Lectures, analyses et réflexions de Raphaël

Vous trouverez ici des comptes rendus de lectures livresques concernant essentiellement l'histoire des Noirs d'Afrique et celle des Afrodescendants des Amériques et d'Europe. Les actualités de la diaspora africaine ne sont pas oubliées.

17 mars 2017

Le travail et la colonisation selon le capital et le politique

                     Le travail et La colonisation

                       selon le capital et le politique

                                          (Réflexion)

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                Dans les discours des grands dirigeants d’entreprise comme dans ceux de nos hommes politiques, il y a une immuable cohérence dans leur vision du monde quand il est question du travail et de la colonisation. Et cette minorité s’arroge le droit incontesté d’imposer à la grande majorité des citoyens et même du reste de l’humanité sa manière de voir le réel qui n’est pourtant pas la vérité. En effet, le réel est souvent trompeur.

            Quand Madame Christine Lagarde clame « (qu’) on ne peut raisonnablement encourager le travail et prôner la taxe sur les grandes fortunes », elle laisse croire à tout le monde que ceux qui s’enrichissent sont ceux qui travaillent. Or, hier comme aujourd’hui, on a vu et on voit dans les entreprises des millions de personnes travailler et mourir éreintées sans jamais avoir connu la richesse. En clair, ceux qui travaillent pour le capital ou que le capital fait travailler ne sont pas ceux qui s’enrichissent. Ce sont ceux qui travaillent qui enrichissent le capital !

            Dans l’esprit des chefs d’entreprise, la notion de travail est intimement liée à l’argent et à son investissement. D’où chez eux l’usage courant de cette formule consacrée : « faire travailler son argent ». En d’autres termes, quand les riches et autres grandes fortunes parlent de travail – mis à part ceux qui ont été les initiateurs de leur société, donc les entreprises familiales – ils parlent de l’investissement financier ou de la rente à faire fructifier. C’est donc cette notion de travail que les chefs d’entreprise aussi bien que les hommes politiques manient à longueur de journée au point de laisser croire aux ouvriers et aux paysans qu’ils sont paresseux parce qu’ils ne parviennent jamais à amasser une grosse fortune. C’est cette valeur qu’ils confèrent à l’argent et à son investissement qui leur donne cette profonde conviction qu’ils sont les meilleurs dans le travail. Ce qui explique pourquoi le célèbre parfumeur Jean-Paul Guerlain s’est permis de dire, avec beaucoup d’arrogance, qu’il ne savait pas si les nègres ont beaucoup travaillé comme lui ; et cela en rappelant la formule « travailler comme un nègre » qui renvoie bien sûr à l’esclavage des Noirs. Il était clair pour lui comme pour tous ses pairs que son travail a été et est supérieur en intensité et donc en énergie dépensée par rapport à celui d’un esclave noir.

            Pour madame Christine Lagarde, monsieur Jean-Paul Guerlain et leurs amis politiques et financiers, l’idée de travail n’inclut pas la force humaine de l’esclave, de l’ouvrier, de l’employé. Et ils ont réussi à convaincre leurs compatriotes qu’ils sont riches parce qu'ils travaillent beaucoup et aussi que eux ne le sont pas parce qu'ils ne travaillent pas assez. C’est pourquoi cette catégorie de personnes peut nous lancer au visage : « il faut travailler plus pour gagner plus ! »

Les hommes politiques héritiers d'une conscience coloniale dépassée

            Puisqu'elle est convaincue que c’est le capital et son détenteur qui travaillent et non pas la main d’œuvre, on ne s’étonnera pas d’entendre cette élite héritière des idées des siècles de la suffisance absolue des nantis continuer à croire que l’esclavage des Noirs est un partage de culture et la colonisation des peuples lointains un bienfait pour l’humanité. En ce XXIe siècle où l’opinion publique nationale prône la fraternité et une meilleure égalité de traitement moral avec les autres peuples de la terre, voir cette élite politique et financière s’accrocher aux vestiges de la pensée aristocratique et bourgeoise du passé est tout à fait sidérant.

            Pour ces héritiers des temps anciens, les idées sont autant de patrimoines aussi immuables que les châteaux. Qualifier la colonisation de crime contre l’humanité passe chez eux pour un crime contre la conscience qu'ils ont de notre histoire coloniale et les pousse à exiger des excuses nationales. Combien ce fut rafraîchissant et réjouissant d’entendre un jeune homme politique à qui cette exigence a été faite adresser une cinglante mise au point à ces défenseurs de l’honneur du colonialisme français. Cet homme a officiellement et solennellement qualifié de dépassées les considérations de cette catégorie de personnes qui entretiennent la définition du colonialisme comme un moyen idéal de civilisation. Pour lui comme pour nous, notre époque de communication et d’échanges fraternelles ne peut se permettre de poursuivre l’affirmation de la supériorité d’une civilisation sur une autre et par voie de conséquence l’affirmation des bienfaits de la colonisation. Pourquoi donc nous érigerions-nous contre les pays qui, de nos jours, envahissent des territoires voisins ou lointains pour y installer leur loi si, nous Français, estimons que cette pratique apporte des bienfaits et mérite d’être enseignée et encouragée ?

            Nous pouvons croire que personne n’est prêt à accepter que soient enseignés parmi nous les bienfaits de la colonisation de la Gaule par les Romains. La Palestine et Israël enseignent-ils les bienfaits de l'occupation romaine ? Et nous, sommes-nous prêts à trouver des bienfaits à l’occupation de notre pays par les nazis et à les enseigner ? Pourquoi avons-nous combattu l’occupation et la tentative de colonisation de la France par les Allemands si nous voyons dans cette pratique des bienfaits ?

            Il est temps que certains cessent de s’accrocher à des idées révolues. Nous ne pouvons pas aujourd’hui continuer à voir l’autre avec les yeux du XVIIIe ou du XIXe siècle. La conception de l’autre par le peuple français a évolué parce que le regard que nous portons sur l’autre a changé. Aujourd’hui, nous avons le devoir de respecter davantage la différence de l’autre parce que notre connaissance de sa culture est beaucoup plus grande même si nous savons qu’elle sera toujours imparfaite.

Raphaël ADJOBI

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18 août 2016

Montesquieu et le bananier (une réflexion de Raphaël ADJOBI)

                                Montesquieu et le bananier

                           (une réflexion Raphaël ADJOBI)

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            Parmi les penseurs français du XVIIIe siècle, Montesquieu est incontestablement le plus imbu de préjugés. Toute honte bue, la France ne professe plus la théorie des climats de cet auteur qui institue une hiérarchie entre les peuples ; théorie lui ayant permis de disserter sans vergogne sur l’infériorité des autres populations du monde par rapport à l’Européen en s’appuyant sur des « anecdotes douteuses et historiettes fausses ou frivoles, dont quelques unes vont jusqu’au ridicule » comme le faisait remarquer son contemporain Destutt de Tracy (1754 – 1836)*.

            Des Japonais, il dit : « Le caractère émanant de ce peuple opiniâtre, capricieux, déterminé, bizarre […] semble absoudre ses législateurs de l’atrocité des lois. […] des gens qui s’ouvrent le ventre pour la moindre fantaisie. » (1); « Le peuple japonais a un caractère si atroce que ses législateurs et magistrats n’ont pu avoir aucune confiance en lui » (2). A propos des Indiens, il dit : « Les Indiens sont naturellement sans courage » (3).Quant aux Noirs, Pour Montesquieu et bien d’autres penseurs de son siècle, ils ne font pas partie de l’humanité, comme nous le montrerons dans un prochain article.

            L’assurance de sa supériorité d’Européen lui permet de ne voir que stupidité dans les naturels des pays conquis. Aussi, son œuvre principale – De l’esprit des lois – apparaît comme un véritable concentré des plus belles niaiseries de son siècle. Ce qu’il dit des peuples qui cultivent le bananier en est un très bel exemple : « Quand les sauvages de la Louisiane veulent avoir du fruit, ils coupent l’arbre au pied et cueille le fruit » (4).

