Lectures, analyses et réflexions de Raphaël

Vous trouverez ici des comptes rendus de lectures livresques concernant essentiellement l'histoire des Noirs d'Afrique et celle des Afrodescendants des Amériques et d'Europe. Les actualités de la diaspora africaine ne sont pas oubliées.

08 décembre 2018

A propos de la restitution à l'Afrique de ses œuvres d'art (par Raphaël ADJOBI)

  A propos de la restitution à l'Afrique de ses œuvres d'art 

Masque XIIe siècle - Nigeria

            Un an après le discours de Monsieur Macron à Ouagadougou en novembre 2017, plus personne ne se pose la question de savoir s'il faut ou non restituer les œuvres d'art africaines qui font les beaux jours de nos musées ou que nous entassons orgueilleusement dans les sous-sols de ces institutions. Aujourd'hui, il est plutôt question des moyens à mettre en œuvre pour les rendre à leur pays d'origine, et à quel rythme. Remarquons en passant que dans un pays dit démocratique comme la France où nous avons le grand défaut de croire qu'une fois qu'une loi est votée ou qu'une décision est prise, elle est définitive, il a suffi que le président exprime sa volonté personnelle pour que toutes les lois de la République convergent à la satisfaire. Il y a quelques décennies déjà, il a suffi que le président Jacques Chirac exprime sa volonté de voir les anciens combattants de l'empire colonial jouir enfin de la même pension que leurs frères d'armes blancs pour que les lois anciennes deviennent caduques. Même si la décision ne sera effective que sous le mandat de Nicolas Sarkozy. En clair, en France, ce n'est pas la raison et la réflexion des élus qui guident la république dite démocratique mais la force de la parole du président.

            Si le principe de la restitution de ses œuvres d'art à l'Afrique est désormais acquis, il convient tout de même de reconnaître que le débat qu'il a suscité,  avant et après le discours de Ouagadougou, a fait apparaître une évidence : le caractère vandale de l'action coloniale française en Afrique ! En effet, plus jamais, aucun adulte, aucun enfant voyant des arts africains dans un musée ne pourra dire que ce sont des biens français. Désormais chacun sait que ces objets sont le fruit d'un vol planifié par l'action dite civilisatrice de la colonisation française qui s'est appliquée à détruire tout ce qui n'était pas à son goût.

Figure de reliquaire - Kota, Gabon

            Mais au-delà de ce constat indéniable, il convient de dire ici combien il est indigne - pour ne pas dire honteux - pour la grande majorité des Français qui se sont exprimés sur ce sujet d'avoir fait preuve d'un manque de bon sens élémentaire. Quelle honte d'avoir vu s'étaler çà et là cette suffisance qui nous fait croire que nous sommes la mesure de toute chose et que par conséquent nos règles sont universelles et exigent que tout le monde s'y plie ; particulièrement les Africains ! Quelle honte de qualifier de "biens inaliénables" des œuvres que nous savons volées ou mal acquises ! Comment des œuvres volées ou que l'on prétend, sans preuve matérielle, avoir achetées à l'époque coloniale peuvent-elles entrer de manière légale dans les musées nationaux ?  Quelle honte de voir des voleurs rassemblés discutant pour savoir si leurs règles dites républicaines et démocratiques les autorisent ou non à restituer à autrui ce qu'ils lui ont pris ! Et de quel droit se permettent-ils de discuter de ce que l'Afrique fera de ses œuvres une fois qu'elle les aura recouvrées ? Toute une génération d'hommes et de femmes est incapable d'interroger l'histoire pour former son jugement : en 1815, après la défaite de Bonaparte, le Louvre qui avait pris le nom de Musée Napoléon en 1802 et s'était enrichi du butin des guerres avait dû alors restituer leurs biens aux états spoliés avec quelques grincements de dents dans les hautes sphères de l'Etat.       

            Il est certain que le débat franco-français hallucinant autour de la restitution des œuvres d'art africaines a renvoyé quelques rares personnes pleines de bon sens - et du sens de l'histoire aussi - à la fameuse Controverse de Valladolid, au XVIe siècle ; controverse durant laquelle toutes les éminences grises de l'Eglise catholique - pour ne pas dire d'Europe - s'étaient réunies pendant deux mois pour réfléchir à la question de savoir si les autochtones des Amériques étaient oui ou non des êtres humains, s'ils avaient une âme, s'ils descendaient d'Adam et Eve comme les Européens, et enfin s'ils avaient le droit de jouir d'une totale liberté hors du joug de l'esclavagisme.

            De toute évidence, hier comme aujourd'hui, pour beaucoup les Africains ne sont pas encore entrés dans l'humanité. Ainsi, pour tout ce qui concerne leur droit, il faut un débat entre hommes blancs. Hier comme aujourd'hui, le principe des droits de l'homme reste à géométrie variable aux yeux des Blancs quand il s'agit de l'appliquer aux Africains.

Raphaël ADJOBI 

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07 avril 2018

Alassane Ouattara ou la parfaite incarnation de Monsieur Thôgo-gnini de Bernard Dadié

                                           Alassane Ouattara

          ou la parfaite incarnation de Monsieur Thôgo-gnini

                                              de Bernard Dadié

Ouattara et les rois ivoiriens

            Au début des années 70, Monsieur Thôgo-gnini, la pièce de théâtre de Bernard Dadié publiée en 1966 - qui fut présentée au festival d'Alger l'année suivante - connut quelque succès. A cette époque, dans le gros village de Bonoua, la petite troupe de collégiens et de lycéens qui - à l'imitation de leurs aînés - avait fait du recueil des pièces du "Cercle populaire ivoirien" leur bréviaire, avait découvert avec délectation le verbe frondeur de Bernard Dadié contre les nouveaux collaborateurs nègres des Européens. J'étais de ces jeunes là.

            Quand en 2011, je vis Alassane Ouattara du haut de son piédestal, droit comme un i, déployer son bras dans toute sa longueur - comme pour tenir des ennemis à distance - tendre sa main aux rois Akans qui, dans une profonde génuflexion la prenaient à tour de rôle dans un geste de soumission, j'ai tout de suite reconnu Monsieur Thôgo-gnini, le personnage de Bernard Dadié ! L'inculture et la fanfaronnade s'accomplissent toujours dans l'arrogance et le mépris !

            Dans la tradition Akan - et dans bien d'autres traditions ivoiriennes, et peut-être africaines - quelque soit son rang, on ne laisse jamais un vieil homme qui vous tend la main accomplir la totalité de sa génuflexion en signe de respect de votre titre. Cette politesse s'avère encore plus grande quand il s'agit de l'hommage d'une autorité à une autre. En interrompant le geste de soumission, celui qui reçoit les honneurs montre son humilité ; il montre qu'il se satisfait de l'intention de celui qu'il accueille. Quelle magnanimité dans cette tradition ivoirienne !

            Le jour de son intronisation - et cela s'est répété par la suite à chacune de ses rencontres avec les rois ivoiriens - notre homme a tenu à faire savoir à tous qu'il n'était pas Alassane Dramane Ouattara mais "Monsieur le président". Comme Thôgo-gnini, il fallait donner du "Monsieur le président" dans le ton et le geste qui ne peuvent traduire qu'une profonde et totale soumission bien évidente pour tous.        

            En effet, pour lui, "Monsieur le président" n'est pas un titre ; c'est un nom qui représente le prestige, la notoriété, l'accession à la civilisation. Les autres devaient le savoir très vite et fortement. Lui savait bien que ce nom chargé de notoriété, il ne le doit à personne, du moins à aucun Ivoirien. Comme Monsieur Thôgo-gnini "il s'est fait tout seul ! à la force du poignet ! - et des bombes de ses amis Blancs* - Un nom qui a l'infini mérite de lui donner la grisante sensation d'être au-dessus des siens dans la mesure où il le rapproche du Blanc" (Koffi Kwahulé, Fiche de lecture).

              La fragmentation de l'identité de Ouattara

            Il faut comprendre que sous le modèle de Monsieur Thôgo-gnini qui se voulait à la fois lion, panthère, léopard, Alassane Ouattara s'est présenté aux Ivoiriens sous une multitude d'identités : Ivoirien, demi-Ivoirien, Burkinabé, demi-Burkinabé, Français etc... Tantôt il est né à Dimbokro, tantôt à Kong, tantôt à Sindou. Comme le personnage de Bernard Dadié, il se perd dans ses contradictions et ne permet ainsi à personne de savoir sa vraie identité. Le premier sens du mot Thôgo-gnini est bien chercher un nom ou son nom. Ouattara a effectivement passé sa vie à se chercher un village, et finalement à se chercher un nom qui ne l'attache à aucun. Un nom transcendant, sans aucune attache ethnique comme les autres Ivoiriens, sans aucune attache religieuse, historique. Oui, sa vrai identité, sera désormais "Monsieur le président". Sans passé, il ne peut être regardé que comme le présent et l'avenir.

            Toutefois, retenons que le nom malinké Thôgo-gnini reprit dans les autres langues ivoiriennes a pris le sens de délateur ; c'est-à-dire qui ne prononce le nom de l'autre que pour ternir sa réputation et renforcer par la même occasion la sienne. Durant plus de dix ans, il a consacré son énergie à salir Laurent Gbagbo ; et une fois que ses amis Français ont défait ce dernier, il a pris soin de le faire déférer devant la Cour pénale internationale en l'accusant de crime contre l'humanité. Un Thôgo-gnini cherche toujours sa gloire dans la chute de l'autre parce qu'il n'a pas d'identité ou de valeur propre à montrer. Les nombreux voyages en France, les serrements de mains blanches, les invitations de ministres et de députés français aux nombreux galas et autres fêtes que son épouse organise à Abidjan ou à Paris vont tous dans le même sens : installer le nouveau nom et la nouvelle notoriété de "Monsieur le président" dans la conscience collective.

