Lectures, analyses et réflexions de Raphaël

Vous trouverez ici des comptes rendus de lectures livresques concernant essentiellement l'histoire des Noirs d'Afrique et celle des Afrodescendants des Amériques et d'Europe. Les actualités de la diaspora africaine ne sont pas oubliées.

20 juillet 2021

Faut-il déboulonner certaines statues ? (Une réflexion du président de La France noire)

          Faut-il déboulonner certaines statues ?

             Lire la réflexion sur le blog de La France noire

Les 3 Français contestés c

 

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19 juillet 2021

L'obéissance (Réflexion)

                                              L'obéissance 

Le chat et son maître

         L’écrivain et journaliste Christophe Henning rappelle dans un article, publié dans le journal Lacroix le 9 juillet 2021, l’origine latine du mot « obéissance », afin de mieux nous permettre de cerner son vrai sens qui est loin de l’idée de l’exécution aveugle d’un ordre que nous lui donnons aujourd’hui. Le mot vient du latin ob audire, signifiant « se mettre à l’écoute ». Il ne veut donc nullement dire « obtempérer, exécuter, se soumettre […] à un pouvoir qui est extérieur » tel l’ordre d’un commandant de bord d’un navire ou d’un avion quand il nous dit de mettre notre ceinture ou notre gilet de sauvetage. L’obéissance est avant tout une réponse à un appel intérieur, une réponse à une parole qui résonne en chaque être. L’obligation ne doit par conséquent peser que sur celui qui a adhéré à un appel, celui qui s’est engagé. Voilà pourquoi les religieux conçoivent leur vocation comme un choix libre.

          Même si nous savons qu’il y a des choix de vie qui « obligent », l’obéissance à une autorité supérieure est intimement liée à notre liberté, parce que « le supérieur n’a d’autorité que celle que l’on veut bien lui conférer […] C’est parce que je suis libre que je peux obéir », dit l’un des interlocuteurs du journaliste et écrivain. En d’autres termes, selon Christophe Henning, « l’obéissance n’est pas – ne doit pas être – au gré des caprices d’un supérieur, ce qui est constitutif de l’abus d’autorité et peut malheureusement se produire […] L’obéissance est un acte de libre adhésion. [...] Il ne devrait donc pas y avoir d’obéissance, sans d’abord, de dialogue ». 

          Dans l’acte d’obéissance, précise Christophe Henning, le piège à éviter c’est le désir de faire plaisir à son interlocuteur – encore s’il est le supérieur. Car « en fait, l’obéissance nécessite véritablement une parole libre, qui n’a pas pour but de plaire », comme le dit si bien le jésuite Thierry Lamboley. Et Daniel Marcelli de conclure : « Ainsi devient-on capable d’obéir pleinement quand nous avons la possibilité de dire non ».

          Nous sommes donc tout à fait d’accord pour dire avec le frère Jean Alexandre que l’obéissance est un chemin de croissance humaine et spirituelle qui demande du temps ; du temps qui passe par les contraintes des événements et les demandes ou exigences des autorités supérieures. Cela veut dire aussi que toute obéissance à une autorité supérieure sans la possibilité de dire non est une contrainte dictatoriale qui brise la liberté de l’individu. 

Un compte rendu de Raphaël ADJOBI

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06 mai 2021

L'Egypte ancienne est-elle blanche pour tous les enseignants français ? (Raphaël ADJOBI)

               L'Egypte ancienne est-elle blanche

               pour tous les enseignants français ?

                           (Une réflexion de Raphaël ADJOBI)

          Comme nous le rappelle le dominicain et historien Yves Combeau, « le XVIe siècle est le siècle de l’humanisme. C’est aussi celui où l’on a réinventé l’esclavage et la monarchie absolue », et où fut affirmé que certains parmi nous n’avaient pas d’âme (article Controverse sur l’âme des Indiens d’Amérique – Hors-série de la revue Le Monde 2020). Et quand le jeune comédien et réalisateur Jean-Pascal Zadi dit en mars 2021 – lors de son discours comme lauréat du César du meilleur espoir masculin pour son film Tout simplement noirque l’« on est en droit de se demander si l’humanité de certaines personnes n’est pas souvent remise en cause », la question qui aurait mérité d’être posée était plutôt si au XXIe siècle l’humanité de toutes les personnes est reconnue par tous. Car l’humanité de certains a été officiellement niée au XVIe siècle ! On est donc en droit de se demander qui sont en ce XXIe siècle les négationnistes de l’humanité de l’Autre ?

Hiéroglyphes corps

          Hier comme aujourd’hui, le négationniste est celui qui, par principe, est convaincu de la supériorité de ses croyances érigées en autorité immuable ne devant par conséquent être ébranlée par tout autre avis ou point de vue. Le négationniste conçoit toujours l’histoire et la parole de ses aïeux comme des vérités incontestables. Attitude qui fait apparaître tout mouvement qui viserait à présenter des éléments différents à cette histoire et à cette parole comme une entreprise de révision : du révisionnisme (1). En effet, « revoir » c’est reconsidérer ce qui est proclamé vrai. Une telle entreprise, tout à fait honorable et louable, est considérée comme un crime par celui qui n’a que des certitudes quant à son histoire et à la parole des siens ; ceux-ci ne sauraient mentir, ne sauraient se tromper. Leur avis fait autorité pour l’éternité.

          Or, une telle attitude est celle d’un religieux et non d’un historien. Ce dernier est toujours prêt à entendre un autre avis, alors que le premier, non. En effet, l’histoire est un récit et non une science ; encore moins une religion ! Et parler de récit suppose le droit de « dire » différemment – surtout au regard de connaissances ou considérations différentes. « Toute l’histoire – pas seulement celle de France – est un mensonge. La galerie des victoires de Louis XIV à Versailles est complètement une galerie de mensonges », disait récemment l’écrivain et scénariste Jean-Claude Carrière – historien de formation (France culture – le 27 février 2021). Un révisionniste ? Plus de cinq cents ans après l’erreur monumentale de Christophe Colomb et de ses amis qui prirent les autochtones du « Nouveau monde » pour des Indiens, les négationnistes continuent encore à enseigner aux jeunes générations que ces populations inconnues jusqu’alors des Européens sont bien des Indiens. Pour ne pas être qualifié de révisionniste, tout le monde se tait et entretient l’erreur devenue mensonge et même signe d’irrespect et de mépris du sentiment de l’Autre. En effet, « la première marque de respect à témoigner aux peuples devrait consister à les désigner comme ils le font eux-mêmes » (Léonora Miano – Afropea, édit. Grasset). C’est d’ailleurs ce qu’a fait un musée anglais. En 2006, au moment d’ouvrir sa nouvelle galerie égyptienne, le musée d’art et des antiquités de l’université de Cambridge – Fitzwilliam Museum – a clairement et officiellement admis que l’Égypte ancienne « fait partie de la culture africaine ». Cette institution a fait remarquer que ce sont les Grecs qui ont employé le terme « Égypte » pour désigner cette terre africaine alors que les populations elles-mêmes l’appelaient « Kemet », littéralement « terre noire ». Elle a donc décidé d’appeler sa galerie égyptienne « Virtual Kemet » comme pour signifier qu’il faut redonner aux Africains ce qui appartient aux Africains. Au-delà du fait que les artistes représentaient les populations avec une peau noire et des cheveux crépus – même s’il y a des Africains aux cheveux raides parmi les Peuls et les Touaregs – les conservateurs du musée estiment qu’« il existe de nombreux liens entre la culture égyptienne ancienne et la culture africaine moderne ». Pour eux, les gens voient l’Égypte ancienne avec un regard européen parce que la majorité des livres sont écrits par des chercheurs d’origine européenne ou nord-américaine. Point de vue que rejoindra l’historien français François-Xavier Fauvelle assurant que presque tous les archéologues se sont trompés sur les populations de l’Égypte ancienne parce qu’ils étaient imprégnés des théories racistes de leur époque (Science et Avenir ; Hors-série, juillet/août 2010). A notre avis, cette dernière remarque mérite une précision pour comprendre le déni d’une Égypte ancienne noire devenu une pratique commune.

          Il importe de noter que depuis qu’au XIXe siècle, contrairement à l’avis du Français Vivant Denon (1798), l’anthropologue et racialiste américain Samuel George Morton (1844) a proclamé que les anciens Égyptiens sont des Blancs, toutes les recherches archéologiques n’avaient pour seul objectif que d’en donner la preuve – j’emploie l’imparfait parce que les choses changent considérablement depuis quelques années. Selon cet opposant à la création unique de la Bible (monogénisme) – confirmée par la science au XXe siècle – seule la croyance en une multiplicité de races (polygénisme) peut expliquer l’existence des pyramides, prouesses de l’esprit de la race supérieure blanche que ne peut pas réaliser une race inférieure comme la noire (Nell Irvin Painter – Histoire des Blancs, édit. Max Milo, 2020). Une étrange façon de voir le monde des autres non pas tel qu’il est, mais tel que nous sommes. Depuis, « les archéologues ont fait de l’Égypte un isolat, sans relation avec son environnement africain » (François-Xavier Fauvelle – Science et Avenir, Hors-série juillet/août 2010). En attendant que les preuves scientifiques confirment l’affirmation de Samuel George Morton qui ne repose sur aucune réalité, toutes les recherches archéologiques démontrant le contraire ne portent aucun qualificatif racial. Quiconque ose dire qu’il lui semble reconnaître des Noirs dans les images exhumées de l’histoire de l’Égypte ancienne est aussitôt qualifié de révisionniste ; car le postulat que les anciens Égyptiens sont des Blancs demeure aujourd’hui encore une vérité dans la conscience collective européenne. Ainsi, dans l’Yonne (89), des enseignants se sont donné pour mission de dénoncer à leur hiérarchie tout collègue qu’ils estimeront tombé dans une sorte de radicalisme s’il présente aux élèves des images tendant à démontrer que les anciens Égyptiens sont des Noirs et non des Blancs ! Sur ce sujet – comme dirait la jeune Marie-Antoinette, reine de France, écrivant à ses sœurs restées en Autriche à propos de la passion des Français pour la musique – « on se divise, on s’attaque comme si c’était une affaire de religion ». Non, l’histoire n’est pas une religion ; c’est un récit supposant des visions différentes qu’il convient d’harmoniser au sein d’une même nation ou d’une même équipe. En attendant ce travail, les visions différentes ont le droit d’exister et d’être connues. On ne recourt pas à la loi pour trancher une divergence d’opinion sur une question d’histoire ou de littérature. On ne fait pas appel à l’autorité administrative mais aux instruments du savoir que sont les livres et autres travaux des chercheurs pour se départager. Le contraire s’appelle de l’inquisition. La Controverse de Valladolid est la marque historique de la juste confrontation des idées ; ce n’était nullement le lieu de prononcer une sentence mais de comprendre la réalité et comment se définir en conséquence. N’oubliez jamais qu’il fallait avant tout dire si les autochtones des Amériques étaient des êtres humains ayant une âme et descendaient d’Adam et Eve au même titre que les Européens. Et c’était donc bien une querelle entre « négationnistes » (la croyance officielle que les autochtones n’avaient pas d’âme) et « révisionnistes » (ceux qui pensaient que cette croyance commune était à revoir, à étudier sérieusement). 

