Lectures, analyses et réflexions de Raphaël

Vous trouverez ici des comptes rendus de lectures livresques concernant essentiellement l'histoire des Noirs d'Afrique et celle des Afrodescendants des Amériques et d'Europe. Les actualités de la diaspora africaine ne sont pas oubliées.

13 mai 2017

La France noire commémore l'abolition de l'esclavage à Joigny - 2017

                     La France noire commémore

                     l'abolition de l'esclavage à Joigny

En attendant les images de la cérémonie, voici le reportage de France3 Bourgogne.

 

Capture Commémoration

 http://france3-regions.francetvinfo.fr/bourgogne-franche-comte/yonne/joigny-exposition-mieux-comprendre-abolition-esclavage-1251427.html

Posté par St_Ralph à 15:54 - La France noire info. - Commentaires [2] - Permalien [#]

05 mai 2017

Commémoration de l'abolition de l'esclavage 2017 à Joigny

     L'affiche officielle de la commémoration de l'abolition

                            de l'esclavage 2017 à Joigny

preview

     La commémoration de l’abolition de l’esclavage à Joigny est un moment très original. Outre les deux discours d’usage, le public est invité à découvrir une exposition. Cette année, celle qui lui sera proposée est exceptionnelle parce qu’elle montre pour la première fois les résistances africaines à la traite et les luttes des esclaves pour leur liberté dans les Amériques. Par ailleurs, la cérémonie est animée par une chorale. Nous avons été accompagnés l’année dernière par le groupe Ébène. Cette année, c’est la chorale Les Croq’notes de Brion dirigée par Christian Loubat qui a accepté d’animer la cérémonie. D’avance nous disons merci aux choristes et à leur chef.

100_1106

Raphaël ADJOBI

 

Posté par St_Ralph à 20:08 - La France noire info. - Commentaires [0] - Permalien [#]

29 avril 2017

Jardin des colonies (Thomas B. Reverdy et Sylvain Venayre)

                Jardin des colonies

                (Thomas B. Reverdy & Sylvain Venayre)

Jardin des colonies 0010

            Jardin des colonies est un roman tout à fait original. Qui aurait imaginé qu’une conversation entre deux personnes visitant un jardin pouvait constituer un roman passionnant ? Eh bien, c’est la prouesse que Thomas Reverdy et Sylvain Venayre réalisent avec Jardin des colonies. Mais reconnaissons tout de suite que c’est le lieu de la promenade et sujet de cette conversation qui intrigue, interroge et passionne.

            Nous savons tous qu’évoquer le passé colonial de la France suscite immédiatement les envolées lyriques des politiciens de droite qui se croient obligés de penser à la place des populations et par conséquent leur indiquent souvent comment elles doivent lire et comprendre notre Histoire. Certains parmi eux clament haut et fort les bienfaits de la colonisation et d'autres considèrent celle-ci comme un partage de culture. C’est dire que les uns et les autres veulent nous laisser croire qu’ils rêvent de voir la France colonisée par un autre peuple afin de jouir des trésors cachés de l’impérialisme subi. Comme je l'ai écrit ailleurs, ils semblent de toute évidence regretter l’échec de la tentative de colonisation de la France par l’Allemagne nazie.

            Malgré cette apologie du colonialisme français par des politiques qui semblent ne pas voir passer le temps et évoluer les pensées, nous découvrons avec ce roman que dans les faits la France est profondément honteuse de son passé colonial.

            Oui, la France ne sait pas quoi faire de tous les vestiges qui témoignent de façon trop insolente de l'affirmation de sa supériorité sur d’autres peuples, sur d’autres cultures ; sentiment qui l’avait conduite non seulement au pillage de ses colonies mais encore à asseoir des théories que l’on a du mal à croire aujourd’hui sorties de l’esprit de personnes douées de raison. La honte qu’éprouve la France par rapport à ce passé se voit dans l’abandon des monuments de cette époque coloniale dans le jardin de Nogent. Ce « jardin colonial » administré par Jean Thadée au début du XXe siècle et qui célébrait la gloire de l’empire français présente aujourd’hui quelque chose de honteux pour notre conscience républicaine et de profondément blessant pour la laborieuse construction de notre fraternité nationale*. Aussi, de même que « La chasse au nègre » - la sculpture de Félix Martin évoquant la brutalité des esclavagistes européens dans les colonies - avait été débaptisée pour devenir « Un noir attaqué par un molosse », de même le « Jardin des colonies » est devenu aujourd’hui le « Jardin d’agronomie tropicale ». La France semble dire : Cachez-moi ce passé que je ne saurais voir !