            Pauvre Montesquieu ! Comme le remarque si bien Odile Tobner dans Du racisme français (édit. Les Arènes), « (il) prend pour argent comptant, sans le moindre recul critique, tous les racontars de tous les voyageurs, leurs vantardises et leurs jugements régulièrement méprisants sur les autres peuples ».D’abord, le bananier n’est pas un arbre mais une herbe géante ; ce qu’ignore Montesquieu. Ensuite, pour récolter les fruits du bananier plantain qui peut atteindre quatre mètres, il faut d’abord l’attaquer en son milieu pour le faire plier et ramener le régime de fruits à votre hauteur ; ainsi ceux-ci ne s’abiment pas en touchant brutalement le sol. Ensuite, une fois le régime de bananes détaché du tronc de cette plante herbacée, il faut abattre celle-ci en la coupant à sa base comme le rapporte Montesquieu en se moquant. Pourquoi ? Parce que chaque plan de bananier ne donne qu’un seul régime de bananes et doit donc être abattu pour faire de la place aux jeunes rejets qui produiront à leur tour un seul régime de fruits chacun !

            Dans sa totale ignorance de la réalité des contrées lointaines, Montesquieu se permet depuis sa hauteur d’Européen de juger les autres peuples. Quand on rapporte ses propos aux paysans africains, ils éclatent de rire et disent de Montesquieu que c’est un enfant qui a besoin de grandir afin de voir la réalité du monde. Dans tous les villages d’Afrique et d’Amérique, si un bananier reste sur pied alors que le régime de fruits a été emporté – comme le suggère le rationalisme de Montesquieu – c’est qu’un voleur est passé par là. Car c’est ainsi que procèdent les voleurs agissant toujours dans la précipitation et le silence. Fou est donc Montesquieu qui, après avoir récolté le régime de bananes, laisse le bananier sur pied espérant en tirer d’autres fruits à l’avenir !

            Quand on ignore l’environnement des êtres humains, on ne se permet pas de juger leurs pratiques sociales. Dans sa suffisance, ce penseur français était incapable de discerner dans la diversité des vies et des pratiques le génie de l’être humain. Si nous sommes d’accord pour dire avec le sage Montaigne que « chaque être porte en lui la forme entière de l’humaine condition », cette même sagesse nous fait voir aussi que l’être humain est doué d’une extraordinaire adaptabilité grâce à son insondable génie. Il suffit de regarder la multitude de contrées inhospitalières de la terre où il s’est malgré tout enraciné pour s’en convaincre.

            Montesquieu ment donc lorsqu’il affirme : « Je n’ai point tiré mes principes de mes préjugés mais de la nature des choses » (De l’esprit des lois, Préface). Odile Tobner relève que Pascal aurait pu lui faire noter que ce que l’on appelle « nature » n’est qu’un premier préjugé qu’affectionnent les raisonneurs.

* Cité par Odile Tobner, in Du racisme français, édit. Les Arènes. (1)De l’esprit des lois, L. VI, ch. XIII ;(2). L. XIV, ch. XV ;(4). L. V , Ch. XIII. ; cités par Odile Tobnerin Du racisme français.

Raphaël ADJOBI

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17 février 2016

La France de Charlie Hebdo et la notion de liberté (illustrations : Hani Abbas, Rania de Jordanie ; réflexion : Raphaël ADJOBI)

La France de Charlie Hebdo et la notion de liberté

(illustrations : Hani Abbas, Rania de Jordanie ; analyse et réflexion de Raphaël ADJOBI)

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Les images présentées ici se rapportent toutes à "Charlie Hebdo" qui – adulé par un grand nombre de Français depuis un an – continue à tirer sur tout ce qui ne ressemble pas à la France et au monde qu'il aime. Ce journal peint Christiane Taubira sous les traits d'un animal qui évoque une Afrique sauvage dans l'imaginaire français sans susciter la moindre  indignation. D'ailleurs, la droite extrême de la France a fait de cette caricature l'emblème de l'affirmation de son racisme qu'elle qualifie de décomplexé comme pour lui conférer plus d'animosité et d'irrévérence. Dans le même esprit, le 14 octobre 2015, une élue de Talant - banlieue de Dijon (Côte d'or / Bourgogne) - Marie-Ange Meyer, avait partagé sur sa page Facebook la Une de Valeurs actuelles sur laquelle figurait Christiane Taubira en ajoutant en commentaire : "qu'elle reparte dans sa brousse, les lianes l'attendent". Quand la mort du petit Aylan sur une plage de la Méditerranée a donné à "Charlie Hebdo" des idées plus macabres que la mort - Aylan mort, c'est un tripoteur de fesses en moins ! - le dessinateur palestinien Hani Abbas a décidé de lui répondre en dressant son exact portrait de la plus magnifique des façons ! Un coup imparable qui montre que le talent n'est pas du côté du journal français. De son côté, Rania de Jordanie a tenu par un dessin à signifier à ce journal, aux pensées excessivement primaires, que la France jouit depuis toujours de la contribution des talents des immigrés. Quant à moi, peu doué pour le dessin, je vous livre ma réflexion sur le comportement de ceux qui ne jurent que par la liberté d'expression alors même que leur inculture les empêche de la définir avec précision. 

 "Aylan mort, c'est un tripoteur de fesses en moins", dixit Charlie Hebdo

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Si seulement chacun faisait sienne cette idée que « notre liberté s'arrête là où commence celle des autres », nous éviterions bien des conflits de cohabitation, d'affrontements dévastateurs. Par ailleurs, si nous avions et respections des valeurs en accord avec cette idée et pouvions clairement les énoncer pour montrer aux uns et aux autres la droiture de notre être et de notre manière de faire, notre vie avec les autres n'en serait que plus harmonieuse. 

            Au début du mois de février 2016, une association musulmane du nord de la France a déprogrammé la venue de trois conférenciers étrangers pour ne pas briser la cohésion nationale autour de l'état d'urgence en vigueur. En effet, l'un des conférenciers était connu pour être un farouche opposant au mariage homosexuel. Cette volonté de ne pas inutilement jeter de l'huile sur le feu avait été appréciée par les gouvernants de notre pays. 

            Malheureusement, cette bonne volonté de ne pas mettre le pays en danger, et donc de respecter la liberté des autres, n'est pas le souci de tout le monde. Habitués à jouir des privilèges sans bornes et par conséquent à jouer aux enfants gâtés, certains ont, depuis longtemps, foulé à leurs pieds toutes les barrières de la cohésion sociale et nationale pour faire place à leurs désirs insatiables, à leur égo surdimensionné. Pour Charlie Hebdo et pour tous ses soutiens qui portent en bandoulière leur racisme ancestral, leur inculture et leur imbécilité comme la marque indélébile du Français le plus nombriliste inimaginable, la liberté est synonyme d'absence de contraintes à l'égard de l'autre dès lors qu'il s'agit de quelqu'un qui ne leur ressemble pas. Parce que l'autre est issu ou rappelle par son physique une contrée lointaine, parce qu'il est d'une couleur différente ou ne pense pas comme eux, ils se donnent le droit de dire et de faire ce qu'ils veulent. Attitude qui relève plutôt de l'égoïsme que de la liberté. 

            Tout homme est esclave de ce qui a triomphé en lui et fait de sa liberté acquise un prétexte pour nuire à son semblable. « Prenez garde de ne pas être détruits les uns par les autres » au nom de la liberté, dit la parole biblique (Galates, ch.V-v.15). Oui, toute liberté a ses limites. Celui qui clame être libre de dire ou de faire telle ou telle chose doit être capable en même temps de déterminer les limites de cette liberté affirmée. Certains croient qu'ils sont libres parce qu'ils transgressent les principes moraux, les interdits. Qu'ils sachent que quiconque est incapable de définir les limites de la liberté qu'il affirme est sous l'empire de son égoïsme, de son moi qu'il aime par dessus tout. 

