Lectures, analyses et réflexions de Raphaël

Vous trouverez ici des comptes rendus de lectures livresques concernant essentiellement l'histoire des Noirs d'Afrique et celle des Afrodescendants des Amériques et d'Europe. Les actualités de la diaspora africaine ne sont pas oubliées.

21 février 2015

Voltaire juge Charlie Hebdo dans son Traité sur la tolérance

                                Voltaire juge Charlie Hebdo

                               Dans son Traité sur la tolérance

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            Le succès en librairie que connaît actuellement le Traité sur la tolérance de Voltaire est indiscutablement la résultante des événements qui ont marqué le début de l’année 2015 en France. Assurément, la grande majorité des Français avait vu dans l’attaque des locaux du journal satirique Charlie Hebdo la marque du fanatisme religieux contre ce qu’elle appelle la liberté d’expression. Mais, de même que nombreux parmi ceux qui sont descendus dans les rues le 11 janvier 2015 pour défendre cette liberté ont compris assez rapidement qu’ils ont été trompés ou manipulés, de même nombreux parmi les personnes qui ont acheté le Traité sur la tolérance de Voltaire croyant y trouver les arguments pour condamner les auteurs des assassinats au siège du journal satirique ont certainement vu leur attente déçue. 

            Pourtant, ce petit livre de Voltaire est tout à fait passionnant ; du moins dans ses premiers chapitres qui ne laissent pas perdre de vue le sujet qui a motivé sa rédaction : le supplice de Jean Calas, à soixante-huit ans, suite à l’arrêt du tribunal de Toulouse le condamnant pour parricide. Bien sûr, après l’exposé des faits démontrant un jugement inique visant à satisfaire le parti des catholiques contre celui des protestants, le philosophe se lance dans une critique sévère et très analytique du fanatisme religieux – notamment catholique – et de l’intolérance qui y est attachée. Cependant, c’est quand Voltaire démontre comment, avec le temps, les catholiques ont construit dans leur imaginaire un panthéon de martyrs que le livre rejoint notre actualité moderne à travers l’attentat du 7 janvier 2015 et la marche qui l’a suivi quatre jours plus tard. 

            N’est-il pas vrai que Charlie Hebdo a été porté aux nues, élevé au rang de martyr de la liberté d’expression pour ne pas dire de la foi laïque ? Mais il est triste de constater que pour parvenir à ce degré d’élévation, comme les catholiques dans le passé, Charlie Hebdo a joué de la provocation, de l’intolérance pour attirer sur lui la violence sanctifiante.

            Voltaire montre clairement, s’appuyant sur des faits historiques, que partout dans le monde, à toutes les époques, la cohabitation des croyances et des pratiques religieuses est une chose ordinaire. C’est, ajoute-t-il, lorsque les catholiques ont cru bon d’imposer leur foi et jeter bas les idoles des autres, c’est-à-dire lorsqu’ils ont commencé à ne pas tolérer ceux qu’ils jugeaient païens, qu’ils ont déclenché la violence contre eux. Le martyr de saint Polyeucte qu’il cite en est la parfaite illustration. « Il va dans le temple, où l’on rend aux dieux des actions de grâce pour la victoire de l’empereur Décius ; il y insulte les sacrificateurs, il renverse et brise les autels et les statues : quel est le pays au monde où l’on pardonnerait un pareil attentat ? » Et après bien d’autres exemples de ce type, Voltaire fait remarquer que « les martyrs furent (…) ceux qui s’élevèrent contre les faux dieux ». Certes, conclut-il, c’était « une chose très sage et très pieuse » pour les chrétiens de ne pas croire à ces faux dieux, cependant, « on est forcé d’avouer qu’eux-mêmes étaient intolérants » parce qu’ils se moquaient publiquement des croyances des autres. 

            Les caricaturistes de Charlie Hebdo ne firent pas autre chose que ce que firent les catholiques qui moquèrent les cultes qu’ils jugeaient païens. A moins qu’ils ne fussent victimes que de leur propre inculture, ces journalistes n’ignoraient pas que – contrairement aux catholiques qui se sont écartés des textes sacrés à propos des idoles – les musulmans attachent une importance capitale au fait de ne pas représenter Dieu et ses prophètes. L’architecture des mosquées et les objets de culte qu’ils ont laissés à travers le temps témoignent de leur attachement scrupuleux à ce principe. N’est-ce pas être intolérant que de moquer publiquement et effrontément leur religion en jetant bas ce qu’ils vénèrent ? 

            Ne voit-on pas aujourd’hui encore, dans de nombreuses contrées, se côtoyer catholiques, protestants, juifs, musulmans, bouddhistes, animistes et athées ? Qu’est-ce qui permet cette tolérance mutuelle sinon le bon sens qui commande le respect de la croyance de l’autre ? C’est quand on s’avise de se lever pour troubler l’autre dans ses pratiques sacrées que l’on suscite une réaction violente. Hier, nous levions des armées pour mener des croisades afin de punir les offenses faites au christianisme. Aujourd'hui, d'autres mènent des djihads pour punir les offenses faites à l'islam. Nous ne pouvons donc que rejoindre Voltaire pour dire que le grand principe universel qui fonde à la fois la liberté naturelle et humaine d’une part et le droit naturel et humain d’autre part, c’est « ne fais pas ce que tu ne voudrais pas qu’on te fît ». L’intolérance commence par l’affirmation de la bonté et de la justesse de ce que l’on croit et fait par rapport à ce que croit et fait l’autre. La trop grande considération de ce que l’on croit et que l’on finit par ériger en droit est de l’intolérance. Il faut donc prendre garde à la confusion du légal et du moral. Ce qui est légal pour l’Etat ne doit pas devenir ce qui est moral. L’instance du moral est dans le cœur ; et personne, pas même l'Etat, n’a le droit de dire que la morale n’existe pas, que la conscience n’existe pas, que le bon sens n’existe pas. 

