habitue pas au racisme. « Il reste et restera toujours à essayer de percevoir l'intensité de la brûlure qu'inflige la blessure percée à vif par la parole raciste. Elle frappe au mitan du coeur, elle incise l'esprit, entame la confiance, consume l'estime de soi. Elle percute celle ou celui qui la reçoit en plein plexus, l'étourdit, le fait chanceler, un temps, ou longtemps, avant qu'il sache s'il tient encore debout ou s'il s'ébranle dans un lent effondrement. Cette blessure est à chaque fois personnelle et nouvelle ». Non, vraiment, on ne s'habitue pas à la blessure raciste parce qu'elle est chaque fois nouvelle et chaque fois vous touche personnellement. 

            Mais voilà : celui qui veut sortir de l'enfer ne doit pas craindre d'en braver les flammes. Cependant, qui connaît la porte de sortie de l'enfer ? Il faudra sans doute nous convaincre que nous sommes condamnés à éteindre les flammes de l'enfer plutôt que de chercher à en sortir. En tout cas, parvenue dans les hautes sphères de la politique nationale, elle s'est rendue compte que sa candidature aux élections présidentielles à la tête des Radicaux de gauche n'a pas suffi pour faire d'elle une Française à part entière. Pour les journalistes français, et certainement pour beaucoup d'autres, elle fut la candidate des minorités.

            Devenue ministre, toutes les décisions qu'elle prenait étaient présentées par ses nombreux détracteurs comme favorisant les délinquants des quartiers populaires et par voie de conséquence les Noirs et les Arabes. Une politique communautaire donc. Et quand elle porta devant l'Assemblée le projet de « mariage pour tous », on vit en elle la Noire, la sauvage qui venait détruire la société civilisée !

            Paroles de liberté vient donc rompre le long silence de celle qui semblait tout encaisser sans fléchir, voire indifférente à ce qui ressemblait à une vindicte populaire. Les paroles de Christiane Taubira sont franches et sans complaisance. Elle sait que si le public  - jusqu'aux enfants - s'est acharné à la dépouiller de tous ses attributs de représentante de la République pour ne voir en elle qu'une guenon - à laquelle on jette une banane et qu'on enjoint de rejoindre son arbre - c'est tout simplement parce que des hommes politiques hypocrites associés à de sulfureux et prétendus intellectuels l'ont sciemment jetée en pâture. Ces hommes et ces femmes n'ignoraient pas que « les actes de paroles sont souvent l'expression de rapports de forces et leur efficacité dépend largement de l'autorité sociale du locuteur » ; ils savaient que tôt ou tard, leurs propos produiraient les fruits nauséabonds qu'ils nourrissaient dans le fond de leur cœur sinistre. Eux qui détiennent l'autorité de la parole publique savaient qu'en accusant, en dénonçant, en stigmatisant, en menaçant, en parlant de « Kärcher, racaille, cambrioleurs-nés, voleurs et violeurs pourrissant la vie de bonnes gens en banlieues », tôt ou tard, des hommes, des femmes et des enfants se lèveraient pour fouler au pied les dernières précautions et exprimeraient publiquement leur haine raciale et n'épargneraient même pas une personnalité de l'Etat.   

            Dans ce livre, Christiane Taubira parle à chaque citoyen français à cœur ouvert. Elle sait que sa position de femme politique parvenue aux hautes sphères des affaires de l'Etat ne la met pas à l'abri des quolibets de ceux qui cultivent avec arrogance leur entre-soi blanc. Aussi, une bonne moitié de ce livre attire l'attention de chacun sur les principes fondateurs de la bonne sociabilité. Pour elle, la République ne peut être réellement sociale que lorsque « les institutions enfin [...] se surveillent d'être justes, équitables et décentes [...] qui n'humilient aucun citoyen et ne se hasardent à humilier personne nulle part dans le monde ». 

Raphaël ADJOBI

Titre : Paroles de liberté, 138 pages.

Auteur : Christiane Taubira

Editeur : Flammarion, mars 2014

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03 mai 2014

Les tribulations de la statue du général Alexandre Dumas

                      Les tribulations de la statue

                     du général Alexandre Dumas

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            Le soldat français qui reçut le plus d'éloges à son époque, quand il était en activité, fut incontestablement Alexandre Dumas. Napoléon le compara à un valeureux soldat romain, et les historiens en firent le plus grand défenseur de la République dans les rangs de l'armée. Mais c'est le seul général célébré en son temps qui n'a pas de statue sur la terre de France. Vous allez comprendre pourquoi. 

            Dans Dumas, le comte noir, l'Américain Tom Reiss termine son livre sur l'histoire de la "statue oubliée" de ce général noir inconnu de presque tous les Français. C'est à croire que l'Education nationale travaille à nous convertir – comme si nous étions en religion – et non à nous instruire. 

            Le récit de Tom Reiss commence ainsi : « Il y avait autrefois à Paris une statue du général Dumas exécutée par un sculpteur de la fin du XIXe siècle, Alphonse de Moncel, qui avait déjà doté la capitale de plusieurs effigies. Encadrée par les monuments des écrivains Dumas père et fils (son fils et son petit-fils) assis sur leur piédestal, elle se dressait sur la place Malesherbes, ou "place des Trois Dumas" comme on la surnommait alors. La commande en avait été passée dans les années 1890, en pleine période de nostalgie patriotique pour les guerres révolutionnaires du siècle précédent. Les fonds n'avaient cependant pas été puisés dans les caisses de l'Etat ou d'une quelconque organisation militaire : le bronze du général fut financé par une souscription publique lancée par un petit comité de fidèles amis et admirateurs d'Alexandre Dumas père (le romancier), dans lequel figuraient deux des plus grandes célébrités de l'époque, Anatole France et Sarah Bernhardt. L'actrice donna même une représentation extraordinaire au bénéfice de la statue. Il fallut néanmoins plus de dix ans pour réunir la somme nécessaire, et le bronze ne fut érigé sur la place du XVIIe arrondissement qu'à l'automne 1912 ».

            La lenteur et le laborieux cheminement des contributions n'étaient rien devant les ennuis qui attendaient la statue une fois érigée sur la place Malesherbes. Dans ses recherches, le journaliste et écrivain américain Tom Reiss tombe sur l'entrefilet du journal Le Matin du 28 mai 1913, intitulé "La statue oubliée". L'extrait de l'article du journal apporte des éclaircissements édifiants : 

            « Pauvre général ! Il semble qu'on l'ait planté là, un fusil à la main, au milieu du gazon, comme pour en finir, une fois pour toutes, avec lui. Depuis longtemps, les deux autres Dumas, le père et le fils, dressaient parmi les boulingrins du square leurs images d'airain. Mais lui, le vieux soldat, le grand-père, [...] demeurait oublié. Il fallait réparer cette injustice ; et comme le square est assez grand et que notre génération n'est point avare en statue, on en érigea une au vieux général. [...] Mais élever une statue est une chose, autre chose est de l'inaugurer. »

            Tout est dit. Tout est clair dans la deuxième partie de cet extrait. Notez bien le « pour en finir avec lui » ! En d'autres termes, le fait de ne pas honorer ce général dont tout le monde vantait la bravoure pesait sur la conscience publique. Mais une fois sa statue érigée à côté de celles de son fils et de son petit-fils, tout le monde semblait avoir la conscience tranquille. L'injustice était réparée. Seulement, qui osera l'ultime geste ? C’est-à-dire inaugurer la statue en prononçant les paroles officielles de la République reconnaissante à son fils noir ? « La préfecture, le conseil municipal, le ministère de l'Intérieur, le sous-secrétariat d'Etat aux Beaux-Arts, le bureau des Arts et Musées, les services d'architecture et des promenades et plantations », tous ont été sollicités et nulle part on n’a jamais trouvé un seul officiel français pour accomplir le geste réparateur de l'injustice faite au général Dumas ! Quelle est cette France qui refuse de reconnaître publiquement ce fils de la République chanté par Napoléon, Victor Hugo, Anatole France... ? Comment peut-on qualifier cette France-là ?