Berger égyptien

          Il convient de retenir de tout ce qui précède que l’on ne recourt pas à la loi pour trancher une divergence d’opinion sur une connaissance historique ou littéraire. Répétons-le : dans ces domaines, on ne fait pas appel à l’autorité administrative mais aux livres et aux travaux des chercheurs pour se départager. Recourir à la loi dans de tels débats, c’est sombrer dans l’inquisition, c’est-à-dire dans l’enquête indiscrète, arbitraire et vexatoire. Or, les enseignants ne peuvent être respectés par leur hiérarchie et les parents que s’ils conviennent que l’on ne doit exiger d’eux que « des connaissances disciplinaires parfaitement maîtrisées », comme disait si bien le collègue René Chiche dans La désinstruction nationale. C’est donc se discréditer que de confier le jugement de la qualité de sa science à une autorité administrative plutôt qu’aux travaux de ses pairs destinés à la nourrir en permanence. Quand dans Le bilan de l’intelligence Paul Valéry assurait que nos diplômes et nos statuts (que nous assurent les concours) ne sont que le brevet d’une science momentanée sanctionnant le minimum nécessaire à l’exercice d’une fonction sociale, c’est parce qu’il pense que l’enseignant doit concevoir la connaissance comme un festin perpétuel. Il faut que chaque esprit s’y invite constamment pour se régénérer et éviter de s’étioler inévitablement avec le temps par manque de nourriture intellectuelle variée.

Raphaël ADJOBI       Ecrit le 4/04/2021

(1) « Le négationnisme consiste en un déni de faits historiques, malgré la présence de preuves flagrantes rapportées par les chercheurs, et ce à des fins racistes ou politiques […] Le négationnisme vient en parfaite contradiction des événements qui se sont effectivement déroulés ou des faits établis, alors que le révisionnisme essaie de réinterpréter ou de remettre en perspective des faits, en accord avec les données objectives, sans opérer de sélection dans celles-ci » (Wikipédia).

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08 février 2021

L'éducation des enfants blancs dans les colonies à l'époque de l'esclavage des Noirs (Raphaël ADJOBI)

    L'éducation des enfants blancs dans les colonies

                     à l'époque de l'esclavage des Noirs 

                                          (Raphaël ADJOBI)

 

Education coloniale - texte

          A ma connaissance, l’éducation des enfants blancs dans les colonies est un sujet jamais étudié par les historiens. Par exemple, aucun historien français ne s’est intéressé à la vie que menaient les émissaires des royaumes européens, administrateurs des nombreux forts servant de prisons aux captifs africains avant leur déportation vers les Amériques. Une étude aurait montré comment étaient élevés leurs enfants dans ce cadre. On ignore tout de ces hommes – jamais des femmes ? - jusqu’à leur nom. Alors que le seul Noir qui a géré un « barracon » - de très moindre importance qu’un fort – sur la côte de Guinée est connu : il s’agit du Brésilien métis Chacha. Rien non plus sur la vie de famille des colons européens dans les Amériques. Or, il nous semble important d’aborder ce thème pour bien comprendre comment le système esclavagiste du « colonat » - ou d’occupation d’une terre étrangère et son exploitation par un peuple pour son profit personnel – a pu se perpétuer durant des siècles. En effet, savoir comment on éduque un colon – pour ne pas dire comment on le fabrique – c’est étudier un élément clef du mécanisme de la domination de l’homme blanc qui, depuis qu’il a quitté l’Europe pour s’implanter sous d’autres cieux, ne s’est jamais intégré aux populations locales. Jouissant de la supériorité que lui conférait la force des armes à feu, il n’a jamais envisagé sa relation avec l’Autre qu’à la seule mesure des canons. Etat de chose qui a abouti à cette réalité sociale partout où l’Européen s’est établi : « deux peuples différents, deux mondes vivent près d’un siècle l’un à côté de l’autre sans vraiment se rencontrer » (Emmanuel Dongala, Le feu des origines).

          Avant d’aller plus loin, disons tout de suite qu’il y a deux principes fondateurs de la vie coloniale : 1) ne jamais s’intégrer aux autres, dits sauvages, du fait évidemment de la supériorité de sa « race » ; la carnation différente des peuples d’Europe étant synonyme de la raison s’oppose aux autres carnations renvoyant à la nature, donc à la sauvagerie. 2) chercher constamment les moyens de maintenir sa domination en la rendant incontestable.

          Reconnaissons cependant qu’il y a une réelle difficulté, depuis les siècles passés, à trouver des récits sur la vie des colons. De toute évidence, les historiens d’hier et d’aujourd’hui sont plus attachés à leur travail de cabinet plutôt qu’à prêter attention à ce qui se dit autour d’eux. Or, souvent, la vérité de l’histoire n’est pas dans les récits officiels mais dans la vie des hommes. Au XVIIIe siècle, Condorcet conseillait à ceux de ses contemporains qui voulaient avoir une idée de ce qui se passait dans nos territoires des Amériques de ne pas interroger les colons sur leur mode de vie avec les esclaves qui les environnaient. « Faites-vous la violence de vous taire, disait-il, […] alors vous entendrez d’eux la vérité. Ils vous raconteront sans y penser, ce qu’ils n’auraient osé vous répondre » (Réflexions sur l’esclavage des nègres, note du ch. XII, Flammarion 2009). Le lecteur comprend donc que seules la patience et la persévérance dans la quête des traces laissées çà et là nous ont permis d’avoir un tableau de l’éducation des jeunes colons. En effet, les marques des soins pris à les former se retrouvent dans de nombreux romans et essais. Il suffit donc de prêter attention à ces écrits pour être éclairé sur le sujet.

Esclave nourricière

          Il y a un point commun entre la structure éducative de l’enfant blanc des colonies du XVIe siècle au XXe siècle. Durant tous ces siècles, les enfants étaient élevés par des esclaves ou domestiques noires. Et c’est ce caractère commun qui semble expliquer la permanence de la dureté des sentiments aussi bien que les valeurs ou les comportements que les parents exigent de leur progéniture au fur et à mesure qu’elle avance en âge. Nous pensons donc que pour mieux comprendre l’éducation du jeune colon, il convient d’avoir à l’esprit la catégorie de la population européenne qui s’installait dans les colonies pour y prendre racine.

                     Les caractéristiques de la population coloniale

          Si des indésirables ont été envoyés en Australie et ailleurs pour préserver la pureté de la race blanche en Europe à l’heure où l’eugénisme y faisait fureur, très souvent c’était la volonté de chaque royaume de s’approprier des territoires lointains qui l’a poussé à encourager l’installation de ses populations pauvres sur ces terres. Constituer des colonies, c’est aussi concrètement indiquer aux autres royaumes la marque de sa présence, donc le signe que le territoire vous appartient. Le discours de Victor Hugo à l’adresse des Français en mai 1879 au banquet anniversaire de l’abolition de l’esclavage en France en est un très bel exemple. « Versez votre trop-plein dans cette Afrique, leur dit-il, et du même coup résolvez vos questions sociales, changez vos prolétaires en propriétaires ». Et dans les colonies des Amériques vouées à l’esclavage depuis le XVIe siècle, outre les aventuriers en quête de fortune rapide, ce sont également des familles pauvres qui acceptaient de gérer les plantations pour le compte des nobles et des riches bourgeois. « D’ailleurs, dit Condorcet, les habitations sont gouvernées par des procureurs, espèces d’hommes qui vont chercher la fortune hors de l’Europe, ou parce que toutes les voies honnêtes d’y trouver de l’emploi leur sont fermées, ou parce que leur avidité insatiable n’a pas pu se contenter d’une fortune bornée. C’est donc à la lie de nations déjà très corrompues, que les nègres sont abandonnés » (Réflexions sur l’esclavage des nègres, Ch. XII.). Ce sont donc presque tous des gens quelque peu lettrés – qui savent lire et écrire - et de moralité douteuse qui avaient la gérance des plantations des colonies. Et parce que « moins le Blanc est intelligent, plus le Noir lui paraît bête » (André Gide, Voyage au Congo), il fallait s’attendre à ce que la volonté de puissance du colon soit plus aiguë et déraisonnable que chez le négrier-financier de la métropole. A cela, il faut ajouter le fait que jusqu’au XVIIIe siècle, les colons étaient presque partout minoritaires par rapport à la population servile et étaient donc animés d’un profond sentiment d’insécurité permanente. Et ce sentiment justifie la présence de deux autres catégories de la population européenne largement illettrée et inculte : les soldats des royaumes et les milices des planteurs. En effet, on ne peut passer sous silence la présence des militaires que les royaumes destinaient à la protection de leurs colonies à la fois contre les autres puissances et et aussi pour réprimer les éventuelles rébellions serviles. Enfin, « la surveillance du territoire et la poursuite des marrons (esclaves fugitifs) exigent la mobilisation coûteuse de milices de Blancs » (Aline Helg – Plus jamais esclaves, éd. La découverte, 2016) à la solde des colons.