            C’est le manquement à la tolérance et donc au respect de l’autre – ce principe élémentaire et universel – qui causa un si grand trouble en France en janvier 2015 et plongea les ergoteurs dans des débats stériles. Très vite, on montra la jeunesse du doigt et on entreprit d’introduire des notions nouvelles dans notre système d’enseignement ; comme si savoir chanter la Marseillaise ou connaître les institutions qui structurent notre système politique est susceptible de faire de nos enfants de bons citoyens. On a oublié de commencer par apprendre aux adultes à respecter les règles morales et à pratiquer l'exercice du bon sens afin de faire d’eux des modèles à suivre pour la jeunesse. 

            Ce fut un bonheur de voir, quelques semaines après les tueries du 7 janvier et la marche du 11 du même mois qui la consacra, beaucoup de personnes – dont de nombreux journalistes et artistes connus – dénoncer la supercherie qui a fait des caricaturistes des martyrs de la liberté d’expression. Les premiers à se désolidariser des dessinateurs français furent les journalistes anglais et américains qui, sans hésitation, refusèrent de se faire les relayeurs des provocations de leurs confrères se considérant les maîtres du monde après avoir été portés aux nues par la terre entière. En France même, certains journalistes et artistes trouvèrent le slogan « je suis Charlie » indécent, racoleur et dangereux. Les enseignants qui ont été pris pour cibles dans des textes ou des dessins les présentant dans des postures inconvenantes n’ont guère apprécié la totale liberté d’expression dont ils se sont faits les apôtres dans l’élan de la ferveur nationale. 

            Par ailleurs, tous ceux qui ont prêté foi à l’idée que Charlie Hebdo se moque de toutes les religions se sont rendu compte qu’ils ont soutenu un mensonge national. La guerre entre Israéliens et Palestiniens n’a jamais inspiré à Charlie Hebdo une caricature de Moïse et de la Torah. Concernant le culte des juifs, les caricaturistes de ce journal se sont toujours contentés de ridiculiser les religieux, mais jamais leur prophète et leur livre saint ; c’est quand il s’agit du christianisme et de l’islam qu’ils touchent à Jésus et à la Bible d’une part, à Mahomet et au Coran d’autre part. C’est dire combien ces journalistes français ont un sens du sacré bien orienté et la liberté d'expression bien sélective.

            Nous avons même surpris ces martyrs de la liberté d’expression et leurs partisans en flagrant délit d’intolérance lorsqu’ils se mirent à critiquer les journalistes britanniques et américains, les traitant de pudiques, de couards et de trop consensuels, parce qu’ils refusaient de propager leurs provocations chez eux. Voilà des défenseurs de la liberté d’expression qui sont incapables d’imaginer et d’accepter que d’autres puissent penser et agir différemment. Ces journalistes français-là sont indubitablement des êtres intolérants et dangereux pour la société. Ce sont des adeptes de la pensée unique, incapables de comprendre que la liberté d’expression poussée jusqu’à l’insulte n’a plus rien à voir avec la liberté sous quelque forme que ce soit. La liberté d’expression n’est nullement faite pour écraser l’autre ! 

            Il serait bon que chacun retienne que le bon sens et le respect de l’autre n’ont jamais provoqué de guerre civile, comme le dit si bien Voltaire. Par ailleurs, une autre récente actualité nous a permis de voir d’immenses foules de catholiques descendre dans les rues pour crier leur opposition aux lois favorables aux homosexuels. Les violences verbales et physiques ayant accompagné cette animosité soudaine n’ont pas manqué de rappeler à bien des esprits ce qu’il en a coûté à la France quand les catholiques disputaient les dogmes et régentaient la vie sociale. Ce sont bien des considérations religieuses qui ont rendu ces chrétiens violents, intolérants, et les ont poussés à livrer une ministre à la vindicte populaire et médiatique. Ces événements ont clairement montré que le fanatisme religieux n’est pas mort dans le cœur des Français et qu’il est toujours prêt à refaire surface. Ce n’est donc pas seulement dans le cœur des autres qu’il est encore vivant ! 

            Comme dit Voltaire, nous serons sages de ne jamais perdre de vue les deux sources essentielles de la guerre : la religion et la propriété. Disons donc que le peuple français qui n’est point ignorant des ravages de l'intolérance véhiculée par la religion aurait dû savoir que dans ce domaine il ne faut point se montrer chatouilleux si l’on veut être à l’abri d’une violence démesurée. Malheureusement, oublieux nous sommes et sots sont nos gouvernants incapables de nous prévenir du mal qui sommeille dans toutes les communautés confessionnelles, surtout lorsqu’elles prennent de l’importance.  

Raphaël ADJOBI

Titre : Traité sur la tolérance, 110 pages

Auteur : Voltaire

Editeur : Librio, janvier 2015

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06 août 2013

Certains sites africains d'information sur Internet seraient-ils incompétents ou malhonnêtes ?

        Certains sites africains d'information sur Internet

              seraient-ils incompétents ou malhonnêtes ?

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            De toute évidence, il y a des sites comme Ivoirebusiness.net, globosahoua.blogpost, en-Afrique.info et Lynx Togo qui refusent de reconnaître les talents des Africains. Je ne veux pour preuve que la reprise de mon article "Laurent Gbagbo, la nouvelle étoile de la Résistance africaine face à l'injustice des Occidentaux" qu'ils ont attribué au quotidien français en ligne Médiapart. 