            Quand il estime que c'est chose faite, comme Monsieur Thôgo-gnini, Dramane Ouattara impose le mal sans se retourner. Plein de certitudes, il n'hésite jamais. Il fait construire des prisons d'un type nouveau à Abidjan pour enfermer ses nombreux ennemis imaginaires. Il ne se pose jamais de question. Il parle et agit en son nom et tout lui obéit : on assassine, on matraque, on se suicide. Le pouvoir se confond à sa personne, l'espace ivoirien tout entier se confond à sa propre histoire.

                    Un nouvel homme dans le regard du Blanc    

            Mais Alassane Ouattara prend également grand soin à montrer aux Ivoiriens que la puissance tient aussi à l'argent qui va bien sûr de pair avec l'amour de la compagnie des Blancs. Comme Monsieur Thôgo-gnini, il tient à avoir le monopole du café, du cacao, de l'huile de palme... les produits qui alimentent l'économie française en même temps qu'ils appauvrissent aujourd'hui les Ivoiriens. Il autorise même ses amis Blancs à s'accaparer des quartiers pauvres d'Abidjan pour leurs rêves de cités urbaines futuristes, et les terres des planteurs pour des cultures nouvelles dont a besoin l'Europe ou pour enfouir les déchets toxiques français. Vous l'aurez compris : le couronnement de Dramane Ouattara est avant tout pour le peuple ivoirien une tragique confiscation du pouvoir et des biens locaux.

            Quand les autres chefs d'Etat africains francophones parlent d'une nécessaire autonomie monétaire , il est le seul à clamer que "le Franc Cfa est notre monnaie", que "nous sommes autonomes" ! Il est le seul à nier l'histoire de cette monnaie, le seul à nier qu'elle est la propriété et donc l'instrument de la France pour contrôler les économies africaines et par voie de conséquence les politiques de développement des Africains francophones. Comme Monsieur Thôgo-gnini, "Monsieur le président" est le seul à s'affubler d'une valeur étrangère par souci d'être blanc. Un esclave de maison qui connaît le confort aux côtés de son maître envisage rarement d'autres voies d'épanouissement.  

            Paradoxalement, plus Dramane Ouattara se rapproche des Français et leur permet d'avoir la mainmise sur la Côte d'Ivoire, plus il se sent en sécurité. Il a si bien intériorisé le regard de l'homme blanc que sa couleur de peau semble lui peser lourdement. Cette peau qui lui rappelle constamment cette Afrique qu'il méprise, cette Côte d'Ivoire qui ne lui sert plus à rien, cette peau est devenue une source d'insécurité. Alors non seulement il est plus souvent en France qu'en Côte d'Ivoire, mais quand il y est il invite régulièrement ministres et députés français à le rejoindre pour qu'il n'ait pas le sentiment d'avoir quitté la France.

            Ce que Dramane Ouattara ne voit pas, c'est que ce nom, "Monsieur le président" arraché avec violence et qui fait sa notoriété, est devenu aliénant puisqu'il n'est reconnu par personne d'autre que lui ; pour les Ivoiriens, il demeure celui qui cherche son nom, ou encore le délateur ou traitre ! Par ailleurs, en s'achetant pour ainsi dire une place parmi les Blancs - n'existant donc  qu'aux yeux des Blancs parce qu'ils sont les seuls à le reconnaître - Dramane Ouattara se présente à nous comme un fruit qu'on attend qu'il soit mûr pour le cueillir. Exactement comme Monsieur Thôgo-gnini à la fin de la pièce de Bernard Dadié.

            S'il ne voit pas ce qu'il représente aux yeux des Ivoiriens, on peut croire que Dramane Ouattara sait qu'il n'est pas aimé d'eux. Le nom - "Monsieur le président" - qu'il a arraché à force de longues luttes et qu'il a misé dans le pacte avec l'Occident l'a irrémédiablement éloigné des Ivoiriens. La prise de conscience de ce sentiment est sans doute pour beaucoup dans sa farouche recherche de la proximité des Blancs. Il doit sûrement, comme Monsieur Thôgo-gnini, pour se donner un peu de contenance ou d'assurance, se répéter souvent : "Moi, Dramane ouattara, je ne suis peut-être pas aimé, mais je suis craint, respecté [pas sûr]. Eh oui, je puis impunément faire ce qui me plaît. Demain, vous serez nombreux à être condamnés à vivre pour payer des dettes. C'est moi Dramane Ouattara qui vous le dis."

            Et c'est vrai, l'ami des Blancs, le collaborateur des anciens colonisateurs ou néo-colons fait ce qu'il veut : il signe des contrats très avantageux pour eux, il leur concède des pans entiers de l'économie et des travaux publics condamnant ainsi les générations futures à être dépendantes des Français durant des décennies et des décennies. En effet, non seulement les futures générations ne pourront pas entretenir tout ce qui se construit - et qui tombera donc en ruine - mais encore elles ne pourront même pas disposer de terres pour se nourrir ou se loger parce que les étrangers se les accapareront en paiement des dettes contractées par Ouattara. Oui, "demain, vous serez nombreux à être condamnés à vivre pour payer des dettes". C'est Dramane Ouattara qui vous le dit !

* L'expression n'est pas de Koffi kwahulé mais de moi.

Raphaël ADJOBI        

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26 février 2018

La croissance de la population africaine : atout ou handicap ? (Une analyse de Raphaël ADJOBI)

           La croissance de la population africaine :

                            atout ou handicap ?

 

densite_villes_afrique

Soyons francs ! Partons du constat des faits pour analyser les discours alarmistes sur les dangers que la croissance galopante de la population de l'Afrique ferait courir au reste du monde et à elle-même. Depuis une dizaine d'années, c'est en France que l'explosion démographique annoncée du continent noir suscite le plus d'inquiétudes. Et comme souvent ce qui est affirmé par les autorités de l'Etat passe pour la vérité, il convient ici de mettre le nez et les yeux des Français sur ce qui EST pour que chacun tire sa propre conclusion. Il serait sage en effet de ne pas laisser accaparer son esprit par la peur que tentent de susciter les puissants ; car cela nous rendrait peu attentifs aux entreprises malsaines qu'ils pourraient mettre en place comme solutions soi-disant salutaires pour ce continent.

                                       Données de l'années 2016

     CONTINENTS

     SUPERFICIES

     POPULATIONS

         DENSITES

 

            ASIE

 

 

44,58 millions / km2

 

     4,58 milliards

 

99 habitants au km2

 

     AMERIQUES

 

 

42,55 millions / km2

 

     1,002 milliard

 

23 habitants au km2

 

        AFRIQUE

 

 

30,37 millions / km2

 

     1,216 milliard

 

40 habitants au km2

 

        EUROPE

 

 

10,18 millions / km2

 

   743,1 millions

 

32,66 hab. au km2

 

       OCEANIE

 

 

  8, 526 millions / km2

 

     38,277 millions

 

   4 hab. au km2

 

                                                     Le constat        

            Nous savons tous que le continent asiatique est une fois et demie plus grand que l'Afrique. On s'attendrait donc qu'il soit une fois et demie plus peuplé ; en réalité, il est trois fois plus peuplé que l'Afrique. Pourtant, sa démographie toujours galopante ne semble inquiéter personne. Quant à l'Europe, elle est trois fois moins grande que l'Afrique mais une fois et demie plus peuplée. Au regard de sa densité, c'est-à-dire de l'occupation du sol, les Européens sont plus à l'étroit sur leur continent que les Asiatiques et les Africains sur les leurs.

            Il convient donc de retenir que l'Afrique est un continent qui dispose d'immenses espaces non encore habités, non encore cultivés ou exploités. Des terres qui attisent d'ailleurs la convoitise des Européens, des Chinois et des Japonais qui redoutent d'être à l'étroit dans leurs contrées ou de manquer de ressources vitales pour leurs populations. D'autre part, selon les nombreuses statistiques et estimations, l'Afrique est le continent dont le sous-sol regorge le plus de matériaux précieux nécessaires aux industries actuelles pour satisfaire les demandes mondiales.

            Devant ce constat très avantageux pour le continent noir, on ne peut s'empêcher de se demander pourquoi la France s'alarme tant pour l'avenir de l'Afrique. Pourquoi la croissance démographique de ce continent, qui semble tout à fait à la mesure de ses richesses et de ses potentialités, inquiète-t-elle la France ?

            De toute évidence, la réponse à cette question se trouve dans les multiples gesticulations des politiques, des économistes et des prétendus experts qui affirment en chœur que "l'Afrique est l'avenir de la France" (Le Monde, 5/01/2017 ; www.lemonde.fr). Si, les Européens eux-mêmes voient leur avenir en Afrique, cela confirme ce que nous disions plus haut ; à savoir que l'Afrique a les potentialités pour être son propre avenir, pour gérer l'avenir de ses populations. Les terres habitables, cultivables, et autres ressources, abondent sur ce continent.

            Il faut donc croire que les alarmes des gouvernants français et européens s'expliqueraient par le fait que si les populations africaines se multipliaient, celles-ci auraient davantage besoin de leurs terres et de leurs ressources minières. Ce qui veut dire qu'il ne resterait alors pas grand chose pour nourrir les pays occidentaux et alimenter leur développement industriel et économique ! En effet, si l'Afrique se met à nourrir ses propres enfants du lait de ses mamelles, de quel lait se nourriraient les Français et autres Européens qui en attendent beaucoup. La France a donc des raisons tout à fait égoïstes de s'inquiéter de l'augmentation de la population africaine durant les décennies à venir. Certains nient ce sentiment qui est tout à fait réel et prétendent par contre que leur inquiétude est due au fait que l'Afrique ne semble pas avoir les capacités de relever le défi économique et sanitaire que lui impose cette croissance démographique.