          Sur les gravures que les artistes européens ont léguées à la postérité, on constate que ce sont presque toujours des esclaves noirs qui sont chargés d’infliger les supplices à l’esclave à punir. Cette popularisation de l’esclave bourreau à un objectif clair : montrer la sauvagerie de l’homme noir. Et pourtant, les nombreuses plaintes enregistrées dans les colonies visent les maîtres blancs et leurs milices blanches dont les fameux chasseurs d’esclaves marrons. Ces bourreaux blancs, presque absents dans l’iconographie de l’esclavage, sont omniprésent dans les récits des voyageurs et les comptes rendus des tribunaux.

                                              L’éducation à la violence

          Mais une chose est indéniable : partout dans les colonies, la proximité des Blancs avec les Noirs était permanente puisque les domestiques étaient quotidiennement sous les toits de leurs maîtres. Ainsi, depuis la naissance de l’enfant blanc jusqu’à son adolescence, et souvent même jusqu’à son mariage – pour les filles – une personne noire était attachée à son service. Si la domestique noire avait un enfant, celui-ci était élevé en compagnie de l’enfant blanc et lui servait de compagnon ou de compagne de jeu en grandissant. De nombreux écrivains ont fait de cette intimité des enfants blancs et noirs grandissant ensemble dans un cadre colonial un sujet de roman. Nous pouvons citer Philida d’André Brink, Les montagnes bleues de Philippe Vidal, et Un autre tambour de William Melvin Kelley. Il est à remarquer que ces amitiés d’enfance se sont presque toujours mal terminées. Et cela n’est pas étonnant parce que partout minoritaires, les Blancs tenaient à la perpétuation de leur pouvoir et donc à l’esprit sécuritaire qui les animait ainsi qu’aux techniques de leur domination sur les Noirs.

          Dans ses Réflexions sur l’esclavage des nègres, publié en 1781 sous le pseudonyme de Joachim Schwartz – un soi-disant pasteur biennois (Suisse) – Condorcet explique de façon très claire l’état d’esprit des colons qui dirigeait l’éducation des filles, des garçons, et même des épouses : « Souvent les nègres sont mis à la torture en présence des femmes et des filles des colons, qui assistent paisiblement à ce spectacle, pour se former dans l’art de faire valoir les habitations (les plantations) ». Et il ajoute : « la jeune Américaine assiste à ces supplices ; elle y préside quelquefois : on veut l’accoutumer de bonne heure à entendre sans frémir les hurlements des malheureux : on semble craindre qu’un jour sa pitié ne tente de désarmer le coeur de son époux ». Comme l’assure Jean-Paul Doguet dans son étude critique de cette œuvre de l’auteur, c’était effectivement un usage attesté chez les planteurs de faire assister épouses et enfants aux supplices d’esclaves, pour se prémunir du danger que représenterait une certaine sensibilité féminine et enfantine. Donc « les Blancs se permettent de tuer les marrons, comme on tue des bêtes fauves. […] Plus d’une fois on en a fait brûler dans des fours. […] Ces actions infâmes ne les déshonorent point entre eux, ils osent les avouer, ils s’en vantent, et ils reviennent tranquillement en Europe parler d’humanité, d’honneur et de vertu ». Cette absence de scrupule à donner publiquement la mort aux Noirs devant femmes et enfants s’exprimera par des photographies que les familles blanches échangeront à travers l’Europe du milieu du XIXe siècle jusque dans les années 1950.

          Il y a un aspect de cette éducation coloniale qui, apparu tardivement, mérite de retenir l’attention de toutes les familles de ce XXIe siècle : la relation entre l’enfant colon et sa poupée. Bien sûr, jouer à la poupée fait partie de toutes les cultures humaines. Il est seulement à noter qu’entre le XVIe et le milieu du XIXe siècles, les enfants noirs n’ont jamais connu cette complicité avec cet objet qu’on humanise au gré de son imagination ; l’une des spécificités de l’esclavage des Noirs dans les Amériques étant l’absence de cellule familiale sur une longue durée – particulièrement dans les colonies françaises, anglaises et hollandaises où le rachat de la liberté est chose exceptionnelle. Seuls des esclaves des colonies portugaises et espagnoles ainsi que les marrons ayant fui cette condition ont pu jouir d’une vie de famille devenue un privilège aux yeux des colons européens des Amériques. On ne s’étonnera donc pas d’apprendre que c’est seulement au milieu du XIXe siècle – vers 1848 – que sont apparues les premières poupées noires. Et elles ne seront fabriquées en série qu’à la fin des années 1960. Quant à l’enfant du colon, ont peut aisément croire qu’il a toujours tenu une poupée dans ses bras ; poupée souvent fabriquée par des domestiques noires. Mais voilà qu’au XIXe siècle, apparaît dans les sociétés d’Amérique du Nord une pratique qui vient compléter l’éducation de l’enfant colon.

          On note en effet que dans cette Amérique où le racisme et la ségrégation ont été longtemps érigés en principe social, au XIXe et au XXe siècles, les Blancs avaient coutume d’offrir à leurs enfants des poupées noires afin qu’ils apprennent à « les mutiler, les égorger, les couper entre les jambes, et aller jusqu’à les pendre ou les brûler » (Britt Bennett, Je ne sais pas quoi faire des gentils Blancs, édit. Autrement, 2018). Comme le disait si bien Bernstein, «l'amour et la violence n'étaient pas antinomiques, mais fréquemment interdépendants» (cité par Britt Bennett, idem). Cette pratique était même très vite devenue une mode et s'était diversifiée à travers tout le territoire américain : des poupées noires à abattre avec des balles de base-ball dans les foires, des effigies de bébés noirs servant d'appâts aux alligators, des publicités vantant les «poupées de chiffon Nigger» qui supportent bien la maltraitance.... Oui, il y a de la créativité dans la cruauté raciste !

          Il est donc clair que de même qu'à l'époque de l'esclavage les Blancs dressaient des chiens spécialement pour s'attaquer aux Noirs et les mettre à mort, de même au XIXe et au XXe siècles ils apprenaient à leurs enfants à mépriser les corps noirs afin de passer plus aisément à leur mutilation ou leur mise à mort. Raison pour laquelle n'importe quel Blanc qui tue un Noir dit toujours : « je croyais bien faire ».

          Quand de génération en génération on a été éduqué dans la haine du Noir, quand de génération en génération on a été éduqué à participer gaiement à des parties de chasse au nègre le dimanche après le culte, quand depuis l'enfance on a été éduqué à assister à des flagellations et à des pendaisons, quand on a appris à mutiler, égorger et pendre des poupées noires, à l'heure de la démocratie que fait-on de tout ce bagage culturel que l'on aimerait voir se perpétuer ? Eh bien, on s'engage dans la police pour accomplir légalement ce qui est interdit aux citoyens ordinaires. On comprend donc aisément, par exemple, que les partisans du Ku Klux Klan n'arborent plus des cagoules blanches coniques mais plutôt l'uniforme de la police pour poursuivre en toute impunité leur volonté d'éradiquer les Noirs du sol américain. Séduits par cette pratique de dissimulation, les suprématistes français semblent également avoir choisi cette voie pour s'exprimer impunément.

Raphaël ADJOBI         

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12 avril 2020

Les Blancs officialisent le génocide des Africains après avoir infesté la terre comme des poux (Raphaël ADJOBI)

   Les Blancs officialisent le génocide de masse des Africains

             après avoir infesté la terre comme des poux*

Cobayes africains 2

           Pour parler comme l’auteur du fameux Discours de Dakar, je dirais que le malheur de l’homme africain c’est d’avoir toujours fait confiance à l’homme blanc ; c’est surtout d’avoir cru que leurs autorités étaient des hommes comme tous les autres. Or, quand on n’est plus doué de spiritualité – à ne pas confondre avec la religiosité - et du sens aigu de la sacralité cosmique, quand on a osé clamer que l’Afrique n’est pas sa mère, quand on a osé dire, comme Athéna, «je n’ai pas eu de mère pour me donner la vie», on n’est rien d’autre qu’un monstre ; un monstre échappé du berceau de l’humanité. Voilà ce que sont les Blancs qui gouvernent le monde.

Tests en Afrique

          Tous les scientifiques savent très bien que depuis plus d’un siècle et demi les Africains servent de cobayes aux chercheurs européens de manière clandestine ou sous de faux prétextes. Partout sur ce continent, très nombreux sont ceux de plus de cinquante ans qui portent sur leur corps les multiples traces des vaccinations ou tests pour les produits pharmaceutiques du monde. Dans de nombreux villages africains, il n’est pas rare de voir des dizaines d’enfants handicapés suite à une vaccination ou injection de quelque produit inconnu des populations . Mais laissons de côté ce crime qui n’en est pas un aux yeux de l’Europe et abordons ses préoccupations actuelles. 

L'Afrique vaccinée

          Pourquoi l’Europe panique et réclame un génocide de masse des Africains

          Sur la base de la projection de l’ONU disant que dans les années 2050 la population de l’Afrique – 1,3 milliard de personnes aujourd’hui – se situerait autour de 2,5 milliards et avoisinerait les 4,4 milliards d’habitants en 2100, les Blancs sont entrés dans une folle panique ! Surtout qu’ils savent que dans le même temps, selon l’institut Xerfi, d’ici 2050 – dans 30 ans – l’Europe va perdre 49 millions de personnes. Mais que valent réellement les projections et les statistiques ? Nous savons tous qu’on peut leur faire dire une chose et son contraire. En tout cas, devant ce qu’ils qualifient de «catastrophe démographique» ou de «suicide démographique», les Blancs estiment qu’il leur faut trouver une solution. Mais laquelle ? Solutionner le fait de ne pas être suffisamment nombreux sur leur continent ou celui de devoir nourrir les Africains comme le soutiennent certains ? Perdus dans leurs propres conjectures, ils ont pris leur décision et l’ont officialisée à la fin du mois de mars 2020 par la voix du docteur Jean-Paul Mira du service réanimation de l’hôpital Cochin à Paris : il faut débarrasser l’Afrique des populations inutiles afin de faire de la place aux Blancs ! Là-bas, dit-il, "ils (les Africains) n'ont pas de masque, pas de traitement, pas de réanimation ; ils sont hautement exposés et ne se protègent pas". En d'autres termes, la pandémie du Coravirus est une occasion à saisir pour mettre ce plan en marche.