            Le 4 juillet dernier, Nicole Guihaumé avait en effet repris pour le club Médiapart cet article publié le 30 juin sur mon blog politique. Elle n'a pas oublié de mentionner mon nom et un lien menant à mon blog ; c'est-à-dire la source de l'information. Quand la dépêche d'Abidjan.info, Abidjantalk.com et la vingtaine d'autres sites et blogs reprendront ce billet, ils feront preuve de la même honnêteté. 

            Ce qui est surprenant et écoeurant, c'est qu'Ivoirebusiness.net, globosahoua.blogpost et Lynx Togo ont eux aussi repris mon article mais tout en prenant soin d'effacer mon nom et le remplacer par celui de "Médiapart" ; par la même occasion, ils ont fait disparaître l'adresse de mon blog signalée par Nicole Guihaumé. En d'autres termes, ils ont trouvé que c'est plus valorisant - pour eux ! - d'attribuer l'article à ce journal devenu célèbre pour avoir révélé l'existence du compte suisse d'un ministre français. Un article signé Raphaël ADJOBI ne fait pas assez "classe" à leur yeux. Ivoire business pour sa part, a publié l'article deux fois : il l'a une fois attribué à Médiapart, et l'a signalé une autre fois comme ma contribution à un blog ami ; c'est à-dire en mentionnant mon nom.       

            Messieurs, apprenez tout simplement qu'aucun journaliste français n'a affirmé que Laurent Gbagbo est devenu la nouvelle étoile de la Résistance africaine face à l'injustice des Occidentaux. Et Médiapart ne revendique pas la paternité de l'article. Sans doute, ce journal français reconnaît tout simplement, par cette reprise faite par un membre de son club, la justesse de l'analyse et le talent de l'auteur que vous refusez de voir ou de reconnaître. Ce n'est certainement pas au club du Nouvel Observateur, où l'on manie allègrement la censure, que vous trouverez des articles et des commentaires qui montrent la France du doigt concernant la tragédie ivoirienne ou l'injustice faite à Laurent Gbagbo. Notre ami Delugio en sait quelque chose ; et moi aussi d'ailleurs.

Le blog de Nicole 0005

            C'est la deuxième fois que Nicole Guihaumé reprend un de mes articles. Il suffit de visiter son blog (Le blog de Nicole) pour bien comprendre sa position sur les événements concernant la Côte d'Ivoire. A l'avenir, soyez plus attentifs pour la devancer, si vous voulez. Montrez-lui que vous aussi vous avez du flair pour repérer les bons articles. Mais surtout, évitez de les attribuer à des illustres écrivains ou journalistes français. Il n'y a aucune gloire à tirer en agissant de la sorte. On se couvre plutôt de ridicule, à défaut d'être taxé de malhonnête. Le combat de la vérité que nous menons ensemble doit nous inciter à l'honnêteté, à la reconnaissance des talents des uns et des autres et non pas à de petites méchancetés. Les journaux officiels ivoiriens ne tombent pas dans ce travers parce qu'ils savent qu'ils ont besoin des blogueurs autant que ceux-ci ont besoin d'eux pour mener ce combat qui nous oppose à nos adversaires sachant mieux manier la violence physique et la falsification de documents que l'écriture. 

            Comprenez donc tous que je n'ai nullement l'intention de faire un long procès à nos amis pour ce qui doit sans doute être pris pour des erreurs et non pas des pratiques habituelles. Cependant on ne peut cacher combien il est déplaisant de se voir dépossédé de son oeuvre comme l'avaient déjà fait Abidjandirect et un certain Zoé Narwali sur psychologie.com en reprenant mon billet sur "Comment la France a perdu l'Afrique" (livre de Stephen Smith et Antoine Glaser) sans mentionner ni mon nom ni mon blog.        

Raphaël ADJOBI

° http://www.ivoirebusiness.net/?q=articles/selon-mediapart-laurent-gbagbo-est-la-nouvelle-%C3%A9toile-de-la-r%C3%A9sistance-africaine-face-%C3%A0#sthash.Wqs4YaHq.dpuf

° http://gbodosahoua-gbodosahoua.blogspot.fr/2013/07/la-nouvelle-etoile-de-la-resistance.html

° http://www.lynxtogo.info/oeil-du-lynx/afrique/4087-mediapart-qlaurent-gbagbo-est-la-nouvelle-etoile-de-la-resistance-africaine-face-a-linjustice-des-occidentauxq.html

Concernant mon article sur le livre "Comment la France a perdu l'Afriqueé"

° http://abidjandirect.net/index2.php?page=livr&id=7315

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03 février 2012

Qu'est ce que "la droite", en politique ?

        Qu'est-ce que "la droite", en politique ?

                                        Lire l'article sur

                    Les pages politiques de Raphaël

Assemblée nat

 

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06 novembre 2011

Notre paix sera la mort de l'Europe (Réflexion)

                       Notre paix sera la mort de l’Europe    

Partage Afrik 0001            Les nombreux livres sur la traite négrière atlantique que l’on trouve désormais en librairie depuis cinq ou six ans ainsi que l’histoire récente des nations africaines laissent apparaître une constante : la présence de la figure de l’Europe au centre des guerres entre les différents peuples du continent africain. Le schéma de cette relation ou de ce mariage houleux à trois est donc vieux de cinq siècles.