              Ce qui manque au développement de l'Afrique

            C'est vrai, compte tenu de la situation catastrophique actuelle des Etats francophones, la France peut, avec raison, se demander comment ils réussiront à nourrir leurs populations qui doubleront ou tripleront dans deux ou trois décennies. Nourrir sa population, l'instruire, la soigner le mieux possible en améliorant considérablement son système sanitaire, sont en effet les défis que l'Afrique doit relever. Mais, globalement, les atouts sont énormes ; et il suffit de passer en revue les facteurs indispensables au développement socio-économique de toute grande puissance pour comprendre que - si nous excluons toute entreprise extérieure délibérément malveillante - les défis de l'Afrique ne sont pas insurmontables.

1. La Paix :  Indiscutablement, le premier facteur indispensable au développement d'un pays demeure la paix. C'est la guerre qui, accaparant les énergies et les esprits, ruine les espoirs. Si en ce début du XXIe siècle, l'Europe a atteint un niveau de développement considérable, c'est parce qu'elle a bénéficié de plus de soixante-dix ans de paix. La paix est source de développement et donc de richesse ; elle suppose l'absence de l'ombre portée d'une puissance étrangère sur les orientations économiques, politiques et sociales d'un peuple. Or, à cause de l'omniprésence de la France dans tous les secteurs de ses activités, l'Afrique francophone ne jouit pas d'une totale indépendance dans la formulation et la mise en place de ses projets de développement.

            En dehors des multiples conflits qu'elle a orchestrés sur ce continent, la seule présence de l'armée française dans ses anciennes colonies en ce XXIe siècle témoigne de la guerre permanente qu'elle fait planer sur leur destin. Durant des siècles, les colons européens ont exigé et obtenu de leurs royaumes respectifs des soldats pour les protéger afin de pouvoir piller en toute sécurité les terres étrangères en exploitant la force physique des populations locales par l'esclavage ou le travail forcé. Depuis les années 1960, tout en cédant la gestion des affaires aux élites africaines, la France maintient le principe de la protection de ses intérêts par la présence de son armée ; celle-ci agissant comme une menace contre toute volonté de s'écarter des directives qu'elle impose à distance en parfait marionnettiste. Si elle ne parle plus de colonies africaines, la France continue à y "favoriser la culture des denrées destinées à sa consommation ; à exiger de ces anciennes colonies qu'elles ne vendent leurs récoltes qu'à elle ; enfin - exigence suprême - à leur interdire de transformer les denrées récoltées en produit manufacturé ou fini" afin justement que ses anciennes colonies demeurent des débouchés constamment ouverts aux produits de son propre sol et de ses propres industries. Comme le disait si bien Just-Jean-Etienne Roy dans Histoire des colonies françaises publiée en 1860, c'est exactement par ces mesures générales que l'on fait des terres étrangères des colonies.

            La guerre psychologique par la présence de l'armée qui fait craindre constamment la guerre physique nous fait clairement comprendre pourquoi l'Afrique francophone est incapable de faire de véritables choix quant aux voies de développement qui s'offrent à elle. La marge de progression des pays anglophones vers le développement corrobore la responsabilité de la France quant au retard que connaissent les pays francophones.

2. L'Education : Nous considérons l'éducation comme le deuxième facteur essentiel du développement de toute nation, parce qu'elle est à l'origine de toutes les inventions et la mise en place des structures techniques génératrices d'initiatives individuelles et collectives. Pour parler des alarmes relatives à la démographie du continent noir, nous pouvons affirmer que seule l'éducation réglera durablement de manière consciente et responsable les taux de natalité. Aux méthodes radicales auxquelles songe sûrement la France - parce qu'elle les a expérimentées à l'île de la Réunion et aux Antilles, tout à fait de manière criminelle - il faut préférer celle qui conduit à la connaissance et à la maîtrise de son corps pour réguler les naissances. C'est dire qu'il faut rendre les femmes et les hommes plus conscients de leur destin social. Aujourd'hui, en Afrique comme en Europe, toutes les femmes élevées à un certain niveau d'instruction choisissent d'avoir peu d'enfants.

            Non seulement les Africains sont conscients de la nécessité de structurer leurs enseignements pour en tirer de grands avantages, mais les circonstances les y contraindront si cette idée venait à être négligée. Car plus les Africains seront nombreux, plus les besoins croîtront et plus les solutions se multiplieront grâce au génie humain. La prochaine surpopulation anarchique de l'Afrique que claironnent les Européens n'est, à vrai dire, qu'un fantasme qui cache mal leur peur d'être supplantés dans bien des domaines qui font leur puissance aujourd'hui.

3. Un grand marché grâce à une forte densité de population : C'est le grand facteur de développement de l'Afrique que l'Europe redoute le plus. A vrai dire, d'un point de vue purement colonialiste ou mercantile, la France voit dans l'augmentation de la population africaine un immense marché pour les produits des ses industries ; ce qui permet à certains de clamer avec délectation que "l'Afrique est l'avenir de la France". Mais il est certain que cette grande densité de population fera de l'Afrique une grande concurrente de l'Europe, anéantissant par la même occasion les espoirs de la France de maintenir sa domination sur les pays francophones. En d'autres termes, c'est par le grand nombre de leurs populations que les pays francophones vaincront la France condamnée à être insignifiante, même si elle persiste à maintenir son armée en terre africaine. Même surarmée, elle ne sera qu'une épingle dans une botte de foin.

            Chacun de nous a pu constater que plus les pays sont grands et peuplés, plus ils sont économiquement puissants ; sauf s'ils sont favorisés par un privilège naturel extraordinaire (pétrole, diamant) ou s'ils jouissent de la protection des grandes puissances qui en font leur paradis. Ainsi, le Nigéria avec ses 923.768 km2 et ses 190 millions d'habitants fait la course en tête des Etats africains susceptibles de devenir des puissances économiques mondiales. Dans trente ans, trois pays africains seront classés parmi les dix pays les plus peuplés de notre planète : le Nigéria (3e ou 4e rang en concurrence avec les Etats-Unis), le Congo (9e) et l'Ethiopie (10e). Déjà dans ces pays, le foisonnement d'initiatives individuelles et collectives, en marge des programmes gouvernementaux, laisse voir des réalisations scientifiques, techniques et technologiques étonnantes.

                                                     Conclusion

            Il apparaît clairement que rien dans ce qui se passe aujourd'hui sur le continent africain ne justifie les alarmes quant à la croissance de sa population. Les trois facteurs de développement que nous venons d'analyser  sont générateurs d'émulations et d'expression des génies créateurs. Depuis que les Africains ont le réel sentiment qu'ils sont dans l'impasse, les projets locaux se multiplient dans tous les domaines. Mais il leur faudra avant tout s'approprier leurs terres pour en tirer tout le profit que la nature est prête à leur offrir.    

            Il est en effet évident que l'impression de chaos que donne l'Afrique aujourd'hui - compte tenu de la fuite massive de ses filles et de ses fils vers l'Europe - est due en grande partie à l'accaparement des terres par les produits d'exportation, des outils de production ainsi que du marché de la consommation par les entreprises étrangères. Mais l'émergence d'une force souterraine très forte alimentée par de nombreux retours des membres des diasporas africaines mieux formés - notamment les anglophones - constitue le signe annonciateur le plus évident de l'éveil de l'Afrique. Plus ce mouvement s'accéléra, plus le développement de l'Afrique sera rapide et de qualité. N'oublions jamais : la Renaissance française au XVIe siècle a été favorisée par la formation en Italie de nombreux jeunes Français qui ont découvert là-bas la fontaine de connaissances exhumées de l'Antiquité grecque et romaine. Il faudra toutefois veiller à ne pas céder aux mesures médicales que l'Europe pourrait proposer en guise de solution aux maux imaginaires ou inventées pour limiter directement ou indirectement la croissance démographique de l'Afrique.

Raphaël ADJOBI 

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06 janvier 2018

L'Afrique répond au discours sur les bienfaits de la colonisation française (Une réflexion de Raphaël ADJOBI)

                                       L'Afrique répond

   au discours sur les bienfaits de la colonisation française

           (Toute la beauté de cet article se trouve dans l'avant-dernier paragraphe)

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            L'idée "scientifique" européenne dominante au XVIe siècle - aidée sans doute par la découverte de l'Amérique et de l'intérieur de l'Afrique - était que "la civilisation est l'aboutissement d'un long cheminement marqué par des étapes successives, ayant débuté par la sauvagerie" (1). Une conception linéaire de l'humanité qui fait des peuples d'Afrique et des Amériques des sauvages relégués à l'étage inférieure et le Blanc, le civilisé, au plus haut sommet de l'échelle humaine ; conception qui sera nourrie plus tard par les théories des penseurs du XVIIIe siècle pour justifier l'esclavage. S'appuyant sur cet esprit pseudo-scientifique, Montesquieu soutient que certains peuples méritent d'être tenus en esclavage et d'autres non : "il faut borner la servitude naturelle à de certains pays particuliers" ; forcément à ceux où "parce que les hommes (sont) paresseux, on les (met) en esclavage" (Chap. VIII, Livre XV). En effet, selon lui, en Europe, c'est "parce que les lois (sont) mal faites (qu') on a trouvé des hommes paresseux" à mettre en esclavage (id.).