Le lait de l'Afrique 3

          Il convient cependant de dire qu’au regard de la réalité de l’occupation des continents par les populations humaines et des ressources dont elles disposent, ces alarmes sont fallacieuses. Nous avons démontré dans un précédent article – avec un tableau à l’appui – que les Européens sont à l’étroit sur leur continent alors que l’Afrique, trois fois plus grande que l’Europe, est largement sous-peuplée. D’autre part, il serait bon de se poser cette question : pourquoi la population du continent asiatique, qui a déjà atteint les 4,5 milliards d’habitants, n’inquiète-t-elle pas les Européens ? Et pourquoi l’augmentation de la population africaine, largement en deçà de celle de l’Asie et de l’Europe inquiète-t-elle principalement les Français ? La réponse est claire : parce que ceux-ci ont écrit dans un rapport non confidentiel que «l’Afrique est l’avenir de la France» et par voie de conséquence celui de l’Europe (Le Monde, 5/01/2017, www.lemonde.fr). Que ceux qui clament que l’Europe ne pourra pas nourrir tous les Africains sachent ceci : c’est l’Afrique qui nourrit l’Europe depuis près d’un siècle ! Il suffirait, pour ses besoins vitaux, que la seule Côte d’Ivoire récupère les immenses terres qui fournissent à la France le caoutchouc nécessaire à la fabrication des pneumatiques de ses automobiles pour que celle-ci soit asphyxiée ! Rien que cela ! Il suffirait que le Congo (RDC) soit maître de tout son territoire pour que toutes les technologies de l’Europe se mettent à balbutier ! Rien que cela ! Il convient aussi de retenir que par le passé, l’Europe n’a jamais disposé de moyens suffisants pour nourrir ses propres populations. Un simple coup d’œil sur les terres du monde que les Blancs occupent aujourd’hui, après avoir fui l’Europe, suffit pour s’en convaincre. Une indéniable vérité que beaucoup parmi nous ont tendance à oublier ! Laissons donc de côté les analyses économiques et démographiques pour nous intéresser à l’officialisation de la volonté des Européens – par la voix de la France - de faire des populations africaines des cobayes, au même titre que des souris ou des lapins, avec la ferme intention de favoriser leur disparition.

                                            L’expérience des Blancs en génocide de masse

Les autochtones d'Australie

          Évidemment, aborder cette volonté européenne qui choque l’Afrique entière nous oblige à faire un détour par l’histoire et rappeler ceci : le génocide de masse représente l’arme de prédilection des Blancs ! Entre le XVIe et le début du XXe siècle, au moment où "ils infestaient la terre comme des poux"* (Louise Erdrich, LaRose), ils ont usé sans discontinuer de cette arme. Ils ont exterminé les autochtones du nord au sud du continent américain – travail à poursuivre parce qu’inachevé aux dires du président brésilien actuel, Bolsonaro ; ils ont exterminé les Hereros dans la partie sud de l’Afrique ; ils ont exterminé les autochtones d’Australie ; ils ont exterminé les Bamilékés au Cameroun ; ils ont décapité et mutilé des milliers de personnes au Congo ; ils ont brandi des millions de têtes au sommet des pieux pour l’exemple sur tous les continents. Oui, partout où l’homme Blanc s’est implanté après avoir quitté sa terre européenne d’origine, il s’est montré génocidaire ; c’est-à-dire qu’il a manifesté sa réelle volonté d’exterminer des populations pour leur confisquer terres et richesses. Tous ces crimes passaient pour la victoire de la civilisation contre la barbarie. Puis est arrivé une période où, peut-être voyant la réussite de certains Noirs, malgré les brimades qu’ils leur infligeaient, les Blancs ont commencé à avoir honte d’une partie des leurs. A partir du milieu du XIXe siècle, estimant certaines populations blanches indignes de la race blanche qu’ils voudraient pure, de grands théoriciens s’élevèrent parmi eux pour trier et établir la liste de ceux qui ne sont pas tout à fait Blancs et dont la disparition pourrait être envisagée. 

          Ce fut la grande époque de l’eugénisme : théorie mettant en place des méthodes et pratiques afin de sauvegarder le patrimoine génétique des Blancs jugés purs. L’Anglais Karl Pearson pensait que la protection et l’amélioration de la «race» pure passait «principalement par le biais de la guerre avec les races inférieures (blanches)». Ainsi, au début du XXe siècle, 60 000 personnes ont été stérilisées de force aux États-Unis et 63 000 suédois ont été les victimes de cette «épuration de la race blanche» (Nell Irving Painter, Histoire de des Blancs, Max Milo, 2019). Pour éviter «Le déclin de la race (blanche)», l’Américain Madison Grant proposa le génocide de masse ! Le résultat, nous le connaissons : le génocide des Juifs par les Allemands, avec la collaboration des Français, entre 1940 et 1944. Après la seconde guerre mondiale, les Blancs abandonnèrent la valorisation de leurs théories eugénistes. Quiconque en parlait était accusé d’être un nazi ou un anti-juif. L’eugénisme était devenu un tabou ; le génocide des Juifs étant élevé parmi eux comme le plus grand crime de l’humanité ! Un génocide de Blancs sur d’autres Blancs passe bien entendu pour le crime le plus abominable aux yeux de tous les Blancs. Quant aux génocides perpétrés contre les peuples étrangers, ils ne sont que peccadilles, «un partage de culture» (François Fillon). Aujourd’hui, proclamer le génocide des Noirs par la vaccination – jusque là clandestine ou sous de faux prétextesne semble plus choquant pour les nombreux Blancs dispersés sur tous les continents de la terre.

                                             Du racisme décomplexé au génocide décomplexé

L'union sacrée des Blancs sept 1868

          En effet, si depuis une dizaine d’années les autorités européennes et bon nombre de partis politiques assurent bruyamment être envahis par les populations africaines, ils n’osaient pas encore clamer la solution radicale qui leur trottait dans la tête parce qu’elle leur évoque toujours le génocide des Juifs. Mais avec le temps, les théoriciens de cette méthode radicale ont le sentiment que les populations blanches d’Europe et des autres continents ont suffisamment intégré l’idée que la survie de la race blanche passe par la mort des Africains. L’heure de l’union sacrée des Blancs contre les Noirs a enfin sonné ! Aussi, saisissent-ils la pandémie du coronavirus pour dire à haute et intelligible voix que l’occasion est belle et qu’il ne faut pas la rater. Retenons que les excuses de ces deux hommes qui ont annoncé cette proclamation n’annulent pas le projet qui est bien mis en œuvre sur le continent africain sous l’égide de l’OMS financé par les lobbies occidentaux.

          Et pourtant la vraie solution pour «sauver» la race blanche existe : il suffit de rappeler sur le continent européen tous ceux qui en sont partis pour fuir la pauvreté au XIXe et au début du XXe siècle, ou qui en ont été expulsés parce que jugés par le passé indignes d’être des Blancs. Il suffit aussi de tourner le dos au matérialisme contraignant les couples à se contenter d’un ou deux enfants. Il suffirait surtout de prendre des mesures pour encourager les naissances. N’est-ce pas sous les cieux de l’Europe que l’on clame que l’on ne peut pas à la fois avoir le beurre et l’argent du beurre ? Aujourd’hui, tous les Africains savent que les Européens qui parlent de la surpopulation ingérable de leur continent ne sont pas crédibles. Mais il appartient à leurs dirigeants de comprendre que c’est quand le patron est faible que l’on profite de l’occasion pour s’affranchir de son joug et non pas quand il est en pleine possession de ses facultés et de sa crédibilité. La crise du coronavirus vient de démontrer la faiblesse de l’Europe et le caractère illusoire et suicidaire de son système économique qu’elle impose au monde depuis un siècle et demi. Il est temps que l’Afrique se décolonise ! 

Population U

 

 

Raphaël ADJOBI

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04 mars 2019

Les Noirs, la Liberté et le Panafricanisme (Une réflexion de Raphaël ADJOBI)

         Les Noirs, la Liberté et le Panafricanisme

                            (Une réflexion de Raphaël ADJOBI)

Les sous-préfets de la France

            Commençons par un trait d'humour : deux africains furent fait prisonniers. On enchaîna l'un à un pieu dans une cour et on enferma l'autre dans une petite cellule, derrière une grille. On profita de leur sommeil pour dessiner des chaînes fictives à la place des chaînes réelles qui retenaient le premier et on déverrouilla la grille de la cellule du second. Pendant deux jours, l'un et l'autre demeurèrent dans leur posture initiale attendant patiemment l'arrivée de leur geôlier pour les libérer. 

            En ce début du XXIe siècle, très nombreux sont les Africains noirs - surtout les gouvernants francophones - qui sont dans l'une ou l'autre des deux situations. L'Afrique francophone est en effet semblable à une immense salle d'attente où sont entassés des êtres qui n'ont rien à faire ensemble et qui passent leur temps à se regarder sans savoir quelle posture prendre en attendant de savoir ce que le Blanc compte faire d'eux. Pire, quand le maître blanc vient à clamer qu'ils sont libres, certains paniquent et lui crient : «Maître, mais qu'allons-nous faire de toute cette liberté ? » D'autres lui proposent même un nouveau contrat : «Gardez-nous sous votre joug jusqu'à ce que nous soyons prêts pour nous assumer librement ! »       

            La liberté, cette porte ouverte sur le vide et l'incertitude, est de toute évidence la grande hantise des Africains francophones. Ainsi, devant l'autonomie monétaire que préconisent ceux qui veulent sortir de l'emprise du Franc CFA, certains paniquent ! Partir de rien pour forger son propre avenir quand on jouit des miettes octroyées par une puissance étrangère leur paraît une entreprise extrêmement périlleuse. Alors, depuis quelques années, ils ont fait de ce chapitre de leur histoire un sujet de longs débats et de consultations auprès des autorités françaises détentrices de cette monnaie. Inutile de leur rappeler que «quiconque est digne de la liberté n'attend pas qu'on la lui donne ; il la prend» (Madeleine Pelletier, psychiatre, militante féministe). Car la dignité, ils ne savent pas ce que c'est ; elle n'entre nullement dans leurs considérations.