            Certes, l’histoire des autres continents ne révèle pas moins de guerres ou un visage plus pacifique. Certaines guerres portent d’ailleurs leur durée comme nom : Guerre de Sept ans, Guerre de Cent ans. On note aussi que la très grande majorité des héros européens à la gloire  desquels ont été élevées des statues sont des anciens soldats. En clair, ce que les peuples européens magnifient le plus dans leur mémoire ce sont les guerres qu’ils ont dû livrer les uns contre les autres. Cependant une chose est à remarquer : ces guerres sont presque toutes - sinon toutes - des guerres de voisinage avec parfois le soutien d’un autre voisin ou d’un vassal ; mais jamais elles n’ont eu pour instigateur un peuple lointain ayant pour objectif le dépouillement du vaincu et la domination du vainqueur. 

            Outre celles qui peuvent être classées comme des querelles familiales, les guerres européennes étaient donc des guerres d’expansion ou de reconquête territoriale. On cherchait ça et là à sécuriser les voies d’accès aux richesses (la route de la soie, des épices). Rome a étendu sa domination à l’est jusqu’au Moyen-Orient et à l’ouest jusqu’en Gaulle. Au 19è siècle, Napoléon s’est fait sienne cette même visée expansionniste avant d’être définitivement défait par les Anglais. Il faut dire que déjà, les peuples commençaient à se reconnaître dans des frontières nationales. Et c’est justement ce sentiment national qui va peu à peu construire la paix entre les peuples et faire apparaître le caractère injuste des guerres. C’était déjà le sentiment d’une entité nationale agressée qui souleva les Madrilènes contre Napoléon au 19è siècle ; et c’est ce même sentiment qui, au 20è siècle, mit fin à l’avancée du nazisme qui voulait renouer avec les guerres d’expansion romaine et napoléonienne. 

            Quant aux guerres africaines, telles qu’elles nous apparaissent dans les récits oraux qui nous sont parvenus, elles obéissaient au départ au même schéma que les guerres traditionnelles connues à travers la terre entière. Elles étaient aussi le fait de querelles familiales, de voisinage ou d’une volonté d’expansion pour asseoir sa puissance et jouir d’un plus grand prestige. Dominer le monde était et reste le rêve de tous les puissants. 

            C’est à partir du 16è siècle que l’Afrique ne va plus connaître ce schéma classique de la guerre. Désormais, un acteur étranger, l’Européen, tel un dieu au-dessus de la mêlée, va sillonner ce continent, piquer l’un, flatter l’autre, pour entretenir les litiges et faire naître des raisons de mener des guerres. Il est même étonnant de lire dans tous les livres traitant de l’esclavage des nègres à quel point les négriers européens vivaient dans la hantise de voir la paix s’établir entre les peuples africains. Ce court extrait de la lettre du représentant en Afrique de la Compagnie du Sénégal adressée à Paris lors des querelles de successions après la mort du roi de Cayor illustre bien cet état d’esprit général : « Et comme ces deux frères ne sont pas toujours unis pour agir par un même principe et selon leurs intérêts communs, il sera facile au Directeur particulier de Gorée de les entretenir de manière que quand l’un voudrait le mauvais et interdire le commerce (des esclaves), on soit sûr de le faire avec l’autre et même l’engager dans nos démêlés particuliers […]. Surtout, il faut empêcher que ces deux couronnes ne soient jamais sur une même tête. » (1) En d’autres termes, il faut éviter que les deux princes parviennent à s’entendre et vivent dans la paix ! Voilà la devise « diviser pour régner » érigée en principe politique.  Et pour éviter la paix entre les nègres, comme le dit si bien Lino Novàs Calvo dans Le Négrier, Roman d’une vie (éditions Autrement Littérature), « l’important était de corrompre les chefs puis de leur fournir des armes – car les armes produiraient la guerre » et la guerre le commerce des esclaves. C’était aussi simple que cela ! 

            En lisant ces lignes, le lecteur d’aujourd’hui se dit sans doute : « Quelle horreur ! Quelle attitude criminelle ! » Devant ces cris d’indignation, je me dis alors : posons-nous la question de savoir pourquoi l’Europe pérennise une pratique que la conscience humaine moderne nourrie d’humanisme considère comme une injustice, voire un crime. Quel est cet intérêt supérieur à la conscience humaine qui nous fait applaudir les opérations de nos soldats en terres étrangères comme dans les siècles passés ? 

            Quand nous sommes en paix et qu’aucun ennemi ne nous menace, quel intérêt peut nous inciter à prendre les armes contre l’autre ? Il me semble que seul cet instinct animal singulier dont l’homme est doué et dont il abuse et qui s’appelle la peur du manque ou le désir de toujours vouloir plus - que certains nomment complaisamment « la prévoyance » - peut expliquer cette course à l’appropriation des biens d’autrui. « Le rôle d’un président, dit Barack Obama, c’est de veiller à ce que son pays ne soit pas en manque des ressources qui lui sont nécessaires ». Par ces quelques mots, le président des Etats-Unis d’Amérique traduit la préoccupation de tous les occidentaux : la course aux ressources minières et énergétiques des pays non industrialisés. Que chacun comprenne une fois pour toutes que pour les occidentaux, les autres peuples sont là pour pourvoir aux besoins de la société de consommation !     

            Pendant deux ou trois décennies, tout le monde a cru que l’humanité tout entière était entrée dans une ère de fraternité irréversible et que par elle la justice s’établirait entre les nations. Or, aujourd’hui, les pompes aspirantes jetées sur les pays pauvres au 19è siècle menacent de se déconnecter des sources d’approvisionnement. L’Occident menace donc ruine, se dit-on, si ses besoins en matières premières et en énergies de toutes sortes ne sont pas garantis. Il devient par conséquent urgent de forcer l’Afrique qui en dispose en quantité considérable à les céder à ceux qui en ont besoin. Son développement à elle peut attendre. 