            On voudrait que les enfants aient des valeurs qu'ils respectent. Cependant, les adultes de Charlie Hebdo refusent d'avoir des valeurs, d'être environnés de valeurs que leur cœur et leur conscience respectent. Quelles sont les valeurs qui délimitent la liberté de Charlie Hebdo et de ses défenseurs ? Le jour où ces adultes demeurés des enfants égoïstes – qui n'ont que la liberté à la bouche pour éviter de réfléchir – énonceront clairement ce qui a de la valeur à leurs yeux, ils auront planté le premier drapeau délimitant l'espace de leur liberté.                         

            A chacun de vous je pose ces questions, en vous regardant droit dans les yeux : où sont les limites de la liberté de la France qui lâche des bombes sur les contrées étrangères ? Où sont les limites de la liberté de la France qui foule à son pied la constitution d'un pays étranger en substituant à sa décision la sienne* ? Il appartient à chacun de se demander si les actes de notre pays à l'encontre des autres nations ne sont pas assurément l'expression d'un égoïsme inavoué mais bien évident au regard de la conscience humaine. Celui qui offense gaiement l'autre au nom de la liberté se dispose à tuer au nom de cette même liberté alors que la sienne n'est nullement menacée. Quiconque repousse trop loin l'espace de son champ de liberté doit s'attendre à rencontrer une farouche animosité.   

* En 2010, le Conseil constitutionnel de la Côte d'Ivoire avait déclaré élu président de la République le socialiste Laurent Gbagbo. La France, dirigée alors par Nicolas Sarkozy, fit bombarder le palais présidentiel en avril 2011 pour l'en extirper et installa Alassane Ouattara sur le siège présidentiel. Ce dernier nomme en janvier 2016 le Français Philippe Serey-Eiffel, 58 ans, ministre auprès de la présidence chargé des grands projets, confirmant ainsi qu'il est l'instrument de la France pour veiller sur ses intérêts en Côte d'Ivoire.    

Raphaël ADJOBI

  

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26 juin 2015

De l'exercice de l'autorité dans le couple (Réflexion)

        De l'exercice de l'autorité dans le couple  

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            Pendant longtemps, en France – comme sans doute dans de nombreux pays européens – les enfants ont été éduqués dans la peur de Dieu. On les menaçait sans cesse de la colère et de la punition du maître de l’univers lorsqu'ils commettaient quelque faute ou se montraient désobéissants. Peu à peu, cette pernicieuse façon d'éduquer a construit dans l'esprit des populations le visage d'un Dieu renfrogné, prêt à punir ; un Dieu-sanction.

            Malheureusement, nous retrouvons cette mauvaise habitude de diaboliser l'autorité de l'autre dans la vie quotidienne des couples. Il n'est pas rare en effet de voir les mères faire jouer aux hommes le rôle du Dieu-sanction. Quand l'enfant se montre récalcitrant ou accomplit une mauvaise action, plutôt que d'exercer son droit et son pouvoir de lui imposer l'obéissance afin de le conduire dans le droit chemin, la mère le menace de la colère et de la punition du père. Et, consciemment ou non, les hommes apprennent à endosser, avec le temps, l’effrayante livrée du punisseur. 

            Ainsi, de même que beaucoup de personnes ont grandi dans l'horreur de l'église qui les terrorisait avec la main vengeresse de Dieu, de même les enfants grandissent en chérissant leur mère et en redoutant leur père au point d'en avoir peur parfois. En effet, par le rappel constant de la colère et de la punition du père, par la permanente agitation du masque affreux du père, la femme se construit peu à peu, dans l'esprit et le cœur de l'enfant, l'image rassurante du refuge, de l'abri salutaire. Et, consciemment ou non, dans l'esprit et le cœur de l'enfant, la mère en vient à se confondre avec l'image de l'amour alors que le père apparaît comme un repoussoir.

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            Nous ne prenons pas suffisamment garde à nos mauvaises pratiques qui souvent ruinent notre vie. Nous ne prenons pas le temps de revoir les leçons de la sagesse qui nous dit que toute relation exclusive est une exclusion de soi-même et des autres. Les mères qui se glorifient de jouir de la préférence de leurs enfants sont donc criminelles parce que, sans le savoir, elles excluent les pères de la part agréable de la famille.

            Ne nous étonnons donc pas de voir certains pères s'appliquer à rivaliser d'amour avec leur compagne auprès de leurs enfants pour échapper au danger de l’exclusion. Dès lors, en toute circonstance, l'autorité est remplacée par les caresses. Chacun des parents évite de fâcher l'enfant pour ne pas encourir sa disgrâce. La moindre parole qui rappelle l'exercice de l'autorité est aussitôt regrettée. On court aussitôt vers lui, on se perd en excuses, on l'embrasse, on le couvre de présents pour se faire pardonner. Et c'est bien par ce moyen qu'on en fait sûrement un tyran au domicile et dans la société d'un établissement scolaire.

            Pour construire un homme, il faut savoir placer l’amour au cœur de l’autorité et non pas l’isoler pour en faire un usage exclusif. Il faut que dans les exigences et les rappels à l’ordre plus ou moins fermes, l’enfant apprenne à découvrir, avec le temps, l’amour qui les a motivés. Je ne vous propose pour exemple que les plus belles larmes de sa vie qu’un ami a versées un jour après la visite de son fils dont l’éducation lui avait coûté de grandes peines et beaucoup de conflits. Celui-ci l’a vivement remercié pour lui avoir épargné cette absence de règles, de savoir-vivre et d’effort que font montre bon nombre de ses collègues de travail. Quel plus beau compliment pour un père que le fils a longtemps considéré comme un bourreau !

            Il convient donc d'avouer que c'est la méconnaissance ou le non respect de la fusion de l’autorité et de l’amour qui est à l’origine des plus grands maux de l’éducation. Et parmi tous, le plus abominable qu’il nous est donné de voir – après le comportement tyrannique – est ce que nous nommons communément la « relation fusionnelle » entre l’enfant et l’un de ses parents.

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            En effet, la relation fusionnelle - ce fruit de l’inclination à la culture exclusive de l’amour - a toujours produit, tôt ou tard, un effet destructeur dans la vie de l’enfant ou du parent concerné quand ce n’est pas dans la vie des deux à la fois. Trop souvent, elle rend difficile, voir impossible, la vie conjugale de l’un ou de l’autre. Se sollicitant sans cesse, privilégiant constamment la place qu’ils occupent réciproquement dans le cœur de l’autre, tous deux négligent immanquablement la place du partenaire de leur vie. La relation fusionnelle fait du parent et de l’enfant deux amants dans les bras et sous les yeux desquels il n’y a guère de place pour une autre relation intense.

            Il est donc bon de veiller à ce que l’autorité soit équitablement partagée au sein de la famille afin de préserver son équilibre. Chacun des parents se doit d’assurer son droit et son devoir d’imposer l’obéissance à ses enfants quand le manquement est constaté devant lui plutôt que de remettre le rappel à l’ordre ou la sanction à l’autorité de son conjoint ou de sa conjointe. Il n’est jamais bon pour la construction de l’enfant et pour l’équilibre du couple de faire de l’un le refuge et de l’autre l’épouvantail.

° dernière image : famille ivoirienne (homme musulman, femme chétienne), in le journal français La croix.   

Raphaël ADJOBI

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08 juin 2015

Le racisme anti-Blanc, le nouveau fantasme des Français blancs

                                 Le racisme anti-Blanc,

                 le nouveau fantasme des Français blancs

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            Après avoir – durant ces quinze dernières années – prospéré sur le lit de la négation des méfaits de la traite atlantique et de l’esclavage des Noirs – négation ayant abouti à la proclamation nationale des bienfaits du colonialisme – voici que des Français blancs enfourchent un nouveau cheval de bataille : le racisme anti-Blanc.

            En effet, selon cette catégorie de citoyens, il y aurait trop de « racisme anti-Blanc » en France, que les Blancs souffriraient quotidiennement de l'animosité, voire du rejet des Noirs. Aujourd’hui, le résultat de leur propagande sur les ondes est incontestable : il n’est plus rare d’entendre un Français blanc affirmer, parlant d’un collègue ou d’un voisin noir, qu’il est raciste, qu’il n’aime pas les Blancs. Il se raconte même dans de nombreux cercles que Christiane Taubira - la Garde des sceaux et ministre de la Justice - est raciste, qu’elle n’aime pas les Blancs.