            Les vestiges du passé colonial de la France devenus indubitablement encombrants sont donc la trame de ce roman très instructif. Un récit agréable plein de belles réflexions sur la puissance et la gloire coloniales, la représentation de l’autre dans l’Histoire, les jugements de valeur hâtivement prononcés… Un roman qui donne envie de découvrir le « Jardin des colonies » à Nogent dans l’importante parcelle du bois de Vincennes qui lui est concédée. Un vrai livre d'histoire.

* Je paraphrase ici la formule qui justifiait aux yeux de l'état le changement du nom de la sculpture de Félix Martin.

Raphaël ADJOBI

Auteur : Thomas B. Reverdy& Sylvain Venayre

Titre : Jardin des colonies,206 pages

Editeur : Flammarion, 2017.    

Posté par St_Ralph à 12:38 - Littérature : romans - Commentaires [0] - Permalien [#]

24 avril 2017

Le parti socialiste, les Noirs Français et Jean-Luc Mélenchon

              Le parti socialiste, les Noirs Français
                             et Jean-Luc Mélenchon

5101133_7_d2ca_jean-luc-melenchon-le-26-mars-a-rennes_5a08aec5caacb7bc4769723954277df4

Le rêve de beaucoup que portait Jean-Luc Mélenchon s'est brisé. Nous avons une fois encore le changement dans la continuité. Ma seule satisfaction, c'est d'avoir vu la mort du parti socialiste avant les socialistes eux-mêmes. J'ai publié l'article ci-dessous le samedi 22 avril, c'est-à-dire la veille du premier tour des élections présidentielles 2017. Mais cet article faisait écho à un autre écrit en 2013 dans lequel je disais : "ou les socialistes se réveillent ou ils disparaissent".
                   
          Le parti socialiste est mort depuis longtemps mais ses dirigeants l’ignorent. La maison socialiste a d’abord été désertée par ceux qui faisaient sa force, c’est-à-dire ses partisans et ses sympathisants qui sont ses électeurs ; puis le temps a fait le reste, comme il convient à toute maison abandonnée : sa ruine était devenue visible et inéluctable.

          La seule question qui mérite d’être posée est donc celle-ci : pourquoi cette belle maison a-t-elle été désertée ? Cette question permet d’aller à l’essentiel qui se résume à ce constat : le parti socialiste n’a plus d’idéal ! Il n’a plus cet élément galvaniseur permettant à tous les partisans et sympathisants d’un mouvement politique de regarder dans la même direction, cet idéal vers lequel on tend ses forces et ses désirs en toute circonstance. Et un parti politique sans idéal est comme un navire sans boussole et sans cap à viser.

           A vrai dire, le parti socialiste a renoncé à son idéal en vendant son âme au capital, aux financiers ! Comme tous les présidents, un président issue des rangs socialistes n’est plus qu’un démarcheur à la solde des entreprises françaises. La horde de financiers que François Hollande traîne dans son sillage lors de chacun de ses déplacements à l’étranger en est la preuve flagrante. Sur le plan national comme sur le plan international, plus rien ne distingue un président socialiste d’un président de la droite financière ou aristocratique.

           En 2013, je faisais déjà remarquer que les socialistes ne portaient plus aucun espoir, qu'ils vivaient une véritable crise morale parce qu'ils s’étaient éloignés de leurs valeurs premières (1) : la construction d’une humanité plus juste, la défense du faible contre le puissant, du pauvre contre le riche ! Non contents de fouler au pied l’idéal social et humain qui caractérise le socialisme, les élus de cette belle maison déjà en décrépitude se sont permis un acte de traîtrise hier inimaginable : c’est en chœur et dans l’enthousiasme qu’ils ont livré leur camarade ivoirien Laurent Gbagbo à la droite chiraquienne et sarkozyenne pour être immolé sur l’autel de leurs amis financiers. Les Noirs Français n'oublieront jamais cette énième humiliation infligée à l'Afrique. D'ailleurs, ce pas franchi, plus rien n'aura de la valeur aux yeux des socialistes.

           Jamais dans l’histoire de la France les partisans d’un président en exercice n’ont montré autant d’indifférence à son égard. Oui, depuis que ceux que l’on a appelés « les frondeurs » - parce qu’ils tentaient de le raisonner – l’ont quitté, François Hollande est apparu comme vidé de sa substance ; il est devenu un homme fade, insipide, sans intérêt. Alors il a sombré dans l’incohérence croyant susciter un nouvel intérêt : Manuel Valls dont le projet de gouvernement n‘avait obtenu que 5% d’adhésion aux primaires du parti socialiste fut appelé pour appliquer son programme. Être ridicule ou risible n’a plus d’importance pour un socialiste ! De toutes les façons, à pied, à vélo ou en scooter, François Hollande ne rencontre que des quolibets. Alors essayer un programme qui n’a recueilli que 5% d’adhésion des membres de son parti...