            D'ailleurs, très vite, la statue fut recouverte d'un immense manteau à capuchon. Etait-ce pour la soustraire à la vue du public en attendant son inauguration qui ne venait pas ? Etait-ce parce que l'on ne voulait pas voir le visage de ce général-là ? 

            Devant l'impossibilité de trouver un représentant de l’Etat pour accomplir le geste final, « le 27 mai 1913, une bande de joyeux frondeurs emmenée par le dessinateur Poulbot organisa une cérémonie officieuse et burlesque pour réparer cet affront au premier Dumas du nom et l'on arracha enfin le "sordide burnous qui lui servait de voile" ». Enfin, direz-vous ! Eh bien, détrompez-vous !

La lettre d'un habitant de la place Malesherbes adressée à un journal de l'époque nous permet de suivre la suite de l’aventure de la statue : « Depuis des mois et des mois, la place Malesherbes possède un épouvantail à moineaux : c'est la statue, recouverte de bure, d'un certain général Dumas [...]. Comment [...] n'a-t-on jamais trouvé un ministre pour inaugurer cette statue ? Mardi, de joyeux humoristes ont décidé d'opérer eux-mêmes. La cérémonie fut réussie et on l'espérait définitive. Erreur ! Ce matin, le général Dumas est de nouveau vêtu comme un capucin ».   

            Ainsi donc, après son inauguration officieuse, la statue avait été de nouveau recouverte. Ce qui veut dire clairement qu’on l’avait recouverte dès le départ parce qu'on ne voulait pas la voir ! On ne voulait pas la statue de ce nègre dans Paris ! Aussi, c'est presque dépité que Tom Reiss conclut ce chapitre en ces termes : « A l'été 1913, le président de la République signa enfin un décret approuvant l'érection de la statue, mais rien n'indique qu'elle bénéficiât jamais d'une inauguration officielle ». Effectivement, la statue ne fut jamais officiellement inaugurée ; à tel point que le directeur administratif des services d'architecture et des promenades et plantations mentionna que « la toile recouvrant la statue a été déchirée en trois morceaux ». 

            Pauvre général Alexandre Dumas ! Toi le grand défenseur de la République, le général le plus célébré de ton époque, les représentants de l’Etat refuseront toujours de reconnaître publiquement tes mérites parce qu’en rétablissant l'esclavage, Napoléon avait décidé de bannir tous les Noirs de la haute sphère de l'armée française. Quel officiel osera contrevenir aujourd’hui à cette décision ? Malgré la fin de l'Empire et la restauration de la République, la France ne parvient toujours pas à s'affranchir de l'esprit bonapartiste, elle ne parvient pas à s’affranchir de l’épuration raciale de la haute sphère de l’armée prononcée par Napoléon Bonaparte ! Pauvre France ! 

            Aujourd'hui, tous les officiels français ne se posent même plus la question de savoir si oui ou non ils auront un jour à rendre hommage au général nègre Alexandre Dumas. Au fond de leur âme, ils bénissent les Allemands de les avoir délivrés de la vue de cette statue qui finissait par les hanter : elle fut détruite pendant l'hiver 1941-1942. L'occupant allemand qui voulait soutenir l'effort de guerre en récupérant les métaux, entreprit une destruction sélective des monuments. Et c'est sans état d'âme qu'il fondit l'ardent défenseur des idéaux républicains en même temps que les philosophes des lumières qui furent des victimes de choix. Quel soulagement pour l’Etat français respectueux du racisme bonapartiste !    

            Si de nombreuses figures de l'Histoire ont retrouvé leur piédestal sur les places publiques à la fin de la deuxième guerre mondiale, celle du général Dumas n'est pas près de voir le jour. Claude Ribbe, écrivain et "historien de la diversité", le plus ardent défenseur du général Dumas, a réussi par son long combat à faire ériger par le maire Bertrand Delanoë une œuvre symbolique rendant hommage à toutes les victimes de l'esclavagisme colonial - à défaut d'une effigie du général - sur la place du général Catroux, ancienne Place Malesherbes longtemps surnommée « place des Trois Dumas ». 

            Pour finir, remarquez que lorsqu'en 1977 la place Malesherbes, communément appelée « place des Trois Dumas », a été rebaptisée, on a pensé à un autre général blanc plutôt qu'au général noir Alexandre Dumas. 

Raphaël ADJOBI 

° Tom Reiss : Dumas, le comte noir. Editeur : Flammarion, 2013 / Traduction et adaptation de Isabelle D. Taudière et Lucile Débrosse.

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27 avril 2014

Elections présidentielles de 2015 en Côte d'Ivoire : les conditions justes et équitables sont-elles réunies ?

                   Présidentielles 2015 en Côte d'Ivoire :   

les conditions sont-elles réunies pour des élections justes et équitables ? 

            Qui peut répondre par l'affirmative à cette question ? A celui qui pense que oui, il lui appartient de décliner les conditions nécessaires à des élections présidentielles justes et équitables et nous verrons bien les critères qui président, selon lui, à un tel événement. 

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            La question avait été posée à un commentateur français concernant la Centrafrique. L'intervenant avait dit de manière simple et convaincante que les populations autochtones musulmanes ayant fui le pays par peur de représailles, il est inconcevable que des élections présidentielles soient organisées dans leur dos. Ce serait une façon d'officialiser leur exclusion du territoire national. Par ailleurs, les fonctions régaliennes étant indiscutablement assumées par l'armée française – en l'absence d'une armée nationale  digne de ce nom – toute élection serait factice, un trompe-l’œil. 

            Après ce détour par la Centrafrique qui occupe désormais les médias occidentaux, regardons la situation ivoirienne où les Français sont devenus des acteurs privilégiés depuis avril 2011... LIRE LA SUITE SUR : Les pages politiques de Raphaël /  l'article seul.

Raphaël ADJOBI

  

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11 avril 2014

Appel aux Afro-descendnats et à la diaspora africaine : 10 mai, commémoration de l'abolition de l'esclavage !

           Appel aux Afro-descendants et à la diaspora africaine

  10 mai : commémoration de l'abolition de l'esclavage

           Nous devons nous approprier notre Histoire de France

                                    pour libérer l'Afrique !