            Cette nouvelle conception du racisme tendant à imposer une nouvelle vision de la société française mérite une analyse sérieuse afin d'éviter un débat stérile préjudiciable à tous. Sans entrer dans des conjectures inutiles, nous pensons que l'analyse de ce phénomène doit se limiter à cette démarche simple : avant même de considérer la réalité des faits sur le terrain, il convient de voir si, aujourd'hui, le Noir peut être raciste comme le Blanc. 

                                   Un Noir peut-il être raciste ?

            Avant toute chose, nous pouvons assurer que le fait qu’un Blanc ou un Noir affirme qu’il n’aime pas telle ou telle personne ayant une couleur de peau différente de la sienne n'a jamais été considéré, et ne doit pas être considéré comme une marque de racisme. On peut aimer ou ne pas aimer qui l'on veut. Cela, nous l'admettons tous, Noirs et Blancs. C’est seulement lorsqu’un Noir dit « je n’aime pas les Blancs » et un Blanc dit « je n’aime pas les Noirs » que nous sommes tentés de croire qu'ils sont tous deux racistes ? Et pourtant ce n’est pas le cas ; car la différence est très grande entre les deux pensées, les deux esprits qui produisent le même discours. Vous écarquillez certainement les yeux d'étonnement ? Pour vous éviter de lever les bras au ciel en criant au scandale, recourons à la définition éclairante d'un dictionnaire afin de mieux analyser et bien saisir cette différence.

            Le Petit Robert dit du racisme qu’il est la « théorie de la hiérarchie des races, qui conclut à la nécessité de préserver la race supérieure de tout croisement, et à son droit de dominer les autres ». C’est, ajoute-t-il, « un ensemble de réactions qui, consciemment ou non, s’accordent avec cette théorie ».   

            Nous référant à cette définition et à ce que nous enseigne l’Histoire, nous pouvons affirmer que lorsqu’un Blanc dit « je n’aime pas les Noirs », il puise – consciemment ou non – dans la pensée française et européenne des références culturelles, historiques et symboliques qui soutiennent son sentiment ; sentiment que les Noirs à qui il s’adresse lisent très bien. Son affirmation n’est donc pas gratuite parce qu’elle n’est pas vide de sens. Ayant enseigné l’espagnol pendant une vingtaine d’années dans un collège, je peux assurer ici que tous les ans – sans exception – lors de la leçon sur les couleurs, l'énonciation du mot « negro » a immanquablement généré des rires et des œillades complices entre certains de mes élèves blancs. C’est la preuve irréfutable qu’il y a des mots, des expressions, des gestes qui ont – à l'égard des Noirs – un sens défavorable et méprisant dans la conscience collective des Blancs.  « Ce n’est qu’un nègre, une guenon, un macaque, il est sale, jetez-lui une banane, qu’il aille grimper à son arbre… » ! Ce sont là des mots et des expressions qui, dans l’imaginaire des Blancs et dans celui des Noirs, coïncident avec la construction minutieuse établissant la supériorité de l’homme blanc sur l’homme noir.

Par contre, les Noirs n’ont jamais théorisé sur le racisme, sur la supériorité de la couleur de leur peau au point d’avoir construit des mécanismes et des comportements établissant et perpétuant cette supériorité. Dès lors, lorsqu’un Noir dit « je n’aime pas les Blancs », il ne fait tout au plus qu’exprimer un « racisme » primaire, c’est-à-dire, un racisme non élaboré, un racisme qui n’a aucun sens puisqu’il ne repose sur aucune référence culturelle, historique ou symbolique pouvant permettre au Blanc auquel il s’adresse de lire la réalité de son sentiment. Et ce qui n’a pas de sens, parce que vide, ne peut pas être du racisme ! Le prétendu racisme du Noir n'est donc tout simplement que du ressentiment plus ou moins violent pouvant aller jusqu'à la haine. C'est d'ailleurs ce ressentiment que les jeunes noirs et arabes expriment dans les formules « j'ai la haine » et « j'ai la rage ». 

             Voilà donc clairement démontrée la vacuité du racisme dans l’esprit du Noir ! Celui-ci est exempt de toute construction théorique véhiculant des images avilissantes pour le Blanc, mais plein de ressentiment pour l’injuste traitement dont il est l’objet. Le Blanc qui en douterait est appelé à prouver l’existence d’une construction raciste des Noirs à l’égard des Blancs avec un chapelet de formules avilissantes qui en découleraient. 

            Le racisme anti-blanc n’existe donc pas ! C’est une invention de l’esprit qui n’a aucun sens parce qu’elle n’a pas de contenu. Elle est vide ! Elle est vide de toutes les références dont nous avons parlé plus haut. Celui qui n’a jamais vécu dans une société comme un élément d’une minorité écrasée par une majorité de couleur de peau appelée « race » n’a pas le droit d’affirmer qu’il est victime de la discrimination raciale de ses concitoyens. Car le racisme est un phénomène de groupe, de majorité phénotype (couleur de peau) ou de pouvoir politique fort assurant la suprématie d'une couleur et qui use de critères, de comportements et d’un langage particulier pour signifier à l’autre son infériorité. C’est dire que les mots et les usages racistes ou discriminants tendent à établir une ligne de démarcation consciemment admise par le groupe majoritaire ou fort qui tente de l’imposer au groupe minoritaire ou faible. 

            Comment le Français blanc peut-il dire qu’il est victime du racisme des Noirs quand il n’a jamais été refusé – ou jamais eu le sentiment de l’avoir été – dans un établissement scolaire, un magasin, un restaurant, un hôtel, une boîte de nuit à cause de la couleur de sa peau ? En effet, le jour où, sur cette terre de France, des hommes et des femmes auront le sentiment clair et persistant qu’ils ont perdu leur emploi ou qu’ils n’ont pas été embauchés parce que le patron leur a signifié que leur présence ferait fuir ses clients, qu’ils n’ont pas été admis dans un hôpital ou une administration, que le logement annoncé libre au téléphone dix minutes plus tôt ne l'est plus parce qu’ils ont la peau blanche, alors nous commencerons à parler de racisme anti-Blanc. Pour l’heure, aucun Français blanc ne peut affirmer avoir été victime d’une de ces injustices à cause de la couleur de sa peau. 

            Le racisme anti-blanc est donc non seulement une invention de l’esprit mais surtout un véritable fantasme que quelques personnes agitent pour se faire peur et pour cacher par la même occasion la réalité sociale et politique qui n’est absolument pas favorable à leurs compatriotes noirs. C'est en réalité une peur imaginaire inventée pour prévenir tout éventuel projet de discrimination positive pour les Noirs. Il est évident que l'on ne peut accorder des faveurs ou faire de la place à celui qui fait déjà peur.  

                                    Les Noirs poussés à l'autocensure

Malheureusement, outre le fait que ce comportement freine la mise en place de mesures permettant une meilleure insertion des Noirs dans le tissu social et politique français, il a réussi à pousser bon nombre d'entre eux à se regarder d’un œil suspicieux. Oui, depuis quelque temps, nous avons remarqué qu’avant de s’engager dans quelque action, les Noirs ont tendance à s’étudier, à s’assurer que rien de ce qu’ils diront ou feront ne sera interprété par la majorité blanche comme un communautarisme anti-Blanc. Pris au piège de l’autocensure, ils refusent de participer à la commémoration publique de l’abolition de l’esclavage ; ils s’abstiennent de toute revendication liée aux multiples injustices dont ils sont victimes, pour ne pas être taxés de communautarisme. En un mot, tout regroupement de Noirs français leur est devenu insupportable. 

On constate aussi que dans l'art romanesque, les Noirs préfèrent les fictions n’ayant aucun rapport avec l’Histoire parce qu’ils ont peur d’être accusés par leurs compatriotes blancs de ne s’intéresser qu’à l’esclavage et au colonialisme. Ils ne veulent pas qu’on les accuse de ne remuer que le passé nauséabond de la France. Ils ont peur qu'on les accuse de ne pas aimer les Blancs, d'être traités de « racistes anti-Blanc ». 