             Alors, pour y parvenir, on remet au goût du jour le caractère juste des guerres.  Comme dans la fable du « Loup et l’Agneau » de La Fontaine, on invente tant bien que mal des arguments justificateurs : tel menace la sécurité de l’Europe ; tel autre est un dictateur qui maltraite son peuple ; celui-là n’est pas assez démocrate. Et voilà l’Europe repartie pour resserrer l’étau de sa domination de l’Afrique acquise au 19è siècle alors que les Africains croyaient qu’il se desserrerait progressivement et sûrement au nom de l’indépendance des peuples à s’assumer eux-mêmes. Hier, les guerres africaines menées à l’instigation des Européens produisaient des esclaves ; aujourd’hui, les guerres menées sur ce continent produisent des matières premières à vil prix. 

DSCF0485              Devant cette désillusion, que reste-t-il à l’Afrique comme moyen d’action pour la reconnaissance de son intégrité ? Comme l’appelait de ses vœux l’ancien président de l’Afrique du Sud, M. Thabo Mbeki, il faut que dans tous les pays africains, les peuples s’organisent dans des manifestations gigantesques pour crier leur indignation et leur refus du sort que leur réservent les puissants de ce monde. C’est la façon la plus claire de lancer à la face des peuples de la terre, en particulier ceux d’Europe, un vibrant appel au réveil de leur conscience face aux crimes commis en leur nom. Au regard des « mouvements des indignés » qui se multiplient dans les sociétés occidentales, on peut croire que les peuples de l’Occident sont prêts à comprendre l’Afrique si celle-ci lançait à son tour un grand cri d’indignation contre la prédation dont elle est victime. Mais pour cela, il faut absolument que l’Afrique elle-même se réveille. Cela suppose qu’elle retrouve une grande unité et une grande solidarité dans ses revendications à l’égard de l’Europe. Si l’Afrique continue à faire la morte, rien ne changera ; quand elle se réveillera, l’Europe tremblera.               

1.   Labat (R.P.), Nouvelle Relation de L’Afrique Occidentale, T. IV, p. 250 ; cité par Tidiane Diakité in « La traite des Noirs et ses acteurs africains », p. 102.

Raphaël ADJOBI

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13 juin 2011

Le Bilan de l'intelligence (une conférence de Paul Valéry)

                                 Le Bilan de l’intelligence

                                         (Réflexions de Paul Valéry)

Le bilan de l'intell 

            Ce petit texte d’une soixantaine de pages édité en petit format par les éditions Allia est le fruit d’une conférence prononcée par Paul Valéry le 16 janvier 1935 à l’université des Annales. Un constat de l’intelligence humaine devant les faits du monde dont l’homme est à la fois le témoin et l’agent qui résonne encore, plus de soixante ans après, comme une triste réalité. Ce constat, c’est le désordre sans borne que « nous trouvons autour de nous comme en nous-mêmes, dans nos journées, dans notre allure, dans les journaux, dans nos plaisirs, et jusque dans nos savoirs. »

 

            Ce désordre, selon le conférencier, tient avant tout à une conception moderne du temps. « Nous ne savons plus féconder l’ennui », l’idée même de durée nous est insupportable ; il nous faut constamment chercher à remplir le vide. Aussi, nous multiplions les productions, les « nouveautés dans tous les domaines ».  Aujourd’hui, on n’attend pas de sentir un besoin pour chercher une solution ; on invente pour ensuite susciter le besoin. Ces brusques développements des choses sont venus interrompre une tradition intellectuelle. Ainsi, la continuité que nous connaissions dans les esprits et faisait que, d’une part, l’homme cherche dans le présent la suite et le développement des choses passées, et d’autre part qu’il cherche à déduire de ce qu’il sait du présent quelques éléments pour appréhender le futur sont une tradition oubliée ou perdue. « Nous ne regardons plus le passé comme un fils regarde un père, duquel il peut apprendre quelque chose, mais comme un homme fait regarde un enfant », conclut-il dépité.

 

            Paradoxalement, le désordre dont il est question et qui est la conséquence d’un développement intellectuel intense ne permet pas à notre intelligence de s’adapter à son évolution. Toutes les productions humaines ont été faites « sans ordre, sans plan préconçu », et surtout sans égard pour la nature humaine et sa capacité d’adaptation à l’évolution des choses produites. En d’autres termes, l’esprit humain semble ne pas surmonter ce qu’il a fait. « Tout ce que nous savons, dit Valéry, tout ce que nous pouvons, a fini par s’opposer à ce que nous sommes ». Nous voilà bien ! diriez-vous.                   

 

            Si nous nous inquiétons aujourd’hui de la vitesse des productions de notre monde, c’est certainement parce qu’au fond de l’être humain le besoin de quelque stabilité est une nécessité vitale. Nous avons besoin, comme dirait Montaigne, de nous sentir dans une assiette certaine. Ce qui permet à Paul Valéry de conclure que « ce monde prodigieusement transformé » par l’intelligence humaine n’est peut-être rien d’autre qu’une période de transition. Qu’est-ce à dire ? Ici, je reprends l’exemple donné par Valéry lui-même pour mieux vous faire comprendre pourquoi nous vivons sans doute une époque de transition. Imaginez une femme en âge de procréer. Cette femme est à « une époque de stabilité ». Puis vient un jour où elle tombe enceinte. Elle entre dès lors dans une époque de transformation ou « une époque de transition » qui aura son terme. A la naissance de l’enfant, elle entrera dans une nouvelle époque de stabilité. La situation actuelle du monde s’apparente fort – dit Valéry – à une époque de transition comme celle décrite. « Qui sait si toute notre culture n’est pas une hypertrophie, un écart, un développement insoutenable qu’une ou deux centaines de siècles auront suffi à produire et à épuiser ? ». En d’autres termes, une espèce de poussée de fièvre qui se calmera et disparaîtra sûrement.   