            Plus de soixante ans après l'indépendance, des hommes politiques africains viennent en Europe chercher la caution française au moment de briguer la présidence de leur pays. Et, en cas d'échec de leur prétention, ils n'hésitent pas à faire appel à l'intervention militaire française pour les installer au pouvoir : Alassane Ouattara en Côte d'Ivoire (2010), Jean Ping au Gabon (2016), Martin Fayulu en RDC (2018) ne nous contrediront pas. Force est de constater que le Noir francophone a rarement fait sien l'idéal de liberté prôné par Jean de La Fontaine dans la fable "Le loup et le chien". Dans ce célèbre récit, en réponse à son compère domestique qui vient de lui vanter brillamment les bienfaits de la servitude afin de l'exhorter à quitter une vie de liberté semée d'aléas, l'animal sauvage déclare fermement : « (Je) ne voudrais pas même à ce prix un trésor». Oui, la faim, le tâtonnement, la souffrance, sont des aléas attachés à la Liberté ! Mais il n'y a pas de vie pleine et entière sans liberté parce que c'est justement dans cet état que l'homme se réalise pleinement dans les contingences de la vie terrestre. Tous ceux qui n'auront pas connu cet état ou fait cette expérience ne devront jamais dire qu'ils ont vécu. Vivre dans une totale sécurité sans jamais mettre le pied hors du sillon que nous avons trouvé en entrant dans la vie, sans mettre le nez hors du logis qui nous est donné, sans entreprendre quelque projet hors du giron de l'héritage, vivre ainsi est synonyme d'une vie de servitude. 

De Gaulle et ses Africains

            Au regard de l'analyse que nous venons de faire, chacun peut aisément comprendre pourquoi le Panafricanisme, qui a émergé sur la scène internationale avec le succès progressif de la solidarité des Noirs américains autour des droits civiques, n'a jamais connu aucune victoire significative en terre africaine. Sur les navires négriers et dans les Amériques, le panafricanisme est parti de la base, s'est forgé dans les souffrances des hommes pour s'exprimer en révoltes, insoumissions et revendications civiles. En Afrique, le panafricanisme est parti du sommet, des sphères intellectuelles, et peine à embraser les désirs des populations qui souffrent. Pour que triomphe le panafricanisme dans les rangs des Africains francophones, il faut nécessairement que les combattants qui acceptent les aléas liés à la Liberté soient plus nombreux que les amoureux de la jouissance dans la servitude. Car, contrairement à ce que l'on pourrait croire, les Africains noirs d'aujourd'hui semblent s'accommoder plus facilement de la servitude que leurs ancêtres qui ont connu le tourment de la captivité à bord des navires négriers. Ils mènent une vie pleine d'espoir mais vide de courage. Or sans le courage, l'espoir n'est rien.  

                    Le panafricanisme à bord des bateaux négriers

            Je partage avec Marcus Rediker - auteur de A bord du négrier - l'idée que «l'Afrique de l'Ouest est l'une des zones linguistiques les plus riches au monde». Croire qu'à bord de chaque navire négrier embarquaient des individus parlant des langues diverses vers le Nouveau monde est donc une vue tout à fait réaliste. cependant, comme le fait remarquer avec justesse Markus Rediker, alors que «chaque navire contenait en son sein un processus de dépouillement culturel venant d'en haut», ce mouvement se heurtait immanquablement à «un processus de création culturelle venant d'en bas». Les révoltes, la multiplication des suicides après chaque rébellion avortée ainsi que le refus de s'alimenter, toutes ces réponses collectives à l'incompréhensible captivité sont aux yeux de l'historien américain un mystère : «comment un groupe multiethnique de plusieurs centaines d'Africains a-t-il pu apprendre à agir collectivement» sur de nombreux navires négriers alors qu'ils ne bénéficiaient jamais de l'expérience des précédents captifs, se demande-t-il ? Comment cette solidarité multiethnique a-t-elle été possible alors que ces hommes savaient qu'à terre ils étaient dressés les uns contre les autres par les Blancs et que logiquement chacun devait regarder son voisin comme l'auteur de son infortune ?

            Il convient de reconnaître que c'est véritablement là, sur les navires négriers, que les Noirs ont expérimenté le panafricanisme. Avant de constituer de petites communautés de fugitifs sur le continent américain, ils avaient appris, individuellement puis collectivement, à transcender les maux qui les déchiraient sur la terre d'Afrique pour constituer un corps uni contre l'adversité qui s'acharnait à les déshumaniser. 

            Alors qu'aujourd'hui les Africains francophones, satisfaits des miettes que leur jettent les Français, sont incapables d'entreprendre collectivement le moindre mouvement de boycott, les captifs africains avaient, sur les navires négriers, initié les combats qu'ils allaient mener inlassablement sur le continent américain durant des siècles pour accéder à la liberté totale et à l'obtention des droits civiques au même titre que les descendants de leurs bourreaux. Voici ce que Marcus Rediker dit de ce boycott : «La traite atlantique fut en de nombreux sens une grève de la faim de plus de quatre cents ans. Des balbutiements du commerce de corps humains au début du XVe siècle jusqu'à son terme à la fin du XIXe siècle, les Africains asservis refusaient régulièrement de manger la nourriture qui leur était offerte». Or, la principale mission de chaque capitaine était de parvenir à bon port avec des corps vivants et en bonne santé. «Refuser de se nourrir était par conséquent avant tout un acte de résistance, la source de quasiment tous les autres. Ensuite, ce refus s'avéra être une tactique de négociation relativement efficace : de mauvais traitements pouvaient à tout moment déclencher une grève de la faim. Enfin, ces grèves de la faim contribuaient à créer à bord une culture commune de la résistance, un "Nous" contre un "Eux". Elles envoyaient donc plusieurs messages en même temps : nous ne serons pas votre propriété ; nous ne serons pas votre force de travail ; nous ne vous laisserons pas nous dévorer vivants». 

            Prétendus panafricanistes d'aujourd'hui, où est votre culture commune de la résistance ? Et quels sont les messages à l'adresse de la France que véhicule cette culture commune ? Tant que la France ne verra pas apparaître concrètement une culture d'un "Nous" contre un "Eux", elle n'a aucune raison de modifier sa posture ou sa politique. C'est la leçon que vous ne devez jamais perdre de vue ! 

Raphaël ADJOBI

Posté par St_Ralph à 15:32 - Réflexions - Commentaires [3] - Permalien [#]

08 décembre 2018

A propos de la restitution à l'Afrique de ses œuvres d'art (par Raphaël ADJOBI)

  A propos de la restitution à l'Afrique de ses œuvres d'art 

Masque XIIe siècle - Nigeria

            Un an après le discours de Monsieur Macron à Ouagadougou en novembre 2017, plus personne ne se pose la question de savoir s'il faut ou non restituer les œuvres d'art africaines qui font les beaux jours de nos musées ou que nous entassons orgueilleusement dans les sous-sols de ces institutions. Aujourd'hui, il est plutôt question des moyens à mettre en œuvre pour les rendre à leur pays d'origine, et à quel rythme. Remarquons en passant que dans un pays dit démocratique comme la France où nous avons le grand défaut de croire qu'une fois qu'une loi est votée ou qu'une décision est prise, elle est définitive, il a suffi que le président exprime sa volonté personnelle pour que toutes les lois de la République convergent à la satisfaire. Il y a quelques décennies déjà, il a suffi que le président Jacques Chirac exprime sa volonté de voir les anciens combattants de l'empire colonial jouir enfin de la même pension que leurs frères d'armes blancs pour que les lois anciennes deviennent caduques. Même si la décision ne sera effective que sous le mandat de Nicolas Sarkozy. En clair, en France, ce n'est pas la raison et la réflexion des élus qui guident la république dite démocratique mais la force de la parole du président.

            Si le principe de la restitution de ses œuvres d'art à l'Afrique est désormais acquis, il convient tout de même de reconnaître que le débat qu'il a suscité,  avant et après le discours de Ouagadougou, a fait apparaître une évidence : le caractère vandale de l'action coloniale française en Afrique ! En effet, plus jamais, aucun adulte, aucun enfant voyant des arts africains dans un musée ne pourra dire que ce sont des biens français. Désormais chacun sait que ces objets sont le fruit d'un vol planifié par l'action dite civilisatrice de la colonisation française qui s'est appliquée à détruire tout ce qui n'était pas à son goût.

Figure de reliquaire - Kota, Gabon

            Mais au-delà de ce constat indéniable, il convient de dire ici combien il est indigne - pour ne pas dire honteux - pour la grande majorité des Français qui se sont exprimés sur ce sujet d'avoir fait preuve d'un manque de bon sens élémentaire. Quelle honte d'avoir vu s'étaler çà et là cette suffisance qui nous fait croire que nous sommes la mesure de toute chose et que par conséquent nos règles sont universelles et exigent que tout le monde s'y plie ; particulièrement les Africains ! Quelle honte de qualifier de "biens inaliénables" des œuvres que nous savons volées ou mal acquises ! Comment des œuvres volées ou que l'on prétend, sans preuve matérielle, avoir achetées à l'époque coloniale peuvent-elles entrer de manière légale dans les musées nationaux ?  Quelle honte de voir des voleurs rassemblés discutant pour savoir si leurs règles dites républicaines et démocratiques les autorisent ou non à restituer à autrui ce qu'ils lui ont pris ! Et de quel droit se permettent-ils de discuter de ce que l'Afrique fera de ses œuvres une fois qu'elle les aura recouvrées ? Toute une génération d'hommes et de femmes est incapable d'interroger l'histoire pour former son jugement : en 1815, après la défaite de Bonaparte, le Louvre qui avait pris le nom de Musée Napoléon en 1802 et s'était enrichi du butin des guerres avait dû alors restituer leurs biens aux états spoliés avec quelques grincements de dents dans les hautes sphères de l'Etat.       