            A force de s’étudier afin d’avoir un comportement qui plaît à la majorité blanche, les Noirs de France ont abandonné l’écriture de leur histoire, l’écriture du passé nègre de la France. Ce sont finalement leurs compatriotes blancs qui s’appliquent à ressusciter dans des romans ou des essais les figures célèbres de l’histoire de France ou des récits qui rendent compte de la dureté et de l'inhumanité de la traite négrière et de l’esclavage. Mis à part Claude Ribbe, Raphaël Confiant, Serge Bilé, Louis-Georges Tin et quelques autres, ce sont les Français blancs qui sont devenus les plus grands pourfendeurs du racisme dans leur pays, les plus grands propagateurs de la contribution des Noirs à la grandeur de l’Histoire de France. Odile Tobner s’est intéressée au racisme ambiant en France (Du racisme français, 2007) et les travaux de Marylène Patou-Mathis (Le Sauvage et le Préhistorique…, 2011) ont éclairé la construction scientifique du racisme en Europe. Et c'est Pascal Blanchard (La France noire) qui assure sur les ondes la promotion de la dénonciation de cette injustice. En 2009, avant Lilian Thuram, Benoît Hopquin (Ces Noirs qui ont fait la France) a brossé les portraits des Noirs illustres de France depuis le chevalier de Saint-Georges (XVIIIe siècle) jusqu’à Aimé Césaire (XXe siècle). Olivier Merle (Noir négoce, 2010) et Philippe Vidal (Les montagnes bleues, 2014) ont sans doute produit les plus beaux romans sur l’esclavage en ce début du XXIe siècle. Quant à Didier Daeninckx, deux de ses romans sur l’histoire des Noirs (Cannibale, Galadio) sont aujourd’hui des classiques qui font le bonheur des collégiens et des lycéens. A sa manière, Sophie Chérer (La vraie couleur de la vanille, 2012) a redonné vie à l'esclave Edmond Albius comme André Schwartz-Bart l’a fait pour La mulâtresse Solitude (1972). Nelly Schmidt (La France a-t-elle aboli l’esclavage, 2009) et Jacques Dumont (L’amère patrie, 2010) nous ont peint le parcours du combattant des « nouveaux libres » de la France. Quant à Caroline Oudin-Bastide (Des juges et des nègres, 2008) et Mohamed Aïssaoui (L'affaire de l'esclave Furcy, 2010), ils se sont plongés dans les affaires judiciaires pour mieux montrer à quel point la justice était un vain mot pour les esclaves et les colonisés… 

            Pourquoi le fait que les Noirs exhument le passé peu honorable de la France ou critiquent sa politique coloniale, comme leurs compatriotes blancs, doit-il être regardé comme un crime contre leur pays ou un racisme anti-Blanc ? Pourquoi souligner le génie ou l'héroïsme de leurs ancêtres serait-il un affront à la grandeur de la France ? Pourquoi doivent-ils s'interdire de se joindre au combat contre le racisme dont ils sont l’objet ? Pourquoi seuls les Blancs semblent-ils autorisés à mener ce combat ? Pourquoi la critique du racisme dans la bouche d'un Noir est-elle automatiquement comprise comme une attaque des Blancs ? C'est malheureusement le triste spectacle auquel on assiste dans les débats politiques et sociaux sur les chaînes de télévision.  

            Et pourtant, comme nous l'avons démontré – et cela sera vrai jusqu'à ce que le contraire soit prouvé – un Noir ne peut pas être raciste à l’égard d’un Blanc, parce qu’il ne possède pas les outils pour l’être. Exprimer son ressentiment face à celui qui vous méprise ne peut absolument pas être pris pour du racisme car le ressentiment fonctionne exactement comme l'amour de soi : une protection qui signifie que l'on refuse de mourir, de disparaître.

            Les Noirs de France doivent donc résolument cesser de se laisser impressionner par ceux qui agitent le « racisme anti-Blanc » à tout vent contre leurs revendications d’une plus grande égalité et d’une meilleure fraternité.  

            Retenons aussi que le Blanc n’est devenu raciste qu’après la construction des théories établissant une hiérarchie des humains sur la base de leur couleur ; théories racistes popularisées par l’enseignement et l’éducation. Avant cette époque, on ne disait point « les Blancs », « les Noirs », « les Jaunes »... mais les Ethiopiens, les Egyptiens, les Nubiens, les Maures, les Chinois... Avant cette époque, le Blanc était comme le Noir : il avait des préjugés fluctuant avec le temps mais n’était pas raciste. 

Raphaël ADJOBI

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30 mai 2015

Le sparadrap, un signe extérieur de sous-développement en Afrique noire

 Le sparadrap, un signe extérieur de sous-développement

                                        en Afrique noire

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            L'usage du sparadrap – ce ruban adhésif servant à panser les plaies et dont l'universalité n'est plus à démontrer – a toujours suscité en moi des interrogations, du simple fait que je suis Noir. Mais c’est seulement en avril 2015 que, dans un débat public, j’ai eu l’occasion de démontrer que son usage sur les peaux noires était un signe de sous-développement. Ce jour-là, tout le monde est tombé d’accord avec moi pour dire que c'est dans les choses les plus élémentaires que l'on voit l'incapacité des Africains à s'assumer pour s'imposer au monde.

            En effet, nous savons tous qu'en fabriquant cette bande adhésive pour recouvrir les plaies, les industriels européens ont pensé à la rendre quelque peu invisible sur les peaux blanches, donc moins disgracieuse. Ce qui veut dire que la couleur chair – mais « chair blanche » – du sparadrap est un choix esthétique mûrement pensé.  

            Figurez-vous qu'aujourd'hui encore, au XXIe siècle, après plus d'une soixantaine d'années d'indépendance des Etas africains – indépendance certes tronquée, parce que les dés étaient pipés – le sparadrap vendu en Afrique noire dans les pharmacies et autres places publiques est de couleur chair blanche. C'est-à-dire que le sparadrap produit par les Européens pour les peaux blanches d'Europe et du reste du monde blanc est celui-là que les peuples noirs d'Afrique et d'ailleurs continuent d'utiliser comme pansement. 

            La question que je me suis toujours posée est celle-ci : pourquoi aucun gouvernant d'Afrique noire n'a-t-il jamais pensé à commander pour son pays des sparadraps « chair noire » ou « marron » pour ses populations ? Il est très surprenant de constater que jamais les gouvernants africains n'ont pensé peser dans la balance commerciale en faisant valoir leur besoin particulier. Je ne parle pas d'investissements techniques lourds pour la production du sparadrap, mais tout simplement de commande auprès d’une industrie pour un besoin spécifique !

            Nous voyons bien par cet exemple que le sous-développement ne se mesure pas uniquement à la pauvreté liée aux besoins matériels. Il est avant tout une inadéquation entre les besoins et la force de la pensée. C'est quand l'esprit se limite à considérer la satisfaction des besoins comme une façon de combler un vide - et uniquement cela - et non pas également comme une conquête de la liberté et de la dignité que l'on reconnaît l'état de sous-développement. C’est cette manière de voir les choses qui conduit certains à parler d'aliénation et de besoin d’indépendance mentale. En d’autres termes, si un industriel d’Afrique noire – désireux de conquérir le marché africain – se mettait à fabriquer des sparadraps couleur chair blanche pour les populations noires, il serait considéré comme mentalement prisonnier d'un schéma culturel.

Permettons-nous donc de dire qu’il n’est pas sage de rechercher ardemment l’indépendance du ventre si la tête demeure aliénée. Peut-être qu’en commençant par la liberté de l’esprit on atteindrait plus facilement et plus judicieusement celle du corps, et les changements que pourraient opérer les réalisations techniques seraient plus adaptés aux réalités humaines et sociales de chaque peuple.              