           

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Chaque jour nous subissons le mépris de nos compatriotes blancs.

            Parce que nous sommes à leurs yeux des étrangers qui viennent manger leur pain, ne descendent-ils pas régulièrement dans les rues pour crier "sus aux immigrés" et exprimer leur peur du "remplacement de la population" blanche ?

            Chaque jour, nos concitoyens blancs nous jettent à la figure  cette question : "de quelle origine êtes-vous ?" Et cela pour mieux nous signifier que nous ne sommes pas des leurs.

            Les politiques de leur côté nous prêtent des sentiments et même des propos que nous n'avons jamais tenus. Quand nous parlons de reconnaissance, ils proclament qu'ils sont contre la repentance ; et cela pour mieux dresser nos compatriotes blancs contre nous et justifier par la même occasion leurs mesures racistes à notre égard. 

            Et pourtant, comme le reconnaissent de nombreux penseurs ou philosophes, l’idée que l’homme doit être reconnu, respecté par ses pairs pour vivre en société et se réaliser pleinement devrait être au centre des préoccupations de ceux qui nous gouvernent.

            La définition de la justice sociale ne peut en effet se limiter à la question des droits. 

            Nos dirigeants devraient aller plus loin en veillant à diagnostiquer tous les maux qui nous empêchent de nous réaliser pleinement et nous minent intérieurement parce qu'ils dégradent la reconnaissance en humiliation ou exclusion.   

               Nous devons célébrer et enseigner la France noire

            Devant le mépris des politiques et des officiels de l'Etat qui se mue peu à peu en sournoise exclusion - pouvant aboutir à un racisme décomplexé et généralisé - une impérieuse nécessité s'impose à nous, Afro-descendants et diaspora africaine : 

            nous devons nous approprier résolument notre Histoire française afin de mieux nous ancrer dans le tissu social de notre pays ! Commençons donc par faire de la commémoration de l'abolition de l'esclavage célébrée chaque 10 mai une fête nationale. Que chacun se sente concerné au point de ne jamais manquer d'être présent à ce jour de souvenir. 

            Nous devons, pour cela, répondre à l'appel des différents comités d'organisation qui seront installés dans les villes, les départements et les régions de France. Répondre à cet appel s'impose à chacun comme un devoir moral, un devoir mémoriel. 

            Une réponse massive à cet appel à nous inscrire fièrement dans le calendrier des commémorations nationales témoignera de notre réelle volonté de déchirer le voile de notre invisibilité et nous présenter en Français à part entière. Cet élément rassembleur sera un premier pas vers des actions fortes susceptibles d'ébranler la conscience de nos dirigeants et celle de nos compatriotes blancs. Il nous faudra passer par là pour que leurs yeux s'ouvrent et qu'enfin leurs oreilles entendent le cri de notre indignation et de notre douleur trop longtemps contenues.

            L'Etat français blanc a toujours refusé des réparations aux descendants d'esclaves et de colonisés, les empêchant ainsi de partir d'un bon pied dans la course à la réalisation de soi. Aussi, sans aucune forme de réparation de l'esclavage, qu'il a pourtant reconnu être un crime contre l'humanité, notre pays demeure une république inégale et injuste !  

            Que propose l'Etat pour l'éducation de nos enfants ? Quels sont les héros noirs qui peuvent faire leur fierté et les aider à se construire ? Sous leurs yeux ne se découvrent que des manuels vidés de l'histoire des Noirs, de l'histoire de leurs ancêtres que l'on veut toujours réduire au tableau sombre de la pauvreté du Tiers-monde. 

            L'Education Nationale a le devoir d'introduire les pages de notre histoire dans les manuels d'enseignement afin de rendre nos enfants fiers de la contribution de leurs ancêtres à la grandeur de la France. 

            Ce n'est pas par les slogans misérabilistes qui valorisent les Blancs et infériorisent les Noirs  que l'on peut lutter contre le racisme ; bien au contraire, c'est le meilleur moyen de l'entretenir. Que disparaissent donc de nos écoles ces images et ces actions qui tendent à faire des Noirs des éternels assistés. L'Education Nationale doit s'interdire ce jeu de dégradation et d'exclusion. 

            Quelle insulte et quel ignoble procédé d'exclusion que de toujours parler d'intégration aux enfants et aux jeunes gens nés comme leurs compatriotes blancs sur cette terre de France, soumis aux mêmes contingences ou contraintes politiques et sociales, recevant les mêmes enseignements, partageant les mêmes habitudes culturelles ! Que l'Education nationale et les gouvernants cessent de manier les lieux communs exclusifs et qu'ils agissent en vrais républicains soucieux du bien-être de tous les citoyens français et non en porte-voix de la communauté blanche française.

 Nous devons libérer l'Afrique pour changer l'image du Noir français

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            Nous devons - Afro-descendants et diaspora africaine - nous jeter résolument dans les débats de société touchant aussi bien la politique intérieure qu'extérieure. Nous n'avons pas le droit de rester muets et inactifs quand l'avenir de nos enfants est menacé ou quand nos parents sont victimes de la politique étrangère prédatrice de notre pays en terre africaine. 

            Nous avons le devoir - concernant l'Afrique, terre de nos ancêtres et de nos parents - de rester vigilants afin de ne pas financer les armes destinées à les appauvrir ou les assassiner.

            Nous ne devons pas permettre que nos impôts financent des guerres qui assassinent notre passé. Quand l'armée française va bombarder les pays africains, nous pleurons nos parents qui en meurent. Est-ce parce que nous profitons des produits de cette chasse que nous ne réagissons jamais ? Plutôt que de nous plonger dans une bêtifiante inertie, cet état de fait devrait nous révolter et nous mener à l’action. 

            Nous devons nous montrer capables de manifester notre désaccord ou notre opposition aux crimes commis en Afrique au nom d’idéaux trompeurs qui cachent des actes de prédation. Rappelons-nous que c’est grâce au combat populaire qu’aux Etats-Unis d’Amérique et en Afrique du Sud les limites du respect et de la considération ont été honorées par les communautés blanches.

            Il nous faut donc sans délai quitter cette inertie qui nous caractérise si fortement sur cette terre de France. Comprenons donc tous qu'en nous appropriant notre Histoire de France, nous nous montrerons forts pour défendre l'Afrique.

            Nous ne pouvons accepter que la France lance, comme une déclaration de guerre, que son avenir est en Afrique. Afin de faire échouer ce funeste projet qui nous implique tous, nous devons nous convaincre que la liberté de l'Afrique est entre les mains des Afro-descendants et de la diaspora africaine. Combattre l'action prédatrice de notre pays en Afrique doit donc être pour chacun de nous un idéal d'humanité et de justice. 

            Il y va aussi de la reconnaissance et du respect que nous attendons de nos compatriotes blancs. Les actes de la France qui humilient quotidiennement les pays africains, le rôle de troisième homme qu'elle joue constamment dans tous les conflits contribuent à la dégradation de notre image aux yeux de nos compatriotes. Combattre la politique étrangère de la France, faite d'incessantes humiliations et de criantes injustices contre la terre de nos parents et de nos ancêtres, s'avère donc un combat pour notre propre dignité. Ne pas mener ce combat, c'est renoncer à notre propre fierté et à notre soif de reconnaissance parmi nos concitoyens blancs.    