            Il est certain que le débat franco-français hallucinant autour de la restitution des œuvres d'art africaines a renvoyé quelques rares personnes pleines de bon sens - et du sens de l'histoire aussi - à la fameuse Controverse de Valladolid, au XVIe siècle ; controverse durant laquelle toutes les éminences grises de l'Eglise catholique - pour ne pas dire d'Europe - s'étaient réunies pendant deux mois pour réfléchir à la question de savoir si les autochtones des Amériques étaient oui ou non des êtres humains, s'ils avaient une âme, s'ils descendaient d'Adam et Eve comme les Européens, et enfin s'ils avaient le droit de jouir d'une totale liberté hors du joug de l'esclavagisme.

            De toute évidence, hier comme aujourd'hui, pour beaucoup les Africains ne sont pas encore entrés dans l'humanité. Ainsi, pour tout ce qui concerne leur droit, il faut un débat entre hommes blancs. Hier comme aujourd'hui, le principe des droits de l'homme reste à géométrie variable aux yeux des Blancs quand il s'agit de l'appliquer aux Africains.

Raphaël ADJOBI 

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07 avril 2018

Alassane Ouattara ou la parfaite incarnation de Monsieur Thôgo-gnini de Bernard Dadié

                                           Alassane Ouattara

          ou la parfaite incarnation de Monsieur Thôgo-gnini

                                              de Bernard Dadié

Ouattara et les rois ivoiriens

            Au début des années 70, Monsieur Thôgo-gnini, la pièce de théâtre de Bernard Dadié publiée en 1966 - qui fut présentée au festival d'Alger l'année suivante - connut quelque succès. A cette époque, dans le gros village de Bonoua, la petite troupe de collégiens et de lycéens qui - à l'imitation de leurs aînés - avait fait du recueil des pièces du "Cercle populaire ivoirien" leur bréviaire, avait découvert avec délectation le verbe frondeur de Bernard Dadié contre les nouveaux collaborateurs nègres des Européens. J'étais de ces jeunes là.

            Quand en 2011, je vis Alassane Ouattara du haut de son piédestal, droit comme un i, déployer son bras dans toute sa longueur - comme pour tenir des ennemis à distance - tendre sa main aux rois Akans qui, dans une profonde génuflexion la prenaient à tour de rôle dans un geste de soumission, j'ai tout de suite reconnu Monsieur Thôgo-gnini, le personnage de Bernard Dadié ! L'inculture et la fanfaronnade s'accomplissent toujours dans l'arrogance et le mépris !

            Dans la tradition Akan - et dans bien d'autres traditions ivoiriennes, et peut-être africaines - quelque soit son rang, on ne laisse jamais un vieil homme qui vous tend la main accomplir la totalité de sa génuflexion en signe de respect de votre titre. Cette politesse s'avère encore plus grande quand il s'agit de l'hommage d'une autorité à une autre. En interrompant le geste de soumission, celui qui reçoit les honneurs montre son humilité ; il montre qu'il se satisfait de l'intention de celui qu'il accueille. Quelle magnanimité dans cette tradition ivoirienne !

            Le jour de son intronisation - et cela s'est répété par la suite à chacune de ses rencontres avec les rois ivoiriens - notre homme a tenu à faire savoir à tous qu'il n'était pas Alassane Dramane Ouattara mais "Monsieur le président". Comme Thôgo-gnini, il fallait donner du "Monsieur le président" dans le ton et le geste qui ne peuvent traduire qu'une profonde et totale soumission bien évidente pour tous.        

            En effet, pour lui, "Monsieur le président" n'est pas un titre ; c'est un nom qui représente le prestige, la notoriété, l'accession à la civilisation. Les autres devaient le savoir très vite et fortement. Lui savait bien que ce nom chargé de notoriété, il ne le doit à personne, du moins à aucun Ivoirien. Comme Monsieur Thôgo-gnini "il s'est fait tout seul ! à la force du poignet ! - et des bombes de ses amis Blancs* - Un nom qui a l'infini mérite de lui donner la grisante sensation d'être au-dessus des siens dans la mesure où il le rapproche du Blanc" (Koffi Kwahulé, Fiche de lecture).

              La fragmentation de l'identité de Ouattara

            Il faut comprendre que sous le modèle de Monsieur Thôgo-gnini qui se voulait à la fois lion, panthère, léopard, Alassane Ouattara s'est présenté aux Ivoiriens sous une multitude d'identités : Ivoirien, demi-Ivoirien, Burkinabé, demi-Burkinabé, Français etc... Tantôt il est né à Dimbokro, tantôt à Kong, tantôt à Sindou. Comme le personnage de Bernard Dadié, il se perd dans ses contradictions et ne permet ainsi à personne de savoir sa vraie identité. Le premier sens du mot Thôgo-gnini est bien chercher un nom ou son nom. Ouattara a effectivement passé sa vie à se chercher un village, et finalement à se chercher un nom qui ne l'attache à aucun. Un nom transcendant, sans aucune attache ethnique comme les autres Ivoiriens, sans aucune attache religieuse, historique. Oui, sa vrai identité, sera désormais "Monsieur le président". Sans passé, il ne peut être regardé que comme le présent et l'avenir.

            Toutefois, retenons que le nom malinké Thôgo-gnini reprit dans les autres langues ivoiriennes a pris le sens de délateur ; c'est-à-dire qui ne prononce le nom de l'autre que pour ternir sa réputation et renforcer par la même occasion la sienne. Durant plus de dix ans, il a consacré son énergie à salir Laurent Gbagbo ; et une fois que ses amis Français ont défait ce dernier, il a pris soin de le faire déférer devant la Cour pénale internationale en l'accusant de crime contre l'humanité. Un Thôgo-gnini cherche toujours sa gloire dans la chute de l'autre parce qu'il n'a pas d'identité ou de valeur propre à montrer. Les nombreux voyages en France, les serrements de mains blanches, les invitations de ministres et de députés français aux nombreux galas et autres fêtes que son épouse organise à Abidjan ou à Paris vont tous dans le même sens : installer le nouveau nom et la nouvelle notoriété de "Monsieur le président" dans la conscience collective.

            Quand il estime que c'est chose faite, comme Monsieur Thôgo-gnini, Dramane Ouattara impose le mal sans se retourner. Plein de certitudes, il n'hésite jamais. Il fait construire des prisons d'un type nouveau à Abidjan pour enfermer ses nombreux ennemis imaginaires. Il ne se pose jamais de question. Il parle et agit en son nom et tout lui obéit : on assassine, on matraque, on se suicide. Le pouvoir se confond à sa personne, l'espace ivoirien tout entier se confond à sa propre histoire.

                    Un nouvel homme dans le regard du Blanc    

            Mais Alassane Ouattara prend également grand soin à montrer aux Ivoiriens que la puissance tient aussi à l'argent qui va bien sûr de pair avec l'amour de la compagnie des Blancs. Comme Monsieur Thôgo-gnini, il tient à avoir le monopole du café, du cacao, de l'huile de palme... les produits qui alimentent l'économie française en même temps qu'ils appauvrissent aujourd'hui les Ivoiriens. Il autorise même ses amis Blancs à s'accaparer des quartiers pauvres d'Abidjan pour leurs rêves de cités urbaines futuristes, et les terres des planteurs pour des cultures nouvelles dont a besoin l'Europe ou pour enfouir les déchets toxiques français. Vous l'aurez compris : le couronnement de Dramane Ouattara est avant tout pour le peuple ivoirien une tragique confiscation du pouvoir et des biens locaux.

            Quand les autres chefs d'Etat africains francophones parlent d'une nécessaire autonomie monétaire , il est le seul à clamer que "le Franc Cfa est notre monnaie", que "nous sommes autonomes" ! Il est le seul à nier l'histoire de cette monnaie, le seul à nier qu'elle est la propriété et donc l'instrument de la France pour contrôler les économies africaines et par voie de conséquence les politiques de développement des Africains francophones. Comme Monsieur Thôgo-gnini, "Monsieur le président" est le seul à s'affubler d'une valeur étrangère par souci d'être blanc. Un esclave de maison qui connaît le confort aux côtés de son maître envisage rarement d'autres voies d'épanouissement.  

            Paradoxalement, plus Dramane Ouattara se rapproche des Français et leur permet d'avoir la mainmise sur la Côte d'Ivoire, plus il se sent en sécurité. Il a si bien intériorisé le regard de l'homme blanc que sa couleur de peau semble lui peser lourdement. Cette peau qui lui rappelle constamment cette Afrique qu'il méprise, cette Côte d'Ivoire qui ne lui sert plus à rien, cette peau est devenue une source d'insécurité. Alors non seulement il est plus souvent en France qu'en Côte d'Ivoire, mais quand il y est il invite régulièrement ministres et députés français à le rejoindre pour qu'il n'ait pas le sentiment d'avoir quitté la France.

            Ce que Dramane Ouattara ne voit pas, c'est que ce nom, "Monsieur le président" arraché avec violence et qui fait sa notoriété, est devenu aliénant puisqu'il n'est reconnu par personne d'autre que lui ; pour les Ivoiriens, il demeure celui qui cherche son nom, ou encore le délateur ou traitre ! Par ailleurs, en s'achetant pour ainsi dire une place parmi les Blancs - n'existant donc  qu'aux yeux des Blancs parce qu'ils sont les seuls à le reconnaître - Dramane Ouattara se présente à nous comme un fruit qu'on attend qu'il soit mûr pour le cueillir. Exactement comme Monsieur Thôgo-gnini à la fin de la pièce de Bernard Dadié.