           A l’approche des élections présidentielles de 2017, les socialistes avaient cru avoir mis un peu d’ordre dans la maison en recourant à la nouvelle tradition de la pseudo démocratie française avec l’organisation des primaires qui ont vu triompher Benoît Hamon. A l’issue de cette épreuve, on s’attendait à les voir tous en rang serrés derrière leur porte-étendard ; même si le cœur n’y était pas vraiment. La discipline, c’est rassurant ; on le sait.
          Malheureusement, comme plus rien n’a de la valeur dans la maison socialiste, tout le monde a déserté les rangs, laissant Benoît Hamon agiter tout seul piteusement une bannière devenue un épouvantail. Et qui a été le premier à quitter les rangs ? Monsieur 5%, bien sûr ! Il a précipitamment rejoint Emmanuel Macron qui ne s’était pas suffisamment estimé socialiste pour concourir avec ceux que l’on croyait les siens. Maintenant que tous les déserteurs ont trouvé un refuge, ils crient sur tous les toits que Benoît Hamon fait mal le boulot, qu’il n’est pas suffisamment percutant, qu’il est inaudible. Ils sont comme ça les socialistes : ils vous plantent un couteau dans le dos puis vous accusent d’être moribond.

           Puisque plus rien ne distingue un gouvernement de gauche socialiste d’un gouvernement de droite capitaliste, il faut absolument changer le système qui a permis de fondre tous les hommes politiques dans un moule affairiste peu respectueux de la parole donnée, de la condition sociale ainsi que de l'humanité de l’autre. Il faut changer de république !

           Oui, Jean-Luc Mélenchon a raison sur toute la ligne. Cela fait des années que tout le monde s’accorde à dire qu’il n’est pas normal qu’un président ait le droit de disposer librement de notre armée hors de nos frontières sans que nos élus aient leur mot à dire. Nous ne sommes en guerre avec aucun pays africain et pourtant nous entretenons des milliers de soldats dans chacun d'eux tout en négligeant nos propres frontières. Cela fait des décennies que tout le monde dénonce la perpétuation d'une élite dans la haute sphère de l’État grâce à un système qui permet aux pauvres de croire que les riches sont leurs bienfaiteurs et qu'ils doivent les entretenir pour pouvoir continuer à vivre. Puisque les socialistes sont arrivés à aimer ce « coup d’État permanent » mis en place par la droite au point où ils n’ont jamais jugé utile de modifier aucun de ses rouages, ils se sont définitivement disqualifiés aux yeux de tous ceux qui sont soucieux d'une société plus juste et plus respectueuse de l'autre. Noirs de France, refusons le fonctionnement de la cinquième République et déclarons avec Jean-Luc Mélenchon que nous sommes « La France insoumise ! »

           Il ne faut jamais renoncer à ses rêves ! Parce que Jean-Luc Mélenchon est le seul candidat à ne pas considérer les Noirs Français comme une génération spontanée sortie de nulle part, parce qu'il est respectueux de la contribution de leurs ancêtres à l'Histoire de France, prenons le pouvoir avec lui ! Et si demain nos efforts pour atteindre nos rêves s’avèrent vains, nous aurons le mérite aux yeux de tous d’avoir essayé. Poursuivons donc avec Jean-Luc Mélenchon le rêve d’une société française plus juste et d’une relation avec le reste du monde plus humaine, moins arrogante. Vite, la sixième République !

(1) La crise morale des socialistes français et le camarade Laurent Gbagbo.

Raphaël ADJOBI

En savoir plus sur http://leblogpolitiquederaphael.ivoire-blog.com/archive/2017/04/22/le-parti-socialiste-les-noirs-francais-et-jean-luc-melanchon-471175.html#kJV5dIsuRAAYLbe2.99

Posté par St_Ralph à 00:00 - Blog politique - Commentaires [0] - Permalien [#]

15 avril 2017

La France noire appelle à la commémoration de l'abolition de l'esclavage 2017 à Joigny !

        La France noire appelle à la commémoration

             de l'abolition de l'esclavage 2017 à Joigny

 

Prospectus 2017 0003

La France noire a le plaisir de vous appeler à la deuxième cérémonie de commémoration de l'abolition de l'esclavage qui aura lieu le 10 mai 2017 sous le patronage de Monsieur Bernard Moraine, maire de Joigny. La manifestation sera animée par la chorale Croq'Notes de Brion.

L'exposition sur la traite et l'esclavage des Noirs dans les Amériques sera présentée au public ce jour-là et sera visible dans le hall de la mairie jusqu'au 16 mai. Elle sera ensuite à la disposition des lycées et collèges. Les enseignants et les responsables des centres de documentation et d'information (CDI) intéressés peuvent dès maintenant prendre contact avec La France noire.

Notre exposition, à caractère pédagogique, a la particularité de mettre l'accent sur les résistances africaines à la traite ainsi que les procédés par lesquels les esclaves obtenaient leur liberté avant les abolitions officielles.