Raphaël ADJOBI        Rejoignnez la France noire

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06 avril 2014

Le racisme pathologique, ou quand le racisme devient une maladie

                              Le racisme pathologique

                  ou quand le racisme devient une maladie 

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            Regardez bien les deux premières images qui illustrent ce billet. Prenez le temps de chercher à comprendre ce qui pourrait justifier le comportement des deux personnes blanches en action. Certains aiment à dire qu'il faut replacer les choses dans leur contexte. Je vous laisse alors le loisir de l'inventer. Pour ma part, rien ne peut justifier ces deux comportements. 

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            Dans les deux cas, les personnes noires attaquées ne représentent aucun danger pour chacun des deux Blancs. Les dames dans la piscine auraient-elles antérieurement offensé l'hôtelier ? Même si c'était le cas, peut-on trouver juste de réparer l'offense avec une telle violence destructrice et surtout en prenant la personne par traitrise ? Quant au policier, c'est discrètement qu'il gaze la fillette, démontrant clairement qu'il est en faute, qu'il n'est pas en train de sanctionner légalement la fillette qui l'aurait outragé. 

            Ces deux images sont indiscutablement la marque d'un racisme dont seuls sont capables les Blancs à l'égard des Noirs en ces temps modernes. Comment peut-on expliquer l'existence de ce racisme intimement ancré dans les profondeurs de certains êtres humains ? Il serait difficile de qualifier ces gestes de gratuits, épidermiques, totalement irréfléchis et donc irrationnels. 

            Je crois sincèrement que lorsque le racisme s'apparente à ce que l'on appelle un geste gratuit, un geste proche de l'enfantillage - ce qui fait que l'on dit que c'est pour s'amuser - c'est que nous sommes justement en face du racisme pathologique. Ce dernier type de racisme profondément ancré dans l'être, a des manifestations impulsives et procure de la jouissance. Il est différent du racisme fanfaron qui vise à blesser et à se faire valoir par la même occasion. Il va plus loin que le racisme culturel qui veut affirmer la supériorité de sa race. Le racisme pathologique qui a l'apparence de l'irrationnel est le résultat d'un traumatisme subi dans un contexte extrêmement raciste. C'est dire que le fait de baigner constamment dans un milieu profondément raciste fait de vous un malade du racisme. 

            Pour vous expliquer cela, je vais passer par un détour qui nous mettra tous d'accord. Les traumatismes propres aux bourreaux sont régulièrement relevés chez les soldats américains et européens qui ont séjourné dans des zones de conflits très violents où ils ont pratiqué la torture, le viol et la boucherie humaine. Ils en reviennent brisés et vivent dans la peur de reproduire les mêmes comportements avec leurs concitoyens. De même que leurs victimes - dans les pays qu'ils ont quittés - portent en eux des traumatismes profonds, ils sont  eux aussi atteints de maladies singulières.            

            N'est-il pas vrai que les Noirs d'aujourd'hui portent encore en eux  des réflexes liés à l'histoire douloureuse  de l'esclavage et de la colonisation ? N'est-il pas vrai que nos pensées sont imprégnées de ce passé douloureux qui nous a plus ou moins profondément affectés ? Les dommages psychologiques que nous ont infligés l'esclavage et la colonisation sont bien réels, au point que certains en ont encore des manifestations proches de l'irrationnel. De même, comme le fait adroitement remarquer Louis-Georges Tin dans Esclavage et réparations, les descendants des colons ont aussi gardé des séquelles de cette époque. Habitués à briser impunément des vies humaines à longueur de journée, certains ont développé en eux "narcissisme, complexe de supériorité, schizophrénie tendant parfois au double discours, trouble de la mémoire proche de l'amnésie, angoisses obsidionales* par rapport aux étrangers, paranoïa postcoloniale liée à une psychose du déclin, etc." 

            En un mot, les gestes racistes que nous pouvons observer sur les deux premières images sont ceux de personnes malades du racisme pratiqué à outrance. Et comme tous les malades, ils ont besoin d'être soignés, à défaut d'être internés. 

* Sentiment d'être assiégé. Ces personnes voient partout des étrangers qui veulent prendre leur place, qui représentent donc une menace.

Racisme à Harvard 0003

Raphaël ADJOBI

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30 mars 2014

Esclavage et réparations, comment faire face aux crimes de l'histoire (Louis-Georges TIN)

                            Esclavage et réparations

          Comment faire face aux crimes de l'histoire...

Esclavage et répartion 0004

            Voici le livre que je recommande spécialement aux Afro-descendants et à la diaspora africaine. Un livre à lire absolument pour avoir des arguments contre ceux qui veulent tourner la page du passé esclavagiste de la France sans avoir jamais rien lu venant des victimes et de leurs descendants. Un livre au ton franc, susceptible de galvaniser les peuples noirs épris de justice. Nos compatriotes blancs peuvent également le lire s'ils sont vraiment désireux de comprendre nos frustrations et nos profondes aspirations. 

            En France, un constat écœurant est évident : à la radio, à la télévision, dans les journaux, dans les discours politiques, les Blancs parlent aux Blancs. Partout, on ne lit que cette totale indifférence empreinte de mépris à l'égard de la France noire. Quant aux sentiments et aux pensées des Noirs, ce sont encore les Blancs qui les expriment. De Jean-Marie Le Pen à François Hollande en passant par Nicolas Sarkozy, la France blanche clame haut et fort qu’elle est contre la repentance concernant les crimes de l'esclavage et de la colonisation. Mais quelle voix noire a-t-on entendue réclamer la repentance pour que ces hommes politiques en fassent leur fonds de commerce ou leur bouclier national contre les Noirs ? Quel homme noir a réclamé, dans quelque assemblée du pays, une telle chose de la communauté blanche française ? Personne ! Jamais aucun officiel noir n'a publiquement réclamé cela.   

            La réalité, c’est que les Blancs nous prêtent des sentiments et en discutent entre eux. Jamais ils ne prennent le temps de nous demander ce dont nous souffrons au sein de notre commune nation. Ne nous écoutant jamais, ils ne risquent pas de nous entendre dire où nous avons mal. Notre passé que leurs ancêtres ont contribué à briser les indisposerait-il au point de ne pas daigner voir nos souffrances qui en découlent ?

                                                   L'objet du livre 

            Voici le livre qui parle de ce passé lourd et des débats qu'il a suscités à travers plus de deux siècles. Oui, le débat sur les réparations - et non sur la repentance - ne date pas de la fin du XXe siècle ou de ce début du XXIe siècle. Louis-Georges Tin a eu l'excellente idée de nous faire parcourir les discours, les différents points de vue qui ont nourri et nourrissent encore ce débat deux fois centenaire.

            Peut-on demander des réparations pour un crime contre l'humanité vieux de deux siècles ? Oui ! Même quand le crime est vieux de mille ans, c’est encore possible ! Lisez ce livre et vous comprendrez que les humains sont partout clairs sur ce principe. Le seul problème, c'est que malgré cette universelle unanimité, partout, il faut se battre pour obtenir ces réparations. Et seuls les imbéciles baissent les bras.  