Raphaël ADJOBI  

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21 février 2015

Voltaire juge Charlie Hebdo dans son Traité sur la tolérance

                                Voltaire juge Charlie Hebdo

                               Dans son Traité sur la tolérance

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            Le succès en librairie que connaît actuellement le Traité sur la tolérance de Voltaire est indiscutablement la résultante des événements qui ont marqué le début de l’année 2015 en France. Assurément, la grande majorité des Français avait vu dans l’attaque des locaux du journal satirique Charlie Hebdo la marque du fanatisme religieux contre ce qu’elle appelle la liberté d’expression. Mais, de même que nombreux parmi ceux qui sont descendus dans les rues le 11 janvier 2015 pour défendre cette liberté ont compris assez rapidement qu’ils ont été trompés ou manipulés, de même nombreux parmi les personnes qui ont acheté le Traité sur la tolérance de Voltaire croyant y trouver les arguments pour condamner les auteurs des assassinats au siège du journal satirique ont certainement vu leur attente déçue. 

            Pourtant, ce petit livre de Voltaire est tout à fait passionnant ; du moins dans ses premiers chapitres qui ne laissent pas perdre de vue le sujet qui a motivé sa rédaction : le supplice de Jean Calas, à soixante-huit ans, suite à l’arrêt du tribunal de Toulouse le condamnant pour parricide. Bien sûr, après l’exposé des faits démontrant un jugement inique visant à satisfaire le parti des catholiques contre celui des protestants, le philosophe se lance dans une critique sévère et très analytique du fanatisme religieux – notamment catholique – et de l’intolérance qui y est attachée. Cependant, c’est quand Voltaire démontre comment, avec le temps, les catholiques ont construit dans leur imaginaire un panthéon de martyrs que le livre rejoint notre actualité moderne à travers l’attentat du 7 janvier 2015 et la marche qui l’a suivi quatre jours plus tard. 

            N’est-il pas vrai que Charlie Hebdo a été porté aux nues, élevé au rang de martyr de la liberté d’expression pour ne pas dire de la foi laïque ? Mais il est triste de constater que pour parvenir à ce degré d’élévation, comme les catholiques dans le passé, Charlie Hebdo a joué de la provocation, de l’intolérance pour attirer sur lui la violence sanctifiante.

            Voltaire montre clairement, s’appuyant sur des faits historiques, que partout dans le monde, à toutes les époques, la cohabitation des croyances et des pratiques religieuses est une chose ordinaire. C’est, ajoute-t-il, lorsque les catholiques ont cru bon d’imposer leur foi et jeter bas les idoles des autres, c’est-à-dire lorsqu’ils ont commencé à ne pas tolérer ceux qu’ils jugeaient païens, qu’ils ont déclenché la violence contre eux. Le martyr de saint Polyeucte qu’il cite en est la parfaite illustration. « Il va dans le temple, où l’on rend aux dieux des actions de grâce pour la victoire de l’empereur Décius ; il y insulte les sacrificateurs, il renverse et brise les autels et les statues : quel est le pays au monde où l’on pardonnerait un pareil attentat ? » Et après bien d’autres exemples de ce type, Voltaire fait remarquer que « les martyrs furent (…) ceux qui s’élevèrent contre les faux dieux ». Certes, conclut-il, c’était « une chose très sage et très pieuse » pour les chrétiens de ne pas croire à ces faux dieux, cependant, « on est forcé d’avouer qu’eux-mêmes étaient intolérants » parce qu’ils se moquaient publiquement des croyances des autres. 

            Les caricaturistes de Charlie Hebdo ne firent pas autre chose que ce que firent les catholiques qui moquèrent les cultes qu’ils jugeaient païens. A moins qu’ils ne fussent victimes que de leur propre inculture, ces journalistes n’ignoraient pas que – contrairement aux catholiques qui se sont écartés des textes sacrés à propos des idoles – les musulmans attachent une importance capitale au fait de ne pas représenter Dieu et ses prophètes. L’architecture des mosquées et les objets de culte qu’ils ont laissés à travers le temps témoignent de leur attachement scrupuleux à ce principe. N’est-ce pas être intolérant que de moquer publiquement et effrontément leur religion en jetant bas ce qu’ils vénèrent ? 

            Ne voit-on pas aujourd’hui encore, dans de nombreuses contrées, se côtoyer catholiques, protestants, juifs, musulmans, bouddhistes, animistes et athées ? Qu’est-ce qui permet cette tolérance mutuelle sinon le bon sens qui commande le respect de la croyance de l’autre ? C’est quand on s’avise de se lever pour troubler l’autre dans ses pratiques sacrées que l’on suscite une réaction violente. Hier, nous levions des armées pour mener des croisades afin de punir les offenses faites au christianisme. Aujourd'hui, d'autres mènent des djihads pour punir les offenses faites à l'islam. Nous ne pouvons donc que rejoindre Voltaire pour dire que le grand principe universel qui fonde à la fois la liberté naturelle et humaine d’une part et le droit naturel et humain d’autre part, c’est « ne fais pas ce que tu ne voudrais pas qu’on te fît ». L’intolérance commence par l’affirmation de la bonté et de la justesse de ce que l’on croit et fait par rapport à ce que croit et fait l’autre. La trop grande considération de ce que l’on croit et que l’on finit par ériger en droit est de l’intolérance. Il faut donc prendre garde à la confusion du légal et du moral. Ce qui est légal pour l’Etat ne doit pas devenir ce qui est moral. L’instance du moral est dans le cœur ; et personne, pas même l'Etat, n’a le droit de dire que la morale n’existe pas, que la conscience n’existe pas, que le bon sens n’existe pas. 

            C’est le manquement à la tolérance et donc au respect de l’autre – ce principe élémentaire et universel – qui causa un si grand trouble en France en janvier 2015 et plongea les ergoteurs dans des débats stériles. Très vite, on montra la jeunesse du doigt et on entreprit d’introduire des notions nouvelles dans notre système d’enseignement ; comme si savoir chanter la Marseillaise ou connaître les institutions qui structurent notre système politique est susceptible de faire de nos enfants de bons citoyens. On a oublié de commencer par apprendre aux adultes à respecter les règles morales et à pratiquer l'exercice du bon sens afin de faire d’eux des modèles à suivre pour la jeunesse. 

            Ce fut un bonheur de voir, quelques semaines après les tueries du 7 janvier et la marche du 11 du même mois qui la consacra, beaucoup de personnes – dont de nombreux journalistes et artistes connus – dénoncer la supercherie qui a fait des caricaturistes des martyrs de la liberté d’expression. Les premiers à se désolidariser des dessinateurs français furent les journalistes anglais et américains qui, sans hésitation, refusèrent de se faire les relayeurs des provocations de leurs confrères se considérant les maîtres du monde après avoir été portés aux nues par la terre entière. En France même, certains journalistes et artistes trouvèrent le slogan « je suis Charlie » indécent, racoleur et dangereux. Les enseignants qui ont été pris pour cibles dans des textes ou des dessins les présentant dans des postures inconvenantes n’ont guère apprécié la totale liberté d’expression dont ils se sont faits les apôtres dans l’élan de la ferveur nationale. 

            Par ailleurs, tous ceux qui ont prêté foi à l’idée que Charlie Hebdo se moque de toutes les religions se sont rendu compte qu’ils ont soutenu un mensonge national. La guerre entre Israéliens et Palestiniens n’a jamais inspiré à Charlie Hebdo une caricature de Moïse et de la Torah. Concernant le culte des juifs, les caricaturistes de ce journal se sont toujours contentés de ridiculiser les religieux, mais jamais leur prophète et leur livre saint ; c’est quand il s’agit du christianisme et de l’islam qu’ils touchent à Jésus et à la Bible d’une part, à Mahomet et au Coran d’autre part. C’est dire combien ces journalistes français ont un sens du sacré bien orienté et la liberté d'expression bien sélective.