  Le président

Raphaël ADJOBI

Posté par St_Ralph à 13:45 - Commentaires [3] - Permalien [#]

06 avril 2017

L'Africain du Groenland (Tété-Michel Kpomassie)

                                L’Africain du Groenland

                                    (Tété-Michel Kpomassie)

L'Africain du grand nord 0005

            La lecture de ce livre élargit grandement notre horizon à la fois physique et humain ; il nous permet de mieux connaître notre propre dimension dans ce monde. Oui, en ce XXIe siècle, il est encore possible d’éprouver ce sentiment grâce à la qualité de ce récit de voyage que nous propose Tété-Michel Pkomassie. Un récit dont l'esprit se situe très loin de celui qui a permis aux Européens voyageurs des siècles passés de conclure à la supériorité de leur civilisation sur les peuples lointains.

            Rarement une aventure humaine s’est avérée immédiatement formatrice de la conscience particulière et universelle. Tété-Michel nous confirme très rapidement, par exemple, que sur toutes les îles du monde – ou les terres les plus isolées – les grandes puissances occidentales versent des allocations aux autochtones valides pour qu’ils acceptent que leurs territoires soient à elles. Dénaturer les autochtones en les rendant inutiles à eux-mêmes dans leur cadre naturel est l’un des premiers enseignements que nous retenons de ce livre. « Jusque dans l’Arctique, tu n’es qu’un vain mot, ô égalité ! » s’écrie-t-il.

            Outre ce constat, ce livre a deux intérêts essentiels qui méritent que chacun le lise avec une grande attention. C’est avant tout le premier travail ethnographique accompli par un Africain hors de son continent, et surtout dans une zone du monde où sûrement aucun autre Noir n’a rêvé de vivre. Ajoutons à cela que le regard de l'Africain s’attache ici à des choses que l'Européen aurait sûrement négligées.

            En effet, ce livre n’est pas le récit d’une expérience humaine dans une contrée que tout le monde imagine hostile ; en d’autres termes, ce n’est pas le récit d’un exploit mais celui de la découverte de la vie humaine adaptée à un univers particulier où tout est glace et icebergs ! Tété-Michel Kpomassie nous plonge dans la vie quotidienne et les traditions des Inuit du Groenland et établit des relations – non pas des comparaisons – avec les coutumes africaines de son Togo natal. Avec ce livre, le dépaysement commence à la porte de chacune des maisons des Inuit !

            L’autre intérêt du livre réside dans le chemin parcouru par le narrateur depuis que, à seize ans, il a pris la décision de gagner le Groenland et a commencé à mettre en œuvre les moyens de réaliser ce projet. Contrairement à toute attente, ce n’est pas la grande volonté du jeune homme et les efforts qu’il déploie qui séduisent mais les rencontres humaines faites hors d’Afrique, précisément en France ! Le lecteur africain en particulier découvrira une qualité humaine qui fait grandement défaut au continent noir en ces temps modernes : l’altruisme s’exprimant sous la forme de la philanthropie.

            On est tenté de souhaiter « bon voyage et bonne découverte ! » à tous ceux qui, un jour, tiendront ce livre entre les mains. Avec L’Africain du Groenland, le monde des Esquimaux ne rime pas avec des traîneaux tirés par des chiens beaux et courageux, image de la littérature classique européenne. C’est une vie palpitante, drôle, surprenante et parfois amusante qui nous est racontée ici. On retient aussi que pour accomplir une grande œuvre, il faut presque toujours une belle rencontre !

Raphaël ADJOBI

Titre : L’Africain du Groenland, 434 pages (Préface de Jean Malaurie)

Auteur : Tété-Michel Kpomassie

Editeur : Arthaud (poche), mars 2015/ 1ère édition : Flammarion, 1981.

Posté par St_Ralph à 15:17 - Découvertes - Commentaires [0] - Permalien [#]

30 mars 2017

Guyane : le courroux de Kourou, sous le regard d'Ariane !

  Guyane : le courroux de Kourou, sous le regard d’Ariane !

f8b84457f79954b52239c255e44b3bb1_XL

            Quelle honte pour la France ! Il faut vraiment ne pas avoir le sens de la dignité pour s’exposer effrontément dans la merde des nègres avec des bijoux en or ! Il faut avoir le colonialisme vissé au cœur pour braver ainsi le jugement de la terre entière en brandissant haut le sceptre de l’excellence alors qu’on a les pieds dans la fange.

            Kourou ! Même les Français métropolitains réputés pour leur ignorance en géographie associent ce nom à la Guyane. Bien sûr, certains croient que ce département français est une île africaine ; mais une chose est certaine : ils savent que cette cité, ce village ou ce hameau nègre abrite la base de lancement de la fusée Ariane qui fait notre fierté nationale.