            Vous découvrirez grâce à ce livre les multiples marques d'hypocrisie, de malhonnêteté et même de perversion de la France à l'égard de tout ce qui touche aux peuples noirs. Vous découvrirez que les politiques français - tous blancs - qui refusent que l'on parle de réparation sous quelque forme que ce soit concernant l'esclavage ou la colonisation n'ont jamais jugé injustes les réparations dont la France a bénéficié des mains des Allemands après chacune des deux grandes guerres. Alors que la construction d'Israël a été financée par l'Allemagne en guise de réparation, la France a renvoyé ses anciens combattants originaires des colonies mourir dans la misère chez eux. Vous découvrirez que seule la France refuse d'honorer l'universelle obligation des réparations quand il s'agit des Noirs ; montrant ainsi à quel point ses institutions sont gangrenées par le racisme.   

            Alors qu'aux Etats-Unis et ailleurs le débat sur les réparations est chose courante au point où des résultats continuent d'être obtenus après bientôt deux siècles d'abolition de l'esclavage, la France refuse de regarder son passé en face et n'a jamais fait un seul pas pour se réconcilier avec sa population noire. Sans doute parce que le passé criminel de la France est plus lourd que celui de toutes les autres nations. En effet, elle est le seul pays au monde qui, après avoir aboli l'esclavage, a demandé aux esclaves de verser de l'argent aux colons en guise de perte de leurs biens qu'ils étaient ! Ainsi, de 1825 à 1946, elle a obligé Haïti à verser à la Caisse des dépôts et consignations « la somme de 150 millions de francs, destinée à dédommager les anciens colons ». Dans ces conditions, Haïti ne peut qu’être très en retard par rapport à sa voisine espagnole Saint-Domingue.  

            La France est donc la seule nation au monde qui, face à un crime contre l'humanité, non seulement indemnise les criminels mais oblige les victimes à prendre en charge cette indemnisation. Et c'est cette même France qui est la seule à crier sur tous les toits – avec des arguments fallacieux que vous découvrirez en lisant ce livre – que des réparations concernant l'esclavage sont impensables parce qu'impossibles.

            L'image que l'on retient de ce livre est celle des esclaves libérés mais abandonnés à leur sort. Libérés parce que l'on a reconnu le mal qui leur a été fait. Mais jamais justice ne leur a été rendue. Ils ont été renvoyés des champs, donc des terres. Se retrouvant sans terre et sans aucun bien, la République française leur demande tout de même de rivaliser avec les Blancs qui ont engrangé durant des siècles des fortunes en exploitant leur force. Comment des êtres démunis peuvent-ils rivaliser avec ceux que leur travail a enrichis et qui ont tout gardé ? Comment la République peut-elle les déclarer égaux si elle ne donne pas à l'ancien esclave les moyens de rivaliser avec son ancien maître ? Sans aucune forme de réparation de l'esclavage qu'elle a pourtant reconnu être un crime contre l'humanité, la République française demeurera à jamais une république inégale et injuste !

Raphaël ADJOBI 

Titre : Esclavage et réparations, comment faire face aux crimes de l'histoire..., 167 pages.

Auteur : Louis-Georges TIN (Président du CRAN)

Editeur : Editions Stock, 2013.

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14 mars 2014

Dumas, le comte noir, ou l'histoire du vrai comte de Monte-Cristo (Tom Reiss)

                               Dumas, le comte noir

                                                  ou

               l'histoire du vrai comte de Monte-Cristo

Le général Dumas 0002

            Avec cette biographie de son père, les amoureux de l'écrivain Alexandre Dumas vont être comblés ! Ils vont enfin pouvoir mettre une image réelle sur le portrait romanesque d'Edmond Dantès, le héros du Comte de Monte-Cristo. Car c'est bien du comte Alexandre Davy de la Pailleterie - ce métis né à Saint-Domingue, aujourd'hui Haïti - qui deviendra le général Alexandre Dumas, dont il s'agit ici. C'est donc au premier des trois Alexandre Dumas - le moins connu en ce XXIe siècle - que s'est intéressé l'Américain Tom Reiss, afin de mieux éclairer l'oeuvre éblouissante et étourdissante de son fils qui demeure aujourd'hui le plus célèbre des écrivains français. 

            Une précision importante : ce livre est assurément plus qu'une biographie du premier général noir de France qui, sous la Révolution, fut un vrai symbole pour la première république. C'est un récit passionnant, admirablement mené, qui nous fait découvrir l'émergence d'une élite noire dans la société aristocratique parisienne de la fin du XVIIIe siècle. Un vrai paradoxe dans ce siècle esclavagiste ! Il faut lire ce livre pour connaître l'histoire de la Révolution française dans toute sa violence et ses excès, mais également son amour d’égalité et de fraternité au sein de l’Empire d’alors. C’est en effet à l’unanimité et par acclamation que le 4 février 1794 la Convention a voté l’abolition de l’esclavage des nègres dans l’ensemble des colonies (août 1793 à Saint-Domingue), conférant par la même occasion la qualité de citoyen français à tous les hommes domiciliés dans les colonies sans distinction de couleur. Enfin, on apprend ici, dans les détails les plus significatifs - parce qu'ils émanent des militaires - la fabrication progressive du mythe napoléonien qui va rapidement ruiner les acquis humains ou moraux de la première république née de la Révolution.

            La Révolution de 1792 avait en effet mis la France au banc des accusés de toutes les monarchies européennes. Craignant voir celles-ci l'envahir pour rétablir Louis XVI sur le trône, elle entreprit de passer à l'offensive. Dans tout le pays, « la guerre avait justifié la terreur. Les tensions aux frontières avaient alimenté un esprit revanchard et alimenté toutes les théories de la conspiration qu'avaient pu inventer toutes les factions les plus extrêmes du Comité (de salut public) ». Et c'est donc dans cette atmosphère électrique – où la guillotine fonctionnait à plein régime sur les places publiques de France et où l'on défiait les royaumes voisins dans lesquels l'on voudrait porter le ferment de la Révolution et du républicanisme – que va se dessiner le destin militaire extraordinaire du fils d'un marquis désargenté arrivé quelques années plus tôt de Saint-Domingue.    

            Avec Dumas, le comte noir, Tom Reiss a réussi un récit complet sur le génie du général Dumas. On le voit traverser son époque dans ses aspects politique, social et culturel. Arrivé en France à quatorze ans, le jeune métis va mener à Paris une vie d’aristocrate avant de prendre l'uniforme militaire dans les dragons de la reine. Promu général de brigade dans l'armée du Nord grâce à ses exploits, un mois plus tard, il devient général de division et a dix mille hommes sous ses ordres. « En moins d'un an, le simple brigadier des dragons s'était hissé dans les sphères les plus élevées de la hiérarchie militaire. » 

            Il faut dire que le général Dumas était une force de la nature dont les exploits étonnaient et suscitaient l'admiration de ses pairs et des historiens français et anglais. Il séduisait tout le monde ; y compris Bonaparte qui cependant n'aimait guère son franc-parler et son républicanisme inébranlable. Et pourtant, c'est cet homme craint et respecté – que les Egyptiens croiront être le vrai patron de l'expédition menée par Bonaparte sur leur  terre, tellement il les impressionnait – c’est cet homme que la jalousie et la haine implacable du bonapartisme va enfouir sous ses institutions ouvertement racistes dans le seul but de l'effacer, en même temps que tous ceux de sa race, de la mémoire collective des Français. 