 

            Mais alors, me direz-vous, pourquoi s’inquiéter ? Malheureusement, disons-le, il y a de quoi à être inquiet. En attendant la traversée de cette période de transition dont nous ignorons la durée, l’esprit humain – puisqu’il s’agit de lui – court un risque majeur : le retour vers l’animalité. C’est vrai, la souplesse de l’intellect est admirable, dit Valéry ; mais il n’est pas certain qu’il résiste indéfiniment au traitement inhumain, aux excès que nous lui infligeons et qui émoussent notre sensibilité. Aussi, conclut-il sur ce chapitre, « Tout l’avenir de l’intelligence dépend de l’éducation, ou plutôt des enseignements de tout genre que reçoivent les esprits. »

 

A ce stade de son exposé, Paul Valéry entreprend une sévère critique de notre système d’enseignement qui, selon lui, participe au désordre de notre temps qu’il vient de peindre. Le diplôme que notre système éducatif a érigé en valeur absolu lui apparaît comme le pire ennemi de la culture puisque le minimum exigible devient l’objet des études et non point la formation de l’esprit. On peut convenir avec lui que le diplôme qui passe parmi nous pour savoir n’est en fait que le brevet d’une science momentanée. Valéry le juge même « mauvais parce qu’il crée des espoirs, des illusions de droits acquis ».

 

            Ce livre est un concentré d’intelligentes réflexions sur l’état du monde et de l’esprit humain. Il nous rappelle que devant nos productions désordonnées et notre passion de l’immédiateté, notre sensibilité s’émousse. L’effacement des intellectuels devant les politiques et les débats futiles nous le montre assez. Remettre ce texte sous nos yeux, c’est nous appeler à un examen de conscience devant les productions de notre esprit qui, après nous avoir émerveillés, commencent à nous inquiéter.    

 

Raphaël ADJOBI

 

Auteur : Paul Valéry

Titre : Le Bilan de l’intelligence (61 pages)

Editeur : Editions Allia, 2011.

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27 avril 2010

Quand les Etats-Unis inventaient l'égalité (image)

        Quand les Etats-Unis inventaient l'égalité

 

Aparteid_aux_USA            

 

            Ce que le génie de l'Amérique blanche trouva de mieux à proposer pour rendre la fin de l'esclavage équitable pour tous, fut de décréter que les citoyens de ce pays devaient vivre « égaux mais séparés ». Les blancs annoncèrent donc aux noirs « qu'ils étaient libres, unis aux autres hommes de leur pays dans le domaine du bien commun, mais séparés d'eux comme le sont les doigts de la main dans le domaine de l'organisation sociale... »  (Ralph Ellison, Homme invisible, pour qui chantes-tu ?).

 

            Un simple regard sur cette photo et vous avez la parfaite illustration de ce que les Blancs de ce pays entendaient par « égaux » (pour aller à la guerre par exemple) « mais séparés » (dans le domaine de l'organisation sociale comme les lieux du savoir, des loisirs, et même des besoins naturels urgents). Mais il fallait bien comprendre qu'égalité ne voulait pas dire égalité de traitement ! Ah, ça, non ! Comme quoi, les notions abstraites telles que la liberté, l'égalité, la fraternité, sont bien relatives. Aussi, lorsqu'elles sont publiquement proclamées, cela ne veut point dire qu'elles sont acquises ; cela veut dire qu'elles sont à conquérir. 

 

Raphaël ADJOBI           

Photo : Elliot ERWITT/USA

 

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17 décembre 2009

Les autodafés et autres morts en spectacle

      Les autodafés et autres morts en spectacle

         

Dans mon précédent billet, je crois que ce fut une erreur d'avoir noyé la réflexion faite sur la mort en spectacle dans le commentaire que j'ai donné du livre de Jean Teulé. J'ai donc décidé de publier à nouveau cette réflexion indépendamment du livre qui l'a inspirée afin de rendre son accès plus aisé aux internautes.

                 La mort en spectacle, une culture Européenne

Autodaf__d_finitif            En lisant les pages monstrueuses de Mangez-le si vous voulez de Jean Teulé, je ne pouvais m’empêcher de penser à toutes ces personnes qu'on menait, partout en Europe, au bûcher dans une ambiance de kermesse. Je m’imaginais tous ces autodafés souvent organisés devant le parvis des cathédrales où les foules s’amassaient, hommes, femmes et enfants pour admirer dans des cris de joie les flammes emporter dan le néant les âmes accusées de je ne sais quelle peccadille ou crime imaginaire.

            Je comprends alors qu’une des profondes différences culturelles qui séparent radicalement l’Européen et l’Africain des siècles passés  se situe là, dans le spectacle de la mise à mort. Sans le savoir, cette pratique que l’on découvre dans tous les siècles de l’histoire de l’Europe a dû surprendre les peuples Africains quand de manière brutale ils ont été mis en contact avec les hommes blancs.

            En Afrique occidentale, en pays Akan, lorsque l’on sent sa vie menacée par un individu ou une colère collective, la première chose qui vient à l’esprit de celui qui se sent en danger est de courir se refugier auprès d’un vieil homme. Ce geste est reconnu par tous comme une demande de protection que tout agresseur se doit de respecter scrupuleusement. C’est un peu le drapeau blanc en cas de guerre pour les Européens ; à la seule différence que se refugier auprès d’un vieil homme annule immédiatement tous les droits de l’agresseur et place la victime sous l’autorité des sages. En Europe, aucun symbole protecteur n’existe dans la vie civile pour vous garantir une vie sauve en cas de lynchage, d’agression collective concertée. C’est ce qui a manqué à Alain de Monéys, le personnage principal du livre de Jean Teulé, à qui la présence du maire et celle du curé du village n’ont été d’aucun secours.

