Lectures, analyses et réflexions de Raphaël

Vous trouverez ici des comptes rendus de lectures livresques concernant essentiellement l'histoire des Noirs d'Afrique et celle des Afrodescendants des Amériques et d'Europe. Les actualités de la diaspora africaine ne sont pas oubliées.

25 juillet 2016

Lettre aux Ivoiriens qui luttent par le feu et le sabotage

    Lettre aux Ivoiriens qui luttent par le feu et le sabotage

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Dans ce monde moderne, face à la violence du capital, les Africains semblent désemparés parce qu'ils ont perdu la culture de la résistance de leurs ancêtres. Mais tout s'apprend quand on est obligé par la force des choses. Rappelons-leur que quand on commence une lutte, il faut savoir la poursuivre jusqu'à la victoire finale. Les révolutions réussissent quand la VICTOIRE guide le peuple ; en d'autres termes, quand le peuple se fixe comme idéal la VICOIRE. LIRE L'ARTICLE sur Le blog politique de raphaël.

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24 juillet 2016

Cyril Lionel Robert James, La vie révolutionnaire d'un "Platon noir" (Matthieu Renault)

                                  Cyril Lionel Robert James

                         La vie révolutionnaire d'un "Platon noir"

                                             (Matthieu Renault)                     

Cyril James 0002

            Cyril Lionel Robert James est un nom que nous serons contraints d'intégrer à notre univers francophone et au mouvement panafricain, après la lecture de ce très beau livre de Matthieu Renault. Né le 4 janvier 1901 sur l'île de Trinidad (près des côtes du Venezuela), l'homme a été, à partir de 1932 où il est arrivé en Angleterre, des plus grands combats intellectuels européens et panafricains.

            Celui qui se définit lui-même comme un marxiste-léniniste a côtoyé Trotski durant les dernières années d'exil de ce dernier au Mexique, des intellectuels anglais comme Virginia Woolf, des panafricanistes comme Edward Blyden, Padmore, W.E.B. Du Bois et Kuamé N'Krumah, un chef de file de la négritude comme Léon-Gontrand Damas, ou encore le communiste franco-russe Boris Souvarine. Il a participé à la fondation de nombreux cercles littéraires ainsi que des organisations internationales contre l'impérialisme et le colonialisme.

            Paradoxalement, comme le fait remarquer Matthieu Renault, l'éducation coloniale reçue sur son île natale - et qui avait nourri en lui des ambitions littéraires - avait rendu James "intellectuellement plus européen que les marxistes européens". Mais, ajoute-t-il, "tandis que l'histoire était restée jusqu'alors pour lui une question abstraite, le marxisme lui enseigna la logique qui en gouverne le mouvement". Et c'est précisément L'histoire de la révolution russe de Trotski qui fut à l'origine de la carrière révolutionnaire de James, concrétisée pour ainsi dire par la rencontre avec les ouvriers de Nelson en Angleterre. Il avait alors compris pourquoi Lénine plus que Marx fait des gens ordinaires la force motrice de l'Histoire. Désormais convaincu que la connaissance de l'Histoire est pour l'historiographe une arme de combat, la meilleure préparation à la politique, "c'est [...] la voie de l'écriture-réécriture de l'histoire qu'[il] emprunta pour servir la cause du panafricanisme". Quel étourdissant cheminement !

            Outre les multiples rencontres et les lectures qui ont forgé l'esprit révolutionnaire de James, Matthieu Renault passe en revue ses œuvres, les analyse et essaie d'asseoir les grandes lignes de ses convictions et de ses combats. Il montre que les œuvres de James établissent des connexions entre toutes les révolutions - française, russe, la révolte des Noirs à Saint-Domingue, les événements de mai 1968 en France - et les font apparaître comme un "laboratoire du capitalisme". C'est dire que James refuse de subordonner la lutte coloniale à une simple question de race. Il la situe pleinement sur les rapports de force entre le capitalisme et la liberté des peuples à disposer d'eux-mêmes ; une question de lutte des classes avant tout.