Centre-Spatiale-Guyanais-2

            Kourou, orgueil de la France ! Kourou, la prunelle des yeux de notre Ariane que nous confondons  inconsciemment ou consciemment – parce que cela fait du bien – avec notre chère et tendre Marianne. Après tout, au son, il n’y a que la lettre « M » qui les distingue ; la faute sûrement à un nègre du coin qui avait du mal à prononcer le nom de notre déesse républicaine.

            En effet, nous nous imaginions tous Kourou comme  le bled le plus magnifique de France ; le plus beau hameau, le plus beau village, la plus belle ville…. Qu’importe, un cadre de vie qui bénéficie des largesses de la reine Ariane, comme cela sied à tous les pauvres qui vivent à l’ombre des reines et des rois.

            Quelle ne fut pas notre stupéfaction à la vue des rues défoncées, inondées, les maisons aux tôles froissées… ! Que dis-je, la misère au pied de notre gloire républicaine, de notre instrument de conquête spatiale ! Mon Dieu ! Trois fois, j’ai dit « mon Dieu ! ». Trois fois, j’ai dit « non ! » Trois fois, j’ai dit « incroyable ! »

            Bien sûr, les habitants de Kourou ne sont pas des ingénieurs employés à la station spatiale. Bien sûr, cette population n’est pas blanche ; elle est nègre ou presque et descendante d’esclaves, et par conséquent digne du mépris habituel des dirigeants et décideurs de la République. Mais quand on est roi ou reine – ou que l’on croit en avoir les attributs – on prend soin d’habiller correctement ses domestiques nègres ou presque, ne serait-ce que pour faire bonne figure devant ses visiteurs et invités. Par cette attention singulière, on signifie à ceux-ci qu’on est suffisamment à l’aise pour prendre soin de sa valetaille au point de lui faire préférer notre domination plutôt que celle de n’importe qui d’autre.

            Eh bien, NON ! La France n’a même pas le sens de cet orgueil-là ! Quelle honte pour Ariane, pour Marianne, pour chacun de nous ! Kourou ou la Guyane, c'est toujours l'image du "Blanc-France"  en territoire conquis ! Nous comprenons donc que ces Noirs ou presque Noirs "lassés de manger leur âme en salade et de subir crachats, insultes, méprisations, ricanenements, claironnent qu'en terre créole, seule la folie est raisonnable, oui." (Raphaël Confiant, in Case à Chine).    

Raphaël ADJOBI

Posté par St_Ralph à 14:39 - Actualités françaises - Commentaires [2] - Permalien [#]

28 mars 2017

Petit pays (Gaël FAYE)

                                           Petit pays

                                              (Gaël Faye)             

Petit pays Gaël Faye 0002

                « De quel pays es-tu ? » Un jeune métis français n’échappe pas à cette « question banale, convenue, passage obligé pour aller plus loin dans la relation » à laquelle les Français blancs soumettent quotidiennement leurs compatriotes noirs. Et puisque « (sa) peau caramel est souvent sommée de montrer patte blanche en déclinant son pedigree », Gaël Faye a décidé d’aller plus loin en remontant lentement, posément, dans les moments les plus heureux et les plus terribles de son enfance.

            Petit pays est le récit de cette enfance menée dans un minuscule pays africain : le Burundi ; pays voisin d’un autre encore plus petit et dont le nom évoque dans la conscience collective le génocide des Tutsis, le Rwanda. On comprend tout de suite que cette enfance burundaise sera imprégnée des événements survenus dans le pays voisin ; surtout quand on découvre l'identité de la mère du narrateur.

            Toute la beauté du livre tient au fait que c’est le bonheur de la vie quotidienne d’un garçon immergé dans les différentes activités de sa bande de quartier qui domine le récit. En effet, Gaël Faye nous plonge dans le rythme infernal d’une enfance africaine faite de liberté, de chapardages de fruits, de tours pendables joués aux voisins ; une vie de grande camaraderie qui semble préserver les enfants de l’ambiance parfois pesante ou énigmatique de chacune de leur famille. Puisque c’est un univers d’enfants qui nous est donné et non pas celui des adultes, on finit par croire que le livre est destiné à de jeunes lecteurs. Et c’est à ce moment-là que se produit l’irréparable de manière crue, violente, inimaginable !

            On quitte alors le livre en se disant : « ce n’est pas vrai ! Non, ce n’est pas possible ! » Et pourtant… La guerre ne se vit pas seulement au front, dans une forêt lointaine, une tranchée lugubre et humide, une plaine immense aux collines menaçantes, une ville aux tours déchiquetées. La guerre semble encore plus effroyable quand elle est partout mais invisible, quand on la côtoie quotidiennement sans la voir vraiment jusqu’au jour où tout s’écroule.