            En réfléchissant bien, en nous plongeant dans le passé de l’Europe, on découvre que celle-ci a, face à la mort, une conception qui n’existe pas dans les cultures africaines : la dimension du spectacle dans la mise à mort. Dans la mort que l’on inflige à l’autre, l’Afrique connaissait la dimension sacrificielle ; quant à l’Europe, c’est la dimension spectacle qu’elle a toujours cultivée.

            Au premier siècle de notre ère, Néron, soupçonné d'avoir incendié Rome, prit la décision de faire massacrer les chrétiens qu'il accusait à son tour d'être à l'origine de ce forfait qui menaçait son honneur et son pouvoir. Le peuple qui avait sans doute ses raisons d'en vouloir aux chrétiens avait alors applaudi cette décision. Mais ce à quoi il ne s'attendait pas, c'était la mise en scène des supplices qui étaient devenus des spectacles publics où hommes et femmes flambaient comme des torches. Cette pratique spectaculaire de la mise à mort à donné partout - particulièrement dans les pays latins - naissance à l'édification d'arènes publiques immenses. Le jeu de la mise à mort fut donc pendant très longtemps un élément essentiel de la culture des pays Européens tournés vers la Méditerranée.

            Nous retrouvons cette pratique de la mort spectacle pendant les quatre siècles d'esclavage des Noirs dans le nouveau monde. Les parties de chasse aux nègres, les lynchages concertés de noirs après le culte du dimanche, ces noirs que les familles blanches rôtissaient tout en prenant la pause pour la photo qui sera ensuite envoyée à des amis, tout cela n'était que la survivance logique d'une pratique européenne très ancienne. Mais dans ce nouveau monde, pour certains, réduire au cercle privé des plantations cette façon spectaculaire de donner la mort était  insuffisante. Aussi, ont-ils parfois tenté d'instituer les grands spectacles des arènes du passé qui attiraient les foules.

            Certes, les autodafés étaient apparemment rares dans le nouveau monde. Le supplice le plus commun était le châtiment corporel public destinée à terroriser les esclaves. Mais pour distraire le public blanc, il fallait bien sûr quelque chose de plus grand. Nous en avons un exemple précis tiré des archives de l’histoire de France dans Le crime de Napoléon (p.150-151) de Claude Ribbe. « Louis de Noailles va chercher à Cuba, au mois de mars 1803, quelque six cents dogues avec l'intention de ne les nourrir que d'indigènes. Le ministre le la Marine en est informé par une lettre de l'Amiral Latouche-Tréville du 9 mars. Les bêtes et leurs nouveaux maîtres défilent en triomphe au Cap. Renouant avec la tradition des sévices imposés aux premiers chrétiens, Rochambeau a fait construire un cirque à l'entrée du palais national où il réside. Un poteau est destiné aux suppliciés. Des gradins munis de confortables banquettes sont dressés pour les spectateurs "blancs". Pour inaugurer ce spectacle d'un nouveau genre, le général Boyer livre un de ses jeunes domestiques [...]. On lâche les chiens affamés. L'assistance applaudit. [...] Il ne restera que des os ensanglantés. Finalement, le public est horrifié. Mais le spectacle recommence tous les après-midi. »

            N'allons pas plus loin dans cet historique de la mort en spectacle. On comprend aisément que la torture, la guillotine et la chaise électrique sont des inventions issues de la même culture. Terminons avec cette dernière image extraite du Nouvel Observateur du début du mois de décembre 2009. Il est certain qu'aucun journal africain ne peut se permettre de proposer un tel dessin humoristique à ses lecteurs. L'autodafé ne faisant pas partie de la culture africaine, le public n'y comprendrait rien. Par contre, le public français comprend très bien cet humour parce que l'image évoque un élément culturel de son passé ; il sait que les tableaux de peintres représentant cet élément font partie du patrimoine culturel national. La pratique de ce spectacle était si courante qu'aujourd'hui encore on dit à l'adresse de celui qui commet une faute grave qu' « il y a des gens qui ont été brûlés pour moins que ça ! »  

Autodaf__1

Raphaël ADJOBI

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29 septembre 2008

Des enfants mal-aimés

                            Des enfants mal-aimés

 

                                               (Réflexion)

            On se plaît à plaindre les enfants mal-aimés. Le récit de leur vie malheureuse nous arrache des larmes et nous fait maudire au plus profond de nous-mêmes ces parents qui n’ont pas su accomplir leur devoir ou l’ont accompli en faisant l’économie des sentiments. Comment peut-on ne pas aimer un enfant ? Cet être innocent ; cet être qui n’a pas demandé à naître ? On les imagine tous ces parents avec la tête hideuse de Folcoche (1). On oublie que ces parents sont presque toujours les victimes – comme Folcoche – de la dureté des sentiments qu’ils traînent durant toute leur vie.

 

            Nous oublions aisément que les mariages forcés ou arrangés, les grossesses non désirées, les amours contrariés, les grossesses volées aux hommes sont les causes, le plus souvent, de la dureté des sentiments que ces hommes ou ces femmes manifestent à l’égard de leurs enfants. Ces enfants qu’ils regardent d’un œil dur, ces enfants qu’ils mènent d’une main trop ferme, c’est l’autre qu’ils voudraient mépriser, rejeter ; c’est l’amour de l’autre qu’ils regardent comme une souillure qu’ils traînent avec eux.