            Si la compréhension du début de l'avant-propos est absolument fastidieuse, ce livre apparaît aussi comme un excellent auxiliaire pour l'étude de certains ouvrages comme un enfant du pays de Richard Wright, Capitalisme et esclavage d'Eric Williams - l'homme qui a conduit Trinidad et Tobago à l'indépendance - ou encore Othello de Shakespeare. Mais ce que l'on retient avant tout, c'est le fabuleux parcours de James et sa grande volonté de tout approfondir : les discours politiques ou révolutionnaires, l'histoire, la littérature, l'art, le sport. Un livre qui nous fait découvrir un homme complet et fascinant.

Raphaël ADJOBI

Titre : C. L. R. James, La vie révolutionnaire d'un "Platon noir". 213 pages.

Auteur : Matthieu Renault

Editeur : La Découverte, Paris, 2015. 

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12 juillet 2016

La Reine de Saba (le regard de Marek Halter)

                     La Reine de Saba

              (Le regard de Marek Halter)

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Comme de nombreux personnages des récits bibliques, la Reine de Saba fait partie des héroïnes de l'Antiquité qui sont entrées dans le patrimoine mondial. Et comme bon nombre des personnages bibliques, son nom se retrouve plusieurs siècles plus tard dans le Coran, livre du monde arabe au moment où celui-ci triomphait dans la péninsule qui porte aujourd'hui son nom. Etat de chose qui a permis aux Arabes et aux Européens de la représenter parfois sous les traits d'une Blanche.

La figure de la Reine de Saba que propose ici Marek Halter est conforme aux recherches archéologiques, à l'histoire des peuples autour de la mer Rouge et à la réalité de ce vingt-et-unième siècle. En effet, les recherches archéologiques et ethnologiques prouvent qu'avant les arabes l'extrême sud de la péninsule arabique - aujourd'hui le Yemen - était occupé par des Noirs venus d'Afrique. L'existence d'un temple dédié à cette reine ou à une parente dans cette région ne serait donc que chose normale. Ces recherches prouvent aussi que l'histoire de la Reine de Saba est encore vivante en Ethiopie. Autres éléments importants, Axoum, la capitale de ce royaume, ainsi qu'une ville du nom de Saba sont bien situées sur le continent africain. Par ailleurs, depuis 2014 que sévit la guerre au Yemen, plusieurs milliers de Yéménites noirs et musulmans ont traversé la mer rouge pour se refugier en Djibouti (sur le continent africain) qui n'est séparé de la péninsule arabique que par une trentaine de kilomètres. Ce qui accrédite l'idée que le royaume de Saba s'étendait de part et d'autre de la mer Rouge. Idée que soutient Marek Halter dans son roman.     

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Quoi qu'il en soit, que cette reine soit née sur la rive africaine ou arabique ne change rien à l'histoire : elle était noire ! Et c'est sur les côtes africaines que son souvenir se perpétue ! S'appuyant sur cette réalité, tout l'intérêt du roman de Marek Halter réside dans la construction des événements qui ont conduit la Reine de Saba à rencontrer le roi Salomon d'Israël comme en témoigne la Bible. Rencontre qui serait à l'origine d'une descendance juive du roi Salomon en Ethiopie ou de la conversion de certains Noirs de cette contrée au judaïsme des siècles avant le christianisme.

C'est en effet au milieu du XIXe siècle que les Européens - qui connaissaient l'histoire de la rencontre entre le roi Salomon d'Israël et la Reine de Saba grâce aux textes bibliques - ont découvert qu'il y a des juifs noirs en Ethiopie. Devant la tentative de leur conversion au protestantisme par les missionnaires européens, l'Alliance israélite universelle montre aussitôt une farouche opposition à cette entreprise. Dès la fin du XIXe siècle, ce mouvement israélite propose aux juifs éthiopiens l'entrée en Terre Sainte et les y prépare en créant des écoles juives en Ethiopie. Mais devant la réticence de certains juifs, cette volonté est abandonnée jusque dans les années 1980.  A partir de 1984-1985, l'Etat hébreu entreprend d'abord des opérations clandestines puis officielles de rapatriements vers Israël.