            Malgré la multiplication des abolitions de l'esclavage dans les colonies européennes des Amériques à partir du milieu du XIXe siècle, les travaux de Darwin viendront dynamiser la tendance à hiérarchiser les êtres et à inférioriser les Noirs. Convaincus de l'infériorité des peuples dit "sauvages", coloniser leurs territoires devient alors une entreprise civilisatrice. Bien entendu, ces peuples infériorisés sont tenus à l'écart des valeurs humanistes comme les Droits de l'homme et la laïcité. Civiliser "le sauvage", oui, mais il n'est pas question de le hisser sur le même pied d'égalité que le Blanc, en lui permettant de jouir des mêmes droits.

French_troops_landing_on_Mehdia_Beach_in_1911

            Il ne faut donc pas s'étonner que les hommes de lettres et les politiques soient si convaincus de l'impérieuse nécessité de coloniser l'Afrique, de la débarrasser des pratiques et des valeurs incompréhensibles afin d'élever ses populations au rang de peuples civilisés ! Le discours de Jules Ferry devant les députés le 28 juillet 1855 est très éclairant sur cette vision européenne de l'humanité : "les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures". Il importe "que les nations européennes s'acquittent avec largeur, grandeur et honnêteté de ce devoir supérieur de la civilisation". Oui, pour les Français du XIXe et du début du XXe siècle, civiliser l'autre dit "le sauvage" était un devoir de tout peuple européen parce que jouissant d'une supériorité naturelle.

            Aussi, comme Victor Hugo, tous les politiques et tous les intellectuels de ces époques voyaient dans la colonisation un apport du bonheur aux peuples africains. Mais surtout, tous savaient que la colonisation était le moyen qui restait à la France de résoudre ses propres problèmes. Victor Hugo pouvait donc dire avec force conviction à ses compatriotes : "Emparez-vous de cette terre. Prenez-la [...]. Versez votre trop-plein dans cette Afrique, et du même coup, résolvez vos questions sociales, changez vos prolétaires en propriétaires [...]. Croissez, cultivez, colonisez, multipliez ; et que, sur cette terre, de plus en plus dégagée des prêtres et des princes, l'esprit divin s'affirme par la paix et l'esprit humain par la liberté" (2).

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            La colonisation, la destruction des croyances et des structures politiques et sociales africaines ("dégagée des prêtres et des princes"), l'expropriation des biens et des terres ("emparez-vous de cette terre") pour transformer les prolétaires européens en riches propriétaires, tout cela constituait aux yeux de la France politique et intellectuelle une entreprise civilisatrice dispensatrice de paix et de liberté ! Et le discours n'a pas varié en ce début du XXIe siècle où le paysan et l'homme politique sorti de l'ENA sont fiers de clamer qu'ils ont appris aux Africains et aux Noirs en général à travailler, qu'ils leur ont apporté la civilisation chrétienne et leur ont appris à parler notre noble langue française au lieu de leurs charabias africains ( Référence au Chicago Tribune, 1891, cité par Ta-Nehisi Coates in Le procès de l'Amérique).

            Cependant, il suffit de prendre du recul et d'écouter l'Afrique pour voir le vrai visage de la France qui s'attribue le titre de bienfaitrice, ainsi que le caractère criminel de son entreprise. Comme son discours procède souvent par image, le vieux continent - comme on l'appelle - nous propose une parabole :

            Un singe se promenait dans la forêt. Il sautait d'un arbre à l'autre, lorsqu'il se trouva devant une lagune, et en la regardant entre peur et ravissement - car tous les singes ont peur de l'eau - il vit un poisson nageant dans la vase épaisse, près du bord. "Quelle horreur ! pensa le singe. Ce petit animal sans bras ni jambes est tombé à l'eau et il est en train de se noyer". Le singe, qui était un bon singe, se fit beaucoup de souci. Il voulait sauver le petit animal, mais la terreur l'en empêchait. A la fin, il s'arma de courage, plongea, attrapa le poisson et le tira vers le bord. Il réussit à se hisser sur la terre ferme et resta là, tout content, à regarder le poisson qui faisait des bonds. "J'ai fait une bonne action, pensa le singe, voyez comme il est heureux !" (3)  

            Ce qui fait le plus peur aujourd'hui, c'est qu'à force de s'allier à eux dans leur entreprise prétendument bienfaitrice, certains poissons eux-mêmes commencent à croire les singes.

Raphaël ADJOBI

(1) Le sauvage et le préhistorique, Marylène Patou-Mathys, 2011)

(2) 18 mai 1879, lors du banquet anniversaire de l'abolition de l'esclavage en présence de Victor Schœlcher.

(3) Extrait de La Reine Ginga et comment les africains ont inventé le monde, José Eduardo Agualusa, édit. Métalié, 2017.   

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09 juillet 2017

Guerre et sexe ou la guerre des hommes et le sexe de la femme (Raphaël ADJOBI)

                                     Guerre et sexe

              La guerre des hommes et le sexe de la femme

Le sexe de la femme

            Dans le film-documentaire "Des voix au-delà de la censure" de Mor Loushy et Daniel Sivan (2015) retraçant la victoire en six jours d’Israël sur l’Egypte en 1967, on entend un jeune soldat israélien crier : « la première femme que je rencontre, je couche avec elle, même si elle a 90 ans ! » Le sexe de la femme comme moteur d’action du soldat – hautement et clairement exprimé par ce jeune homme – n’est pas propre à un peuple ni à une époque. Ce n’est pas non plus un simple écart de langage d’un soldat surexcité. Si la femme n’est pas souvent le sujet des guerres qui ont toujours secoué le monde, elle a cependant toujours été dans le cœur et l’esprit de l’homme au moment de brandir l’épée ou de sortir le fusil contre l’ennemi.

            Toutes les guerres menées dans les contrées lointaines par les empereurs, les rois et les chefs de gouvernement, toutes les croisades qu’ils ont organisées contre leurs ennemis avaient trois objectifs : affirmer la supériorité de leur force pour justifier par la même occasion leur droit ; piller les biens de l’autre tout en détruisant ou en flétrissant les marques de sa gloire ; enfin, jouir impunément du corps des femmes. Avant de se rapporter aux relations sexuelles entre le soldat et sa compagne à son retour de la guerre, au XIXe siècle, l’expression « le repos du guerrier » était depuis fort longtemps une réalité sur le lieu même de la victoire sur l’ennemi.

            Le meilleur exemple de cette pratique que nous fournit l’antiquité se trouve dans L’Iliade d’Homère. Dans ce récit, Briséis est la récompense offerte à Achille par l’armée grecque après une victoire sur l’ennemi. Cette captive dont il tombe amoureux va lui être ensuite retirée et attribuée à Agamemnon pour respecter la parole de l’oracle. S’estimant spolié, Achille refuse de combattre aux côtés des Grecs commandés par Agamemnon.

            Hier comme aujourd’hui, il est facile d’imaginer que les hommes qui partent loin de chez eux pour plusieurs mois, voire des années, éprouvent le besoin de s’unir aux femmes qu’ils rencontrent. D’autre part, s’agissant le plus souvent de femmes et de filles des vaincus, le droit de les posséder s’impose automatiquement dans l’esprit des vainqueurs investis du pouvoir de vie ou de mort. Une volonté de puissance qui fait du sexe de la femme  un élément du butin.

            Pourquoi les royaumes des siècles passés parvenaient-ils aisément à lever d’immenses armées pour des combats lointains ? Pourquoi les jeunes gens s’engageaient-ils gaiement dans les armées napoléoniennes pour des expéditions lointaines ? Echapper à la misère ainsi que jouir du respect dû à l’uniforme étaient certes des arguments séducteurs et enthousiasmants. Mais l’aventure et ses récompenses en nature insoupçonnées étaient des moteurs d’actions qu’on apprend très vite. Ainsi, jusqu’au XIXe siècle, les armées européennes étaient constituées de mercenaires étrangers attirés par l’appât du gain. Même si, aujourd’hui, dans les nations modernes, c’est le devoir national qui s’impose aux recrus, les effets des guerres - et qui les motivent aussi - sont les mêmes que ceux des siècles passés : pillage des biens, destruction des signes du pouvoirs de l’ennemi et accouplement avec les femmes.

            Inutile de s’attarder sur les pillages qui sont choses connues de tous. Les multiples musées de France et d’Europe très riches en objets d'art africains, asiatiques et amérindiens sont l’œuvre des invasions coloniales ou des voyageurs cupides. Le musée du Quai Branly à Paris peut être considéré comme la reconnaissance officielle de cette pratique. Signalons que durant la guerre des Américains et des Anglais contre l’Irak, appelée guerre du golfe, les musées de ce pays ont été littéralement vidés par les Américains. Quelques années plus tard, c’est dans la discrétion que les objets volés ont été en grande partie restitués pour satisfaire la demande insistante de l’Irak de recouvrer son patrimoine artistique (Beaux Arts magazine, octobre 2013).

                                 Après les pillages, le sexe !  

            Laissons les pillages de côté et intéressons-nous plutôt au soldat et au sexe de la femme. Quand les occasions de défaire l’ennemi et d’abuser de ses femmes et de ses filles se font rares, les armées étrangères organisent de véritables curées ! Un couple de soldats français nous en a d’ailleurs fait un récit glaçant sur Internet. De jeunes filles recrutées dans le pays, ou dirigées vers les camps des soldats par des rabatteurs, sont livrées à la sexualité débridées des hommes. Tous les soldats ayant servi durant de longues périodes dans les contrées lointaines qui nieraient cela seraient des menteurs.