Folcoche_1

            J’entends certains crier : « Mais si ces pères et mères sont si malheureux, rien ne leur interdit de divorcer de leur conjoint ! » Croyez-moi que ce sont les même individus qui, sentencieux et moralisateurs, jugent que les familles éclatées sont cause de tous les maux des enfants. Alors qu’ils sachent que bien souvent, c’est parce que ces pères et mères malheureux ont placé la réussite sociale de leur progéniture au-dessus de tout qu’ils supportent douloureusement les chantages et les humiliations jusqu’à ce que les enfants quittent le nid familial avant d’entreprendre de vivre enfin.

 

Raphaël ADJOBI 

                                                 

Conseil de lecture

Vipère au poing (Hervé Bazin)

Voir aussi le film FOLCOCHE (1)

( 1ère version avec Alice Sapritch)

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06 mai 2008

Discours sur la fin du monde

Paysages         De la fin du monde

                     (Réflexion)

 

            Quand la lumière du soleil faiblira jusqu’à ne plus nous éclairer, en d’autres termes, quand Dieu éteindra sa lanterne ou lancera « que la nuit soit », les ténèbres s’ouvriront, les éléments échappés du vase d’athanor, comme des hirondelles à l’appel de la saison nouvelle, accourront et s’y précipiteront.

 

            Nous continuerons ça et là à rallumer nos torches et à entretenir le feu des foyers. Le temps passant, nos yeux s’habitueront à la lumière artificielle. Des enfants naîtront et ne connaîtront d’autre lumière que celle de l’artifice des hommes, et leurs yeux se formeront au patron de celle-ci. Mais peu à peu, sans soleil, la vie sur terre commencera à prendre une autre tournure. Il ne sera point besoin de cultiver les champs. Du bétail sans cesse plongé dans l’obscurité naîtront des animaux sans yeux ; la nature ne pourvoyant que ce qui est nécessaire à la survie de chaque espèce.

 

            Progressivement, l’homme se lassera de lutter contre le poids des ténèbres et laissera mourir sa science. Car il vivra la fin du soleil comme une grande infirmité, une paralysie mortelle.

 

            De la nuit des temps à l’ère du soleil et retourner à la nuit des temps, voilà le parcours de l’homme et de notre monde. Le point de départ sera donc le point d’arrivée ; c’est un parcours qui va se refermer sur lui-même. Et pourtant nous avons le sentiment de courir en ligne droite. Ce n’est qu’une illusion parmi tant d’autres auxquelles nous a soumis la disproportion de notre nature par rapport à l’immensité du monde et à la singularité des lois de l’univers. N’est-il pas vrai qu’en quelque point du monde où l’homme se trouve, il a le sentiment d’avoir la tête en haut et les pieds en bas tout simplement parce que la terre est sous ses pieds et le ciel au-dessus de sa tête ? Mais ce sentiment n’empêche pas la terre d’être ronde et de soumettre par conséquent à ce qui se trouve au pôle Nord une posture différente à ce qui se trouve au pôle sud. C’est une vérité physique vérifiable par tous qui me permet d’affirmer que celui qui est sur le sommet d’une boule et celui qui est placé en dessous de cette même boule regardent le ciel dans des directions différentes.

 

            Nos illusions, nos inquiétudes et parfois même notre affolement devant les changements qui surviennent sur notre planète ne s’inscrivent donc  que dans l’ordre des choses naturelles. C’est dire que les artifices des hommes qui nuisent à ce doux habitat s’inscrivent dans la vie de cette planète. Avant l’homme, d’autres espèces y ont vécu et ont disparu sans doute aussi par leur bêtise : trop gourmands, excessifs consommateurs d’énergie… Mais seul le déclin du soleil sera le véritable moteur de la mort de la terre. Tous les autres bouleversements ne seront que des éléments participant à son ordinaire évolution.

 

Raphaël ADJOBI

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24 septembre 2007

Des chiens et des chats

                                    Des chiens et des chats

                               (Brève réflexion sur l’éducation)

            Certains affirment préférer les chats aux chiens parce que les premiers sont plus indépendants. Ils reprochent aux seconds de se comporter en esclaves par leur trop grande obéissance à leurs maîtres. Quant à moi, je préfère les chiens aux chats car pour vivre en bonne entente dans une communauté – avec les hommes ou avec les animaux – il faut que chacun se plie aux règles de la maison : manger quand il faut manger, sortir quand il le faut et non point quand il ne le faut pas, aider aux tâches quand on a besoin de vous.

            Quoi qu’il en soit, le maître qui a un animal indépendant et peu respectueux des règles de la maison ne l’est pas lui-même. Que nous le voulions ou non, c’est nous qui avons la charge des animaux. Si leur indépendance doit nous occuper au point de nous empêcher de faire ce que nous voulons au moment où nous le désirons, il vaudrait mieux nous en séparer.

            Il en est de même de certains parents qui se pâment d’aise devant leurs enfants trop enjoués, prompts à répondre à tous et à opiner de tout, et qui voient dans leur désobéissance et insolence la marque d’une grande liberté. Intarissables sur leurs faits et gestes, ils se réjouissent presque de ne pouvoir canaliser cette énergie juvénile que ces chers et tendres trésors leur imposent comme la marque d’une grande intelligence. Ces parents-là ne se rendent pas compte qu’ils sont devenus, peu à peu, les esclaves de leur propre progéniture, oubliant que ceux qui sont à notre charge doivent absolument être gouvernés.         

Raphaël ADJOBI

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