            On ne peut qu'être reconnaissant au journaliste et écrivain Tom Reiss d'avoir consacré quelques années de sa vie à marcher pour ainsi dire dans les pas du général Alexandre Dumas et rassemblé ici les témoignages de l'Histoire qui éclairent à la fois l’œuvre du fils et l'institution du racisme comme système de gouvernement et d'éducation en France. Il permet de comprendre pourquoi, à toutes les époques, les hauts dignitaires de la République ont pris soin d'éviter le nom du général Alexandre Dumas. En embrassant leur fonction, tous apprennent que la réhabilitation de ce glorieux général équivaudrait à la reconnaissance de la permanence du racisme institutionnalisé par Bonaparte. Ce serait aussi avouer que le héros du Caire était bien Alexandre Dumas et non point l'homme blanc immortalisé par le peintre Girodet. Les preuves du racisme institutionnalisé que nous livre l'auteur font parfois froid dans le dos ! Il faut savoir son calme garder pour terminer cette éblouissante biographie qui nous montre à quel point la France d’aujourd’hui est très loin de ses idéaux républicains nés de la Révolution.   

Raphaël ADJOBI 

Titre : Dumas, le comte noir. Gloire, Révolution, Trahison : l'histoire du vrai comte de Monte-Cristo, 363 pages (471 pages avec les notes, la bibliographie et les remerciements).

Auteur : Tom Reiss

Editeur : Flammarion 2013.

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01 mars 2014

La vie de nègre d'Alexandre Dumas

          La vie de nègre d’Alexandre Dumas

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            Alexandre Dumas est certainement l’auteur français le plus populaire au monde. Qui n’a jamais entendu parler des Trois mousquetaires ? Qui n’a jamais entendu prononcer la formule « un pour tous, tous pour un » ? En tout cas, en France, tous les enfants ont joué, jouent et joueront encore longtemps à imiter ses héros.

            C’est lors du transfert de sa dépouille au Panthéon le 30 novembre 2002 que l’on a pu mesurer à quel point cet écrivain français a marqué des générations d’élèves à travers la terre entière. Sur le site www.dumaspere.com, les internautes du monde entier avaient exprimé leur admiration et leur reconnaissance a l'égard du génie d’Alexandre Dumas. Chose étonnante, aucun n’avait évoqué sa négritude ; comme si devant le talent, l’homme avait disparu. On oublie trop souvent que quand les gens écrivent des romans, ils ne cessent pas d’être homme et de vivre les meurtrissures de la vie quotidienne qui souvent forgent leur caractère et orientent même leur production littéraire ou artistique. Après avoir piétiné et rejeté son père dans l’oubli malgré tout ce qu’il a fait pour la République, après avoir refusé de réhabiliter ce père injustement déshonoré alors qu'il fut le plus glorieux général français de la fin du XVIIIe siècle, le 30 novembre 2002, la nation tout entière a chanté et loué le fils qui ne cessa de le pleurer. 

            Je me réjouis de savoir que la proposition du transfert des cendres d’Alexandre Dumas ne soit pas venue des Afro-Français. Il est certain que la cérémonie aurait été entachée d’une malsaine polémique.

            Je ne peux ici saluer le talent littéraire d’Alexandre Dumas. Ceux dont l’enfance fut bercée par ses récits sauront le faire mieux que moi qui n’ai lu que Joseph Balsamo bien tard. Cependant, je dirai à la manière de Montaigne que c’est l’homme qui m’intéresse. Quels sont les événements de la société, les faits de la vie quotidienne qui ont affecté la sienne ? C'est ce que je vous propose ici. Plongeons donc ensemble dans la vie - méconnue de beaucoup - du père des Trois Mousquetaires ; une vie de nègre faite de racisme subi au quotidien.

   Le toilettage ou la "dénégrification" d'Alexandre Dumas   

            Durant tout le XXe siècle jusqu'en ce début du XXIe siècle, les œuvres critiques et les manuels scolaires se sont appliqués à cacher à des générations de lycéens et d'étudiants la « négritude » ou la part nègre d'Alexandre Dumas, et le racisme qui en est le pendant obligé dans la société française. Pour ce faire, les écrits le concernant ne s'attardaient jamais sur sa famille. Partout on évoquait à peine son père, né esclave avant de devenir le premier général noir de la France et même un héros national parmi ses contemporains avant de sombrer dans la déchéance puis l'oubli. On évitait de mentionner les quolibets et le racisme primaire dont il a été la victime durant sa vie entière.

            Aussi, dans la conscience populaire française du XXe siècle, Alexandre Dumas est demeuré un grand écrivain français dont la blancheur de peau - sa « blanchitude » - n'était pas à démontrer. Pour tout le monde, son œuvre qui célèbre l'esprit de la société française d'une certaine époque ne pouvait qu'être celle d'un Français blanc pétri de la culture et des traditions blanches de son temps. Pouvait-on croire un seul instant qu'un homme qui a du sang noir ait pu s'élever à un tel degré de génie pour peindre les mœurs françaises avec autant de virtuosité ? Non ! Une littérature de cape et d'épée ne saurait jaillir que de la plume de la branche pure des citoyens français : la race blanche, la race de ceux que des imbéciles ignorant les mélanges à travers les siècles appellent encore « Français de souche ». 

            Afin de mieux montrer que le génie d'Alexandre Dumas et de son fils, auteur et dramaturge lui aussi - célèbre grâce à La Dame au Camélia - n'a rien à voir avec le monde nègre, on a nommé l'un Alexandre Dumas père et l'autre Alexandre Dumas fils. Par voie de conséquence, le général Dumas, le métis, était exclu de la lignée des grands hommes de la France ! Rayer ainsi son père de l'Histoire fut la marque d'un racisme officialisé que la nation française a voulu, consciemment ou non, infliger au célèbre écrivain.     

            Et quand – avec le temps, et la curiosité aidant - il se trouva quelques individus parmi nous pour souligner de façon un peu trop appuyée la part nègre de ce génial père des Trois Mousquetaires, très vite, on a vu ressortir les arguments de son époque cent fois utilisés pour le discréditer. Il aurait, rappelle-t-on, abusé du recours aux « nègres » pour ses productions littéraires. Sa prodigalité littéraire ne s'expliquerait que par le fait que d'autres travaillaient dans l'ombre pour qu'il existât. Et en ce XXIe siècle, comme dans les siècles précédents, il a encore fallu démontrer que le père des Trois Mousquetaires était indubitablement le père de ses œuvres même si d'autres ont entrepris de sérieuses recherches pour lui et l'ont même remplacé dans la production de certains feuilletons destinés à la presse de son époque. 