            Ce premier roman de Gaël Faye est à la fois surprenant par son intensité – surtout dans les derniers chapitres – et très émouvant. On en ressort sans voix.

Raphaël ADJOBI

Titre : Petit pays, 216 pages 

Auteur : Gaël FAYE

Editeur : Editions Grasset et Fasquelle, 2016

Posté par St_Ralph à 17:53 - Littérature : romans - Commentaires [0] - Permalien [#]

17 mars 2017

Le travail et la colonisation selon le capital et le politique

                     Le travail et La colonisation

                       selon le capital et le politique

                                          (Réflexion)

tmpRAPHAëL JUIN 2013 0005

                Dans les discours des grands dirigeants d’entreprise comme dans ceux de nos hommes politiques, il y a une immuable cohérence dans leur vision du monde quand il est question du travail et de la colonisation. Et cette minorité s’arroge le droit incontesté d’imposer à la grande majorité des citoyens et même du reste de l’humanité sa manière de voir le réel qui n’est pourtant pas la vérité. En effet, le réel est souvent trompeur.

            Quand Madame Christine Lagarde clame « (qu’) on ne peut raisonnablement encourager le travail et prôner la taxe sur les grandes fortunes », elle laisse croire à tout le monde que ceux qui s’enrichissent sont ceux qui travaillent. Or, hier comme aujourd’hui, on a vu et on voit dans les entreprises des millions de personnes travailler et mourir éreintées sans jamais avoir connu la richesse. En clair, ceux qui travaillent pour le capital ou que le capital fait travailler ne sont pas ceux qui s’enrichissent. Ce sont ceux qui travaillent qui enrichissent le capital !

            Dans l’esprit des chefs d’entreprise, la notion de travail est intimement liée à l’argent et à son investissement. D’où chez eux l’usage courant de cette formule consacrée : « faire travailler son argent ». En d’autres termes, quand les riches et autres grandes fortunes parlent de travail – mis à part ceux qui ont été les initiateurs de leur société, donc les entreprises familiales – ils parlent de l’investissement financier ou de la rente à faire fructifier. C’est donc cette notion de travail que les chefs d’entreprise aussi bien que les hommes politiques manient à longueur de journée au point de laisser croire aux ouvriers et aux paysans qu’ils sont paresseux parce qu’ils ne parviennent jamais à amasser une grosse fortune. C’est cette valeur qu’ils confèrent à l’argent et à son investissement qui leur donne cette profonde conviction qu’ils sont les meilleurs dans le travail. Ce qui explique pourquoi le célèbre parfumeur Jean-Paul Guerlain s’est permis de dire, avec beaucoup d’arrogance, qu’il ne savait pas si les nègres ont beaucoup travaillé comme lui ; et cela en rappelant la formule « travailler comme un nègre » qui renvoie bien sûr à l’esclavage des Noirs. Il était clair pour lui comme pour tous ses pairs que son travail a été et est supérieur en intensité et donc en énergie dépensée par rapport à celui d’un esclave noir.

            Pour madame Christine Lagarde, monsieur Jean-Paul Guerlain et leurs amis politiques et financiers, l’idée de travail n’inclut pas la force humaine de l’esclave, de l’ouvrier, de l’employé. Et ils ont réussi à convaincre leurs compatriotes qu’ils sont riches parce qu'ils travaillent beaucoup et aussi que eux ne le sont pas parce qu'ils ne travaillent pas assez. C’est pourquoi cette catégorie de personnes peut nous lancer au visage : « il faut travailler plus pour gagner plus ! »

Les hommes politiques héritiers d'une conscience coloniale dépassée

            Puisqu'elle est convaincue que c’est le capital et son détenteur qui travaillent et non pas la main d’œuvre, on ne s’étonnera pas d’entendre cette élite héritière des idées des siècles de la suffisance absolue des nantis continuer à croire que l’esclavage des Noirs est un partage de culture et la colonisation des peuples lointains un bienfait pour l’humanité. En ce XXIe siècle où l’opinion publique nationale prône la fraternité et une meilleure égalité de traitement moral avec les autres peuples de la terre, voir cette élite politique et financière s’accrocher aux vestiges de la pensée aristocratique et bourgeoise du passé est tout à fait sidérant.