            Récemment, l’armée française a été accusée d’avoir profité de la détresse de jeunes africaines entassées dans des camps de refugiés. J’ai été surpris par l’indignation des imbéciles de tous bords : ceux qui jugeaient la chose impossible et ceux qui disaient être sincèrement horrifiés par un tel comportement. Quand on fabrique des armes pour aller faire la guerre loin de ses propres frontières qu’on oublie de protéger, on se met dans les meilleures dispositions pour être coupables de tous les maux ! En tout cas, chacun doit retenir que c’est une pratique ordinaire des armées étrangères de s’offrir le corps des filles et des femmes des vaincus ou considérées comme telles parce que placées sous leur protection. Les Français ne peuvent à la fois accepter que leurs soldats, dans la force de l’âge, demeurent des mois, voire des années, dans les pays africains et s’indigner quand ils couchent avec les jeunes femmes des pays qu’ils dominent de leur présence armée ! Porter l’uniforme militaire et posséder une arme sont les signes évidents d’un pouvoir absolu sur le corps de l’autre quand on est en terre étrangère. Le coup de feu et le coup de sexe sont deux pouvoirs que le soldat exerce alternativement selon les circonstances.

            Tout le monde devrait retenir que partout où il y a eu une concentration d’hommes, on a encouragé l’établissement de maisons de prostitution. A l’époque de l’esclavage - même si les colons pouvaient allègrement abuser des femmes noires - des prostituées européennes ont été envoyées dans les Amériques par les royaumes colonisateurs. Jeune homme, j’ai même vu dans le sud de la Côte d’Ivoire un village de travailleurs étrangers dans une plantation d’ananas disposant de maisons d’habitation de prostituées. Cette mesure était vivement conseillée aux grands planteurs d’ananas pour éviter les agressions sexuelles et les liaisons amoureuses avec les autochtones. C’est le même esprit qui prévaut en Europe où l’Onu n’envoie jamais de casques bleus africains. On se souvient aussi de la précipitation avec laquelle, au lendemain de la deuxième guerre mondiale, la France renvoya les soldats africains chez eux, et avec quelle rigueur certains furent parqués dans un camp dans le sud. Si nos soldats aiment les missions de longue durée en Afrique, c'est parce que le repos du guerrier leur est assuré sur cette terre.

Raphaël ADJOBI    (Pour contacter l'auteur du blog, cliquer sur sa photo)

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17 mars 2017

Le travail et la colonisation selon le capital et le politique

                     Le travail et La colonisation

                       selon le capital et le politique

                                          (Réflexion)

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                Dans les discours des grands dirigeants d’entreprise comme dans ceux de nos hommes politiques, il y a une immuable cohérence dans leur vision du monde quand il est question du travail et de la colonisation. Et cette minorité s’arroge le droit incontesté d’imposer à la grande majorité des citoyens et même du reste de l’humanité sa manière de voir le réel qui n’est pourtant pas la vérité. En effet, le réel est souvent trompeur.

            Quand Madame Christine Lagarde clame « (qu’) on ne peut raisonnablement encourager le travail et prôner la taxe sur les grandes fortunes », elle laisse croire à tout le monde que ceux qui s’enrichissent sont ceux qui travaillent. Or, hier comme aujourd’hui, on a vu et on voit dans les entreprises des millions de personnes travailler et mourir éreintées sans jamais avoir connu la richesse. En clair, ceux qui travaillent pour le capital ou que le capital fait travailler ne sont pas ceux qui s’enrichissent. Ce sont ceux qui travaillent qui enrichissent le capital !

            Dans l’esprit des chefs d’entreprise, la notion de travail est intimement liée à l’argent et à son investissement. D’où chez eux l’usage courant de cette formule consacrée : « faire travailler son argent ». En d’autres termes, quand les riches et autres grandes fortunes parlent de travail – mis à part ceux qui ont été les initiateurs de leur société, donc les entreprises familiales – ils parlent de l’investissement financier ou de la rente à faire fructifier. C’est donc cette notion de travail que les chefs d’entreprise aussi bien que les hommes politiques manient à longueur de journée au point de laisser croire aux ouvriers et aux paysans qu’ils sont paresseux parce qu’ils ne parviennent jamais à amasser une grosse fortune. C’est cette valeur qu’ils confèrent à l’argent et à son investissement qui leur donne cette profonde conviction qu’ils sont les meilleurs dans le travail. Ce qui explique pourquoi le célèbre parfumeur Jean-Paul Guerlain s’est permis de dire, avec beaucoup d’arrogance, qu’il ne savait pas si les nègres ont beaucoup travaillé comme lui ; et cela en rappelant la formule « travailler comme un nègre » qui renvoie bien sûr à l’esclavage des Noirs. Il était clair pour lui comme pour tous ses pairs que son travail a été et est supérieur en intensité et donc en énergie dépensée par rapport à celui d’un esclave noir.

            Pour madame Christine Lagarde, monsieur Jean-Paul Guerlain et leurs amis politiques et financiers, l’idée de travail n’inclut pas la force humaine de l’esclave, de l’ouvrier, de l’employé. Et ils ont réussi à convaincre leurs compatriotes qu’ils sont riches parce qu'ils travaillent beaucoup et aussi que eux ne le sont pas parce qu'ils ne travaillent pas assez. C’est pourquoi cette catégorie de personnes peut nous lancer au visage : « il faut travailler plus pour gagner plus ! »

Les hommes politiques héritiers d'une conscience coloniale dépassée

            Puisqu'elle est convaincue que c’est le capital et son détenteur qui travaillent et non pas la main d’œuvre, on ne s’étonnera pas d’entendre cette élite héritière des idées des siècles de la suffisance absolue des nantis continuer à croire que l’esclavage des Noirs est un partage de culture et la colonisation des peuples lointains un bienfait pour l’humanité. En ce XXIe siècle où l’opinion publique nationale prône la fraternité et une meilleure égalité de traitement moral avec les autres peuples de la terre, voir cette élite politique et financière s’accrocher aux vestiges de la pensée aristocratique et bourgeoise du passé est tout à fait sidérant.

            Pour ces héritiers des temps anciens, les idées sont autant de patrimoines aussi immuables que les châteaux. Qualifier la colonisation de crime contre l’humanité passe chez eux pour un crime contre la conscience qu'ils ont de notre histoire coloniale et les pousse à exiger des excuses nationales. Combien ce fut rafraîchissant et réjouissant d’entendre un jeune homme politique à qui cette exigence a été faite adresser une cinglante mise au point à ces défenseurs de l’honneur du colonialisme français. Cet homme a officiellement et solennellement qualifié de dépassées les considérations de cette catégorie de personnes qui entretiennent la définition du colonialisme comme un moyen idéal de civilisation. Pour lui comme pour nous, notre époque de communication et d’échanges fraternelles ne peut se permettre de poursuivre l’affirmation de la supériorité d’une civilisation sur une autre et par voie de conséquence l’affirmation des bienfaits de la colonisation. Pourquoi donc nous érigerions-nous contre les pays qui, de nos jours, envahissent des territoires voisins ou lointains pour y installer leur loi si, nous Français, estimons que cette pratique apporte des bienfaits et mérite d’être enseignée et encouragée ?

            Nous pouvons croire que personne n’est prêt à accepter que soient enseignés parmi nous les bienfaits de la colonisation de la Gaule par les Romains. La Palestine et Israël enseignent-ils les bienfaits de l'occupation romaine ? Et nous, sommes-nous prêts à trouver des bienfaits à l’occupation de notre pays par les nazis et à les enseigner ? Pourquoi avons-nous combattu l’occupation et la tentative de colonisation de la France par les Allemands si nous voyons dans cette pratique des bienfaits ?

            Il est temps que certains cessent de s’accrocher à des idées révolues. Nous ne pouvons pas aujourd’hui continuer à voir l’autre avec les yeux du XVIIIe ou du XIXe siècle. La conception de l’autre par le peuple français a évolué parce que le regard que nous portons sur l’autre a changé. Aujourd’hui, nous avons le devoir de respecter davantage la différence de l’autre parce que notre connaissance de sa culture est beaucoup plus grande même si nous savons qu’elle sera toujours imparfaite.

Raphaël ADJOBI

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18 août 2016

Montesquieu et le bananier (une réflexion de Raphaël ADJOBI)

                                Montesquieu et le bananier

                           (une réflexion Raphaël ADJOBI)

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            Parmi les penseurs français du XVIIIe siècle, Montesquieu est incontestablement le plus imbu de préjugés. Toute honte bue, la France ne professe plus la théorie des climats de cet auteur qui institue une hiérarchie entre les peuples ; théorie lui ayant permis de disserter sans vergogne sur l’infériorité des autres populations du monde par rapport à l’Européen en s’appuyant sur des « anecdotes douteuses et historiettes fausses ou frivoles, dont quelques unes vont jusqu’au ridicule » comme le faisait remarquer son contemporain Destutt de Tracy (1754 – 1836)*.

            Des Japonais, il dit : « Le caractère émanant de ce peuple opiniâtre, capricieux, déterminé, bizarre […] semble absoudre ses législateurs de l’atrocité des lois. […] des gens qui s’ouvrent le ventre pour la moindre fantaisie. » (1); « Le peuple japonais a un caractère si atroce que ses législateurs et magistrats n’ont pu avoir aucune confiance en lui » (2). A propos des Indiens, il dit : « Les Indiens sont naturellement sans courage » (3).Quant aux Noirs, Pour Montesquieu et bien d’autres penseurs de son siècle, ils ne font pas partie de l’humanité, comme nous le montrerons dans un prochain article.

            L’assurance de sa supériorité d’Européen lui permet de ne voir que stupidité dans les naturels des pays conquis. Aussi, son œuvre principale – De l’esprit des lois – apparaît comme un véritable concentré des plus belles niaiseries de son siècle. Ce qu’il dit des peuples qui cultivent le bananier en est un très bel exemple : « Quand les sauvages de la Louisiane veulent avoir du fruit, ils coupent l’arbre au pied et cueille le fruit » (4).