Alexandre Dumas 2 0003

            Oui, Alexandre Dumas est définitivement réhabilité ! Le racisme n'a pas eu raison de son talent et de la Vérité. Comme l'a si bien souligné l'historienne Simone Bertière, il est prouvé qu'Auguste Maquet, à qui on a voulu faire partager la paternité de certaines œuvres avec Dumas, n'a absolument aucun talent d’écrivain ! Collaborateur d'Alexandre Dumas durant sept ans comme documentaliste, il avait apparemment continué seul à fournir les copies de feuilleton à la presse au moment où son maître s'est jeté dans la politique. « [Maquet] se sent alors pousser des ailes, il commence alors à traiter directement avec les directeurs de journaux, et il finira par traîner Dumas devant les tribunaux. Il obtient de l'argent, mais pas le partage de la réputation qu'il réclamait. [...] on a retrouvé certains "premier jets des "Trois Mousquetaires" écrits de la main de Maquet. A première vue, on se dit que tout y est. Mais à y regarder de près, le texte est plat, sans charme. Les détails que Dumas ajoutera ou changera ensuite feront tout le relief, toute la saveur du passage. D'ailleurs Maquet a ensuite publié d'autres récits sous son nom, et ses romans ne valent rien... Dans ce couple étrange, c'est Dumas, et Dumas seul qui est l'écrivain »(1). Alexandre Dumas était déjà célèbre avant la contribution d’Auguste Maquet. Celui-ci n'a été qu'un documentaliste au départ très honoré de travailler pour l'illustre dramaturge dont la réputation n'avait jusque là jamais été contestée. 

            D’ailleurs, aujourd’hui, les recherches de l’Américain Tom Reiss (2) démontrent de façon éclatante qu’aucun Français blanc n’aurait pu écrire Les Trois mousquetaires, Le Comte de Monte-Cristo ou Georges. Tout simplement parce que toutes ces œuvres sont profondément imprégnées de la personnalité du père métis, le général et comte Alexandre Dumas né esclave à Saint-Domingue qui deviendra Haïti. Par exemple, au XVIIIe siècle, comme aujourd'hui, presqu'aucun Français n'était capable de situer Monte-Cristo sur une carte du monde.

                                            "Eh bien ! c'est un nègre !"

            Ce n'est donc que par pur racisme que l'on a régulièrement exhumé la querelle qui a opposé le père des Trois Mousquetaires à Auguste Maquet. Ce racisme, Alexandre Dumas le vivait quotidiennement. Et contre ceux qui ne voulaient voir en lui qu'un nègre - jusqu'à son nom qu'il tient de sa grand-mère noire et esclave - au XIXe siècle, il a fallu que Victor Hugo prenne sa défense : « Le nom d'Alexandre Dumas est plus que français, il est européen ; il est plus qu'européen, il est universel. Alexandre Dumas est un de ces hommes qu'on pourrait appeler les semeurs de civilisation ». L'usage constant du racisme à son égard témoigne à quel point ce quarteron aux cheveux crépus, fils d'un métis, gênait ses contemporains jaloux de son talent et de sa notoriété. 

            Mais plus terrible encore sont les quolibets, les imbécilités que les petits esprits vous jettent à la figure. « Eh bien ! c'est un nègre ! » disait ainsi de lui Balzac. On rapporte que la célèbre actrice appelée Mademoiselle Mars s'écria un jour après avoir reçu Alexandre Dumas chez elle : « Il pue le nègre, ouvrez les fenêtres ! » Autre circonstance, autre fait. « Dumas un jour entre dans un salon. L'un de ses ennemis le voyant arriver change de conversation et se lance dans une savante dissertation sur les "nègres", comme l'on disait alors. Plaisanteries fines d'un racisme ordinaire. Dumas ne bronche pas. L'autre élargit sa démonstration aux colorés de tous horizons. Dumas n'a garde de bouger, encore moins de répondre. Enfin, n'y tenant plus, l'odieux personnage apostrophe directement notre auteur :

- Mais au fait, mon cher maître, vous devez vous y connaître, en nègres, avec tout ce sang noir qui coule dans vos veines.

Dumas réplique alors, sans avoir à élever la voix au milieu d'un profond silence du salon dévoré d'anxiété :

- Mais très certainement. Mon père était un mulâtre, mon grand-père était un nègre et mon arrière grand-père un singe. Vous voyez, Monsieur : ma famille commence où la vôtre finit » (3)

            Surtout après le succès des Trois Mousquetaires et du Comte de Monte-Cristo, les critiques s'acharnèrent contre lui, et ne manquèrent pas une occasion pour rappeler ses origines africaines. « Grattez l'écorce de M. Dumas, écrit Eugène de Mirecourt, vous trouverez le sauvage. Il tient du nègre et du marquis tout ensemble. [...] Le marquis joue son rôle en public, le nègre se trahit dans l'intimité ! » De leur côté, les caricaturistes ne lui épargnèrent guère les clichés racistes et se moquèrent sans discontinuer de ses ambitions d'écrivain. Le Charivari publia un dessin le représentant au-dessus d'une marmite dans laquelle il fait bouillir tout cru les personnages de ses romans : les yeux exorbités, il lance un regard démoniaque à un mousquetaire qu'il porte à sa bouche exagérément lippue prête à déguster de la chair blanche ! Après avoir commenté cette caricature, l'Américain Tom Reiss écrit : « Si son père était mulâtre, l'écrivain n'avait qu'un quart de sang noir mais, depuis la fin du XVIIIe siècle, les préjugés de couleur s'étaient ancrés dans les mentalités et le teint cuivré que le général avait légué à son fils suscitait moins l'admiration que le mépris » (4). 

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            Il est certain que ces insultes blessaient profondément Alexandre Dumas. Cependant, il ne le manifestait pas. En revanche, comme l'a si bien montré Tom Reiss (4), il n'a jamais supporté que son père, le plus glorieux général de la fin du XVIIIe siècle ait sombré dans l'oubli total des livres d'histoire. Aussi s'est-il appliqué à le venger à sa façon en inventant des héros qui lui ressemblent beaucoup. D'ailleurs, le père des Trois Mousquetaires et du Comte de Monte-Cristo le dit lui-même : « Lorsque j'ai découvert que j'étais noir, je me suis déterminé à ce que l'homme voie en-dessous de ma peau ». Et sous la peau de ses héros, que trouve-t-on ? Toutes les valeurs qu’incarnait à ses yeux son père !     