            Pour ces héritiers des temps anciens, les idées sont autant de patrimoines aussi immuables que les châteaux. Qualifier la colonisation de crime contre l’humanité passe chez eux pour un crime contre la conscience qu'ils ont de notre histoire coloniale et les pousse à exiger des excuses nationales. Combien ce fut rafraîchissant et réjouissant d’entendre un jeune homme politique à qui cette exigence a été faite adresser une cinglante mise au point à ces défenseurs de l’honneur du colonialisme français. Cet homme a officiellement et solennellement qualifié de dépassées les considérations de cette catégorie de personnes qui entretiennent la définition du colonialisme comme un moyen idéal de civilisation. Pour lui comme pour nous, notre époque de communication et d’échanges fraternelles ne peut se permettre de poursuivre l’affirmation de la supériorité d’une civilisation sur une autre et par voie de conséquence l’affirmation des bienfaits de la colonisation. Pourquoi donc nous érigerions-nous contre les pays qui, de nos jours, envahissent des territoires voisins ou lointains pour y installer leur loi si, nous Français, estimons que cette pratique apporte des bienfaits et mérite d’être enseignée et encouragée ?

            Nous pouvons croire que personne n’est prêt à accepter que soient enseignés parmi nous les bienfaits de la colonisation de la Gaule par les Romains. La Palestine et Israël enseignent-ils les bienfaits de l'occupation romaine ? Et nous, sommes-nous prêts à trouver des bienfaits à l’occupation de notre pays par les nazis et à les enseigner ? Pourquoi avons-nous combattu l’occupation et la tentative de colonisation de la France par les Allemands si nous voyons dans cette pratique des bienfaits ?

            Il est temps que certains cessent de s’accrocher à des idées révolues. Nous ne pouvons pas aujourd’hui continuer à voir l’autre avec les yeux du XVIIIe ou du XIXe siècle. La conception de l’autre par le peuple français a évolué parce que le regard que nous portons sur l’autre a changé. Aujourd’hui, nous avons le devoir de respecter davantage la différence de l’autre parce que notre connaissance de sa culture est beaucoup plus grande même si nous savons qu’elle sera toujours imparfaite.

Raphaël ADJOBI

Posté par St_Ralph à 23:44 - Réflexions - Commentaires [0] - Permalien [#]

14 mars 2017

La police française ouvertement raciste : une enseignante dénonce !

      La Police française ouvertement raciste :

                        une enseignante dénonce !

Elise Boscherel

La lecture du récit que je vous présente ici ne peut que vous conduire à cette réflexion : ou les valeurs que nous enseignons dans nos établissements ne sont pas les mêmes enseignées dans les écoles de police de la République, ou le niveau de recrutement des policiers est trop faible pour qu'ils soient capables de gérer la morale publique. Pourquoi pas les deux ? (Raphaël adjobi)

De retour d’un voyage scolaire, des lycéens ont subi contrôles et fouilles des bagages à la Gare du Nord, en présence d'Elise, leur prof. Quand cette dernière a voulu porter plainte pour ces contrôles abusifs, des policiers de St-Denis ont refusé.

C’était mercredi 1er mars à 20h à la Gare du Nord. On rentrait avec mes élèves d’un séjour de deux jours à Bruxelles où nous étions invités pour découvrir les institutions européennes. C’était l’occasion de faire prendre de la hauteur à mes élèves. Malheureusement à notre retour à Paris, la réalité française a été brutale.

Arrivés à Gare du Nord, on se prépare à descendre. Chacun récupère ses bagages. Un premier groupe commence à descendre. Mon collègue et moi étions avec le reste de la classe qui s’apprêtait à descendre.

À ma grande stupeur, en arrivant sur le quai de la gare, je vois un de mes élèves, Ilyas, en train de se faire contrôler par la police. J’accours à côté de mon élève pour montrer au policier qu’il est accompagné. Je lui explique que nous étions en sortie scolaire et que je suis sa professeure. Le policier me dit : « Je m’en fiche vous reculez ».

Je dis à mon collègue de rassembler le reste des élèves dans le hall de la gare.

                   Un contrôle au faciès, un racisme quotidien

Le contrôle se termine. Ilyas récupère ses papiers. Agacé il me dit : « Ils me contrôlent parce que je suis maghrébin c’est du racisme ». Je ne pouvais qu’abonder dans son sens tellement la situation était surréaliste.

Une dame qui marchait à côté de nous et qui avait assisté à la scène lui dit « vous savez, je suis blanche, je passe très souvent à Gare du Nord et je ne me suis jamais fait contrôlée. Oui tu as raison c’est du racisme ».

On se remet doucement de nos émotions. Je pensais retrouver le reste de mes élèves pour enfin rentrer chez nous tranquillement. Et là j’assiste à un nouveau contrôle sur deux de mes élèves. Je n’en crois pas mes yeux.

Comme si ce n’était pas assez, deux autres élèves se font contrôler

L’un, Zackaria a sa valise au sol ouverte. L’autre Mamadou a un échange tendu avec les policiers. Mes élèves m’ont expliqué que Mamadou a été saisi par le bras sans raison, sorti du groupe par un des policiers et a été directement tutoyé.