            S'il ne voit pas ce qu'il représente aux yeux des Ivoiriens, on peut croire que Dramane Ouattara sait qu'il n'est pas aimé d'eux. Le nom - "Monsieur le président" - qu'il a arraché à force de longues luttes et qu'il a misé dans le pacte avec l'Occident l'a irrémédiablement éloigné des Ivoiriens. La prise de conscience de ce sentiment est sans doute pour beaucoup dans sa farouche recherche de la proximité des Blancs. Il doit sûrement, comme Monsieur Thôgo-gnini, pour se donner un peu de contenance ou d'assurance, se répéter souvent : "Moi, Dramane ouattara, je ne suis peut-être pas aimé, mais je suis craint, respecté [pas sûr]. Eh oui, je puis impunément faire ce qui me plaît. Demain, vous serez nombreux à être condamnés à vivre pour payer des dettes. C'est moi Dramane Ouattara qui vous le dis."

            Et c'est vrai, l'ami des Blancs, le collaborateur des anciens colonisateurs ou néo-colons fait ce qu'il veut : il signe des contrats très avantageux pour eux, il leur concède des pans entiers de l'économie et des travaux publics condamnant ainsi les générations futures à être dépendantes des Français durant des décennies et des décennies. En effet, non seulement les futures générations ne pourront pas entretenir tout ce qui se construit - et qui tombera donc en ruine - mais encore elles ne pourront même pas disposer de terres pour se nourrir ou se loger parce que les étrangers se les accapareront en paiement des dettes contractées par Ouattara. Oui, "demain, vous serez nombreux à être condamnés à vivre pour payer des dettes". C'est Dramane Ouattara qui vous le dit !

* L'expression n'est pas de Koffi kwahulé mais de moi.

Raphaël ADJOBI        

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26 février 2018

La croissance de la population africaine : atout ou handicap ? (Une analyse de Raphaël ADJOBI)

           La croissance de la population africaine :

                            atout ou handicap ?

 

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Soyons francs ! Partons du constat des faits pour analyser les discours alarmistes sur les dangers que la croissance galopante de la population de l'Afrique ferait courir au reste du monde et à elle-même. Depuis une dizaine d'années, c'est en France que l'explosion démographique annoncée du continent noir suscite le plus d'inquiétudes. Et comme souvent ce qui est affirmé par les autorités de l'Etat passe pour la vérité, il convient ici de mettre le nez et les yeux des Français sur ce qui EST pour que chacun tire sa propre conclusion. Il serait sage en effet de ne pas laisser accaparer son esprit par la peur que tentent de susciter les puissants ; car cela nous rendrait peu attentifs aux entreprises malsaines qu'ils pourraient mettre en place comme solutions soi-disant salutaires pour ce continent.

                                       Données de l'années 2016

     CONTINENTS

     SUPERFICIES

     POPULATIONS

         DENSITES

 

            ASIE

 

 

44,58 millions / km2

 

     4,58 milliards

 

99 habitants au km2

 

     AMERIQUES

 

 

42,55 millions / km2

 

     1,002 milliard

 

23 habitants au km2

 

        AFRIQUE

 

 

30,37 millions / km2

 

     1,216 milliard

 

40 habitants au km2

 

        EUROPE

 

 

10,18 millions / km2

 

   743,1 millions

 

32,66 hab. au km2

 

       OCEANIE

 

 

  8, 526 millions / km2

 

     38,277 millions

 

   4 hab. au km2

 

                                                     Le constat        

            Nous savons tous que le continent asiatique est une fois et demie plus grand que l'Afrique. On s'attendrait donc qu'il soit une fois et demie plus peuplé ; en réalité, il est trois fois plus peuplé que l'Afrique. Pourtant, sa démographie toujours galopante ne semble inquiéter personne. Quant à l'Europe, elle est trois fois moins grande que l'Afrique mais une fois et demie plus peuplée. Au regard de sa densité, c'est-à-dire de l'occupation du sol, les Européens sont plus à l'étroit sur leur continent que les Asiatiques et les Africains sur les leurs.

            Il convient donc de retenir que l'Afrique est un continent qui dispose d'immenses espaces non encore habités, non encore cultivés ou exploités. Des terres qui attisent d'ailleurs la convoitise des Européens, des Chinois et des Japonais qui redoutent d'être à l'étroit dans leurs contrées ou de manquer de ressources vitales pour leurs populations. D'autre part, selon les nombreuses statistiques et estimations, l'Afrique est le continent dont le sous-sol regorge le plus de matériaux précieux nécessaires aux industries actuelles pour satisfaire les demandes mondiales.

            Devant ce constat très avantageux pour le continent noir, on ne peut s'empêcher de se demander pourquoi la France s'alarme tant pour l'avenir de l'Afrique. Pourquoi la croissance démographique de ce continent, qui semble tout à fait à la mesure de ses richesses et de ses potentialités, inquiète-t-elle la France ?

            De toute évidence, la réponse à cette question se trouve dans les multiples gesticulations des politiques, des économistes et des prétendus experts qui affirment en chœur que "l'Afrique est l'avenir de la France" (Le Monde, 5/01/2017 ; www.lemonde.fr). Si, les Européens eux-mêmes voient leur avenir en Afrique, cela confirme ce que nous disions plus haut ; à savoir que l'Afrique a les potentialités pour être son propre avenir, pour gérer l'avenir de ses populations. Les terres habitables, cultivables, et autres ressources, abondent sur ce continent.

Le lait de l'Afrique

            Il faut donc croire que les alarmes des gouvernants français et européens s'expliqueraient par le fait que si les populations africaines se multipliaient, celles-ci auraient davantage besoin de leurs terres et de leurs ressources minières. Ce qui veut dire qu'il ne resterait alors pas grand chose pour nourrir les pays occidentaux et alimenter leur développement industriel et économique ! En effet, si l'Afrique se met à nourrir ses propres enfants du lait de ses mamelles, de quel lait se nourriraient les Français et autres Européens qui en attendent beaucoup. La France a donc des raisons tout à fait égoïstes de s'inquiéter de l'augmentation de la population africaine durant les décennies à venir. Certains nient ce sentiment qui est tout à fait réel et prétendent par contre que leur inquiétude est due au fait que l'Afrique ne semble pas avoir les capacités de relever le défi économique et sanitaire que lui impose cette croissance démographique.

              Ce qui manque au développement de l'Afrique

            C'est vrai, compte tenu de la situation catastrophique actuelle des Etats francophones, la France peut, avec raison, se demander comment ils réussiront à nourrir leurs populations qui doubleront ou tripleront dans deux ou trois décennies. Nourrir sa population, l'instruire, la soigner le mieux possible en améliorant considérablement son système sanitaire, sont en effet les défis que l'Afrique doit relever. Mais, globalement, les atouts sont énormes ; et il suffit de passer en revue les facteurs indispensables au développement socio-économique de toute grande puissance pour comprendre que - si nous excluons toute entreprise extérieure délibérément malveillante - les défis de l'Afrique ne sont pas insurmontables.

1. La Paix :  Indiscutablement, le premier facteur indispensable au développement d'un pays demeure la paix. C'est la guerre qui, accaparant les énergies et les esprits, ruine les espoirs. Si en ce début du XXIe siècle, l'Europe a atteint un niveau de développement considérable, c'est parce qu'elle a bénéficié de plus de soixante-dix ans de paix. La paix est source de développement et donc de richesse ; elle suppose l'absence de l'ombre portée d'une puissance étrangère sur les orientations économiques, politiques et sociales d'un peuple. Or, à cause de l'omniprésence de la France dans tous les secteurs de ses activités, l'Afrique francophone ne jouit pas d'une totale indépendance dans la formulation et la mise en place de ses projets de développement.

            En dehors des multiples conflits qu'elle a orchestrés sur ce continent, la seule présence de l'armée française dans ses anciennes colonies en ce XXIe siècle témoigne de la guerre permanente qu'elle fait planer sur leur destin. Durant des siècles, les colons européens ont exigé et obtenu de leurs royaumes respectifs des soldats pour les protéger afin de pouvoir piller en toute sécurité les terres étrangères en exploitant la force physique des populations locales par l'esclavage ou le travail forcé. Depuis les années 1960, tout en cédant la gestion des affaires aux élites africaines, la France maintient le principe de la protection de ses intérêts par la présence de son armée ; celle-ci agissant comme une menace contre toute volonté de s'écarter des directives qu'elle impose à distance en parfait marionnettiste. Si elle ne parle plus de colonies africaines, la France continue à y "favoriser la culture des denrées destinées à sa consommation ; à exiger de ces anciennes colonies qu'elles ne vendent leurs récoltes qu'à elle ; enfin - exigence suprême - à leur interdire de transformer les denrées récoltées en produit manufacturé ou fini" afin justement que ses anciennes colonies demeurent des débouchés constamment ouverts aux produits de son propre sol et de ses propres industries. Comme le disait si bien Just-Jean-Etienne Roy dans Histoire des colonies françaises publiée en 1860, c'est exactement par ces mesures générales que l'on fait des terres étrangères des colonies.

            La guerre psychologique par la présence de l'armée qui fait craindre constamment la guerre physique nous fait clairement comprendre pourquoi l'Afrique francophone est incapable de faire de véritables choix quant aux voies de développement qui s'offrent à elle. La marge de progression des pays anglophones vers le développement corrobore la responsabilité de la France quant au retard que connaissent les pays francophones.

2. L'Education : Nous considérons l'éducation comme le deuxième facteur essentiel du développement de toute nation, parce qu'elle est à l'origine de toutes les inventions et la mise en place des structures techniques génératrices d'initiatives individuelles et collectives. Pour parler des alarmes relatives à la démographie du continent noir, nous pouvons affirmer que seule l'éducation réglera durablement de manière consciente et responsable les taux de natalité. Aux méthodes radicales auxquelles songe sûrement la France - parce qu'elle les a expérimentées à l'île de la Réunion et aux Antilles, tout à fait de manière criminelle - il faut préférer celle qui conduit à la connaissance et à la maîtrise de son corps pour réguler les naissances. C'est dire qu'il faut rendre les femmes et les hommes plus conscients de leur destin social. Aujourd'hui, en Afrique comme en Europe, toutes les femmes élevées à un certain niveau d'instruction choisissent d'avoir peu d'enfants.