            Nous avons même surpris ces martyrs de la liberté d’expression et leurs partisans en flagrant délit d’intolérance lorsqu’ils se mirent à critiquer les journalistes britanniques et américains, les traitant de pudiques, de couards et de trop consensuels, parce qu’ils refusaient de propager leurs provocations chez eux. Voilà des défenseurs de la liberté d’expression qui sont incapables d’imaginer et d’accepter que d’autres puissent penser et agir différemment. Ces journalistes français-là sont indubitablement des êtres intolérants et dangereux pour la société. Ce sont des adeptes de la pensée unique, incapables de comprendre que la liberté d’expression poussée jusqu’à l’insulte n’a plus rien à voir avec la liberté sous quelque forme que ce soit. La liberté d’expression n’est nullement faite pour écraser l’autre ! 

            Il serait bon que chacun retienne que le bon sens et le respect de l’autre n’ont jamais provoqué de guerre civile, comme le dit si bien Voltaire. Par ailleurs, une autre récente actualité nous a permis de voir d’immenses foules de catholiques descendre dans les rues pour crier leur opposition aux lois favorables aux homosexuels. Les violences verbales et physiques ayant accompagné cette animosité soudaine n’ont pas manqué de rappeler à bien des esprits ce qu’il en a coûté à la France quand les catholiques disputaient les dogmes et régentaient la vie sociale. Ce sont bien des considérations religieuses qui ont rendu ces chrétiens violents, intolérants, et les ont poussés à livrer une ministre à la vindicte populaire et médiatique. Ces événements ont clairement montré que le fanatisme religieux n’est pas mort dans le cœur des Français et qu’il est toujours prêt à refaire surface. Ce n’est donc pas seulement dans le cœur des autres qu’il est encore vivant ! 

            Comme dit Voltaire, nous serons sages de ne jamais perdre de vue les deux sources essentielles de la guerre : la religion et la propriété. Disons donc que le peuple français qui n’est point ignorant des ravages de l'intolérance véhiculée par la religion aurait dû savoir que dans ce domaine il ne faut point se montrer chatouilleux si l’on veut être à l’abri d’une violence démesurée. Malheureusement, oublieux nous sommes et sots sont nos gouvernants incapables de nous prévenir du mal qui sommeille dans toutes les communautés confessionnelles, surtout lorsqu’elles prennent de l’importance.  

Raphaël ADJOBI

Titre : Traité sur la tolérance, 110 pages

Auteur : Voltaire

Editeur : Librio, janvier 2015

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06 août 2013

Certains sites africains d'information sur Internet seraient-ils incompétents ou malhonnêtes ?

        Certains sites africains d'information sur Internet

              seraient-ils incompétents ou malhonnêtes ?

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            De toute évidence, il y a des sites comme Ivoirebusiness.net, globosahoua.blogpost, en-Afrique.info et Lynx Togo qui refusent de reconnaître les talents des Africains. Je ne veux pour preuve que la reprise de mon article "Laurent Gbagbo, la nouvelle étoile de la Résistance africaine face à l'injustice des Occidentaux" qu'ils ont attribué au quotidien français en ligne Médiapart. 

            Le 4 juillet dernier, Nicole Guihaumé avait en effet repris pour le club Médiapart cet article publié le 30 juin sur mon blog politique. Elle n'a pas oublié de mentionner mon nom et un lien menant à mon blog ; c'est-à-dire la source de l'information. Quand la dépêche d'Abidjan.info, Abidjantalk.com et la vingtaine d'autres sites et blogs reprendront ce billet, ils feront preuve de la même honnêteté. 

            Ce qui est surprenant et écoeurant, c'est qu'Ivoirebusiness.net, globosahoua.blogpost et Lynx Togo ont eux aussi repris mon article mais tout en prenant soin d'effacer mon nom et le remplacer par celui de "Médiapart" ; par la même occasion, ils ont fait disparaître l'adresse de mon blog signalée par Nicole Guihaumé. En d'autres termes, ils ont trouvé que c'est plus valorisant - pour eux ! - d'attribuer l'article à ce journal devenu célèbre pour avoir révélé l'existence du compte suisse d'un ministre français. Un article signé Raphaël ADJOBI ne fait pas assez "classe" à leur yeux. Ivoire business pour sa part, a publié l'article deux fois : il l'a une fois attribué à Médiapart, et l'a signalé une autre fois comme ma contribution à un blog ami ; c'est à-dire en mentionnant mon nom.       

            Messieurs, apprenez tout simplement qu'aucun journaliste français n'a affirmé que Laurent Gbagbo est devenu la nouvelle étoile de la Résistance africaine face à l'injustice des Occidentaux. Et Médiapart ne revendique pas la paternité de l'article. Sans doute, ce journal français reconnaît tout simplement, par cette reprise faite par un membre de son club, la justesse de l'analyse et le talent de l'auteur que vous refusez de voir ou de reconnaître. Ce n'est certainement pas au club du Nouvel Observateur, où l'on manie allègrement la censure, que vous trouverez des articles et des commentaires qui montrent la France du doigt concernant la tragédie ivoirienne ou l'injustice faite à Laurent Gbagbo. Notre ami Delugio en sait quelque chose ; et moi aussi d'ailleurs.

Le blog de Nicole 0005

            C'est la deuxième fois que Nicole Guihaumé reprend un de mes articles. Il suffit de visiter son blog (Le blog de Nicole) pour bien comprendre sa position sur les événements concernant la Côte d'Ivoire. A l'avenir, soyez plus attentifs pour la devancer, si vous voulez. Montrez-lui que vous aussi vous avez du flair pour repérer les bons articles. Mais surtout, évitez de les attribuer à des illustres écrivains ou journalistes français. Il n'y a aucune gloire à tirer en agissant de la sorte. On se couvre plutôt de ridicule, à défaut d'être taxé de malhonnête. Le combat de la vérité que nous menons ensemble doit nous inciter à l'honnêteté, à la reconnaissance des talents des uns et des autres et non pas à de petites méchancetés. Les journaux officiels ivoiriens ne tombent pas dans ce travers parce qu'ils savent qu'ils ont besoin des blogueurs autant que ceux-ci ont besoin d'eux pour mener ce combat qui nous oppose à nos adversaires sachant mieux manier la violence physique et la falsification de documents que l'écriture. 

            Comprenez donc tous que je n'ai nullement l'intention de faire un long procès à nos amis pour ce qui doit sans doute être pris pour des erreurs et non pas des pratiques habituelles. Cependant on ne peut cacher combien il est déplaisant de se voir dépossédé de son oeuvre comme l'avaient déjà fait Abidjandirect et un certain Zoé Narwali sur psychologie.com en reprenant mon billet sur "Comment la France a perdu l'Afrique" (livre de Stephen Smith et Antoine Glaser) sans mentionner ni mon nom ni mon blog.        

Raphaël ADJOBI

° http://www.ivoirebusiness.net/?q=articles/selon-mediapart-laurent-gbagbo-est-la-nouvelle-%C3%A9toile-de-la-r%C3%A9sistance-africaine-face-%C3%A0#sthash.Wqs4YaHq.dpuf

° http://gbodosahoua-gbodosahoua.blogspot.fr/2013/07/la-nouvelle-etoile-de-la-resistance.html

° http://www.lynxtogo.info/oeil-du-lynx/afrique/4087-mediapart-qlaurent-gbagbo-est-la-nouvelle-etoile-de-la-resistance-africaine-face-a-linjustice-des-occidentauxq.html

Concernant mon article sur le livre "Comment la France a perdu l'Afriqueé"

° http://abidjandirect.net/index2.php?page=livr&id=7315

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03 février 2012

Qu'est ce que "la droite", en politique ?

        Qu'est-ce que "la droite", en politique ?

                                        Lire l'article sur

                    Les pages politiques de Raphaël

Assemblée nat

 

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06 novembre 2011

Notre paix sera la mort de l'Europe (Réflexion)

                       Notre paix sera la mort de l’Europe    

Partage Afrik 0001            Les nombreux livres sur la traite négrière atlantique que l’on trouve désormais en librairie depuis cinq ou six ans ainsi que l’histoire récente des nations africaines laissent apparaître une constante : la présence de la figure de l’Europe au centre des guerres entre les différents peuples du continent africain. Le schéma de cette relation ou de ce mariage houleux à trois est donc vieux de cinq siècles.