Tout n'est pas que mythes et légendes dans la Bible. Ce livre saint est riche en faits historiques qui ont marqué les pas de l'Humanité. Et même lorsque l'on parle de légende, il ne faut jamais perdre de vue la définition de ce mot : une légende n'est rien d'autre qu'une histoire vraie au départ mais dont la véracité a été travestie par des conteurs qui n'ont cessé de l'enjoliver ou d'orienter sa portée. 

Raphaël ADJOBI

Titre : La Reine de Saba, 326 pages.

Auteur : Marek Halter

Editeur : Robert Laffont, 2008.

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08 juillet 2016

Rire enchaîné, Petite anthologie de l'humour des esclaves noirs américains

                                          Rire enchaîné

        petite anthologie de l'humour des esclaves noirs américains

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            Nous savons tous que l'esclavage dans les Amériques était fait de brutalités, d'ingénieuses mutilations, d'humiliations et de mises à mort spectaculaires pour servir d'exemple. Peut-on dans ces conditions trouver l'occasion de franches rigolades ?

            Voici une anthologie des petites histoires drôles que les Noirs et leurs descendants se racontaient comme pour exorciser le sort qui leur était fait. Des histoires drôles qui nous enseignent beaucoup à la fois sur l'esprit des esclaves et celui des maîtres. D'un côté - parce que la recherche de la liberté est inhérente à l'état d'esclavage - on cherche inlassablement les voies et moyens pour rendre son ouvrage moins pénible, pour échapper à la faim, ou pour mettre Dieu de son côté contre le maître ; de l'autre, on cherche à tirer le meilleur rendement de ses esclaves tout en prenant soin de deviner et châtier leurs moindres intentions pouvant porter atteinte au pouvoir du capital.

            C'est donc pour ainsi dire ce jeu du chat et de la souris - mais ici la souris est bien dans un enclos - que Rire enchaîné nous propose de découvrir sous un angle à la fois humoristique et édifiant. Nous y découvrons en effet la preuve que de nombreuses trouvailles et inventions attribuées aux Blancs sont les œuvres des esclaves. Car quand il faut trouver la solution à un problème, "(le maître) ne s'en préoccupait pas trop, pas plus que du reste, parce qu'il pouvait compter sur (l'esclave)". Ce livre nous apprend aussi que les maîtres contrôlaient tout jusqu'au contenu des prières de leurs esclaves. Par ailleurs, on y découvre une singularité du métier de chasseur d'esclaves. Nous savons que contre les esclaves marrons qui se cachaient dans les forêts et les ravins les chasseurs avaient recours à des molosses spécialement dressés pour leur donner la mort quand on ne pouvait pas les ramener. Dans les villes, "(ce) métier consistait à acheter les titres de propriété des esclaves en fuite pour une fraction de leur prix d'origine. (Le chasseur) les prenait en chasse et, une fois qu'il les avait rattrapés, il les revendait avec profit". Rien ne se perdait ; l'esclavage devait être toujours rentable.

Voici un extrait qui illustre admirablement l'esprit du livre :

"Du temps de l'esclavage, un nègre avait l'habitude de prier sous un plaqueminier. Il venait y supplier Dieu de tuer tous les Blancs. Un jour, le vieux maître l'entendit et, le lendemain, il se cacha dans l'arbre avec un sac de pierres. Lorsque le nègre revint implorer le Seigneur de tuer tous les Blancs, le vieux maître lâcha une pierre sur la tête du nègre qui en perdit l'équilibre. En se relevant, il leva  les yeux au ciel et déclara :

- Seigneur, je t'ai demandé de tuer tous les Blancs. Tu sais donc pas faire la différence entre un nègre et un Blanc ?"

Raphaël ADJOBI

Titre : Rire enchaîné, petite anthologie de l'humour des esclaves noirs américains.

 Auteur : Textes réunis et traduits de l'anglais par Thierry Beauchamp.

Editeur : Anarcharsis, février 2016, 108 pages.

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