            Pauvre Montesquieu ! Comme le remarque si bien Odile Tobner dans Du racisme français (édit. Les Arènes), « (il) prend pour argent comptant, sans le moindre recul critique, tous les racontars de tous les voyageurs, leurs vantardises et leurs jugements régulièrement méprisants sur les autres peuples ».D’abord, le bananier n’est pas un arbre mais une herbe géante ; ce qu’ignore Montesquieu. Ensuite, pour récolter les fruits du bananier plantain qui peut atteindre quatre mètres, il faut d’abord l’attaquer en son milieu pour le faire plier et ramener le régime de fruits à votre hauteur ; ainsi ceux-ci ne s’abiment pas en touchant brutalement le sol. Ensuite, une fois le régime de bananes détaché du tronc de cette plante herbacée, il faut abattre celle-ci en la coupant à sa base comme le rapporte Montesquieu en se moquant. Pourquoi ? Parce que chaque plan de bananier ne donne qu’un seul régime de bananes et doit donc être abattu pour faire de la place aux jeunes rejets qui produiront à leur tour un seul régime de fruits chacun !

            Dans sa totale ignorance de la réalité des contrées lointaines, Montesquieu se permet depuis sa hauteur d’Européen de juger les autres peuples. Quand on rapporte ses propos aux paysans africains, ils éclatent de rire et disent de Montesquieu que c’est un enfant qui a besoin de grandir afin de voir la réalité du monde. Dans tous les villages d’Afrique et d’Amérique, si un bananier reste sur pied alors que le régime de fruits a été emporté – comme le suggère le rationalisme de Montesquieu – c’est qu’un voleur est passé par là. Car c’est ainsi que procèdent les voleurs agissant toujours dans la précipitation et le silence. Fou est donc Montesquieu qui, après avoir récolté le régime de bananes, laisse le bananier sur pied espérant en tirer d’autres fruits à l’avenir !

            Quand on ignore l’environnement des êtres humains, on ne se permet pas de juger leurs pratiques sociales. Dans sa suffisance, ce penseur français était incapable de discerner dans la diversité des vies et des pratiques le génie de l’être humain. Si nous sommes d’accord pour dire avec le sage Montaigne que « chaque être porte en lui la forme entière de l’humaine condition », cette même sagesse nous fait voir aussi que l’être humain est doué d’une extraordinaire adaptabilité grâce à son insondable génie. Il suffit de regarder la multitude de contrées inhospitalières de la terre où il s’est malgré tout enraciné pour s’en convaincre.

            Montesquieu ment donc lorsqu’il affirme : « Je n’ai point tiré mes principes de mes préjugés mais de la nature des choses » (De l’esprit des lois, Préface). Odile Tobner relève que Pascal aurait pu lui faire noter que ce que l’on appelle « nature » n’est qu’un premier préjugé qu’affectionnent les raisonneurs.

* Cité par Odile Tobner, in Du racisme français, édit. Les Arènes. (1)De l’esprit des lois, L. VI, ch. XIII ;(2). L. XIV, ch. XV ;(4). L. V , Ch. XIII. ; cités par Odile Tobnerin Du racisme français.

Raphaël ADJOBI

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17 février 2016

La France de Charlie Hebdo et la notion de liberté (illustrations : Hani Abbas, Rania de Jordanie ; réflexion : Raphaël ADJOBI)

La France de Charlie Hebdo et la notion de liberté

(illustrations : Hani Abbas, Rania de Jordanie ; analyse et réflexion de Raphaël ADJOBI)

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Les images présentées ici se rapportent toutes à "Charlie Hebdo" qui – adulé par un grand nombre de Français depuis un an – continue à tirer sur tout ce qui ne ressemble pas à la France et au monde qu'il aime. Ce journal peint Christiane Taubira sous les traits d'un animal qui évoque une Afrique sauvage dans l'imaginaire français sans susciter la moindre  indignation. D'ailleurs, la droite extrême de la France a fait de cette caricature l'emblème de l'affirmation de son racisme qu'elle qualifie de décomplexé comme pour lui conférer plus d'animosité et d'irrévérence. Dans le même esprit, le 14 octobre 2015, une élue de Talant - banlieue de Dijon (Côte d'or / Bourgogne) - Marie-Ange Meyer, avait partagé sur sa page Facebook la Une de Valeurs actuelles sur laquelle figurait Christiane Taubira en ajoutant en commentaire : "qu'elle reparte dans sa brousse, les lianes l'attendent". Quand la mort du petit Aylan sur une plage de la Méditerranée a donné à "Charlie Hebdo" des idées plus macabres que la mort - Aylan mort, c'est un tripoteur de fesses en moins ! - le dessinateur palestinien Hani Abbas a décidé de lui répondre en dressant son exact portrait de la plus magnifique des façons ! Un coup imparable qui montre que le talent n'est pas du côté du journal français. De son côté, Rania de Jordanie a tenu par un dessin à signifier à ce journal, aux pensées excessivement primaires, que la France jouit depuis toujours de la contribution des talents des immigrés. Quant à moi, peu doué pour le dessin, je vous livre ma réflexion sur le comportement de ceux qui ne jurent que par la liberté d'expression alors même que leur inculture les empêche de la définir avec précision. 

 "Aylan mort, c'est un tripoteur de fesses en moins", dixit Charlie Hebdo

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Si seulement chacun faisait sienne cette idée que « notre liberté s'arrête là où commence celle des autres », nous éviterions bien des conflits de cohabitation, d'affrontements dévastateurs. Par ailleurs, si nous avions et respections des valeurs en accord avec cette idée et pouvions clairement les énoncer pour montrer aux uns et aux autres la droiture de notre être et de notre manière de faire, notre vie avec les autres n'en serait que plus harmonieuse. 

            Au début du mois de février 2016, une association musulmane du nord de la France a déprogrammé la venue de trois conférenciers étrangers pour ne pas briser la cohésion nationale autour de l'état d'urgence en vigueur. En effet, l'un des conférenciers était connu pour être un farouche opposant au mariage homosexuel. Cette volonté de ne pas inutilement jeter de l'huile sur le feu avait été appréciée par les gouvernants de notre pays. 

            Malheureusement, cette bonne volonté de ne pas mettre le pays en danger, et donc de respecter la liberté des autres, n'est pas le souci de tout le monde. Habitués à jouir des privilèges sans bornes et par conséquent à jouer aux enfants gâtés, certains ont, depuis longtemps, foulé à leurs pieds toutes les barrières de la cohésion sociale et nationale pour faire place à leurs désirs insatiables, à leur égo surdimensionné. Pour Charlie Hebdo et pour tous ses soutiens qui portent en bandoulière leur racisme ancestral, leur inculture et leur imbécilité comme la marque indélébile du Français le plus nombriliste inimaginable, la liberté est synonyme d'absence de contraintes à l'égard de l'autre dès lors qu'il s'agit de quelqu'un qui ne leur ressemble pas. Parce que l'autre est issu ou rappelle par son physique une contrée lointaine, parce qu'il est d'une couleur différente ou ne pense pas comme eux, ils se donnent le droit de dire et de faire ce qu'ils veulent. Attitude qui relève plutôt de l'égoïsme que de la liberté. 

            Tout homme est esclave de ce qui a triomphé en lui et fait de sa liberté acquise un prétexte pour nuire à son semblable. « Prenez garde de ne pas être détruits les uns par les autres » au nom de la liberté, dit la parole biblique (Galates, ch.V-v.15). Oui, toute liberté a ses limites. Celui qui clame être libre de dire ou de faire telle ou telle chose doit être capable en même temps de déterminer les limites de cette liberté affirmée. Certains croient qu'ils sont libres parce qu'ils transgressent les principes moraux, les interdits. Qu'ils sachent que quiconque est incapable de définir les limites de la liberté qu'il affirme est sous l'empire de son égoïsme, de son moi qu'il aime par dessus tout. 

            On voudrait que les enfants aient des valeurs qu'ils respectent. Cependant, les adultes de Charlie Hebdo refusent d'avoir des valeurs, d'être environnés de valeurs que leur cœur et leur conscience respectent. Quelles sont les valeurs qui délimitent la liberté de Charlie Hebdo et de ses défenseurs ? Le jour où ces adultes demeurés des enfants égoïstes – qui n'ont que la liberté à la bouche pour éviter de réfléchir – énonceront clairement ce qui a de la valeur à leurs yeux, ils auront planté le premier drapeau délimitant l'espace de leur liberté.                         

            A chacun de vous je pose ces questions, en vous regardant droit dans les yeux : où sont les limites de la liberté de la France qui lâche des bombes sur les contrées étrangères ? Où sont les limites de la liberté de la France qui foule à son pied la constitution d'un pays étranger en substituant à sa décision la sienne* ? Il appartient à chacun de se demander si les actes de notre pays à l'encontre des autres nations ne sont pas assurément l'expression d'un égoïsme inavoué mais bien évident au regard de la conscience humaine. Celui qui offense gaiement l'autre au nom de la liberté se dispose à tuer au nom de cette même liberté alors que la sienne n'est nullement menacée. Quiconque repousse trop loin l'espace de son champ de liberté doit s'attendre à rencontrer une farouche animosité.   

* En 2010, le Conseil constitutionnel de la Côte d'Ivoire avait déclaré élu président de la République le socialiste Laurent Gbagbo. La France, dirigée alors par Nicolas Sarkozy, fit bombarder le palais présidentiel en avril 2011 pour l'en extirper et installa Alassane Ouattara sur le siège présidentiel. Ce dernier nomme en janvier 2016 le Français Philippe Serey-Eiffel, 58 ans, ministre auprès de la présidence chargé des grands projets, confirmant ainsi qu'il est l'instrument de la France pour veiller sur ses intérêts en Côte d'Ivoire.    