            C'est pourquoi, le jour du transfert de ses cendres au Panthéon, les nombreux discours qui ont été prononcés en cette occasion ignorant le racisme qui l’a poursuivi durant toute son existence ou se limitant à l'évocation de son ascendance nègre, ces discours-là m'ont profondément offusqué. Mis à part Claude Ribbe (cela va de soit ; il est métis, donc Noir), seul le Président Jacques Chirac a osé longuement parler de l’injustice dont il a été l’objet du fait de ses origines nègres, en d’autres termes du racisme dont il a souffert : « La République, aujourd'hui, ne se contente pas de rendre les honneurs au génie d'Alexandre Dumas. Elle répare une injustice. Cette injustice qui a marqué Dumas dès l'enfance, comme elle marquait déjà au fer la peau de ses ancêtres esclaves. […] Fils de mulâtre, sang mêlé de bleu et de noir, Alexandre Dumas doit alors affronter les regards d'une société française qui […]lui fera grief de tout : son teint bistre, ses cheveux crépus, à quoi trop de caricaturistes de l'époque voudront le réduire, sa folle prodigalité aussi. Certains de ses contemporains iront même jusqu'à lui contester la paternité d'une œuvre étourdissante et son inépuisable fécondité littéraire qui tient du prodige. »

            Devant cette reconnaissance officielle du talent, mais aussi de la nature profonde de l'homme et de sa vie de nègre, il est inutile de s'étendre davantage. Alexandre Dumas est enfin reconnu comme un écrivain nègre français parce qu'il a vécu comme tel et s'est reconnu comme tel. 

Raphaël ADJOBI      

(1) Entretien de Simone Bertière publié dans le journal Le point du 24-31 décembre 2009. Simone Bertière est l'auteur de Dumas et les mousquetaires. Histoire d'un chef d'œuvre, éditions de Fallois

(2) Dumas le Comte noir... L'histoire du vrai comte de Monte-Cristo, édit. Flammarion 2013.

(3) Biet C., Brighelli J.-P., Rispail J.-L., Alexandre Dumas ou les aventures d'un romancier, Paris, Gallimard, Coll. Découverte, 1986, p.75). 

(4) Tom Reiss, Dumas le comte noir..., Ed . Flammarion 2013, p. 24 

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24 février 2014

Où étaient les Français dits de souche pendant la seconde guerre mondiale ? Notre France est d'origine étrangère !

     Où étaient les Français dits de souche

           pendant la seconde guerre mondiale ?                                    

Soldats coloniaux 0002

Après le livre de Jacques Lusseyran (Et la lumière fut) qui dévoile que la résistance française n'était pas un mouvement de masse mais le travail de quelques activistes réunis au sein de groupuscules traqués par la police allemande et le régime officiel Français (Vichy), voici qu'Edwy Plenel vient enfoncer le clou en soulignant la maigre contribution des Français dits de souche à la libération de la France en 1945. En d'autres termes, la grande majorité des français qui rejettent aujourd'hui tous ceux qui n'ont pas une couleur de peau semblable à la leur sont des planqués ou des fils de planqués durant la seconde guerre mondiale.

Il suffit de regarder la réalité de la France en face pour comprendre qu'il ne pouvait pas en être autrement à cette époque. D’abord, l’armée française était restée fidèle à Vichy et n’a participé en aucune façon à la libération du pays. Ensuite, 80 à 90% des français qui chantent la Résistance et qui croient que leurs parents ou grands-parents sont des résistants sont des menteurs ou des incultes ! Ils ne connaissent pas notre histoire parce que l'Education nationale n'enseigne pas encore la vérité sur ce chapitre. « Ce placard mémoriel » reste à ouvrir ! Selon jacques Lusseyran, pendant la seconde guerre mondiale, au moins 50% des Français étaient des « traitres […] pires que la gestapo » ! Et le reste de la population était constituée de « la masse informe des hésitants, de tous ceux qui approuvaient ce que nous faisions et se gardaient bien de le faire » ; ce sont ceux-là que l'on appelle communément « les planqués ». C'était cela la France ! Et la France raciste d'aujourd'hui – qui descend dans les rues pour crier sa colère contre « l’immigration, l’islamisation de la France et le remplacement de la population » - est constituée des enfants des « traites » et des « planqués » qui ont laissé la défense de la mère patrie aux soldats des colonies quand il fallait aller au feu. Il convient donc de retenir une fois pour toutes que ce sont les parents de ceux que l’on montre aujourd’hui du doigt qui ont permis à Charles de Gaulle de gagner son pari : c'est-à-dire de s'asseoir à la table des vainqueurs et non pas apparaître comme le pion des Anglais et des Américains qui ont volé au secours de la France. Edwy Plenel a donc raison de rappeler cela à la France raciste et ignorante de son histoire. Il rejoint ainsi Gaston Monnerville, ce métis guyanais qui fut durant plus de vingt ans le président du Senat français. « Sans l’empire, disait Gaston Monnerville le 15 mai 1945, la France ne serait qu’un pays libéré. Grâce à l’empire, la France est un pays vainqueur ».           

                                   "Notre France est d'origine étrangère"

                                          (Edwy Plenel / 19-02-2104)           

"La question coloniale est au coeur de notre présent, parce qu'elle est un noeud qui n'est pas dénoué. Nous avons dénoué ce placard à mémoires qui est celui de Vichy et de la collaboration, de la contribution des officiels sur le génocide. Mais il en est un autre qu'il faut dénouer, ouvrir, regarder en face, car sinon les monstres continueront à s'ébattre dans nos rues et à brandir la haine de l'autre, la hiérarchie des cultures, des religions, des civilisations, etc... C'est la question coloniale qui nous caractérise, qui est au cœur de la diversité de notre peuple, qui est au cœur de notre relation au monde. Car nous sommes faits de cette diversité.  

            Nous sommes d'ailleurs la seule ancienne puissance coloniale à avoir toujours - sur à peu près tous les continents - une présence coloniale encore aujourd'hui. Alors affronter cela (la question coloniale), c'est assumer un imaginaire qui combat ceux qui aujourd'hui essaient de rabaisser la France.

            Je dis souvent que notre France est d'origine étrangère... Je m'explique ! Savez-vous qu'au 31 juillet 1943, sur l'ensemble des Forces Françaises Libres - je parle donc de la deuxième guerre - on comptait 66% de soldats coloniaux, 16% de légionnaires - la plupart étrangers - et seulement 18% de Français de souche ? (selon les termes de l'époque qui font hélas retour !).  

            Sans compter la résistance intérieure où les étrangers - les STPMOI (M.O.I pour « main d'Oeuvre Immigrée »), les Républicains espagnols - étaient en grand nombre, les troupes militaires qui vont permettre au général de Gaulle de réussir son pari politique en plaçant la France à la table des vainqueurs en 44-45, alors que la perdition morale de ses élites dirigeantes dans la collaboration aurait dû logiquement la mettre dans le camp des vaincus avec cette droite maurassienne qui aujourd'hui fait retour... eh bien, ces troupes (françaises libres) venaient à plus de 80% des ailleurs coloniaux et des lointains étrangers !  

            Sans eux, sans ces diverses humanités portées à son secours, la France ne serait pas devenue depuis l'après-guerre mondiale - sur le papier constitutionnel - une République démocratique et sociale.

            Il ne s'agit pas de repentance. Il s'agit de reconnaître la France telle qu'elle est, telle qu'elle vit ! Et cette question de mémoire, cette question actuelle est au cœur de notre question sociale ; c'est accepter la diversité de notre peuple dont il est question. […]" 

Edwy Plenel          ° La libération de Paris volée à l'armée de l'empire

Mercredi 21-02-2014 sur Radio France Culture

Raphaël ADJOBI (pour l'introduction)

Posté par St_Ralph à 21:46 - Histoire - Commentaires [6] - Permalien [#]