            Certes, l’histoire des autres continents ne révèle pas moins de guerres ou un visage plus pacifique. Certaines guerres portent d’ailleurs leur durée comme nom : Guerre de Sept ans, Guerre de Cent ans. On note aussi que la très grande majorité des héros européens à la gloire  desquels ont été élevées des statues sont des anciens soldats. En clair, ce que les peuples européens magnifient le plus dans leur mémoire ce sont les guerres qu’ils ont dû livrer les uns contre les autres. Cependant une chose est à remarquer : ces guerres sont presque toutes - sinon toutes - des guerres de voisinage avec parfois le soutien d’un autre voisin ou d’un vassal ; mais jamais elles n’ont eu pour instigateur un peuple lointain ayant pour objectif le dépouillement du vaincu et la domination du vainqueur. 

            Outre celles qui peuvent être classées comme des querelles familiales, les guerres européennes étaient donc des guerres d’expansion ou de reconquête territoriale. On cherchait ça et là à sécuriser les voies d’accès aux richesses (la route de la soie, des épices). Rome a étendu sa domination à l’est jusqu’au Moyen-Orient et à l’ouest jusqu’en Gaulle. Au 19è siècle, Napoléon s’est fait sienne cette même visée expansionniste avant d’être définitivement défait par les Anglais. Il faut dire que déjà, les peuples commençaient à se reconnaître dans des frontières nationales. Et c’est justement ce sentiment national qui va peu à peu construire la paix entre les peuples et faire apparaître le caractère injuste des guerres. C’était déjà le sentiment d’une entité nationale agressée qui souleva les Madrilènes contre Napoléon au 19è siècle ; et c’est ce même sentiment qui, au 20è siècle, mit fin à l’avancée du nazisme qui voulait renouer avec les guerres d’expansion romaine et napoléonienne. 

            Quant aux guerres africaines, telles qu’elles nous apparaissent dans les récits oraux qui nous sont parvenus, elles obéissaient au départ au même schéma que les guerres traditionnelles connues à travers la terre entière. Elles étaient aussi le fait de querelles familiales, de voisinage ou d’une volonté d’expansion pour asseoir sa puissance et jouir d’un plus grand prestige. Dominer le monde était et reste le rêve de tous les puissants. 

            C’est à partir du 16è siècle que l’Afrique ne va plus connaître ce schéma classique de la guerre. Désormais, un acteur étranger, l’Européen, tel un dieu au-dessus de la mêlée, va sillonner ce continent, piquer l’un, flatter l’autre, pour entretenir les litiges et faire naître des raisons de mener des guerres. Il est même étonnant de lire dans tous les livres traitant de l’esclavage des nègres à quel point les négriers européens vivaient dans la hantise de voir la paix s’établir entre les peuples africains. Ce court extrait de la lettre du représentant en Afrique de la Compagnie du Sénégal adressée à Paris lors des querelles de successions après la mort du roi de Cayor illustre bien cet état d’esprit général : « Et comme ces deux frères ne sont pas toujours unis pour agir par un même principe et selon leurs intérêts communs, il sera facile au Directeur particulier de Gorée de les entretenir de manière que quand l’un voudrait le mauvais et interdire le commerce (des esclaves), on soit sûr de le faire avec l’autre et même l’engager dans nos démêlés particuliers […]. Surtout, il faut empêcher que ces deux couronnes ne soient jamais sur une même tête. » (1) En d’autres termes, il faut éviter que les deux princes parviennent à s’entendre et vivent dans la paix ! Voilà la devise « diviser pour régner » érigée en principe politique.  Et pour éviter la paix entre les nègres, comme le dit si bien Lino Novàs Calvo dans Le Négrier, Roman d’une vie (éditions Autrement Littérature), « l’important était de corrompre les chefs puis de leur fournir des armes – car les armes produiraient la guerre » et la guerre le commerce des esclaves. C’était aussi simple que cela ! 

            En lisant ces lignes, le lecteur d’aujourd’hui se dit sans doute : « Quelle horreur ! Quelle attitude criminelle ! » Devant ces cris d’indignation, je me dis alors : posons-nous la question de savoir pourquoi l’Europe pérennise une pratique que la conscience humaine moderne nourrie d’humanisme considère comme une injustice, voire un crime. Quel est cet intérêt supérieur à la conscience humaine qui nous fait applaudir les opérations de nos soldats en terres étrangères comme dans les siècles passés ? 

            Quand nous sommes en paix et qu’aucun ennemi ne nous menace, quel intérêt peut nous inciter à prendre les armes contre l’autre ? Il me semble que seul cet instinct animal singulier dont l’homme est doué et dont il abuse et qui s’appelle la peur du manque ou le désir de toujours vouloir plus - que certains nomment complaisamment « la prévoyance » - peut expliquer cette course à l’appropriation des biens d’autrui. « Le rôle d’un président, dit Barack Obama, c’est de veiller à ce que son pays ne soit pas en manque des ressources qui lui sont nécessaires ». Par ces quelques mots, le président des Etats-Unis d’Amérique traduit la préoccupation de tous les occidentaux : la course aux ressources minières et énergétiques des pays non industrialisés. Que chacun comprenne une fois pour toutes que pour les occidentaux, les autres peuples sont là pour pourvoir aux besoins de la société de consommation !     

            Pendant deux ou trois décennies, tout le monde a cru que l’humanité tout entière était entrée dans une ère de fraternité irréversible et que par elle la justice s’établirait entre les nations. Or, aujourd’hui, les pompes aspirantes jetées sur les pays pauvres au 19è siècle menacent de se déconnecter des sources d’approvisionnement. L’Occident menace donc ruine, se dit-on, si ses besoins en matières premières et en énergies de toutes sortes ne sont pas garantis. Il devient par conséquent urgent de forcer l’Afrique qui en dispose en quantité considérable à les céder à ceux qui en ont besoin. Son développement à elle peut attendre. 

             Alors, pour y parvenir, on remet au goût du jour le caractère juste des guerres.  Comme dans la fable du « Loup et l’Agneau » de La Fontaine, on invente tant bien que mal des arguments justificateurs : tel menace la sécurité de l’Europe ; tel autre est un dictateur qui maltraite son peuple ; celui-là n’est pas assez démocrate. Et voilà l’Europe repartie pour resserrer l’étau de sa domination de l’Afrique acquise au 19è siècle alors que les Africains croyaient qu’il se desserrerait progressivement et sûrement au nom de l’indépendance des peuples à s’assumer eux-mêmes. Hier, les guerres africaines menées à l’instigation des Européens produisaient des esclaves ; aujourd’hui, les guerres menées sur ce continent produisent des matières premières à vil prix. 

DSCF0485              Devant cette désillusion, que reste-t-il à l’Afrique comme moyen d’action pour la reconnaissance de son intégrité ? Comme l’appelait de ses vœux l’ancien président de l’Afrique du Sud, M. Thabo Mbeki, il faut que dans tous les pays africains, les peuples s’organisent dans des manifestations gigantesques pour crier leur indignation et leur refus du sort que leur réservent les puissants de ce monde. C’est la façon la plus claire de lancer à la face des peuples de la terre, en particulier ceux d’Europe, un vibrant appel au réveil de leur conscience face aux crimes commis en leur nom. Au regard des « mouvements des indignés » qui se multiplient dans les sociétés occidentales, on peut croire que les peuples de l’Occident sont prêts à comprendre l’Afrique si celle-ci lançait à son tour un grand cri d’indignation contre la prédation dont elle est victime. Mais pour cela, il faut absolument que l’Afrique elle-même se réveille. Cela suppose qu’elle retrouve une grande unité et une grande solidarité dans ses revendications à l’égard de l’Europe. Si l’Afrique continue à faire la morte, rien ne changera ; quand elle se réveillera, l’Europe tremblera.               

1.   Labat (R.P.), Nouvelle Relation de L’Afrique Occidentale, T. IV, p. 250 ; cité par Tidiane Diakité in « La traite des Noirs et ses acteurs africains », p. 102.

Raphaël ADJOBI

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