Raphaël ADJOBI

  

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26 juin 2015

De l'exercice de l'autorité dans le couple (Réflexion)

        De l'exercice de l'autorité dans le couple  

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            Pendant longtemps, en France – comme sans doute dans de nombreux pays européens – les enfants ont été éduqués dans la peur de Dieu. On les menaçait sans cesse de la colère et de la punition du maître de l’univers lorsqu'ils commettaient quelque faute ou se montraient désobéissants. Peu à peu, cette pernicieuse façon d'éduquer a construit dans l'esprit des populations le visage d'un Dieu renfrogné, prêt à punir ; un Dieu-sanction.

            Malheureusement, nous retrouvons cette mauvaise habitude de diaboliser l'autorité de l'autre dans la vie quotidienne des couples. Il n'est pas rare en effet de voir les mères faire jouer aux hommes le rôle du Dieu-sanction. Quand l'enfant se montre récalcitrant ou accomplit une mauvaise action, plutôt que d'exercer son droit et son pouvoir de lui imposer l'obéissance afin de le conduire dans le droit chemin, la mère le menace de la colère et de la punition du père. Et, consciemment ou non, les hommes apprennent à endosser, avec le temps, l’effrayante livrée du punisseur. 

            Ainsi, de même que beaucoup de personnes ont grandi dans l'horreur de l'église qui les terrorisait avec la main vengeresse de Dieu, de même les enfants grandissent en chérissant leur mère et en redoutant leur père au point d'en avoir peur parfois. En effet, par le rappel constant de la colère et de la punition du père, par la permanente agitation du masque affreux du père, la femme se construit peu à peu, dans l'esprit et le cœur de l'enfant, l'image rassurante du refuge, de l'abri salutaire. Et, consciemment ou non, dans l'esprit et le cœur de l'enfant, la mère en vient à se confondre avec l'image de l'amour alors que le père apparaît comme un repoussoir.

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            Nous ne prenons pas suffisamment garde à nos mauvaises pratiques qui souvent ruinent notre vie. Nous ne prenons pas le temps de revoir les leçons de la sagesse qui nous dit que toute relation exclusive est une exclusion de soi-même et des autres. Les mères qui se glorifient de jouir de la préférence de leurs enfants sont donc criminelles parce que, sans le savoir, elles excluent les pères de la part agréable de la famille.

            Ne nous étonnons donc pas de voir certains pères s'appliquer à rivaliser d'amour avec leur compagne auprès de leurs enfants pour échapper au danger de l’exclusion. Dès lors, en toute circonstance, l'autorité est remplacée par les caresses. Chacun des parents évite de fâcher l'enfant pour ne pas encourir sa disgrâce. La moindre parole qui rappelle l'exercice de l'autorité est aussitôt regrettée. On court aussitôt vers lui, on se perd en excuses, on l'embrasse, on le couvre de présents pour se faire pardonner. Et c'est bien par ce moyen qu'on en fait sûrement un tyran au domicile et dans la société d'un établissement scolaire.

            Pour construire un homme, il faut savoir placer l’amour au cœur de l’autorité et non pas l’isoler pour en faire un usage exclusif. Il faut que dans les exigences et les rappels à l’ordre plus ou moins fermes, l’enfant apprenne à découvrir, avec le temps, l’amour qui les a motivés. Je ne vous propose pour exemple que les plus belles larmes de sa vie qu’un ami a versées un jour après la visite de son fils dont l’éducation lui avait coûté de grandes peines et beaucoup de conflits. Celui-ci l’a vivement remercié pour lui avoir épargné cette absence de règles, de savoir-vivre et d’effort que font montre bon nombre de ses collègues de travail. Quel plus beau compliment pour un père que le fils a longtemps considéré comme un bourreau !

            Il convient donc d'avouer que c'est la méconnaissance ou le non respect de la fusion de l’autorité et de l’amour qui est à l’origine des plus grands maux de l’éducation. Et parmi tous, le plus abominable qu’il nous est donné de voir – après le comportement tyrannique – est ce que nous nommons communément la « relation fusionnelle » entre l’enfant et l’un de ses parents.

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            En effet, la relation fusionnelle - ce fruit de l’inclination à la culture exclusive de l’amour - a toujours produit, tôt ou tard, un effet destructeur dans la vie de l’enfant ou du parent concerné quand ce n’est pas dans la vie des deux à la fois. Trop souvent, elle rend difficile, voir impossible, la vie conjugale de l’un ou de l’autre. Se sollicitant sans cesse, privilégiant constamment la place qu’ils occupent réciproquement dans le cœur de l’autre, tous deux négligent immanquablement la place du partenaire de leur vie. La relation fusionnelle fait du parent et de l’enfant deux amants dans les bras et sous les yeux desquels il n’y a guère de place pour une autre relation intense.

            Il est donc bon de veiller à ce que l’autorité soit équitablement partagée au sein de la famille afin de préserver son équilibre. Chacun des parents se doit d’assurer son droit et son devoir d’imposer l’obéissance à ses enfants quand le manquement est constaté devant lui plutôt que de remettre le rappel à l’ordre ou la sanction à l’autorité de son conjoint ou de sa conjointe. Il n’est jamais bon pour la construction de l’enfant et pour l’équilibre du couple de faire de l’un le refuge et de l’autre l’épouvantail.

° dernière image : famille ivoirienne (homme musulman, femme chétienne), in le journal français La croix.   

Raphaël ADJOBI

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08 juin 2015

Le racisme anti-Blanc, le nouveau fantasme des Français blancs

                                 Le racisme anti-Blanc,

                 le nouveau fantasme des Français blancs

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            Après avoir – durant ces quinze dernières années – prospéré sur le lit de la négation des méfaits de la traite atlantique et de l’esclavage des Noirs – négation ayant abouti à la proclamation nationale des bienfaits du colonialisme – voici que des Français blancs enfourchent un nouveau cheval de bataille : le racisme anti-Blanc.

            En effet, selon cette catégorie de citoyens, il y aurait trop de « racisme anti-Blanc » en France, que les Blancs souffriraient quotidiennement de l'animosité, voire du rejet des Noirs. Aujourd’hui, le résultat de leur propagande sur les ondes est incontestable : il n’est plus rare d’entendre un Français blanc affirmer, parlant d’un collègue ou d’un voisin noir, qu’il est raciste, qu’il n’aime pas les Blancs. Il se raconte même dans de nombreux cercles que Christiane Taubira - la Garde des sceaux et ministre de la Justice - est raciste, qu’elle n’aime pas les Blancs.

            Cette nouvelle conception du racisme tendant à imposer une nouvelle vision de la société française mérite une analyse sérieuse afin d'éviter un débat stérile préjudiciable à tous. Sans entrer dans des conjectures inutiles, nous pensons que l'analyse de ce phénomène doit se limiter à cette démarche simple : avant même de considérer la réalité des faits sur le terrain, il convient de voir si, aujourd'hui, le Noir peut être raciste comme le Blanc. 

                                   Un Noir peut-il être raciste ?

            Avant toute chose, nous pouvons assurer que le fait qu’un Blanc ou un Noir affirme qu’il n’aime pas telle ou telle personne ayant une couleur de peau différente de la sienne n'a jamais été considéré, et ne doit pas être considéré comme une marque de racisme. On peut aimer ou ne pas aimer qui l'on veut. Cela, nous l'admettons tous, Noirs et Blancs. C’est seulement lorsqu’un Noir dit « je n’aime pas les Blancs » et un Blanc dit « je n’aime pas les Noirs » que nous sommes tentés de croire qu'ils sont tous deux racistes ? Et pourtant ce n’est pas le cas ; car la différence est très grande entre les deux pensées, les deux esprits qui produisent le même discours. Vous écarquillez certainement les yeux d'étonnement ? Pour vous éviter de lever les bras au ciel en criant au scandale, recourons à la définition éclairante d'un dictionnaire afin de mieux analyser et bien saisir cette différence.

            Le Petit Robert dit du racisme qu’il est la « théorie de la hiérarchie des races, qui conclut à la nécessité de préserver la race supérieure de tout croisement, et à son droit de dominer les autres ». C’est, ajoute-t-il, « un ensemble de réactions qui, consciemment ou non, s’accordent avec cette théorie ».   

            Nous référant à cette définition et à ce que nous enseigne l’Histoire, nous pouvons affirmer que lorsqu’un Blanc dit « je n’aime pas les Noirs », il puise – consciemment ou non – dans la pensée française et européenne des références culturelles, historiques et symboliques qui soutiennent son sentiment ; sentiment que les Noirs à qui il s’adresse lisent très bien. Son affirmation n’est donc pas gratuite parce qu’elle n’est pas vide de sens. Ayant enseigné l’espagnol pendant une vingtaine d’années dans un collège, je peux assurer ici que tous les ans – sans exception – lors de la leçon sur les couleurs, l'énonciation du mot « negro » a immanquablement généré des rires et des œillades complices entre certains de mes élèves blancs. C’est la preuve irréfutable qu’il y a des mots, des expressions, des gestes qui ont – à l'égard des Noirs – un sens défavorable et méprisant dans la conscience collective des Blancs.  « Ce n’est qu’un nègre, une guenon, un macaque, il est sale, jetez-lui une banane, qu’il aille grimper à son arbre… » ! Ce sont là des mots et des expressions qui, dans l’imaginaire des Blancs et dans celui des Noirs, coïncident avec la construction minutieuse établissant la supériorité de l’homme blanc sur l’homme noir.