            Non seulement les Africains sont conscients de la nécessité de structurer leurs enseignements pour en tirer de grands avantages, mais les circonstances les y contraindront si cette idée venait à être négligée. Car plus les Africains seront nombreux, plus les besoins croîtront et plus les solutions se multiplieront grâce au génie humain. La prochaine surpopulation anarchique de l'Afrique que claironnent les Européens n'est, à vrai dire, qu'un fantasme qui cache mal leur peur d'être supplantés dans bien des domaines qui font leur puissance aujourd'hui.

3. Un grand marché grâce à une forte densité de population : C'est le grand facteur de développement de l'Afrique que l'Europe redoute le plus. A vrai dire, d'un point de vue purement colonialiste ou mercantile, la France voit dans l'augmentation de la population africaine un immense marché pour les produits des ses industries ; ce qui permet à certains de clamer avec délectation que "l'Afrique est l'avenir de la France". Mais il est certain que cette grande densité de population fera de l'Afrique une grande concurrente de l'Europe, anéantissant par la même occasion les espoirs de la France de maintenir sa domination sur les pays francophones. En d'autres termes, c'est par le grand nombre de leurs populations que les pays francophones vaincront la France condamnée à être insignifiante, même si elle persiste à maintenir son armée en terre africaine. Même surarmée, elle ne sera qu'une épingle dans une botte de foin.

            Chacun de nous a pu constater que plus les pays sont grands et peuplés, plus ils sont économiquement puissants ; sauf s'ils sont favorisés par un privilège naturel extraordinaire (pétrole, diamant) ou s'ils jouissent de la protection des grandes puissances qui en font leur paradis. Ainsi, le Nigéria avec ses 923.768 km2 et ses 190 millions d'habitants fait la course en tête des Etats africains susceptibles de devenir des puissances économiques mondiales. Dans trente ans, trois pays africains seront classés parmi les dix pays les plus peuplés de notre planète : le Nigéria (3e ou 4e rang en concurrence avec les Etats-Unis), le Congo (9e) et l'Ethiopie (10e). Déjà dans ces pays, le foisonnement d'initiatives individuelles et collectives, en marge des programmes gouvernementaux, laisse voir des réalisations scientifiques, techniques et technologiques étonnantes.

                                                     Conclusion

            Il apparaît clairement que rien dans ce qui se passe aujourd'hui sur le continent africain ne justifie les alarmes quant à la croissance de sa population. Les trois facteurs de développement que nous venons d'analyser  sont générateurs d'émulations et d'expression des génies créateurs. Depuis que les Africains ont le réel sentiment qu'ils sont dans l'impasse, les projets locaux se multiplient dans tous les domaines. Mais il leur faudra avant tout s'approprier leurs terres pour en tirer tout le profit que la nature est prête à leur offrir.    

            Il est en effet évident que l'impression de chaos que donne l'Afrique aujourd'hui - compte tenu de la fuite massive de ses filles et de ses fils vers l'Europe - est due en grande partie à l'accaparement des terres par les produits d'exportation, des outils de production ainsi que du marché de la consommation par les entreprises étrangères. Mais l'émergence d'une force souterraine très forte alimentée par de nombreux retours des membres des diasporas africaines mieux formés - notamment les anglophones - constitue le signe annonciateur le plus évident de l'éveil de l'Afrique. Plus ce mouvement s'accéléra, plus le développement de l'Afrique sera rapide et de qualité. N'oublions jamais : la Renaissance française au XVIe siècle a été favorisée par la formation en Italie de nombreux jeunes Français qui ont découvert là-bas la fontaine de connaissances exhumées de l'Antiquité grecque et romaine. Il faudra toutefois veiller à ne pas céder aux mesures médicales que l'Europe pourrait proposer en guise de solution aux maux imaginaires ou inventées pour limiter directement ou indirectement la croissance démographique de l'Afrique.

Raphaël ADJOBI 

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06 janvier 2018

L'Afrique répond au discours sur les bienfaits de la colonisation française (Une réflexion de Raphaël ADJOBI)

                                       L'Afrique répond

   au discours sur les bienfaits de la colonisation française

           (Toute la beauté de cet article se trouve dans l'avant-dernier paragraphe)

benin_looting

            L'idée "scientifique" européenne dominante au XVIe siècle - aidée sans doute par la découverte de l'Amérique et de l'intérieur de l'Afrique - était que "la civilisation est l'aboutissement d'un long cheminement marqué par des étapes successives, ayant débuté par la sauvagerie" (1). Une conception linéaire de l'humanité qui fait des peuples d'Afrique et des Amériques des sauvages relégués à l'étage inférieure et le Blanc, le civilisé, au plus haut sommet de l'échelle humaine ; conception qui sera nourrie plus tard par les théories des penseurs du XVIIIe siècle pour justifier l'esclavage. S'appuyant sur cet esprit pseudo-scientifique, Montesquieu soutient que certains peuples méritent d'être tenus en esclavage et d'autres non : "il faut borner la servitude naturelle à de certains pays particuliers" ; forcément à ceux où "parce que les hommes (sont) paresseux, on les (met) en esclavage" (Chap. VIII, Livre XV). En effet, selon lui, en Europe, c'est "parce que les lois (sont) mal faites (qu') on a trouvé des hommes paresseux" à mettre en esclavage (id.).

            Malgré la multiplication des abolitions de l'esclavage dans les colonies européennes des Amériques à partir du milieu du XIXe siècle, les travaux de Darwin viendront dynamiser la tendance à hiérarchiser les êtres et à inférioriser les Noirs. Convaincus de l'infériorité des peuples dit "sauvages", coloniser leurs territoires devient alors une entreprise civilisatrice. Bien entendu, ces peuples infériorisés sont tenus à l'écart des valeurs humanistes comme les Droits de l'homme et la laïcité. Civiliser "le sauvage", oui, mais il n'est pas question de le hisser sur le même pied d'égalité que le Blanc, en lui permettant de jouir des mêmes droits.

French_troops_landing_on_Mehdia_Beach_in_1911

            Il ne faut donc pas s'étonner que les hommes de lettres et les politiques soient si convaincus de l'impérieuse nécessité de coloniser l'Afrique, de la débarrasser des pratiques et des valeurs incompréhensibles afin d'élever ses populations au rang de peuples civilisés ! Le discours de Jules Ferry devant les députés le 28 juillet 1855 est très éclairant sur cette vision européenne de l'humanité : "les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures". Il importe "que les nations européennes s'acquittent avec largeur, grandeur et honnêteté de ce devoir supérieur de la civilisation". Oui, pour les Français du XIXe et du début du XXe siècle, civiliser l'autre dit "le sauvage" était un devoir de tout peuple européen parce que jouissant d'une supériorité naturelle.

            Aussi, comme Victor Hugo, tous les politiques et tous les intellectuels de ces époques voyaient dans la colonisation un apport du bonheur aux peuples africains. Mais surtout, tous savaient que la colonisation était le moyen qui restait à la France de résoudre ses propres problèmes. Victor Hugo pouvait donc dire avec force conviction à ses compatriotes : "Emparez-vous de cette terre. Prenez-la [...]. Versez votre trop-plein dans cette Afrique, et du même coup, résolvez vos questions sociales, changez vos prolétaires en propriétaires [...]. Croissez, cultivez, colonisez, multipliez ; et que, sur cette terre, de plus en plus dégagée des prêtres et des princes, l'esprit divin s'affirme par la paix et l'esprit humain par la liberté" (2).

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            La colonisation, la destruction des croyances et des structures politiques et sociales africaines ("dégagée des prêtres et des princes"), l'expropriation des biens et des terres ("emparez-vous de cette terre") pour transformer les prolétaires européens en riches propriétaires, tout cela constituait aux yeux de la France politique et intellectuelle une entreprise civilisatrice dispensatrice de paix et de liberté ! Et le discours n'a pas varié en ce début du XXIe siècle où le paysan et l'homme politique sorti de l'ENA sont fiers de clamer qu'ils ont appris aux Africains et aux Noirs en général à travailler, qu'ils leur ont apporté la civilisation chrétienne et leur ont appris à parler notre noble langue française au lieu de leurs charabias africains ( Référence au Chicago Tribune, 1891, cité par Ta-Nehisi Coates in Le procès de l'Amérique).

            Cependant, il suffit de prendre du recul et d'écouter l'Afrique pour voir le vrai visage de la France qui s'attribue le titre de bienfaitrice, ainsi que le caractère criminel de son entreprise. Comme son discours procède souvent par image, le vieux continent - comme on l'appelle - nous propose une parabole :

            Un singe se promenait dans la forêt. Il sautait d'un arbre à l'autre, lorsqu'il se trouva devant une lagune, et en la regardant entre peur et ravissement - car tous les singes ont peur de l'eau - il vit un poisson nageant dans la vase épaisse, près du bord. "Quelle horreur ! pensa le singe. Ce petit animal sans bras ni jambes est tombé à l'eau et il est en train de se noyer". Le singe, qui était un bon singe, se fit beaucoup de souci. Il voulait sauver le petit animal, mais la terreur l'en empêchait. A la fin, il s'arma de courage, plongea, attrapa le poisson et le tira vers le bord. Il réussit à se hisser sur la terre ferme et resta là, tout content, à regarder le poisson qui faisait des bonds. "J'ai fait une bonne action, pensa le singe, voyez comme il est heureux !" (3)  

            Ce qui fait le plus peur aujourd'hui, c'est qu'à force de s'allier à eux dans leur entreprise prétendument bienfaitrice, certains poissons eux-mêmes commencent à croire les singes. VIDO DE René VAUTIER : https://www.youtube.com/watch?v=tDe74hMhFZg   

Raphaël ADJOBI

(1) Le sauvage et le préhistorique, Marylène Patou-Mathys, 2011)

(2) 18 mai 1879, lors du banquet anniversaire de l'abolition de l'esclavage en présence de Victor Schœlcher.

(3) Extrait de La Reine Ginga et comment les africains ont inventé le monde, José Eduardo Agualusa, édit. Métalié, 2017.   

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