Je demande des explications aux policiers. L’un d’eux, particulièrement désagréable et menaçant, me dit qu’il fallait être avec mes élèves si je voulais éviter qu’ils se fassent contrôler. Cela aurait était le cas si un de mes élèves n’était pas, justement, en train de se faire contrôler quelques minutes plus tôt.

Je contiens ma colère. Étant enceinte, je crains pour mon bébé. Les policiers étant particulièrement tendus, je sentais que la situation pouvait déraper. Le policier se permet une dernière humiliation à l’encontre de Mamadou après avoir passé un coup de fil : « Vous voyez je fais bien mon travail, votre élève a un casier judiciaire ».

Une situation qui aurait pu mal tourner avec des policiers menaçants

De quel droit ce policier se permet-il de divulguer cette information devant le reste de la classe ? Je signale au policier qu’il n’avait pas à dire ça devant tout le monde. A ce moment le policier s’avance vers moi, ma classe sentant que la situation était en train de glisser s’avance devant moi pour me protéger. Immédiatement j’ai demandé aux élèves de prendre leurs affaires et nous sommes partis.

Le lendemain, j’ai voulu porter plainte contre les policiers au commissariat de Saint-Denis. Le fonctionnaire de police a refusé de prendre ma plainte : « On ne prend pas les plaintes contre les fonctionnaires de police ».

Cette situation est dure à gérer en tant que professeure. On fait face à la colère des élèves et leur sentiment d’humiliation.

Ces contrôles sont sans nul doute liés à leur apparence physique : Ilyas est d’origine marocaine, Mamadou d’origine malienne et Zakaria d’origine comorienne. Ce sont de jeunes garçons qui vivent à Épinay-sur-Seine en Seine-Saint-Denis.

Ils représentent donc à eux seuls ce que l’on nomme communément « les jeunes de cité ». Quelles autres raisons pouvaient justifier ces vérifications ?

La réalité que vivent certains de mes élèves est bien différente de la mienne qui suis une professeure blanche, jamais contrôlée, jamais jugée, jamais discriminée en raison de la couleur de ma peau.

Ce n’est pas la première fois que je dois gérer ce genre de situation

Ce n’est pas la première fois qu’en tant qu’enseignante, je dois faire face à un contrôle d’identité ou à des comportements mal intentionnés de la part d’adultes dans les gares, dans le métro, dans le train, dans les musées.

Il y a deux ans, ça m’est arrivé avec une autre classe. Un élève nous attendait à Gare du Nord encore une fois. Quand on est arrivé il était en train de se faire contrôler par la police. En fait, il n’avait rien fait du tout. Il nous attendait simplement devant le portique.

Ils étaient 4 policiers à le contrôler. Ils ont continué de le contrôler et à le fouiller même lorsque nous sommes arrivés et que je leur ai expliqué que nous étions en sortie. Une fois le contrôle terminé, mon élève m’a dit que ça faisait la cinquième fois en deux jours qu’il était contrôlé.

Les valeurs de la République n’ont plus aucun sens pour ces jeunes

« Liberté, égalité, fraternité » leur apprend-on. Pas pour eux. Ces élèves que j’apprécie tant, ces « jeunes à casquette » que je vois encore comme des enfants, sont trop souvent maltraités, humiliés, malmenés par notre République.

Alors vous imaginez bien que les cours d’Education civique sonnent creux au regard de ces expériences. Sans nier la réalité de leur quotidien et du racisme dont ils sont victimes, je m’efforce de leur rappeler qu’ils vivent dans un Etat de droit et qu’ils peuvent être protégés.

Il est donc temps de dénoncer ces discriminations à chaque fois que nous y sommes confrontés. Ces contrôles ne doivent pas devenir une banalité.

C’est la raison pour laquelle j’appelle tous les personnels d’éducation à porter plainte, à chaque fois que nos élèves sont discriminés dans le cadre de sorties scolaires, auprès d’un commissariat étranger à l’affaire ou du procureur de la République, de l’IGPN et, en tout état de cause, auprès du Défenseur des Droits.

Je demande également à ce que soit organisée chaque année, dans les établissements scolaires, une journée de lutte contre le racisme et à ce que des associations de lutte contre les contrôles au faciès interviennent dans les classes. Nos élèves doivent pouvoir porter plainte, ils doivent pouvoir se défendre.

La violence n’est pas que policière. C’est la violence d’une société toute entière qui porte un regard beaucoup trop accusateur sur eux. Cette jeunesse ne demande pourtant qu’à être respectée et considérée.

Parce que l’école est leur dernière protection, je vous propose de relayer cet appel !

Elise Boscherel (Photo)

Professeure au lycée professionnel Louis Michel d'Epinay-sur-Seine (93)

Propos recueillis par Aladine Zaïane (Streetvox)

Posté par St_Ralph à 10:23 - Enseignement - Commentaires [4] - Permalien [#]