Par contre, les Noirs n’ont jamais théorisé sur le racisme, sur la supériorité de la couleur de leur peau au point d’avoir construit des mécanismes et des comportements établissant et perpétuant cette supériorité. Dès lors, lorsqu’un Noir dit « je n’aime pas les Blancs », il ne fait tout au plus qu’exprimer un « racisme » primaire, c’est-à-dire, un racisme non élaboré, un racisme qui n’a aucun sens puisqu’il ne repose sur aucune référence culturelle, historique ou symbolique pouvant permettre au Blanc auquel il s’adresse de lire la réalité de son sentiment. Et ce qui n’a pas de sens, parce que vide, ne peut pas être du racisme ! Le prétendu racisme du Noir n'est donc tout simplement que du ressentiment plus ou moins violent pouvant aller jusqu'à la haine. C'est d'ailleurs ce ressentiment que les jeunes noirs et arabes expriment dans les formules « j'ai la haine » et « j'ai la rage ». 

             Voilà donc clairement démontrée la vacuité du racisme dans l’esprit du Noir ! Celui-ci est exempt de toute construction théorique véhiculant des images avilissantes pour le Blanc, mais plein de ressentiment pour l’injuste traitement dont il est l’objet. Le Blanc qui en douterait est appelé à prouver l’existence d’une construction raciste des Noirs à l’égard des Blancs avec un chapelet de formules avilissantes qui en découleraient. 

            Le racisme anti-blanc n’existe donc pas ! C’est une invention de l’esprit qui n’a aucun sens parce qu’elle n’a pas de contenu. Elle est vide ! Elle est vide de toutes les références dont nous avons parlé plus haut. Celui qui n’a jamais vécu dans une société comme un élément d’une minorité écrasée par une majorité de couleur de peau appelée « race » n’a pas le droit d’affirmer qu’il est victime de la discrimination raciale de ses concitoyens. Car le racisme est un phénomène de groupe, de majorité phénotype (couleur de peau) ou de pouvoir politique fort assurant la suprématie d'une couleur et qui use de critères, de comportements et d’un langage particulier pour signifier à l’autre son infériorité. C’est dire que les mots et les usages racistes ou discriminants tendent à établir une ligne de démarcation consciemment admise par le groupe majoritaire ou fort qui tente de l’imposer au groupe minoritaire ou faible. 

            Comment le Français blanc peut-il dire qu’il est victime du racisme des Noirs quand il n’a jamais été refusé – ou jamais eu le sentiment de l’avoir été – dans un établissement scolaire, un magasin, un restaurant, un hôtel, une boîte de nuit à cause de la couleur de sa peau ? En effet, le jour où, sur cette terre de France, des hommes et des femmes auront le sentiment clair et persistant qu’ils ont perdu leur emploi ou qu’ils n’ont pas été embauchés parce que le patron leur a signifié que leur présence ferait fuir ses clients, qu’ils n’ont pas été admis dans un hôpital ou une administration, que le logement annoncé libre au téléphone dix minutes plus tôt ne l'est plus parce qu’ils ont la peau blanche, alors nous commencerons à parler de racisme anti-Blanc. Pour l’heure, aucun Français blanc ne peut affirmer avoir été victime d’une de ces injustices à cause de la couleur de sa peau. 

            Le racisme anti-blanc est donc non seulement une invention de l’esprit mais surtout un véritable fantasme que quelques personnes agitent pour se faire peur et pour cacher par la même occasion la réalité sociale et politique qui n’est absolument pas favorable à leurs compatriotes noirs. C'est en réalité une peur imaginaire inventée pour prévenir tout éventuel projet de discrimination positive pour les Noirs. Il est évident que l'on ne peut accorder des faveurs ou faire de la place à celui qui fait déjà peur.  

                                    Les Noirs poussés à l'autocensure

Malheureusement, outre le fait que ce comportement freine la mise en place de mesures permettant une meilleure insertion des Noirs dans le tissu social et politique français, il a réussi à pousser bon nombre d'entre eux à se regarder d’un œil suspicieux. Oui, depuis quelque temps, nous avons remarqué qu’avant de s’engager dans quelque action, les Noirs ont tendance à s’étudier, à s’assurer que rien de ce qu’ils diront ou feront ne sera interprété par la majorité blanche comme un communautarisme anti-Blanc. Pris au piège de l’autocensure, ils refusent de participer à la commémoration publique de l’abolition de l’esclavage ; ils s’abstiennent de toute revendication liée aux multiples injustices dont ils sont victimes, pour ne pas être taxés de communautarisme. En un mot, tout regroupement de Noirs français leur est devenu insupportable. 

On constate aussi que dans l'art romanesque, les Noirs préfèrent les fictions n’ayant aucun rapport avec l’Histoire parce qu’ils ont peur d’être accusés par leurs compatriotes blancs de ne s’intéresser qu’à l’esclavage et au colonialisme. Ils ne veulent pas qu’on les accuse de ne remuer que le passé nauséabond de la France. Ils ont peur qu'on les accuse de ne pas aimer les Blancs, d'être traités de « racistes anti-Blanc ». 

            A force de s’étudier afin d’avoir un comportement qui plaît à la majorité blanche, les Noirs de France ont abandonné l’écriture de leur histoire, l’écriture du passé nègre de la France. Ce sont finalement leurs compatriotes blancs qui s’appliquent à ressusciter dans des romans ou des essais les figures célèbres de l’histoire de France ou des récits qui rendent compte de la dureté et de l'inhumanité de la traite négrière et de l’esclavage. Mis à part Claude Ribbe, Raphaël Confiant, Serge Bilé, Louis-Georges Tin et quelques autres, ce sont les Français blancs qui sont devenus les plus grands pourfendeurs du racisme dans leur pays, les plus grands propagateurs de la contribution des Noirs à la grandeur de l’Histoire de France. Odile Tobner s’est intéressée au racisme ambiant en France (Du racisme français, 2007) et les travaux de Marylène Patou-Mathis (Le Sauvage et le Préhistorique…, 2011) ont éclairé la construction scientifique du racisme en Europe. Et c'est Pascal Blanchard (La France noire) qui assure sur les ondes la promotion de la dénonciation de cette injustice. En 2009, avant Lilian Thuram, Benoît Hopquin (Ces Noirs qui ont fait la France) a brossé les portraits des Noirs illustres de France depuis le chevalier de Saint-Georges (XVIIIe siècle) jusqu’à Aimé Césaire (XXe siècle). Olivier Merle (Noir négoce, 2010) et Philippe Vidal (Les montagnes bleues, 2014) ont sans doute produit les plus beaux romans sur l’esclavage en ce début du XXIe siècle. Quant à Didier Daeninckx, deux de ses romans sur l’histoire des Noirs (Cannibale, Galadio) sont aujourd’hui des classiques qui font le bonheur des collégiens et des lycéens. A sa manière, Sophie Chérer (La vraie couleur de la vanille, 2012) a redonné vie à l'esclave Edmond Albius comme André Schwartz-Bart l’a fait pour La mulâtresse Solitude (1972). Nelly Schmidt (La France a-t-elle aboli l’esclavage, 2009) et Jacques Dumont (L’amère patrie, 2010) nous ont peint le parcours du combattant des « nouveaux libres » de la France. Quant à Caroline Oudin-Bastide (Des juges et des nègres, 2008) et Mohamed Aïssaoui (L'affaire de l'esclave Furcy, 2010), ils se sont plongés dans les affaires judiciaires pour mieux montrer à quel point la justice était un vain mot pour les esclaves et les colonisés… 

            Pourquoi le fait que les Noirs exhument le passé peu honorable de la France ou critiquent sa politique coloniale, comme leurs compatriotes blancs, doit-il être regardé comme un crime contre leur pays ou un racisme anti-Blanc ? Pourquoi souligner le génie ou l'héroïsme de leurs ancêtres serait-il un affront à la grandeur de la France ? Pourquoi doivent-ils s'interdire de se joindre au combat contre le racisme dont ils sont l’objet ? Pourquoi seuls les Blancs semblent-ils autorisés à mener ce combat ? Pourquoi la critique du racisme dans la bouche d'un Noir est-elle automatiquement comprise comme une attaque des Blancs ? C'est malheureusement le triste spectacle auquel on assiste dans les débats politiques et sociaux sur les chaînes de télévision.  

            Et pourtant, comme nous l'avons démontré – et cela sera vrai jusqu'à ce que le contraire soit prouvé – un Noir ne peut pas être raciste à l’égard d’un Blanc, parce qu’il ne possède pas les outils pour l’être. Exprimer son ressentiment face à celui qui vous méprise ne peut absolument pas être pris pour du racisme car le ressentiment fonctionne exactement comme l'amour de soi : une protection qui signifie que l'on refuse de mourir, de disparaître.

            Les Noirs de France doivent donc résolument cesser de se laisser impressionner par ceux qui agitent le « racisme anti-Blanc » à tout vent contre leurs revendications d’une plus grande égalité et d’une meilleure fraternité.  

            Retenons aussi que le Blanc n’est devenu raciste qu’après la construction des théories établissant une hiérarchie des humains sur la base de leur couleur ; théories racistes popularisées par l’enseignement et l’éducation. Avant cette époque, on ne disait point « les Blancs », « les Noirs », « les Jaunes »... mais les Ethiopiens, les Egyptiens, les Nubiens, les Maures, les Chinois... Avant cette époque, le Blanc était comme le Noir : il avait des préjugés fluctuant avec le temps mais n’était pas raciste. 

Raphaël ADJOBI

Posté par St_Ralph à 09:42 - Réflexions - Commentaires [7] - Permalien [#]